Dimanche 4 août 1996

Chère Marie,

Finalement, je n'ai pas eu le temps de t'écrire vendredi, ni hier. Ces deux dernières journées ont été bien remplies.

Là, nous sommes en France, sur la Côte d'Azur, au Domaine Potter. Ben il s'embête pas, le Lord Potter : le domaine est une magnifique villa, inspirée directement des mas provençaux, mais pas perdu dans l'arrière pays : il est perché en haut d'une falaise qui domine une crique, et au fond de la crique, on trouve un quai pour un petit yacht et une belle plage de sable blanc complètement privée... Le grand luxe.

Et en ce moment-même, je suis affalée sur une serviette sur cette exacte plage, en train de prendre le soleil pendant que je t'écris. Aujourd'hui, le programme, c'est farniente, surtout après ces deux derniers jours. Heureusement que la vie à Avalon se passe surtout en extérieur, je suis déjà suffisamment bronzée pour que je puisse me passer de crème solaire et de charmes protecteurs. En fait, il n'y a que les trois Malfoy qui en ont besoin, en bons Anglais. Draco a à peine pris de couleurs à Avalon, et risque de cramer tout cuit ici, et c'est encore pire pour sa mère et sa sœur. Personnellement, je ne sais pas où j'ai choppé mon gêne du bronzage (certainement au même endroit improbable que Harry et Hermione), mais heureusement, je prends facilement des couleurs, et je suis déjà dorée, alors maintenant, ne reste plus qu'à brunir. Si ça se passe comme ces vacances à Saint Tropez quand j'étais adolescente, je vais revenir aussi brune que Zabini !

Bon, j'arrête de te faire baver, et je te raconte ce qui s'est passé.

Tout d'abord, tu sais quoi, j'ai complètement oublié de te parler des résultats des OWLs que nous avons reçu jeudi, comme prévu ! Entre les anniversaires, le shopping, puis Avalon, j'ai complètement oublié !

Ben j'ai tout déchiré ! Bon, c'est pas exactement une surprise, puisque ces examens sont pensés pour des sorciers et qu'en les réalisant alors que je suis mage, c'est gagné d'avance, on pourrait dire. Mais bon, quand même, je suis fière ! Neuf matières (Astronomie, Défense contre les Forces du Mal, Métamorphose, Herbologie, Histoire de la Magie, Potions, Runes Anciennes, Soins aux Créatures Magiques, Sortilèges) et... neuf OWLs ! Sept O, dont cinq O+ (DCFM, Métamorphose, Potions, Runes et Sortilèges), et deux E (Histoire, me demande pas comment... Enfin si, vive l'Occlumancie pour la mémoire... et Astronomie). Bref, je peux choisir les matières que je veux pour la prochaine rentrée. Les autres ont eu des résultats équivalents, avec que des O+, des O et quelques rares E. Nous avons parlé du choix de matières. Nous ne savons pas ce que nous voulons faire. Moi encore plus que les autres.

Draco aimerait se spécialiser en magie noire, mais il n'y a pas d'enseignements pour ça, alors il veut continuer les Potions, les Runes, l'Arithmancie et peut-être une ou deux autres matières importantes. Neville veut faire de la Médicomagie, alors lui aussi, ce sera les Potions, mais aussi les Sortilèges, la Métamorphose... Harry ne veut pas faire Auror, finalement. Il ne veut pas arrêter de se battre, mais il a compris que les privilèges Potter ne pourront pas lui servir chez les Aurors, qui ont leur propre règlement, assez strict. Alors il veut faire... Lord Potter... en toute humilité, hein ? En fait, ça lui permettra de continuer à chasser du mage noir en choisissant lui-même les affaires sur lesquelles il travaille, et avec des règles beaucoup plus souples, notamment par rapport à l'acquisition de preuves et l'arrestation des suspects. Ça lui permet aussi de faire de la recherche, s'il veut, de l'enseignement aussi... Bref, de faire tout ce qu'il a envie de faire sans se diriger dans une carrière en particulier. Il est du coup complètement libre de choisir les matières qu'il veut, et pense garder la DCFM, la Métamorphose, les Potions et les Runes. Hermione, elle, est plus déterminée que jamais à travailler dans le domaine juridique, pas forcément dans un tribunal. Donc pour elle, ce sera des matières comme l'Histoire de la Magie, principalement, et d'autres qui l'aideront à choisir une spécialité légale.

Et moi... Moi, je ne sais pas. J'aime bien la Médicomagie, mais je ne suis pas aussi douée que Neville, et je crains un peu tout ce qui tient de la chirurgie, magique ou non. Je n'ai pas envie de faire une carrière administrative, ni légale. La politique ne m'intéresse pas. Je ne suis pas taillée non plus pour des métiers comme les Aurors. Je me suis jamais passionnée pour le commerce, et ça n'a toujours pas changé. La communication ? Je suis bonne, oui, et encore meilleure aujourd'hui. Mais quoi ? Journaliste ? Certainement pas ! Ce que j'aime vraiment, ce sont les vieilles histoires, les découvrir, les faire découvrir, en tirer des leçons que les Anciens avaient comprises et que nous avons oubliées depuis...

Une part essentielle de mon rôle de Grande Prêtresse, en fait... Tu crois que Harry sera d'accord pour que je n'ai pas un travail directement rémunérateur ? Non pas qu'on ait fondamentalement besoin d'argent, mais faudrait pas qu'il s'imagine que je vive à ses crochets... Je vais lui en parler ce soir.

Mais ça ne m'aide pas franchement pour mes NEWTs. Dans ce contexte, l'Histoire de la Magie telle qu'elle est enseignée pour le moment ne fait aucun sens, mais elle me permettrait d'apporter de la crédibilité à mon parcours. Les Potions, la Métamorphose, les Sortilèges, les Soins aux Créatures Magiques... me permettraient également d'appréhender des concepts sorciers qui peuvent être essentiels à ces légendes.

Mais le but des NEWTs est de limiter les enseignements pour se spécialiser. Un peu comme les A grades des élèves non-magiciens britanniques, qui n'en passent que deux ou trois. Là, les seules matières que je peux éliminer de mes neuf OWLs sont... euh... l'Astronomie ? l'Herbologie aussi sans doute ? la DCFM certainement, puisque c'est un assemblage de Métamorphose et de Sortilèges appliqués à la DCFM, en fait. Et ça, je sais faire. Bon, je suis passée à six... On va en parler quand on reviendra en Grande Bretagne avec les autres et McGonagall.

