Avertissement : Evocation explicite mais non graphique de sexe consenti (lime, pas lemon) et non consenti (viol et pédophilie). Ceux pour qui ces sujets sont sensibles, prudence à la fin du chapitre (j'ai marqué le passage parlant de rapports non consentis en l'encadrant de ces symboles : "*~*").


Mardi 20 février 1996

Chère Marie,

Je ne t'ai pas écrit depuis jeudi, mais je n'ai franchement pas eu le temps, et pour cause : j'ai des tas de choses à te raconter !

Tout d'abord, je reviens sur ce sur quoi j'ai terminé jeudi dernier : les rituels de magie noire que Draco voulait nous montrer. C'était absolument passionnant. Nous ne les avons pas réalisés (Hermione et moi ne sommes pas enceintes, et aucun de nous cinq n'avait l'intention d'accomplir un acte sexuel juste pour la réalisation d'un rituel), donc tout est resté théorique, mais c'était quand même très intéressant.

J'ai découvert pourquoi Draco a autant de connaissances sur les vieilles traditions : ce qui le passionne, ce sont les vieux rituels de magie noire - ceux qui ne sont plus pratiqués aujourd'hui faute de mages compétents comprenant que la magie noire n'est pas une magie diabolique -, et pour mieux comprendre ces rituels, il faut comprendre le contexte dans lequel ils ont été créés et réalisés. Du coup, Draco a des connaissances étendues en magie gréco-romaine, celte, anglo-saxonne, normande, nordique... ainsi que l'histoire des peuples liés à ces magies. Toutes ces cultures ont influencé la Grande Bretagne à un moment ou un autre, donc c'est plutôt facile pour lui de découvrir ces magies, mais il n'a pas l'intention de s'arrêter là. Les livres de Salazar parlent de la magie des différents peuples arabes de son époque, des peuples asiatiques... Et même si ces textes ont plus de mille ans (peut-être même parce que...), Draco est impatient de se dégager du temps pour les étudier sérieusement.

En fait, nous avons tous les cinq le même problème : avec notre emploi du temps si chargé, entre nos cours normaux et nos cours additionnels, nous avons du mal à garder du temps pour avancer dans nos spécialités respectives. Je n'ai que deux heures par jour de temps "libre", et ces deux heures sont mangées par le fait qu'il faut que je fasse mes devoirs. Alors même si j'ai un peu tendance à expédier (je continue sur ma lancée habituelle : utiliser uniquement la moitié du temps alloué pour une épreuve pour la terminer, et ça marche bien aussi avec les dissertations, apparemment...), ça ne me laisse pas des masses de temps pour avancer en médicomagie, pour aller plus loin que les connaissances transmises par Helga Hufflepuff, ou en magie de l'esprit, ou même dans la maîtrise fine de mon élément, en dehors de toute notion de combat. J'ai envie de savoir comment je peux associer ma magie élémentale à mes autres magies, mais pour l'instant, ça reste un peu un vœu pieux. Dans un mois, nous avons quinze jours pour les vacances de printemps (pour les révisions pour les OWLs ! dirait immédiatement Hermione), j'espère alors que je pourrais m'y consacrer.

À part ça, la journée de samedi a été riche en émotions. Ça a commencé à la fin de notre cours sur la médicomagie. Hermione est venue nous trouver, Harry et moi, alors qu'on se préparait à aller à Hogsmeade pour le début de notre Saint-Valentin en amoureux (j'hésitais encore entre l'emmener chez Madame Puddifoot ou non...). Elle avait l'air gênée.

« Harry, Manon... J'aimerais vous demander une faveur... Est-ce que vous pouvez venir déjeuner avec nous ce midi aux Three Broomsticks ?

–Nous ? a répété Harry.

–Draco, Neville, moi et deux autres personnes...

–Tu sais que j'ai promis à Manon une journée juste pour nous deux ?

–Je sais, Harry, je suis désolée, mais il fallait absolument que ça se passe sur un week-end à Hogsmeade, et c'est le seul ce mois-ci. Je n'ai pas pu vous prévenir plus tôt, je n'ai eu la confirmation de la venue d'une de mes invitées que ce matin. »

J'ai alors compris et j'ai souri :

« OK.

–Manon ! s'est exclamé Harry, troublé.

–C'est important, j'ai insisté. Il faut le faire. »

Harry m'a regardée, et Hermione a eu une expression gênée :

« Est-ce que tu sais ce qui se passe, Manon ?

–Oui. C'était dans les livres. Je ne pensais pas que ce serait conservé avec tout ce qui s'est passé depuis Noël, alors ça m'était sorti de la tête. Harry, c'est important qu'on soit à ce déjeuner. Promis, on se rattrapera ce soir, on fermera complètement la suite et on la garde juste pour nous deux.

–Hé ! s'est exclamé Draco. J'ai mes potions à surveiller !

–Malfoy, tu auras trois heures après la fin du déjeuner pour t'occuper de tes potions, j'ai répondu durement. Dès que Harry et moi franchirons cette porte, cette suite deviendra exclusivement la nôtre. »

Draco m'a regardée bizarrement, puis a hoché sèchement la tête :

« Bien. Je prendrai mes dispositions pour que vous ne soyez pas dérangés jusqu'à demain matin. Hors de question que je tombe sur vous dans une situation... compromettante. »

J'ai simplement hoché la tête pour le remercier, et Harry a fini par céder :

« Bien. Allons donc aux Three Broomsticks rencontrer ceux que Manon estime suffisamment importants pour retarder encore un peu plus notre journée de couple. »

J'avoue que j'ai eu des remords, en entendant ça, mais cette rencontre avec Rita Skeeter est la rencontre qui va lui permettre d'avoir le soutien de toute la communauté sorcière britannique, encore divisée, surtout après le conflit sordide qui l'oppose à Dumbledore. Si Skeeter, toujours avide de ragots et prête à descendre les meilleures réputations, écrit la vérité sur Harry, ce sera encore plus efficace que le froid combat d'avocats qui se livre pour l'instant dans le Prophet.

Nous nous sommes donc rendus tous les cinq à Hogsmeade, aux Three Broomsticks, où Madame Rosemerta nous a conduits dans un petit salon privé, déjà occupé par trois personnes : Luna Lovegood et Rita Skeeter, qui s'évitaient cordialement, et un petit homme bedonnant avec un appareil photo, qui sirotait tranquillement un verre de whisky Pur-Feu.

