Mercredi 3 avril 1996

Chère Marie,

Woah... Je commence à comprendre Harry quand il dit que lorsqu'il est bien et heureux, c'est que quelque chose de terrible se prépare... Mais je ne veux pas me laisser aller à ce genre de sentiments. C'est moi, l'optimiste dans le groupe, et je n'ai pas le droit de les laisser tomber...

La panique d'hier ? Lions' Hill se faisait attaquer. Voldemort n'a pas du apprécier la « provocation » de l'article dans le Quibbler lundi, et a décidé de prendre sa revanche en attaquant le bastion des Potter. Évidemment, impossible pour lui de s'attaquer directement à Lions' Rock, mais Lions' Hill était moins protégé. Alors certes, chaque attaquant ne pouvait attaquer qu'une seule fois avant de se retrouver sur la liste noire des protections Potter, mais si on envoie des centaines de Deatheaters en même temps en les prévenant qu'ils n'ont qu'une seule attaque possible et que donc ils doivent donner de leur mieux... Ben ça fait quand même de sacrés dégâts.

Harry a convoqué en urgence l'Ordre, pour qu'on puisse aller protéger le village le temps qu'il mette à jour les défenses. Il avait besoin de temps pour ça, parce qu'il faut que même en montant la sécurité, il n'exclue aucun villageois ni aucun membre de l'Ordre.

Du coup, j'ai participé à ma première bataille. Les consignes étaient simples : établir un périmètre de sécurité autour du village, et empêcher les Deatheaters de s'approcher. Harry a activé les boucliers anti-transplanage, pour qu'ils soient obligés d'entrer dans le village par le cordon de sécurité que nous avons mis en place.

Nous n'étions pas assez nombreux. Les villageois ont tenté de nous aider, mais ils sont encore moins entraînés que les membres de l'Ordre. Alors nous avons fait la chose que nous ne voulions surtout pas faire au début : impliquer des adolescents, les membres du groupe de DCFM avancée de Remus. Au final, nous étions moins de cent à protéger le village. Nous aurions pu être plus nombreux si les adultes travaillant étaient tous rentrés de leur lieu de travail, mais Voldemort a attaqué à une heure particulièrement vicieuse : après le retour des enfants, mais avant celui des parents. Et nous sommes arrivés alors que l'attaque avait déjà commencé, et il y avait déjà des dégâts. Des maisons détruites, en flammes, mais aussi des blessés et des morts.

Notre chance a été que le bouclier de base protégeant le village n'autorise les attaquants qu'à une seule attaque. Notre inconvénient était qu'il leur suffisait de se placer en dehors, juste à la limite du bouclier, et de lancer leurs sortilèges à partir de là. Neville, Hermione, Draco et moi nous sommes placés chacun d'un côté du village, et nous avons essayé de construire de vastes boucliers pour protéger les défenseurs. Heureusement, nous avions chacun notre élément à proximité pour nourrir notre magie : Neville avait la terre, Draco l'air, Hermione les cours d'eau à proximité, et moi les flammes des maisons derrière moi (ce qui a arrangé les villageois chargés de les éteindre).

Nous nous sommes principalement occupés de la défense : nous assurer qu'aucun sortilège lancé par les Deatheaters ne puisse passer les boucliers et donc toucher les défenseurs. Heureusement, les autres ont vite compris que nous ne pourrions pas répliquer activement, et ils ont placé trois attaquants à notre proximité immédiate pour nous protéger et repousser véritablement les Deatheaters. J'ai du placer toute ma concentration et ma puissance dans le bouclier qui couvrait ma partie du village, et la seule chose que je pouvais faire activement, c'était faire en sorte que les sorts rebondissent et retournent à l'envoyeur. C'est déjà pas mal, mais c'est frustrant quand tu sais que tu es mage, et que ton camp a désespérément besoin d'un tel avantage pour autre chose que la défense.

