Chapitre 53

LE CYCLONE SOUFFLE TOUJOURS TROIS FOIS

Il est encore tôt le matin quand je me réveille. Ne sachant guère trop quand risque d'avoir lieu la réaction de l'une ou l'autre des personnes à qui j'ai écrit, je me dépêche de me laver et de me rhabiller.

J'admets beaucoup attendre de la part de Calembel, c'est le seul à qui je n'ai pas travesti la vérité car j'ai l'impression qu'il suffit d'un foulard pour qu'il vous croie none sur parole.

Je m'assois donc dans l'un des fauteuils de la pièce et regarde à l'extérieur. Le ciel est d'un azur que viennent à peine troubler quelques nuages d'un blanc cotonneux. Quelques oiseaux passent en volant gracieusement dans mon champ de vision et je me surprends à leur envier leur liberté.

J'ai pas un peu passé l'âge de vouloir des ailes moi ?

Malgré tout, n'ayant pas vraiment d'autre sujet de distraction, je continue à les regarder. Tout dehors semble respirer le calme et la tranquillité. Les premiers sons de la ville qui me parviennent évoquent une cité heureuse au son de cloches claires et d'une population qui redécouvre la vie après la longue guerre dont elle a été victime. J'entends les chariots cahoter dans la rue et les vendeurs à la criée qui hèlent leurs clients d'un ton joyeux. Je sens des arômes de pain frais mélangé à celles plus marquées des cuisines de l'hôtel. Le vent est frais sur ma peau, sans être froids, annonçant le retour des beaux jours.

Une journée faite pour flâner à l'extérieur, sans but, afin de se laisser porter et voir ce que l'on pourrait y trouver…

Une personne qui toque à la porte me ramène à la réalité.

- Entrez, réponds-je machinalement.

Mon garde ouvre et j'entends les pas pressés d'une personne de mauvais poil entrer dans ma chambre.

- Faust ! Entame la voix du doc d'un ton colérique. Au nom des Valars, qu'avez-vous encore fait ?

Je lui retourne un air d'incompréhension seulement à moitié feint. Je ne sais pas encore ce qu'il est venu me reprocher après tout.

- De quoi parlons-nous exactement ? M'enquiers-je en essayant d'appliquer la plus stricte des politesses que m'a martelée Elisia.

- De l'humain qui tempête à l'accueil, l'épée au clair, en jurant sur son honneur que si vous ne lui êtes pas présenté sur l'heure, il prendra d'assaut l'hôtel avec la troupe d'hommes en armes qui stationne dehors.

- Il y'a une troupe d'hommes d'armes à l'extérieur ? M'étonne-je sincèrement.

La vache ! Dans le genre réaction c'est du propre !

- Faust, qu'avez-vous donc fait ? Réitère Elrond d'un ton extrêmement agacé.

- A-t-il donné son nom au moins ce personnage ? M'enquiers-je en me doutant déjà de la réponse.

- Qu'en sais-je ! S'exclame le doc. Ce sont mes gardes qui sont venus me réveiller avec ces nouvelles !

- En ce cas, je ne vois pas d'autre option pour vous que de descendre discuter avec lui et non avec moi, hausse-je les épaules. À moins que vous ne souhaitiez abdiquer à ses exigences ?

- Je vous préviens Faust, si je découvre que c'est une manigance de votre part pour être libéré, cette fois ce sera les fers ! Crache-t-il avec colère, perdant visiblement patience.

- Je n'ai en rien demandé à être libéré que je sache, réponds-je d'un ton acide à la menace qui m'est formulée.

Oups… Bon, je n'ai pas appelé à l'aide à proprement parler… Mais j'admets que ce n'est pas loin…

Elrond quitte la pièce dans un tourbillon de robes claires et claque violement la porte derrière lui.

Elfe pas du matin, chagrin…

Je me sens un peu moins bien soudain. D'accords, je me demandais comment le prendrait mon entourage, mais de là à venir assiéger l'hôtel… Surtout que connaissant Calembel, il aura accouru sans penser aux conséquences et je peux être sûr qu'à l'heure actuelle, les gardes du palais sont en train de parler d'une concentration d'hommes armés inhabituelle au roi, ou pire, au vieux barbon.

Donc il y a fort à parier que si le dialogue se prolonge, l'armée s'en mêle aussi, voir même que Gandalf descende en personne…

Je réalise gentiment qu'à vouloir jouer les trolls, je me suis foutu tout seul dans la merde. Bon ok, c'est plutôt flatteur pour mon égo qu'autant de monde se déplace pour moi, mais c'est justement le fait qu'autant de monde se déplace pour moi qui est problématique.

Peut-être que j'aurais dû lui dire la vérité et demander à descendre négocier avec Calembel…

D'un autre côté, je pense que ça lui fera les pieds au père Elrond. Décider d'arrêter les gens sans en référer à aucune autorité compétente, je suis sûr que j'aurais pu glisser un mot au vieux barbon si les choses avaient été faites en ordre. Bon, d'un autre côté, j'ai moi-même fait emprisonner Bergen complètement hors du circuit légal…

Ça commence à me donner mal au crâne tout ça… Je plains les juristes qui doivent se casser le cul à l'heure actuelle… En admettant qu'il y en ait en fait…

Je cogite une dizaine de minutes avant qu'un bruit à l'extérieur n'attire mon attention : celui de dizaines de bottes métalliques qui martèlent en rythme.

Et merde… L'armée…

Le son va crescendo en s'approchant pour finalement s'arrêter d'un coup.

Je sens qu'on va m'envoyer chercher sous peu…

Ça ne manque pas, on retoque à ma porte, mais cette fois c'est Jim qui entre à pas précipités.

- Maître, c'est de la folie en bas ! Vous êtes requis séance tenante !

- J'arrive, dis-je en me levant de ma chaise.

Je suis Jim dans les couloirs en essayant de ne pas me presser et de rester digne. Nous croisons Trolf qui remonte, sa pipe au bec.

- L'agitation en bas, c'est d'toi gamin ? S'informe-t-il en souriant malicieusement.

- Je n'y suis pas pour grande chose, mais on va encore tout me coller sur le dos je pense… Grogne-je en passant à côté.

Le nain s'esclaffe en me regardant passer.

- J'sais point c'que t'as fait. Mais c't'un sacré chantier maintenant !

Et galère… Mais pourquoi j'ai encore ouvert ma grande gueule moi ?

Arrivé dans le hall, je constate que Trolf n'a pas menti : c'est un foutu merdier.

Dans un coin de la salle, Elrond, entouré de quatre de ses gardes, est assis devant une table basse. En face de lui, Calembel, son épée à la main, tourne comme un ours en cage, l'air prêt à raccourcir d'une tête le premier qui viendra le contrarier. Une bonne douzaine des hommes de sa garde personnelle attendent derrière lui en armure complète, la main sur leurs épées, haches ou même pour un, un énorme marteau de guerre à deux mains dont les têtes sont garnies de pointes.

À côté de cette masse hétéroclite, un jeune capitaine de l'armée régulière se tient debout un peu à l'écart, son casque sous le bras, une bonne vingtaine de soldats royaux portant leurs plates complètes avec lance et bouclier en mains ainsi que l'épée à la ceinture attendent derrière lui.

Mes aïeux, quel foutoir…

Je me présente à l'un des gardes d'Imladris. Celui-ci me pose la main sur l'épaule pour commencer à me guider d'une poigne robuste au côté d'Elrond qui me regarde venir avec des éclairs dans les yeux.

Sortez les parapluies, il risque de tomber des hallebardes… Littéralement suivant comment…

- Faust ! S'exclame Soudain Calembel d'un ton soulagé. Vous allez bien ? Vous n'êtes pas blessé ou maltraité ?

- Je vais bien, le rassure-je en tournant la tête vers lui.

- Comme vous pouvez le constater, commente Elrond d'un ton aigre.

Calembel tourne vers lui un regard aussi engageant que celui d'un troll enragé.

- Ceci est une détention arbitraire ! S'exclame-t-il. Vous êtes céans dans une citée humaine du Gondor ! Vos lois n'ont point cours ici ! Relâchez votre prisonnier avant que je ne décide de venir le quérir moi-même !

- Messieurs, un peu de calme je vous en prie ! Intervient le capitaine visiblement dans ses petits souliers.

- Les lois des Eldars existaient avant même que votre espèce en comprenne le concept ! Rétorque le doc d'un ton froid. Elles ne sont limitées ni par le temps, ni par les distances !

- Poursuivez sur cette lancée Elfe, et nous verrons si vos lois m'empêcheront de vous passer ma lame à travers le gosier ! Rétorque le tonitruant seigneur. Sur mon honneur, il ne sera pas dit qu'un Calembel aura laissé un ami dans le besoin sans réagir !

- Monseigneur, je vous prie de bien vouloir… Commence le capitaine en tentant de raisonner le tonitruant seigneur.

- Vous ne me priez rien du tout ! Le coupe Calembel. Vous devriez d'ailleurs vous trouver à mon côté ! Savez-vous qui l'on écroue sous votre nez ? Il s'agit du chevalier Ignis ! Il fait partie des héros qui ont arraché la victoire à la Porte Noire ! C'est le chevalier tueur de Trolls ! Exécuteur de Vers et pourfendeur de Nazgûls ! Qui plus est, il est l'un des fondateurs de l'ordre de la Croix de Fer qui défendit la cité lors de votre retraites des murs extérieurs ! Si vous aviez deux sous de reconnaissance, vous m'assisteriez dans ma quête pour le faire libérer plutôt que de rester là à nous mettre des bâtons dans les roues !

Je me sens rougir un peu en entendant ça et Elrond fronce les sourcils en me regardant, l'air dubitatif.

- Monseigneur, je lui suis reconnaissant, tente le capitaine. Mais vous troublez l'ordre public avec votre déploiement de troupes.

- Et le vôtre alors, il ne trouble pas l'ordre public lui ? S'insurge Calembel.

- Nous représentons l'ordre public monseigneur, se justifie le capitaine. Ce n'est point la même chose.

- Il suffit ! S'exclame une voix bien plus impérieuse et que je reconnaîtrais entre mille.

Gandalf avance gentiment dans le hall tandis que je remarque un des palefreniers de Dutombil qui s'éclipse derrière lui.

J'avais oublié, Dutombil se considère comme fidèle à Gandalf avant tout…

Bien que bien coiffé et habillé, on devine à sa mine qu'il est venu en toute hâte. Son visage semble agacé, mais guère plus.

Fais comme la femme à Calembel Faust, ne dit rien et écoute tant que les gens veulent parler…

- Quelqu'un peut-il m'expliquer de quoi il retourne ? Demande le magicien d'un ton impérieux.

- Votre éminence, s'incline le capitaine. La garde a été avertie que Monseigneur de Calembel était sorti avec sa garde personnelle toute équipée pour la guerre et qu'ils étaient entrés dans cet établissement. D'autres rapports ont ensuite signalé des cris en provenance de l'endroit en question. J'ai pris sur moi de venir constater ce dont il était question.

- Et vous avez bien fait bien fait capitaine, commente Gandalf en se tournant vers Calembel. Et vous, quêtes-vous venu faire en ces lieux Angbor, seigneur de Calembel ?

Angbor ? C'est son prénom ?

- J'y ai accouru pour porter secours au chevalier Ignis auquel je dois ma vie ! S'exclame Calembel en frappant sa plaque de torse du poing.

- J'entends bien, commente Gandalf. Mais de quel danger est menacé le chevalier pour que vous lui portiez secours ? S'enquiers-t-il.

- Ces elfes, surgis de nulle part, prétendent l'emprisonner en vue de je ne sais quel procès ! S'exclame-t-il en pointant Elrond du doigt.

Gandalf se tourne alors vers Elrond avec une mine surprise.

- Est-ce vrai, mon vieil ami ?

- Faust Ignis est sous le coup d'une procédure judiciaire en Lothlórien qui a été interrompue, répond le doc d'un ton assuré. Mais chemin faisant, il s'est enfui…

- Je me suis perdu ! M'insurge-je.

- Il s'est soustrait à ma garde alors qu'il m'avait été confié ! Corrige Elrond en me foudroyant du regard. Les humains à qui je me suis enquis de son sort me l'ont annoncé mort, c'est pourquoi je n'ai pas cherché plus avant. Mais le trouvant ici, je ne puis qu'imaginer qu'il s'est fait passer pour mort afin de m'échapper, ce avec la complicité des gens du cru.

- Alors ça c'est… M'exclame-je avant d'être brutalement interrompu par un geste du bâton du vieux barbon dans ma direction.

- Continuez mon vieil ami, l'enjoint Gandalf.

- Je l'ai donc retrouvé ici. Constatant qu'il n'était pas mort, j'ai pris les mesures nécessaires pour m'assurer qu'il ne m'échapperait plus comme la première fois et l'ai consigné dans ses quartiers. Mais malgré cela, il semble décidé à être aussi désagréable que possible en appelant à l'aide les amis dont il dispose en ville.

Gandalf se tourne alors vers moi.

- Confirmez-vous la version du seigneur Elrond ? Me demande-t-il d'un ton grave.

- Je suis bien sous le coup d'une procédure judiciaire en Lothlórien, admets-je en grimaçant. Ce pour un motif injustifié…

- Vous confirmez que votre garde a été confiée au seigneur Elrond ici présent ? Me coupe Gandalf.

- Oui elle l'a été, grince-je amèrement.

- Et vous confirmez vous être soustrait à sa garde ?

- Je ne me suis soustrais à rien du tout ! M'insurge-je. J'avais bu un chouia trop de vin et les gardes du seigneur Elrond m'ont laissé m'éloigner du camp pendant que nous traversions les étendues du Rohan. Je me suis perdu à cause de la nuit ainsi que de la pluie du lendemain et n'ai plus été capable de retrouver le campement. La suite vous la connaissez, j'ai été engagé par Bergen Harren qui m'a pris pour un mercenaire pour aller chasser les sauvages qui ravageaient ses terres. Puis il y a eu l'incident de la première bataille de l'Ouest Emnet à laquelle je n'ai pas participé ! Je suis ensuite revenu pour tenter d'aider les Rohirrims, mais j'ai été pris au piège de mon propre stratagème lors de la seconde bataille de l'Ouest Emnet et considéré comme un traitre à remettre au roi du Rohan en raison de mon passif avec la famille de ce dernier. Je ne peux qu'imaginer que le seigneur Elrond est arrivé après ça et qu'ils lui ont dit que j'étais mort parce que j'avais été mis au secret sur le chemin pour revenir à la capitale. Mais à aucun moment je n'ai cherché à lui échapper ! Je serais même reparti avec lui avec plaisir s'il m'avait trouvé à ce moment-là !

