Avertissement : Ce chapitre n'est pas une entrée du journal de Manon, il est donc raconté d'un point de vue extérieur. Les événements se déroulent le lundi 17 juin 1996 au soir.


Comme ils l'avaient promis le mercredi précédent, les cinq adolescents prévinrent les adultes de l'Ordre dès qu'ils reçurent la convocation. Minerva McGonagall insista également pour que Amelia Bones et Augusta Longbottom soient informées. Augusta les contacta à la fin de leur épreuve d'Histoire de la Magie pour leur confirmer que personne au Département des Mystères n'avait conclu de rendez-vous avec les cinq mages, même si l'envie ne leur en manquait pas.

Les jeunes gens étaient donc certains d'avancer dans un piège quand ils se transportèrent au Ministère de la Magie peu avant vingt heures ce soir-là. Draco et Neville conduisirent le groupe à l'étage du Département des Mystères et ils s'arrêtèrent devant la porte.

« Et maintenant ? » demanda Draco.

Manon s'avança et ouvrit la porte :

« Nous sommes prêts. Allons-y. J'en ai marre d'attendre. »

Ses amis se regardèrent mais la suivirent en silence dans la grande salle circulaire. À peine la porte refermée, la salle tournoya, et ils furent incapables de déterminer la porte qui leur avait permis d'entrer.

« Et maintenant ? » répéta Draco, nettement plus sarcastique.

Manon soupira :

« Il nous faut souhaiter la salle dans laquelle nous voulons aller. Où voulons-nous aller ? Où est-ce qu'on nous attend pour ce rendez-vous ? »

Les quatre autres comprirent rapidement où elle venait en venir : ils n'étaient pas censés savoir que l'objectif final de Voldemort était de les attirer dans le Hall des Prophéties. Où devaient-ils se rendre s'ils devaient rencontrer un membre du Département des Mystères ?

Hermione prit les choses en main :

« Nous sommes Hermione Granger, Neville Longbottom, Draco Malfoy, Manon Nestral et Harry Potter et nous avons un rendez-vous à vingt heure. Où devons-nous aller ? » demanda-t-elle à la cantonade.

À la grande surprise de ses camarades, une porte s'ouvrit. Après une hésitation, ils s'avancèrent pour entrer dans la nouvelle salle. C'était une salle haute de plafond, aux murs couverts d'armoires et d'étagères, remplies d'objets brillants de toutes les formes, mais principalement des sabliers de différentes tailles et matières.

« La Salle du Temps, fit Manon. C'est ici que se trouvent les Retourneurs de Temps enregistrés auprès du Ministère. Hermione, tu les vois ?

–Ils sont ici, fit l'adolescente en désignant une étagère. Pourquoi ? »

Manon s'approcha des artefacts et sourit : la représentation qui en avait été faite au cinéma était relativement fidèle à l'objet véritable : un petit sablier au sein d'un cercle, au bout d'une longue chaîne en or. Elle en prit un pour l'examiner.

« Je suppose que tu as rendu le tien à la fin de la troisième année ? »

Hermione hocha la tête, méfiante devant le ton innocent de Manon, qui afficha un grand sourire et glissa le Retourneur de Temps dans sa poche.

« Manon ! » s'exclama Hermione, choquée.

Manon leva un sourcil en montrant ses deux mains vides :

« Je n'ai rien fait ! Tu as vu quelque chose ? Moi non... »

Hermione voulut protester, mais Draco posa une main sur son épaule :

« Ça peut se montrer utile. Il y en a à tous les coups un dans le patrimoine Potter, mais nous n'en sommes pas sûrs. Avançons, nous allons être en retard. »

Hermione sembla vouloir répondre, mais Harry secoua la tête et elle soupira. Manon eut un grand sourire en la sentant céder, et elle s'avança vers la porte au fond de la salle. Elle s'arrêta, estomaquée, en voyant la nouvelle salle devant elle. Rien n'aurait pu la préparer à l'immensité du Hall des Prophéties. Plutôt bien éclairé, il semblait ne jamais terminer, autant en longueur qu'en hauteur. À perte de vue s'étendaient des étagères couvertes d'orbes blanches émettant une douce lumière à peine perceptible avec l'éclairage de l'endroit.

« Le Hall des Prophéties, » souffla-t-elle, plutôt inutilement.

Ses camarades avaient en effet parfaitement compris où ils se trouvaient.

« On fait quoi maintenant ? demanda Manon.

–Si tu as le temps de passer toutes ces prophéties en revue pour voir s'il y en a une qui te concerne, ricana Draco. Autant avancer et voir ce qui se passe. »

Ses amis acceptèrent la proposition et avancèrent dans l'allée qui semblait l'allée centrale, sur leurs gardes. Hermione, au bout d'un moment, cria :

« Il y a quelqu'un ?

–Tu es folle ! chuchota furieusement Harry.

–Nous sommes censés avoir un rendez-vous ici, répliqua Hermione à voix normale. Or, je ne vois personne. Pourquoi nous donner rendez-vous ici, en plus ? »

Pendant ce temps, Manon découvrait avec une curiosité véritable les noms indiqués sur les petites étiquettes accrochées à chaque orbe.

« Eh ! Il y a des noms fameux ! Des Potter, des Malfoy aussi. Tiens, un Churchill. Tu crois que c'est l'ancien Premier Ministre, Hermione ?

–Pourquoi Hermione ? protesta Harry. J'en connais autant qu'elle sur l'Histoire non-magique de ce pays ! »

Manon eut un petit rire :

« Désolée, chéri. »

En même temps, elle envoya une vague de remerciement à son compagnon. Elle était heureuse de le voir entrer dans son jeu. Il s'agissait de ne pas montrer qu'ils s'attendaient à quelque chose de grave. Neville et Draco entrèrent dans son jeu et commencèrent eux aussi à regarder les étiquettes, lançant quelques noms à la volée. Ce fut Neville qui trouva une orbe à laquelle aucun des cinq ne s'attendait :

« Cinq mages ! »

Tout le monde se tourna vers lui, surpris. Il s'était arrêté devant une orbe poussiéreuse. Hermione s'approcha de l'orbe et déchiffra à son tour l'étiquette.