Ils étaient nombreux, très nombreux... Voldemort a sans doute fait appel à toute son armée. Et, aussi cruel que ce soit, je suis contente que la nouvelle consigne de l'Ordre soit de ne plus se contenter de stupéfixier, en combat. On ne peut pas se permettre de jouer les gentils quand nous sommes moins de cent face à près de mille Deatheater. Un contre dix. Même en situation de défense, c'est difficilement tenable sur un terrain aussi ouvert. Alors je suis heureuse qu'on ait enlevé aux membres de l'Ordre leur stupide scrupule à ne pas blesser l'adversaire par foutu esprit de grandeur.

La bataille a duré une demi-heure, le temps pour Harry de monter les protections de Lions' Rock et Lions' Hill au niveau 8 : résidents et visiteurs autorisés uniquement, communications libres avec le monde extérieur, mais le bouclier de protection est étanche à toute magie agressive. Nous nous sommes rendus compte de son succès en voyant que les sortilèges lancés s'arrêtaient avant nos boucliers. Maintenant, ils peuvent s'exciter comme ils veulent, rien n'entrera dans Lions' Hill si ça n'a pas été autorisé au préalable.

Il n'y a pas eu de morts de notre côté, une fois l'attaque repoussée à l'extérieur du village. Par contre, trois villageois sont morts avant même qu'on puisse intervenir. Une trentaine d'autres sont sérieusement blessés. Pas mal de personnes épuisées magiquement, choquées par l'attaque... Voire un peu de tout ça à la fois.

Du côté des Deatheaters, on a fait le compte hier soir, il y a eu cent quatre vingt quatre morts, ce qui fait beaucoup, je trouve, surtout que leurs blessés, même graves, ne sont pas restés sur place, et qu'on n'a donc que ces morts pour estimer les dégâts réels dans leurs troupes. Ils doivent être assez conséquents s'ils ont réussi à perdre plus d'un dixième de leurs effectifs en une demi-heure de combat. Rien que de mon côté, les AK qu'ils lançaient rebondissaient sur mon bouclier (merci Hermione et ses recherches pour trouver un bouclier capable de bloquer ce genre de sorts) et touchaient ensuite des Deatheaters.

Étrangement, je ne ressens pas la même culpabilité qu'avec les cinq Deatheaters lors de la mission Horcruxe, la semaine dernière (bon sang, ça semble beaucoup plus loin !). Peut-être parce que ça s'est passé dans le feu de l'action, peut-être parce que je sais que les AK avaient été lancés sur moi et ceux qui me protégeaient, et que c'était donc nous ou eux... Ou peut-être qu'entre le choc d'avoir participé à une bataille, l'épuisement, et tout, je n'ai pas encore réalisé vraiment que mon bouclier a causé la mort d'au moins une vingtaine de Deatheaters...

Si c'est le cas, si c'est vraiment parce que je mets du temps à réaliser, j'espère que quand ce sera le cas, je n'oublierai pas que je n'avais pas le choix. Il fallait diminuer le nombre de Deatheaters en face de nous, et protéger les nôtres. Ce n'est pas moi qui ai choisi de lancer ces AK, même si j'ai choisi qu'ils retournent à l'envoyeur, au lieu de simplement les dissiper sans faire de mal à personne. Ces hommes (et ces femmes, je suis sûre qu'il y en a, Bellatrix Lestrange ne doit certainement pas être la seule) ont délibérément choisi de marcher sur un village simplement parce que celui qui le protège a décidé de parler contre leur si vénéré maître. Ils ont choisi de semer la mort et la destruction, hier. Et nous avons choisi de protéger ce village, et les vies qu'il contient. Il n'y a pas trente six mille façons de se débarrasser rapidement de Deatheaters présents en trop grand nombre.

Je crois que je commence à trouver la réponse à la question que je me pose depuis longtemps, depuis que j'écris des personnages capables de prendre des décisions difficiles, drastiques, à la morale douteuse, pour pouvoir atteindre un but nécessaire : est-ce que je suis capable de faire de même ou est-ce que ce ne sont que des mots confortablement étalés sur du papier, laissant mes mains vierges de sang et simplement tâchées d'encre ? Apparemment, j'en suis capable. C'est la deuxième fois que j'agis avec pour conséquence la mort d'un ou plusieurs adversaires. J'aurais pu me pelotonner dans un coin et refuser de bouger en attendant que les choses se passent, mais le fait que les autres avaient besoin de moi a été plus fort. Il fallait que j'agisse.