Gandalf me regarde très intensément et je commence à avoir du mal à soutenir son regard sans sourciller. Puis il se détourne vers Elrond.

- Contestez-vous cette version des événements ? Demande le vieux barbon au doc.

- Le début est exact, mais je n'avais pas connaissance de la suite, admets Elrond. Il n'en reste pas moins que cet homme a disparu sous ma garde. Je suis en droit d'appliquer les moyens que je juge approprié pour me garantir de sa personne lors de mon retour en Lothlórien pour la fin de son jugement. De même, son comportement sera rapporté et les juges décideront ce qu'il convient de faire.

- C'est absurde ! S'exclame Calembel. De quoi accuse-t-on le chevalier Ignis pour l'ainsi garder comme un bagnard ?

- Cela m'intéresse aussi, commente Gandalf.

- Faust Ignis est accusé de trafic d'esclaves Eldars et de coups et blessures sur un membre de l'armée royale de la Lothlórien, répond Elrond d'un air un peu moins assuré.

Voyant la mine exorbitée de Calembel et celui-ci inspirer, je plaque précipitamment mes mains sur mes oreilles.

- CE SONT DES CALOMNIES ! Rugit Calembel des éclairs assassins pleins les yeux. D'ODIEUSES MENTERIES ! DE VILES FARCES ! VOUS SOUILLEZ LÀ L'HONNEUR D'UN HOMME INTÈGRE ! SI CE N'ÉTAIT LA PRÉSENCE DU SIEUR GANDALF, VOUS M'EN RENDRIEZ GORGE !

-Calmez-vous, seigneur de Calembel ! Intervient fermement Gandalf.

Il se tourne ensuite vers moi et je retire mes mains de sur mes oreilles.

- Vous êtes-vous livré à cet odieux commerce qu'est le trafic d'esclave Faust ? Me demande-t-il d'un ton dubitatif.

Je ricane à la question et désigne Jim du pouce.

- Pourquoi ne pas plutôt interroger ma "marchandise" à ce sujet ?

- Maître ! S'outre Jim les joues cramoisies.

- Ben quoi ? On m'accuse quand même d'avoir voulu te vendre en esclavage, non ? M'amuse-je.

- Faust, veuillez cesser de faire le pitre ! Siffle Elrond.

Mais c'est trop tard, Calembel et Gandalf ont tourné leur regard sur Jim qui est maintenant le centre d'attention.

- Mon garçon, est-ce que cet homme t'a réduit en esclavage ? Demande Gandalf en me désignant.

- Bien sûr que non ! S'exclame Jim. Il m'a protégé quand je me trouvais aux griffes des gobelins puis de Saroumane !

- J'EN ÉTAIS SÛR ! S'exclame Calembel. DES MENTERIES QUE CES CHEFS D'ACCUSTION !

- Pour les coups et blessures, il ne peut plaider non coupable ! Gronde Elrond d'un air furieux.

- Vous vous seriez laissé traiter d'esclavagiste sans réagir vous ? Rétorque-je.

- Il y'a d'autres manière de réagir que de casser le nez d'un capitaine de la garde royale !

- Assez ! Nous interromps Gandalf. De ce que je puis en juger, il semble que le chevalier Ignis ait été accusé à tort…

- Ha ! Triomphe-je en me tournant vers le doc tout en désignant le magicien du doigt.

- Mais cela n'excuse pas son emportement contre les autorités l'ayant arrêté, termine Gandalf en fronçant les sourcils à mon intention.

Je me renfrogne et croise les bras dans mon siège.

- Quand aux accusations de fuite, les faits me semblent obscurs, commente le vieux barbon. Il faut cependant admettre que le chevalier a su se montrer utile durant son absence à vos côtés et ce de bien des façons.

- Je le constate, admet Elrond. Mais un délit de fuite reste malgré tout un délit.

- Je ne peux le nier, commente Gandalf. Mais serait-il envisageable de vous accompagner lors de votre retour ce afin de glisser l'un ou l'autre bon mot sur le comportement de ce jeune homme durant son procès ? Il me semble qu'il mérite une certaine clémence pour la part qu'il a prise dans la victoire finale.

- C'est tout à fait envisageable Gandalf, acquiesce Elrond. Vous connaissez nos lois aussi bien que moi.

- En attendant cela, est-il nécessaire de le garder enfermer ?

- Sur cela je ne reviendrais pas ! Refuse d'en démordre le doc. Ce jeune homme n'a que trop longtemps bénéficié d'un traitement de faveur sous divers prétextes ! Il est temps qu'il assume la responsabilité de ses erreurs !

Gandalf pousse un soupir, mais hoche la tête à mon grand désarroi.

- Fort bien, en ce cas, en tant que conseiller du trône, je vous reconnais le droit de disposer de la liberté du chevalier Ignis sur les terres du Gondor, ce jusqu'à son procès.

Je regarde le vieux barbon d'un air dépité.

Ah ben merci ! Ça fait plaisir de vous filer un coup de main !

- GANDALF ! S'exclame Calembel d'un air outré. C'EST INJUSTE !

- Au contraire, c'est ce qu'il y'a de plus juste, rétorque le magicien. N'oubliez point Angbor que la vraie justice est aveugle et que c'est pour cette raison que son glaive frappe aussi bien les rois que les gueux. Et puis, mettez-vous à la place du seigneur Elrond. Que diriez-vous si un voleur s'enfuyait de vos terres avec un bien précieux et, sous prétexte qu'il n'a rien fait en leurs terres, les elfes vous déniaient le droit de le pourchasser ?

- Ce serait injuste ! S'insurge-t-il.

- C'est pourtant ce que vous vous proposez de faire en l'instant, commente Gandalf.

- Cela n'a rien de commun ! L'on accuse le chevalier à tort et l'on lui reproche d'avoir défendu son honneur contre un faquin ! Cela est une injustice aussi !

- Il arrive que des accusations soient portées à tort, personne n'est exempt de faire des erreurs parfois, lui rappelle Gandalf. Personne n'est parfait. Et en vous opposant à la justice, vous risquez juste d'aggraver le cas du chevalier.

Calembel a l'air dépité d'entendre ça. Il n'est d'ailleurs pas le seul. J'ai très envie de claquer la porte à la gueule de tout le monde et de tous les planter là. Si j'avais Din à la ceinture, je l'aurais d'ailleurs probablement fait tellement je suis en rage. Gandalf ne m'a même pas aidé. Pire, il a confirmé Elrond dans son droit de m'emprisonner, ce qui signifie que je suis donc un bagnard tout ce qu'il y'a de plus légal.

Plus qu'à attendre la déportation en Lothlórien…

- Cependant, puis-je réclamer quand même une faveur pour le chevalier ? Demande Gandalf.

- Tout dépend de ce que vous réclamez, commente Elrond sans trop s'avancer.

- Il se trouve que le chevalier a contracté des devoirs envers la couronne du Gondor et celle-ci pourrait avoir besoin de ses services de temps à autres. Serait-il envisageable que le chevalier soit parfois amené au palais des intendants quand des convocations lui sont adressées ? Il serait sous bonne garde de vos hommes, cela va sans dire.

- Je pense pouvoir obliger la couronne du Gondor sous ces conditions, admet Elrond après quelques secondes de réflexion.

- Merveilleux ! Sourit Gandalf. Ho et puis-je vous donner un conseil mon vieil ami ?

- Je vous en prie, s'incline Elrond.

- Faust a désormais de nombreux et puissants amis en ville, lui explique Gandalf avec un sourire malicieux. Si vous ne voulez le laisser sortir, je ne saurais trop vous conseiller que de leur proposer de le venir visiter. Cela évitera les débordements semblables à ceux de ce matin.

- Je vais prendre ce conseil très au sérieux, lui promet le doc. Sur ce, si vous n'avez plus rien à ajouter, je dois me préparer, ayant moi-même rendez-vous à la cour.

- Je n'ai plus rien à ajouter, dit le barbon blanc en s'inclinant.

Calembel m'adresse un regard désolé et s'incline à son tour.

C'est ça, foutez-moi le camp tous !

Le retour à ma chambre a un goût très amer pour moi. Il serait même plus juste de dire que ça me retourne l'estomac. Le petit-déjeuner a beau être servi dans les dix minutes qui suivent, je le délaisse pour rester bouder dans ma chaise devant la porte-fenêtre donnant sur le petit balcon de mes quartiers.

Je passe le reste de ma matinée à broyer du noir et à me repasser en boucle la conversation. La seule chose que j'aie obtenue est de pouvoir sortir sous bonne escorte quand on m'appelle au palais et la possibilité de recevoir des visites.

Chic… Quelle bonne nouvelle…

Jim passe vers midi pour changer le plateau-repas et me fait les gros yeux en voyant que je n'ai pas touché à mon déjeuner.

- Maître, ce n'est pas en vous affamant que vous allez arranger les choses.

- Non, sans déconner ? Raille-je. Heureusement que tu es là, je ne m'en serais pas rendu compte tout seul.

- Ce n'est pas non plus une raison pour vous en prendre à moi, grince-t-il.

- Excuse-moi Jim, j'ai une petite dent contre les oreilles pointues en ce moment, grommelle-je.

- Bon… Soupire-t-il en sortant. Je vous envoie le petit barbu dans ce cas…

J'ouvre de grands yeux en l'entendant se livrer à ce genre de blagues raciste, mais il est sorti avant que j'aie pu lui en toucher un mot.

Il commence à parler aussi mal que moi… C'est pas bon ça…

Jim tient parole, et dans la demi-heure, Trolf débarque, une outre de bière sous le bras et une paire de chopines à la main.

- Alors, c'est pas la grande forme j'ai cru comprendre ? Dit-il en s'asseyant dans le canapé devant la table basse.

- C'est rarement la grande forme quand vous avez le plaisir d'être emprisonné, commente-je en ramassant la chope qu'il me tend.

- Bah, y'a pire comme turne pour purger sa peine, commente-t-il en regardant la pièce. Chez moi, t'aurais été au pain sec et à l'eau qu'ça n'aurait pas traîné.

- Merci ça me remonte le moral, commente-je tandis qu'il sert la bière dans les chopines.

- De rien, c'est fait pour ça les amis, se moque-t-il gentiment.

Je passe une partie de l'après-midi avec Trolf, discutant de tout et de rien. Nous faisons un sort à l'outre et Trolf ressort deux fois en chercher une nouvelle, mais je me contente de deux chopes pour ma part. Je me souviens trop bien que c'est à force de boire avec lui que j'ai eu tous mes problèmes au Rohan.

Bon, il n'y a pas eu que des mauvais côtés non plus…

Le souper a aussi lieu dans ma chambre, ce à quoi j'en déduis que le doc n'est pas encore rentré. Ce qui ne me dérange pas plus que ça au final. Moins je le vois, mieux je me porte.

Finalement, nous jouons aux cartes avec Trolf une bonne partie de la soirée avant qu'il ne décide de rentrer "tant qu'il ne voit encore qu'une seule porte un peu floue".

Je passe une nuit tout ce qu'il y'a de plus ordinaire, par contre je décide le lendemain de faire la grasse mat'. Après tout, ce n'est pas comme si j'allais sortir dans la seconde.

Sauf que c'était sans compter sur quelqu'un qui vient soudain frapper contre la porte avec presque autant de force que pour l'enfoncer.

Je sursaute dans mon lit et me lève précipitamment.

- C'EST PAS BIENTÔT FINI CE BOR…

La suite de la phrase meurt dans ma gorge quand je réalise que la porte est déjà ouverte et que c'est dame Elisia qui cognait dessus avec son gantelet d'armure comme un troll en colère.

- Le bonjour chevalier Ignis, grince-t-elle agacée. Il m'est également plaisant de vous voir ce matin…

Je la regarde plusieurs secondes d'un air ahuri.

- Par le diable, qu'est-ce que vous fichez ici vous ? M'étonne-je ensuite.

- Je suis céans pour vous parler, mais si je dérange, je puis aussi prendre congé, propose-t-elle d'un ton qui ne me dit rien qui vaille.

Je grogne, être cueilli au saut du lit n'a jamais fait partie des choses que j'apprécie le plus.

- Je suis à vous tout de suite, réponds-je en virant ma couverture pour me lever.

- Voilà qui est charmant, commente-t-elle en me regardant. Et si j'avais été une jeune fille pure et innocente ?

Je la regarde sans comprendre.

- De quoi me parlez-vous exactement ? M'enquiers-je.

- Vous auriez pu me demander de me tourner pendant que vous sortiez de votre couche, me dit-elle en tournant la tête pour fixer le mur de manière ostensible. Vous n'êtes que fort trop peu habillé pour montrer cela à une dame.

Je baisse les yeux sur moi et constate que je ne porte effectivement que mon caleçon.

- Vous m'avez pourtant déjà vu moins vêtu et ça n'avait pas l'air de vous gêner, bougonne-je en attrapant ma chemise et mes chausses pour passer dans la salle d'eau.

- Les circonstances étaient différentes ! S'insurge-t-elle.

- À d'autres ! Réponds-je en claquant la porte derrière moi.

Je fais de très rapides ablutions et ressort trois minutes plus tard, toujours en train de réajuster mes habits.

- Vous avez une manière fort galante de fermer les portes, grince Elisia depuis le canapé où elle s'est assise en m'attendant.

- Je ne l'ai pas fermée, je l'ai claquée, la corrige-je. Ce pour deux raisons : être sûr que vous l'entendriez car vous sembliez fascinée par le mur, et passer une partie de ma frustration sur quelque chose.

- Suis-je donc l'objet de cette frustration ? S'enquiers-t-elle d'un ton froid.

- Vous non, votre arrivée à une heure que je souhaitais passer dans le confort de mon lit, oui, dis-je en arrangeant ma mise tout en m'asseyant. Mais trêve de propos sarcastiques et grossiers de ma part. Je m'excuse de mon comportement en présence de la fille héritière du Morthond.

- Je ne me suis point encore décidée si je vous pardonnais ou non, grogne-t-elle en réponse.

- En ce cas, je resterais impardonné. Que me vaut la visite d'une personne aussi illustre et ce aussi tôt ?

Elle reste silencieuse plusieurs secondes avant de reprendre.

- C'est au sujet de dame Ardalla de Calembel, me dit-elle en continuant d'hésiter sur ses propos.

- Et bien, qu'a-t-elle fait ? M'enquiers-je.

- Rien pour le moment, mais nous sommes tombés d'accords avec Calembel pour ne jamais lui parler de… Ce qu'il s'est passé entre nous deux.

