Inspection à l'arène de Parmanie.

Le bruit du pokématos tire Jeannine de sa concentration. Elle quitte vivement la pièce et tente de rajuster sa coiffure avant de répondre, faisant face au visage sévère de Koga.

-Peter arrivera demain à Parmanie.

-Je suis prête

-L'arène ?

-Parfaitement propre.

Jeannine ne relâche sa respiration que lorsque la tonalité lui apprend que son correspondant à raccroché. Elle est consciente qu'elle n'a pas le droit à l'erreur. Étant l'une des plus jeunes champions d'arène, elle fait l'objet de plus de surveillance de la part de la ligue, ce qui signifie la plupart du temps que tous ses écarts sont signalés à son père. Certes Peter est relativement indulgent avec elle et accepte volontiers de passer sous silence ses fautes administratives, comprenant parfaitement sa situation de nouvelle championne, malheureusement il n'est pas rare que Koga s'en informe par des moyens détournés.

Par acquis de conscience, elle refait le tour du dojo et veille à ce qu'il reste suffisamment de thé. L'infirmière Joëlle a établi un bilan de santé de ses pokémons qui sont en pleine forme. La jeune championne a également renvoyé le personnel de l'arène pour les trois prochains jours, on ne sait jamais.

Lorsqu'elle s'écroule sur son lit la nuit est déjà bien entamée, mais chaque point de la liste des obligations envoyé par la ligue et revue à la hausse par son père est barré.

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Assis devant son café, Peter attend patiemment que l'horloge du centre pokémon approche des 10h00. Connaissant Koga l'arène est certainement dans un état irréprochable et la pauvre Jeannine a sans doute dû répondre à des exigences autrement plus sévères que celles imposées par l'alliance.

Le jardin n'a pas changé, toujours si calme. Le dracologue se rappelle avec nostalgie qu'il a souvent squatté les lieux à l'époque où Koga venait d'hériter du poste de champion, pour fuir l'atmosphère oppressante du clan dragon. Les pokémons qu'il croise sont occupés à mastiquer des feuilles, certains viennent le saluer avec retenue, Peter reconnait les marques de l'éducation de Koga.

Il fait résonner le carillon dans le silence, mais personne ne répond. C'est étonnant et un peu inquiétant, lors de la dernière inspection, Jeannine l'a attendu toute la matinée à l'entrée du pavillon. Le dracologue finit par se déchausser et fait glisser le panneau de bois d'un geste habitué. Comme prévu l'arène est rutilante, cependant la championne brille par son absence.

En passant dans le petit salon Peter jette un coup d'œil à l'administration soigneusement déposée sur la table.

-Smogooo. Proteste le petit pokémon violet lorsqu'un pied non identifié le sort de son sommeil. Il se gonfle puis tourne autour du visiteur intrigué.

-Je suis désolé. S'excuse le maître en lui tapotant la tête, tu ne saurais pas où je pourrais trouver Jeannine.

Moins de cinq minutes après la disparition du pokémon, le bruit d'une cavalcade effrénée retenti dans le dojo.

-Apparemment elle ne s'est pas réveillée. Murmure Peter profondément amusé.

Il lève les yeux sur une championne rouge d'embarras, encore revêtue d'un pyjama à l'effigie de Pacilicate des Hoenngers.

-Je suis désolé. Bredouille-t-elle en titubant jusqu'à lui.

Elle semble un peu désorientée note le dracologue, essoufflée aussi, cela pourrait s'expliquer par son réveil mouvementé mais ses yeux semblent un peu trop brillants pour attester cette théorie.

-Ce n'est pas grave vient t'asseoir.

Elle se laisse presque tomber en face de lui, puis semblant remarquer sa tenue plus que négligée, rougit de plus belle.

-Je suis désolé pour le retard, je peux vous laisser le temps de m'habiller ?

Peter se redresse, approche gentiment sa main du front de la jeune fille puis secoue la tête.