Rita est une femme... vaine. Je ne vois pas d'autres mots. Blonde peroxydée, ultra-maquillée, habillée vulgairement. L'actrice du film est très réaliste, même si ce n'est pas une copie parfaite. Elle reprend les caractéristiques du personnage. Voir Rita et Luna ensemble a vraiment quelque chose de surréaliste. Nous nous sommes installés tous les cinq, et Rita nous a regardé avec une gourmandise évidente :

« Oh my ! Les cinq mages. Qui veulent me voir... Quelle surprise merveilleuse ! »

Harry nous a lancé un regard noir, à Hermione et moi, mais n'a rien dit devant elle. Il semble appliquer la politique bien connue des suspects de police : tout ce que vous direz sera retenu contre vous, le silence est votre meilleure défense. Rita a sorti de son sac à main une plume et un carnet, et a lancé, excitée :

« Je suis impatiente d'avoir une interview exclusive avec vous ! »

Puis elle s'est rembrunie :

« Mais bien sûr, Miss-Parfaite n'est absolument pas d'accord avec ça... »

Elle a lancé un regard furibond vers Hermione, qui a affiché un sourire à la fois satisfait et carnassier :

« C'est exactement ce que veux Miss-Parfaite !

–Pardon ? s'est exclamé Harry.

–Oui, a continué Hermione. Je veux une interview sur le déroulé exact du retour de Voldemort. Arrêtez de trembler, Rita, vous êtes ridicule...

–Pourquoi nous sommes là ? a demandé Draco.

–Parce que si vous êtes d'accord, j'aimerais aussi une interview sur le fait que nous sommes cinq mages. Lady Longbottom et les avocats de Harry ont déjà donné leur accord pour ces deux interviews, il ne reste plus qu'à obtenir le vôtre.

–Une interview sur la renaissance de Vous-Savez-Qui ? a dit Rita avec un sourire méprisant. Jeune fille, personne ne voudra lire ça, et jamais le Daily Prophet n'acceptera de publier ça.

–Je sais parfaitement que le Prophet fait tout pour étouffer le retour de Voldemort, il n'en a même pas parlé suite à l'intervention publique de Manon la semaine dernière, alors qu'elle l'a affirmé plusieurs fois en étant sous serment. Je ne comptais pas non plus faire publier ces interviews dans le Prophet.

–Et dans quel chou local souhaitez-vous que mon travail soit publié ?

–Dans un magazine national, a répondu Hermione tranquillement. Le Quibbler, dont Miss Lovegood ici présente est la représentante, en tant que fille de l'éditeur et elle-même journaliste à ses heures. »

Rita a semblé s'étouffer avec sa salive en entendant ça, et s'est tournée vers Luna, qui n'avait pas encore dit un mot, et regardait les tableaux sur le mur du petit salon, comme si elle n'était absolument pas intéressée par la conversation.

« Et combien le Quibbler me paierait pour ces deux interviews exclusives de Harry Potter et des cinq mages de Hogwarts ?

–Les gens qui sont publiés dans le Quibbler le font pour le plaisir, a répondu Luna de sa voix rêveuse. Je ne pense pas que Père verse la moindre contrepartie, mais il assurera que votre nom apparaisse en bonne place.

–Je dois faire ça gratuitement !

–Vous préférez peut-être Azkaban ? » a demandé Hermione d'une voix tranchante.

Draco et Neville l'ont regardée avec surprise, mais Harry et moi nous sommes contentés de sourire en voyant l'arrogance de Skeeter fondre comme neige au soleil. Elle a heureusement été sauvée par Rosemerta qui apportait nos boissons et a pris nos commandes pour le repas. Elle a attendu que la porte se soit refermée sur la patronne pour soupirer :

« Bien. Je le ferai. Des conditions ?

–Juste de raconter la vérité, a dit Hermione avec un sourire. Utilisez votre style habituel si vous voulez, dites de Harry ce que vous voulez, mais racontez la vérité. Et vous verrez, elle sera suffisante pour que vous n'ayez pas envie de raconter vos salades habituelles. »

Rita Skeeter a pris le temps de la décision, puis s'est tournée vers Harry :

« Prêt à raconter le pire moment de votre jeune vie, cher Potter ? »

Harry a hésité, et je lui ai pris la main pour l'encourager. Il nous a regardé, Hermione et moi :

« Vous êtes sûres que c'est une bonne idée ?

–Oui, a répondu Draco à notre place. C'est même une excellente idée. Si Rita raconte l'histoire telle que tu la dis, cela va choquer toute la précieuse société magique britannique, et les gens seront forcés de te croire, parce que c'est Rita Skeeter qui le dit, et qu'elle n'a jamais été tendre avec toi.

–Les gens n'aiment pas les histoires des personnes trop propres sur elles, ça leur donne envie de les salir, a répondu Rita sans aucune honte. Alors je m'occupe de les salir pour eux. Généralement, les gens trop propres sur eux ont forcément de la boue cachée quelque part. Où est la vôtre, Potter ? »

Harry a soupiré, puis s'est redressé, ayant pris sa décision.

« Bien. Le retour de Voldemort, donc... »

Pendant l'heure qui a suivi, Harry a raconté dans le détail la terrible soirée de la troisième épreuve du Tournoi des Trois Sorciers. C'était la première fois qu'il en parlait avec autant de détails, surtout que Rita le poussait dans ses moindres retranchements. Je découvrais peu de faits, puisqu'ils ont apparemment été racontés de façon assez fidèle dans les livres, mais même Hermione n'en savait pas autant, Neville n'avait entendu que la version (très) allégée de Dumbledore et Draco une version épurée par son père, toujours plus complète que celle de Dumbledore, mais loin de couvrir toute la réalité du moment.

Ce que je découvrais, par contre, c'était le ressenti de Harry, sa détresse, sa peur, sa détermination, le choc de voir Diggory mourir sous ses yeux en l'espace d'une seconde, la douleur, d'abord de la lame de Wormtail, puis du toucher de Voldemort et des Cruciatus. Il a nommé tous les Deatheaters présents ce soir-là, y compris le père de Draco, qui s'est attiré l'espace d'un instant le regard de Skeeter et l'a soutenu froidement.