Passons donc à la suite, et reprenons le cours de ce journal là où je l'avais laissé.

Donc, vendredi. Nous sommes descendus tous les cinq ensemble au petit déjeuner. Narcissa et Augusta étaient déjà là, ainsi que ceux de l'Ordre qui avaient dormi à Lions' Rock. Dire qu'ils ont été surpris par notre apparence... changée est un euphémisme. Au moment où je t'écris, Narcissa regarde toujours son fils avec un mélange de surprise et de fierté. Ils nous ont littéralement noyés de questions, on ne savait plus où donner de la tête. Et ils ont posé plein de questions auxquelles nous n'avions pas le droit de répondre. Alors je me suis énervée :

« SILENCE ! »

Ça a marché ! Le silence est revenu, et j'ai consulté mentalement mes amis avant de reprendre :

« Cette nuit, nous avons été à Avalon. Nous y avons été invités, et nous y avons passé... un certain temps, assez long. Les Grands Mages nous ont formés, chacun dans leur domaine. Nous avons appris beaucoup, sur nous, sur la magie, sur plein de choses. Nous ne sommes plus vraiment ceux que nous étions avant d'aller à Avalon. Nous avons physiquement seize ans, mais mentalement, nous sommes plus âgés que la plupart d'entre vous, et nous disposons de connaissances que vous ignorez certainement. L'Ordre d'Avalon est né à nouveau, entièrement, y compris sur le plan religieux. Harry et moi sommes les garants de l'Ordre, de ses connaissances, de sa magie et de ses secrets. Toute question à son sujet devra passer par un de nous deux. Quant au reste, il vous suffira de savoir que nous avons à présent le droit de profiter de vraies vacances, et que nous ne suivrons plus l'entraînement physique et de défense de l'Ordre du Phoenix. Nous n'en avons plus besoin et il nous ferait même plus de mal que de bien, après l'entraînement que nous avons reçu à Avalon. Cependant, pour vous rassurer, nous nous mettrons à votre disposition pour une démonstration. Nous n'avons aucune intention de relâcher nos efforts et l'arrêt de votre entraînement n'est en rien de la paresse. Nous sommes également à votre disposition pour vous transmettre certaines connaissances oubliées dans des domaines clés, comme la Médicomagie, les Enchantements Avancés... »

J'ai fait une pause pour me tourner vers les autres :

« Autre chose ?

–Oui, a dit Draco. Hermione ne bénéficie plus de la protection Potter mais de la protection Black. »

Nous avons décidé ça à notre retour. Ça simplifie les choses pour tout le monde. Hermione n'était protégée Potter que pour des raisons pratiques. Maintenant elle est protégée Black parce que Draco et elle comptent bien faire durer leur relation un bon moment. D'ailleurs, elle ne porte plus les bijoux Potter.

Tous les regards se sont posés sur leurs deux mains liées et par réflexe protecteur, Draco a rapproché Hermione de lui. Puis il a cherché Narcissa du regard. Il se moque de l'opinion des autres, mais il veut que sa famille comprenne son choix. Narcissa a visiblement compris, à son petit sourire et son hochement de tête. Nous savons que le fait que le Lord Black ait choisi une Née-Moldue comme compagne va faire scandale, alors c'est une bonne chose qu'il ait le soutien de ses proches.

Harry a pris la parole :

« Aujourd'hui, nous irons à Gringotts, nous devons visiter les coffres Potter, Black et certains des Grands Mages. Puis nous irons à St Mungo rendre visite aux parents de Neville.

–Pourquoi ? » a aussitôt demandé Augusta.

Harry a hésité et c'est Neville qui a répondu :

« Nous avons beaucoup étudié, à Avalon. Et nous pensons pouvoir rendre à Père et Mère une partie d'eux-mêmes. »

En fait, nous pensons les guérir complètement, mais nous ne voulons pas donner de faux espoirs à Augusta si nous échouons. Elle a passé toute la petite enfance de Neville à chercher les meilleurs Guérisseurs qui pourraient aider son fils et sa bru, et nous ne voulons pas la décevoir à nouveau.

« Une partie d'eux-mêmes ? a répété Augusta.

–Nous ne savons pas encore à quel point, a répondu Hermione. Tout dépendra de... Nous devons d'abord savoir dans quel état d'esprit ils sont exactement. Est-ce que leur esprit est intact, mais isolé derrière des barrières infranchissables même pour eux ? Est-ce qu'il est fractionné, éclaté, et peut être rassemblé ? Ou est-ce que des parties sont véritablement perdues et ne pourront jamais être retrouvées ? Nous n'en savons rien, et après tant d'années, il est d'autant plus important d'être prudents sur la démarche à adopter.

–Vous savez ce que vous faites ?

–Nous le saurons quand nous les aurons examinés. En tout état de cause, ce sont les parents de Neville, qui reste le meilleur Médicomage de nous cinq. Il est celui qui prendra la décision finale, et il n'entreprendra rien qui pourrait leur nuire.

–Si j'ai le moindre doute, a ajouté Neville d'un ton rassurant, nous ne ferons rien. »

Augusta nous a observés l'un après l'autre. Comme Draco avait besoin du soutien de sa mère par rapport à Hermione, Neville avait besoin du soutien de sa grand-mère par rapport à ses parents. L'un comme l'autre aurait maintenu leur décision même sans ce soutien, mais il rend les choses plus faciles.

Finalement, elle a exigé :

« Je veux être présente.

–Ce serait souhaitable, oui, j'ai répondu avec un sourire. Nous ne savons pas à quel point ils ont conscience du présent. Pour ce que nous en savons, ils sont peut-être convaincus qu'ils ont un bébé pour fils. Même si nous parvenons à un bon succès, et même surtout si nous parvenons à un bon succès, votre présence sera nécessaire pour les rassurer. Vous êtes la meilleure constante entre leur présent et le nôtre. »

Augusta m'a regardée un moment avant de hocher la tête. Madame Pomfrey est intervenue :

« Est-ce que je pourrais assister au déroulement aussi ?

–Bien sûr, a accepté facilement Neville. Vous êtes une Guérisseuse reconnue, et votre présence sera peut-être même nécessaire pour expliquer aux Guérisseurs de St Mungo que des adolescents peuvent savoir ce qu'ils font. »

Il y a eu un moment de silence, puis Harry a reprit :

« Bien. Nous pouvons prendre notre petit déjeuner pour attaquer cette journée ? »

Tout le monde a accepté de bon cœur, et la discussion a reprise, plus légère. Les questions ont continué, mais ils savent désormais ce qu'ils peuvent demander ou non, donc ça a été.