« Apparemment, cette prophétie date d'avant les Fondateurs. Tu crois que ça nous concerne ?

–Tu connais un autre groupe de cinq mages, toi ? demanda Draco. Qu'est-ce qu'on fait ?

–L'un de nous la prend, fit Manon. Normalement, ça devrait émettre une projection de la personne ayant émis la prophétie et la déclamant. Est-ce que... Est-ce que vous pouvez le faire, Draco, Neville ou Hermione ? Vous n'avez pas de don de Divination. Vous la répéterez à Harry et moi quand on sera sortis d'ici. »

Les trois jeunes gens se regardèrent, puis hochèrent la tête. Harry et Manon se détournèrent et se bouchèrent les oreilles, pour ne pas entendre la prophétie. Ce fut Neville qui la délogea de son emplacement. Rapidement, l'image d'une vieille femme tourbillonna, puis se stabilisa. Une voix haut perchée commença à déclamer, brisant le silence du Hall des Prophéties :

Quand les éléments seront réunis, quand la magie sera maîtrisée,
Quand les deux héritiers des anciennes croyances seront choisis,
Quand la magie noire et la magie blanche seront à nouveau alliées,
Viendra le temps de la libération pour les Cinq.
Alors sera annoncé le temps de la renaissance, de l'espérance et de la foi.
Alors sera annoncé le temps de l'égalité et de l'humilité.
Les Cinq unis traverseront les épreuves, les flammes et la douleur,
Et lorsque enfin ils seront complets,
Ils deviendront les porteurs de cette nouvelle ère.
Les éléments réunis, la magie maîtrisée, annoncent les Cinq nouveaux Seigneurs.
Les Cinq divisés traverseront les épreuves, les flammes et la douleur,
Et lorsque les tensions seront apaisées,
L'équilibre du monde sera atteint.
Les connaissances maîtrisées, la magie partagée, annoncent la Cinquième Ère.

Neville reposa l'orbe sur son socle, puis soupira et tapa ses deux amis sur l'épaule :

« C'est bon. C'est la même que celle de Harry. Apparemment, tu n'es pas le premier à l'avoir en tête. »

Le soulagement dans le petit groupe était évident. Manon hocha la tête :

« C'est bien comme ça. Je n'aurais pas aimé qu'une autre prophétie nous concerne. Celle-là est déjà assez terrible. Quand on rencontrera la Langue-de-Plomb avec qui nous avons rendez-vous, nous lui dirons que cette prophétie nous concerne. Avec toutes ces prophéties autour de nous, ils doivent être contents quand ils peuvent préciser qui sont concernés.

–Comment ça se fait que ce soit la même ? demanda Hermione.

–Dans une saga que j'ai lue, expliqua Manon, l'auteur avait une théorie intéressante à ce sujet : les prophéties sont indépendantes des prophètes. Les prophètes peuvent les percevoir, les voir, les interpréter, mais ils ne les créent pas en soi. C'est cela qui permet aux différents prophètes de voir de la même manière une même prophétie. Selon cette théorie, il arrive souvent qu'une prophétie soit émise une première fois à un moment n'ayant pas forcément de rapport avec la prophétie. C'est peut-être cette fois-là qui a été enregistrée dans cette orbe. Et quand la prophétie devient d'actualité, est... nécessaire, elle cherche à revenir. Les Cinq Mages dont parle cette prophétie sont enfin là, c'est nous, donc elle nous est revenue, histoire qu'on puisse l'entendre. Et comme au moins l'un de nous a un don de Divination, nous avons pu l'entendre directement, sans passer par une personne extérieure. »

Draco, Neville et Hermione la dévisagèrent, stupéfaits, mais Harry semblait songeur. Il finit par dire :

« C'est aussi la théorie de Helga Hufflepuff. Ça fait partie des connaissances de son Héritage magique. Ton auteur est Moldu ?

–À ma connaissance, mais quand j'ai lu ces romans, tout le monde était non-magique à ma connaissance, » répondit Manon en haussant les épaules.

Elle recommença à avancer dans l'allée. Ils étaient encore loin de l'allée 96 dont elle se souvenait dans les romans. Néanmoins, ils continuèrent à avancer tranquillement, jouant le rôle d'adolescents curieux déambulant en attendant l'arrivée de la Langue-de-Plomb avec laquelle ils avaient rendez-vous. Le rendez-vous était passé depuis une bonne demi-heure quand ils arrivèrent dans la bonne allée. Ce fut Manon, qui savait quoi chercher, qui vit la première la prophétie :

« Harry ? Il y en a une ici avec toi et Voldemort. Et les initiales de Dumbledore, apparemment. »

Harry, curieux, s'avança et vit l'étiquette :

« S.P.T à A.P.W.B.D
Seigneur des Ténèbres
et (?) Harry Potter »

Harry tendit la main, hésitant et Manon lui donna un coup de coude encourageant. Tous les deux bandèrent leur volonté, prêts à entendre la prophétie. Harry enleva l'orbe de son socle.

À leur grande surprise, Draco intervint immédiatement, jetant un mouchoir en tissu sur l'orbe et la saisissant. L'orbe, qui émettait une douce chaleur dans la main de Harry, se refroidit aussitôt qu'elle perdit le contact avec la peau humaine. Draco reposa alors l'orbe soigneusement enveloppée dans la main de Harry.

« Et voilà. Tu l'écouteras quand nous aurons enfin rencontré ce crétin, qui commence à se faire attendre. »

Les deux jeunes gens le regardèrent, stupéfaits. Grâce à ce stratagème, il leur épargnait non seulement d'entendre une prophétie et donc de la voir, mais cela empêchait également les Deatheaters qu'ils savaient être dans les parages de l'entendre et de la rapporter à leur maître.

« Félicitations, fit soudain une voix que Harry et Draco reconnurent aussitôt. Et maintenant, Potter, si vous aviez l'amabilité de me la donner...

–Père... » gronda Draco.