Nous l'avons écouté raconter tout ça dans un silence presque religieux, partagés entre le respect de la force qu'il a du montrer pour surmonter cette épreuve, et l'horreur face à l'épreuve en elle-même. Je sentais l'excitation de Rita, et je sais, sans même connaître les livres, qu'elle va respecter les propos de Harry : Hermione avait raison, ils se suffisent à eux-mêmes.

Pendant ce temps, nous avons fini notre repas, et nous étions en train de déguster thé (ou café pour moi) et gourmandises. Le photographe prenait quelques photos, discrètement. Aucun flash visible, et je ne suis pas sûre que Harry se soit rendu compte de quoi que ce soit, tant il était plongé dans son récit. L'ambiance confortable du petit salon est presque choquante par rapport à la dureté du récit, avec un peu de recul. Mais c'est comme ça que ça s'est passé, et je suis contente que Harry n'ait pas eu à raconter ça dans la grande salle du bar, au milieu de tous les autres clients. Même si tout cela sera ensuite publié, c'est certainement plus facile pour lui de parler à un comité restreint composé en majorité de personnes de confiance.

Puis Rita a posé sa plume, satisfaite :

« Merci pour ce récit et tous les détails, Mr Potter. Je pense publier ça sous forme rapportée, pas sous forme de dialogue. Ça amènera les gens plus près de l'action, et ça les convaincra plus efficacement. Par contre, pour la deuxième interview, celle concernant vous cinq, j'aimerais faire une sorte de questions-réponses. Cela rendra les choses plus légères et plus vivantes, avec cinq voix différentes. Cela montrera également la personnalité de chacun, et je suis sûre que c'est également ce que les lecteurs attendent.

–Nous faisons confiance en votre sens journalistique, a simplement répondu Hermione, qui s'est tournée vers nous : vous êtes d'accord pour cette deuxième interview ?

–Si on a le droit de ne pas répondre à certaines questions, oui, a répondu Draco immédiatement.

–Bien sûr, » a roucoulé Rita, imaginant sans doute déjà le contenu d'une interview rassemblant un Malfoy et un Potter.

Harry a également donné son accord, puis Neville et moi. Cette fois, ça a été pas moins de deux heures de questions et réponses sur notre magie. Depuis quand savons-nous que nous sommes mages, quel est notre niveau réel, avons-nous déjà connaissance de pouvoirs spécifiques, comment se passent nos études de sorcellerie depuis que nous sommes mages... Et puis des questions plus personnelles, aussi, notamment sur l'entente entre Draco et Harry, notre couple, à Harry et moi, la relation entre Draco, Sang-Pur élevé au biberon de l'intolérance, et Hermione, Née-Moldue, la place de chacun dans le groupe...

Elle est également revenue sur certains de mes propos lors de mon intervention de la semaine dernière, et les interprétations qui en ont été faites dans la presse : oui, nous sommes conscients que si nous sommes cinq mages, il doit y avoir une raison, non, nous se savons pas laquelle, non, nous ne pensons pas que ça a uniquement à voir avec Voldemort, il n'a pas besoin de mages pour être détruit, non, nous savons pas pourquoi nous cinq en particulier, même si nous avons une idée : nous avons brossé notre complémentarité, tant dans nos caractères que dans nos compétences.

J'ai découvert les personnalités publiques de Draco et Neville. Donc, après Hermione la factuelle, Harry l'impulsif, moi l'arrogante, nous avons Draco le charmeur (oui oui... un vrai petit serpent fourbe, celui-là !) et Neville le taiseux qui ne s'exprime que pour dire quelque chose d'important, et qui du coup est immédiatement écouté. Après, chacun a aussi d'autres aspects : Draco et Hermione sont évidemment capables d'arrogance, je suis capable d'être factuelle, Harry et moi savons jouer de notre charme, Neville sait parfaitement se montrer manipulateur en insistant sur certains faits plutôt que d'autres, avec parfois même une pointe d'arrogance... Mais globalement, ce sont nos personas. Et là encore, nous sommes complémentaires : faits, émotions, ego, séduction, conviction... À nous cinq, nous sommes un concentré de ce que les gens recherchent chez les puissants.

Et Rita connaît de toute évidence son métier : elle a vite compris où elle pouvait aller et où nous ne répondrions pas. Ses questions étaient précises, souvent pertinentes, parfois même troublantes. Je n'ai pas l'impression, au vu de ses questions, qu'elle brossera un portrait négatif de nous cinq, mais avec elle, je préfère être prudente. À la fin, elle nous a dit que ce serait d'abord le récit de Harry qui serait publié, à la fois parce que les faits sont antérieurs à notre survenance en tant que mages, mais aussi parce que cela permettra de poser les bases du « nouveau » Harry avant d'attaquer notre interview. Draco et Hermione ont approuvé sans réserve, ce qui me donne un certain optimisme par rapport à ces articles.

« Et bien, voilà une riche après-midi, a-t-elle fini par déclarer. J'ose espérer qu'un jour, vous m'accorderez la même exclusivité par rapport à cette histoire avec Dumbledore. »

Harry a fait la grimace, et Neville a eu un petit rire :

« Il faudrait des romans pour raconter tout ça, pas des articles de journaux. »

J'ai eu un petit ricanement, qui s'est vite étranglé quand j'ai vu la réaction songeuse de Rita Skeeter, qui a ensuite dit lentement :

« J'y avais songé. Une série de romans sur la vraie vie de Harry Potter, loin de ces stupides récits pour enfants avec de prétendues grandes aventures dans je ne sais quel pays lointain. Depuis que Harry est arrivé à Poudlard, il s'est passé quelque chose chaque année. Un livre par année, en tout cas jusqu'à maintenant. Je suis sûre que ça se vendrait comme des petits pains. »

Un grand silence a accueilli sa déclaration, mais elle n'a pas paru s'en rendre compte, puisqu'elle a continué, toujours dans son rêve de livres :

« J'avais même pensé à publier ces livres dans le monde moldu. Après tout, ils lisent bien des histoires de magie et de sorcellerie, alors pourquoi pas ? Ils ne sont pas obligés de savoir que ce qu'ils lisent s'est vraiment passé. J'avais même déjà réfléchi à un pseudo pour ça.

–Lequel ? j'ai demandé, avec un brin d'impatience.