Maintenant, la question qui se pose : j'ai franchi la ligne une première fois, et je n'en ai pas été fière. Je l'ai franchie une deuxième fois, je n'en suis toujours pas fière, mais ça me dérange moins que cette première fois. Jusqu'où je suis capable d'aller ? Est-ce qu'il va venir un effroyable moment où donner la mort ne me dérangera pas plus que de lancer une insulte ? Est-ce que je pourrai le faire froidement, sans l'impératif de l'action, du moment, pour dicter ma conduite dans l'urgence ?

Aujourd'hui, je n'ai pas joué les justiciers en exterminant de vils méchants qui n'ont pas le droit de vivre. J'ai simplement défendu un village, des personnes qui n'auraient pas pu se défendre seules. Et nous avons arrêté la bataille dès que les protections ancestrales de Lions' Hill sont devenues suffisamment puissantes pour faire ce boulot à notre place. La morale est sauve, d'une certaine manière. Forcément que dans un combat, il y aura des blessés et des morts, surtout quand des sortilèges aussi dangereux que des Avada Kedavra volent dans tous les sens.

Est-ce que je serai capable de donner la mort sans ce sentiment de juste nécessité, de réponse mesurée par rapport à l'ampleur de l'attaque ?

Seul le temps le dira. En attendant, même si je n'ai pas trop ces morts sur la conscience, ça me fait quand même réfléchir. Je crois que je vais essayer de parler avec Remus et Sirius, ils devraient pouvoir m'aider à y voir plus clair.

Pour continuer sur ce qui s'est passé, l'infirmerie de Lions' Rock a aussitôt été ouverte pour les blessés. Pomfrey a été appelée, ainsi que les deux Guérisseurs et le Médicomage du village (seul le Médicomage travaille dans le village, les deux Guérisseurs officient à St Mungo, mais ils sont venus dès qu'ils ont su que leur village a été attaqué). Je m'en suis bien sortie : j'étais claquée, des égratignures plus dues aux projections de pierres et de débris que des sorts, et les mains un peu engourdies à cause de toute l'énergie magique que j'ai fait passer en un temps limité. Mais rien qui ne puisse pas être résolu avec une bonne douche, une crème cicatrisante et une bonne nuit de sommeil.

Deux heures après la bataille, en soirée, Harry a réuni tous les villageois qui le pouvaient dans la salle des fêtes du village. Lions' Hill est un grand village. Presque une ville, en fait. Ceux qui ont participé à la bataille étaient là également, que ce soit les membres du club de DCFM ou les adultes de l'Ordre. Amelia est venue avec quelques Aurors, mais a rapidement compris que la situation était en main, et Harry a pris la responsabilité de tout ce qui s'est passé, et protéger le village entre dans ses prérogatives Potter. Personne ne sera donc inquiété pour quoi que ce soit. Elle a juste fait en sorte que ce soit bien clair dans son rapport que ce sont des Deatheaters, en très grand nombre, qui ont attaqué le village. Peut-être que ça réveillera le Ministère.

Lorsque tout le monde a été réuni, Harry a commencé son discours :

« Tout d'abord, je tiens à présenter mes excuses. Je suis le seigneur de ce comté, et j'aurais du m'attendre à ce que Voldemort cherche à attaquer Lions' Hill en représailles. J'aurais du monter plus tôt la protection sur le village. Je comptais le faire cet été, après en avoir discuté avec vous, parce que ces nouvelles mesures de sécurité vont un peu changer votre quotidien, et que je ne souhaitais pas le faire sans votre accord. Disons que j'ai été pris de court. »

Il avait l'air vraiment gêné et plein de remord, et j'ai posé une main dans le creux de son dos. Comme souvent, les cinq mages se sont présentés comme un groupe uni, et nous étions tous les quatre derrière Harry. Harry s'est redressé à mon contact, et je l'ai senti plus affirmé :