- C'est idiot et c'est d'ores et déjà râpé, statue-je.

- VOUS LUI AVEZ DIT ? S'écrie-t-elle après une seconde de silence stupéfait.

- Nul besoin, grimace-je à cause du niveau sonore. Il y'a un campement entier de soldats qui m'ont vu entrer dans votre tente et n'en ressortir qu'au matin. Si elle ne le sait pas encore, elle le saura bientôt d'une manière ou d'une autre. À mon sens, mieux vaut que ça vienne de Calembel et vous avant qu'elle ne le découvre d'elle-même.

- Vous n'y songez pas ! S'exclame-t-elle. Ce serait un déshonneur pour mon père si chose pareille venait à se savoir !

- Ça, il fallait y songer avant de me pousser en votre couche, fais-je remarquer.

- Si nous lui disons, elle pourrait se servir de cet argument pour rompre nos fiançailles !

- Sous quel motif ? Demande-je. Vous n'avez point trompé Calembel, vous lui avez même demandé la permission d'offrir votre virginité avant votre mariage.

- Les termes des fiançailles stipulent normalement que la fiancée est supposée rester vierge pour le jour de son mariage, m'informe-t-elle en rougissant un peu.

- Pour quelle raison ? Demande-je.

- Ce pour s'assurer que je ne porte pas l'enfant d'un autre.

- Si vous voulez mon avis, annoncez publiquement ce qu'il s'est passé et servez-vous en pour reporter votre mariage avec Calembel pour justement contrôler que je ne vous ai point collé un polichinelle dans le tiroir.

- Que vous n'avez point quoi ? S'étonne-t-elle.

- Que je ne vous ai point mise enceinte, corrige-je.

- Mais pourquoi l'annoncer publiquement ?

- Un, une bonne communication donnera à tous le signal que vous ne cachez rien, réponds-je en comptant sur mes doigts. Deux, en agissant ainsi, vous montrerez l'ouverture d'esprit de Calembel et vous en la matière. Et trois, en faisant comme ça, vous couperez l'herbe sous le pied de dame Ardalla qui ne pourra alors plus essayer de se servir de cela en catimini pour briser vos fiançailles si Calembel comme votre père accordent leur violons pour dire qu'ils vous soutiennent.

- Mais nous serions la risée de la cour.

- Fort heureusement pour vous, la honte ne tue point, sinon j'en connais certains qui auraient trépassés depuis des années. Et sachez souvent qu'on érige en honte ce que nombre envient en secret. Alors être fière de votre différence et revendiquer vos actions deviendra votre meilleure arme pour imposer votre point de vue. Au contraire, vous cacher ne fera que plus de dégâts si le scandale éclate, et s'il n'éclate pas, vous passerez votre vie à craindre qu'il ne le fasse un jour ou l'autre, sans compter les risques que l'on vous fasse chanter en échange du silence de ceux qui le savent. Franchement, ça n'en vaut pas la peine. Dites-le et les moqueries feront feu de paille, tandis que si vous le laissez éclater plus tard, ça fera les gorges chaudes pour longtemps et jettera le doute sur tout ce que vous aurez fait depuis.

- Vous serez considéré comme un galant par toute la cour, cela ne vous dérange point ? S'étonne-t-elle.

- Un galant ? M'étonne-je. Ne suis-je point censé être galant en société ?

- Non, je veux dire que vous serez considéré comme un galant.

- Je n'y comprends rien, dis-je en fronçant les sourcils.

- Un godelureau, un charmeur, un coureur de femmes, si vous préférez, m'explique-t-elle.

- Bah ! M'exclame-je avec dédain. Qu'ils tiennent leurs femmes et leurs filles en laisse si ça leur chante, ça leur fera les pieds ! Personnellement, je sais où va mon cœur !

Elle s'arrête pour y réfléchir, les yeux fixés sur un point dans le vide. J'en profite pour terminer de m'habiller correctement.

- Je ne puis prendre cette décision seule, soupire-t-elle finalement. Je dois en parler à mon fiancé.

- Faites donc, je vous en prie madame. De toute façon, ce n'est qu'un conseil, je ne vous force en rien.

- Accepteriez-vous d'en parler avec lui ? Vos arguments me semblent censés, mais venant de ma bouche, je crains qu'il ne les prenne mal.

- Envoyez-le-moi, je m'en occuperais. Ou même mieux, venez avec lui, ça me fera de la compagnie. Après-tout, c'est la seule chose à laquelle j'ai encore droit ici.

Elle regarde ma chambre en soulevant un sourcil.

- J'ai vu bien pire comme geôle, constate-t-elle.

- La turne est pas mal, conviens-je. Mais croyez-le ou non, c'est l'interdiction de sortir qui me pèse le plus.

- Je le conçois tout à fait, hoche-t-elle la tête en se radoucissant d'un coup. Vous n'êtes pas maltraité ?

- Non, de ce côté-ci, l'on ne peut pas dire que le seigneur Elrond soit un mauvais hôte.

- Mangez-vous correctement ? Me demande-t-elle.

- Je le pourrais, mais j'admets n'avoir eu guère faim hier, dis-je en désignant le plateau recouvert d'une cloche que Jim a déposé le soir d'avant.

Elisia ouvre le plateau et fronce à nouveau les sourcils.

- Chevalier, ce plat est intact, commente-t-elle.

- Comme son prédécesseur et celui avant lui, grogne-je.

- Vous vous affamez, constate-t-elle.

- Grand bien m'en fasse.

- Cela ne risque guère, commente-t-elle.

- Je ne mourrais point de quelques jours de diète, ricane-je. Il en faut plus que cela pour me tuer, les Nazgûls de feu le seigneur des ténèbres pourraient en témoigner, s'ils étaient encore parmi nous.

- Ne crachez point sur la nourriture tant qu'elle vous est offerte chevalier, me rabroue-t-elle. L'on ne sait jamais quand l'on risque d'avoir besoin de ses forces ou quand la disette risque de poindre le bout de son nez.

- J'en prends bonne note, réponds-je. Et si vous cessiez de vous soucier de ma santé comme si j'étais votre mari par la même occasion ? Cela risque de trahir des sentiments pour moi que vous n'êtes plus supposée avoir, je me trompe ?

- Je m'inquiète juste de votre santé ! S'offusque-t-elle.

- Je le sais, mais d'autre jugerons cet acte déplacé.

- Mais il n'y a personne d'autre que vous et moi ici ! S'exclame-t-elle. Quand bien même souhaiterais-je faire des choses que la morale réprouve, qui le saurait ?

- Ceux qui vous ont vue entrer ici auront des doutes, rétorque-je. Ne serait-ce que parce qu'il est connu que j'y vis.

- Et je viendrais voir mon amant en armure ? Demande-t-elle en se levant pour écarter les bras afin que je puisse bien voir qu'elle est harnachée pour la bataille. Cela n'a pas de sens !

- Sauf si l'on a l'esprit tordu et que l'on pense que vous avez agi ainsi pour tromper votre monde, lui fais-je remarquer.

- Vous êtes décidément comme Limain, grogne-t-elle en laissant ses bras retomber le long de ses flancs. Vous voyez le mal partout.

- Un peu de saine paranoïa n'a jamais fait de mal… Du moins pas à ceux qui l'appliquent, dis-je en réfléchissant plus avant à ce que je viens de dire.

- Et bien soit, soupire-t-elle de dépit. Je reviendrais céans avec mon fiancé.

- Fort bien. Maintenant partez avant qu'il ne me vienne en tête des pensées déplacées à votre égard.

- Quelle genre de pensées ? S'étonne-t-elle.

- Auriez-vous négligé que je sais ce que vous cachez sous cette armure ? Lui souris-je d'un air concupiscent. Je pourrais avoir envie de profiter de la lumière du soleil pour voir un peu mieux ce que j'ai manqué à la faible lueur des bougies de la dernière fois.

Elle rougit brutalement en me fusillant du regard.

- Vous vous gaussez de moi chevalier ! Ce n'est guère galant ! me reproche-t-elle.

- Que m'importe, vous êtes si charmante quand vous rougissez que je serais fort sot de m'en priver, ris-je.

- Je n'apprécie guère d'être ainsi tournée en ridicule ! S'offusque-t-elle.

- Vous préféreriez être "tournée" autrement ? M'amuse-je.

Elle rougit de manière encore plus prononcée et avance sur moi.

- Je vous trouve bien entreprenant pour un détenu, chevalier, siffle-t-elle.

- Je ne fais qu'illustrer mes propos, me défends-je. Loin de moi l'idée de faire autre chose que m'amuser à vos dépends afin de vous pousser à sortir plus vite de ma cellule.

- Vous ne pensez donc rien de ce que vous dites ? Me demande-t-elle d'un ton soupçonneux.

- Ho, bien au contraire madame, la détrompe-je. J'en pense chaque mot quand je vous complimente, c'est cela qui rend la chose si délicieusement efficace.

- L'on ne rit point avec ces choses-là chevalier ! Sagace-t-elle en me plantant un index dans le torse. Vous vous livrez à des allusions qui n'ont plus lieu d'être entre nous ! Je ne puis me permettre de me livrer à vos assauts à nouveau !

- Morbleu, à vous entendre, vous êtes une forteresse qu'il convient d'assiéger, ricane-je.

- Vous pouvez garder votre bélier en vos chausses, mon huis ne cédera plus, me contre-t-elle d'un ton catégorique.

Mais c'est qu'elle est d'humeur à faire des sous-entendus salaces notre guerrière intrépide !

- Vous savez, réfléchis-je à haute voix. Votre choix de mots est troublant… J'en aurais presque l'impression que vous me provoquez pour me pousser à vous faire tout le contraire de ce que vous dites…

Elle se fige alors en ouvrant des yeux comme des soucoupes.

- N'y aurait-il point une petite partie de vous qui le souhaiterais par le plus grand des hasards ? Souris-je triomphalement.

- Vous jouez avec mes sentiments chevalier, c'est un coup bas… Grommelle-t-elle.

- Bon, j'admets que la partie a assez duré, dis-je plus sérieusement en la repoussant doucement d'une main sur son épaulière. Gardez ces jeux pour votre futur mari.

Elle ne semble pas très heureuse de la situation mais se laisse repousser sans faire de commentaires.

- Pour quelle heure pensez-vous pouvoir venir me voir tous deux ? Demande-je.

- Tout dépend de Calembel, répond-t-elle. Sa femme n'aime guère l'idée qu'il passe du temps avec moi sans qu'elle ne soit dans les parages.

- Bon, je serais probablement entre mon lit et ce canapé, plaisante-je. Si je ne suis point dessus, c'est probablement que je suis à la salle d'eau. De là, je pense que vous parviendrez à me trouver.

- Le contraire serait étonnant, commente-t-elle, visiblement imperméable à ma dernière vanne. Sur ce chevalier, je vais prendre congé.

- Je vous en prie, dis-je en la reconduisant à la porte.

Elle sort avec l'air préoccupée de quelqu'un qui cherche comment dire quelque chose. Pour ma part j'hausse mentalement les épaules.

La seule chose que je nous souhaite, c'est de ne pas l'avoir mise en cloque. Parce que là, les choses vraiment compliquées commenceraient.

J'ai droit à un dîner avec Elrond au cours duquel celui-ci m'ignore royalement, ce qui me va parfaitement. Je mange peu et sans trop d'appétit, me disant que mon manque d'activité physique doit probablement me couper l'envie de manger.

Jim fait une timide réapparition dans mes quartiers en début d'après-midi et nous discutons de manière plus posée. J'apprends qu'il a bien progressé dans son apprentissage de l'épée et je lui raconte une ou deux choses que j'ai faites depuis que je l'ai perdu de vue au Rohan.

- Vous avez combattu un Nazgûl ? S'émerveille Jim.

- Deux pour être plus précis, dis-je en essayant de ne pas paraître trop suffisant, ce que je ne suis pas sûr de bien réussir. Le premier m'a acculé contre un mur de la cité haute et j'ai réussi d'extrême justesse à lui trancher les jambes pour le mettre en fuite. Par contre j'étais couvert de bleus à la fin et presque hors combat pour le reste de la bataille de Minas Tirith. Le second je l'ai affronté à la bataille de la Porte Noire. Par contre cette fois j'étais épuisé et je n'ai réussi qu'à l'immobiliser le temps que le seigneur de Calembel lui tranche la tête.

- Sont-ils si bons bretteurs qu'on le prétend ? Me demande-t-il d'un air avide.

- Ils sont bien pire qu'on le prétend, tremble-je en me souvenant que, même avec l'aide de Din, je les égalais tout juste. Leur réputation est loin d'être usurpée. Je ne crois pas que je croiserais jamais d'adversaire plus dangereux qu'eux.

- Certains bretteurs Eldars sont réputés suffisamment forts pour les affronter, s'enthousiasme Jim. Le seigneur Glorfindel en aurait défait quelques-uns en plusieurs occasions.

- Je ne connais pas ton Glorfindel, mais s'il peut les affronter sans les craindre, alors ça doit le placer bien au-dessus de moi.

- Pourquoi donc ? S'étonne Jim.

- Parce qu'encore maintenant, je suis terrifié rien qu'à l'idée de devoir en affronter un seul. Ce sont vraiment des adversaires hors du commun, et le fait de ne pouvoir les tuer est un plus indéniable à leur arsenal.

- Mais l'on peut les tuer, me contredit Jim. La dame du Rohan aurait défait le roi-sorcier.

- S'il faut une femme pour se débarrasser d'un, je n'étais pas sorti de l'auberge, commente-je. Elles n'étaient pas nombreuses à la bataille de la porte Noire, et en aucun moment l'une ne s'est approchée assez près pour m'aider à vaincre celui avec qui j'ai eu maille à partir. Quant à l'autre, lors de la bataille de Minas Tirith, il y en avait une dans le secteur, mais pour une raison que j'ignore elle n'est pas venue me prêter assistance.

- Elle n'était probablement pas aussi courageuse que vous ? Suggère Jim en haussant les épaules.

Outre le fait que mon égo prend des proportions gargantuesques à ce commentaire, je dois admettre que je me pose aussi des questions sur mon "courage".

Le courage, tout comme l'inconscience, sont souvent le résultat d'un manque d'informations. Ou quelque-chose dans ce goût-là. Mais alors, ça fait quoi de moi de m'être spontanément porté à l'encontre d'une bataille qui n'avait aucune chance de réussite si ce n'était ce damné coup de poker à coup de hobbits ? Un homme courageux ou un inconscient fini ?

- Tu sais Jim, je me demande souvent si le courage à quoi que ce soit à voir là-dedans.