Instinctivement, les cinq adolescents se rapprochèrent, formant un cercle, chacun protégeant les arrières de ses amis. Seuls Harry et Draco voyaient Lucius Malfoy s'avancer vers eux. Le Deatheater eut un rire froid et fit disparaître son masque. Manon sentit l'intense tristesse de Draco en voyant son père, et la compassion des autres. Elle sentit également la tristesse de Lord Malfoy, son désespoir face à une situation qui le dépassait, et l'espoir et la fierté que lui inspirait son fils. Sa voix était froide, mais son aura était pleine d'affection. Manon se promit d'en informer Draco lorsqu'ils seraient sortis de là.

Elle décida d'agir et émit une vague rassurante, non seulement pour ses quatre amis, mais également pour Lucius Malfoy. Elle sentit la surprise de l'homme, puis ses émotions se raffermir, se focaliser sur le positif, l'espoir et la fierté. Draco, lui, se redressa, décidé. Le devoir l'emportait sur les émotions. Il savait ce qu'il devait faire.

Les deux Malfoy se dévisagèrent un instant, chacun le visage impassible, mais les yeux plus expressifs que jamais. Puis Lucius reprit la parole :

« Draco... Quelle déception. Tu aurais pu faire de si grandes choses auprès du Seigneur des Ténèbres. »

Draco eut un reniflement méprisant, mais ne répondit rien.

« Potter, continua Lucius. Donnez-moi cette prophétie et tout se passera bien pour vous et vos amis.

–En quoi cette prophétie est-elle si importante ? » demanda Harry, pour gagner du temps.

Pendant ce temps, Hermione et Neville mobilisèrent leur pouvoir pour détecter de possibles artefacts de magie noire et pièges magiques, tandis que Manon se servait de son empathie pour détecter le nombre de Deatheaters présents.

« Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi le Seigneur des Ténèbres voulait votre mort ? demanda Lucius d'un ton poli.

–Je suis un Potter, répondit Harry en haussant les épaules. Je suppose que Tommy a eu peur que je continue le combat de mes parents...

–Et pourquoi vous avez survécu à un Sortilège de la Mort ?

–Grâce à votre fils, je sais que c'est de la magie noire, ricana Harry. Ma Née-Moldue de mère a utilisé une magie que même le vieux Tom ne pouvait pas combattre.

–Arrête d'insulter notre Seigneur, petit insolent ! » s'exclama une voix de femme, derrière Lucius.

Harry et Draco virent s'approcher une femme d'une quarantaine d'années, aux longs cheveux d'un noir de jais bouclés lui donnant un air sauvage. Ses yeux grands ouverts brillant d'un éclat furieux et sa moue boudeuse lui donnaient un air à la fois fou et dangereux, et Harry eut presque envie de chercher sa baguette magique, alors qu'il savait pertinemment que c'était inutile.

« Tante Bella... ricana Draco. Tu n'apprécies donc pas de voir ton précieux Maître se faire appeler par son nom ?

–Oh ! Nous savons les rumeurs mensongères que vous répandez tous les deux sur notre Maître, répliqua Bellatrix d'un ton acerbe. Mais lorsqu'il prendra le pouvoir, il rétablira la vérité !

–La vérité, chère tante, c'est que Tom Riddle est un Sang-Mêlé, comme Harry, répliqua calmement Draco. Demande-lui donc de te parler de sa mère Merope. Enfin, si tu t'en sens le courage, évidemment...

Crucio ! » cria Bellatrix.

Harry leva une main, construisant rapidement un bouclier pour protéger le groupe. Rapidement, Manon y ajouta un bouclier de silence pour dire :

« Ils sont douze. Ce n'est pas suffisant pour nous mettre en danger. Je ne sais pas ce qui se prépare... »

Elle baissa son bouclier de silence pour ne pas alerter les Deatheaters qui les entouraient, mais eut la satisfaction de sentir ses camarades se tendre, prêts à affronter ce qui surviendrait. À côté d'elle, Hermione réfléchissait à toute vitesse, mobilisant tout son pouvoir mental pour parvenir à trouver une solution. Pendant ce temps, Harry et Draco continuaient à provoquer les Deatheaters pour gagner du temps.

« C'est tout ce que tu peux faire, tantine ? Je t'ai connue plus efficace... Nous ne vous donnerons pas la prophétie, vous le savez, » ajouta-t-il d'un ton beaucoup plus sérieux.

Ils entendirent les Deatheaters ricaner autour d'eux : ce n'était que cinq enfants, sans même une baguette magique visible à l'horizon. Harry haussa un sourcil :

« Pourquoi Voldemort tient tant à cette prophétie ? redemanda-t-il.

–Il veut savoir pourquoi un enfant est parvenu à lui échapper autant de fois, répondit Lucius avec une franchise surprenante.

–Lucius ! s'exclama Bellatrix, outrée.

–Calme-toi, Bella, répliqua le Lord Malfoy. Ils ne sortiront pas d'ici vivants... »

Les cinq adolescents se rapprochèrent instinctivement les uns des autres à ces paroles. Draco fronça les sourcils :

« Fini donc de nous faire croire que si on vous donne la prophétie, vous nous laisserez tranquilles ?

–Tu seras tranquille, fils, si tu nous rejoins, répondit Lucius. Bien entendu, le Seigneur des Ténèbres te fera payer ta trahison, mais il te laissera une chance de faire tes preuves...

–Quel honneur, ricana Draco. M'incliner devant un Sang-Mêlé qui veut se faire passer pour un Sang-Pur. Je crois que je m'en passerais, Père, désolé. »

Derrière eux, Manon chuchota à Hermione :

« La Légilimancie, Hermione. Essaie de voir ce qu'ils trament. »

Hermione jura intérieurement : elle n'avait même pas pensé à se servir de ce pouvoir. Au fond, elle ne devrait pas être aussi surprise : elle mettait des barrières puissantes pour ne jamais percevoir involontairement les pensées des autres, alors que Manon n'avait aucun scrupule à se servir de son empathie. Hermione tendit son pouvoir, cherchant Bellatrix et Lucius, et commença par le père de Draco. Si elle devait se faire prendre, elle préférait que ce soit par lui, qui aurait de toute façon envie de sauver son fils, que par la folle Bellatrix.