« Je sais que la majorité d'entre vous êtes non-magiciens, même si vous savez tous que la magie existe. J'ignore ce que vous savez de la situation actuelle. Alors pour ceux qui sont déjà au courant, je suis désolé de la répétition, mais cela nous permettra de partir sur une base commune. Voldemort, le mage noir qui a tué mes parents il y a quatorze ans, est revenu l'été dernier. Il a utilisé de la magie noire complètement illégale pour se reconstituer un corps et retrouver une partie de sa puissance. Même s'il n'a plus la puissance magique de l'époque, il a toujours son extraordinaire pouvoir de persuasion et sa réputation pour continuer à vouloir régner sur le pays et le débarrasser de tous ceux qu'il estime indignes, les Sangs-Mêlés comme moi, les Nés-Moldus comme mes deux amies ici présentes, ou les non-magiciens comme vous. »

Il a fait une pause le temps que l'information soit bien enregistrée par tout le monde, puis a continué l'histoire, en enchaînant sur le fait qu'il n'était pas au courant de son héritage jusqu'à très récemment et pourquoi, nous cinq mages, le fait que Voldemort a très envie de se débarrasser de nous cinq, et en particulier de Draco et lui... Il nous a présentés tour à tour, tous les quatre, en expliquant ce dont nous sommes capables.

Petit à petit, j'ai senti la foule se détendre au fil de ses explications déclarées d'un ton serein. Puis il a enchaîné sur ce qui s'est passé juste avant, et les conséquences :

« Voilà, vous savez à peu près ce qu'il en est. Nous sommes tous les cinq activement recherchés par Voldemort. Manon et Hermione sont des protégées Potter, de manière très officielle. C'est-à-dire que Voldemort sait parfaitement que nous avons choisi Lions' Rock comme base et refuge. Mais nous l'avons sous-estimé, et nous avons pensé qu'il mettrait plus de temps avant de sortir de sa cachette et de se faire reconnaître au grand jour. Je pensais sincèrement que même en prenant le temps de vous parler cet été, je le prendrais quand même de court. Je suis sincèrement désolé de cette erreur stratégique. Elle ne se reproduira pas. »

Il a respecté un moment de silence avant de continuer :

« Comme vous avez pu le voir si vous vous êtes approchés de la frontière du comté juste après la bataille, les sorts en provenance de l'extérieur n'entrent plus. En vérité, beaucoup de choses et de monde n'entrent plus à Lions' Hill. Je vous ai placés au niveau de sécurité 8. Cela veut dire que seuls les résidents et les personnes autorisées peuvent entrer dans les frontières du comté. Comme vous le savez, la sécurité du comté fonctionne sur deux registres : le premier est à Lions' Rock, et le second ici, sous la gestion de votre maire, Mr Buillard. Toute personne autorisée dans le registre de Lions' Rock l'est également automatiquement à Lions' Hill. C'est le cas de nos amis mages, et des personnes venues nous aider à défendre Lions' Hill aujourd'hui. La réciproque n'est pas vraie. J'ai ouvert aujourd'hui la protection de Lions' Rock aux résidents du village, mais vos visiteurs n'y ont toujours pas accès. Quant au village, seuls les résidents, les personnes autorisées à Lions' Rock, et les visiteurs autorisés dans le registre de Lions' Hill peuvent y accéder. Si vous voulez inviter de la famille ou des amis, il vous faudra d'abord les faire autoriser auprès du maire. Par ailleurs, toute personne portant la Marque des Ténèbres, la marque des Deatheaters, sera automatiquement refusée. Si vous souhaitez absolument une exception, parce que vous savez que cette personne n'est pas vraiment un Deatheater, il faudra venir me trouver, et moi uniquement. »

Il a promené un regard sévère sur la foule, comme pour la décourager de venir le trouver en lui demandant indulgence pour un Deatheater. Puis il a continué :

« Les communications restent libres, mais nous avons réactivé la salle de sécurité. Si jamais un colis ou une lettre paraît suspect, il sera automatiquement redirigé vers cette salle, et vous en recevrez une notification. Le courrier non-magique délivré par le facteur non-magique est soumis à ces mêmes filtres. Quoi d'autre ? a-t-il demandé en se tournant vers le maire et Draco.

