Vendredi 9 février 1996
Chère Marie,
Deux heures d'Histoire de la Magie, autant en profiter pour t'écrire. La réunion de mercredi soir a été du grand spectacle. Et moi projetée en actrice principale. Je me suis sentie comme une proie qu'on jette dans la fosse aux lions.
Il n'y avait pas que les élèves et les profs. Il y avait aussi des journalistes de différents journaux, britanniques et étrangers, des citoyens britanniques, et des officiels du Ministère : le Ministre et sa clique, mais aussi des Aurors, avec Amelia Bones, des représentants du Département des Mystères... Il y avait également Augusta Longbottom et les avocats de Harry, présents parce que je suis une protégée Potter.
Augusta a insisté pour que nous cinq, les mages, n'apparaissions pas comme des étudiants, mais comme des (futurs) Lords pour les garçons, et des jeunes femmes de bonne société pour Hermione et moi. J'avais donc des habits civils, et par dessus ma robe la plus élégante, verte, et bien en évidence, les fibules de Galaad et Nimue. Harry, Draco et Neville avaient leurs robes de nobles, avec chacun son blason, et chacun également les artefacts de magie : les fibules, mais aussi leur épée pour Harry et Neville (Harry a du changer de baudrier pour l'occasion, pour qu'elle reste visible), et une dague si grande qu'on aurait dit un glaive pour Draco. Hermione portait une robe bleue, et a affiché également sa fibule et une dague offerte par Harry, provenant directement de son coffre familial. Toutes les deux portions comme d'habitude un bijou de la boîte à bijoux Potter, et nous avons volontairement choisi un collier, plus visible que d'autres bijoux.
La réunion s'est déroulée dans la Grande Salle, seule salle assez grande pour recevoir autant de monde. Les tables avaient disparu : sur l'estrade, il y avait à présent quelques fauteuils, et le reste de la salle était occupé par d'innombrables rangées de sièges. Les étudiants se sont mis d'un côté de la travée centrale, et les personnes qui ne font pas partie de Hogwarts de l'autre. Sur l'estrade, il y avait nous cinq, mais aussi Augusta, Amelia, Maîtres Dercy, Juliet et Corny, la directrice McGonagall et les professeurs Flitwick et Snape. Les adultes étaient sur une rangée sur le côté de l'estrade, les quatre autres mages autour de moi, mais légèrement en retrait, et moi, en avant, bien visible de tout le monde.
À vingt heures, comme nous l'avions prévu, je me suis levée, et Harry est venu se placer à côté de moi. C'est lui qui a ordonné le silence, qui est venu assez vite. Il a commencé :
« Bienvenue à tous ici ce soir, et pour ceux qui ne résident pas à Hogwarts, bienvenue dans le château. Avant de commencer, quelques précautions. Lady Hogwarts, est-ce que toute personne présente au château se trouve dans la Grande Salle ?
–Oui, Maître Harry, a répondu la voix féminine venue d'on ne sait où que les étudiants connaissaient déjà, mais pas les nouveaux venus.
–Merci. Alors ferme cette salle et ne la rouvre que lorsque je te le demanderai. Et ferme complètement Hogwarts, et avertis la directrice et moi si quelqu'un essaie d'y entrer, par quelque moyen que ce soit.
–Bien, Maître Harry. »
Les grandes portes de la salle se sont fermées et on a clairement entendu le verrou. En fait, les mages craignions que Voldemort ne profite d'une telle assemblée pour révéler sa réelle existence de manière dramatique. D'où la demande de bouclage par Harry. Harry a ignoré les murmures, et a continué :
« Bien. Nous allons faire comme je l'ai fait il y a maintenant deux semaines. Manon va jurer sur sa magie et sa vie de ne dire que la vérité, et va raconter son histoire : d'où elle vient, pourquoi elle est là, et ce qu'elle a fait. Ensuite, il y aura des questions.
–Pourquoi pas de Veritaserum ? a demandé un officiel du Ministère.
–Parce que Manon est protégée par ma famille et que seul moi peux le lui imposer si elle ne le veut pas, a répondu Harry sèchement. Nous avons décidé de la protéger des questions indésirables qui sont à même de fuser à partir d'une foule. Nous avons estimé qu'un serment sur sa magie et sa vie est amplement suffisant pour vous garantir la véracité de ses propos. C'est parti. Manon ? À toi. »
Il est retourné s'asseoir en frôlant ma main, histoire de me montrer son soutien. J'ai inspiré profondément. C'est un show. Et j'ai fait du théâtre pendant des années. J'ai écris des discours, des vrais, et d'autres uniquement dans mes histoires. Je sais parler, pas au sens de simplement aligner des mots pour former une phrase ayant un sens, mais dans le sens où je sais jouer avec ces mots pour en tirer le sens que je veux. Et je suis une Slytherin, bon sang ! Il n'y avait donc aucune raison que je n'y arrive pas. C'est juste une impro avec un peu plus de conséquences qu'un match où je risque de me recevoir une pantoufle...
