Jeudi 8 août 1996
Chère Marie,
je suis heureuse : les premières paroles prononcées par Harry en rentrant ce soir, c'est « plus jamais ! ». Ha ha ha ! Je les avais prévenus !
Nous n'étions pas très loin de Nice, une des plages publiques de sable les plus près du domaine. Pas de grande expédition, donc. Seuls les parents de Neville ne nous ont pas accompagnés : ils étaient encore fatigués de la journée à Avignon et ont préféré rester au calme du domaine. Sage décision.
Comme prévu, la plage était bien remplie. Pas aussi bondée que si nous étions plus près de la ville, mais quand même. La plage était gratuite, avec donc plein de familles et d'adolescents qui viennent là parce que ça leur épargne des frais.
Et je sais que Harry a regretté rapidement son choix : il a suffit que Hermione et moi nous mettions en maillot de bain pour attirer les premiers idiots. Des adolescents de notre âge, déjà bien bronzés, qui se sont approchés en troupeau de cinq ou six.
« Eh, mesdemoiselles ! »
Ça commence bien, n'est-ce pas ? Je te mets ça en italique, parce que c'est en français dans le texte, pour une fois...
« Si vous voulez, nous avons un super coin de plage, si vous voulez vraiment profiter. »
Je crois qu'ils n'ont pas osé employer un langage trop châtié parce qu'il y avait des adultes, qui sont de toute évidence de l'âge d'être nos parents (et vraiment les parents de certains d'entre nous). C'était déjà presque courageux de leur part de venir vraiment jusqu'à nous, et non pas d'attendre qu'on se soit éloignées du groupe.
« C'est gentil, j'ai répondu, mais nous sommes bien installées, ici...
–Et vous n'avez pas envie de profiter de vos vacances pour rencontrer du monde ?
–Le but de nos vacances est justement d'être tranquilles.
–Allez, c'est l'été, le soleil, la plage, le moment ou jamais de vivre une super aventure ! »
J'ai éclaté de rire, ce qui a surpris tout le monde, les garçons comme notre groupe. Seuls Narcissa et Draco, qui avaient compris l'échange, ont eu un sourire.
« Je crois que nous n'avons pas besoin de vous pour vivre des aventures, nous nous en passerons, merci...
–Allez, les filles, soyez cools !
–Nous sommes cools : nous n'avons pas demandé à nos copains de vous faire partir. Ce qui arrivera si vous ne comprenez pas que non, c'est non. »
Ils se sont tendus avec la menace, mais n'ont pas renoncé tout de suite. Ils se sont tournés vers Hermione :
« Et toi, miss ? Tu vas pas te laisser faire par ta copine, hein ? Si elle est trop coincée pour venir avec nous, tu seras certainement plus amusante, hein ? »
Hermione m'a consultée mentalement, juste pour s'assurer qu'elle avait bien tout compris ce qu'ils venaient de dire, puis elle a répondu :
« Je suis très bien où je suis. »
Son accent l'a immédiatement trahie, et j'ai senti une nouvelle assurance chez les garçons :
« Eh ! T'es Anglaise ! Trop cool ! Allez, viens faire connaissance avec des vrais Français ! »
J'ai éclaté de rire, ouvertement moqueuse :
« Mon amie est effectivement Anglaise, mais je suis Française. Et je crois qu'elle préférera largement son petit ami Anglais qu'une bande de morveux qui ne représentent certainement pas la France.
–Qui t'es, toi, d'abord, à faire ta maligne ? »
J'ai senti Harry se tendre derrière moi : Draco a du lui traduire. Je lui ai envoyé une onde rassurante, et je me suis levée de ma serviette pour faire face aux garçons. Ils ont paru surpris par mon attitude, et j'en ai joué, en accentuant ma pose décontractée et mon sourire moqueur, pour leur faire comprendre qu'ils ne sont absolument rien pour moi.