–Lions' Rock au niveau 9, a répondu Draco.

–Ah oui ! Lions' Rock est un cran au dessus. Les communications ne sont possibles qu'en provenance des personnes autorisées dans le registre. Villageois résidents, vous en êtes, donc si vous souhaitez me contacter, vous pouvez. Vos visiteurs ne le pourront pas. Et ah oui ! La pratique de la magie pour les magiciens : à Lions' Hill, elle est globalement libre, à part une série de sorts complètement bloqués, dont notamment les Impardonnables. Même si quelqu'un doué de mauvaises intentions parvient à entrer dans le village, ses moyens d'actions seront limités, et il sera toujours expulsé à la première tentative d'agression. À Lions' Rock, par contre, à part pour une liste très réduite de personnes, la magie praticable est issue d'une liste blanche. Ne vous étonnez donc pas si vous ne parvenez pas à faire tout ce que vous voulez une fois dans le domaine. J'ai également placé une alarme sur les protections du comté, et je serai alerté si quelque chose de grave devait arriver. En espérant que ça ne se reproduise pas, évidemment. Quoi d'autre ? Je crois qu'on a fait le tour. Vous avez des questions ?

–Qu'en est-il des armes non-magiques, des revolvers, des bombes ? a demandé un villageois.

–J'ai la chance d'avoir eu un très astucieux arrière-grand-père, qui a connu les première et seconde guerres mondiales, et qui a compris l'intérêt de considérer les armes de la même façon que des objets de magie noire. Il a fait en sorte que leur indexation suive l'indexation officielle du gouvernement britannique, ne me demandez pas comment il a fait, même Hermione et Draco ne le savent pas. Toujours est-il qu'aucune arme ne peut entrer. Si en tant que résident, vous possédez une arme, vous avez vingt-quatre heures pour la faire déclarer auprès du maire, après quoi elle... disparaîtra, purement et simplement. C'est une conséquence du passage des protections du niveau 3 au niveau 8. Malheureusement, on ne peut pas priver un foyer de ses ustensiles de cuisine, et donc les couteaux sont toujours autorisés. Mais le risque est tout de même diminué une fois qu'on enlève les armes à feu et les explosifs en tout genre. Ah, et sachez que s'il prend un jour l'envie étrange à Voldemort de tester un lancer de missile sur le village, ça ne vous atteindra pas : les protections sont conçues pour détourner ce genre d'engin dans les champs avoisinants. Je suis certain que vous préférerez perdre une récolte que votre maison ou votre famille. Une autre question ?

–Nos adolescents vont à la ville voisine pour le collège et le lycée, est intervenue une mère.

–Je ne peux malheureusement pas étendre les protections jusque là. Ce serait non seulement illégal, mais ça détruirait l'efficacité des protections en les étendant sur une trop grande surface. Le nœud magique les nourrissant est puissant, mais pas assez pour s'étendre beaucoup plus loin.

–On peut peut-être leur offrir un équivalent des bijoux Potter ? j'ai demandé. Une protection basique contre les sorts et les possibles agressions, doublée d'une alarme pour prévenir les parents si jamais la protection est activée. »

Harry a réfléchi puis s'est tourné vers Hermione :

« Tu saurais faire ça ?

–Avec l'aide de Draco et Manon, sans aucun problème. On peut refaire des médaillons, comme pour l'Ordre.

–Alors on offrira ça à vos enfants, » a-t-il affirmé en se tournant vers les villageois.

J'ai senti le soulagement des nombreux parents. Harry a demandé :

« Est-ce que certains d'entre vous ont des enfants qui vont à Hogwarts ? »

Plusieurs parents ont levé la main, et, à notre grande surprise, Katie Bell est sortie des rangs du club de DCFM :

« Je peux te donner les noms, on se connaît tous, ici.

–Tu viens d'ici ? s'est étonné Harry.

