Vendredi 5 avril 1996

Chère Marie,

Voyage à Godric's Hollow aujourd'hui. Ça n'a pas été de tout repos : Voldemort avait prévu qu'on s'y rendrait rapidement après l'attaque de Lions' Hill. Du coup... ben heureusement que nous sommes mages, tous les cinq, et que Voldemort sous-estime encore notre puissance réelle...

Ça a été un carnage.

Quelques amis nous avaient accompagnés (Remus, Bill, Kingsley, et Snape, même si ça fait drôle de le citer après « amis »), pour assurer une présence « adulte » sans doute nécessaire pour convaincre les villageois. Finalement, leur présence a été plus utile à protéger ces villageois pendant qu'on s'occupait des Deatheaters...

Cette fois-ci, nous étions tous les cinq en attaque, et pas en défense. Et cette fois-ci, j'ai un peu plus de mal à digérer les choses que mardi. Il y avait une cinquantaine de Deatheaters. « avait » est le mot important : nous les avons tous, sans la moindre exception, tués. Ils n'ont rien pu faire. Cinquante, ce n'est visiblement pas assez pour submerger cinq mages. Surtout cinq mages entraînés férocement depuis plusieurs mois. Nous les avons entourés et contenus sans aucun problème, et ça n'a pas mobilisé suffisamment de magie pour qu'on se contente de les contenir. On a pu les tuer sans effort particulier. C'était presque... facile...

C'était tellement facile qu'on s'est demandé toute la journée si ce n'était pas un leurre, quelque chose pour nous occuper pendant que Voldemort prépare la vraie attaque. Mais il n'y a rien eu d'autre. Et on n'a pas eu de nouvelles d'Amelia annonçant qu'il y aurait eu autre chose ailleurs...

Ensuite, nous nous sommes servis de la connaissance de Draco des protections Malfoy pour renvoyer tous les cadavres à Voldemort. Le message était évident : va falloir faire mieux que ça, la prochaine fois. C'est Harry, Draco et moi qui avons décidé de cette provocation. Hermione et Neville pensent que c'est le meilleur moyen de s'attirer de plus grands ennuis la prochaine fois qu'on sortira de Hogwarts ou de Lions' Rock. Je suis d'accord, mais je pense que même cent Deatheaters n'auraient pas représenté un effort beaucoup plus important.

Ce qui m'a choquée, aujourd'hui, c'est la facilité. Ils étaient complètement à notre merci. On aurait parfaitement pu, aujourd'hui, nous contenter de les immobiliser, les rendre inconscients, et les renvoyer vivants à Voldemort. Ça aurait même été un message tout aussi fort : regarde crétin, on se moque tellement de tes pantins qu'on peut même se permettre de les épargner. Mais nous savons que c'est un message fort à la destination de la population, également : ce sont cinquante Deatheaters en moins pour menacer les gens, et non, nous ne montrerons pas de merci envers des criminels qui se décident à nous attaquer ou attaquer une population qui n'a rien demandé. Les gens n'auraient pas compris qu'on les renvoie vivants à Voldemort. Et tant qu'à faire un exemple, autant qu'il parle au plus de monde possible, et pas seulement à un terroriste qui ne comprend de toute façon pas le sens de la merci.

Alors aujourd'hui, nous avons été exécuteurs. Ça ne s'est pas passé dans le feu de l'action. Nous avons pris le temps de discuter, tous les cinq, de ce que nous allions faire. Alors oui, on a fait ça rapidement, parce qu'on ne pouvait pas traîner, qu'il fallait contenir ces Deatheaters, et protéger le reste du village, et veiller à ce que d'autres ne viennent pas... Mais nous avons pris le temps de la réflexion. Et contrairement à la fois avec les Horcruxes, c'est nous qui les avons tué, directement. Moi, plus exactement...

Parce que nous avons décidé de faire un exemple... visuel... Nous avons enfermé les Deatheaters dans une sorte de bulle géante, maintenue par Neville et Hermione. J'ai mis le feu à l'intérieur de la bulle, et Harry et Draco, l'un pour le transplanage et l'autre pour passer les protections Malfoy, ont provoqué le déplacement des Deatheaters en train de mourir.

