Lundi 8 avril 1996

Chère Marie,

Aujourd'hui, retour de vacances. Hermione a réalisé que les OWLs sont dans moins de deux mois et que c'est la dernière ligne droite avant les examens. Heureusement, Harry lui a rappelé la promesse qu'elle a donnée quand nous avons établi notre emploi du temps : nous acceptons de le suivre si Hermione nous laisse tranquilles au sujet de nos révisions. Pfiou, soulagement ! Tu me vois réviser deux mois à l'avance, toi ? Déjà que la veille, j'avais du mal à m'y mettre...

Ce soir, Snape est venu nous voir dans la Suite, pendant notre "cours" de potions. Officiellement, c'était pour voir ce qu'on faisait, les potions en cours de réalisation, et notre installation, mais en fait, il voulait nous parler de ce qui s'est passé vendredi. C'est étrange de voir Snape aussi... attentif et s'assurant que nous allons bien. Mais son aura, pour le peu que j'en vois, est sincère. Et Draco n'a manifesté aucune surprise, alors je suppose qu'en fait Snape a juste étendu à nous cinq l'intérêt qu'il porte normalement uniquement à son filleul.

Il a eu sensiblement le même discours que Remus et Sirius samedi. Mais c'était évident qu'il savait beaucoup plus que les oncles de Harry de quoi il parlait. Des choix difficiles, il en a fait, des décisions amorales, il en a prises, et il doit vivre lui aussi avec des morts sur la conscience. Il a été cru, presque brutal dans ses propos : oui, ces choix vont certainement nous peser longtemps, peut-être des années, peut-être à vie... Et ils nous pèseront d'autant plus longtemps qu'il ne faut pas nous bercer d'illusions : nous entrons dans une guerre, Voldemort a décidé de passer à l'action, et des scènes comme vendredi dernier, ou comme mardi dernier à Lions' Hill, il y en aura d'autres.

Nous avons détruit tous les Horcruxes. Il ne reste que Nagini et Voldemort lui-même. Qu'est-ce qui nous empêche d'aller voir directement Voldemort pour le tuer ? À nous cinq, contre un seul sorcier affaibli, nous devrions nous en sortir, non ? J'ai formulé ça à voix haute, et les quatre autres ont paru songeurs.

Mais Snape a aussitôt écarté l'idée : Voldemort est peut-être affaibli par rapport à sa puissance originale, mais il a des connaissances que nous, malgré tous les héritages qui nous ont été transmis, n'avons pas. Et surtout, il a de l'expérience, cela fait trente ans qu'il se protège, de façon paranoïaque. Même Snape, malgré toute la confiance que Voldemort peut avoir en lui, est incapable de donner l'endroit où se trouve Voldemort pour l'instant. Son QG est à Malfoy Manor, certes, mais il n'y est que rarement, souvent uniquement lorsqu'il convoque une réunion, ou met en place un projet avec quelques Deatheaters. Le reste du temps, il vaque à ses propres occupations, dont il ne parle à absolument personne. Pour ce qu'on en sait, il a peut-être même trouvé d'autres moyens que les Horcruxes d'assurer sa survie.

Ce genre de raisonnement est frustrant. Il appelle à l'immobilisme, de peur qu'on n'ait pas suffisamment d'informations pour agir. Mais en même temps, il est logique. On ne peut pas avancer tête baissée dans une situation qu'on ne connaît absolument pas. C'est un comportement digne du plus idiot des Gryffindors, et je suis une Slytherin, que diable ! Alors je comprends. Surtout que je suis exactement du genre à vouloir m'assurer d'avoir toutes les informations nécessaires avant d'agir. Sans doute qu'il n'y aurait pas eu la réunion de l'Ordre pendant les vacances de Noël, avec la mise au jour du statut de noble de Harry, j'aurais fait durer les choses beaucoup plus longtemps avant qu'on commence véritablement à agir contre Dumbledore.

Alors l'attente est frustrante, mais c'est quand même préférable à une mission suicidaire parce que mal (voire pas du tout) préparée. Donc voilà, pour l'instant, on continue à suivre le mouvement et on ramasse au passage toutes les informations possibles. Et en espérant qu'il y ait le moins de confrontations possibles, parce que bon, ce n'est pas très agréable pour le moral... C'est pour ça en fait que je crains cette attente. En suivant le mouvement, nous sommes obligés de nous plier aux rencontres imposées par Voldemort. Et ces rencontres seront forcément destructrices, que ce soit des pertes matérielles, des morts ou le moral (et la morale) qui en prend un sacré coup.

Mais ce n'est pas comme si on avait vraiment le choix, alors voilà.

Et comme je le disais hier, nous sommes cinq, et il y a d'autres personnes autour de nous qui veillent aussi sur nous.

J'espère juste que ça ne va pas durer jusqu'en mai 1998, comme dans les livres, parce que plus de deux ans de guerre alors que j'ai déjà l'impression de m'effondrer au bout de deux combats...