J'ai levé la main droite, sans ma baguette, et j'ai juré :
« Moi, Manon, je jure sur ma magie et ma vie que jusqu'à ce que les portes de cette salle s'ouvrent, je ne dirai que la vérité telle que je la perçois. Je jure de répondre dans la mesure de mes moyens à vos interrogations. Je jure que tout ce que je dirai sera le plus sincère et honnête qu'il est possible. »
Trois serments, la magie s'active, et ma main s'englobe de lumière avant qu'elle ne disparaisse. Nous avions répété le serment avant de commencer, histoire que je puisse avoir des échappatoires pour les questions délicates. Normalement, tout devrait bien se passer. Bon, je suis en train de t'écrire, donc je suis toujours en vie, n'est-ce pas ? Mais sur le coup, c'est quand même hyper stressant, de se dire qu'à un mot de travers, je peux tomber raide morte sur cette estrade. Et même si je suis en vie, je pense que j'ai quand même laissé des plumes lors de cette soirée... Les projecteurs vont rester sur moi un moment... et malheureusement, pas que sur moi...
Je me suis assise dans le fauteuil à l'avant de l'estrade, de la manière la plus décontractée possible, et j'ai fait apparaître une flamme dans la paume de ma main :
« Quand elle s'éteindra, vous saurez que j'ai menti. Je suis Manon. Je n'ai pas donné mon nom de famille, parce que Nestral n'est pas mon nom de famille. Je suis une voyageuse spatio-temporelle, certes, mais je viens d'un futur suffisamment proche pour qu'il y ait, en même temps que je suis ici, une autre Manon, qui ne se doute absolument pas que je suis ici dans un voyage temporel. C'est pour protéger cette Manon et sa famille que je n'ai pas voulu donner mon vrai nom de famille. Mais ça n'a apparemment pas été suffisant, et mes craintes ont été fondées, puisqu'au début de cette année, alors qu'on décuvait tous de nos réveillons respectifs, la petite Manon et sa famille se sont fait violemment agressées, de la manière la pire qui soit. Avant d'entrer dans les détails, laissez-moi vous en dire plus sur mes origines. Avant de venir ici, j'avais soufflé mes vingt-et-unes bougies. Je suis née en 1987. La... vraie Manon a donc pour l'instant huit ans et approche de son neuvième anniversaire. Pourtant, ici présent, je n'ai ni vingt-et-un ans, ni huit. J'en ai quinze. C'est comme ça. Je ne sais pas ce qui a provoqué ça, je ne sais pas comment ce voyage s'est déclenché. Je sais juste qu'un beau jour de ma vingt-et-unième année, j'ai eu un grave accident, et qu'au lieu de me réveiller dans un hôpital ou de ne pas me réveiller du tout, je me suis retrouvée ici, en 1995, âgée de quinze ans. »
J'ai continué à leur raconter mon histoire, leur expliquant qu'en effet, je connaissais leur monde avant d'arriver, mais que pour moi, ce n'était que de la littérature.
Je leur ai expliqué les livres principaux, les films, les fanfictions (que j'ai appelées possibles, comme d'habitude). Je n'ai jamais dit que la saga s'appelait Harry Potter. Ils vouent déjà un culte suffisamment malsain à Harry pour ça. Je leur ai juste dit que le récit concernait leur époque.
Je leur ai expliqué que la fin de la saga telle que je la connais ne vaut rien, et pourquoi.
Je leur ai expliqué pourquoi je me sens libre d'agir et cette histoire de voyage non voulu qui fait que je ne sais pas comment la boucle se déroule, me libérant de la contrainte de préserver ou modifier une histoire que je ne connais de toute façon pas. J'ai insisté dessus, sur le fait que tout ce que je fais n'est pas en fonction de ce que je pourrais connaître de l'avenir, parce que je ne sais plus rien de ce qui va se passer. Je suis autant dans le noir qu'eux.