« Je suis une fille qui vit pas mal d'aventures depuis que je me suis installée en Angleterre avec mes amis ici présents. Vous voyez cette cicatrice ? »
J'ai montré la ligne blanche qui barre mon côté gauche, trace de la Bataille du Département des Mystères :
« Je me suis battue, vraiment. Avec des armes, des adversaires et tout ce qu'il faut pour que le seul moyen d'en sortir, c'est à l'expérience et à l'adrénaline. C'était mon quatrième combat, cette année. Je suis là, je n'ai qu'une cicatrice, et mes amis aussi vont bien, alors qu'en face, il y a eu des morts. Je vis des aventures, je n'ai pas besoin de vous pour ça. Je suis cool quand j'ai envie de l'être, mais là, vous commencez à m'impatienter. Je suis en vacances, j'ai envie de profiter du soleil et de la mer sans que des babouins viennent m'embêter. Alors vous déguerpissez rapidement avant qu'il ne vous arrive non pas une aventure, mais des ennuis. »
Il y a eu un silence, puis un qui était resté silencieux, un peu en retrait, s'est avancé :
« Tu es Manon Nestral. »
Cette fois-ci, j'ai senti tout mon groupe se tendre, y compris moi-même. J'ai froncé les sourcils :
« Et tu es ?
–Élève à Beauxbâtons. Je lis le journal. Il me semblait bien que ta tête me disait quelque chose.
–Vous... lisez le journal et vous venez nous embêter alors que vous savez qui nous sommes ? » j'ai demandé, clairement dubitative.
J'ai senti de l'incompréhension chez les autres garçons, et j'ai compris avant qu'il ne me le dise que c'était le seul sorcier du groupe :
« Non. Je lis le journal. Je suis le seul de nous à avoir été admis dans une école... spéciale.
–Alors puisque tu lis le journal et que tu me reconnais sur photo, et que tu reconnais certainement mes amis, encourage les tiens à nous foutre la paix. Tu sais que ce n'est pas une bonne idée de nous embêter.
–Vous ferez tout pour éviter les ennuis et rester discrets, a répondu le garçon avec un sourire narquois. Vous n'avez certainement pas envie que ceux qui... comptent sur vous sachent que vous êtes en train de vous dorer la pilule en France, n'est-ce pas ? »
J'ai senti Draco se placer derrière moi, et il a répondu d'une voix glaciale :
« Et tu n'as certainement pas envie d'être celui qui diffusera la nouvelle, en sachant que cela nous mettrait en colère, n'est-ce pas ? Si ça se sait, nous saurons immédiatement que ça vient de toi...
–Vous ne savez pas qui je suis. »
Cela tenait plus de la dernière défense qu'autre chose. Il commençait à avoir peur, et j'ai enfoncé le clou. Vive notre réseau mental et les compétences de Hermione ! Je me suis approchée de lui pour poser une main sur son bras et lui murmurer à l'oreille :
« Pauvre petit Jérôme, nous savons parfaitement qui tu es. Et nous sommes parfaitement capables de te faire payer un écart de... langage, sans même que personne ne sache que nous sommes derrière. Tu n'as certainement pas envie de nous tenter, crois-moi. »
J'ai diffusé via ma main sur son bras un sentiment de panique, de désespoir, la sensation d'être pris en plein cauchemar. J'ai senti le sorcier, Jérôme, se tendre, et sa peur s'enrichir de ce que je lui suggérais. J'ai continué :
« Et si tu te dis que nous n'avons aucun pouvoir ici en France, n'oublie pas que je suis Française, et que je n'ai pas la morale de certains de mes amis. Je n'hésiterai certainement pas à retrouver celui qui m'empêche de passer les premiers jours de tranquillité depuis que je suis arrivée en Angleterre. Est-ce que le message commence à rentrer dans ton petit cerveau de sorcier stupide ? »
Il a hoché violemment la tête et je me suis éloignée, un sourire satisfait sur le visage.