–Oui, a répondu Katie en haussant les épaules. On se demandait pourquoi tu ne parlais jamais de Lions' Rock et Lions' Hill. Neville ne pouvait pas nous répondre non plus. C'était assez... perturbant.

–D'autres étudiants que je pourrais connaître ?

–Autant que moi ? Peut-être Elisa Bennett. »

Harry a rougi, et j'ai compris qu'il s'agissait d'une de ses conquêtes. J'ai demandé, mine de rien :

« Quelle maison ?

–Slytherin, diplômée l'an dernier, » a répondu Draco à la place de Katie.

J'ai regardé Harry avec surprise. Cela voudrait dire qu'à quatorze ans, il était sorti avec une fille de dix-sept ans, voire peut-être dix-huit... J'ai senti sa gêne à mon encontre, mais j'ai projeté mon amusement et mon envie de me moquer de lui, et il a compris que je n'étais pas jalouse et ne lui en voulais pas. Néanmoins, je n'ai rien osé lui dire devant tous ces adultes qui ont besoin de croire qu'un adolescent peut être leur Lord et protecteur, et ça ne lui fera pas de bien s'il affiche son passé de coureur, même s'il m'a présentée comme sa petite amie.

Alors je me suis contentée de me tourner vers Katie :

« Ce serait bien, en effet, une liste des étudiants actuels. Ne serait-ce que pour faciliter la sécurité des transports entre Hogwarts et ici.

–Il faudrait s'occuper de Godric's Hollow, aussi, d'ailleurs, a ajouté Neville. Voldemort sait parfaitement que c'est également un lieu contrôlé par les Potter.

–Mais est-ce qu'il y a des protections équivalentes, là-bas ? a demandé Harry.

–Pas à ma connaissance, a reconnu Neville. Remus ? »

Remus a secoué la tête :

« Non. Sinon les parents de Harry en auraient profité. Mais ça rend l'utilisation de ce genre de médaillon d'autant plus importante. »

Nous nous sommes regardés tous les cinq, et Harry a hoché la tête :

« OK. On ira avant la fin de ces vacances. D'autres questions ? »

Il n'y en avait plus, alors nous nous sommes occupés de créer des médaillons pour les enfants âgés de onze ans et plus. Les plus jeunes vont à l'école du village, ils ne quittent pas les protections du comté. Katie a récupéré les médaillons pour ceux qui sont actuellement à Hogwarts, et chaque parent est venu récupérer ceux de leurs enfants pour les autres. En plus des médaillons, nous avons créé des bracelets d'alerte pour les parents, et un système un peu plus complexe pour le poste de police du village, ou les cinq policiers sont sorciers, dont un qui a suivi l'entraînement des Aurors avant de décider de travailler pour son village. Ce système leur permettra de savoir quel enfant est en danger et où, et surtout, si un seul enfant est concerné ou plusieurs.

Nous avons passé la soirée dans le village, à parler avec les résidents. Les membres du club de DCFM ont été ramenés à Hogwarts, et ceux de l'Ordre sont rentrés chacun chez eux. Harry a promis de venir une fois par mois faire le point avec les membres éminents du village, et rencontrer ceux qui le désirent. Après quatorze ans sans nouvelles de la famille Potter autres que les actualités douteuses dans le Prophet, ils ont besoin de ce lien avec leur Lord. Harry a également prévenu qu'on passerait certainement l'été à Lions' Rock, et que ce serait donc l'occasion de faire vraiment connaissance.

Nous avons justement dormi à Lions' Rock, cette nuit.

Ce matin, le journal parlait de l'attaque d'hier.