Je leur ai expliqué que les histoires que j'ai lues étaient suffisamment variées pour que je n'ai pas d'a priori avant d'arriver ici, mais que mes opinions se sont effectivement formées en fonction de ce que je vis ici. J'ai reconnu que le fait de me sentir un peu extérieure aux événements m'a facilité les choses, m'a rendue plus volontaire dans le fait de poser des questions, même si ces questions pouvaient déranger. Je n'ai agi qu'en fonction de ces réponses et des événements réels, pas des possibles que j'avais lus avant.
« Voilà, je crois que vous savez tout ce qu'i savoir sur cette histoire de voyage spatio-temporel, j'ai enfin terminé. Ma flamme est toujours là, je suis toujours en vie, je ne vous ai pas menti. Je n'ai pas agi dans le but de transformer un avenir dont je n'ai de toute façon pas connaissance. J'ai juste fait ce que n'importe qui avec les yeux et l'esprit ouvert, et sans doute aussi un peu de culot, aurait fait. Rien de plus, rien de moins. Vos questions ? J'y répondrai jusqu'à vingt-et-une heure trente. Vous avez donc une heure pour décortiquer tout ce que je viens de vous dire.
–Quel est votre rôle dans l'émancipation de Lord Potter ? a demandé un journaliste.
–Assez important, je dois le reconnaître. Tout a commencé à partir de ces questions, justement, et une question très innocente, en plus. Harry, je peux ? » j'ai demandé en me tournant vers lui.
Il a hoché la tête avec un sourire. Nous savions déjà ce que je pouvais dire ou non. J'ai donc raconté, une nouvelle fois, l'histoire de la découverte du verrou sur Harry, puis sur Hermione, et ce que cela pouvait impliquer selon les possibles que j'avais lus. Ne voulant pas agir sans preuve, j'ai voulu qu'ils aillent voir un Guérisseur faire un diagnostic. Et finalement, de nombreux proches ont passé ce diagnostic, et l'ensemble des résultats a démontré une chose : quelqu'un prenait un soin particulier à manipuler l'univers de Harry, et pas forcément dans l'intérêt de Harry. Donc j'ai continué à poser des questions, pour pouvoir faire en sorte que ça change. Et l'une d'elles a été l'évocation d'un des possibles, le fait que Harry ait un titre. Certains proches, à présent débarrassés des influences néfastes sur eux, ont reconnu l'existence du titre Potter, du domaine de Lions' Rock et tout ce que ça peut impliquer, et surtout que Harry, ayant fêté ses quinze ans, a le droit de réclamer son titre, et donc de se débarrasser de son tuteur trop encombrant.
« À ceux qui doutent de ma bonne foi depuis le début : ma flamme est toujours allumée, et je suis toujours en vie. Tout est venu de questions qui ont amené des réponses qui ont soulevé d'autres questions et ainsi de suite. Un simple familier et le fait que j'étais déjà déterminée à aider Harry à ne plus souffrir chez les Dursley a suffi à mettre la magnifique machine montée par Dumbledore en grippe. On ne peut pas dire que ce soit quelque chose d'extraordinaire... N'importe qui découvrant qu'un ami vit dans une situation lamentable dans le foyer dans lequel il a été placé aurait voulu faire en sorte qu'il ne soit plus obligé d'y retourner.
–Quel est votre intérêt pour Lord Potter ? a demandé un autre journaliste.
–C'est mon petit ami, et depuis le début, un excellent ami. Je dois reconnaître que ça a été un coup de foudre amical. Mon seul but le concernant est qu'il ait un avenir heureux.
–Avec vous bien entendu ? a fait un officiel, sarcastique.
–S'il est heureux avec moi, et que je continue à être heureuse avec lui, alors oui, ce sera avec moi.
–Est-ce vrai que vous êtes mage ? a demandé un adulte de la foule.
–Quel rapport avec mon voyage spatio-temporel ?
–Vous pourriez avoir une influence certaine sur le Lord Potter, notamment lui faire croire qu'il est heureux. »
J'ai éclaté de rire :
« Quelle que soit ma puissance, Harry est un meilleur magicien que moi. Je ne peux, ni ne veux, avoir aucune influence sur lui autre que celle que peut avoir une petite amie. Je suis une empathe, c'est vrai et je ne l'ai jamais caché. Je me sers de mon empathie sur Harry, c'est vrai aussi, mais c'est uniquement pour manifester mon affection ou mon soutien, ou l'aider à maîtriser des émotions négatives. Jamais je n'ai voulu lui donner des émotions qu'il ne ressent pas. Et de toute façon, je le répète : Harry est un meilleur magicien que moi, et accepte l'influence de mon empathie volontairement, en sachant parfaitement d'où elle vient. Il a également parfaitement le pouvoir de refuser cette influence s'il le veut.
