Dimanche 25 août 1996

Chère Marie,

C'est un de ces jours où j'adorerais te prendre par surprise au téléphone, juste pour te choquer en te lâchant une bombe pareille... Malheureusement, je dois me contenter d'un journal, et l'effet de surprise est quelque peu gâté.

Toujours est-il que...

J'ai rencontré la Reine d'Angleterre aujourd'hui !

Et sa famille, et le Premier Ministre (John Major... que je ne connaissais auparavant que de nom grâce à mes cours de géopolitique à la fac).

Et rhoo que c'est tout en fastes et en prestige. C'est absolument dingue...

Ça a commencé comme visite de courtoisie, de deux grands nobles du royaume (Draco et Harry) se faisant connaître à leur Reine et lui confirmant leur bonne volonté à prendre en charge la fonction qu'ils doivent assumer (la représenter au sein du monde magique et en échange l'informer de ce qui se passe dans le monde magique), et ça a terminé comme presque un conseil de guerre... Journée chargée. Et quand la Reine est en colère, tu te fais toute toute toute petite...

Nous y sommes allés en tant que cinq mages, nobles ou fiancées à des nobles. Donc, nous étions habillés comme cinq prestigieux mages. Draco avait une robe noire, très bien taillée, avec le blason Black en évidence. La robe de Neville était verte sombre, presque noire. Celle de Harry était gris souris, la couleur des druides, pour afficher son statut de Grand Druide, mais quand même avec le blason Potter. Hermione était en robe de sorcière rouge sombre, avec le blason Black, et moi, j'étais en robe de Grande Prêtresse, une sorte de tunique longue, bien plus légère que leurs robes de sorcier, toute blanche, et la ceinture de cuir brun. Le drapé de la robe était fermé à l'épaule par une broche représentant ma fonction, et je portais en dessous les autres broches des mages dont j'ai hérité la magie, et le blason Potter, de l'autre côté. Le message était que je suis certes la fiancée de Harry, mais je suis surtout la représentante du courant magique celtique, ce qui me donne autant le droit de m'exprimer devant la Reine qu'à Draco et Harry, en tant que Coordinateurs magiques.

Amelia voulait au début qu'on soit accompagnés d'un représentant du Ministère, afin d'appuyer nos décisions s'il y en avait, mais nous avons réussi à l'en dissuader. Nous savons parfaitement ce qui entre dans le domaine de décision des Coordinateurs, et des mages celtiques, et ce qui est du ressort du Ministère.

Parce que nous devions aller à Buckingham Palace, et qu'il faut garder le Secret Magique tant que nous ne sommes pas en présence exclusive de la Reine et de ses conseillers de confiance, nous nous y sommes rendus en voiture, depuis le Ministère de la Magie. Une fois passée la sécurité, et dans le Palais, un page nous a conduit jusqu'à la salle de réception de la Reine. Une grande salle pratiquement vide, avec une architecture magnifique, des grandes fenêtres, des cheminées le long d'un mur, des guéridons un peu partout, et des gardes à chaque porte.

Nous avons attendu sans doute un quart d'heure, et la Reine et sa suite sont entrés. Quelques conseillers, sans doute, mais surtout son fils, le Prince Charles, et sa femme, la Princesse Diana. Hermione, via notre réseau mental, a marqué sa surprise, parce que la presse affirme que le couple est en pleine procédure de divorce. Je sais qu'ils ont divorcé, en effet, mais à quelle date...

Nous avons tous les cinq salué la Reine et le couple princier selon le protocole, en nous présentant formellement. Je me suis présentée en dernière, étant la seule de nationalité étrangère. La Reine n'a tiqué sur aucun titre, elle a du être briefée avant notre rencontre.

C'est une femme impressionnante. Elle a quoi... soixante-dix ans, dans ces eaux-là ? Elle n'est pas très grande, elle est même plus petite que Hermione. Mais elle dégage autorité et pouvoir, et même moi, Française, magicienne, c'est-à-dire théoriquement plus puissante qu'elle et pas sujet de son Royaume, ben je me suis sentie... petite, face à elle. Elle donne une impression de forte intelligence, de rapidité de décision, d'intransigeance... Si on devait la répartir à Hogwarts, je suis sûre qu'elle serait à Slytherin. Quand on voit la petite dame aux chapeaux à la télé, on ne comprend pas à quel point elle dégage une autorité royale en personne. Je comprends mieux maintenant l'aura qu'elle a auprès de ses sujets et de la classe politique internationale.

