Mardi 19 mars 1996

Chère Marie,

Amelia Bones a du trouver l'actualité trop calme ces derniers temps : elle a annoncé l'ouverture d'une enquête sur le fait qu'il n'y ait pas eu ni procès ni enquête suite à l'arrestation de Sirius Black en 1981. Ça a fait les gros titres du Prophet hier et aujourd'hui. Hier, le rappel des faits, et aujourd'hui les premiers questionnements : Dumbledore était déjà président du Wizengamot à l'époque (c'est actuellement son quatrième mandat de président-sorcier, ils ne limitent pas le nombre maximum de mandats), et c'est lui qui aurait du obliger la tenue d'un procès, surtout que Sirius était l'Héritier Black à l'époque, c'est-à-dire disposait non seulement des droits nobiliaires habituels (tenue d'un procès devant le Wizengamot, jusqu'à cinq avocats au lieu de trois, présomption de vérité dans ses propos...) mais en plus des droits spécifiques des Très Nobles et Très Anciennes Familles (les Black et les Potter sont les deux seules familles à disposer de ces droits, tu te souviens ?). Et pourtant, Sirius a été jeté à Azkaban sans autre forme de procès, littéralement et figurativement.

Du coup, ça rajoute du feu sur la réputation déjà brûlante de Dumbledore ces derniers temps. C'est curieux que le Prophet soit toujours aussi peu tenté d'en profiter, ils auraient franchement de quoi s'amuser. En tout cas, nous, à Hogwarts, ça nous amuse pas mal. Il y a de plus en plus de colère et de ressentiment envers la présence de Dumbledore, surtout au poste de directeur.

Le Prophet a essayé de compenser en présentant d'autres théories « pour la diversité des opinions chère à ce journal » (Harry s'est étranglé avec son jus de citrouille quand j'ai lu ce passage à voix haute), et s'est demandé si les Malfoy n'avaient pas un rôle à jouer dans cette histoire d'absence de procès, parce qu'après tout, Draco est le suivant dans la ligne d'héritage des Black, tant que Sirius n'a pas d'enfant et Andromeda et Bellatrix, toutes les deux plus âgées que Narcissa, n'ont pas de garçons.

J'ai senti l'excitation des Slytherins grimper au fur et à mesure que la nouvelle se répandait : leur Prince est héritier d'une des deux plus grandes familles de la Grande Bretagne sorcière. Mais étant des Slytherins, ce que je percevais dans leur aura d'émotion était bien cachée et ils avaient l'air, aux yeux des autres, aussi calmes que d'habitude. Jusqu'à ce que Draco arrive, accompagné de Blaise, Theo et de Daphne.

J'ai l'impression que Daphne a elle aussi marqué sa préférence, au sein de sa maison, parce que je la vois beaucoup plus souvent qu'avant aux côtés des garçons. J'ai entendu des rumeurs selon lesquelles elle et Theo sont en couple, ce qu'aucun des deux n'a démenti. Après tout, ils avaient un contrat de fiançailles entre eux, et très peu de personnes savent qu'il a été rompu. Et comme Theo est d'un naturel assez câlin envers les filles, ça ajoute en crédibilité. C'est marrant d'ailleurs de sentir la jalousie de Blaise dès que Theo serre une fille dans ses bras, alors que Theo essaie juste de compenser le fait qu'il ne peut pas tenir son copain à la place d'une fille. Il n'y a aucun sentiment de sa part, juste un besoin de tendresse. Il ne serait pas aussi doué pour cacher ses émotions et pour mentir, tu pourrais te demander ce que quelqu'un avec une telle fragilité peut bien faire à Slytherin... Comme Daphne est actuellement célibataire et parfaitement au courant de son orientation sexuelle, elle le laisse faire.

Donc, tous les quatre sont entrés dans la Grande Salle en princes, vraiment. J'ai appris plus tard que Draco avait déjà lu le journal, et en avait informé ses amis. Quand ils sont entrés, on pouvait se demander lequel des quatre était vraiment celui qui en jetait le plus. Même les Gryffindors ont été impressionnés, et il en faut beaucoup pour qu'un Slytherin impressionne un Gryffindor... Ils se sont installés à leur table comme si de rien n'était, mais je sentais qu'ils attendaient quelque chose. Du coup, j'ai fait signe à Harry, Hermione et Neville, qui commençaient à se désintéresser de la situation, de rester attentifs : ce n'était pas terminé.