- Certes, vous me l'avez assez répété en Isengard, sourit Jim. Vous faites votre devoir avant de penser à votre survie.

- J'ai dit ça moi ? M'étonne-je en fouillant ma tête.

Je devais être complètement schlass… Quoique… Est-ce que je buvais de l'alcool en Isengard ? Pas que je me souvienne en tout cas.

On toque à la porte à ce moment et Jim se jette hors de son fauteuil pour aller répondre.

- Coquin d'elfes ! S'exclame la grosse voix de Calembel depuis l'autre côté de la porte. Ils le font même surveiller par des enfants !

Je ris aux éclats en voyant la tête que Jim tire à cette déclaration tandis qu'entrent dans la pièce Calembel, suivit d'Elisia… Et d'un autre homme.

- HA, HA ! S'exclame ce dernier en me désignant du doigt. Vous voici donc, fieffé gredin !

Je cesse de rire pour le dévisager avec des yeux ronds, me demandant de sous quel tapis on m'a sorti ce particulier-là, tout habillé d'une grosse tenue de fourrures aussi élégante que fonctionnelle. Ses cheveux blancs légèrement dégarnis à l'avant du crâne lui descendent en de légères ondulations sur les épaules, il a une courte barbe blanche, mais ses épais sourcils sont d'un noir prononcé, tranchant avec le teint basané de sa peau. Ses yeux bleus sont extrêmement perçants, son visage est taillé tout en angles, son menton est volontaire, son port est altier et il est d'un physique plutôt svelte.

- Monsieur, à qui ais-je l'honneur ? M'enquiers-je aussi poliment que ma surprise me le permet.

- Ne jouez point les innocents, coquin ! Vous savez fort bien qui je suis ! S'exclame-t-il en rougissant de colère.

Mais oui bien sûr, et sinon, ton psy va bien dans ton asile de cons ?

- Monsieur, calmez-vous je vous prie ! M'insurge-je. Je n'ai pas l'honneur de vous connaître, je vous prie de le bien croire.

- Père, je vous en prie, point de scandale ! Intervient Elisia d'un ton suppliant en se tournant vers le nouveau venu.

FUCK ! C'EST SON PAPA !

D'un coup je comprends mieux son langage, ça signifie sans doute qu'il sait pour Elisia et moi. Même si c'est quand même un peu fort de commencer par me traiter de tous les noms en débarquant à peine.

- Duinhir, voyons, clame-toi, lui enjoins Calembel.

- Que je me calme ? On voit bien que ce n'est point ta fille qui s'est laissée souiller par ce… Ce… S'énerve-t-il en cherchant ses mots.

Je pousse un soupir. Sentant que je vais regretter la suite.

- Paltoquet ? Lui propose-je pour terminer sa phrase. Bâtard ? Parvenu ? Chenapan ? Vaurien ? Sacripant ? Dévoyé ? Vermine ? Canaille ? Bandit ? Fripouille ? Escroc ? Filou ? Larron ? Forban ? Profitez-en, notre langue est riche en synonymes…

Il me regarde comme si ses yeux s'apprêtaient à s'évader de ses orbites, mais semble se calmer un peu malgré tout.

- J'imagine, monsieur, que vous savez pour quelle raison je suis céans ! Grince-t-il.

- J'ai de bonnes idées sur la question, mais afin d'éviter tout malentendu entre nous, je préfère vous l'entendre dire, réponds-je avec une grimace ironique.

- Fort bien, je suis céans pour discuter de votre conduite inqualifiable auprès de ma fille ! Dit-il en martelant ses propos d'un doigt accusateur.

- Voilà qui reste trop vague, lui réponds-je. De quelle partie exactement parlons-nous ?

- Comment cela "de quelle partie" ? S'étrangle-t-il en se tournant vers Elisia.

Celle-ci me retourne elle aussi un regard d'incompréhension.

- Parlons-nous de quand j'ai dupé les seigneurs qui se sont alliés sous la bannière de la croix de fer en me faisant passer pour l'un d'eux ? Énumère-je. Parlons-nous du duel que j'ai abandonné sur ordre du roi ? Parlons-nous de mon habitude de railler fréquemment votre fille ? Ou bien parlons-nous d'une nuit, fort agréable au demeurant, que j'ai passée dans sa tente et en sa compagnie ?

J'ai le plaisir de voir le seigneur Duinhir du Morthond pâlir de surprise tout en même temps que trembler de rage contenue. À côté de ça, Elisia semble prête à faire un malaise tandis que Calembel a tout l'air de se demander qui soutenir. Il choisit en définitive de se tourner vers son alter ego.

- Duinhir, lui dit-il d'un ton conciliant. Je t'avais prévenu que ce jeune homme a pour habitude de dire les choses avec franchise.

- Pardonne-moi mon ami, mais j'ai besoin d'un verre de quelque chose, bégaie presque le seigneur du Morthond en tournant la tête d'un air éperdu.

Je claque des doigts à l'attention de Jim.

- Jim, mon garçon, peux-tu descendre chercher aux cuisines un remontant pour notre hôte ?

Celui-ci, raide comme la loi, Acquiesce de la tête d'un air tout à fait digne et sors avec diligence de la pièce.

Je laisse Calembel parler avec son ami. Après tout, mieux vaut que quelqu'un d'autre que moi fasse de la diplomatie avec le père de la fille dont j'ai partagé la couche.

Elisia quant à elle, opte pour s'asseoir dans le canapé, faisant ainsi montre d'une certaine neutralité en ne n'asseyant pas à côté de moi, mais pas non plus complètement du côté de son père. Quand Jim revient avec une carafe et quatre coupes, le père d'Elisia s'en saisit d'une et la descend d'une traite avant de tousser et de se plaindre de la force du breuvage.

Okay, note à moi-même, ne pas y toucher.

Jim fait le tour avec son plateau et tout le monde lui prend une coupe, moi compris, dont je me contente d'humer le contenu. Le moins que je puisse en dire c'est qu'on pourrait s'en servir comme désinfectant ou pour déboucher un évier.

C'est quoi ça ? De la liqueur de fleurs ? Genre de la gentiane ?

- Bon, si nous abordions le vif du sujet ? Propose-je en posant mon verre sur une table basse à côté de mon fauteuil.

- Le vif du sujet ? S'énerve le seigneur du Morthond. Le vif du sujet ! Vous ne manquez ni d'air ni de culot jeune homme !

- Vous ne m'apprenez rien que je ne sache déjà, lui fais-je signaler. Et cela ne fera point avancer nos affaires. Alors parlons peu, mais parlons bien. Je vous prie de bien vouloir prendre un siège, nous risquons d'en avoir pour quelques temps.

- Pour quelques temps ? S'étrangle-t-il en se laissant tomber dans le canapé à côté de sa fille. Mais l'affaire me semble on ne peut plus simple ! Vous avez spolié le seigneur Calembel de son droit à la virginité de ma fille, avez entaché son honneur et par la même occasion, souillé le mien et celui de ma famille ! J'exige réparations !

- Bien, au moins vos motivations sont claires, nous progressons, constate-je d'un ton neutre. À quelles réparations songiez-vous au juste ?

- VOUS VOUS MOQUEZ DE MOI ! Tonitrue le seigneur du Morthond en se relevant.

- Pas l'ombre d'un instant, grince-je à cause du niveau sonore. Je suis étranger et donc ignorant de vos coutumes en la matière. Je vous prie de bien croire que tout ceci est nouveau pour moi et que je ferais tout ce qu'il m'est possible pour corriger mes erreurs.

- Cela ne vous autorisait point à trousser ma fille ! Se révolte-t-il.

- PÈRE ! S'outrage Elisia en rougissant.

- TAIS-TOI, TU EN AS ASSEZ FAIT ! Dit-il en lui retournant une gifle qui lui fait tourner la tête et presque tomber sur les genoux de son futur mari, le tout sous mon regard médusé.

Ah oui… Quand même…

Calembel, très prévenant pour une fois, la rattrape par les épaules pour la soutenir tandis que le père inspire comme un buffle à l'effort, je l'espère pour se calmer.

- Je constate que la situation vous fait bouillir le sang, dis-je en guise de platitude. Mais ce genre de geste à tendance à causer plus de problèmes qu'ils n'en rés…

- VOUS LE CHEVALIER AU CHAUSSES TROP VITE RETIRÉES, JE VOUS PRIE DE VOUS TAIRE ÉGALEMENT !

Chic, moi qui n'en attendait que l'occasion…

J'obtempère pour le moment, sentant que cette conversation va me gaver rapidement.

Le seigneur du Morthond met une bonne minute à calmer sa respiration. Il me détaille ensuite plusieurs longues secondes.

Tu veux que je prenne la pose tant que j'y suis ?

- Quel était votre nom déjà, fieffé gredin ? Finit-il par me demander.

- Je suis le chevalier Faust Ignis, du Gondor, l'informe-je.

- Au moins êtes-vous de sang noble, gronde-t-il. Il n'aurait plus manqué qu'elle se donne au premier charretier venu, continue-t-il avec un regard assassin à Elisia.

Bon, je vais garder pour moi que mon adoubement date de deux semaines toute juste.

- Qui sont vos parents ? Ont-ils un fief ? Des terres ?

- Parler ici de mes parents serait inutile, rétorque-je aigrement. Là où ils sont, il n'y a aucune chance que vous ne les rencontriez jamais.

- Qu'est-ce à dire ?

- Considérez que le terme "dans un autre monde" s'applique à eux, rétorque-je en restant dans le flou.

- Oh ! Se déride d'un coup le vieil homme. Je suis navré, je ne pensais point…

- Oublions cela, voulez-vous ? Grogne-je.

- Très bien… Heu… Vous avez de la famille ?

- Certes, au même endroit que mes parents, réponds-je.

Le père d'Elisia se tait, visiblement je lui ai coupé le sifflet.

Bon, au moins il s'est calmé là…

- Pourquoi ces questions ? Ne puis-je m'empêcher de l'interroger.

- Il faut bien que je me fasse une idée de votre situation, marmonne-t-il un peu gêné.

- J'ai…

Tiens au fait, j'avais pas mon anniversaire dans ces eaux-là moi ?

- Quelle date sommes-nous au fait ? Demande-je.

- Nous sommes le trente-et-un mars, de l'an 3019 du troisième âge, m'apprend-t-il.

- Ah… Donc en fait, j'ai eu vingt ans il y'a quatre jours, dis-je en haussant les sourcils. Je suis chevalier du Gondor, célibataire, sans famille et sans enfants. Est-ce satisfaisant ?

- Avez-vous des terres ou des richesses ? Me demande le seigneur du Morthond d'un ton calculateur.

- Je n'ai hélas ni l'un ni l'autre. Je suis à l'heure actuelle à la charge du magicien blanc qui m'emploie comme homme de main et un tantinet "prisonnier" de mes obligations vis-à-vis du seigneur Elrond d'Imladris. Sans compter mes devoirs envers la couronne.

- Je vois, vous semblez un homme très quémandé par les temps qui courent, constate-t-il d'un ton songeur.

- L'on peut dire cela je suppose, admets-je.

Où il veut en venir le papounet ?

Un silence commence à s'établir et je sens que toute l'assistance, moi compris, est suspendu à ce que vas dire le père d'Elisia.

- Mon garçon, reprend-t-il d'un ton très sérieux. Ce n'est peut-être rien chez vous, mais en Gondor, l'acte de partager le lit d'une personne est grave de conséquences. Il en va de questions d'honneurs et de lignées ! Entendez-vous de quoi je parle ?

- Dans les grandes lignes, tout cela n'existe plus guère chez moi, lui réponds-je en sentant venir l'embrouille.

- Hors, il se trouve que ma fille était promise à mon grand amis ici présent, dit-il en désignant Calembel. Avez-vous la moindre idée de ce que signifie lui prendre sa virginité avant son mariage ?

- J'imagine que c'est pour une question d'assurance que la donzelle n'a point été mère avant le mariage ? Me remémore-je.

- Ce n'est pas tout, c'est aussi une question de principe et d'honneur !

Honneur par-ci, honneur par-là… Il court, il court, ton honneur, le bel honneur du bois mesdames. Il court, il court, ton honneur, le bel honneur du bois-joli …

- Outre le fait que vous vous êtes ainsi livré à un acte bas et sournois, surtout envers un homme à qui vous devez tant, vous avez également déshonoré ma fille en lui faisant ainsi subir cet outrage.

Je lève l'œil au ciel sans faire de commentaires, mais acquiesce du chef.

Pitié, qu'il en finisse, il est en train de me donner la migraine…

- En conséquence de quoi, je pense que la moindre des choses pour vous amender est de prendre vos responsabilité et de demander ma fille en mariage.

Bla, bla, bl… WAIT WHAT ?

J'ouvre un œil rond comme une soucoupe à cette annonce. Elisia semble aussi assez surprise, quant à Calembel son air neutre me laisse à penser que soit il est en train d'y réfléchir, soit il était déjà au courant.

- Je crains d'avoir mal compris, dis-je après avoir déglutit. J'ai cru pendant quelques secondes que vous me demandiez d'épouser votre fille.

- Vous avez très bien entendu. Vous avez pris son innocence, il me semble logique que vous preniez également sa main le plus tôt possible, ce afin d'éviter l'embarras en cas d'arrivée impromptue d'un héritier.

- Je suis navré de vous couper dans votre élan, mais je refuse catégoriquement ! Rétorque-je froidement.

Mon interlocuteur s'interrompt pour me foudroyer du regard.

- Et sous quel motif ? S'enquiers-t-il d'un ton aussi froid que le miens.

- Déjà, parce que je n'aime pas votre fille, réponds-je du tac-au-tac.

La nouvelle déclenche une vague de stupeur chez Calembel et le père d'Elisia.

- Voilà qui est un comble ! S'exclame le seigneur du Morthond. Vous la culbutez et prétendez l'instant d'après ne pas l'aimer !

- Je n'ai jamais prétendu le contraire. Et elle le savait déjà bien avant que je n'accède à sa couche, précise-je.

Le père d'Elisia se tourne vers cette dernière qui vire cramoisie en regardant fixement ses bottes blindées.

- Elisia, peux-tu m'expliquer ce qu'il se passe ? S'enquiers son paternel d'un ton dangereux.

- Nous avions précédemment discuté avec le chevalier, rougit-elle. Il m'avait avoué avoir laissé sa bien-aimée derrière lui, admet-elle du bout des lèvres.

- Mais si ce n'est par amour, pourquoi alors avoir autorisé le chevalier à te prendre ? Demande son père un peu perdu.

Je pousse un profond soupir.