Sur son invitation, Harry a pris la parole pour expliquer le but de notre visite : Draco et lui ont hérité il y a quelques semaines des titres de Coordinateurs magiques du Royaume, et leur devoir est de se faire connaître auprès de leur Reine, et de la tenir informée de la situation de la communauté magique. Neville, Hermione et moi sommes également présents car la présence de cinq mages dans un même pays est une situation extraordinaire, et nous pensons que la Reine doit être informée de la teneur exacte de cette situation.

Nous avons été choqués de découvrir qu'elle n'était absolument pas au courant du retour de Voldemort. Cela fait deux mois que le Ministère de la Magie a reconnu le retour de Voldemort, il y a eu plusieurs attaques, des centaines de morts (heureusement surtout du côté des Deatheaters, grâce aux deux grosses attaques sur Lions' Hill et Godric's Hollow), et la Reine n'est au courant de rien.

En fait, elle a un Conseiller, nommé par le Ministère de la Magie, car il doit suivre une formation pour obtenir ce poste. Et donc ce Conseiller est souvent choisi pour ses positions pro-Ministère et non pour ses connaissances. Vu que cela fait plusieurs décennies, voire maintenant siècles, que le Ministère de la Magie est plus préoccupé par le fait de marquer sa distance avec le gouvernement non-magique et le contrôle de la population magique et des créatures vivant sur le territoire britannique que par la promotion de l'égalité ou le respect des lois cadres du royaume, on peut s'imaginer ce que le Conseiller en question a pu raconter à la Reine.

Il y a des sorciers dans la famille royale. La Princesse Anne, par exemple, la sœur du Prince Charles. C'est la seule de la fratrie. Puis il y a le prince Harry. William n'a absolument aucun pouvoir, comme ses parents et sa grand-mère, mais Harry est sorcier. Il a onze ans, douze en septembre prochain. Il aurait du, comme n'importe quel autre sorcier du royaume, avoir accès aux écoles de magie, et de part son titre, à Hogwarts. Il aurait du recevoir, je ne sais pas quand ces derniers mois, une invitation l'invitant à rejoindre Hogwarts dès la rentrée prochaine. Mais cela fait des siècles qu'aucun membre de la famille royale n'a mis les pieds à Hogwarts, malgré la présence maigre mais régulière de sorciers dans la famille.

La famille royale est aujourd'hui l'unique héritière de la Très Ancienne et Royale Famille Pendragon. Comme Arthur Pendragon. Depuis Merlin, la communauté noble et sorcière veille à ce que ce soit un héritier Pendragon, de sang, qui soit sur le trône. Pas forcément en droite ligne, cette ligne-là a disparu depuis longtemps, mais il y a quand même du sang Pendragon qui coule encore aujourd'hui chez les Windsor actuellement au pouvoir. Même Arthur, tranquillement installé à Avalon, reconnaît que la Reine actuelle est son Héritière. Ils sont donc la seule Famille qui dépasse en statut les familles Potter et Black. Mais magie et exercice de la royauté ne font pas bon ménage. Et s'il y a du sang magique dans la famille, il y a très peu de sorciers, trop peu pour qu'il y ait une présence continue de la famille au Wizengamot, et peu à peu, les sorciers ont oublié que les Rois d'Angleterre sont la plus puissante famille de leur communauté, en termes d'autorité et de gouvernement. Pour l'instant, la représentation des voix Pendragon appartient aux Potter. Edward Potter s'en était assuré avec le Roi George VI, le père de la Reine Elizabeth II.

Avec les positions actuelles du Ministère, et l' « oubli » des Pendragon au sein du Wizengamot, il a été facile d'exclure les sorciers de la famille de la communauté, à commencer par leur scolarité. Un décret a été publié il y a trois siècles, déclarant que les Princes royaux ont trop de responsabilités et de choses à apprendre pour qu'on puisse se permettre de les scolariser à Hogwarts, et qu'un tuteur serait nommé pour leur permettre un apprentissage personnalisé de la magie.