On peut dire que tous les quatre connaissent parfaitement les réactions de leurs camarades de maison. Ils ont tout joué dessus, et ils ont parfaitement calculé leur coup. Daphne a reçu son exemplaire du Prophet et l'a lu sans faire de commentaire, avant de le donner à Theo, qui l'a fait passer à Blaise qui... ah non, ne l'a pas fait passer à Draco, mais s'est exclamé, ramenant l'attention de tous ceux qui étaient retournés à leur petit déjeuner :

« Tu es l'héritier des Black, Draco ? Vraiment ? »

Bien joué. Vraiment ! Blaise est le seul des trois à pouvoir prétendre ne pas être au courant : Daphne et Theo sont de trop haute naissance pour ne pas l'avoir appris à un moment ou un autre. Draco a haussé un sourcil, de manière typiquement Malfoyenne :

« Oui... Enfin, si mon cousin Sirius disparaît sans héritier. Pourquoi ?

–Parce qu'il y a apparemment une théorie comme quoi ton père aurait comploté pour que Sirius Black n'ait pas de procès avant d'aller à Azkaban, pour que tu sois héritier. »

Draco est resté silencieux un moment, affichant une surprise qu'il ne ressentait pas. Je l'imaginais presque en train de compter les secondes pour parfaire le temps de réaction idéal après une telle nouvelle. Puis il a froncé les sourcils :

« Et qui a pondu cette théorie des plus intéressantes ?

–Le Ministère, soutenu par le Prophet. »

Nouveau silence à la durée calculée, puis éclat de rire moqueur. À présent, c'était un grand silence dans la Grande Salle. Tout le monde voulait savoir ce qui pouvait faire réagir Draco ainsi. Moi comprise. Je veux dire : ça n'a rien de drôle, comme théorie. Enfin si, quand on connaît la vérité, mais de là à jouer la carte de l'humour en public ?

« Ils ont laissé leur comm' entre les mains d'un stagiaire ? C'est tout ce qu'ils ont réussi à trouver pour se remonter le moral ? »

Draco a lancé un regard autour de lui, et a vu qu'il avait l'attention de tout le monde. J'ai senti sa satisfaction, mais elle n'est absolument pas apparue sur son visage. À la place, une expression de pur mépris hautain, comme s'il nous reprochait de ne pas savoir réfléchir... Attends... Comme si ? Non, c'est exactement ce qu'il ressentait... Il s'est tourné vers ses amis, comme s'il avait une conversation tout à fait normale, alors que c'était évident qu'il s'adressait à tout le monde (enfin, pour moi... et pour les autres mages aussi, c'est sûr. Après, les autres... suis pas dans leur tête, et heureusement !) :

« Il faudrait que le Ministère se mette d'accord avec lui-même. D'après lui, c'est grâce à Black qu'il y a eu l'évasion à l'automne dernier. Dont ma chère tante Bella... Quel intérêt aurait-il d'aider les Deatheaters si au moins deux d'entre eux complotent contre lui ? Et crois-moi que mon père aurait voulu me donner le titre, il ne se serait pas contenté à l'époque de vouloir l'envoyer à Azkaban... Et enfin, ça veut dire que le Ministère, qui est quand même celui qui au final décide s'il y a procès ou non, est suffisamment faible pour céder aux pressions d'un unique Lord ? Et ils écrivent ça dans un journal à portée nationale ? Qu'ils s'étonnent pas si on les prend pour des crétins... Il aurait mieux valu pour eux qu'ils s'en tiennent à cette histoire avec Dumbledore... »

Pas faux... Me disait bien qu'il y avait quelque chose de bancal dans le fait d'impliquer Lucius Malfoy dans cette absence de procès. C'est vrai que ça ressemble à un coupable pris sur le fait et qui crie « c'est pas moi ! » en pointant du doigt quelqu'un d'autre qui pourrait faire office de coupable idéal... Donc, rassure-toi, ministère magique ou non, britannique ou français, ce sont tous les mêmes quand il s'agit de faire face à ses responsabilités : il y a plus personne... alors que ce n'était pas Fudge, le ministre, à l'époque, ce serait bien plus facile pour lui de dire : « mais je n'étais pas là à ce moment-là, je ne prends pas la responsabilité et on va tout faire pour réparer la faute... ». Tout aussi lâche, mais avec un peu plus de maturité...