–Mon fils m'a dit que vous êtes cinq mages, et que c'est pour ça que les Lords Longbottom et Potter s'entendent avec l'Héritier Malfoy, » a fait une autre voix.
Évidemment... Les enfants parlent à leur parents... Forcément que la nouvelle de cinq mages arpentant les couloirs de Hogwarts finirait par se répandre. J'ai hésité à répondre. Cette fois-ci, ça ne concerne pas que moi, mais aussi mes quatre amis. Je ne peux pas me permettre de prendre seule une décision qui les concerne également. J'ai cherché leur aura d'émotion, leur envoyant un questionnement. J'ai appris à Neville et Draco comment percevoir et interpréter les émotions que je pouvais communiquer, je voulais être certaine que je puisse communiquer silencieusement avec eux, comme je le fais avec Harry. Et je ne le regrette pas, pour le coup. J'ai rapidement senti l'accord de tout le monde, et je me suis détendue :
« Votre fils a dit la vérité, félicitations à lui. »
Ma réponse a provoqué des réactions houleuses du côté des visiteurs. J'ai secoué la tête, méprisante, en entendant les dénis et les refus d'y croire. J'étais sous serment, bon sang ! Si je proférais le moindre mensonge, je tombais raide morte !
« Silence ! »
Eh ! Ça a marché presque aussi bien avec moi qu'avec Harry ! Suis fière de moi ! J'ai continué :
« Nous sommes effectivement cinq mages, mes quatre amis derrière moi et moi-même, même si l'entente entre Harry, Neville et Draco va plus loin que la nécessité de cohabiter à cause d'un pouvoir semblable. Mais cela ne concerne pas le sujet de ce soir, qui est mon voyage spatio-temporel.
–Mon fils dit aussi que c'est vous qui avez découvert que vous êtes tous les cinq mages.
–Votre fils est à Ravenclaw ?
–Euh... oui...
–Je m'en doutais, j'ai soupiré. Ça n'a été mentionné publiquement qu'une seule fois, avant ce soir. Oui, c'est toujours exact. Silence ! Ne vous contentez pas d'affirmations sans en avoir les explications ! Réfléchissez, bon sang ! »
Ma flamme a grossi dans ma main, sous l'effet de ma colère, et ça a ramené le calme aussi efficacement que la voix qui monte.
Je leur ai résumé la découverte des cinq mages, en reprenant cette histoire de verrou, et en laissant volontairement de côté tout ce qui pouvait toucher à nos pouvoirs spéciaux. J'ai juste expliqué la découverte de Draco et de Neville par le fait que nous prenions l'habitude de tester pour des influences tous ceux qui avaient un rôle, positif ou négatif, dans la vie de Harry.
« Là aussi, comme vous le voyez, ce n'est pas tant du au fait que je suis voyageuse qu'à mon insatiable curiosité et à ma grande ouverture d'esprit. Et à ma capacité qui va bientôt devenir aussi légendaire ici que dans ma vie d'origine à mettre les deux pieds dans le plat et poser les questions qui dérangent. Je vais sans doute faire une convive assez gênante si je suis invitée à des soirées mondaines. »
Il y a eu quelques rires polis. On ne rit pas au sarcasme, ils devraient pourtant le savoir, non ? J'ai décidé de les ignorer, et j'ai demandé :
« D'autres questions ? »
Les questions se sont enchaînées, la plupart pour me faire approfondir certains points de mon récit. Parfois, j'acceptais de répondre, d'autres fois non, en expliquant pourquoi (la plupart du temps, c'était parce que les faits sur lesquels on m'interrogeait ne me concernaient pas directement). À vingt-et-une heures trente, j'ai arrêté les questions :
« Bien, c'est fini pour ce soir. J'espère que je vous ai convaincus que non, je ne suis pas une vilaine mage noire qui veut prendre le contrôle sur votre pays. Vous avez Voldemort pour ça, et il y arrive apparemment très bien sans que j'ai besoin d'y faire quoi que ce soit. Je me suis juste retrouvée parachutée dans une situation que ni vous, ni moi, n'aurions pu prévoir, et j'essaie de faire comme je peux avec ce qu'on m'a donné. Je n'ai pas demandé à voyager dans le temps, et même si j'ai toujours rêvé d'être magicienne, je n'aurais jamais cru ça possible avant d'arriver ici. Tout ce à quoi j'aspire, maintenant, c'est de vivre en paix avec mes amis et mon petit ami, de continuer à étudier ma magie parce que j'adore ça, et de m'éclater comme une jeune fille de quinze ans, comme je n'en ai pas eu l'occasion la dernière fois que j'ai eu quinze ans. Bref, si vous ne me cherchez pas des noises, je ne serai qu'une étudiante affreusement banale pour vos enfants et cette école. Par contre, j'ai toujours eu un brin de difficulté avec les symboles d'autorité qui exercent leur pouvoir de manière arbitraire, surtout si cet exercice est dirigé contre moi. Je ne me laisse pas marcher sur les pieds. Je parais jeune, fraîche et innocente, mais j'ai effectivement vingt-et-un ans de vécu pas toujours rose qui m'a permis de m'endurcir et de m'affirmer, et je suis effectivement mage. Laissez-moi tranquille, et tout ira bien pour tout le monde.