–Rowling. J.K. Rowling. Ça sonne bien, non ? Un peu comme ces auteurs moldus du genre fantasy, qui utilisent les initiales de leur prénom devant leur nom de famille... Tolkien, Lewis... »

Je crois que je me suis étranglée avec ma salive. Harry a du me taper plusieurs fois le dos pour m'aider à récupérer ma respiration.

Sous le choc, il n'y a pas d'autre mots.

Rita Skeeter est J.K. Rowling ! Rita Skeeter est J.K. Rowling !

« Manon, ça va ? m'a demandé Hermione, inquiète.

–C'est le nom de l'auteur des livres dont je vous parle depuis que je suis arrivée. »

Mes amis ont ouvert de grands yeux, puis nous ont regardées alternativement, Rita et moi. Puis Harry a eu une réaction à laquelle je ne m'attendais pas franchement : il a éclaté de rire. Rita, elle, a froncé les sourcils :

« Je comptais faire des livres sur Harry Potter, pas notre monde en général...

–Je sais, j'ai répondu. Je n'en parle jamais pour ne pas que les gens accordent plus d'intérêt que nécessaire à Harry, mais la saga que j'ai lue avant de venir ici porte son nom. Et a été écrite par une certaine J.K. Rowling. Et... ce sont des livres destinés à des adolescents... Dans le premier, Harry a onze ans, et le lecteur doit avoir le même âge que lui. Je n'imagine pas du tout... vous... en train d'écrire pour des pré-adolescents. »

En même temps que je parlais, je réfléchissais à toute vitesse, et je n'étais pas la seule. Mes amis tout comme Rita songeaient aux implications de ce que je venais de dire. J'ai continué :

« En fait, vous comptiez sur cette interview pour convaincre Harry de vous fournir un récit de première main, n'est-ce pas ? Quand je parle à Harry et Hermione des quatre dernières années, mes connaissances sont apparemment étonnamment exactes, même si souvent adoucies pour convenir à un public adolescent et leurs parents. Hors, les trois premières années ont été plutôt tranquilles, du point de vue des médias, et l'auteur a donc du se renseigner à la source... Donc vous... Vous comptiez sur notre rencontre, aujourd'hui, pour essayer d'obtenir les informations nécessaires à la rédaction de ce livre.

–Ce n'est qu'un projet vague...

–Ne me mentez pas, je connais les dates approximatives de publication, j'ai répondu sèchement. Votre projet vague est déjà bien défini. Vous avez déjà un nom d'auteur, choisi que vous publierez également pour le monde non-magique, compris qu'il vous faudrait plusieurs tomes... Tout ce qu'il vous manque, c'est l'histoire exacte. »

J'ai regardé Harry, qui continuait à réfléchir, puis je l'ai senti prendre sa décision, et une vague de soutien à mon encontre. Il me laissait prendre les rênes. J'ai regardé Hermione, qui a hoché la tête avec un sourire. Neville aussi. J'ai hésité avec Draco : son personnage n'était pas joli, dans le livre. Il a semblé comprendre mon hésitation :

« Je suis le méchant, dans le livre ?

–Je l'ai dit : c'est l'histoire de Harry, avec ses deux meilleurs amis Ron et Hermione. Forcément, tu n'y as pas un beau rôle. C'est leur point de vue, pas un point de vue neutre qui expliquerait tes motivations.

–Méchant à quel point ?

–Juste dans les paroles, un duel de temps en temps, de sales blagues. Rien de criminel. Sans doute ce que votre relation a vraiment été jusqu'à récemment. L'escalade est venue plus tard, dans la partie qui se situerait après mon arrivée, et c'est curieusement Harry qui l'a initiée. Mais au final, tu te révèles un gentil méchant, le genre qui accepte de se moquer dans une école, mais qui n'arrivera jamais à transposer cette haine dans le conflit contre Voldemort. »

Draco a pris le temps de réfléchir à mes paroles, puis a hoché la tête :

« D'accord.

–D'accord pour quoi ? a demandé Rita, sa curiosité de journaliste piquée au vif par nos paroles.

–Vous allez avoir un récit de première main de Harry, Hermione, Neville et Draco, j'ai finalement annoncé. Mais vous allez écrire ces livres pour adolescents, en contrepartie.

–Je n'ai pas envie de faire des concessions, ce n'est pas exactement mon style, jeune fille.

–J'en suis bien consciente, mais c'est le style de Rowling. C'est le style de cette saga qui sera publiée. Si vous voulez que cette saga marche dans le monde non-magique, qu'elle ait un succès qui vous rendra mondialement connue et multi-millionnaire, faites ce que je vous demande. Et, si vous le souhaitez, vous pourrez publier la version sans concession à partir de 2009.

–2009 ? s'est exclamée Rita, choquée. Hors de question que... !

–C'est ça ou vous n'avez pas de récit, j'ai tranché. J'ai besoin que cette histoire soit publiée comme des livres pour adolescents. C'est ce qui permettra de préserver la boucle du temps. Et c'est ce qui vous permettra de vous enrichir plus que ça ne devrait être autorisé en publiant la vie d'autres personnes. Les quatre premiers livres seront fidèles, et raconteront les quatre premières années de Harry à Hogwarts. Les trois derniers livres suivront une trame que je vous donnerai. Ne protestez pas, c'est ce qui nous permettra à tous de préserver la boucle du temps, je vous dis. Ces livres seront publiés entre 1997 et 2007. Je viens de 2008. Vous n'aurez donc que deux ans à attendre avant de publier votre version non-censurée. Mais ces livres pour enfants sont d'une importance capitale pour l'équilibre du temps. Pas de livres, pas de Manon présente aujourd'hui, pas de mages du tout... Mon absence créera peut-être une catastrophe dont vous n'avez pas idée. Alors pour l'instant, on préserve le temps et vous publiez ces foutus bouquins. Et quand vous serez riche à pouvoir vous baigner dans une piscine de Gallions, vous déciderez si vous publiez cette version non-censurée ou non.

–Les livres ont eu tant de succès ? s'est étonné Harry.