- Le fait que je n'aime pas votre fille, ne signifie pas que l'inverse n'est pas vrai, réponds-je à la place d'Elisia.

Le seigneur de la vallée du Morthond reporte son regard sur moi.

- Si je vous comprends bien, vous ne l'aimez point, mais elle si ?

- Je ne peux pas garantir que ce soit bien le cas, réponds-je en haussant les épaules. Il y avait de très nombreux autres facteurs qui ont pu rentrer en ligne de compte. Nous avions également passablement bu ce soir-là. Allez savoir, j'étais peut-être juste le moins mauvais des choix qu'elle avait à disposition ? Dis-je en haussant les épaules.

- Vous en parlez d'un ton bien léger je trouve, chevalier… Commente aigrement le seigneur du Morthond.

- Aussi grave que pour vous soit cette affaire, les choses sont désormais faites, rétorque-je. Vous êtes ici pour trouver une solution, moi aussi. Vous proposez que j'épouse votre fille. Soit, j'ai entendu votre idée. J'attends vos arguments désormais.

- Vous l'avez…

- Bon d'accords, oui j'ai fait l'amour avec Elisia, le coupe-je agacé. Mais en soit, pour moi ce n'est, et ce ne sera jamais, une raison valide à un mariage. N'avez-vous donc jamais commis un écart avant ou après votre mariage monseigneur ?

- JE NE VOUS PERMETS PAS ! S'insurge violement le seigneur du Morthond.

- Je ne m'y autoriserais donc pas si vous cessez de vous le permettre ! Le contre-je. Avez-vous d'autres arguments à exposer ?

- Et si ma fille s'avère grosse de vos œuvres ? Rétorque-t-il.

- Premièrement, les chances que ce soit le cas ne sont pas si élevées que ça. Concevoir un enfant n'est pas chose qui fonctionne à chaque fois. Secondement, si, et je dis bien seulement si, il devait y avoir un marmot dans l'équation, je prendrais mes responsabilités, mais à nouveau, elles ne sont pas forcément une raison pour un mariage.

- Quel genre d'irresponsable faut-il être pour ne pas épouser une femme à qui l'on fait un enfant ! S'exclame le seigneur du Morthond.

- Vous en avez un en face de vous ! Grogne-je énervé. Et je suis prêt à parier que les cas d'hommes ayant engrossé de femmes sans jamais les épouser ni même reconnaître leurs enfants sont légions rien que dans cette cité et ce à toutes les strates de la population !

- Vous laisseriez cet enfant à la seule charge de ma fille ? S'outre le père d'Elisia.

- JE N'AI PAS DIT ÇA ! Finis-je par hurler excédé en tapant du poing sur le bras de ma chaise.

- CHEVALIER VOTRE COMPORTEMENT EST UN AFFRONT ! S'énerve le seigneur du Morthond en se levant d'un coup.

- MAIS JE VAIS T'EN DONNER MOI, DE L'AFFRONT, PAPY ! Rétorque-je en bondissant sur mes pieds à mon tour.

- NON ! S'exclame Elisia en se levant elle aussi et en s'interposant. ARRÊTEZ !

- MA FILLE, RESTE EN-DEHORS DE ÇA ! S'exclame le père en la repoussant d'un coup du revers de son poing ganté.

Je la rattrape in extremis par le bras alors qu'elle manque de tomber à la renverse.

- NON MAIS FAUT VOUS FAIRE SOIGNER MON VIEUX ! M'exclame-je hors de moi.

- QUI EST VIEUX ? S'outre le seigneur du Morthond en posant soudain la main sur son épée.

Calembel s'interpose alors attrapant le poignet du seigneur du Morthond.

- CALMEZ-VOUS TOUS DEUX ! CE COMPORTEMENT EST INDIGNE DE VOS RANG RESPECTIFS ! Tonitrue-t-il alors si fort que j'ai l'impression de sentir les vibrations de sa voix jusque dans mes os.

La vache ! Quel coffre le père Calembel ! Un caisson de basse n'aurait rien à lui envier.

Pour le coup, j'en perds l'envie de continuer à lutter sur le terrain des décibels. Je viens d'être éjecté de cette arène en me faisant traiter d'amateur par la simple puissance de la voix de Calembel.

J'aide Elisia à se redresser tandis qu'elle fixe le dos de Calembel d'un air ahurie. Par contre je note qu'elle se raccroche à moi avec une fermeté qui ne me plaît pas trop. Je veux bien qu'elle ne veuille pas tomber, mais je la trouve un peu trop scotchée malgré tout.

De son côté, Calembel semble batailler ferme pour ne pas provoquer le seigneur Duinhir plus avant sans pour autant relâcher son poignet.

- Angbor, ne t'interpose pas ! Siffle le seigneur de la vallée du Morthond sans relâcher son arme.

- J'y serais contraint, Duinhir, si ton épée quitte son fourreau car tu t'en prendrais à un homme désarmé, l'informe Calembel en me désignant. Ce jeune homme est retenu contre son gré, comme je te l'ai dit. Il ne porte plus ni ses armes ni son armure. Je t'empêche de procéder à un acte qui entacherait ton honneur mon vieil ami.

Il me jette un coup d'œil par-dessus l'épaule de Calembel, je suppose pour contrôler que je n'ai pas mes épées. Leur absence à mes côté me fait cruellement défaut en cet instant.

- Quel chevalier se laisse enfermer sans réagir ? Gronde le père d'Elisia. L'honneur ne lui commande-t-il point de s'évader ?

- Pas si j'ai donné ma parole de me tenir coi, essais-je en sachant que je ne l'ai pas donnée.

- Il faut être bien sot pour promettre pareille chose, statue-t-il en lâchant néanmoins son arme pour se rasseoir.

J'aide Elisia à se rasseoir, elle lorgne du côté de son père avec une crainte qu'il m'est nouveau de constater.

Bon, les relations père-fille semblent conflictuelles, voilà qui ne va guère m'aider.

- J'ai entendu vos idées et vos arguments, puis-je néanmoins exposer les miens ? Reprends-je plus calmement.

Pour toute réponse, le seigneur de la vallée du Morthond grogne, ce qui en soit me semble un mieux puisqu'il ne s'est pas fâché.

En tout cas, pas pour le moment. Il n'a pas encore entendu ma proposition.

Tandis que Calembel se rassied, je rassemble mes esprits et mes arguments avant d'ouvrir la bouche pour les exposer.

- Je songeais pour ma part à maintenir les fiançailles de Calembel et Elisia, dis-je en observant le père d'Elisia, guettant une réaction de sa part.

Je ne suis pas surpris de le voir froncer les sourcils.

- Ça n'est pas possible, si un enfant naît, il ne sera jamais assuré de son ascendance, contre-t-il d'un ton grinçant.

- C'est pourquoi je recommande de repousser la date de mariage de plusieurs mois, six me semblent bien, histoire de s'assurer qu'Elisia n'a point eu à souffrir de mes "œuvres", comme vous le dites si bien.

- Et sous quel prétexte annoncerions-nous ce délai inattendu ? Grogne-t-il l'air malgré tout vaguement intéressé.

- Aucun, nous présenterons la vérité toute nue, à savoir que le chevalier Ignis ayant rendu visite à la couche de votre fille, il a été décidé de délayer le mariage pour contrôler que celle-ci n'attends pas le résultat de ses œuvres.

- Et humilier publiquement ma famille ? S'insurge le seigneur de la vallée du Morthond. Il n'en est pas question !

Je lève les bras au ciel, ayant envie de l'étrangler.

- Bon, monseigneur je vais être franc avec vous, dis-je d'une voix exaspérée. Les choses ont été faites, vous n'avez aucun moyen de revenir dessus. Cachez-les et, avec beaucoup de chance et énormément de moyens, vous parviendrez peut-être à faire taire les deux mille survivants de la bataille de la porte noire qui doivent tous savoir ou avoir entendu parler que j'ai passé la nuit dans la tente de votre fille. Ce sans compter de très nombreux nobles et autres seigneurs qui se feront un plaisir d'en parler à des tiers. Je ne donne pas un mois avant que tout le Gondor n'en ait entendu parler. Dès lors, le nier ne fera qu'alimenter les rumeurs à ce sujet et jettera l'opprobre sur votre famille sans que vous n'ayez rien à faire ! Ais-je tort ?

L'homme me foudroie du regard mais ne répond pas.

- Qui ne dit mot consent, nous sommes donc d'accords sur ce point, constate-je. Partant de ce postulat, votre meilleure arme pour faire taire les médisants est une bonne communication. On dit que faute avouée est à moitié pardonnée. C'est vrai dans le sens où une chose qui est connue de tous perd énormément de son attrait tandis qu'une chose que l'on se dit sous le manteau semble terriblement plus précieuse vu qu'elle nécessite plus de précautions. En le disant sans détour et sans honte aucune, vous pourrez dès lors opposer tout votre mépris à ceux qui s'abaisseront à vous en parler là où vous devriez afficher honte, secret et tractations si vous souhaitez le cacher. Ais-je tort ?

Il reste silencieux, mais la colère a fait place sur son visage à la réflexion. J'interprète cela comme une avancée dans mon sens.

- Annoncez donc que vous repoussez le mariage pour préserver la pureté de la descendance de votre ami, et vous donnerez l'image d'un homme capable de prendre les décisions qui s'imposent afin de préserver votre famille ainsi que l'honneur de vos amis.

- Et celle d'un homme qui ne sait point tenir ses filles dans les rangs, grogne-t-il.

- Pour ça c'est trop tard, fais-je remarquer. Je ne vois pas de solutions pour cette question.

- J'en vois une, dit Le père d'Elisia.

J'hausse un sourcil surpris.

Tiens ? Il s'est décidé à coopérer ? Bon ben génial, c'est toujours ça de prit.

- Nous progressons, constate-je d'un ton plus avenant. J'aurais plaisir à écouter votre idée.

- Elle est simple, dit le seigneur du Morthond d'un ton neutre. Afin de préserver l'image de ma fille et celle de ma famille, il nous suffit de dire que vous l'avez forcée.

J'en reste sans voix plusieurs secondes, tout juste capable de le regarder en papillonnant de mon unique œil.

- PÈRE ! VOUS N'Y PENSEZ PAS ! S'exclame soudain Elisia s'attirant un regard noir de la part de ce dernier.

- Duinhir, tu ne peux être sérieux ? Demande Calembel d'un ton choqué.

Celui-ci ne leur répond pas, se contente de me regarder intensément.

- Donc, reprends-je le plus calmement qu'il est possible, vous souhaiteriez prétendre que j'aie… violé… votre fille ? Dis-je en butant sur le mot.

- Vous avez admis avoir bu tous deux, dit-il sans se démonter. Vous avez très bien pu la faire boire au-delà de sa compréhension et profiter ensuite de son corps une fois ses défenses à bas.

- Cela ne pourra être crédible, votre fille m'a demandé mon accord, rappelle Calembel en rougissant un peu.

- Vous avez également été vous perdre le nez dans une coupe ce soir-là. Vous n'aurez pas compris de quoi le chevalier vous entretenait.

- Mais c'est moi qui ai… Commence Elisia avant d'être réduite au silence d'un regard furieux de son père.

- Nous sommes seuls à être au courant de cet engagement honteux, grince le père d'Elisia à l'attention de cette dernière. Il est plus aisé à garder entre quatre personnes que, comme vous l'avez signalé, entre toute une armée.

- Et je serais arrêté, jugé et condamné pour viol… Commente-je aigrement. Non merci !

- Je vous accorderais ma grâce sous le prétexte d'attendre de voir si l'union a été fructueuse, m'annonce-t-il sans se départir de son calme. Après tout, vous êtes chevalier du royaume et celui-ci manque cruellement d'hommes de guerre en ces heures troublées. Si vous souhaitez vraiment rendre cette farce publique, c'est la seule offre que j'accepterais.

- Mais cette offre est infâmante ! S'exclame Calembel.

Sale enfoiré… En fait ta fille tu t'en moque, c'est ton putain de nom qui t'intéresse !

Sauf que là je ne vois pas trop quoi faire. Soit j'ai l'accord du papa et je passe pour un violeur, soit je me passe de l'accord du papa, mais à ce moment je fâche Calembel avec son voisin, si tant est qu'il accepte de retourner sa veste contre son ami de longue date et Elisia a toutes les chances de se retrouver répudiée, voir remariée de force en urgence pour prévenir le cas où je l'aurais bel et bien engrossée.

- Je dois y réfléchir, commente-je aigrement avec un regard peu amène pour le seigneur du Morthond.

- N'y réfléchissez point trop longtemps. Le temps joue contre nous si vous avez eu les reins féconds, me rappelle le père d'Elisia d'un ton relativement froid.

- Je garderais cela à l'esprit, mens-je sans sourciller. Vous trouverez la sortie par vous-même je gage ?

- En effet, répond-t-il avant de se lever sèchement. Elisia, nous partons.

- Ou… Oui père… Dit-elle en tournant vers moi un regard désolé.

Son père m'a salement mis en rogne et je ne parviens pas vraiment à le cacher. Je garde une expression aussi neutre que possible au niveau de mon visage, mais mon unique œil trahit aisément ma colère.

Elisia finit par partir tandis qu'à ma légère surprise, Calembel reste assis, l'air songeur.

- Vous avez quelque chose à ajouter ? Demande-je en tentant difficilement de me calmer.

- Nenni… Réponds Calembel d'un ton songeur. Je suis juste attristé par la tournure des événements. Ne réalisez-vous point que ce que vous proposez a toutes les chances de plonger dame Elisia dans l'opprobre ?

- Dans l'opprobre ? Grince-je. Et pour quelle raison ?

- J'ignore comment sont les femmes chez vous mon ami, mais céans, une demande comme celle d'Elisia ne vaut guère mieux que la proposition d'une catin. Par respect pour elle, et par respect pour vous, j'ai accepté, mais je songe que j'avais peut-être un peu trop bu également. Pour tout vous avouer, je songeais aussi fort probable que je ne revienne point de cette bataille. Ce serait bien plus simple pour vous deux si je n'étais plus de ce monde, vous pourriez convoler en…

- Calembel, je suis très sérieux en disant que je n'aime pas Elisia, le coupe-je d'un ton clame tout en sentant ma colère tomber. J'apprécie sa conversation même si elle est souvent conflictuelle, mais je n'éprouve pas d'amour pour elle, j'aime la taquiner, sans plus. Comme je taquinerais une jeune sœur turbulente.