Forcément, cet argumentaire a généré tout un tas de commentaires dans la Grande Salle, et de nombreux regards se sont portés sur Dumbledore, qui faisait mine de n'avoir rien entendu en continuant son petit déjeuner en lisant son magazine.

Il devrait faire plus attention lors des repas : déjà trois fois les jumeaux ont réussi à glisser leurs produits dans sa nourriture, et il lui est arrivé des choses étranges. Une fois, ce sont ses robes qui sont devenues roses à en faire pâlir d'envie Umbridge. Il avait même un petit nœud tout mimi au bout de sa barbe... Une deuxième fois, il s'est transformé en gros canari d'un beau jaune pétant. Et la dernière fois, avant-hier, il a fait des grosses bulles dès qu'il ouvrait la bouche, que ce soit pour parler ou pour manger...

Les jumeaux restent pour l'instant gentils, se contentant de blagues bon enfant, parce qu'ils savent que tant que c'est le cas, aucun professeur ne les sanctionnera, même s'ils savent parfaitement qui est derrière le coup. S'ils lancent des blagues plus vicieuses, voire dangereuses, les professeurs seront obligés d'intervenir. Alors pour l'instant, ils laissent la main des choses les plus agressives à Harry.

Parce que Harry continue dans ses démarches pour faire comprendre à Dumbledore qu'il n'est pas le bienvenu à Hogwarts. Les objets Potter continuent à disparaître à un rythme régulier. Les objets dans la Grande Salle (le trône et le pupitre) sont toujours présents, mais apparemment, d'après le compte-rendu envoyé par Griphook, Dumbledore n'a plus son beau bureau ni la perche de Fawkes dans son bureau, ni une grande partie de la vaisselle qu'il utilise quand il ne mange pas dans la Grande Salle, ni de plus en plus d'artefacts exposés dans son bureau... Griphook dit qu'il faudra encore deux mois, à ce rythme, pour tout récupérer.

Harry a également ordonné aux statues et tableaux qui s'ouvrent par mot de passe de s'amuser avec Dumbledore. Ils doivent finir par lui ouvrir s'il donne le bon mot de passe, mais ils ont droit (et le devoir) de l'embêter avant. La tour de Ravenclaw, par exemple, lui donne des énigmes ridiculement impossibles à répondre. La Grosse Dame, d'après Neville, a tenu à lui faire écouter un récital entier avant de lui dire que non, Harry n'était pas dans la salle commune des Gryffindors. Les tableaux et statues qui gardent l'entrée de passages qui font office de raccourcis lui refusent même carrément le passage, en lui expliquant que la marche, à son grand âge, est recommandée pour garder un corps en bonne santé. Lady Hogwarts a donc pris la consigne à cœur et s'amuse...

Hier, Dumbledore a essayé de rentrer dans la Suite des Fondateurs. Il a arraché le mot de passe à un élève (je pense qu'il a utilisé la Légilimancie pour ça). Mais heureusement, Harry avait prévu le coup : il a explicitement ordonné au tableau à l'entrée de la Suite de ne pas laisser entrer Dumbledore même s'il a le bon mot de passe : il n'est pas le directeur approuvé par Hogwarts. Du coup, Dumbledore s'est dit qu'il pouvait l'attendre, que Harry finirait bien par sortir pour aller en cours... Bah non. Et comme une Suite complètement équipée, c'est plus facile à vivre qu'un couloir nu, Dumbledore a été le premier à laisser tomber, et Harry a aussitôt ordonné à Hogwarts de ne plus le laisser accéder à cette aile du cinquième étage. Au moins, la prochaine fois qu'il voudra faire le siège, Harry pourra sortir par deux autres endroits. Sa Carte du Maraudeur n'a jamais autant servi.

En tout cas, j'ai hâte de voir comment l'enquête va progresser, pour Sirius. Ce serait quand même bien qu'il soit innocenté...


Note de l'auteur :

J'ai décidé qu'ils n'avaient pas encore assez sur la planche, j'ai rajouté le procès de Sirius dans le lot ;)

À lundi prochain !

MAJ le 05/01/2018 : allègement de la note d'auteur mentionnant une erreur dans un chapitre précédent, à présent corrigée directement dans le chapitre en question.