Et elle retint un violent frisson d'horreur en découvrant le plan de Voldemort. Une mission suicide. Les Deatheaters présents étaient là pour occuper les cinq mages, tandis que d'autres, à l'extérieur, s'occupaient de barricader la salle avant de la détruire, détruisant également toute vie à l'intérieur. Les dix-sept personnes présentes dans le Hall des Prophéties étaient condamnées s'ils ne réagissaient pas rapidement.

Elle recula davantage, donnant un coup dans le dos de Harry, avant de murmurer :

« Il faut sortir d'ici absolument. Ils veulent tout détruire. »

À côté d'elle, elle sentit Manon et Neville se tendre : ils avaient entendu également.

« Fais passer le message à Draco. À mon signal émotionnel, on détruit les prophéties autour de nous pour nous échapper, » proposa immédiatement Manon, s'inspirant directement de ce qu'elle avait lu.

Hermione puis Neville firent passer le message et elle sentit Draco se préparer.

« Dernière chance pour vous, jeunes gens, dit soudain Lucius. Donnez-nous cette prophétie. »

Manon donna un coup de coude à Harry :

« Vas-y, » souffla-t-elle, juste assez fort pour que les Deatheaters l'entendent.

Harry afficha une surprise qu'il éprouvait véritablement : à quoi jouait-elle ?

« Pardon ?

–Donne-la lui, qu'on en finisse... »

Harry fronça les sourcils, mais comprit qu'elle devait avoir un plan. Il commença à s'avancer vers Lucius, et sentit Manon s'écarter aussi de ses camarades. Il comprit alors : elle voulait qu'ils cessent d'être aussi serrés les uns aux autres, ce qui les aurait gênés dans un départ précipité. D'ailleurs, il eut à peine le temps de faire deux pas que le signal mental survint.

Aussitôt, cinq puissants sorts de bombardement fusèrent en direction des étagères, qui s'effondrèrent en entraînant les orbes avec elles, créant un épais nuage bleuâtre alentours. Harry créa immédiatement une bulle autour des cinq mages, et commença à courir vers la porte. Heureusement pour eux, ses camarades avaient travaillé leur rapidité avec Remus, et ils ne perdirent pas de temps avant de le suivre. Derrière eux, les Deatheaters se remettaient de leur surprise, et ils entendirent la voix de Lucius :

« Arrêtez-les ! Ils ne doivent pas sortir d'ici !

–Qu'est-ce qu'on fait ? demanda aussitôt Hermione au groupe, sans s'arrêter de courir.

–On sort ! » répliqua Manon.

Le petit groupe se précipita vers la porte par laquelle ils étaient entrés, mais ils furent brutalement arrêtés par Neville :

« Cette porte est déjà condamnée. Je sens un bouclier. Si on la traverse, on va déclencher quelque chose.

–Quoi ? demanda Manon.

–On n'a pas le temps ! répliqua Harry. D'autres issues ?

–Plusieurs, répondit Manon, se reprenant. Mais je ne sais pas où elles sont.

–OK. À gauche ! »

Et Harry repartit aussitôt, entraînant ses amis avec lui. Ils coururent ainsi à travers les allées, Hermione et Manon lançant à intervalles réguliers des sorts pour détruire les étagères autour d'elles. Cela leur faisait mal au cœur de détruire un tel patrimoine, mais pour l'instant, il s'agissait de survivre. Et les Deatheaters n'étaient pas loin.

Les cinq jeunes gens étaient en pleine santé, des adolescents au top de leur forme et bénéficiant d'un entraînement poussé assuré par un loup-garou. Mais les Deatheaters disposaient de cette forme de déplacement particulier, qui leur donnait l'impression de voler, et accélérait considérablement leur vitesse de déplacement. Les adolescents ne parvenaient pas à distancer les adultes.

Rapidement, ils s'organisèrent : Harry en tête, guidant le groupe et assurant le maintien du bouclier de protection. Neville à son contact, pour alimenter le bouclier d'énergie terrestre, profitant du fait que le Ministère soit souterrain, et pour l'aider à choisir les directions. Draco, Hermione et Manon, eux, assuraient les arrières, lançant régulièrement des sorts pour blesser et arrêter les Deatheaters, tout en continuant à détruire leur environnement pour désorienter leurs poursuivants.

Harry eut soudain l'idée de jeter la prophétie dans l'un des chaos que venait de créer Manon, à sa droite. Il n'entendit pas la boule s'écraser, dans le chaos de verre et de fumée, mais il ne s'inquiéta pas : même si l'orbe était miraculeusement intacte, il faudrait un bon moment aux Deatheaters pour l'identifier.

Ils arrivèrent à une autre porte, et Neville ne perçut aucune magie la condamnant. Sans même s'arrêter, ils la franchirent, et Hermione la ferma hermétiquement derrière eux. Ils regardèrent alors où ils étaient.

« La Salle du Voile... souffla Manon. Ne vous approchez surtout pas de l'arche, c'est le Voile de la Mort. Si vous le franchissez... »

Elle n'eut pas besoin d'aller plus loin. Elle avait décrit lors de la réunion de l'Ordre le fonctionnement du Voile, et les adultes ayant assisté à des exécutions avaient confirmé ses propos.

« OK, fit Harry en baissant son bouclier. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

–Une des autres portes doit mener vers la salle ronde de l'entrée, dit Hermione en désignant les trois autres portes, chacune à un angle de la salle.

–Neville, Draco, Hermione, allez-y. Vous êtes plus doués que Manon et moi pour percevoir des boucliers offensifs. »

Les trois jeunes gens s'exécutèrent, mais ils eurent à peine le temps de franchir la moitié de la salle que les portes s'ouvrirent brusquement, et une marée de Deatheaters les franchirent. Ils étaient bien plus que douze, cette fois.

« Draco ! Rejoins-nous ! » cria Harry en se précipitant vers Neville et Hermione, entraînant Manon à sa suite.

Mais ils n'eurent pas le temps de se regrouper. Les Deatheaters se servirent de leur rapidité de déplacement pour intervenir et les isoler. Les adolescents voulurent se défendre, utilisant leurs pleins pouvoirs et la magie qu'ils avaient appris, mais ils se rendirent compte que cela ne fonctionnait pas. Les Deatheaters éclatèrent de rire devant leur surprise.