Après le petit déjeuner, nous sommes allés tous les cinq à Gringotts, en promettant de revenir avant d'aller à St Mungo. Nous avons rencontré Griphook, à qui nous avons aussi expliqué les grandes lignes de notre séjour à Avalon. Il nous a d'abord emmenés dans les coffres des Mages. Harry a pris dans le coffre de Merlin un anneau qui est l'Artefact d'Héritage. Et tous les deux avons pris dans le coffre de Viviane un anneau chacun, qui est à la fois notre Artefact d'Héritage, mais également et surtout un objet qui nous permet de contrôler plus facilement notre don de divination. Nous pouvons à présent entendre une prophétie sans entrer en transe, même si nous ne pouvons pas, et ne pourrons jamais, empêcher une prophétie de s'exprimer à travers nous.

Puis nous nous sommes séparés : Draco et Hermione ont été dans le coffre des Black avec le chargé de comptes des Black, et Neville, Harry et moi dans celui des Potter. Et là...

Harry m'a demandée en mariage.

Après plus de trente ans de vie commune, cela pourrait sembler normal, mais quand même... Il a trouvé une boite sur la table où on avait récupéré les bijoux Potter, et il l'a ouverte pour contrôler le contenu. Puis il s'est mis face à moi, très sérieux et solennel :

« Manon, ça fait des années que nous nous connaissons et que nous sommes ensemble, et j'ai envie de passer encore au moins autant d'années avec toi. Je n'arrive plus à imaginer ma vie sans toi. Est-ce que tu accepterais de devenir Lady Potter à mes côtés ? »

Je l'ai regardé avec des yeux ronds. Je ne m'y attendais franchement pas, et pour une bonne raison :

« Je croyais qu'on avait dit qu'on attendrait la fin de la guerre avant de parler de mariage ?

–Je sais, a répondu Harry avec un petit sourire d'excuses. Mais c'était quand nous étions encore des adolescents pleins de problèmes et surtout avec la phobie de l'engagement et de l'abandon. Je sais aujourd'hui que tu ne m'abandonneras pas, je n'ai pas peur de m'engager et je veux faire savoir à tout le monde que je t'aime vraiment et que je n'envisage personne d'autre à mes côtés. »

Ah. Bon, puisque c'est ça... Pourquoi pas ?

J'ai l'air très... détachée dit comme ça, mais c'est vraiment à peu près ce qui m'est passé par la tête. Ça fait effectivement depuis très longtemps à présent que nous sommes ensemble, et j'ai reçu à Avalon l'éducation pour être une noble, et nous avons vécu suffisamment de choses ensemble pour que je sache que notre relation n'est pas prête de se terminer. Et je comprends qu'il ait envie de concrétiser ce fait aux yeux du monde.

J'ai souri et j'ai hoché la tête :

« OK.

–OK ?

–Je veux bien prouver à tout le monde que tu es à moi, et uniquement à moi, Lord Potter. »

Il a éclaté de rire et a sorti de la boîte en bois une bague, magnifique. Elle est en or, et a la forme d'un lion élancé, qui fait le tour du doigt. Entre ses pattes avant, sur le dessus de la bague, il tient un petit rubis. Harry l'a approchée de mon annulaire, mais s'est arrêté juste avant de passer la bague au doigt :

« C'est la bague de fiançailles Potter. Elle nous engage magiquement. Tu sais ce que ça veut dire ? »

J'ai hoché la tête : si la bague accepte de se mettre à la taille de mon doigt, je serai Lady Potter, il n'y aura plus aucun recul possible, ni pour Harry, ni pour moi. Les registres de Gringotts et du Ministère se mettront à jour en conséquence, faisant savoir que le Lord Potter est à présent engagé à une future Lady. La tapisserie de Lions' Rock aussi se mettra à jour. Et j'aurai plus de droits sur les coffres et comptes Potter et à Lions' Rock. Bref, je ne serai qu'à un cheveu des droits d'une véritable Lady Potter.

Ça veut dire également que j'entre véritablement non seulement dans la noblesse, mais aussi et surtout dans la société magique britannique. Lord Potter en est un de ses plus éminents membres, et cela fait de moi une Britannique autant qu'une Française. Française par le sang, Britannique par le cœur, en quelque sorte, même si pour moi, ce n'est pas parce que j'épouse un Britannique que j'épouse toute la communauté. Mais c'est comme ça que ce sera perçu, j'en suis consciente. Je m'engage donc à représenter, d'une certaine manière, cette communauté. Parce que c'est le rôle de mon futur mari et que donc, c'est le mien aussi.

Ce n'est donc pas un simple oui par amour que je dois prononcer. Il y a de véritables conséquences à un « oui », qui vont au delà de notre couple, qui au fond sera la seule chose sans doute qui ne changera pas vraiment. Mais je sais ces conséquences. On me les a enseignées ces trente dernières années à Avalon. Et elles ne valent pas le prix d'un « non ». Harry est mon compagnon, et tout autant que lui, je n'envisage pas de vivre sans lui.

Alors c'est oui. Ce que j'ai dit à voix haute.

Harry a souri, et a enfilé la bague sur mon doigt. Elle s'est illuminée un bref instant, avant de s'ajuster. La magie, au sens général comme celle des Potter, m'a acceptée au sein de la famille. Je serai prochainement Lady Potter...

Dis donc... ça change de Manon Descosses, étudiante en langues étrangères et devant cumuler études et boulot pour payer son appart et préparer son voyage à l'étranger, hein ?

Neville nous a félicités tous les deux, et nous sommes remontés dans le bureau de Griphook pour gérer les changements que ces fiançailles impliquent. Harry a décidé de me laisser mon compte, histoire que je puisse avoir une certaine liberté financière sans qu'il voit sur les relevés chaque dépense que j'effectue. Par contre, il m'a quand même donné accès au coffre principal. Je ne peux pas aller physiquement dans le coffre toute seule, pas tant que je ne serai pas vraiment Lady Potter, mais je peux déjà effectuer des dépenses, si je veux. De même, j'ai déjà un avis consultatif sur les affaires Potter, même si je n'ai pas de pouvoir décisionnel. J'ai aussitôt mis ça en pratique, d'ailleurs :

« On triche ?