« Des Deatheaters en manque de divertissement attaquent Lions' Hill, un village mixte sorcier et moldu »

En gros, les journalistes présentent ça comme une attaque de Deatheaters qui s'ennuient et ont décidé de passer le temps et leur frustration sur un village qui représente l'hérésie à leurs yeux : des sorciers et des non-magiciens qui cohabitent, chacun parfaitement au courant du monde de l'autre. Aucune mention au fait que ça aurait pu être potentiellement commandité par Voldemort, vue l'ampleur de l'attaque. D'ailleurs, l'ampleur réelle a été considérablement diminuée. À en croire l'article, Lions' Hill rassemble pas plus de deux cents habitants (tu multiplies par dix pour avoir le chiffre réel), et les Deatheaters n'étaient certainement pas plus d'une cinquantaine (faudra qu'on m'explique les cent quatre vingt quatre morts retrouvés...), et les villageois ont réussi à se défendre seuls. Pas d'Ordre, pas de mages, aucune allusion au fait que Lions' Hill appartient à Harry, et que ça pourrait être la raison de l'attaque (même si l'excuse de la mixité doit être tout aussi valable)... Rien de tout ça... Juste une petite réunion de Deatheaters en manque de divertissement, donc...

La force de déni du Ministère m'épatera toujours. S'il mettait autant d'effort dans la lutte contre Voldemort qu'il en met à renier son existence, Voldemort aurait été détruit depuis longtemps.

Nous sommes rentrés en milieu de matinée à Hogwarts, après que Harry se soit assuré que tout va pour le mieux dans le village. Et nous irons à Godric's Hollow demain. Je sens l'angoisse de Harry à cette perspective. C'est l'endroit où ses parents ont été tués, certainement l'endroit où ils sont enterrés. Ce qui serait une hérésie, d'ailleurs : les Lords Potter sont toujours enterrés au Mausolée, situé sur les terres de Lions' Rock, d'après Neville. Il a fait une drôle de tête quand j'ai suggéré la présence des tombes des parents de Harry à Godric's Hollow. Alors j'ai dit que beaucoup de possibles en parlaient, et que j'ignorais tout de ce mausolée (oui, on a des conversations particulièrement joyeuses, comme tu peux le voir...)

Cet après-midi, Hermione et Draco ont réussi à se déplacer eux aussi dans le cercle, et j'ai réussi à répéter l'exploit. Ne reste plus que Neville, mais ça ne devrait pas tarder. Avant la fin des vacances, nous saurons tous transplaner, certainement.

Bon, je vais aller voir Harry et lui proposer quelque chose pour lui occuper l'esprit et ne pas penser à demain. Réunir un peu de monde pour un match de Quidditch amical, par exemple.

Bisous !


Note de l'auteur :

Et voilà, vous avez de la vraie action ! :)

J'étais un peu inquiète sur la crédibilité des victimes pour cette bataille, mais mon voyage en Écosse m'a complètement rassurée : la bataille de Culloden (entre les Jacobites, principalement écossais, qui soutenaient les droits d'un roi en exil à accéder au trône britannique, et les Anglais, soutenant leur roi en place) a fait 50 morts du côté des Anglais et 1500 du côté des clans écossais. Certes, les Anglais étaient plus nombreux que les Jacobites, mais ils ont eu la même stratégie que mes petits mages et leurs alliés : laisser les Jacobites attaquer en premier et se contenter de se défendre, avec une puissance de feu plus importante que celle des Jacobites. Alors quand les Jacobites se sont précipités de l'autre côté du champ de bataille avec la charge typique des Highlanders, ça a été un carnage.

Un autre exemple est ce château, convoité par un clan, qui a été défendu à trois hommes contre plusieurs centaines de soldats. Le château en lui-même était déjà construit de manière idéale pour la défense (sur une petite île au croisement de trois lochs, avec l'obligation de passer par un mince bras d'eau pour y accéder), et sur les trois hommes, il n'y a eu qu'un mort avant que le clan attaquant soit mis en déroute par la mort stupide de leur chef (stupide parce qu'il s'est lui-même coupé le pied pour se débarrasser d'une flèche, cet idiot...).

Enfin, bref, tout ça pour dire que du coup, le déroulement de la bataille de Lion's Hill ne me semble plus si incroyable que ça :)

Réponse aux guest reviews :

Chaton : Merci pour ta review ! Voilà, pour me faire pardonner du chapitre précédent, tu as plein d'action dans celui-là ! :) Et oui, je pense que ça doit être un vrai baume réparateur pour Manon :)

À lundi prochain pour la suite !

MAJ le 05/01/2018