Quoi d'autre ? Ah oui ! Le journal. Aujourd'hui, interview de Dumbledore au sujet de ce qui s'est passé vendredi, en mode « Je vous l'avais dit qu'ils tourneraient mal s'ils avaient leurs pleins pouvoirs ! ». Personne à l'école n'a pris sérieusement les propos de Dumbledore. J'ai senti une incrédulité générale ce matin au petit déjeuner, ça fait très plaisir de voir qu'ils ont suffisamment confiance en nous pour savoir qu'on peut réaliser de tels actes sans virer criminels. Mais je ne sais pas encore ce que ça va donner dehors. On verra bien dans les jours qui viennent, je suppose.

Les cours se sont passés normalement. Ça fait du bien après ces vacances éprouvantes. Ces deux semaines ont été moins remplies que les vacances de Noël, mais quand même très dures à vivre. La normalité des cours a quelque chose de rassurant.

Ah, et aussi : des conseils d'orientation ont été mis en place pour les cinquième année. On a tous rendez-vous avec notre directeur de maison pour faire le point sur nos résultats, les OWLS et comment elles se présentent, et comment faire en sorte qu'on réussisse les bonnes pour choisir les bonnes options pour notre future carrière.

Bon, pour les OWLs, je ne me pose pas de question, honnêtement. La vraie pression, c'est : le plan de carrière. Je n'avais déjà aucune idée de ce que je voulais faire la première fois que j'ai eu seize ans (le bac L était plus une question de réalisme par rapport au fait que je ne pourrais pas suivre le niveau de maths en S et ES que par volonté réelle, même si finalement, c'était vraiment le bon choix), alors qu'est-ce que je veux faire maintenant ? Ouh la la ! c'est trop m'en demander ! je ne sais même pas si je serai encore là une fois les NEWTs terminées : est-ce que je vais retourner dans mon époque, une fois la guerre avec Voldemort terminée ? est-ce que je vais mourir avant, victime de cette guerre ? Pas très joyeux, je sais, mais ça encourage ma tendance naturelle à éviter le genre de questions existentielles telles : « qu'est-ce que je veux faire de mon futur ? »...

On verra bien ce que va donner ce rendez-vous avec McGonagall, en tout cas. J'ai rendez-vous mardi prochain.

J'ai un peu l'impression d'être schizophrène, avec une Manon étudiante à Hogwarts et des camarades de classe, et une autre mage qui va sur des champs de bataille, ces derniers temps, mais bon. Je suppose que c'est parce que je ne connaissais pas encore la deuxième Manon. Peut-être qu'avec le temps, ça me semblera moins anormal.

Ça a quelque chose d'assez terrible, quand même, de se dire qu'on peut peut-être s'habituer à être une combattante, alors que je sais que ce n'est pas vraiment mon tempérament...


Note de l'auteur :

C'est assez étrange de voir Manon se poser des questions sur son orientation à cette période... Ma petite soeur, et certainement plusieurs d'entre vous, est en train de passer son bac, et moi...

Moi, j'ai fait mon dernier jour de travail dans mon boulot actuel (conseillère clientèle dans un centre d'appel) hier. Ce qui était à la base un job alimentaire était en train de m'empoisonner la vie et la santé, avec un rythme de travail infernal et une pression constante de tous les côtés. Ceux qui ont eu à gérer un travail en service réclamation chez un prestataire d'une grande entreprise comprendront :)

Enfin bon, c'est terminé, je suis actuellement très officiellement en vacances, je dois solder mes congés avant la fin de mon contrat, et ensuite, j'attaque complètement autre chose : une formation préparatoire pour passer des concours pour la fonction publique.

Bref, même à 30 ans (ou plus tard), il est possible de se réorienter. Alors si vous êtes à l'âge de Manon, ou un peu plus âgés, et que vous vous faites du souci, je vous rassure : faites ce qui vous plait, il y a des chances que vous puissiez trouver un métier qui correspond à ça, et sinon, il y aura toujours des passerelles plus tard :)

Cette minute #mavie n'est pas que pour parler de moi, et vous distiller un message plein d'espoir ;)

Forcément, cet arrêt d'un emploi salarié pour attaquer une phase de formation va influencer cette histoire. Je ne pense pas changer le rythme de publication, il me convient bien, mais il se peut que les prochains chapitres soient publiés à n'importe quel moment de la journée de lundi, et non pas le soir, en rentrant du travail :)

Et je vais peut-être enfin pouvoir réellement avancer sur mon deuxième tome, au lieu de faire 1000 ou 1500 mots par ci par là :) Ce qui me rassurerait, parce qu'on a fait plus de la moitié de cette partie, et que je n'ai pas tant avancé que ça dans la deuxième...

En attendant, bon courage à tous ceux qui passent des examens, et à ceux qui galèrent dans leur job !

Et merci à vous tous pour vos commentaires, favoris et alertes, ça me motive aussi beaucoup pour la suite ! :)

À lundi prochain !

MAJ le 12/01/2018