–À moins d'avoir vécu dans une caverne ces dix dernières années, c'est absolument impossible de ne pas connaître ton nom et le fait que tu es un sorcier dans une école de magie, j'ai répondu. Ceux qui n'ont pas lu l'histoire ou vu les films n'en sauront peut-être pas plus, et encore... »

Bon, j'exagère. Il y a certainement encore des tas de pays qui n'ont malheureusement pas accès suffisamment à la culture, aux livres et aux loisirs pour pouvoir connaître le phénomène littéraire que ça a été. Mais en tout cas, je n'imagine pas quelqu'un en Europe, aux États-Unis, ou dans n'importe quel pays avec des bibliothèques et des librairies accessibles à la plupart des gens, et des cinémas, des télés... puisse ne pas connaître les derniers phénomènes à la mode, du style Harry Potter, Seigneur des Anneaux, Twilight et autres... (même si ce dernier, à mon humble avis, aurait pu rester aux États-Unis, ça aurait été aussi bien comme ça...)

Harry a semblé accuser le coup, mais j'avais certainement attiré l'attention de Rita. Elle m'observait avec attention, et a fini par dire :

« D'accord. On va commencer selon tes termes, mais quand toute cette histoire de voyage temporel sera terminée, je veux pouvoir publier ce que je veux.

–C'est l'idée, j'ai répondu. Nous avons donc un accord ?

–Nous avons un accord. J'écrirai une gentille histoire pour enfants pendant les dix prochaines années, en respectant la trame que vous me donnerez, et ensuite, j'écris ce que je veux.

–Parfait.

–Et si on consignait ceci par écrit ? » est intervenu Neville.

Je me suis tournée vers lui, et il a rougi :

« Désolé, mais on m'a toujours appris à être prudent avec ce genre de décision à long terme. Rien ne vaut un contrat signé. »

J'ai hésité, puis j'ai hoché la tête :

« OK. Dans ce cas, Harry, est-ce que tes avocats pourront s'en occuper ? On leur expliquera la situation en détail, et nous les rencontrerons, avec Rita, la semaine prochaine, pour faire en sorte que ce contrat convienne à tout le monde. »

Harry a accepté, et notre rencontre s'est donc terminée sur la promesse de nous revoir samedi. En attendant, Harry, Hermione, Neville et Draco refusent de raconter quoi que ce soit, pour ne pas que ce soit utilisé contre eux.

Et donc voilà ! La rédaction des livres que nous avons tous découverts ces dernières années est lancée. Je n'en reviens toujours pas : Rita Skeeter est J.K. Rowling... C'est juste hallucinant ! Enfin... En tout cas, j'ai intérêt à me dépêcher de terminer la trame des trois derniers bouquins, si je veux pouvoir donner ça à Rita. Et avec Hermione et Harry, on a dit qu'on travaillerait sur une trame globale pour les quatre premiers, juste histoire de guider Rita dans la rédaction, mais sans l'encadrer autant que pour les trois derniers.

Je n'en reviens toujours pas... Rita Skeeter est J.K. Rowling...

Passons à autre chose, ou tu vas croire que je radote...

Donc, suite de mon samedi. Nous nous sommes tous quittés à la sortie du Three Broomsticks. Hermione et Neville sont partis faire quelques achats, Draco a filé au château pour pouvoir couver ses potions avant notre retour, à Harry et moi, et Harry m'a fait découvrir Hogsmeade. J'y étais déjà venue avant Noël, pour faire quelques achats, mais c'était un peu dans l'urgence, et du coup, je n'ai pas vraiment visité le village.

Là, on a pris notre temps, tous les deux. On a visité quelques boutiques en prenant le temps de fouiller les rayons, notamment à Honeydukes, avec toutes les confiseries et les chocolats et Zonko, avec les farces et attrapes. Harry m'a aussi emmenée voir la Cabane Hurlante, qui est nettement moins impressionnante que dans les films. Ça a fait rire Harry quand je lui ai dit que j'étais déçue de l'apparence tranquille et champêtre de la cabane. On dirait une maisonnette, en fait, en bois, certes, mais pas en trop mauvais état, et pas du tout l'aspect hanté qu'on lui donne dans les films.

J'ai été surprise du peu de sécurité visible à Hogsmeade, du fait qu'on nous laisse nous promener comme ça... Harry m'a expliqué que McGonagall et lui ont déjà monté le niveau de sécurité sur le village, qui est à présent au niveau 3, comme Lions' Hill : tout le monde peut accéder au village, sauf une liste noire. Et bien entendu, toute tentative d'agression envers un membre du village se verra aussitôt sanctionnée par un bannissement immédiat et définitif. Les objets de magie noire ne peuvent plus pénétrer dans le village non plus, par quelque moyen que ce soit. Bref, la sécurité n'est pas visible, ni absolue, mais le village n'est pas complètement laissé à l'abandon. Et comme Hogsmeade fonctionne principalement grâce à ses boutiques, c'est compliqué de monter davantage la sécurité sans pénaliser les habitants.

Pour « punir » Harry par rapport à sa cascade de Quidditch de samedi dernier, nous sommes finalement allés chez Madame Puddifoot. Je le reconnais, je voulais savoir si c'était aussi terrible que raconté dans le livre. En fait... c'est encore pire... Je n'ai jamais vu un endroit aussi kitschissime. C'est le top du top du kitsch. Tu as l'impression d'entrer dans une bonbonnière, tout est rose, poudré, sucré, presque écœurant de mièvrerie.

Nous avons tous les deux décidé de prendre ça à la rigolade, et nous nous sommes installés à une petite table sans faire de commentaires désobligeants, mais on n'en pensait pas moins. La patronne est venue nous voir rapidement pour prendre nos commandes, et le temps qu'elle nous serve, nous avons regardé autour de nous. À part la musique romantique et démodée, c'était presque silencieux : les couples se parlaient à l'oreille, sans doute pour s'échanger de douces paroles, ou s'embrassaient sans retenue.

Je crois que ce genre de salon de thé est l'endroit rêvé des adolescents car c'est le seul endroit où la Grande Bretagne magique assez puritaine ne leur reprochera pas un tel comportement en public, tant c'est attendu que des couples s'embrassent dans ce salon rose et plein de coussins en forme de cœurs, et d'angelots volant un peu partout en jouant de leur musique doucereuse. Brr, ça fait froid dans le dos.

