Mardi 27 février 1996

Chère Marie,

Aujourd'hui, c'est le procès contre Molly Weasley et Dumbledore, pour le contrat de mariage illégal et l'utilisation d'Amortentia. Évidemment, ça a fait la Une du journal ce matin, avec un rappel des faits, quelques explications sur le fonctionnement de la justice et les lois applicables dans ce type de cas, et bien entendu les pronostics sur le déroulement réel du procès et sur les résultats.

Harry, Hermione et Ginny sont partis ce matin après un petit déjeuner rapide, après l'entraînement matinal habituel. Ils étaient tous les trois tendus, et le sport leur a fait du bien. J'ignore quel était l'état d'esprit de Ginny hier soir, mais Harry n'arrêtait pas de ressasser et de ruminer. Et comme d'habitude quand il est stressé et de mauvaise humeur, il est agressif.

Du coup, pour la première fois depuis les vacances de Noël, j'ai volontairement cherché à changer son état d'esprit. Il a repoussé mon empathie, au début, mais a fini par céder. Il est têtu, mais je le suis encore plus que lui. Ce matin, avant de partir pour le Ministère et le procès, il s'est excusé. Je ne lui en voulais pas vraiment, je comprends qu'il ait de l'appréhension pour aujourd'hui, mais ça m'a quand même fait plaisir.

Hermione, elle, était enfermée dans sa bulle, avec un livre, en train d'étudier frénétiquement. J'ai senti qu'elle avait envie de penser à tout sauf au procès qui s'annonçait. Nous l'avons laissée faire, nous avons juste veillé à ce qu'elle mange. Draco a glissé une potion calmante dans sa boisson, pour qu'elle arrive à dormir à une heure raisonnable.

Ce soir, après les cours, nous avons vu la Suite des Fondateurs se remplir petit à petit. Les jumeaux Weasley, leur ami Lee, Dean et Seamus, Susan et Hannah, Luna, Mary Simpsons et Lily Wistle (deux camarades Gryffindor de Ginny), Michael Corner (son petit ami), Blaise, Theo, Daphne et Tracy... Tout ce petit monde est venu au fur et à mesure de la fin des cours. Il était évident qu'ils attendaient les résultats de cette première journée.

Les enfants de sorciers les plus au courant nous ont expliqué que ça pouvait être la seule journée, si tout se passait bien et que les preuves étaient suffisamment concluantes pour un verdict immédiat, ou alors cela pouvait être la première journée d'une plus ou moins longue série, si les avocats de la défense sont doués et parviennent à éveiller ou maintenir le doute sur la culpabilité des deux accusés. D'après eux, le fait que la journée soit aussi longue n'est pas particulièrement bon signe, mais cela peut être aussi parce que les Aurors et la partie civile ont beaucoup de preuves à montrer.

Harry, Hermione et Ginny sont revenus vers dix-huit heures, accompagnés de Remus et Sirius, sous sa forme de chien et de Arthur, Bill, Charlie et Fleur. J'ai aussitôt senti qu'ils étaient choqués, tristes, déboussolés, en colère... Tout un mélange d'émotions formant un ensemble plutôt négatif.

Harry a marqué un temps d'arrêt en voyant tout le monde, et son regard s'est posé sur moi. L'émotion qu'il a dégagée était claire : j'ai besoin de toi. Je me suis levée de mon canapé et je me suis avancée vers lui en donnant un coup de coude à Michael au passage pour qu'il fasse de même avec Ginny. Heureusement, il a vite compris et s'est levé à son tour.

Harry m'a serrée fort dans ses bras. Il n'a pas pleuré, mais j'ai l'impression que seul le monde présent l'en a empêché. Le procès n'a pas été facile, c'est une évidence. Petit à petit, Harry s'est calmé. Les émotions étaient toujours là, mais sous contrôle. Je l'ai embrassé rapidement, juste pour lui montrer que je suis là, et j'ai regardé autour de moi. En plus de Michael, les jumeaux entouraient aussi Ginny et leur père. Hermione était entourée de Draco, Neville, Daphne, Susan et Hannah. J'ai lancé un coup d'œil à Remus, qui a eut un petit sourire triste. Sur le coup, je n'ai pas su quoi en penser.