« Parfait ! Je suis ravie que nous puissions nous comprendre. Maintenant, déguerpissez ! Zou ! »
J'ai fait un signe de la main pour les chasser. Jérôme a vite convaincu ses copains que ça ne valait pas la peine d'insister et ils sont partis.
Draco et moi sommes retournés vers les serviettes, et Harry a voulu que je m'installe avec lui. OK. Remus a demandé :
« Comment savait-il ton nom ?
–Sorcier à Beauxbâtons, j'ai répondu. C'est un crétin qui lit le journal. Ils ont du parler de nous en France. »
J'ai senti l'inquiétude de tout le groupe et j'ai affiché un sourire satisfait :
« Il a compris que c'était dangereux de bavarder... Bon, on commence par quoi ? Une baignade ou une partie de beach volley ? »
Évidemment, il a fallu expliquer ce qu'est le beach volley, mais ça a donné envie à tout le monde. Nous avons pu faire deux équipes de quatre : Draco, Hermione, Neville et Wendell d'un côté, et Harry, Monica, Remus et moi de l'autre. Narcissa est restée sagement sur le côté pour surveiller Cassi et jouer les arbitres.
Quand le couple Granger s'est montré trop fatigué (ils n'ont pas l'endurance d'un loup-garou ni notre forme physique, à tous les cinq), nous sommes allés nous baigner.
Nous nous sommes amusés à faire une joute : un léger sur les épaules d'un costaud. Hermione sur les épaules de Draco, moi sur celles de Neville et Harry, le plus léger des trois garçons, sur les épaules de Remus, qui a sa force de loup-garou. Et nous nous sommes amusés à nous battre, pour faire en sorte qu'un seul duo reste debout. Les manches étaient rapides, intenses, et ça nous a bien défoulés. Au score, ça doit se jouer entre Remus et Harry, et Neville et moi, même si on n'a pas vraiment compté. Neville et moi n'avons pas hésité à vraiment y aller, et tu sais comment se battent les filles, avec plein de mains, de doigts... Et tu crois que Harry aurait eu la décence d'être plus doux envers sa toute nouvelle fiancée ? Pfff, tu rêves ! L'esprit chevaleresque a des limites, apparemment, et ça s'arrête à la porte de la chambre à coucher !
Nous avons été interrompus par Narcissa, qui nous a appelés depuis la plage. À côté d'elle, trois hommes en shorts et t-shirts bleu marine.
« Qu'est-ce qui se passe ? a demandé Hermione alors qu'on se rapprochait de la plage.
–Aucune idée, j'ai répondu. Mais on dirait des uniformes.
–Des uniformes ? a ricané Draco.
–Avec la chaleur qu'il fait, tu ne vas pas leur demander d'être en épais pantalons, bottes militaires et épais gilet sur une plage ! »
Les garçons ont continué à ricaner, mais n'ont plus rien dit.
Je ne me suis pas trompée : c'était des gendarmes. Narcissa s'est aussitôt tournée vers moi :
« Manon, tu es la seule avec la langue et la culture... »
Culture non-magique, s'entend. Narcissa connaît parfaitement la culture française.
« Qu'est-ce qui se passe ? j'ai donc demandé en français. Bonjour messieurs.
–Bonjour mademoiselle, a fait l'un d'eux. Nous avons été appelés par ces garçons. Ils disent que vous auriez commis des délits de violence, voire même que vous vous seriez vantés d'avoir tué des gens. »
J'ai éclaté de rire, en traduisant mentalement à mes camarades, qui ont souri. J'ai secoué la tête :
« Ces garçons sont venus nous embêter, mon amie et moi, dès que nous avons enlevé notre T-shirt pour nous mettre en maillot. J'ai inventé des histoires pour qu'ils nous fichent la paix même si on s'éloigne des serviettes sans notre famille ou nos copains.
–Qui est de votre famille ?