Et ce qui a été fait de ce décret est absolument... écœurant. Cela a mis la Reine et le Prince de Galles très en colère, et je les comprends. En gros, à chaque nouveau membre magicien de la famille royale, on lui dit que certes il est sorcier, mais pas assez puissant pour vraiment exercer la magie. Donc on va effectivement lui confier une baguette, lui apprendre vite fait quelques sorts de base et quelques principes magiques, et... c'est tout. La Princesse Anne n'a eu que trois ans d'apprentissage de la magie, et le Prince Harry est, selon son tuteur, bien avancé dans son apprentissage, ce qui lui permettra, maintenant qu'il contrôle son faible pouvoir, de se consacrer sur le plus important, son éducation de Prince du royaume, comme son grand frère non-magicien.

Nous avons été choqués en apprenant ça. Comment terminer un enseignement de la magie alors que le cœur de magie du sorcier n'a même pas fini de grandir ? Alors même que théoriquement, il n'a même pas l'âge d'entrer dans une école de magie ! Comment limiter tant l'enseignement de la magie qu'ils n'ont jamais de cours d'Histoire de la Magie (non pas que le programme enseigné à Hogwarts soit satisfaisant, mais il y a effectivement des événements propres au monde magique qu'un futur roi ou grand prince aurait besoin de connaître) ? C'est limite si on ne leur dit pas que les sorciers ne sont qu'une centaine de personnes dans le royaume, parfaitement intégrés à la communauté non-magique, et ça ne sert à rien de s'occuper d'eux, ils savent très bien se gérer tout seuls.

C'est absolument scandaleux. Nous savions que la situation était grave grâce à ce que nous avons pu apprendre à Avalon, mais aussi grave ? Non. C'est une véritable catastrophe.

Et je ne suis pas en train d'exagérer ou de dramatiser... Maintenant qu'on leur a dit ce qui se passe vraiment, et qu'ils savent à quel point ils ont été trahis par toute une communauté, comment pourraient-ils continuer à faire confiance à des membres de cette communauté ?

La Reine a parlé un temps de bannissement, de rupture du Secret Magique, d'abolition de la Clause Magique de la Grande Charte (celle qui fonde le Wizengamot et assure la quasi-indépendance de la communauté sorcière dans le royaume de Grande Bretagne), et franchement, je la comprends. Les mots rébellion, sédition,... ont résonné plusieurs fois dans la conversation.

Ce n'était franchement pas joli.

La Reine a convoqué en urgence ce Conseiller personnel, la Princesse Anne, le Premier Ministre, Amelia Bones en tant que nouveau Ministre de la Magie... pour faire un point sur la situation et déclarer qu'il était temps d'y remédier sans délai. Pauvre Amelia ne savait plus où se mettre. Elle arrive après l'incompétent Fudge, et elle a du passer un bon moment à expliquer à la Reine que non, elle ne partage pas les vues des anciens Ministres parce qu'elle une Bones, membre des anciens Ordres d'Avalon et de la Table Ronde, et qu'elle est fidèle envers sa Reine (tu as tout le côté Hufflepuff qui ressort d'un coup)... Et qu'elle n'a pris position qu'il y a quelques jours, et qu'elle a besoin d'abord d'assurer la sécurité de la communauté magique avant de lui rappeler qu'il y a une Reine à sa tête.

La Reine a peu apprécié cet ordre des priorités...

Mais cela se comprend, d'une certaine manière. Les sorciers pour l'instant vivent dans la peur de la guerre et de Voldemort. Ils se foutent complètement de qui les dirige, ils veulent juste être certains qu'ils sont protégés, que leurs proches sont en sécurité et que leur maison ne se fera pas détruire.

Mais leur rappeler maintenant que la Reine dirige l'ensemble du Royaume, y compris la communauté sorcière, a également ses avantages, y compris dans la situation par rapport à Voldemort : cela montre que la dirigeante méprisée de la communauté non-magique qui semble si envahissante aux yeux de certains sorciers appartient de fait à la communauté sorcière, et en est la principale dirigeante. Cela permet de montrer que le Lord Voldemort n'est absolument pas un Lord, au sens magique ou non.

Cela permet également de montrer que quand les Black et les Potter disent qu'ils n'en doivent qu'à la Reine, ce n'est pas qu'une expression que Harry utilise parce qu'il a grandi chez les Moldus. Si ces deux familles sont aussi indépendantes par rapport au Wizengamot, c'est bien parce qu'elles sont directement redevables auprès de l'autorité supérieure : la Reine du Royaume-Uni de Grande Bretagne et d'Irlande elle-même. Draco et Harry ont d'ailleurs passé un bon moment à assurer que cela ne faisait absolument aucun doute à leurs yeux, et qu'ils seraient ravis de renouveler les serments de fidélité des deux familles envers la Couronne.