Finalement, tout ce petit monde s'est calmé, et nous nous sommes tous assis dans le salon. Harry a refusé de me lâcher, et je me suis installée sur ses genoux. Je ne savais pas (encore) ce qui s'était passé, mais visiblement, il avait besoin de ne pas se sentir seul.

C'est Arthur qui a commencé :

« C'est gentil à vous d'être tous ici, ça me fait plaisir, vraiment. Ça a été une longue et difficile journée. Il n'y en aura pas deux.

–Le verdict a été rendu ? a demandé Fred.

–Oui, a soupiré Arthur. Déjà, pour la nouvelle la plus facile, le divorce a été prononcé. Molly n'est plus une Weasley, et n'a plus aucun droit sur aucun de mes enfants. »

Et bien... Si c'est ça la nouvelle la plus facile... Les enfants Weasley ont perdu leur mère, qu'est-ce qui peut être plus difficile que ça ? J'ai vu Bill serrer Ginny dans ses bras. L'aura de Ginny est encore plus bouleversée que celle de Harry, mais contient paradoxalement moins de colère et de dégoût.

Arthur a continué :

« Concernant cette affaire en elle-même... Molly a été reconnue entièrement coupable de ce qui est arrivé à Ginny et Hermione. Elle a été condamnée à deux ans de réclusion à Azkaban. »

Il y a eu des exclamations choquées. C'est une peine très lourde. Deux ans de prison dans une prison normale, c'est déjà dur, mais si en plus tu ajoutes les Dementors, on a condamné Molly à deux ans d'enfer pur et simple. Même si je ne l'aime pas, je ne lui ai jamais souhaité ça. Puis j'ai réalisé :

« Entièrement ? Et Dumbledore ? »

Arthur a hoché la tête. Apparemment, j'ai trouvé le mot essentiel de sa phrase. Il a soupiré :

« Il s'en est sorti.

Quoi ? »

Ça vient de plusieurs élèves, toutes maisons confondues. Daphne a continué, d'un ton glacial qui convient parfaitement à son image de Reine de Glace :

« Dumbledore est celui qui a conclu le contrat de mariage sur un Potter, en sachant qu'il n'avait pas le droit de le faire...

–Justement, est intervenu Remus à la place d'Arthur. Sa défense s'est basée sur le fait qu'il n'était pas au courant qu'il ne pouvait pas conclure de contrat pour Harry. Il a vraiment cherché à assurer le meilleur avenir possible pour son pupille.

–Et le Wizengamot a avalé ça ? s'est étonné Draco.

–Les communs et la petite noblesse, oui, a répondu Bill. Et dans la haute noblesse, Augusta n'avait pas le poids des voix Potter, écartées pour ce procès puisque Harry est partie civile. Ton père a voté coupable, mais même les voix des Black n'ont pas suffit à rééquilibrer les choses, malgré le soutien de la plupart de vos familles. Le résultat était serré, mais il a quand même été absout de ses charges.

–Malgré tout ce qui se dit dans la presse sur lui ces derniers temps ? a demandé Susan.

–Les avocats de Dumbledore ont rappelé qu'il s'agit d'une affaire différente et qu'il faut faire la part des choses. Pour une fois, le Wizengamot n'a pas tout mis dans le même panier... Et les avocats de Harry et de papa n'avaient pas le droit d'évoquer les autres affaires. Du coup, les avocats de Dumbledore ont eu la part belle pour rejeter toutes les fautes sur maman, et résumer ce procès à l'utilisation de l'Amortentia sur Ginny et Hermione. »

Il y a eu un silence choqué, puis j'ai demandé :

« Et comment le prend Ron ?

–Il est furieux, évidemment, a soupiré Charlie. Mais le comportement de Dumbledore et de ses avocats contre maman a eu au moins le mérite de lui faire ouvrir les yeux. Ce n'est plus le gentil bienfaiteur de la lumière, à présent, maman et Ron s'en sont enfin rendus compte. Le temps qu'il accepte réellement le verdict et ce retournement de situation, il va certainement être invivable, mais vous récupérerez peut-être votre ami. »

J'ai senti le doute en Harry et j'ai préféré ne rien dire, me contentant de hocher la tête.