« Les bébés ne peuvent plus jouer ? fit une voix moqueuse, qu'ils reconnurent immédiatement. Quel dommage ! »

Lucius et Bellatrix venaient d'entrer à leur tour, et les Deatheaters leur firent place pour qu'ils s'avancent vers les adolescents. Ceux-ci, immobilisés chacun par deux Deatheaters, les regardèrent approcher, impuissants et ne comprenant pas pourquoi, d'un coup, ils ne pouvaient faire appel à leur magie. Bellatrix eut un rire joyeux :

« L'élémentium ! Quelle matière fabuleuse ! »

Hermione lâcha un juron très peu caractéristique de sa personnalité, et ses camarades comprirent qu'elle savait ce qui se passait. Bellatrix se tourna vers elle avec un grand sourire :

« La Sang-de-Bourbe a compris, n'est-ce pas ma chérie ?

–Ne l'appelez pas comme ça ! s'écria Neville, furieux.

–Un nouveau Longbottom ! s'exclama Bellatrix, ravie. Lucius, j'aurai droit de faire joujou avec lui ?

–Quand nous aurons la prophétie, Bella, répondit Lucius calmement. Potter, et si vous me la donniez ?

–Je ne l'ai pas, » répondit Harry, à la grande surprise de tout le monde.

Lucius s'approcha, menaçant, de lui. Manon maudit la disparition de son empathie qui l'empêchait de savoir si le Lord Malfoy jouait un rôle ou si l'éclat meurtrier dans ses yeux était sincère.

« Pardon ? Donnez-la moi et cessez de faire l'enfant !

–Je ne peux pas vous la donner, je ne l'ai pas, » affirma Harry.

Lucius l'observa un instant, puis ordonna aux deux Deatheaters qui maîtrisaient Harry de le fouiller. Ils ne trouvèrent rien.

« Auquel de vos amis l'avez-vous donnée ?

–À aucun. La prophétie est à sa place, dans le Hall des Prophéties. »

Lucius le dévisagea, visiblement surpris, puis eut un mouvement de rage et le gifla :

« Petit imbécile arrogant ! Dites-moi où est cette prophétie ou je les fais tuer un par un... Cette jeune fille est votre petite amie, n'est-ce pas ? »

Il fit signe en direction de Manon, qui se débattit davantage, ne provoquant que le resserrement de la prise des Deatheaters dans son dos. Harry ressentit une vague de panique et répondit précipitamment :

« Je ne l'ai pas, je vous jure ! Je l'ai lancée dans les débris quand nous nous enfuyions ! »

Lucius se recula, songeur, puis parut prendre une décision.

« Tant pis. Nous ne remplirons que la moitié de notre mission. Débarrassez-vous d'eux. »

Aussitôt, le chaos se déclencha, les adolescents faisant de leur mieux pour échapper aux Deatheaters qui les retenaient, mobilisant tout ce que Remus leur avait appris, et les Deatheaters cherchant à les tuer. Manon fut la première à trouver la solution pour se dégager : elle se transforma en Flamme. La panthère sortit toutes ses griffes pour se débarrasser des Deatheaters qui l'entouraient. Par habitude, elle cracha aussi des flammes, qu'elle renforça immédiatement.

Ce ne fut qu'après quelques secondes qu'elle se rendit compte qu'elle avait retrouvé ses pouvoirs. Elle lança un rugissement puissant pour alerter ses compagnons. Ceux-ci profitèrent de la surprise des attaquants, qui ne s'attendaient certainement pas à un tel bruit, pour se transformer à leur tour. Un jaguar, un loup et un renard rejoignirent la panthère. Seul Draco resta humain : sa forme ne lui était pas favorable, dans un environnement aussi confiné. Mais il vit le léopard doré le rejoindre rapidement et le dégager de l'étreinte des deux Deatheaters qui le tenaient, juste à temps pour éviter le sort d'autres qui s'approchaient. Il sortit sa baguette magique de sa poche et se lança dans un combat plus conventionnel que ses camarades.

Brusquement, il se sentit plaqué au sol par deux pattes puissantes. Flamme venait de lui faire éviter un nouveau sort. Mais au lieu de le libérer pour le laisser repartir au combat, elle lui donna un coup de museau dans le cou. Il la repoussa avec impatience :

« Laisse-moi, Flamme ! J'ai besoin de me défendre ! »

Elle lui redonna un coup de museau, et par réflexe, il porta la main à son cou, se demandant s'il avait une blessure inquiétante que l'adrénaline lui faisait oublier. Mais sa main ne rencontra pas du sang, mais un morceau de métal. Les médaillons de l'Ordre.

« OK, je les préviens, » dit-il, et Flamme se dégagea aussitôt pour repartir à l'attaque.

Il posa sa baguette sur le médaillon et songea au sort qui déclencherait l'alerte. Une fois qu'il sentit le bout de métal chauffer, il se redressa et examina la situation : les quatre animaux s'étaient regroupés autour de lui. Chacun avait pleinement accès à son élément, s'il en croyait les dégâts qu'ils provoquaient. Mais lui-même n'avait pas accès à son propre élément, ni à sa magie. Heureusement, Remus avait insisté pour qu'ils ne négligent pas la sorcellerie, et il n'était pas impuissant.

Un glapissement sur sa droite lui fit savoir que l'un de ses amis était blessé. Il jeta un coup d'œil, et vit le léopard à terre, immobile. Inquiet, il se pencha pour s'assurer que Flamme était vivante. Brusquement, il fut projeté à l'écart par une masse noire. Bolt venait protéger sa compagne, et visiblement, il était furieux, déchaînant des éclairs en grand nombre autour de lui. Draco n'insista pas et reprit son combat, impatient de voir l'aide arriver. Réduits à la sorcellerie, tous les cinq n'étaient pas en mesure de faire face à un tel nombre.