-Inutile, tu vas retourner te coucher, je vais appeler quelqu'un pour s'occuper de toi.

-Mais je vais bien et le personnel est en congé.

Le dracologue ignore délibérément la première partie de la phrase, jette un regard fataliste sur la silhouette frissonnante de la championne et prend les choses en main.

Dix minutes plus tard Jeannine a abandonnée toute velléité de protestation, elle s'est résignée à se coucher enroulée dans la couverture du kotatsu, tandis que Peter termine de préparer deux tasses de tisanes

-Bois pendant que c'est chaud.

Il fait mine de s'intéresser aux documents posés sur la table, sans toutefois cesser de la surveiller (elle serait capable de s'éclipser en silence). Il remarque tout de suite quant elle commence à secouer la tête, son visage devenu blême.

-Qu'est-ce qui ne vas pas ?

La jeune fille hésite, puis comprenant qu'elle ne pourra pas détourner l'attention du maître finit par parler.

-J'ai des vertiges.

Peter assure une bonne prise autour de ses épaules puis la force à s'allonger.

-Ca va mieux ? Il faut que tu dormes maintenant.

-Je ne peux pas dormir ici.

-Mais si, je ne compte plus les fois où on a passé la nuit ici avec ton père.

-Vraiment ?

Koga ne sera sans doute pas très content, mais pour divertir Jeannine, Peter lui raconte quelques anecdotes de leur jeunesse. Notamment le jour où le ninja a voulu l'initier à sa méthode de combat armes comprises, qui s'est finalement terminé par une baston propre et en ordre et un concours de lancer de shurikens contre les murs. Après un hurlement furieux du champion de l'arène qui était à cette époque le maître de Koga, ils s'étaient retrouvé les deux à briquer le sol du dojo sous la surveillance intraitable d'un Migalos.

Bien vite elle s'endort laissant le dracologue travailler sur les dossiers de maintenance de l'arène.

C'est le bruit du pokématos qui interrompt Peter. Il jette un coup d'œil à la championne, puis constatant que la sonnerie ne l'a pas réveillée, se réfugie dans le jardin pour répondre.

-Alors ?

Pas de bonjour ni même d'introduction, c'est typique de Koga.

-Je pense que tu devrais rentrer ce soir.

-Il y a un problème.

Peter s'amuse intérieurement de l'intonation autant scandalisée que menaçante de la question.

-Ta fifille est malade, rien de grave apparemment sans doute du surmenage, souligne-t-il. Le problème est qu'elle a renvoyé tout le personnel de l'arène.

Le ninja ignore ostensiblement la pique lancé par son ami.

-Je prends deux jours de congé, tous est calme à la ligue.

-C'est plutôt surprenant.

Pas tant que ça, ricane Koga. J'ai laissé Clément s'occuper d'accueillir les envoyés du gouvernement.

-J'adore ce garçon. Avoue le dracologue en riant.

Il faudra qu'il le félicite personnellement de ses progrès dans le noble art de mettre les invités indésirables le plus mal à l'aise possible.

-J'arrive dès que possible, ne laisse pas Jeanine toute seule.

Peter ne se donne pas la peine de répondre.

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-Ton père passera à l'arène d'ici ce soir. Déclare Peter alors que la championne émerge de son semi coma.

Il a juste le temps de couper sa retraite en direction de ses appartements.

-Mais je me sens mieux, proteste-t-elle.

Le dracologue lève les yeux au plafond.

-Repos j'ai dit… ça me fait penser que ton père m'a demandé de te ramener quelque chose de Hoenn.

Il fouille quelques minutes dans son sac avant d'en tirer un magasine à la vue duquel la championne se calme instantanément.

-Hoenngers, les guerriers de la biosphère, c'est bien ça ?

-Oh oui

Sitôt le magasine en main, Jeannine se montre d'une docilité exemplaire et se recouche au pied de kotatsu.

Une fois certain qu'elle va se reposer (menace de confiscation à l'appui), Peter s'autorise un peu de méditation dans le jardin.