–Pardon ? s'est étonné Harry.

–J'ai une idée des entreprises qui auront du succès dans les années à venir ou celles qui sont dans ton portefeuille d'actions mais qui devront rapidement en sortir. »

L'avantage de faire des études de langues orientées business, c'est que tu es plus ou moins obligée de suivre l'actualité économique et financière pour suivre les cours de spécialité et pratiquer le vocabulaire appris en cours. Enfin, bon, sans doute pas au point de connaître les cours globaux de la bourse, mais que veux-tu, le parcours LEA n'est pas exactement un challenge, et les cours de mes potes en IAE ou en fac de droit étaient plus intéressants... Et qui dit IAE (Institut d'Administration des Entreprises, une sorte d'école de commerce à la sauce universitaire), dit suivi de l'actualité économique. Bon, je sais que c'est pas très légal d'en faire profiter Harry, que s'il fait partie du conseil d'administration ou du comité de surveillance d'une de ces entreprises, ça tient du délit d'initiés, mais on se contentera des entreprises non-magiques, puisque je n'ai aucune connaissance de l'actualité économique magique (est-ce qu'ils ont un système boursier, seulement ?), donc personne n'en saura rien... Hmm hmm...

Harry m'a regardée un moment, puis a échangé un regard avec Griphook. Lui n'a pas trop de scrupules : un gobelin aime s'enrichir, et s'il découvre un moyen de s'enrichir davantage, il ne va pas s'en priver. Mais Harry a un fort système de valeurs morales. Je sais d'ailleurs que je n'insisterai pas s'il dit non.

Mais il n'a pas dit non :

« OK. »

Je l'ai regardé, surprise, et il a haussé les épaules :

« Tu n'aimes pas les chiffres. Les entreprises dont tu connais l'actualité doivent être de très grandes entreprises, très connues, et dont l'activité est suivie à la loupe. C'est un avantage mineur, moins grave que les connaissances de certains boursicoteurs. »

J'ai hoché la tête et nous nous sommes mis au travail. J'ai tenu compte de l'explosion du numérique, de l'Internet, mais aussi la bulle immobilière et la crise des subprimes qui est en train de faire des ravages dans le monde financier en 2008... Le cours des matières premières et du pétrole ont été aussi abordés, puisqu'ils impactent directement l'activité de certaines entreprises dont Harry est actionnaire. Après, le vrai pro dans ce domaine, c'est Griphook, qui a d'ailleurs une très grande licence de la part de Harry pour gérer son portefeuille. Il a pris beaucoup de notes, et je sais que le portefeuille de Harry sera modifié en conséquence au cours des dix prochaines années.

Quand nous avons terminé, Harry a ajouté une dernière consigne, qui m'a surprise :

« Annulez le virement de mon compte à celui de Hermione Granger, mais laissez le compte ouvert. Il lui appartient de plein droit.

–Pourquoi ? je n'ai pas pu m'empêcher de demander.

–Elle est une protégée Black, a répondu Harry avec un sourire. Draco prend le relais. »

J'ai froncé les sourcils en voyant sa satisfaction. Puis j'ai demandé :

« Le voyage dans le coffre des Black aurait-il la même raison que notre voyage dans le coffre Potter ?

–Ils te le diront eux-mêmes. »

OK. Je connais suffisamment Harry pour savoir que ça veut dire oui. Tu m'étonnes que Draco ait eu autant besoin de savoir qu'il était soutenu par sa mère ce matin-là !

Griphook a pris note, et nous avons terminé la réunion. Je pensais qu'on retrouverait justement Draco et Hermione avant de partir, mais Harry a dit qu'ils s'étaient déjà arrangés avec Draco pour qu'on se retrouve tous à Lions' Rock.

Et à Lions' Rock, devine ce que je trouve au doigt d'une Hermione surexcitée ? Une jolie bague en platine et en onyx !

« Toi aussi ! s'est-elle exclamée en me prenant la main. Je suis trop heureuse ! »

Non ? Vraiment ? Je ne l'aurais jamais deviné !

« J'espère que tu n'as pas fait honte à Draco devant son chargé de comptes... » je me suis moquée.

Hermione a eu un reniflement méprisant, sans prendre la peine de répondre. Je crois que ça veut dire qu'il y a au moins un cri excité qui lui a échappé. Est-ce que je fais ma méchante curieuse et je demande à Draco ? Bah, c'est un jour de fête, apparemment, je vais être gentille, et attendre que l'histoire sorte d'elle-même.

Le déjeuner s'est déroulé dans une excellente ambiance, avec les félicitations de tous ceux présents. Les Weasley, qui nous avaient rejoints pour le repas, ont quand même été surpris, à la fois de ma réponse alors que j'avais été claire sur le fait que je ne voulais pas m'engager avant la fin de la guerre, et du fait que d'une journée à l'autre, Draco et Hermione passent de bons amis à tellement en couple que fiancés. Du coup, nous leur avons rapidement parlé d'Avalon, histoire qu'ils ne s'imaginent pas qu'on part dans des décisions hâtives, tous les quatre. Parce que les fiançailles Black sont aussi contraignantes que les fiançailles Potter et que ce serait dommage pour un couple comme pour l'autre de se précipiter...

Après le déjeuner, nous nous sommes donc rendus à St Mungo, avec Augusta et Madame Pomfrey. Nous avons refusé plus de monde, pour ne pas submerger les Longbottom à leur... réveil.

Dans la chambre, nous avons réussi à faire en sorte que les Guérisseurs ne nous dérangent pas pendant plusieurs heures : entre l'aura de Lord Potter, la présence de Neville et de Augusta, et celle de Poppy, c'était même assez facile.

Nous avons commencé par examiner l'esprit des parents de Neville. C'est Hermione qui a plongé dans leur esprit, et Neville et moi qui avons analysé avec elle les résultats de son exploration. Nous avions raison d'être prudents, le matin-même : la torture a en fait complètement fractionné leur esprit, c'est un véritable puzzle aux pièces éparpillées. Nous n'avons aucun moyen de savoir avant d'avoir fini la reconstitution s'il manque des pièces ou non.

Nous avons expliqué ça à Augusta et Madame Pomfrey, et Augusta a donné son accord pour qu'on commence à essayer de reconstituer les puzzles. Nous avons commencé par Frank, le papa de Neville. Il est en meilleure forme physique que sa femme, et sa mère est là pour lui parler pendant que nous nous occuperons d'Alice.