Il était furieux. Comment avaient-ils pu se laisser avoir ainsi ? D'abord la diversion de la prophétie pour tenter de les enfermer dans le Hall et les faire mourir sur place, puis à présent, cet... élémentium, selon sa tante. Il n'avait jamais entendu parler de ce matériau, mais il se promit de remédier à ce manquement dès qu'il serait en sécurité. S'il parvenait à se mettre en sécurité.

Avec soulagement, il vit les portes déverser un nouveau flot de combattants, qu'il reconnut comme étant des membres de l'Ordre, ainsi que les robes rouges des Aurors. Les renforts arrivaient enfin. Draco cessa d'attaquer, et se contenta de protéger ses amis. Blast et Icepaws avaient décidé de s'allier, créant des crevasses profondes dans lesquelles de puissantes vagues précipitaient les Deatheaters en nombre. Ils se servaient aussi de leurs griffes et de leurs crocs, travaillant en équipe pour se protéger. De l'autre côté, Bolt était seul, planté au dessus de Flamme toujours immobile, et déclenchait éclair sur éclair. Malgré le bruit du combat autour de lui, Draco entendait le grondement qui émanait du jaguar, le tonnerre qui accompagnait ses éclairs. Il vit un Deatheater s'approcher du félin sur le côté, et réagit aussitôt, lançant un sortilège de magie noire pour l'arrêter. Il vit les entrailles du Deatheater exploser, mais ne parvint pas à en être dégoûté, et resta concentré, cherchant d'autres adversaires qui pourraient les menacer, les deux félins et lui.

Le combat sembla durer une éternité. Mais les rangs s'éclaircissaient considérablement, notamment grâce aux éléments déchaînés par les trois Animagi. Autour de Draco se trouvaient à présent également Sirius et Remus, et l'adolescent pouvait apprécier leur expérience et leur efficacité. Il commençait à sérieusement fatiguer.

« Pourquoi tu ne te transformes pas ? cria soudain Remus.

–Je suis un oiseau ! répliqua Draco. Je ne pourrais pas voler ici !

–Mais ton élément sera utile ! Vas-y ! Padfoot et moi gardons tes arrières ! »

Draco n'hésita qu'une fraction de seconde avant de se transformer à son tour. Le hibou se posa aussitôt près de Bolt, et joignit ses efforts à ceux du jaguar pour créer une véritable tempête.

Les Deatheaters se retrouvèrent pris entre deux maux : l'eau et la terre irrésistibles de Icepaws et Blast d'un côté, et la violente tempête de Duke et Bolt de l'autre. Ils essayèrent de choisir une troisième issue : les membres de l'Ordre et les Aurors, qui eux au moins pratiquaient la sorcellerie comme tout le monde.

Remus et Sirius restèrent à proximité des Animagi, Remus criant ses ordres aux adolescents pour qu'ils coordonnent leurs efforts, et Sirius protégeant son ami. Tous les six finirent par réussir à créer une sorte de tenaille pour les Deatheater, dont la seule issue était les Aurors et les membres de l'Ordre. Quand les deux adultes se rendirent compte que les quatre animaux étaient suffisamment proches pour se coordonner sans eux, ils rejoignirent les autres combattants.

Blast, Duke et Icepaws voulurent avancer pour pousser les Deatheaters vers les adultes, mais Bolt refusa net de bouger et d'abandonner Flamme. Sans hésiter, Neville reprit sa forme pour soutenir le jaguar et laissa Duke et Icepaws pousser leur tempête, sans éclair dorénavant, vers les Deatheaters restants.

Neville sentit qu'il n'avait pas retrouvé son pouvoir et profita du nouveau calme pour observer les Deatheaters tombés à proximité. Il vit alors que beaucoup portaient le même bracelet de métal et comprit que c'était ça, l'élémentium.

Enfin, la tempête s'arrêta, et Draco et Hermione retrouvèrent forme humaine et leur baguette pour terminer le combat de manière plus traditionnelle : il ne restait plus suffisamment de Deatheaters, et ils risquaient plus de blesser leurs alliés qu'autre chose. Seul Bolt resta sous sa forme, préférant garder ses éclairs pour protéger sa compagne que se contenter de sorcellerie.

Neville s'approcha doucement des deux félins, et posa une main sur l'épaule de Bolt, attirant son attention :

« Laisse-moi regarder Flamme. »

Bolt resta un moment immobile, puis se déplaça, sans détourner son attention du combat pas encore terminé. Neville s'accroupit à côté du léopard et chercha les signes vitaux. La respiration était faible, le pouls aussi, mais elle était en vie. Une large blessure dévoilait ses côtes, et une impressionnante quantité de sang s'étalait par terre. Neville n'avait plus son don de médicomagie, mais il avait toujours ses connaissances. Il prit sa baguette et murmura un long sortilège destiné à ressouder la blessure. Il savait que ce n'était pas idéal, mais en attendant de vrais soins, cela permettrait à Flamme de ne pas perdre plus de sang. Puis il fouilla dans ses poches à la recherche d'une potion de régénération sanguine. Tous les cinq avaient pris leurs précautions avant de partir, et avaient emporté un petit stock de potions de soin. Il n'était pas sûr que cela soit aussi efficace sur Flamme que cela l'aurait été sur Manon, mais c'était là aussi mieux que rien.

À côté de lui, Bolt surveillait ses gestes du coin des yeux, tendu. Il savait que Neville était compétent, mais il était inquiet. Ses sens de félin l'avertissait de l'affaiblissement rapide de sa compagne. Il était inquiet. Mais il ne pouvait rien faire. Humain, il était moins savant que Neville en médicomagie, se reposant essentiellement sur son instinct. Les Guérisseurs, c'était Neville et Manon, dans leur groupe. Lui était un combattant. Il savait fermer une petite coupure, remettre un os en place, mais pas guérir une blessure aussi importante que celle de Flamme en ce moment.

Alors il veillait, s'assurant que plus personne ne s'en prenne à sa compagne. Il restait immobile, prêt à réagir à la moindre menace, les yeux tournés vers les derniers combattants en face de lui.