Finalement, Harry et moi sommes partis à peine nos consommations terminées. Nous n'avons pas osé nous embrasser ou avoir quelque geste amoureux que ce soit, tellement ça semblait attendu et peu naturel. En sortant, nous avons marché quelques pas, puis nous avons éclaté de rire. Trop, c'est trop... Comment on peut aimer ce genre d'endroit ? J'ai alors raconté à Harry que dans le livre, Cho l'y aurait traîné plus ou moins de force, parce qu'elle adore ce lieu, et qu'elle aurait jalousé Davies à côté d'eux qui embrassait sa petite amie alors que Harry était trop empoté pour faire de même.

Harry a protesté en entendant ça et s'est chargé de me démontrer qu'il est loin d'être un empoté. En pleine rue principale de Hogsmeade. En effet, pas timide, le garçon... Puis il m'a demandé comment ça s'était terminé, et je lui ai parlé de sa maladresse et de la jalousie de Cho, ce qui l'a fait rire :

« Oui, elle est assez... exclusive, comme fille. En troisième année, nous sommes sortis ensemble deux semaines, et elle a mis trois mois à comprendre que nous avions rompus. Pendant ces trois mois, elle a fait une crise de jalousie face à chaque fille que j'essayais d'approcher. Finalement, je me suis énervé, en pleine Grande Salle, alors qu'elle venait de m'empêcher de flirter avec Parvati. C'est sorti tout seul, et j'ai mis du temps à ne plus me sentir coupable de la honte que je lui ai mise ce jour-là.

–À ce point ?

–Je suppose qu'avec le recul, ce n'est pas si terrible, mais les rumeurs dans un pensionnat sont cruelles. Et j'étais jeune, Cho était ma première petite amie, et ça lui a fait du mal, à sa réputation je veux dire, qu'un gamin de treize ans la remballe aussi violemment.

–Qu'est-ce que tu as fait ?

–Je n'ai rien... fait... Je lui ai juste dit qu'aucun garçon n'aurait envie de rester avec une fille aussi superficielle et aussi collante. J'ai remis en cause sa raison d'être à Ravenclaw. Bref, toute la subtilité d'un gamin de treize ans, quoi. »

J'ai eu un petit rire. Je me souviens très bien de la délicatesse d'un garçon de treize ans...

« Et ça a marché ?

–Très bien. Je n'ai plus entendu parler d'elle jusqu'au début de cette année, à part l'an dernier parce qu'elle est sortie avec... avec Cédric. »

Je lui ai serré la main, et il a pris un moment pour laisser passer la vague de peine avant de reprendre, d'un ton plus amusé et détendu :

« Au début de cette année, elle m'a refait des avances. Elle est en septième année, à présent, elle a mûri, moi aussi, et elle s'est dit qu'elle pourrait sans doute jouer sur ma compassion pour espérer sortir à nouveau avec moi.

–Et ?

–Et non. Je ne sors pas avec une fille par compassion. Ces aventures, je les voyais comme... une échappatoire à tout ce que je vivais, une façon de me dégager de toute la tension et de vivre en apparence la vie normale d'un adolescent. Tant que je n'étais pas amoureux, il était hors de question que je sorte avec quelqu'un pour une autre raison que le plaisir.

–Il y en a eu combien ? »

Harry m'a lancé un regard de travers :

« Tu veux vraiment savoir ?

–Oui. »

Il a réfléchi un moment. Je ne sais pas pourquoi je voulais savoir. Ce n'est pas comme si ça avait de l'importance, au fond. À présent, il est avec moi, et ce n'est pas une aventure. Alors pourquoi j'ai envie de savoir combien de filles il a embrassées et caressées avant moi ?

Il a fini par répondre :

« Quarante-six. »

J'ai été stupéfaite. Comment a-t-il pu avoir autant de conquêtes en à peine plus d'une année scolaire ? Il a semblé se rendre compte de ma surprise car il a souri :

« Quatre en troisième année, une pendant la coupe du monde de Quidditch...

–Tu es sorti avec une fille pendant les quelques jours passés là-bas ?

–Oui. Une Bulgare. Et ensuite, en quatrième année, il y avait non seulement les élèves de Hogwarts, mais aussi ceux de Beauxbâtons et de Durmstrang.

–Ce sont des écoles mixtes ? j'ai demandé, surprise.

–Oui, bien sûr.

–Dans les films, elles sont présentées comme des écoles avec un seul sexe : filles pour Beauxbâtons et garçons pour Durmstrang, même si les livres disent rapidement qu'il y a des deux sexes dans les deux écoles. Dans les livres, d'ailleurs, on n'entend parler que des filles de Beauxbâtons et des garçons de Durmstrang...

–Non, il y avait des filles à Durmstrang et des garçons à Beauxbâtons. Et les deux délégations étaient assez importantes : ce sont des écoles plus grandes que Hogwarts et elles ont toutes les deux amené tous leurs étudiants majeurs. Au total, cela faisait presque une centaine d'étudiants en plus. Et certains se moquaient bien de mon âge : je suis Harry Potter, le quatrième champion... Et eux, eux n'étaient là que pour une année, et rentreraient chez eux au début de l'été. Ils ne cherchaient pas des histoires d'amour.

–Ça ressemble à ce qu'on raconte sur les séjours Erasmus...

–Les quoi ?

–Les échanges d'étudiants entre universités de deux pays d'Europe. J'avais prévu de passer cette année en Allemagne. En fait, quand j'ai eu mon accident, j'étais en train de m'occuper des dernières formalités. Et tout étudiant sait que ce séjour dans une université étrangère ne sera pas tant porté sur les cours que sur les soirées, l'alcool et le sexe. Surtout que la plupart des universités n'ouvrent leur programme qu'aux étudiants de plus de vingt ans.

–Pourquoi ?

–Parce que la plupart refusent un départ avant la troisième année d'études, et c'est l'année de nos vingt ans, pour la plupart d'entre nous, j'ai répondu en haussant les épaules. Moi, j'allais faire ma quatrième année en Allemagne. Donc ces filles, encore au lycée, partageaient la même mentalité ?

–Plus ou moins. Sans doute de façon moins débridée. Pas d'alcool ni de soirées, parce qu'ils ont les NEWTs ou leurs équivalents à passer, mais le sexe, oui, certainement. Et les Champions avaient leur succès, évidemment, même si j'ai été le seul à vraiment en profiter.

–Pourquoi ?