–Nous sommes cinq familles différentes. Mrs Black-Malfoy ici présente est la mère de Draco et de Cassi. Mr et Mrs Granger sont les parents de Hermione. Mr Lupin est le parrain de Harry. Et les parents de Neville sont restés dans notre résidence de vacances, ils ne se sentaient pas en forme.
–Et vos parents, Mademoiselle ?
–Je suis la seule sans ma famille, je suis là parce que nous sommes tous les cinq amis, et Harry aurait été frustré de passer ses vacances sans sa copine. Ils sont tous Anglais, je suis Française, mais je fais ma scolarité en Angleterre. C'est comme ça que je les ai rencontrés.
–Est-ce que je peux avoir votre nom, mademoiselle ? »
J'ai hésité. Si je donne le nom de Descosses, ils vont voir que ce nom existe, mais appartient à une fillette de neuf ans, si j'ai la chance de ne pas avoir d'homonyme. Si je donne le nom de Nestral, ils ne trouveront rien.
Mais ils n'ont aucun appareil sur eux pour vérifier mon identité sur le coup, et ils seront bien en peine de nous retrouver une fois que nous aurons quitté cette plage.
Mais ça m'embêterait qu'un avis de recherche au nom d'une éventuelle fugue vienne plomber mes vacances...
Bref, quoi faire ?
Sur conseil de mes amis, j'ai fini par répondre :
« Manon Nestral. »
À ma grande surprise, un des deux collègues de celui qui avait parlé jusque là a réagi. Il a tapé sur l'épaule de son confrère et a dit avec assurance :
« OK. Je m'occupe d'eux. Allez disperser les mômes et expliquez leur que ça ne vaut pas la peine de nous déranger parce qu'ils se font remballer un peu durement par une jolie fille.
–Tu es sûr ?
–Certain. »
Ses deux collègues se sont éloignés, et il s'est avancé :
« Bonjour, je suis le sergent Bernet, gendarme responsable de la liaison entre le monde sorcier et le monde non-magique dans le secteur de Nice. Qu'est-ce que vous faites ici et pourquoi n'avez-vous pas prévenu les autorités de votre présence ? Tout le monde vous croit reclus dans le domaine Potter en Angleterre.
–Bon sang, mais vous êtes partout, dans le monde non-magique ? je me suis étonnée, choquée. D'abord ce garçon, puis vous...
–Quel garçon ?
–Un des garçons du groupe, il s'appelle Jérôme. Il nous a reconnus aussi. On lui a demandé de garder le silence.
–Pourquoi ?
–Parce que ces enfants ont besoin comme tous les adolescents de repos, est intervenue froidement Narcissa, avec toute son autorité de Lady Malfoy. Nous avons réussi à leur aménager trois petites semaines sur toute une année, et nous ferons tout pour qu'ils en profitent sans que des vautours viennent les déranger.
–Je vais devoir être obligé de faire remonter leur présence, a dit le gendarme, gêné. Ils sont cibles d'un criminel, et si leur présence ici se fait connaître chez vous, il y a risque qu'il y ait des incidents ici. Nos forces de l'ordre doivent en être informées.
–Leur présence ici ne sera pas connue si vous ne dites rien, a affirmé Narcissa.
–Mais en une après-midi, déjà deux personnes les ont repérés. Deux personnes qui se sont signalées à vous, du moins. D'autres vous ont peut-être reconnus, mais sans rien dire. »
Son argument se comprend. Et combien de ces personnes iront voir la presse en déclarant avoir vu Harry bronzer sur une plage ? Nous sommes en France, son aura doit être moins rayonnante qu'en Grande Bretagne, mais qu'est-ce qui se dit en France à notre sujet et au sujet de la guerre contre Voldemort ? Aucune idée.
« Quelle est notre réputation ici ? j'ai demandé. Est-ce qu'on parle beaucoup de nous, ou est-ce que nous serons relativement tranquilles ?