- Nombre de couples de la cour éprouvaient des sentiments bien moins tendres que les vôtres vis-à-vis de leurs conjoints lors de leurs épousailles. Être noble n'est pas seulement avoir plus de droits Faust, c'est aussi plus de devoirs envers ceux que vous protégez.

- Je ne protège plus personne à l'heure actuelle, fais-je remarquer. La guerre est finie, je n'ai plus rien à protéger.

- Le royaume a encore besoin de ses chevaliers mon ami, me rappelle Calembel. Nous avons défait le mal, mais Gondor n'a jamais été si faible. Pour nos voisins, nous sommes une proie des plus alléchantes comme vous aimez si bien à nous le rappeler. Il nous faut imposer nos frontières et les tenir et nous aurons besoins d'hommes de votre trempe pour cela. Je n'ai aucun doute que le Mage Blanc et le Roi auront des choses à vous faire faire sitôt vos soucis avec les elfes résolus. De là, au vu de vos compétences, je pense que vous obtiendrez sur le champ de batailles les honneurs qui permettront au roi de vous octroyer votre propre maison et vos propres terres. Vous aurez alors pléthore de devoirs à remplir et de gens à protéger. Il vous sera plus difficile de chercher une épouse quand vous serez ensevelis sous vos travaux et vous aurez encore moins de temps pour en profiter. Épousez Elisia maintenant et je n'ai aucun doute qu'avec un peu de bonne volonté, l'amour pourra naître de cette union et que vous aurez plus de temps pour le passer avec votre épouse et faire vos enfants avec plus de quiétude.

- Mais bon sang, Calembel, je ne souhaite m'engager avec Elisia parce que c'en est une autre qui occupe mon cœur, grogne-je.

- Où se trouve-t-elle en ce cas ?

- Le diable si j'en sais quoi que ce soit ! Je l'imagine toujours en Lórien si elle n'a point rejoint sa famille en la Forêt Noire.

Calembel hausse un sourcil surpris.

- Elle est de sang elfique ?

- Et royal qui plus est… Grogne-je agacé.

- Êtes-vous engagés l'un envers l'autre ? S'enquiers-t-il.

- C'est même plutôt le contraire, je l'ai repoussée la dernière fois que nous nous sommes vus, soupire-je cette fois d'un ton désespéré.

- Vous avez le chic pour attirer à vous les femmes à problèmes… Constate le vieux seigneur tonitruant.

- J'en ai assez parlé Calembel… Dis-je en expirant longuement. Je souhaiterais être seul…

Celui-ci hoche la tête et se lève pour sortir. Il me salue une dernière fois sur le palier et me laisse à mes fort longues réflexions. Même Jim se transforme en courants d'air pendant que je retourne le casse-tête où ma faiblesse ma entrainé sans y trouver de solutions qui me paraisse viable. Dans tous les cas, quelqu'un va en prendre pour son grade. Et même si je souhaiterais que ce ne soit pas moi, cette solution proposée par le pater est probablement celle qui touche le moins de monde. Mais l'idée de passer pour un violeur me reste très sévèrement en travers de la gorge. Je suis déjà meurtrier d'un prince, dois-je donc cumuler tous les titres les plus infâmants de cette terre ?

Bon, au moins j'ai évité de devenir pédophile avec la fille de l'aubergiste… On va dire que c'est déjà ça…

Je passe un nouveau midi seul et une nouvelle soirée avec Trolf qui en profite pour boire comme un siphon d'évier. Nous jouons aux cartes jusqu'à une heure avancée avant que Trolf ne prenne congé et que j'aille me coucher à mon tour.

Je suis réveillé avec les poules par Jim et me prépare sans entrains pour une nouvelle journée d'enfermement idiot. Quand des coups discrets sont frappés à la porte, Jim interromps notre partie d'échec pour aller ouvrir. Il s'écarte ensuite pour laisser entrer une grande dame elfe au port altier, aux longs cheveux noirs et au traits minces qui me sourit en me voyant, engoncée dans une grand robe de voyage dont les armoiries sont une image qui dans un sens se voit comme un arbre et dans l'autre comme un bateau.

Je sursaute bien malgré moi avant de sentir mon cœur bondir dans ma poitrine. Je me lève de ma chaise et me précipite dans les bras ouverts qu'elle me tend.

- Nirianeth ! Mon Dieu, que c'est bon de te revoir ! M'exclame-je en sentant ma gorge se serrer tandis que j'étreins ma mère par substitution.

- Faust, mon petit, les Valars soient loués ! Souffle-t-elle en me serrant contre elle. Que tu as forci depuis que tu es parti d'Imladris ! Je t'ai à peine reconnu ! Mais qu'est-il arrivé à ton œil ?

- Longue histoire, réponds-je en sentant des larmes de joie couler sur mes joues. Tu m'as terriblement manquée Nirianeth.

- Moi aussi Faust. J'ai tremblé sans cesse en entendant les horribles histoires qui nous sont parvenues de la guerre tout au long de notre traversée pour venir jusqu'ici. Cependant, te voir en vie est pour moi le plus beau des cadeaux !

Je ris en l'entendant.

- Si tu savais à quel point c'est passé proche de nombreuses fois ! En fait non, mieux vaut que tu n'en sache rien, me corrige-je à haute voix.

- Horrible garnement que tu es ! S'exclame-t-elle malgré tout soulagée. Mais tu sembles avoir changé également. Je te sens plus mûr que lors de ton départ.

- Ha ? Pourtant j'ai l'impression d'être toujours le même emmerd… Aïe ! M'exclame-je quand elle me pince la joue.

- Faust, ton langage ne s'est guère amélioré, me reprend-t-elle.

- Okay, okay, je m'excuse. Bon sang, à peine arrivée que déjà elle me punit ! Grogne-je en esquissant un sourire provocateur en me massant la joue.

- La langue est toujours aussi bien pendue vous concernant maître Ignis, s'amuse Arwen depuis l'encadrement de la porte.

- Ha tiens, tu es là toi aussi ? Souris-je d'un air goguenard. Je me demande bien pourquoi… La raison n'aurait-elle pas le cul vissé sur un trône dans la citadelle de l'intendant ?

- Prend garde Faust, ce "cul" est à moi ! Me sourit la fille d'Elrond en venant me faire la bise.

- Chiche ? Demande-je avec un air espiègle.

- N'essaie même pas ! Gronde-t-elle amusée. Comment tu t'es fait ça ? Me demande-t-elle en posant délicatement la main sur mon cache-œil.

- J'avais envie de changer de genre, la taquine-je avec un gros sourire tout en esquivant la question au passage.

- Espèce de vilain drôle ! Me rabroue-t-elle en tentant de me donner des petites tapes sur la joue.

- Aïheu ! T'es encore méchante avec moi ! Tu veux ma mort ? Me plains-je pour de faux.

- Ce n'est pas drôle ça ! S'exclame-t-elle.

Ce qui ne m'empêche pas d'éclater de rire. Je n'avais d'ailleurs pas tant ri depuis longtemps.

- Bonjour jeune homme, à qui ais-je l'honneur ? S'enquiert Nirianeth en se tournant vers Jim.

Celui-ci part dans une révérence un chouïa alambiqué pour moi avant de répondre avec un beau sourire :

- Je me nomme Cemaën madame, mais mon maître m'appelle Jim, ce qui est plus commode à sa langue.

- Ton maître, dis-tu ? S'étonne Nirianeth pendant que je deviens tout pâle derrière elle.

Ho merde… Merde, merde, merde ! C'est la cata !

Nirianeth et Arwen ne savent pas pour Jim et je n'aime pas trop la manière qu'ont les gens de me regarder quand je leur dit que j'ai un petit elfe qui me suit partout comme un caniche parce que je soupçonne que le syndrome de Stockholm a trop bien pris sur lui. Alors quand c'est Jim qui le raconte…

Dit pas de bêtises Jim ! Je t'en supplie ne raconte pas n'importe quoi !

- Je sers le chevalier Ignis du Gondor, continue-t-il l'air très fier. Je suis son valet.

OUF ! QUIPROQUO ESQUIVÉ ! C'est passé à ras les pâquerettes !

- Avant ça, je le servais déjà quand il était…

Ho merde…

- … Capitaine de la Main Blanche en Isengard.

Pour le coup, c'est ma propre main qui termine dans ma figure avec un bruit retentissant et un long soupir.

- Jim… Un jour il faudra que tu arrêtes de déballer cette histoire à tout va…

- Capitaine de la Main Blanche ? Qu'est-ce donc que cette farce ? S'étonne Arwen en levant haut les sourcils.

- Si seulement c'était une farce, grogne-je en me laissant tomber dans un fauteuil. Un conseil, asseyez-vous, ça risque d'être un peu long à expliquer.

Je reprends mon aventure depuis que j'ai quitté Imladris et ses beaux jardins, depuis les premiers couacs avec Lia, en omettant un peu le bout où je l'ai menacée avec une arbalète. À mon léger étonnement, Arwen admet que ça ne l'étonne pas et que Lia a toujours été une fille qui gigotait beaucoup dans son sommeil déjà enfant quand elle venait dormir avec elle dans son lit. Je leur raconte ensuite l'attaque des Wargs, ma tentative de résistance plutôt désastreuse qui m'a valu plusieurs jours de rétablissement sur un travois à l'arrière du cheval de Lia, ce qui fait ouvrir de gros yeux à Nirianeth. Je continue en racontant comment nous nous sommes perdus dans les montagnes pour nous retrouver pris dans un éboulement qui nous a projetés dans le royaume des Nains de la Moria ce qui soulève pas mal de questions de la part d'Arwen de comment nous avons pu survivre à la chute et que je suis bien en peine d'expliquer autrement que "par une chance insensée". Je relate ensuite ma rencontre avec Trolf que j'envoie Jim quérir pour qu'il puisse me supporter dans mon récit.

À l'arrivée de celui-ci, j'en suis au moment où, dans les tréfonds de la mine, nous avions capturés la chose appelée "Gollum". Les présentations sont plutôt rapidement expédiée car il commence par me corriger en racontant sa propre idée de ce que pouvait être la cité au fond du gouffre. Dès lors, armé d'une pipe et d'une pinte de bière, il reprend avec moi la narration de notre tentative pour sortir des tunnels, alors que nous avons commencé à manquer de nourriture. Je suis plutôt content de mon effet quand Trolf et moi entamons le récit de notre poursuite et je le laisse continuer en décrivant ce que lui-même a vécu avec Lia en courant vers la sortie.

- Nous venions tout juste de nous glisser dans ce goulot que des escaliers ont manqués de nous flanquer chausses par-dessus tête ! S'exclame-t-il, son auditoire suspendu à ses lèvres. Emporté par mon élan, je me suis précipité dedans à corps perdu, suivit de près par la jeune elfe qui me masquait ce qu'il se passait derrière moi. Nous avons emprunté tout une série de marches en mauvais état, mais dans la panique et l'élan de la chose, nous avons négocié les obstacles à telle vitesse que je ne m'en souviens plus bien avant de traverser le pont de Durin, dans les profondeurs de Khazad-Dûm. C'est en le traversant que nous avons réalisé que nous n'étions plus poursuivis… Termine-t-il d'un ton, lugubre en se tournant vers moi.

- Comment ce faisait-il ? S'étonne Arwen en fronçant les sourcils, vous les aviez perdu dans les tunnels ?

- En un sens, admet le nain. C'est aussi à ce moment que j'ai réalisé que nous n'étions plus que deux : Moi et la jeune elfe que vous nommez "Lia". Du compère Ignis, nulle traces. Il ne nous avait pas suivis.

- Vous vous étiez perdu Faust ? S'enquiert la fille d'Elrond en se tournant vers moi.

- Pas vraiment… J'ai été rattrapé serait plus juste… Dis-je en me replongeant dans mes souvenirs.

Nirianeth pousse un gémissement anxieux en entendant ça.

- Je suis toujours là, glousse-je amusé. Cette histoire n'a pas de fin funeste Niriaeth.

- En ce cas, cesse de me torturer et dis-moi ce qu'il t'est arrivé ! Exige la vieille elfe d'un ton de reproche.

- J'ai été rattrapé, je me suis battu, j'en ai embroché un ou deux et ensuite je suis tombé… La suite est très floue, mais je me souviens de beaucoup de colère et de haine ainsi que d'une grande lumière blanche… Ensuite plus rien, je me suis réveillé en Isengard après un temps indéfini de coma, couvert de cicatrices et avec la mémoire vacante. Le magicien Blanc, Saroumane, se trouvait là et a m'a bassiné les oreilles d'histoires comme quoi j'aurais toujours été à son service et un serviteur parmi ses plus loyaux. Faute de mémoire, j'y ai cru et j'ai servi comme je pensais devoir le faire.

Je relate mes premiers mois en Isengard, à superviser comme je le pouvais les travaux de constructions des mines et des puits d'éclosions du mage blanc corrompu. Je leur explique que je me suis auto-formé comme j'ai pu pour servir de conseiller tactique et stratégique pendant que j'œuvrais sans le savoir à la perte de mes alliés. Puis vient le moment où j'ai été renvoyé à la Moria pour y créer Din'Ganar et ma rencontre avec Jim. À partir de là, mon histoire est un peu brouillonne et au final, j'en suis réduit à prier en laissant Jim raconter. Heureusement, il passe à la trappe le détail des mauvais traitements qu'il a subit, la plupart avilissant, quand ils n'étaient pas carrément animalisant.

Arwen ne se prive pas de me faire la morale, mais le plus dur vient de Nirianeth qui au contraire baisse les yeux sans rien dire, un tel air de déception peint sur ses traits que ça me déchire le cœur.

Dire que ces dames sont choquée que j'ai été aussi cruel avec un môme, ce serait faire passer un lac pour une flaque. Mais je fais le dos rond, après tout, je ne peux pas me cacher éternellement derrière mon amnésie. Cette part de moi a bel et bien existé et elle fait toujours partie de moi, même si j'aime à espérer qu'elle soit en sommeil pour toujours. Mais j'ai bel et bien ordonné de faire torturer Jim et, à défaut d'y avoir pris une part active, j'y ai pris une part passive en donnant mon accord et en suggérant des idées. Et ça, je ne suis pas sûr de parvenir à me le pardonner un jour. J'essaie majoritairement de vivre en n'y pensant pas et en espérant qu'un jour je l'aurais oublié.

Avec l'aide de Jim, nous relatons le retour avec Din'Ganar, mon épée enchantée, à la tour d'Isengard. Comment les choses ont tourné petit à petit en faveur du magicien blanc. Je me surprends à parler d'une manière assez exaltée de comment j'ai entraîné les Uruks, et je suis assez fier du résultat qu'ils ont donné, même si je déplore d'avoir mis une telle arme entre les mains de notre adversaire et que d'autres en aient pâti.