C'est la chose la plus horrible que j'ai jamais faite. Et de très loin. J'ai tué cinquante personnes. Moi. Directement. Et il y a les cris et l'odeur, la peur et la souffrance... Et c'est d'autant plus cru que je n'ai pas l'adrénaline de l'action, d'un combat, pour relativiser et mettre à distance. Ça a été décidé rapidement, certes, mais c'est moi qui ai décidé quand mettre le feu, à quelle puissance... Tout était contrôlé, froid et méthodique.

Je me demandais mercredi si j'en étais capable ? J'ai ma réponse.

Troisième ligne de franchie.

En deux semaines de vacances, j'ai franchi plus de limites de la morale et du bien que je m'en serais jamais crue capable...

Et... je déteste ça. Je me sens salie. Comment est-ce que moi, empathe, capable de ressentir les émotions des autres, je peux être capable d'autant de froideur ? Comment est-ce que je vais faire pour oublier la détresse, la panique, l'horreur, la douleur, que j'ai ressenties en provenance des Deatheaters à ce moment-là ? Comment est-ce que je vais faire pour oublier le sentiment de justice et de fierté envers nous que j'ai ressenti des villageois ? Ils sont... heureux... de voir qu'on a fait ça. Vraiment. Pour eux, nous avons montré que nous sommes des chefs, et que nous sommes capables de prendre les décisions qu'il faut.

Il y a peut-être du vrai, là-dedans, mais je ne comprends pas qu'on puisse en ressentir de la fierté.

Je n'en suis pas fière. Et c'est moi qui ai allumé la flamme.

Et cette fois, je l'ai compris immédiatement, que j'aurai du mal à le supporter : ça m'a rendue malade, physiquement. Encore maintenant, ce soir, de retour dans la chaleur et la sécurité de la Suite, je ne me sens pas très bien. Les autres me surveillent, d'ailleurs. Ils n'ont pas voulu que je me retire dans ma chambre pour t'écrire. Je suis dans le salon, là. Ils ne veulent pas que je sois seule. Et je crois qu'ils m'ont laissée t'écrire uniquement parce qu'ils savent que je dis ici des choses que je n'arriverais pas à formuler à voix haute, et que ça a besoin d'être exprimé d'une façon ou d'une autre.

Je me sens encore plus vide qu'après avoir retrouvé ce fameux souvenir de mes huit ans. Dans ce souvenir, j'étais une victime. Je n'ai rien choisi, rien contrôlé. Et même si c'était dur à surmonter, que ça l'est encore, surtout dans ma relation avec Harry, je sais que je suis une victime et que je n'y peux rien et que tout ce que je peux faire, c'est me reconstruire, petit à petit.

Là, je ne suis pas une victime, je suis le bourreau. C'est moi qui ai fait souffrir, qui ai tué. J'étais sous contrôle, j'ai choisi. Et je ne ressens que du vide. De la honte, du dégoût... J'ai l'envie qui traîne dans mon esprit de demander à Hermione de me supprimer ce souvenir. Mais ce ne serait pas une bonne chose. Il faut que je me souvienne. Sinon, ces morts n'auront servi à rien.

Bon, continuons. Si je continue à m'attarder, je vais finir par pleurer ou par hurler... Je veux terminer cette journée avant...

Quand les Deatheaters ont disparu, il y a eu un grand silence puis... peut-être aussi horrible que l'exécution en soi : les cris de joie et de victoire des habitants de Godric's Hollow. Ils nous ont félicités pour cette action, pour notre courage, notre force de caractère. Je ne suis pas forte. J'ai été forte en public, parce qu'il faut assurer cette image, mais je me sentais déjà m'écrouler à l'intérieur, et j'ai juste envie de m'effondrer, de me blottir dans un coin et de rester immobile à pleurer.

Mais voilà, ils ont fêté notre victoire écrasante...

L'avantage, c'est qu'on n'a pas vraiment eu besoin des adultes pour faire passer nos idées. Ils nous ont écoutés sans problème. Nous avons distribué de nouveaux médaillons. Bill a insisté pour que les Noises qui sont utilisées soient celles des habitants qui veulent cette protection. C'est juste une Noise, c'est symbolique, et ce n'est pas à nous d'offrir toute la protection qu'on peut fournir, sans aucun retour.