–Est-ce une menace ? a demandé un officiel, assis à côté du Ministre (facile de voir d'où venait réellement la question).
–Ce n'est une menace que si vous avez l'intention d'exercer votre pouvoir de manière arbitraire contre moi, monsieur. Je pense que la plupart d'entre vous n'ont pas cette intention et ne se sentent pas plus concernés que ça par cet avertissement. »
J'ai répondu volontairement comme si je me moquais complètement de ceux qui oseraient prendre ma menace sérieusement. Comme si... Enfin non, je m'en moque en effet complètement... Ce n'est pas un Ministre auquel je ne réponds pas qui va me faire peur... Je suis Française, après tout.
J'ai senti la main de Harry se poser sur mon épaule, et je l'ai laissé prendre le contrôle de la fin de la soirée :
« La flamme de Manon est toujours vive, et elle est de toute évidence toujours en vie. Elle ne vous a donc jamais menti. À présent, c'est terminé. Lady Hogwarts, ouvre les portes, s'il te plaît, et ramène les protections au niveau habituel. »
Les portes se sont ouvertes en grand et Harry a affiché un grand sourire :
« Merci de vous être déplacés, les questions sont terminées. Passez une excellente soirée. »
Je me suis levée pour m'aligner avec lui, et j'ai senti sa main chercher la mienne. Il y avait de la fierté et de la satisfaction dans son aura. La soirée a donc été un succès, même si personnellement, j'ai l'impression d'avoir répondu à beaucoup plus de choses que j'aurais aimé. Des choses que j'aurais aimé garder pour nous, comme ma reconnaissance que certains possibles n'ont pas encore trouvé des réponses, comme le fait que nous soyons cinq mages n'est sans doute pas un hasard, comme le fait que ce soit moi la voyageuse spatio-temporelle et pas un autre non-magicien ou même un sorcier n'est pas innocent non plus...
S'est dessinée tout au long de la soirée l'idée que j'ai un rôle réel à jouer, et c'est exactement le message contraire de ce qu'on voulait véhiculer à l'origine.
Néanmoins, je n'ai rien laissé paraître de mon trouble, en affichant une sérénité que j'étais loin de ressentir, et j'ai regardé tout le monde sortir, guidé par l'équipe des professeurs. Quand il n'est resté plus que le petit groupe sur l'estrade, j'ai soufflé :
« C'est pas génial.
–En effet, a approuvé Draco sans sourire. Tu leur as dit : regardez, non je n'ai rien fait pour l'instant, mais attendez un peu, ça va venir. »
Je ne suis donc pas la seule à éprouver ça. J'ai regardé Augusta et les avocats, et j'ai vu qu'ils étaient d'accord avec l'affirmation de Draco. J'ai soupiré :
« C'est l'impression que j'ai aussi. Et même si ce crétin de Ministre et ses chiens ne s'en rendent pas compte, les journalistes eux ont l'esprit suffisamment affûté pour deviner ça sous le discours de toute la soirée, et tout le monde lira leur compte-rendu demain. Le seul point positif que je vois, c'est que je pense avoir réussi sur le fait de taire leurs soupçons au sujet du voyage spatio-temporel et ma prétendue volonté de jouer avec le déroulement des choses pour un avenir meilleur que... que je n'en sais rien, d'ailleurs.
–Oui, je pense que le message est passé à ce sujet, a approuvé Augusta. Tu as éloigné les soupçons sur ton voyage, mais tu as attiré l'attention sur le fait qu'i présent cinq mages en Grande Bretagne.
–Désolée, les gars... » j'ai fait en direction des quatre autres.