–On parle beaucoup de vous, mademoiselle, en particulier, parce que vous êtes Française, et que votre présence dans le combat contre Voldemort et dans cette histoire avec le jeune Lord Potter et M. Dumbledore fascine la presse. Vos amis seront plutôt tranquilles, mais c'est vous, Française, mage et voyageuse temporelle, qui risquez d'attirer l'attention.
–À quel point ? a demandé Narcissa. Quelle est l'intensité de sa présence dans la presse ?
–Son visage apparaît au moins une fois par semaine dans un de nos journaux. »
J'ai grogné. Voilà bien ma veine. Je suis apparemment plus célèbre que Harry, ici... Le gendarme a continué, à l'adresse de Narcissa :
« Sa réputation est bonne, parce qu'elle a ouvertement aidé le jeune Lord Potter à se débarrasser d'un tuteur abusif. Dumbledore n'avait pas exactement bonne réputation en France, et le lynchage médiatique subi par Lord Potter nous a toujours sidérés. Alors quand la presse a appris qu'une de nos compatriotes est à l'origine de l'émancipation de Lord Potter, ça a fait les choux gras. Globalement, ces adolescents seront très bien reçus, ici. Mais si vous voulez qu'ils passent des vacances tranquilles, il serait préférable qu'ils évitent les lieux magiques.
–Nous en avons visités sans que personne ne nous regarde particulièrement, est intervenu Draco en fronçant les sourcils.
–Les Français ne pointent pas une star du doigt, j'ai répondu en soupirant. Ce n'est pas parce qu'on n'a rien vu qu'en effet, nous sommes passés inaperçus. »
Nous serions des stars pour adolescents, à la rigueur, il y aurait eu les cris d'admiration des filles, surtout devant nos tombeurs de garçons, mais ce n'est pas le cas. En plus, nous sommes en train de nous placer comme guerriers, alors au mieux, on doit les impressionner, au pire, on doit leur faire carrément peur. Jérôme ne faisait plus beaucoup son malin, quand il a su à qui il parlait. Nous serions plus le type à provoquer des murmures sur notre passage qu'un bain de foule réclamant des autographes...
En plus, nous sommes encore en 1996, pas en 2008 où chacun peut se transformer en apprenti journaliste, apprenti paparazzi et diffuser la moindre nouvelle à grande échelle sur Internet. C'est encore l'époque des magazines d'ados où on découpe les images de nos stars favorites pour les coller dans un classeur... Hein ? (tu l'as toujours, ce classeur sur le Seigneur des Anneaux ?).
Néanmoins, il n'y a pas que les fans. Il y a aussi les sympathisants de Voldemort, qui sont généralement assez aisés pour avoir eux aussi les moyens de passer les vacances en France en famille, et qui pourraient donc décider de visiter en même temps que nous les sites historiques du pays. Un tel hasard serait dommage, mais ça peut arriver. Et donc ce cher Voldy peut très bien apprendre que nous sommes en France, et soit dépêcher ses mignons ici pour s'occuper de nous, soit en profiter pour faire du ramdam en Grande Bretagne, en espérant qu'on n'ait pas le temps d'intervenir avant que ce ne soit vraiment trop tard. L'un comme l'autre ne sont pas vraiment souhaitables.
Nous avons réfléchi, tous les cinq, puis Draco a fait apparaître une liste en français de notre programme de vacances : les sites prévus, les dates, les adresses auxquelles nous joindre à quel moment (on va aussi passer quelques jours à Paris, les Malfoy y ont un graaaaaaaaand appartement.)... et l'a donnée au gendarme :
« Voici ce qu'on a prévu et où nous joindre en cas de besoin. Cette liste est réservée exclusivement aux forces de l'ordre françaises, pour que vous puissiez vous organiser.
–Bien entendu... a répondu le gendarme sur le ton de l'évidence, voire même un peu vexé.