Et il vit le drame. Sirius et Bellatrix s'affrontaient depuis plusieurs minutes déjà. Si Harry n'avait pas eu peur de blesser son parrain, il serait intervenu depuis un bon moment à coup d'éclair. Mais les deux adversaires étaient trop proches, se provoquant verbalement et magiquement. Et ils se rapprochaient dangereusement du Voile, ce même Voile dont Manon avait décrit plusieurs fois avec insistance la dangerosité. Et il vit Sirius tomber à travers, et sembler se dissoudre dans la matière intangible qui flottait à travers l'arche.

Il vit Bellatrix d'abord surprise, puis ravie, éclater de rire. Il sentit Neville à côté de lui poser une main sur son pelage, mais ce fut inutile : Bolt bondit à la poursuite de Bellatrix, l'esprit uniquement tourné vers la vengeance. La sorcière le vit arriver et se détourna rapidement, se précipitant vers la sortie. Bolt dépassa Draco et Hermione, se battant en duo pour plus d'efficacité, et leurs appels ne le retinrent pas. Il dépassa Remus, qui fut tout aussi incapable que les adolescents. Une fois dans la salle ronde, il vit la porte qui menait vers la sortie entrouverte, et se précipita en trois bonds, à temps pour voir Bellatrix tourner à l'angle du couloir menant aux ascenseurs.

Une fois sorti du Département des Mystères, il sentit sa magie l'envahir, et il redevint Harry. Moins rapide que le jaguar, mais plus puissant magiquement. Il continua à poursuivre Bellatrix, se précipita dans un ascenseur ouvert, et tendit sa magie pour la trouver. L'Atrium. Il ordonna aussitôt à la machine de monter.

Quand les grilles s'ouvrirent, il vit la silhouette de la sorcière presque au niveau des cheminées, chantonnant joyeusement :

« J'ai tué Sirius Black ! J'ai tué Sirius Black ! »

Harry, tout entier à sa colère, ne réfléchit pas davantage, et lança sa magie sur elle pour l'immobiliser. Elle s'effondra de douleur, soumise à un sort pire que le Cruciatus.

« Je vais te tuer ! » s'écria Harry en approchant d'elle.

Il se posta à quelques mètres et leva le sort. Bellatrix roula sur le dos pour lui faire face et après quelques inspirations laborieuses, afficha un sourire narquois :

« Me tuer ? Tu as ça dans tes tripes, petit bébé Potter ? Vas-y ! Lance-moi un Avada Kedavra ! Tu connais la formule ! Deux petits mots, et ton cher parrain sera vengé ! »

Harry eut envie de ricaner : il n'avait même pas besoin de la formule. Il lui suffisait de vouloir. Et oh ! comme il le voulait ! Cette folle avait détruit tant de familles... Celle de Neville, et maintenant la sienne... Et d'autres, qu'il ne connaissait pas. Mais qui seraient toutes aussi heureuses que lui de voir Bellatrix Lestrange enfin hors de ce monde. Il concentra sa magie, prêt à la lâcher sur la sorcière qui le regardait avec de plus en plus d'appréhension.

Mais il hésita. Il vit Manon, détruite après avoir utilisé la magie pour tuer cinquante Deatheaters. Les remords qu'elle avait exprimés, la conscience d'avoir ôté cinquante vies. Elle n'était pas une tueuse. Elle n'y avait pris aucun plaisir, au contraire. Et il n'était pas plus un tueur qu'elle. Bellatrix méritait la mort, comme ces cinquante Deatheaters au mois de mars. Mais il n'était pas un tueur. S'il la tuait maintenant, par vengeance, par colère, en quoi était-il meilleur qu'elle ?

Il sentit une autre présence apparaître dans l'Atrium, et à l'air ravi de Bellatrix, il devina immédiatement qui était là.

« Et bien, Harry Potter... fit la voix sifflante de Voldemort. Pourquoi hésites-tu ? Elle mérite la mort, et tu le sais. Ce ne serait que justice de la condamner à présent. Et personne ne t'en voudrait. Elle vient de tuer le dernier membre de ta famille. »

Harry ferma les yeux pour résister à la colère. Non, il ne se laisserait pas influencer par Voldemort. Il valait mieux que ça. En restant focalisé sur Bellatrix, il épargnerait Voldemort. Or, le vieux Tom était la priorité. C'était lui qui devait être détruit. C'était à cause de lui que des fous criminels comme Bellatrix se sentaient en sécurité, voire même encouragés.

Il détourna sa puissance vers le sorcier debout derrière lui, qui eut tout juste le temps de plonger pour éviter le puissant rayon de magie.

« Espèce de jeune fou ! s'écria Voldemort, furieux. Tu n'es pas de taille à m'affronter !

–Je suis mage, Tom, répondit Harry d'une voix calme. Je suis largement de taille à t'affronter. »

Il dressa simplement la main lorsque Voldemort lui envoya un sort, faisant apparaître un bouclier au dernier moment, qui absorba complètement le rayon d'un vert maladif. Il répliqua aussitôt, et vit son propre sort s'écraser sur un bouclier dressé à la hâte.

C'était la première fois que Harry avait véritablement le potentiel pour affronter Voldemort à armes égales, voire à son propre avantage. Et il n'avait pas l'intention de laisser cette chance s'échapper. Il engagea aussitôt le combat, noyant Voldemort sous un feu nourri de magie, le forçant à rester cantonné à de la défense. Mais Voldemort avait l'expérience et les connaissances. Harry n'avait que quinze ans, et malgré les nombreux héritages magiques dont il disposait et l'entraînement sérieux dont il faisait l'objet, cela ne suffisait pas encore pour marquer nettement l'avantage sur un sorcier aussi expérimenté que Voldemort, même affaibli.

Harry était obligé de le reconnaître : Voldemort était créatif dans sa façon de combattre, et parfaitement conscient de ses forces et faiblesses. Il contrait chaque coup porté par Harry, sans le laisser le blesser. La seule chose que parvenait à faire Harry pour le moment, c'était de garder la main sur le combat, sans parvenir à le rompre à son avantage. C'était déjà un exploit en soi, mais ce n'était pas suffisant aux yeux du jeune homme, frustré.

Aucun des deux combattants ne vit l'Atrium se remplir, les gens arrivant par les ascenseurs alors qu'ils remontaient du Département des Mystères, mais également par les cheminées. Avec en tête Amelia Bones et le Ministre de la Magie, pâle et stupéfait.