Neville m'a prise par l'épaule avec un sourire :
« T'en fais pas. On aurait eu leur attention à un moment ou un autre, et il n'y aurait pas cette actualité glauque sur Harry et Dumbledore, on l'aurait déjà eue. Tu l'as entendu, les enfants ont déjà parlé à leurs parents. »
N'empêche, ça m'a rassurée. Neville, c'est un peu la force tranquille. Hermione, Draco, Harry et moi sommes des impatients, avec plus ou moins de contrôle sur cette impatience. Ça nous rend tous les quatre dans une certaine mesure nerveux. Oui, même moi que tout le monde prend d'habitude comme repère pour le calme et la maîtrise. Avec la pression permanente, les choses qui bougent hyper vite, ce calme est loin d'être une réalité ici.
Je suis le feu : une flamme vive, qui peut apporter chaleur et confort, mais aussi s'embraser et devenir menaçante et dangereuse. Hermione est comme l'eau, à la fois l'eau tranquille d'un lac, mais aussi l'eau vive d'une rivière. Elle sait ce qu'elle veut, et rien ne peut la détourner de ses objectifs. Draco est la tempête. Sa forme Animagus le représente parfaitement. Il a l'air très froid et maîtrisé, mais c'est un ciel couvert, et tu ne sais jamais quand l'orage va éclater. Harry, c'est la foudre : il frappe, fort et vite. C'est celui d'entre nous qui a le moins de patience, ou fait en tout cas le moins d'efforts pour maîtriser son impatience.
Mais Neville, c'est la terre. Un élément calme, puissant et rassurant. Quelque chose qui évolue lentement, à son rythme. Je n'ai encore jamais vu Neville s'emporter. Pourtant, il doit en être capable : la terre peut se montrer aussi redoutable que les autres éléments. Mais pour l'instant, c'est lui qui apaise les émotions et les impatiences, dans le groupe, qui recentre les énergies, nous aide à nous concentrer sur notre objectif...
Et là, il n'a pas tort. Le Prophet n'a pas encore parlé de nous parce que la bataille juridique et médiatique que se livrent Harry et Dumbledore leur semble pour l'instant beaucoup plus intéressante. Je ne suis pas sûre que ça durera encore longtemps. En tout cas, tous ont été assez gentils pour ne pas me faire culpabiliser mercredi soir.
Et évidemment, hier, la Une d'hier portait sur cette réunion, avec deux articles quasiment à égalité : un reprenant mes déclarations qui affirment que je ne suis pas venue pour manipuler les choses, traité de manière assez légère, comme s'ils n'y croyaient pas vraiment mais se devaient de mettre cet article à cet endroit après le tollé qu'ils ont eux-mêmes provoqué. Je pense qu'ils auraient aimé pouvoir dire le contraire, mais j'étais sous serment, et la déclaration s'est faite devant cinq cent témoins, donc...
Le deuxième article est de toute évidence leur préféré : le lettrage est plus gros, il y a une photo de nous cinq sur l'estrade, avec moi tranquillement affalée dans mon fauteuil, ma boule de feu flottant au dessus de la main sans qu'aucune baguette ne soit visible à l'horizon. Derrière moi, Neville et Hermione étaient eux aussi tranquillement installés, regardant devant eux, mais Draco et Harry étaient penchés l'un vers l'autre, Draco avec sa moue narquoise habituelle chuchotant quelque chose à l'oreille de Harry qui souriait. Rien de très inhabituel pour nous cinq, puisqu'il se trouve que Harry apprécie pas mal l'ironie mordante que nous pouvons avoir, Draco et moi, mais je suppose que ça doit être plutôt choquant de les voir ainsi tous les deux, pour les autres. Je te mets une copie de l'article, c'est du grand journalisme (nooon, ce n'est pas du tout sarcastique... Je suis une gentille fille, voyons...) :
Cinq mages à Hogwarts !
Des déclarations de Manon Nestral hier (que nous appellerons Nestral par défaut, puisqu'elle a elle-même reconnu que ce n'était pas son vrai nom de famille, voir notre article ci-dessus et page 6 pour ses déclarations concernant le voyage spatio-temporel dont elle fait l'objet), la nouvelle la plus surprenante a sans doute été la découverte de pas moins de cinq mages à Hogwarts. Non, pas de sorciers puissants pouvant pratiquer une certaine magie sans baguette, mais bel et bien des mages, c'est-à-dire selon les experts des magiciens dont l'indice de Gend dépasse le niveau de 150 (voir explications page 4).