–Parce que Fleur est une Vélane, et qu'elle a du mal à envisager une relation avec un autre que son véritable compagnon. Cédric était avec Cho, et c'était une histoire sérieuse. Krum était avec Hermione, enfin... essayait d'être avec Hermione.

–Il ne s'est rien passé ?

–Si. Krum a été le premier pour Hermione. Mais elle n'a pas voulu d'une vraie relation. Ce n'était pas vraiment... l'osmose, va-t-on dire. Une fois, elle m'a même dit qu'elle préférerait sortir avec moi qu'avec Krum. Au moins, moi, j'avais de la répartie et je n'avais pas l'habitude d'acquiescer à chacune de ses paroles. Elle a définitivement mis les choses au clair quand elle a découvert que c'était elle l'otage de Krum. Elle lui a fait comprendre sans aucune ambiguïté possible qu'une amitié entre eux était possible, mais qu'il n'y aurait rien de plus. Mais Krum est une tête dure et a passé le reste de l'année à essayer de la convaincre.

–Il ne savait pas qu'une Hermione décidée vaut bien toutes les têtes dures slaves ?

–Ben il a mis du temps à le comprendre, apparemment. Et moi... Ben moi je m'étais promis de m'amuser tant que je ne tomberais pas amoureux. Après tout la vie est courte, autant en profiter. Alors oui, quarante-six... rencontres. Surtout grâce à l'étrange volonté des continentaux de me montrer que leur pays a quelque chose de particulier que les Anglais n'ont pas. Les Français, surtout...» a-t-il ajouté, sur un ton moqueur.

J'ai eu un petit rire.

« On parle bien de French Kiss. »

Harry a ri à son tour, et j'ai senti une forme de soulagement, sans doute que je le prenne aussi bien sans m'emporter dans une crise de jalousie. J'ai secoué la tête :

« Tu sais... Je comprends ce choix que tu as fait. J'en serais incapable, je le sais, mais ça n'est pas complètement illogique à mes yeux. Un peu destructeur, sans doute, mais bon... ça peut se comprendre, en tout cas. »

Harry m'a regardée un moment, puis a souri :

« Je suis content de t'avoir rencontrée. Tu es définitivement à part. »

Oh... Ça m'a soufflée... Il a eu un rire, puis il m'a attirée dans ses bras pour m'embrasser. Il y a mis toute sa tendresse et son amour pour moi, et je suis incapable de résister à ce genre de baisers.

Nous sommes ensuite retournés dans la Tour des Fondateurs pour la suite de notre soirée. Draco avait déjà libéré l'espace, mais il avait posé en évidence sur le comptoir... une potion de contraception, avec un petit mot :

« Je n'ai pas envie de découvrir qui entre Neville et moi sera le parrain, alors protégez-vous... »

Harry a éclaté de rire en découvrant ça, et moi, j'étais rouge de gêne. Draco, comme Neville et Hermione, sait que nous n'avons jamais couché ensemble. Et Draco n'arrête pas de nous taquiner à ce sujet, toujours en privé. Il comprend que nous n'ayons pas envie d'exposer notre vie intime, surtout à cause de la pression sociale, mais ça ne l'empêche pas de glisser quelques sous-entendus dans les conversations, ou de se moquer ouvertement quand nous sommes tous les cinq.

Harry m'a tendu la fiole :

« Rose, c'est pour toi. »

J'ai haussé un sourcil. J'ai été voir Madame Pomfrey, comme je l'avais promis à Harry. On a fait ensemble un bilan (comme prévu, je suis en on ne peut meilleure santé), et elle a compris le besoin d'une contraception, même si je n'ai pas encore véritablement commencé à avoir une vie sexuelle. Je n'ai pas besoin de cette potion.

Harry a ri en voyant mon air ouvertement sceptique, et a fait disparaître la potion :

« On lui dira que c'était inutile. »

J'ai rougi davantage, et il n'a pas insisté, se contentant de rire à nouveau en m'embrassant sur le front.

La soirée a été... magique. Nous avons fait à manger ensemble. Des spaghettis bolognese. Rien de compliqué, mais on peut faire ça à deux, sans prise de tête, et s'amuser en même temps qu'on cuisine. Je lui ai raconté le film de la Belle et le Clochard, où le Clochard invite sa Belle à manger des spaghettis bolognese, avec la jolie scène romantique. Pour rire, il a voulu qu'on la fasse. Ça n'a pas marché aussi bien que dans le film, honnêtement, mais c'était quand même un chouette repas en tête-à-tête.

Pour le dessert, Harry avait prévu du chocolat fondu. Juste du chocolat fondu. Devine pour quelle utilisation. Il a précisé que le jour où on coucherait ensemble, il ajouterait les fruits rouges. Il n'a certainement pas oublié la soirée de Noël...

C'était... torride. Pas d'autre mot. Pas de sexe. Enfin... Pas d'acte sexuel serait plus exact. Disons que ses mains et ses lèvres peuvent aller où elles veulent sur moi, sans aucune restriction. Disons que j'accepte de glisser la main dans son boxer. Mais je bloque au moment où il veut l'enlever. Alors même que moi-même suis nue, et qu'il peut me regarder, me caresser ou m'embrasser sans aucun problème. Au contraire. Il me rend belle et désirable, quand il fait ça. Mais j'ai encore du mal à le voir, lui, entièrement nu.

*~**~*Rien qu'à cette idée, c'est la même peur viscérale qu'au jour de l'an. Sauf que cette fois, j'ai des images pour l'expliquer. Des souvenirs. Ceux d'autres hommes au pantalon baissé, sexe à l'air et prêts à l'utiliser pour nous faire du mal, à ma mère et moi. Et... du coup, je panique. Je n'étais qu'une gamine, et c'est peut-être pour ça que c'est plus facile aujourd'hui d'associer progressivement plaisir et féminité, puisque ma féminité n'existait pas à l'époque, que de restaurer l'association virilité et douceur et respect. *~**~*

Harry a compris. Cette fois, il sait pourquoi. Alors il m'a empêchée de fuir à nouveau, et s'est évertué à me calmer, et à me faire comprendre que c'est normal que je panique encore, qu'il faudra du temps, et qu'il sera patient, et qu'il ne m'abandonnera pas.