–C'est un militaire, j'ai dit en anglais. Pas exactement le même code d'honneur qu'un bête employé de Ministère... »
J'ai senti la surprise des garçons : nos forces de l'ordre en France sont militaires ? J'ai soupiré, et j'ai expliqué mentalement ce que je savais de la différence entre les policiers et les gendarmes, en comparant avec leur propre système des forces de l'ordre : le Département des Forces de l'Ordre Magique est aussi divisé en deux : les officiers des Forces de l'Ordre (LEO, Law Enforcement Officers), qui seraient l'équivalent de policiers classiques, et les Aurors, qui sont des super-policiers, voire des soldats dans leurs compétences (ça se rapproche plus des missions du Raid ou du Renseignement que de la simple patrouille de quartier, on va dire...). Au sein des Aurors, on trouve aussi les Hit-Wizards, les « tireurs d'élite », qui ne sont pas des assassins en embuscade sur des toits, mais véritablement des combattants pour le front. James Potter était un Hit-Wizard. Quand il n'y a pas d'affrontements, ils remplissent les missions des Aurors « normaux » (les Aurors ne sont pas normaux... Faut voir Moody et Kingsley et leur intérêt anormal pour... l'action...).
Leur problème, c'est que la séparation entre les fonctions des LEOs et des Aurors n'est pas très claire. On peut très bien donner à l'un le travail de l'autre. Ça se passe souvent, d'ailleurs, apparemment : on donne aux meilleurs LEOs le travail des Aurors quand ceux-ci sont débordés, ce qui leur permet de se préparer pour une éventuelle promotion, par exemple, et on donne aux Aurors le travail des LEOs pour les sanctionner (comme Kingsley avec la protection des maisons des familles des Nés-Moldus cet hiver, ce qui est clairement une mission pour les LEOs...). C'est un peu au bon vouloir de leurs chefs de département et de la directrice du DMLE, Amelia.
Je digresse, je digresse, mais on n'avance pas... Donc Draco a donné sa liste, et le gendarme a assuré de sa discrétion. Puis j'ai posé une question qui me tracassait depuis qu'il s'était fait savoir comme sorcier :
« Il y a beaucoup de sorciers dans les forces de l'ordre non-magiques ou nous avons vraiment de la malchance aujourd'hui, pour tomber sur deux sorciers mêlés à des non-magiciens ? »
Le gendarme a eu un petit rire :
« Non, il y a au moins un sorcier dans chaque gendarmerie et chaque commissariat. On a un objectif d'un magicien dans les forces de l'ordre pour vingt magiciens habitant dans le secteur. Ça permet de garder un œil sur ce qui peut se passer de magique dans le monde non-magique, et ça permet d'avoir des contacts de proximité pour les sorciers un peu partout en France, sans qu'ils aient besoin de se déplacer obligatoirement au Bureau des Forces Spéciales Magiques. D'ailleurs, cette brigade n'intervient que dans des cas bien précis, comme les Aurors britanniques.
–Il n'y a pas de police spéciale pour les sorciers ?
–Non. Il y a des sorciers dans les forces de l'ordre un peu partout. Et généralement, ça suffit. D'une manière générale, nous avons très peu de services vraiment dédiés aux magiciens.
–Oh... Donc, si je veux me désinscrire pour la rentrée 98, je fais comment ? Il n'y a pas de Service de l'Enseignement au Ministère de la Magie ?
–Nous n'avons pas de Ministère de la Magie. »
Narcissa, Draco et moi l'avons regardé avec des yeux ronds, et il a souri :
« Nous avons des employés dans tous les Ministères non-magiques, qui gèrent les dossiers magiques dans leur compétence.
–Et pour les problèmes typiquement magiques, vous faites comment ?
–Quels problèmes sont typiquement magiques ?
–Euh... Le réseau de poudre de Cheminette ?
–Ministère des Transports.
–Les créatures magiques ?
–Ministère de l'Environnement.
–Les accidents magiques ?
–Intérieur.
–Les lois magiques ?