Ce n'est pas possible de recréer un système de protection aussi poussé et aussi stable que celui qui protège Lions' Hill, mais nous avons commencé à en créer un. Protection par protection, année après année, ça finira par être aussi efficace. Alors pour aujourd'hui, ça a principalement été un système d'alerte à l'échelle du village, et un bouclier permettant d'expulser ceux qui sont hostiles aux résidents. Pas de possibilité de faire un registre, qui demande une magie beaucoup trop complexe pour être faite sur l'instant, et il faut pour cela qu'on entre directement en contact avec le nœud tellurique sous le village. Mais nous n'en connaissons pas la taille, alors pour l'instant, nous nous sommes contentés de placer nous-même ces deux protections, et Harry verra avec les gobelins s'il peut payer pour quelque chose de plus perfectionné.

Hermione a insisté pour que je participe activement à la création des médaillons. Après ce que je venais de faire, je n'en avais aucune envie, mais je comprends sa démarche : après avoir tué, volontairement, ça a quelque chose de... réconfortant, et de valorisant, d'utiliser sa magie pour protéger et prévenir. Alors j'ai affiché un sourire de façade, et j'ai participé. J'ai vu que ça rassurait aussi les gens, de voir que j'étais là à la conception de leurs médaillons, et que je ne suis pas simplement celle qui met le feu. Alors même si la partie réconfort personnel n'a été que peu efficace, j'ai quand même participé.

Et nous sommes rentrés à Hogwarts. Remus et Snape ont dit qu'ils tiendraient McGonagall et Pomfrey informées de ce qui s'est passé aujourd'hui. Tous les cinq, nous sommes revenus directement à la Suite. Nous n'avons pas été dîner avec les autres, non plus. Je n'avais pas envie de voir du monde, de devoir raconter. T'écrire, ça me va : personne ne va répondre, me juger... Mais je n'ai pas envie de sentir leur pitié, leur compassion, ou pire : leur horreur ou leur fierté.

Mais ils sont venus après le dîner, inquiets parce qu'on n'y était pas. Harry m'a mis le journal dans les mains, m'a installée dans un fauteuil et m'a demandé d'ignorer tout le monde pour t'écrire. Je sais que c'est aussi pour que tous les quatre puissent raconter sans que j'y prête attention.

J'ai terminé, à présent, et eux aussi. Je les entends parler d'autre chose, de la journée à Hogwarts, de l'article dans le Quibbler... Je devrais les rejoindre. Je n'en ai pas envie. Et je n'ai pas envie de poser ce journal non plus. Si je le fais, je vais m'effondrer. Ce vide est horrible. Comment peut-on vivre avec ça ? Comment peut-on espérer pouvoir à nouveau ressentir de la joie ? Rien que l'idée me semble... blasphématoire... Je ne mérite pas d'être heureuse, pas dans les temps qui viennent.

Et voilà... je pleure... je vais te laisser... la plume commence à trop trembler, de toute façon...


Notes de l'auteur :

Ce chapitre a été particulièrement éprouvant à écrire, et il suffit que je sois dans ma mauvaise phase hormonale pour que je pleure à sa relecture (heureusement, ce n'est pas le cas aujourd'hui...).

Donc je ne vais pas m'approfondir dessus, Manon va continuer à en parler dans les prochains chapitres, de toute façon ;)

Sinon, j'ai une assez longue note d'auteur : le Cerf Pentard, en réaction au chapitre de la semaine dernière, a posé une question intéressante : Lions' Rock, Lions' Hill, le comté, c'est un peu confus, tout ça. Ça fait partie des choses qui sont claires dans ma tête mais visiblement moins pour vous lecteurs ;)

Donc, comme nos mages viennent d'aller à Godric's Hollow, c'est parfait pour faire un point sur les plus importantes propriétés des Potter :

EDIT du 12/01/2018 : infos supprimées concernant Lions' Hill et Lions' Rock, voir ci-dessous

Pour Godric's Hollow, la situation est différente. Godric Gryffindor s'était acheté des terres à cet endroit afin d'avoir un refuge loin de Hogwarts, des autres communautés sorcières et même de sa famille vivant à Lions' Rock. Il ne s'est tout de même pas trop éloigné parce que Godric's Hollow est également au Pays de Galles. En récompense de son influence positive sur la société de l'époque, le roi de l'époque en a fait une baronnie, appartenant également de fait aux Potter. Ils n'en ont jamais fait une terre où s'appliquait le servage, mais plutôt où les gens pouvaient s'installer s'ils payaient l'impôt requis pour leur protection, s'ils ne se battaient pas entre eux, quelle que soit leur origine, et s'ils ne se dressaient pas contre les Potter.