Au moment de relater la bataille de l'Isen, je me sens assez seul et c'est Trolf qui vient à mon secours en suggérant d'aller dîner car la matinée est pratiquement achevée.

Le repas est servit dans ma chambre, et Arwen nous raconte en rougissant souvent comment elle a convaincu son père de faire reforger l'épée Narsil pour qu'elle devienne Andúril, "la flamme de l'Ouest", actuellement maniée par le roi.

- Moi qui pensais qu'il l'avait trouvée cachée entre deux paires de vieilles chausses ! Plaisante-je en faisant ainsi éclater de rire toute la tablée.

Mais une fois le dîner fini, je me trouve à nouveau à poursuivre mon récit. Belle manière de commencer l'après-midi par le récit de la mort d'un prince de ma main. Il n'y a pas vraiment d'effets dramatiques à mettre en avant. Je suis venu, je l'ai piégé, exposé, approché et tué. Je leur raconte que j'ai été blessé en lui portant el coup fatal et qu'ensuite il a fallu battre en retraite. Jim s'insurge royalement que les soins sommaires des orques dont j'avais la charge ont bien failli me tuer plus sûrement que ma blessure avant que le Mage Blanc ne décide de me ramener parmi les vivants.

Je passe assez rapidement sur ma remise en état à la tour, il n'y a pas grand-chose à en dire si ce n'est que j'en ai conçu une haine viscérale pour Langue-de-Serpent. Mon renvoi suite à son insistance et ma dernière insubordination est salué par Nirianeth.

- Tu es en droit de le haïr cet homme, il me semble abject, commente-t-elle d'un ton calme. Mais en faisant ainsi, je ne peux m'empêcher de concevoir de la gratitude envers lui, car il t'a ainsi empêché de voguer vers ta perte en te forçant à quitter un navire en train de sombrer.

Je grogne et une grimace de dédain traverse mon visage.

- Je ne l'avais pas vu ainsi, mais je dois admettre que c'est un point de vue qui se tient… Commente-je d'un ton un peu forcé.

Je reprends mon histoire, narre comment, avec l'aide d'un orque qui m'a juré fidélité et proposé de parler pour moi en allant au Mordor, nous avons pris la route avec Jim. J'en arrive au moment de la dispute entre eux qui entraîna Jim au fond de la ravine où les autres elfes nous trouvèrent. C'est à peu près à ce moment que je réalise que deux personnes se sont greffées à l'auditoire sans que je m'en rende compte en la personne d'Hanna et d'une autre des filles de Dutombil, qui font le service dans la pièce. Je relate ma capture, l'accusation qui fut faite à mon encontre d'esclavagisme, ne pouvant m'empêcher de teinter cette partie de tant de sarcasme que j'arrache au moins un sourire amusé à Arwen, même si Nirianeth reste assez grave sur cette partie de mon histoire. Je relate mon empriosnnement relativement court, que Jim vient étoffer de son réveil en Lórien et de ses propres impressions.

- Comment ça, tu as cru que je t'avais abandonné ? M'étonne-je surpris.

- Que pouvais-je penser d'autre Maître ? Me demande-t-il en haussant les épaules. Vous n'étiez nulle part à mon éveil. Une vieille elfe grincheuse me soignait mais la seule chose qu'elle a bien voulu me dire était que j'avais été trouvé aux frontières par une patrouille.

- Mouais… Pas très franc du collier de leur part, mais pas tout à fait faux non plus… Commente-je. Comme je pensais partir pour le Mordor, j'avais un peu le projet de te laisser à la première forêt elfique pour éviter qu'un orque mal luné du Mordor ne fasse de toi son goûter.

- Vous aviez vraiment prévu de m'abandonner ? Se choque soudain Jim.

- De un, je ne considérais pas ça comme un abandon, rétorque-je. J'allais dans un endroit dangereux pour toi et je souhaitais assurer ta protection. Tu as déjà pu constater à quel point c'était déjà dur de vous faire vous côtoyer Grumash et toi. Ensuite, je ne pensais pas te laisser à l'orée de la forêt avec une direction, une grande claque sur l'épaule et demerden sie sich. Je pensais vraiment discuter avec eux et te trouver un emploi, voir un apprentissage, ou que sais-je encore ? - Bon les choses se sont passées autrement au final… Commente-je en lançant un regard sombre dans le vide.

- Vous avez eu besoin de moi ! Rit Jim de bon cœur.

- Mouais… Bougonne-je.

Je reviens sur le procès, les plaidoyers qui ont été fait, Jim fait son petit coq en s'enorgueillissant d'avoir réussi à me défendre sans cacher la vérité. J'en arrive à l'intervention d'Elrond, qui m'a tiré de là en prenant la responsabilité de mes actes avant de vouloir traiter ma blessure au ventre qui s'était révélé en bien moins bon état que nous ne le soupçonnions. De là, mes retrouvailles avec Lia dans un premier temps, puis avec Trolf plus tard et celui-ci raconte avec un sourire malicieux qu'il a tout de suite vu les changements qui m'avaient été faits. Jim, bien sûr, fait remarquer que le nain a accusé d'entrée de jeux les elfes de vouloir me transformer en fille.

Cette nouvelle suscite des réactions assez diverses, depuis Arwen qui ouvre de grands yeux outrés que 'on ait accusé son père de vouloir tenter ce genre de choses, en passant par Nirianeth qui laisse échapper un petit rire cristallin et en terminant par les filles de Dutombil qui, si elles se retiennent de rire, n'en font pas moins de sourires qui en disent long.

Jim et Trolf sont en train d'ouvrir un débat quand je les interromps pour raconter comment il a été découvert que j'avais un œil qui était une prothèse magique qui me poussait spontanément à la colère. Nirianeth semble attristée au moment où je lui explique que la décision fut prise de me le retirer. Mais elle se reprend en apprenant que c'est aussi cela qui m'a rendu la mémoire.

- Et c'est ainsi que je perdis mon Maître… Laisse filer Jim avec un soupir théâtral.

- Hé ho, tête de linotte, je suis toujours là… Dis-je en saisissant le jeune elfe sous mon bras pour le décoiffer, ce qui le fait protester vivement et se débattre, provoquant une certaine hilarité dans la salle.

C'est cette hilarité qui me fait remarquer la bonne voix de Dutombil père au fond de la salle et je découvre sans grande surprise que c'est Lucie, sa femme, qui le tient par la main.

Mon retour à la mémoire du moi passé a causé pas mal de remous et je ne sais pas bien si mon histoire ne devient pas juste brouillonne à ce niveau-ci, mais je ne savais plus trop quoi penser moi-même. J'hésite à raconter cette partie, mais comme de toute façon, je suis persuadé qu'Arwen le saura tôt ou tard et que Nirianeth en aura probablement des échos, je glisse rapidement sur le fait que je me suis disputé avec Lia avant de partir et que nous ne nous sommes pas vu en bon termes avant que je ne reparte.

De là, Trolf m'aide à raconter un peu le début de l'expédition à travers le Rohan, comment nous nous entraînions fréquemment. À ce niveau de l'histoire, le Nain maintient mordicus qu'il m'a aussi appris à boire et Jim s'insurge qu'il essayait de faire de moi un soûlon. Sous le regard inquisiteur de Nirianeth, je suis bien forcé d'admettre que je me suis mis à boire plus que de raison à cette période. Elle pousse un soupir qui me semble sonner comme "Ah ! Ces hommes !", mais ne fait pas de commentaire. Par contre quand je relate que je me suis "enfui" du camp complètement torché c'est un gros instant de silence stupéfait qui plane sur l'assemblée. Je leur explique que je me suis juste éloigné du camp et qu'entre l'alcool et la fatigue, je me suis couché là où je me suis arrêté et que le lendemain je n'avais plus aucune idée d'où rentrer. Je relate toutes mes tentatives pour m'orienter qui n'ont, semble-t-il, que réussi à m'éloigner de la caravane d'après Jim et Trolf, le jeune elfe insistant lourdement qu'il s'est fait un sang d'encre et que le seigneur d'Imladris n'en menait pas large non plus.

- Bof, moi j'étais confiant… Confie Trolf en tirant sur sa pipe. L'avait quand même échappé à la Moria pour reparaître trois mois plus tard. M'a pas plus étonné que ça. Je savais qu'il était débrouillard.

- Hé, j'ai failli mourir de faim dans ces foutues plaines ! M'insurge-je.

- Mais t'es toujours là bonhomme, me fait remarquer le nain. C'est donc que t'as trouvé une combine. Donc tu vois ? Y avait pas besoin de s'inquiéter.

- Question de point de vue… Soupire-je avant d'attaquer ma rencontre avec les quatre aventuriers manchots.

Je suis vite obligé de préciser qu'ils avaient bien leur deux bras, mais que pour ce qu'ils leur servaient, ils auraient aussi bien pu être absents. Je raconte comment à partir de là j'ai trouvé le village en ruine et me suis fait engager presque de force par Bergen Harren sur un duel perdu.

Je trouve assez laborieux de raconter comment je me suis comporté avec ce groupe. Tiraillé par le retour de mon ancien moi qui crevait de peur à la simple idée d'approcher d'un champ de bataille et mon moi de l'époque de Saroumane qui y avait mené des troupes. Je raconte comment j'ai trouvé le noble trop peu au fait des réalités tactiques et stratégiques et que j'ai refusé de le suivre en faisant preuve d'une lâcheté affolante. Je raconte comment, rongé par le remord, j'ai décidé suite à la redécouverte de ma Warg et la mort dans mes bras de l'un des gamins qui accompagnaient le noble qui m'avait "engagé", je suis revenu pour tenter de les sauver.

Je constate que mon idée après ma découverte de me faire passer comme étant toujours capitaine de la Main Blanche auprès des hommes sauvage soulève plusieurs réactions surprises et mes pauvres petites manœuvres pour en prendre le contrôle tout en essayant de sauver les Rohirrims. Arwen a l'air assez troublé, Trolf ne fait aucun commentaire et fume sa pipe d'un air songeur. Jim hausse les épaules en me disant que j'ai tenté de faire au mieux, la famille Dutombil se fait plutôt discrète, mais je lis plutôt de la compréhension chez les femmes, tandis que le mari semble plutôt réprouver la méthode.

Je conclu en leur racontant ma tentative d'évasion en masse ratée qui n'a dû mon salut qu'à l'intervention tardive de renforts amenés par Harren père. Ma découverte parmi les blessés de champ de bataille. Puis la découverte de qui j'étais vraiment, et mon emprisonnement.

Ce qui m'est arrivé à ce moment-là, me reste un peu en travers de la gorge et je ne m'étends pas trop sur le sujet, mais mes longues hésitations et mes longs silences semblent m'attirer une certaine sympathie.

J'ai cru que j'étais emmené pour mourir, et je ne fais pas mystère de comment Gandalf m'a tiré d'affaire avec aussi un gros coup de pouce du roi du Rohan qui se sentait au moins aussi coupable que moi de la mort de son fils.

Je raconte comment, peu de temps après, j'ai dû être extrait de la cité d'Edoras par le général Grimbold, l'un des hommes que j'ai affronté aux gués de l'Isen. Je tais la conversation que nous avons eus au sujet de mes capacités surnaturelles pour reprendre quand Gandalf nous a menés à Minas Tirith. De là, je relate comment Gandalf m'a demandé de rester plus discret pour mobiliser la noblesse en son nom contre l'immobilisme de l'intendant.

Dutombil père se rengorge presque aussitôt, fier comme un paon. Il prend d'ailleurs la parole pour raconter, avec grand entrain, comment j'aurais "héroïquement" défendu sa fille contre des voyous de la ville basse et comment "les autorités corrompues" m'auraient embarqués sur un motif "aussi injustifié que déshonorant" à ses yeux.

- Que la fièvre l'emporte ! Si ce capitaine avait un vrai sens de la justice, il vous aurait remercié au nom de la ville pour cet acte ! Achève-t-il d'un ton théâtrale, faisant soupirer d'amusement Lucie et rougir ses filles de gêne, surtout la petite. Ce qui moi me fait personnellement sourire.

- Dutombil, si vous continuez, un de ces jours vous ferez élever une statue de moi dans votre Hall et donnerez mon nom à votre prochain enfant, plaisante-je.

- Il n'y a guère de chance, c'est moi qui contrôle cela et je trouve que nos filles sont en nombre suffisant ! Dit Lucie avec un petit regard que je reconnais assez pour savoir que ce n'est pas un argument discutable.

- Ah ! Pauvre de moi ! Me priveras-tu à jamais du rêve d'avoir un jour un fils ? Fais semblant de se lamenter Dutombil.

- Si c'est toi qui le porte, on peut toujours s'arranger, plaisante la tenancière en riant, ce qui soulève une réaction plutôt mitigée de la part de l'auditoire, surtout des enfants.

Je raconte ensuite la bataille de Minas Tirith, et le récit devient long et trop détaillé à mon goût, ce d'autant que le soir progresse et que les questions me tombent dessus plus dru que sous une averse. Je me retrouve à déterrer ma carte d'état-major de mon armoire pour pouvoir expliquer la bataille ainsi que mon parcours personnel. Jim est le plus avide de détails, mais la fille d'Elrond elle aussi se révèle très curieuse de comprendre cela en détail.

Nous en parlons encore quand le souper est servi et je m'interromps pour casser une petite graine. Je suis assez surpris de l'ambiance presque surréel qui y règne car pour une fois, Dutombil et Lucie mangent avec moi, et leurs filles aussi, bien qu'à tour de rôle car elles ne peuvent pas laisser l'hôtel sans surveillance, mais leurs parents sont là tout du long et les conversations vont bon train autour de qui m'a connu quand et comment. Lucie en particulier passe une bonne partie de la soirée à discuter à voix basse avec Nirianeth, ce qui m'inquiète un peu vu ses talents de marieuse et sa manie d'aborder la vie sexuelle des gens sans préavis. Pourtant, Nirianeth rit beaucoup pendant le repas, même si parfois elle me lance des coups d'œil un peu étranges qui me font redouter la suite.

Au cours du dessert je reprends mon récit et conclut la bataille de Minas Tirith. Je parle ensuite de comment je me suis fait embobiner par le vieux barbon pour qu'il laisse le roi m'adouber chevalier. Cette fois par contre, Arwen m'enguirlande en me demandant pourquoi je n'avais pas commencé par là.

- Pfff… Ben, parce que c'était pas important ? Essais-je en haussant les épaules.