–Nous avons peu de lois propres au monde magique. Nous appliquons le Code Civil, le Code Pénal et les autres Codes, comme tous les citoyens de France. »
Woah... Alors ça, c'est un autre système. Il nous a expliqué que c'était un moyen beaucoup plus simple de cacher le monde magique : en le mêlant complètement au monde non-magique. Tous les sorciers connaissent le monde non-magique et savent y vivre, et donc sont beaucoup plus discrets. Ça se tient.
J'ai repris une de mes questions :
« J'ai besoin de me désinscrire de la rentrée de 98. Je veux dire... Je suis voyageuse temporelle, et la Manon qui est dans le vrai déroulement du temps va avoir onze ans en 98 et faire sa première rentrée à ce moment-là.
–Il va falloir faire les démarches avant la rentrée 97. Vous êtes de première génération, et tous les enfants qui ne sont pas nés dans le monde magique ont une année de cours préparatoire avant leur rentrée au collège. Ce sont des cours du soir ou du mercredi, selon l'organisation de la famille, mais ils sont obligatoires. Et ils permettent de réaliser les tests nécessaires pour savoir à quelle école vous pouvez prétendre. Vous voulez faire en sorte que vous ne découvriez pas la magie avant votre voyage dans le temps, c'est ça ?
–Exactement. C'est mon ignorance du monde magique qui me rend utile aujourd'hui.
–Alors il faut intervenir avant même que l'on contacte votre famille pour la rentrée préparatoire, en septembre 97. Il vous faut donc faire les démarches avant votre prochain anniversaire.
–Est-ce que je peux les faire ces prochaines semaines ? Le service compétent sera fermé, puisque c'est août ?
–C'est possible, oui.
–Où est-ce que je dois aller ?
–Au Ministère de l'Éducation, service de la Scolarité Magique.
–Merci. Merci pour toutes ces informations, d'ailleurs. On peut vous aider en autre chose ?
–Non, ça ira. Restez joignables.
–Un hibou nous trouvera forcément.
–Parfait. Bonnes vacances alors, mesdames, mesdemoiselles, messieurs. »
Il nous a salués rapidement et s'est éloigné pour rejoindre ses deux collègues qui avaient dispersé les garçons un peu trop collants. Je n'en revenais pas des réponses qu'il m'avait données. C'est fou comme le système de gouvernement peut changer d'un pays à l'autre ! Tu m'étonnes que j'ai eu l'impression jusque là que les magiciens français sont beaucoup plus ouverts que les magiciens britanniques au monde non-magique : ils y vivent !
Enfin, pas complètement, parce qu'ils ont quand même leurs quartiers magiques, leur monnaie (les Louis, en or, argent et bronze. Un Louis d'Or vaut un Gallion britannique, mais ensuite, c'est une découpe en dixièmes : dix Louis d'argent pour un Louis d'or, et dix Louis de bronze pour un Louis d'argent), et sans doute plein de particularités propres au monde magique, gardées bien secrètes par rapport au monde non-magique, mais ils n'ont pas de ministère propre, et donc pas d'administration propre, juste des services disséminés dans les ministères qu'on connaît, toi et moi. Ils sont donc obligés de suivre un minimum le monde non-magique, s'ils veulent rester au courant des lois, de ceux qui les dirigent... Ils ne peuvent pas se renfermer comme le monde britannique sur eux-mêmes, en plaçant leur ministre de la magie en chef de gouvernement, en ultime autorité, en oubliant complètement qu'il y a encore un premier ministre et une reine au-dessus...
En France, le monde non-magique ne connaît pas l'existence du monde magique, mais la réciproque n'est pas vraie. Ils ont interprété l'obligation du Secret Magique complètement différemment des Britanniques. Je suis curieuse de savoir si ça a toujours été le cas, comme en Grande Bretagne où il y a depuis la Grande Charte le Wizengamot et depuis la création des Ministres un Ministre de la Magie, ou est-ce que ça a évolué en même temps que les régimes politiques ? Il faudrait que je trouve un livre d'Histoire de la Magie français ou alors que je harcèle Fleur de questions. Je crois que la première solution sera plus simple...