« Et maintenant ? a demandé Neville.

–Le procès contre Dumbledore a été fixé, a répondu Remus. Ou plutôt, les procès. Il y en aura deux. Un pour ses actions contre Manon et sa famille, et l'autre par rapport à sa gestion de la tutelle de Harry. Le premier sera celui qui concerne Manon. Tous les deux se dérouleront l'été prochain. »

Oh. Bon... j'ai encore quelques mois devant moi pour ne pas penser à cette sordide affaire, et m'en remettre du mieux possible, avant d'affronter ce procès et Dumbledore la tête haute. J'ai senti derrière moi l'aura de Harry bouillonner de colère.

« Qu'est-ce qui se passe ? » j'ai demandé.

Harry n'a pas répondu, et j'ai regardé les adultes, qui paraissaient soudain gênés. Puis Remus a rassemblé son courage de Gryffindor et a annoncé :

« C'est la vraie mauvaise nouvelle de la journée. Le Ministre Fudge a déniché une loi du 16ème siècle, qui donne pouvoir au Ministre de la Magie en place de nommer le directeur de Hogwarts, au delà de l'autorité du Conseil des Gouverneurs ou même des Héritiers des Fondateurs. »

Ah... Je commençais à craindre le pire. Et j'avais raison :

« Et il a donc décidé de remettre Dumbledore à ce poste. Il revient demain. »

Il y a eu un lourd silence, puis j'ai demandé :

« Et Harry ne peut pas s'y opposer, en tant que propriétaire du château et de l'école ?

–Non, a grondé Harry. Le principe du droit, c'est que les textes les plus récents remplacent les plus anciens, sauf si ces derniers sont verrouillés, comme c'est le cas des acquis de la haute noblesse et de certaines familles. Mais les Fondateurs ont estimé qu'il fallait que l'école puisse s'adapter à son époque, et ont refusé de verrouiller leurs droits. Fudge a en effet le droit de m'imposer un directeur. »

Puis il a affiché un sourire carnassier :

« Par contre, je ne suis pas obligé de lui rendre la vie facile. Qu'il s'écarte d'un seul orteil de ses fonctions de directeur, et Fudge et lui comprendront ce que c'est de vouloir contourner l'autorité d'un Potter. »

J'ai eu un sourire, ravie de le voir reprendre du poil de la bête, mais Remus s'est inquiété :

« Qu'est-ce que tu comptes faire ?

–Ils oublient que Dumbledore a généreusement pioché dans mon patrimoine matériel pour assurer son train de vie ici. Ils oublient que les fonds qui complètent les droits d'inscription viennent à cinquante pour cent des Potter. Ils oublient que Lady Hogwarts me répond à moi, et pas à Dumbledore, et elle est aussi peu ravie que moi de le voir revenir... Fudge sera le dernier ministre à utiliser cette loi. Les prochains se souviendront de ce qui arrive quand Hogwarts ne veut pas d'un directeur. »

J'aime bien quand il entre dans ce genre de colère du juste, surtout quand elle n'est pas tournée contre moi : il y a tout le côté sauvage contrôlé du jaguar en lui qui ressort, et ça le rend diablement sexy. Mais je digresse.

Tout le monde a compris la menace, pas vraiment masquée, et j'ai senti le moral du groupe remonter. Dumbledore n'aura pas l'autorité qu'il avait auparavant sur le château, Harry y veillera.

« Qu'est-ce qui va se passer pour l'Ordre ? a demandé George.

–On réservera cette discussion à un moment où seuls des membres de l'Ordre sont présents, » a répondu aussitôt son père.

George a affiché une mine positivement penaude, et la discussion sur l'Ordre s'est arrêtée là. Fred a lancé la conversation sur ce qui s'était passé aujourd'hui à Hogwarts. Rien de bien passionnant, mais de quoi se changer les idées. Et apparemment, c'était nécessaire, vu comme tout le monde s'est aussitôt précipité sur le sujet.