Avec le temps, les Potter ont gardé la propriété des terres, et considèrent que le loyer perçu pour l'occupation et l'utilisation des terres, maisons et locaux est l' "impôt" requis pour la protection du village. C'est pour ça que Harry se sent responsable de la protection du village : en tant que baron de Godric's Hollow, c'est son devoir, qui n'a pas disparu pour le monde magique.

Mais sinon, le village est relativement indépendant des Potter, et est plus intégré dans le tissu administratif non-magique que Lions' Hill, se contentant de cacher sa population magique. La population magique est d'ailleurs soumise aux lois du Ministère et non des Potter. Si le Ministère discrimine certaines races, ces lois vont s'appliquer à Godric's Hollow.

Enfin, tant qu'on y est, parlons de Hogsmeade et de Hogwarts. Ces deux domaines ne sont la propriété exclusive des Potter que depuis Harry. Avant, ils étaient partagés entre les différents héritiers. Le système de sécurité mis en place est le même qu'à Lions' Hill parce que lorsqu'ils ont créé Hogwarts et que le village de Hogsmeade s'est greffé à ce nouveau château, les protections de Lions' Hill existaient déjà depuis plusieurs siècles et avaient fait de nombreuses fois leurs preuves, tant dans leur efficacité, que dans leur maniabilité (les différents niveaux de protection) et leur capacité à s'adapter à de nouvelles menaces (l'inclusion des armes modernes non-magiques dont a parlé Harry quelques semaines plus tôt n'est que le dernier exemple en date). Godric Gryffindor, étant un Potter, en a parlé à ses collègues qui ont reconnu que ce serait un bon système et que le noeud tellurique sous Hogwarts était suffisant pour alimenter les protections de Hogwarts et Hogsmeade. Comme à Lions' Hill, Hogwarts est considérée comme la "demeure seigneuriale", au centre de tout le système de protection, et Hogsmeade comme les "terres étendues".

Le Directeur de Hogwarts est considéré comme le "Régent" de la demeure, en l'absence des Lords (ou du Lord, depuis Harry). Il a donc un contrôle sur les niveaux d'accès, mais ne peut pas modifier la structure des protections. Le Lord, lui, peut modifier la structure et la mettre à jour par rapport aux besoins de son époque. Avant que les lignages des Fondateurs soient réunis en Harry, il était nécessaire pour modifier les protections que les quatre lignées soient représentées à égalité. Comme ça n'a dans les faits jamais été le cas depuis plusieurs siècles, vous pouvez imaginer que bien que puissantes, les protections de Hogwarts et Hogsmeade ne sont pas aussi optimales que celles de Lions' Hill.

Voilà, j'ai fini ma tartine, j'espère que je ne vous ai pas embrouillés et que les allusions glissées ici et là jusqu'à présent, qui me semblaient parfaitement claires, le sont également à présent pour vous ! :)

Comme d'habitude, n'hésitez pas à me signaler ce qui vous semble confus, j'ai souvent tendance à oublier que non, je n'ai pas noté tout ce qui est dans ma tête, et que donc ce que j'explique avec une simple phrase est loin d'être suffisant :)

En attendant, merci une nouvelle fois pour tous vos commentaires, vos alertes et vos favoris ! :)

À lundi prochain !

MAJ du 12/01/2018 : Note d'auteur abrégée : une fiche a été créée sur le forum "Compagnon de lecture" concernant Lions' Rock et Lions' Hill : fanfiction(point)net/topic/208440/168432812/1. Je vous invite à la consulter pour tous les détails. Lorsque j'en aurai fait de même avec Godric's Hollow et Hogwarts, je reviendrai ici pour ajouter leur lien, afin de raccourcir la note d'auteur et avoir un nombre de mots global correspondant plus au contenu de l'histoire qu'à mes babillages ;)