Bon, il fait beau, les cigales chantent, il y a l'odeur du barbecue qui plane encore, je suis en vacances, on ne va pas s'attarder sur l'histoire politique du pays maintenant, hein ?
Donc, suite de la journée !
Plutôt tranquille, en fait, une fois que le message est passé que nous ne cherchons pas à nous faire des amis (ça sonne terriblement asocial, comme ça...). Plus de garçons ne nous ont embêtés, Harry et Draco ont clairement démontré que Hermione et moi ne sommes pas célibataires et que même si nous portions un bikini sexy, ce n'est pas pour autant qu'il faut mâter comme un pervers... Draco m'a fait rire quand il a remballé sèchement un garçon comme ça, et que la mère du garçon est arrivée, et qu'il lui a suavement expliqué pourquoi son fils était aussi humilié, et que la mère s'en est pris à son fils en lui disant que ce n'était pas de son âge...
J'ai insisté pour prendre des chouchous auprès du vendeur à la sauvette quand il est passé. Là, c'est moi qui lui ai ordonné de ne pas trop balader son regard, parce que je suis mineure, et que plusieurs adultes n'hésiteront certainement pas à intervenir à la moindre remarque de ma part... Du coup, il m'a offert un paquet pour « s'excuser ».
Les vendeurs d'accessoires sont passés plusieurs fois juste devant nos serviettes, curieusement, alors que devant la famille installée devant nous, il y avait plus de place...
Bref, à la fin de l'après-midi, certains fiancés jaloux et possessifs bouillonnaient littéralement, et ont juré que plus jamais on ne retournerait sur une plage publique. Ha ha ! Victoire !
Ils ne peuvent franchement pas dire que je ne les avais pas prévenus après mon cinéma d'hier. Mais bon, au moins, ils sont dégoûtés, et si on doit retourner à la plage, on profitera de la plage privée du domaine Potter, avec du joli sable fin et surtout, personne pour nous embêter !
Puisque aujourd'hui, c'était repos, demain, c'est visite. On va voir les Baux de Provence ! Hermione et Draco ont beaucoup hésité, sur le programme, parce qu'ils veulent qu'on puisse voir des choses dans un peu toute la France, magique ou non, et il faut donc faire un tri. Les Baux, c'est donc le dernier lieu « proche » du domaine qu'on verra. Après, le plus proche, ce sera Carcassonne...
C'est cool, n'empêche ! Je vais voir plein d'endroits que je n'ai jamais vus de ma vie ! Même Marseille, où j'ai pourtant une cousine qui y habite, je n'y étais jamais allée... Le seul endroit que je vais connaître, ce sera Lyon, qu'on visitera sur trois jours. Du coup, je n'ai pas l'impression de tout connaître et de devoir faire le guide... C'est cool !
Donc les Baux, demain. Moyen-âge au programme !
Notes de l'auteur :
Désolée, désolée, je suis franchement à la limite d'être en retard, et en toute honnêteté, j'avais complètement oublié que c'était aujourd'hui que je devais publier le prochain chapitre :/
Je réponds dans la foulée aux quelques reviews auxquelles je n'ai pas encore répondu... (heureusement, je commence à reprendre pied avec mon nouveau rythme de vie, et j'ai déjà répondu à pas mal au fur et à mesure qu'elles arrivaient...)
Sinon, beaucoup m'ont parlé en review de la bande annonce du prochain Animaux Fantastiques, et évidemment que je suis impatiente ! :)
Pas d'article de forum, cette semaine, parce que j'ai déjà parlé des Forces de l'Ordre, et que j'attends un prochain chapitre pour l'administration magique française (on va parler un peu de son histoire dans un des prochains chapitres, et même si ce n'est pas un spoil important, j'ai quand même envie de vous garder la surprise :) )
Donc du coup, il ne me reste plus qu'à vous dire :
à dimanche prochain pour la suite ! :)