Et ces mages ne sont pas n'importe quelle personne de Hogwarts, puisqu'il ne s'agit pas de professeurs, mais de cinq élèves, et parmi les plus célèbres d'entre eux : Manon Nestral elle-même, qui a passé la soirée à jouer avec une boule de feu pour nous prouver qu'elle ne mentait pas, selon le serment qu'elle avait prononcé, mais également son petit ami, Lord Harry Potter lui-même, qui ne se contente donc pas des titres prestigieux liés à sa famille ou à son histoire personnelle, mais ajoute dorénavant à sa panoplie cet attribut de mage, Neville Longbottom, jusque là Héritier de la famille du même nom, longtemps allié des Potter, Hermione Granger, Née-Moldue intelligente et ambitieuse dont nous avions parlé dans nos colonnes l'an dernier à l'occasion du Tournoi des Trois Sorciers, du fait de son amitié ambiguë avec deux des quatre Champions, dont Lord Potter lui-même, et enfin, à notre plus grande surprise, Draco Malfoy, Héritier de la famille du même nom, qui était hier soir loin d'afficher la mésentente célèbre entre les Potter et les Malfoy, puisque nous avons vu les deux jeunes hommes échanger régulièrement des commentaires sur ce qui se disait entre Miss Nestral et la salle.
Cela fait quelques temps apparemment que les personnes résidant à l'école savent que ces cinq adolescents sont mages, puisque aucun élève n'a manifesté de surprise, et c'est un parent qui a posé la première question à ce sujet, n'hésitant pas à évoquer son fils scolarisé à Hogwarts. Pourquoi Potter, Malfoy, Longbottom, Granger et Nestral ont estimé nécessaire de cacher au Ministère qu'ils sont à présent tous les cinq mages, nous ne le saurons pas. Miss Nestral s'est contentée d'annoncer hier soir que cela ne concerne en rien le Ministère, et que les Potter, les Longbottom et les Malfoy sont trois familles suffisamment nobles et anciennes pour qu'elles ne soient pas obligées de signaler les particularités magiques de leurs membres, y compris leurs protégés, comme le sont Miss Nestral et Miss Granger.
« Nous ne savons pas pourquoi nous sommes mages, nous ne savons pas pourquoi nous ne le découvrons que maintenant, et nous ne savons même pas encore l'étendue réelle de nos pouvoirs respectifs, » a-t-elle déclaré. À la question de savoir s'ils avaient conscience qu'un tel nombre de mages présents en même temps dans un même pays n'avait jamais été atteint depuis les Fondateurs de Hogwarts eux-mêmes, elle a tout simplement ri, avant de répondre : « Oui, nous sommes parfaitement au courant, merci. Nous ne sommes peut-être que des adolescents, mais nous ne sommes pas tout à fait idiots. »
Il nous a été impossible d'avoir plus de précisions sur ce phénomène extraordinaire, la jeune fille bottant à chaque fois en touche en rappelant que le sujet de la réunion était le fait qu'elle est une voyageuse, et non le fait qu'elle est mage. Pourtant, toute la soirée a transpiré l'idée que les cinq mages ont une mission, bien plus importante que le voyage spatio-temporel de Miss Nestral en lui-même. Le refus absolu de donner une réponse à ce sujet doit-il être considéré comme inquiétant ? Ou doit-on croire que cinq mages, chose qui n'est pas arrivée depuis la grande époque d'Avalon, annoncent une nouvelle ère pour notre pays, tout comme les Fondateurs qui, en fondant Hogwarts, ont permis à tous les sorciers de Grande Bretagne de bénéficier d'un des meilleurs enseignements en magie du monde ? Que doit-on attendre de cette alliance étrange entre un Potter, un Longbottom, un Malfoy et deux Nées-Moldues ? Seul l'avenir nous le dira, mais votre humble serviteur est d'avis que ces cinq-là ne sont pas près d'abandonner nos colonnes...
Tout le journal continuait ainsi, et celui d'aujourd'hui aussi : articles sur ce qu'est vraiment un mage, avis d'experts sur l'étendue réelle de notre puissance, nos possibles pouvoirs, réactions de différentes personnalités plus ou moins connues, réaction des proches...
J'ai adoré celle d'Augusta, à la fois très valorisante pour Neville et nous cinq en général, mais aussi extraordinairement sèche vis-à-vis du journal.
J'ai aussi adoré celle de Lucius Malfoy, qui a réussi l'incroyable numéro d'équilibriste d'annoncer qu'il était fier que son fils ait une telle puissance et de tels alliés, avec un ton qui donnait l'impression qu'il n'en était absolument pas fier du tout mais essayait tant bien que mal de le cacher (plutôt bien que mal, d'ailleurs). Il s'est donc assuré les faveurs du grand public tout en se protégeant auprès de Voldemort. Chapeau bas... C'est décidément quelqu'un que je n'ai aucune envie d'affronter verbalement, il doit être redoutable.