« Il est de retour ! »

Amelia se retint de lever les yeux au ciel, préférant se concentrer sur ce qu'elle voyait devant elle : le jeune Potter et Voldemort engagés dans un combat spectaculaire, et des personnes sales, fatiguées et pour certaines blessées, de l'autre côté de l'Atrium, au niveau des ascenseurs. Elle retint un soupir de soulagement en constatant que les seuls adolescents présents étaient les jeunes mages.

Ce fut Voldemort qui rompit le combat en constatant qu'ils avaient des spectateurs. Brusquement, il lança un cri de rage et disparut en tourbillonnant. Harry, surpris, manqua de s'écrouler, puis regarda autour de lui. Draco et Hermione s'avançaient déjà vers lui, et il les laissa les rejoindre, trop épuisé pour bouger.

« Manon ? » lança-t-il seulement lorsqu'ils furent assez près.

Draco eut un sourire encourageant :

« Neville l'a déjà emmenée à Hogwarts, Pomfrey doit s'occuper d'elle. »

Harry relâcha enfin la pression qui ne l'avait pas quitté depuis le combat, et se laissa tomber par terre.

« Sirius...

–Je suis sincèrement désolée, Harry... » fit Hermione en s'accroupissant à côté de lui pour le serrer contre elle.

Elle releva la tête en entendant du monde approcher et soupira : membres de l'Ordre, membres du Ministère, journalistes... Tout le monde semblait converger vers eux. Le Professeur McGonagall fut une des premières à les rejoindre, avec Amelia Bones. D'un ton inhabituellement doux, elle leur dit :

« Mr Potter, vous pouvez vous transporter directement à Hogwarts. Allez à l'infirmerie, et emmenez vos deux amis avec vous. Amelia et moi nous occupons de calmer les choses ici.

–Permettez-moi juste de vous rencontrer plus tard pour obtenir toute l'histoire, ajouta Amelia.

–Bien sûr, répondit Hermione. Harry ? »

Harry hocha la tête, et se concentra pour emmener Draco et Hermione avec lui lors de son transplanage directement dans l'infirmerie. Madame Pomfrey sursauta et ils virent Neville adopter immédiatement une garde de combat, puis se détendre en les reconnaissant. Il sourit à l'encontre de Harry :

« Manon va guérir. On ne sait pas combien de temps ça prendra, puisqu'elle a été blessée sous sa forme Animagus et non humaine, mais elle est hors de danger. Il faut juste lui laisser du temps.

–Combien ? demanda Harry.

–Quelques jours, sans doute, répondit Madame Pomfrey. Nous ne pouvons pas la forcer à reprendre apparence humaine tant qu'elle est blessée ainsi, et les potions sont beaucoup moins efficaces sur les Animagi. Tout ce que nous pouvons faire, c'est la maintenir dans un coma guérisseur, et laisser le temps agir. Elle guérira. »

Neville s'avança vers ses amis et les examina. Puis il poussa Hermione vers un lit :

« Tu es blessée. Toi aussi, Draco. Et toi, Harry, tu es épuisé. Va t'allonger dans le lit à côté de celui de Manon. »

Les trois jeunes gens connaissaient trop bien Neville pour prendre le risque de lui désobéir. Il était rare qu'il prenne un ton aussi autoritaire, mais quand c'était le cas, il était prudent de ne pas discuter. Harry s'avança vers sa compagne, et la vit, toujours sous sa forme de Flamme, allongée sur le flanc dans le lit. Sa magie retrouvée, il voyait ses signes vitaux stabilisés, et il décida de faire confiance à Neville. Il rapprocha son lit de celui de Manon, se débarrassa de ses chaussures et s'allongea, avec l'intention de la surveiller. Mais à peine la tête posée sur l'oreiller, il s'endormit.

Ils étaient à présent en sécurité à Hogwarts, il pouvait baisser sa garde.


Note de l'auteur :

Et voilà, vous savez tout ;)

L'auteur dont parle Manon, avec la théorie concernant les prophéties, est Terry Goodkind, et ce concept est issu de la saga de l'Epée de Vérité, dont j'ai été une lectrice assidue avant que la saga se perde dans les mêmes poncifs éculés de tome en tome... L'auteur et cette saga sont considérés comme un classique de la high-fantasy, et j'ai adoré les premiers tomes. La première partie de la saga en fait 11, et personnellement, j'ai commencé à décrocher à partir du neuvième. La deuxième partie de la saga, je n'en ai lu que le premier tome tellement j'ai eu l'impression que l'auteur voulait juste user un peu plus le filon qui lui avait permis de devenir un "classique" du genre... Il y a de très bonnes idées et un bon sens du suspense, mais c'est très manichéen et... toujours les mêmes clichés : la valeur l'emporte sur le nombre, la droiture sur la malhonnêteté... C'est bien beau, mais bon... 11 tomes, quoi ;) Et je pense qu'il devrait y avoir une limite sur le nombre de fois où on peut utiliser le viol comme excuse pour briser une femme... (oui, je sais, je l'ai utilisé, c'est un cliché malheureusement très fréquent :/ )

La semaine prochaine, on reprend le journal, et la version de Manon par rapport à ces événements et leurs conséquences :)

Réponse aux guest reviews :

Camilou : Salut ! Merci beaucoup pour ta review très enthousiaste ! :D Comme tu le vois, ton souhait était celui de la majorité, donc tu as eu ce chapitre :)

Concernant Manon pas Marie-Sue... Ah ? Je pensais au contraire avoir réalisé une belle Marie-Sue : une belle jeune fille qui sort de nulle part et s'attache directement aux personnages essentiels, et sort avec le héros, et a plein de super pouvoirs super utiles, et plein de connaissances super utiles... Après, je suis contente si la façon de l'écrire permet de faire oublier ça, mais oui, c'en est une ;)

Par contre, je suis d'accord, j'ai également rarement vu Harry sortir avec un(e) OC, surtout avec une SI (self insert). Sans doute que les auteurs de SI ne voulaient pas s'y piquer ;) Même pas peur ! :D

À lundi prochain pour la suite !