C'est Hermione, avec son mentalisme, qui s'est principalement occupée de la procédure. Neville était juste derrière, à s'assurer que cela ne perturbait rien dans la santé de son père, et moi, encore un peu derrière, dont le rôle de surveillance commencerait lorsque l'esprit de Frank sera suffisamment rassemblé pour qu'il commence à ressentir des émotions. Harry et Draco sont restés en marge, prêts à intervenir si les choses devaient mal tourner.

Il y a eu un moment de chaos quand Frank a paniqué en ressentant quelqu'un trifouiller dans son esprit, aussi fracturé soit-il. J'ai réussi à diminuer la panique, et Neville s'est montré dans son esprit pour se présenter et expliquer leur démarche, maintenant que Frank avait à nouveau la capacité de comprendre des choses complexes.

Quand on est dans l'esprit de quelqu'un, on perd la notion du temps. C'est quand nous avons terminé, et que nous sommes sortis de l'esprit de Frank en même temps qu'il reprenait véritablement conscience, que Augusta nous a dit que ça avait duré trois bonnes heures.

Nous avons pris le temps de rassurer Frank, de lui expliquer ce qui se passait, le temps passé depuis l'attaque en 81, le fait que oui, le grand dadais présent est bien son fils (je sais d'ailleurs maintenant d'où Neville tient une telle carrure : son père est de toute évidence du même moule, même si après quinze ans d'hôpital, il a perdu pas mal de masse musculaire), et que nous prenons juste le temps de nous assurer qu'il va bien avant de nous occuper de sa femme, nous n'avons aucun intention de les séparer.

Neville a effectué son diagnostic, et j'ai du l'aider à maîtriser son émotion : c'était la première fois de sa vie qu'il avait l'occasion de parler à son père. Mais d'abord, avant qu'il puisse parler, on doit s'occuper de sa mère, et il ne faut surtout pas qu'il perde sa concentration, il est un des deux éléments principaux du processus avec Hermione.

On lui laisse le temps de se reprendre, et nous recommençons la procédure avec Alice. Alice est plus fragile que Frank. Peut-être parce qu'elle a été plus torturée, ou peut-être que c'est sa constitution, je n'en sais rien, mais Neville a du surveiller de très près la santé de sa mère pendant tout le temps que Hermione a passé dans son esprit. Et nous avons du intervenir beaucoup plus tôt que pour Frank pour calmer Alice.

D'ailleurs, la panique de Alice a du se montrer physiquement, elle a du se débattre, parce que j'ai senti la panique de Frank et son envie d'intervenir pour aider sa femme ou la libérer de notre emprise, je n'en sais rien. Mais ce n'était pas bon signe. Alors j'ai ordonné à Harry, qui était là principalement comme réserve de pouvoir, de s'occuper de Frank et de le calmer. Il ne faut surtout pas que Hermione et Neville soient perturbés dans leur travail, cela pourrait avoir des conséquences bien plus graves que si on avait laissé Alice à son triste sort.

Finalement, les choses se sont calmées, pour Alice comme pour Frank, et Hermione et Neville ont pu terminer leur travail.

Et Neville a pu retrouver ses parents. Épuisés, affaiblis, complètement confus et perdus, un peu effrayés par la situation et ce qu'ils avaient vécu juste avant de se retrouver dans un tel état fracturé... Mais vivants, en relative bonne santé, et capables de reprendre progressivement une vie normale.

Neville et Augusta se sont installés entre les deux lits, et Hermione et moi avons rejoint Harry, Draco et Madame Pomfrey à l'écart. Les Longbottom avaient une longue discussion à avoir. Pendant ce temps, nous avons expliqué à Madame Pomfrey le fonctionnement de la procédure utilisée.

Elle est reproductible par des sorciers bons Legilimens. Le plus dur pour eux sera de passer outre les défenses mentales du patient, qui peuvent instinctivement être très fortes s'il s'est enfoncé dans une sorte de folie. Mais il est possible de travailler à plusieurs Legilimens, et il n'est pas obligé de travailler vite. Pour nous, ça a été rapide parce que nous avons une super mentaliste dans le groupe, mais nous pensons que pour des sorciers, le processus peut prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines si le patient a vraiment un esprit très fracturé, comme c'était le cas d'Alice par exemple.

Madame Pomfrey nous a écoutés avec attention, et a posé des questions pertinentes. Je suis heureuse que cette discussion se soit bien passée. Je crains que les Guérisseurs de St Mungo, pas autant habitués à nos pouvoirs que Madame Pomfrey, ne soient pas aussi ouverts d'esprit. Poppy nous a prévenus : la magie de l'esprit est assez mal vue en Médicomagie, parce qu'elle implique la manipulation de quelque chose de particulièrement intime au patient. Je ne vois personnellement pas où est le problème : un Guérisseur peut me voir nue, ouverte même complètement s'il doit m'opérer, il peut avoir accès à ma magie pour la contrôler et forcer certains aspects de la guérison, je ne vois pas en quoi le fait qu'il puisse accéder à mon esprit, s'il en a besoin, est plus gênant. Je trouve plus gênant, et moins digne, un patient forcé à dépendre complètement d'une équipe médicale, parce que cette équipe médicale refuse d'utiliser un aspect de ses compétences. Il existe des Guérisseurs ayant toutes les spécialités possibles et inimaginables, pourquoi il n'y aurait pas des Guérisseurs de l'esprit, au sens propre et non « psychologue » du terme ?

Nous avons décidé d'attendre que les Longbottom soient prêts avant de réintroduire les Guérisseurs dans la salle, du coup. Je n'aimerais pas qu'ils paniquent à cause du flot de questions plus ou moins aimables dirigées à notre encontre.

Après deux bonnes heures de conversation, Neville s'est tourné vers nous en nous lançant un appel mental. Il veut nous présenter à ses parents. Alors nous quatre mages nous sommes approchés. Neville nous a présentés chacun notre tour :

« Voici Harry Potter.

–Tu ressembles à ton père de façon extraordinaire, a soufflé Frank. Sauf les yeux.

–J'ai ceux de ma mère, oui, a souri Harry.

–Harry est un archimage, et il maîtrise la foudre, la lumière et l'ombre. Et c'est le Grand Druide d'Avalon et Lord Potter.

–Félicitations, jeune homme, a approuvé Frank avec un grand sourire chaleureux.

–Merci monsieur.