Ça lui a pris du temps pour parvenir à me ramener dans l'humeur de la soirée, mais nous sommes passés de torride-torride à torride-amoureux. Ce n'était plus la chaleur du jeu charnel, mais juste tous les sentiments, la passion et les émotions qu'il peut y avoir entre nous. Je l'aime. Comment est-ce que je pourrais ne pas l'aimer ? Je n'arrive pas à le lui dire, mais je le pense quand même. Ce mec est un pur trésor. Il est têtu, distrait, un peu lunatique par moment, il manque parfois de tact, il est souvent arrogant, excessivement charmeur, mais c'est aussi celui qui me redonne confiance en moi et en l'expression de mes sentiments. Il est hors de question que je le perde.

Voilà. C'est dit. J'aime Harry James Potter. Et c'est réciproque.

Et ça fait un bien fou de l'admettre, dis donc !

Bon, fini de jouer les drama queens, j'ai un journal à tenir, moi...

Le dimanche matin, il m'a servi le petit déjeuner au lit, histoire de parfaire notre soirée-nuit de Saint-Valentin en décalé. Un amour, je te dis !

Quand Neville, Hermione et Draco sont arrivés pour le cours de culture et politique, ils étaient en train de se demander si ça valait la peine de venir dans la suite, et si nous allions être disponibles tous les deux. Oui oui, nous étions bien là. Avec un sourire à faire quatre fois le tour de la tête, certainement, mais présents. Évidemment, ils se sont moqués de nous gentiment, mais c'était une bonne ambiance.

Les nouvelles d'hier et d'aujourd'hui n'ont pas réussi à attaquer cette bonne humeur, ni chez Harry, ni chez moi. Nous avons décidé que le chocolat et surtout ce qu'on pouvait en faire était plus important que les attaques mesquines de Dumbledore, qui sont de toute façon bien gérées par les avocats de Harry. Si j'ai suivi les commentaires de Hermione, il a décidé de continuer sur la lancée de la magie noire, en tant qu'expert en la matière et sorcier l'ayant combattue depuis tant d'années. Tant mieux pour lui. Je comprends mieux l'attitude de Harry maintenant : qu'il continue à parler, je sais ce que je suis, je sais ce que Harry est, et je me moque complètement de ce qu'on pourra penser de nous. Ça a quand même du bon, parfois, l'idiotie amoureuse... Ça protège de tout un tas de sales trucs.


Notes de l'auteur :

Je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête le jour où j'ai imaginé ce chapitre... Pourquoi j'ai voulu associer Rowling et Skeeter, je n'en sais absolument rien, mais j'ai trouvé ça marrant, alors voilà :)

Point de vue personnel : j'adore l'univers que Rowling a créé, y compris les Animaux Fantastiques, et j'ai à chaque fois hâte de découvrir ses nouvelles créations, en livre, film, sur Pottermore... Mais j'ai beaucoup de mal avec la personne... Certaines de ses déclarations me laissent un sentiment de malaise par rapport aux idées qu'elle peut avoir... Je ne doute pas qu'elle soit très généreuse et sans doute une personne très bien... Mais à titre d'exemple, comment peut-elle déclarer, en toute sincérité, alors qu'elle sait encore mieux que nous les rouages de son histoire, que Dumbledore est son personnage préféré et que si elle devait rencontrer un seul de ses personnages, ce serait lui, à cause de sa sagesse ? Je veux bien qu'en tant qu'auteur, on adore son personnage particulièrement manipulateur, surtout si celui-ci a réussi magistralement à tirer les ficelles dans l'ombre de toute l'histoire... Mais dans ce cas, je n'ai pas envie de le rencontrer pour sa sagesse !

Et je pourrais continuer sur bons nombres d'exemples, mais je n'ai pas envie de rendre cette note d'auteur aussi longue que mon chapitre...

Tout ça pour dire qu'associer Rowling et Skeeter est certes très étrange, même pour moi, mais trahit sans doute mon malaise à l'égard de Rowling ;)

Résultats du jeu :

C'est donc ce rebondissement qu'il fallait trouver ! :)

Vous êtes nombreux à avoir participé, et vos propositions m'ont beaucoup amusée ! Merci beaucoup !

Le lot :

Comme je l'ai mentionné dans ce chapitre, Rita fait une interview de tous les mages. Je reconnais avoir du mal avec cette interview : j'ai le nez dans cette histoire depuis 3 ans et demi, et j'ai l'impression que tout ce que je peux tenter n'est qu'une sorte de résumé maladroit des chapitres précédents.

Donc, ma proposition de lot est de prendre vos questions. Qu'est-ce que, en tant que lecteurs, vous avez envie de demander à Manon, Harry, Hermione, Neville et Draco ? Ces questions peuvent concerner un ou plusieurs des cinq, mais doivent bien s'adresser à eux et non à moi auteur. De même, gardez en tête que c'est Rita qui pose les questions, et qu'elle ne sait pas tous les détails de leur vie, contrairement à vous qui en savez beaucoup sur Manon. C'est peut-être aussi l'occasion d'en savoir plus sur les quatre autres personnages :)

La gagnante est : LunaMidnight15, qui a trouvé la première. Tu pourras donc faire "ton" interview, par MP croisés :) Tu auras aussi droit à l'intégralité de l'interview, et pas uniquement au résumé qui sera "publié" dans le Quibbler :)

Le second est : Le Cerf-Pentard, qui a trouvé également, aujourd'hui. Tu pourras poser 5 questions de ton choix, à l'un ou plusieurs d'entre les mages, et je les intégrerai dans l'interview. De même, on peut faire ça en MP croisés, si tu veux faire des questions-rebond. Tu pourras aussi lire l'intégralité de l'interview.

Enfin, carlout42 n'a pas trouvé, mais s'est bien approchée, donc tu auras la possibilité de poser 2 questions :)

Merci aussi aux autres participants : Haru-carnage, Pyroli-mon-ami, Streema, , ImAShyPhoenyx, Nera Lupa, Chasaniel.

Si vous (tout le monde, pas uniquement les participants au jeu) avez une question que vous souhaitez voir apparaître, n'hésitez pas à la mentionner en commentaire. Le chapitre de l'interview viendra dans plusieurs semaines, et je peux éventuellement intégrer votre question si elle n'a pas déjà été posée et apporte un vrai "plus" à l'interview :)

Encore bravo à tous les participants, et j'espère que ça vous aura autant amusés que moi ! :)

À lundi prochain !

MAJ le 19/11/2017