Je me fais une nouvelle fois rabrouer, bien que cela fasse beaucoup sourire Nirianeth. Je leur parle rapidement du duel qui m'a opposé à Bergen Harren qui m'en voulait pour le fait que j'avais approché la dépouille du roi après sa mort, comment je l'ai vaincu et fait emprisonner par l'ami Luri en attendant rançon de son père, ce que cette fois l'assemblée tout entière s'accorde à dire que j'ai bien raison vu comment j'ai été traité par ledit paternel. Ça me soulage tout en me faisant me demander si c'est quand même bien moral.

Enfin, ultime chapitre de mes aventures, je leur raconte comment j'ai décidé au final de participer à la bataille de la Porte Noire qui vit la victoire des peuples libres sur Sauron.

Toute l'histoire m'a pris au final bien plus de temps que je ne le pensais et je ne compte plus les coupes de sirop que j'ai descendues en parlant, ni même le nombre de pauses qu'il m'a fallu faire ensuite pour vidanger tout ce que j'ai bu. Je leur explique que maintenant qu'Elrond m'a retrouvé, je suis de nouveau captif et que j'attends de retourner en Lórien pour y être jugé à nouveau, cette fois pour délit de fuite.

Arwen secoue la tête d'un air mi-amusée, mi-gênée.

- Maître Ignis, ou plutôt chevalier Ignis, je ne sais guère que penser de tout ceci. Votre épopée est digne de légende. Dire que je me rappelle encore du jeune homme couard et sarcastique qui débarqua jadis en la maison de mon père. Vous avez extrêmement changé.

- Il paraît que tout ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, dis-je avec un sourire ironique. Il faut croire que j'ai survécu assez longtemps.

- Et le Valars en soient loués ! Mais tu as eu une chance parfaitement incroyable de te sortir de toutes ces situations avec si peu de conséquences… Commente Nirianeth en secouant la tête.

- J'en suis bien conscient, admets-je en me frottant les yeux à cause de la fatigue. À chaque fois que j'y pense, j'en viens à me demander sous quelle bonne étoile j'ai bien pu naître pour survivre à tout ça.

- Maître Iginis n'est pas dépourvu de talents puisqu'il a en moins d'un an fait de tels progrès au maniement de l'épée qu'il tint bon contre les Nazgûls, fait remarquer Arwen.

- Mais est-ce là une excuse pour courir à leur rencontre ? Faust, je me faisais moins de soucis quand je vous pensais trop soucieux de votre propre survie… Soupire Nirianeth.

- J'ai grandi Nirianeth, dis-je en haussant les épaules. Je ne peux pas éternellement me cacher derrière les autres. Il paraît même que j'arrive à un âge où ce sont les autres qui seraient censés se cacher derrière moi, dis-je avec un sourire torve en me tournant vers Jim pour lui ébouriffer les cheveux.

- Maître ! Se plaint le jeune elfe en se reculant pour m'échapper, ce qui n'est pas bien dur étant donné que je suis assis dans mon fauteuil.

- Mais c'est qu'il se rebelle en plus ! Ris-je.

La plupart des personnes finissent par tomber d'accords pour dire qu'il est tard et je conviens de revoir Nirianeth demain, mais Arwen fait valoir qu'elle doit superviser les préparatifs de son mariage pour la cérémonie qui doit avoir lieu dans quelques jours, aussi elle ne sera pas présente.

Je passe une nuit plutôt courte, même s'il serait plus juste de dire que je me suis glissé dans mon lit, retourné et constaté que le soleil se levait. L'une de ces nuit où il m'est impossible de me souvenir de quoi que ce soit que j'aie pu rêver.

Jim m'aide un peu à me changer, mais je passe une partie de la matinée à me laver et faire un peu de ménage dans la pièce pour acceuillir Nirianeth. Quand elle revient, elle aussi changée et propre, je demande à Jim de nous laisser et nous nous asseyons sur des fauteuils l'un en face de l'autre. Sauf que c'est un peu le blanc qui me saisit à la place de la conversation à bâtons rompus que je pensais que nous aurions.

- Tu es fâchée Nirianeth ? Finis-je par demander.

- Je n'en suis pas sûre, admet-elle après quelques secondes. Je t'avais demandé de ne pas prendre de risques, et quand je vois tout ce que tu as fait… Tu as joué au héro Faust et tu devrais être reconnaissant d'être toujours en vie.

- Je le suis… Hésite-je après quelques secondes à digérer la constatation.

- Je ne le sais, tu as tant de fois évoqué ta peur de mourir ou ton envie d'accueillir celle-ci lors de ton récit d'hier que je me demande si tu ne le souhaite pas réellement.

- Oh, quand je suis arrivé, j'étais si mal dans ma peau que je ne doute pas un instant que j'aurais sans doute réclamé tel sort… Dis-je en baissant le regard. Mais depuis j'ai vu et vécu des choses qui m'ont fait comprendre que ma vie, j'y tiens encore énormément.

- Ce n'est pas ce qui transparaît de tes actes Faust, constate Nirianeth.

- Bah, j'imagine que c'est l'effet de meute. Quand tout le monde va à droite, pourquoi vouloir aller à gauche ?

- Faust, quand tout le monde va à gauche, tu es le premier à suggérer d'aller à droite, me fait-elle remarquer.

- L'ancien moi, probablement. Maintenant, je n'en suis plus si sûr…

Le silence retombe à nouveau, cette fois rompu par Nirianeth.

- Gandalf a-t-il au moins reconnu que tu lui avais plus que rendu service ? T'aidera-t-il à retourner chez toi ? Me demande-t-elle.

Je sens mon estomac se nouer à cette question et je tourne la tête.

- Nirianeth… Je pense que je ne retournerais pas chez moi… Dis-je d'une voix gênée.

- Pourquoi non ? S'étonne-t-elle.

Je pousse un long soupir.

- Comment t'expliquer… Quand je suis parti de chez moi, je n'avais jamais fait de mal à une mouche. Le moi d'aujourd'hui à suffisamment de sang sur les mains pour en remplir un bassin de bain public. J'ai complètement laissé tomber tout ce que j'étais et tout ce que je connaissais depuis près d'un an. En admettant que le temps s'écoule de la même manière là d'où je viens, je devrais quand même expliquer où et comment j'ai acquis tous ces talents guerriers. Et avec l'histoire que j'ai, personne ne voudra me croire, ce qui rendra les forces de l'ordre nerveuses chez moi. Je risque autant de passer pour un fou que pour un malade, à moins de cacher mon histoire. Mais dès lors, comment justifier une absence d'un an, ma nouvelle musculature et toutes mes cicatrices ? Si je ne veux pas d'ennuis, je serais forcé de ne rien dire, mais dès lors ne pourrait pas mettre en avant toute l'expérience que j'ai acquise ici. Soit je repartirais de zéro et devrais faire semblant de tout réapprendre, soit me diriger vers d'autres domaines qui ne sont plus aujourd'hui ma tasse de thé. Pour compléter le tout, j'ai ici un statut et des privilèges auxquels je ne puis pas aspirer chez moi, tout simplement parce qu'ils n'existent pas.

- Mais, et ta famille Faust ? Tes parents dont tu m'as tant parlé ? Ton frère et tes sœurs ?

- À quoi bon revenir après tout ce temps ? Dis-je en sentant mes yeux me piquer. Ils doivent penser que je suis mort.

- Non Faust, ils doivent être dans le doute et crois-moi, c'est bien pire de ne pas savoir car on se raccroche toujours, qu'on le veuille ou non, au petit espoir qu'un jour, la personne qui poussera la porte sera celle qui a disparu il y a si longtemps. Tu laisserais ta famille se demander tout le reste de son existence ce qu'il t'est arrivé ?

- Je ne le souhaite pas. J'aimerais leur dire que je vais bien et que je n'ai pas disparu sans laisser de traces. Mais parallèlement, je ne souhaite plus rentrer… Je ne veux pas qu'ils voient ce que je suis devenu… Surtout ma mère qui est une antimilitariste convaincue. Si je lui dis que je suis allé faire la guerre, elle va m'en faire une montagne et me traiter d'assassin à tous les coups…

Nirianeth reste silencieuse plusieurs minutes.

- Je peux comprendre les deux points de vue, soupire-t-elle, ce d'autant plus que je dois bien admettre m'être beaucoup attachée à toi Faust. L'idée de te voir partir pour ne plus jamais revenir me peine énormément, mais si j'étais ta mère, je supplierais chaque jour qui passe les puissances de ce monde de me rendre mon enfant, ou au minimum, de m'en donner des nouvelles.

- Donc, tu me conseilles de partir ? Demande-je peu sûr de ce qu'elle cherche à me dire.

- Cette décision t'appartient Faust. Pour cette fois, je ne puis rien faire d'autre que te donner mon avis, me corrige-t-elle en s'adossant dans son siège. Si seulement ton trajet pouvait ne pas être à sens unique, tu pourrais aller rassurer ta famille et leur dire adieu de manière correcte avant de revenir ici, songe-t-elle à voix haute.

- De ce que j'en ai compris, le voyage est à sens unique, mais j'admets ne pas m'y être intéressé plus que cela… Avoue-je d'un ton songeur. Il faudra que j'en parle avec le magicien…

- Tu songes qu'il y a possibilité que tu puisse aller et revenir ? Me demande-t-elle avec espoir.

- Je n'en sais fichtre rien… Réponds-je en haussant les épaules. Mais ça ne coûte rien de poser la question. Mais, dans le cas où il ne le serait pas de manière sûre et certaine, je maintiens ma décision de ne pas partir. Certes, ma famille en souffrira, mais je ne souhaite pas les affliger de ce que je suis devenu. Il faudrait que je change à nouveau pour m'acclimater de cette société que j'ai quittée qui m'avait rendu aigri et méchant avant l'âge. J'ai fait d'énormes progrès sur moi-même depuis que je suis ici, et ici je suis accepté en tant que ce que je suis. Si je partais, je devrais tout changer ou alors me retrouver au ban dans cette "civilisation" qui fut la mienne toutes ces années. Et je ne souhaite plus changer. J'aime bien mieux cette nouvelle version de moi, plus aimable et plus réfléchie. Plus forte aussi.

-Je comprends Faust, et je te mentirais si je disais que je regrette que tu souhaites rester, même si j'éprouve de la peine pour tes parents restés en arrière.

- De toute façon quelqu'un aura à en souffrir. Autant faire mon deuil tout de suite, ma famille je ne la reverrais jamais à moins d'un petit miracle. Me voici désormais orphelin à un âge où je devrais m'en soucier comme d'une guigne… Commente-je tout en n'y croyant pas vraiment.

- Et que feras-tu de cette nouvelle vie ? Me demande gentiment Nirianeth.

- Je n'en ai pas la moindre idée ! M'exclame-je avec un grand sourire. J'ai bien une piste ou deux et des affaires à régler, mais après cela…

- Tu penses rester dans le Gondor ? Ou alors voudrais-tu rejoindre Imladris avec moi quand le moment sera venu ? Me demande-t-elle en me regardant d'un regard très sérieux.

- Retourner à Imladris ? Répète-je en y songeant. J'admets ne pas vraiment y avoir pensé… Et puis, le doc m'apprécie autant qu'une épine dans son pied…

- Je vois… Commente Nirianeth en détournant la tête, son regard se perdant dans un coin vide de la pièce.

- Mais je viendrais te voir bien volontiers ! Me rattrape-je aussitôt. Tu es pour moi comme une mère. Même si je n'ai pas le même sang que toi, et je suis aussi affligé de la tare de ne pouvoir vivre aussi longtemps que toi, tu t'es si bien occupée de moi quand j'étais souffrant… Et tu m'as tant aidé par la suite…

Elle me fait un léger sourire, mais rougit en même temps.

- Faust, ça me fait plaisir, mais c'est gênant aussi de t'entendre parler ainsi, me dit-elle avec un petit sourire.

- Tu sais Nirianeth, si je ne puis plus rentrer, je pense que la présence d'une mère est ce qui risque de me manquer le plus. Alors… Je sais que ça peut paraître présomptueux, mais accepterais-tu que je t'appelle "maman" ? Lui demande-je en venant pour lui saisir doucement la main.

Elle lève vers moi des yeux agrandis de surprise et je suis moi-même extrêmement gêné de ce que je viens de lui demander.

- Faust… Tu souhaites que je t'adopte ? S'étonne-t-elle du ton de celle qui n'y croit pas.

- Heu… Ben on est pas forcément obligés d'aller jusque-là si tu ne veux pas… Réponds-je en me demandant d'où elle me sort cette idée.

Elle se lève soudainement pour me prendre par les épaules et me regarder bien en face, l'air grave.

- Faust, me demandes-tu de devenir mon fils ou non ? Me demande-t-elle d'un ton si sérieux que j'ai de la peine à ne pas reculer de surprise.

- Heu… Oui… Plus ou m…

- Oui ou non ? Me coupe-t-elle.

- Oui ? Laisse-je échapper d'une toute petite voix en me demandant comment j'ai encore réussi ce tour-là.

Une longue minute passe, puis d'un coup elle me serre contre elle.

- Tu ne peux savoir à quel point ta demande me rends heureuse… Me dit-elle à l'oreille. Ne plus être seule… Merci Faust…

- Heu… De rien… Dis-je en la prenant dans mes bras un peu perdu.

Je viens de me faire adopter à vingt ans… Ben celle-là si je m'y attendais…

Elle me relâche au bout de plusieurs minutes et je constate qu'elle a les joues rouges ainsin que les joues humides.

- Ça ne va pas Niria…

- Maman ! Me coupe-t-elle en me posant un doigt sur les lèvres. Ou "mère". Je ne t'adopte pas pour entendre mon prénom à longueur de journées !

Okay…

- Tu vas bien… Maman ? Demande-je un peu plus emprunté.

Elle me sourit et hoche la tête.

- Oui, c'est juste… L'émotion… Je ne pensais pas revenir de ce voyage avec un nouveau fils.

- Et moi donc… Commente-je en retenant tout ce que je peux de sarcasme dans ma voix sans être bien sûr d'y être parvenu.

- Il faut que j'annonce la nouvelle à ton cousin ! Il te faut une nouvelle tenue pour assister au mariage ! Et que nous changions le nombres de participants de la famille.

- Cousin ? Mariage ? Tenue ? Répète-je en me braquant.

Je ne me suis quand même pas fait adopter pour être marié de force, si ?

- Et bien oui ! Tu n'as pas oublié qu'Elrond est mon neveu ? Ce qui fait donc de lui ton cousin et nous marrions bientôt ta petite cousine Arwen.

WHAT ? ELROND VIENT DE DEVENIR MON COUSIN ? HO FUCK !