–Je suis Frank. Et Alice est ta marraine. Nous serions très vexés que tu sois aussi formel avec nous.

–D'accord.

–Voici Manon Nestral, a continué Neville. Elle est Française. C'est elle la voyageuse temporelle arrivée à Halloween.

–C'est donc à toi qu'on doit la liberté de notre fils ? m'a demandé Alice gentiment.

–Surtout à lui-même, j'ai répondu avec un sourire. J'ai juste soulevé les cailloux, c'est lui qui en est sorti. »

Neville a eu un petit rire à ma comparaison et a continué :

« Elle est empathe. C'est ce qui l'a aidée à trouver pas mal de réponses à ses questions. Et elle maîtrise le feu. Lancelot dit qu'elle est un feu mordant sous sa jolie fourrure dorée, parce qu'elle est une panthère des flammes en Animagus, et qu'elle a tendance à se montrer... agressive assez rapidement.

–Je ne suis pas agressive ! je me suis vexée.

–Voilà la preuve, a ricané Neville. Et elle est aussi Grande Prêtresse d'Avalon. Malgré son caractère de feu, elle a une vraie sagesse.

–Tu te rattrapes bien, chevalier... » j'ai répondu, volontairement hautaine.

Les autres mages ont eu un petit rire et Harry m'a pris la main. Neville a vu le geste et a ajouté :

« Ah oui, elle est aussi fiancée au Lord Potter, depuis ce matin. »

Le regard du couple est descendu sur ma main gauche dans la main droite de Harry, et a vu la bague de fiançailles. Alice a souri :

« Bienvenue alors parmi les nobles de Grande-Bretagne.

–Merci, » j'ai répondu avec un sourire.

Neville s'est tourné vers Draco :

« Voici Draco Black-Malfoy.

–Black ? s'est étonné Frank. Tu as repris le nom de ta mère au lieu de ton père ? »

Draco a échangé un regard avec Harry avant de répondre :

« Mon père et Sirius Black sont morts au mois de juin dernier. Ça fait de moi le Lord Black et le Lord Malfoy. »

Et comme le titre Black est plus important que celui des Malfoy, il passe devant. Les enfants de Draco ne porteront même pas le nom de Malfoy, qu'il ne porte que parce qu'il est né Malfoy et non Black. Mais Frank et Alice connaissent parfaitement ces règles, et il est inutile de les leur répéter.

« Nos condoléances, a dit doucement Alice. Neville nous a dit que ton père n'était pas un véritable Deatheater, et Sirius était un ami. »

Draco a hoché la tête en signe de remerciement. Ce sont les premières condoléances qu'il reçoit pour son père, en dehors de nous quatre. Même l'Ordre n'en a pas présentées, alors qu'ils sont au courant des véritables allégeances de Lucius et de la peine que ça représente pour Draco.

Neville a repris :

« Il est naturellement doué pour la magie noire et maîtrise l'air. »

Là aussi, Frank et Alice étant des initiés des Ordres de la Table Ronde et d'Avalon, inutile de préciser ce que nous entendons par magie noire.

« Et voici Hermione Granger. Elle est Née-Moldue, comme Manon. Elle est mentaliste et analyste, et maîtrise l'eau. Et elle est la fiancée de Draco.

–Des parents non-magiciens ont approuvé des fiançailles pour leur fille mineure ? » s'est étonnée Alice.

Hermione a considérablement pâli et j'ai du retenir un rire : elle ne leur en a pas du tout parlé, et ils ne sont sans doute toujours pas au courant. Mais Draco a eu un sourire rassurant :

« Oui. J'ai demandé la main de Hermione à son père avant de faire ma demande à Hermione. Je lui ai expliqué que je n'aurais pas fait ma demande sans les années passées à Avalon, que ce n'est pas un adolescent de seize ans qui fait cette proposition, mais quelqu'un qui a déjà vécu plus de vingt ans avec leur fille. Il a compris que ce n'était pas un coup de tête de ma part, et il sait déjà que j'ai largement les moyens de subvenir à ses besoins. »

Le soulagement de Hermione était si évident que je n'ai pas pu empêcher un ricanement, et Harry m'a donné un coup de coude. Mais je sentais à son aura qu'il était amusé de la réaction de sa meilleure amie. Draco est un Sang-Pur, élevé au biberon des traditions, comment aurait-il pu entamer une telle démarche sans demander l'accord du père ?

« Donc vous êtes tous les quatre fiancés. Et toi Neville ? » a demandé Alice à son fils.

Qui a violemment rougi, bafouillé, mais n'a pas su fournir de réponse cohérente. Je suis persuadée qu'il est plus ou moins amoureux de Luna. Mais bon, c'est un ami, je vais éviter de l'humilier devant ses parents en abordant le sujet.

« Ça viendra en son temps, a dit Hermione avec un sourire. Draco et moi ne serions sans doute même pas ensemble sans Avalon. »

Neville et moi avons eu le même reniflement de mépris. Ils ne seraient toujours pas ensemble si on ne s'en était pas mêlés, tous les deux, têtus comme ils sont... Draco et Hermione ont été assez sages pour ne pas relever notre réaction, et Hermione a préféré demander :

« Nous avons réussi à tenir les Guérisseurs à l'écart pendant tout ce temps, mais nous allons devoir leur montrer votre guérison. Est-ce que vous êtes prêts ? »

Frank et Alice ont hésité, et Neville s'est dépêché d'intervenir :

« Vous ne répondez pas si vous n'en avez pas envie. Et nous arrêtons dès que vous le demandez. Si vous voulez, on vous fait même sortir d'hôpital aujourd'hui.

–Est-ce que c'est prudent ? a demandé Augusta.

–Je suis meilleur Médicomage que n'importe quel Guérisseur de St Mungo, Grams, et c'est en toute modestie que je dis ça. Ça ne tiendrait qu'à moi, Père et Mère nous accompagneraient en France demain. Ils seront parfaitement suivis, ils pourront profiter d'un environnement tranquille, loin des médias, parce que je suis certain que leur guérison va être à la Une du Prophet demain. »

Augusta l'a regardé un moment, puis s'est tournée vers son fils et sa bru :

« Neville et ses amis ont l'intention de partir demain en France pour trois semaines, dans le domaine Potter sur la Côte d'Azur. Ils ont mérité quelques vacances. Est-ce que vous voulez les accompagner ? Ils ont ouvert l'invitation aux familles proches de chacun.