Finalement, nous avons décidé de dîner ensemble dans la Suite. Avec le monde qu'il y a, Harry et moi avons refusé de cuisiner. Les Weasley ont râlé. Apparemment, ils commençaient à apprécier notre cuisine, pendant les fêtes... Mais bon, là, il y a près de trente personnes, suis pas un chef restaurateur... Donc non, on a fait confiance aux elfes de maison, qui ont été ravis de nous fournir un dîner autrement meilleur que celui qu'on aurait du avoir dans la Grande Salle. Là aussi, ça a attiré les moqueries des autres, qui ont déclaré qu'en plus de la chambre privée, du salon de luxe, on avait droit également à un traitement de faveur au niveau de la cuisine.

C'est sans doute vrai. Les elfes de maison ont vraiment l'air de favoriser l'Héritier de Hogwarts et ses amis. Mais en même temps, ce n'est pas comme si on en abusait. Depuis que Harry a découvert la Suite, c'est seulement la deuxième fois qu'on leur demande un repas. À chaque fois que nous mangeons ici, d'habitude, c'est nous qui cuisinons.

Après le dîner, Draco et Tracy sont partis pour leur entraînement de Quidditch (Tracy est Poursuiveuse), Arthur, Bill, Charlie et Fleur sont rentrés chez eux, et Remus et Sirius dans leurs appartements, mais tous les étudiants sont restés.

Nous avons décidé de travailler nos devoirs tous ensemble. Ceux de cinquième année, nous avons tous à peu près la même chose, et les jumeaux et ceux d'entre nous qui avions terminé avant avons aidé les autres et ceux de quatrième année. Et finalement, on est partis dans des conversations complètement hors sujet. Daphne, Hermione, Luna, Mary et moi avons parlé de runes, par exemple, pas du programme de cours, mais des applications pratiques, des objets du quotidien qu'on peut améliorer avec des runes...

C'était très intéressant. Daphne, Luna et Mary ont grandi dans le monde sorcier, et elles connaissent déjà tout un tas d'objets qui sont améliorés avec des runes. C'est amusant comment les sorciers remplacent les technologies non-magiques par des enchantements ou des runes. Remarque, eux diraient exactement le contraire : c'est amusant comment les non-magiciens arrivent à inventer des nouvelles technologies pour compenser l'absence de magie !

Donc, finalement, d'une journée tendue est venue une soirée très agréable, avec plein de monde qui normalement s'ignore royalement, mais qui dans cette Suite s'entend plutôt bien.

Et donc demain, retour de ce cher Dumbledore... J'ai hâte, oh oui ! (vraiment... j'ai hâte de voir l'accueil que lui réservent les jumeaux et Harry...)


Notes de l'auteur :

Je vous rassure, je ne suis pas en train de me contredire par rapport au chapitre de la semaine dernière : Hogwarts est bel et bien une école privée, qui fonctionne sur fonds privés : les frais de souscription des élèves et un fonds récoltant les dons et subventions de certaines familles, dont les Potter. Le Ministère ne verse aucune subvention à Hogwarts.

Cependant, par oubli (volontaire ou non) des lois, décrets et autorisations accordées à Hogwarts, le Ministère est intervenu à plusieurs reprises au fil de son histoire, et ça crée un précédent (au sens juridique du terme). À l'époque de la création de la loi mentionnée par Remus, sans doute que les Héritiers n'ont pas eu le pouvoir d'en empêcher la ratification. Même si Harry a aujourd'hui ce pouvoir, c'est trop tard, la loi existe, et le Ministre peut l'appliquer.

Réponse aux guest reviews :

Mily : merci beaucoup pour cette review, je suis ravie que cette histoire continue à te plaire ! J'ai pensé que les Animagi des jumeaux Weasley étaient une bonne alternative aux gros prédateurs du groupe de mages, ça change un peu ;) Contente qu'ils te plaisent !

À lundi prochain !

MAJ le 05/01/2018