Draco a d'ailleurs reçu une Beuglante de son père, mais qui a perdu de son efficacité, puisque Harry a mis en place les mêmes filtres qu'à Lions' Rock et Draco a donc simplement reçu une transcription papier qui l'a fait rire, plutôt que l'humiliante Beuglante déclamant en public la fureur paternelle (rien à voir : elle est belle cette envolée lyrique, non ?). Nous nous sommes étonnés de cette réaction, mais Draco a expliqué que c'était la réaction attendue de Lucius s'il devait apprendre que son fils était non seulement mage mais en plus décidait de s'allier avec Potter. Mais la Beuglante était suffisamment bien composée pour que Draco comprenne le message caché, c'est-à-dire que son père est véritablement fier de lui et l'encourage à continuer ainsi. C'est sûr, je n'aurais pas aimé être à Slytherin, si mon père doit m'envoyer des pseudo messages d'insultes qui sont en réalité des messages d'affection que je dois décoder pour comprendre...
Ah ! Et le journal a décidé que je suis décidément une adolescente arrogante et pleine de suffisance, avec mon mépris évident face à certaines questions et mon culot à menacer directement le Ministère (qui s'est donc senti concerné...). Ça nous a aussi beaucoup fait rire. Évidemment qu'ils ne vont pas me peindre sous un jour agréable, puisque je n'ai donné aucune des réponses qu'ils voulaient.
Et puis ils n'ont pas tout à fait tort : je ne me suis pas privée de montrer mon mépris quand je trouvais les questions trop idiotes. J'ai l'impression qu'on est en train petit à petit de construire des personnages publics : Harry l'impulsif et l'émotionnel, Hermione la factuelle, moi la méprisante... J'ai hâte de voir Draco et Neville prendre publiquement la parole pour voir ce que ça donne. Je pense qu'on peut avoir des surprises...
Voilà pour l'actualité du moment ! C'est à la fois lourd, parce qu'on a enfin les projecteurs sur nous, mais en même temps léger, parce que ça n'a rien de glauque contrairement à ce qui a précédé dans le journal, et nous sommes tous les cinq à en rire.
Bon, je crois que je vais sauver mes dernières côtes des coups de coude de Hermione et me concentrer sur la fin du cours de Binns. Il ne reste que dix minutes de toute façon, et Harry a acheté une plume qui écrit tout ce que le professeur dit. Draco, Neville et moi nous servons de ces notes pour travailler (non, pas « ses », parce que c'est la plume qui écrit toute seule, et Harry ne porte pas plus attention que moi au cours...) Ça me change de la fac où c'était moi qui prenais les notes pour tout le monde à cause de ma vitesse de frappe sur un clavier...
Demain, match de Quidditch, Gryffindor contre Ravenclaw ! J'ai hâte !
Bisous ma belle !
Notes de l'auteur :
Je crois que voilà le moment que bon nombre d'entre vous attendaient depuis longtemps : les mages sont maintenant reconnus dans toute la Grande Bretagne magique (et au delà) ! :)
Petite note de service : cette histoire étant déjà intégralement écrite (au moins sa première partie), il n'y aura pas de "trêve de Noël". Hasard du calendrier, par contre, les 2 prochains chapitres seront assez courts (moins de 1000 mots chacun) et si vous avez des vacances chargées, vous ne devriez pas trop prendre de retard :)
Petit sondage : je suis en train de lire une fic en anglais que je trouve absolument géniale : A Marauder's Plan, de CatsAreCool (sur ce site). Sans doute qu'un certain nombre d'entre vous ont du mal avec l'anglais, et doivent avoir marre que je leur recommande des fics en anglais... Je pensais (ce n'est encore qu'un projet, rien de concret...) traduire certaines de mes histoires préférées, si elles n'ont pas encore de version française, dont peut-être celle-ci. Est-ce que ça vous intéresserait ?
Dites-moi ce que vous en pensez en commentaires !
Bonnes fêtes et à lundi prochain ! :)
Edit : merci lili78310 de me faire savoir que la traduction de A Marauder's Plan existe déjà en français : Le plan d'un maraudeur, de Saw-v1. La traduction est en cours, mais le dernier chapitre a été mis en ligne récemment, donc elle n'a pas l'air d'être abandonnée :)
MAJ le 19/11/2017