–Tu... Tu fais confiance à Neville pour une question aussi sérieuse ? s'est exclamé Frank, stupéfait, tout en lançant un regard désolé à son fils.

–Oui, a répondu fermement Augusta. Il est mage et chevalier de la Table Ronde, et il est passé par un entraînement encore plus dur que le tien. Il a toujours eu un don pour le vivant, les plantes et la nature. Il tient ça de toi, Alice. Et il n'a certainement pas pour habitude de mentir ou de se surestimer. S'il pense que vous pouvez sortir d'hôpital et les accompagner, c'est que c'est sans doute la meilleure solution pour vous deux. »

Le couple a échangé un regard, puis Alice a hoché la tête :

« D'accord. Cela nous permettra d'apprendre à vous connaître, surtout Neville, et j'ai envie de connaître mon filleul aussi, » a-t-elle ajouté avec un sourire chaleureux vers Harry, qui le lui a rendu.

Hermione et Madame Pomfrey sont donc aller pitcher les Guérisseurs avant de les laisser entrer. Ils étaient proprement stupéfaits de l'état du couple Longbottom, assis chacun dans son lit, avec toutes ses facultés intellectuelles et la parole... Neville et Hermione ont répondu à toutes les questions des Guérisseurs, y compris celles qui relevaient de mon domaine. Ils ont compris que l'incrédulité qui frôlait l'irrespect des Guérisseurs m'énervait, et ils m'ont formellement interdit de prendre la parole. Comme je n'avais pas envie de tout gâcher, j'ai gentiment obéi, me contentant de guider leurs réponses mentalement, et les laissant les formuler de façon adéquate face à un lot de Guérisseurs qui n'avaient aucune envie de nous croire mais n'avaient aucune possibilité de faire autrement.

Finalement, le Guérisseur en chef du département a fait un diagnostic complet de Frank et Alice, et Neville a proposé sans aucune hésitation les solutions à chaque problème (principalement de l'affaiblissement musculaire et nerveux, à cause du Cruciatus puis des quinze années passées à St Mungo), avec des sortilèges qu'il sait lancer ou des potions que Draco sait fabriquer. Finalement, à condition que nous présentions un rapport précis du protocole de soin que nous avons utilisé, ils nous ont laissés faire sortir Frank et Alice. Comme nous n'avions aucune intention de garder le secret, l'accord a facilement été donné.

Pour ce soir-là, il était hors de question de faire marcher le couple jusqu'au rez-de-chaussée et les cheminées pour le transport en Cheminette. Alors on a mis à notre disposition deux fauteuils, et une fois au rez-de-chaussée, je les ai emmenés avec moi via le feu, qui secoue nettement moins que la Poudre de Cheminette.

Et voilà donc Frank et Alice à Lions' Rock ! Ils ont été accueilli avec beaucoup d'enthousiasme par les membres de l'Ordre présents.

Puis Neville et Augusta les ont emmenés à Longbottom Manor, où ils pourront passer leur première nuit en pleine santé mentale au calme, sans l'effusion de l'hôpital ou de Lions' Rock.

Hier, nous sommes arrivés ici, au domaine Potter de la Côte d'Azur. Grand ciel bleu, trente degrés à l'ombre, c'est ce que j'appelle l'été ! Je crains le chaud mais c'est quand même plus estival que les vingt deux degrés péniblement atteints à Lions' Hill, n'est-ce pas ? Et puis il y a les cigales, la mer... Le rêve, quoi !

Il y a du monde, ici : nous cinq, évidemment, Narcissa et Cassi, les parents de Hermione, Remus, et les parents de Neville.

Nous avons eu du mal à partir : Harry voulait à tout prix s'assurer que tout irait bien en notre absence, que tout était réglé, que rien n'irait de travers... J'ai du m'énerver pour qu'il lance le Portoloin qui nous emmènerait tous à destination :

« HARRY JAMES POTTER ! Le pays ne va pas s'effondrer si on disparaît trois semaines ! Et on n'est qu'à un saut de transplanage de Lions' Rock ! Alors lance ce foutu Portoloin et laisse-nous avoir des vacances ! Maintenant ! »

Harry m'a regardée, penaud, puis a obéit sans protester. Ça a fait rire les parents de Neville, qui assurent que Lily avait la même façon de s'assurer que James restait dans le droit chemin.

Mais en fait, c'est très rare quand je crie après Harry. Parce qu'il a mis des années à ne plus flancher quand on élevait la voix contre lui. Et je déteste l'idée que même pendant un bref instant, il m'assimile à ceux qui l'ont tant maltraité pendant son enfance. Généralement, quand je crie, c'est parce que ça sort tout seul : peur, angoisse, colère... Et tu sais qu'il en faut beaucoup pour que j'en arrive à un stade où j'affiche à ce point mes émotions négatives. Même si j'ai appris à lâcher le contrôle à Avalon, j'ai encore mon sens des convenances, et je sais que crier ne résout souvent pas grand chose.

Mais là, il fallait un choc. Et heureusement, même s'il a obéi sans insister, il n'a pas flanché, et il a plutôt bien réagi. Ces années à Avalon lui ont fait autant de bien qu'à moi.

Et nous avons donc (enfin !) eu l'occasion de découvrir ce fameux domaine. Une sorte de grand mas, donc, jolies pierres, entouré d'arbres, des oliviers, des arbres fruitiers... Une terrasse qui donne sur un jardin en pente douce jusqu'au bord de la falaise, et un escalier taillé directement dans la paroi pour descendre dans la crique. C'est calme, reposant, parfait.

Deux elfes de maison nous ont accueilli. Avec l'elfe de maison Longbottom dédié aux parents de Neville en attendant qu'ils retrouvent une forme physique suffisante pour une parfaite mobilité, ils seront trois à s'occuper de nous pendant ces vacances.

La journée d'hier a principalement été dédiée à l'installation et à la découverte du domaine. La maison n'est... j'allais dire qu'elle n'est pas très grande, mais si c'est vrai par rapport à Lions' Rock, cela reste quand même une grande maison de dix chambres, toutes avec leur propre salle de bain, un grand séjour pour recevoir, une cuisine immense, et une sorte de patio aménagé au centre de la maison. Pas très mas provençal, mais c'est agréable, alors on ne joue pas les fines bouches, n'est-ce pas ? Les chambres sont à l'étage, et la chambre de maître donne sur la mer. Parfois, je suis heureuse plus que de raison d'avoir choisi Harry...

Le domaine est immense. Non seulement il descend jusqu'à la mer (on a environ cent mètres à marcher avant d'atteindre l'escalier, le pied), mais en plus, il plonge dans les terres, avec un beau verger, des vignes, et même une petite activité de production de vin, d'huile d'olive et de confitures et conserves de fruit. Les elfes nous ont assuré que ces produits consommés ici ne venaient que du domaine. Enfin... petite activité... Nous avons visité les lieux de production, hier. Ce sont des non-magiciens qui travaillent là, et qui n'ont aucune idée que leur patron est un des plus riches et plus puissants sorciers d'Europe. Pour eux, c'est un riche Anglais qui a eu du nez en arrivant ici avant les autres investisseurs étrangers, et qui a été assez sympa pour ne pas transformer l'exploitation en quelque chose d'intensif, mais au contraire a encouragé le maintien artisanal de la production. Harry leur a expliqué qu'il vient juste de découvrir l'entreprise dans son héritage, et qu'il était du coup curieux.

Le directeur s'est fait un plaisir de nous faire visiter, dans un anglais maladroit. Apparemment, la fabrique est ouverte au public, qui peut voir comment on fabrique du vin, de l'huile d'olive ou des produits fruitiers de manière artisanale. Le lieu a son petit succès. Il y a également une boutique, avec son centre de dégustation. Et ils vendent localement, à des bars, des restaurants, des épiceries fines. Mais leur premier client reste leur patron : l'huile d'olive utilisée dans n'importe quel domaine Potter vient de là, les bouteilles de vin sont dans chaque cave, et les confitures, coulis, conserves et autres produits fruitiers sont livrés dans le monde entier.

C'est un ancêtre de Harry, au 19ème siècle, qui a mis ce système en place, en même temps que la famille acquérait des domaines un peu partout : s'il y avait des entreprises dans le lot, il les laissait continuer leur activité, les soutenait si elles voulaient se développer un peu ou se moderniser, et se débrouillait pour faire en sorte que les produits soient utilisés dans les autres domaines. Ainsi, les caves Potter ont des vins qui viennent de France, d'Espagne, d'Italie, les garde-manger des spécialités culinaires des quatre coins du monde, les domaines sont décorés avec des objets fabriqués un peu partout, pour encourager chaque petite entreprise à se maintenir ou se développer. Bien sûr, en tant que propriétaire, la famille Potter touche sa part des bénéfices, alors c'est dans son intérêt que ces entreprises fonctionnent.

Et les Potter étant des magiciens, ils ont une méfiance instinctive vers tous les produits chimiques utilisés par les non-magiciens, et encouragent toujours leurs entreprises à maintenir une activité artisanale, voire biologique. C'est le cas du vignoble-verger-huileraie du domaine de la Côte d'Azur. Ils ont été achetés en début de siècle, et la charte établie avec le Lord Potter d'alors interdit l'adjonction de tout produit chimique à n'importe quelle étape de la production. Les sorciers sont fanas de bio, en fait... Sans doute le fait d'apprendre à l'école à fabriquer des Potions, ça doit les rendre particulièrement méfiants par rapport à ces produits chimiques transformés X fois et dont on ne sait pas vraiment la composition, au final.

Après la visite, nous sommes retournés au mas pour un grand dîner sur la terrasse, au barbecue. Remus, les Granger et moi étions les seuls à en avoir déjà fait. Et apparemment, les hommes britanniques ont la même conception que les hommes français du barbecue : s'occuper du feu et des grillades, pendant que la femme découpe les viandes, prépare les accompagnements et le dessert, et après, ils osent dire qu'ils se sont occupés du repas. Alors je leur ai coupé la chique en allumant directement le feu à la bonne température et en leur annonçant que maintenant, ils avaient le temps de nous aider.

Le repas s'est déroulé dans une bonne ambiance, avec l'air chaud, les cigales et le bruit de la mer en toile de fond.

Aujourd'hui, donc, c'est farniente, mais demain, Hermione et Draco ont prévu une sortie à Marseille. Il y a des sites historiques magiques là-bas apparemment, qui remontent à l'époque gréco-romaine. Je ne suis jamais allée à Marseille, j'ai hâte de voir !

Je te raconterai demain ce qu'on a vu !

Bisous


Notes de l'auteur :

J'avais oublié avant de le préparer pour la publication que ce chapitre était autant chargé de nouvelles... Désolée ? ;)

Plusieurs ont fait la remarque qu'Avalon était une chouette surprise, mais que du coup, on ne verrait plus les mages étant adolescents, ou l'évolution de la relation entre Draco et Hermione...

Les mages seront forcément isolés, qu'ils aient la mentalité d'adolescents ou pas, de part leurs fonctions ou leur puissance. Néanmoins, je n'ai aucunement l'intention de les priver de moments bien adolescents. Ce n'est pas parce qu'on est adulte, physiquement et/ou mentalement, qu'on réagit plus intelligemment, ou de façon plus mûre, que des adolescents (je sais de quoi je parle :p ). De même, on donne souvent aux adolescents une fougue dans leurs convictions bien plus importante qu'aux adultes, et ça sera toujours le cas pour mes petits mages. Donc Avalon, c'est juste une façon de "formaliser" le décalage qui existe déjà entre des mages qui sont au coeur d'une guerre idéologique et des adolescents qui ne vivent ça que de loin, à travers les journaux.

Quant à la relation entre Hermione et Draco, effectivement, vous n'en avez pas le début, mais vous la verrez, dans la suite de cette histoire. Leur relation est toute aussi importante et intéressante que celle de Manon et Harry, et je compte bien ne pas l'oublier ;)

Fiche forum de la semaine :

Comme annoncé la semaine dernière, la fiche de cette semaine porte sur Avalon, ses spécificités et ses occupants. Voici le lien pour la découvrir : fanfiction(point)net/topic/208440/170080731/1/

Réponse aux guest reviews :

Chaton : Merci pour ta review ! Ils sont partis d'Avalon parce qu'ils ont fini d'apprendre ce qu'ils avaient à y apprendre, tout simplement :) Ils peuvent y retourner, s'ils veulent, Avalon ne leur est pas définitivement clos.

Quant au fait qu'ils sont à présent imbattables (tu n'es d'ailleurs pas la seule à avoir fait la remarque... mais toi, tu devrais me connaître mieux que ça ;) )... ... ... ... Non. Je ne dirais rien de plus ;)

À bientôt pour la suite ! :)