Des décisions ont été prises : un nouveau Conseiller a été nommé, en premier lieu. Henry Dirtwood. Inconnu à mon bataillon, mais Amelia a assuré que c'était un homme digne de confiance, un Né-Moldu, qui connaît donc parfaitement la société non-magique et reconnaît l'autorité de la Reine. Ensuite, Narcissa et Frank ont été convoqués, afin de servir de tuteurs à la Princesse Anne, tant au niveau magique que politique, afin qu'elle puisse représenter rapidement la famille Pendragon au Wizengamot.

Le Prince Harry, lui, fera sa prochaine rentrée à Hogwarts, comme n'importe quel sorcier entre son onzième et son douzième anniversaire. Harry (le nôtre) a promis qu'il regarderait avec McGonagall pour voir si un ou des professeurs peuvent être recrutés pour enseigner les matières non-magiques, pour que le Prince ne manque rien à son éducation. Et si possible rendre ces enseignements disponibles aux autres élèves de l'école.

La Reine est également officiellement invitée à présider une session du Wizengamot, avant le 1er septembre, pour que Harry et Draco soient présents. Elle veut rappeler que le siège d'honneur du parlement magique est normalement réservé au souverain, et non à son ministre, qui ne l'occupe qu'en l'absence du souverain.

Ça, c'est juste pour la réintégration de la famille royale dans la société magique, et de la société magique dans le royaume.

Par rapport à Voldemort, Amelia va mettre Scrimgeour en contact avec les dirigeants du MI6, de Scotland Yard et de l'Armée. Ils vont essayer de repérer tous les Nés-Moldus et Sangs-Mêlés qui ont préféré faire carrière dans l'une de ces trois institutions, afin de servir de relais entre les forces de l'ordre magiques et non-magiques. L'idée principale est, à long terme, de réduire le fossé entre le DMLE et ses équivalents non-magiques, afin de s'assurer qu'une telle situation ne se reproduise pas.

Et ça a beaucoup parlé de l'après-Voldemort : comment décloisonner la société magique britannique. Harry a parlé de la refonte du programme de Hogwarts, et sans doute des autres écoles de magie du royaume, et des contacts qu'il a établis pendant les vacances avec des directeurs d'écoles et d'universités françaises, qui ont une excellente réputation dans le monde magique. McGonagall et lui ont déjà prévu de contacter d'autres écoles, universités et représentants des différents systèmes éducatifs dans divers pays, notamment les États-Unis, le Canada et l'Australie.

Nous avons également parlé de la répartition des voix au Wizengamot, et comment cela va changer le paysage politique par rapport à ces dernières décennies : le Lord Black est présent et complètement partisan d'une réintégration dans le royaume de Grande Bretagne, ce qui va entraîner, en plus des voix Black, de nombreuses familles conservatrices à sa suite. Les nobles héritiers du Wizengamot seront pour la plupart acquis à la cause de Harry et Draco, surtout que la Grande Bretagne est un royaume de fait, laissant un certain rôle aux Lords (la Chambre des Lords...), et ils ne se sentiront donc pas menacés. Et étant représentants des cinquante plus grandes familles, ils mettent généralement un point d'honneur à se souvenir, et ils auront vite fait de se rappeler qu'ils ont effectivement une Reine, et que c'est elle qui détient autorité, pas le Ministère composé de communs.

Le Ministère, d'ailleurs, sera le vrai organe problématique, Amelia ne l'a pas caché. Comme toute administration, c'est un mastodonte difficile à faire bouger. Et c'est d'autant plus vrai que le Ministère de la Magie est l'ensemble de l'administration magique de Grande Bretagne. Ce n'est pas comme si on secouait en France le Ministère de l'Éducation, et les autres continuent de tourner. Non, là, c'est tous les aspects de la vie magique en Grande Bretagne qui seront concernés. Et le Ministère voudra garder ce pouvoir quasi-absolu sur la communauté magique britannique. Même si la Ministre à sa tête est de bonne volonté, les différents Directeurs de services, leurs sous-directeurs, les directeurs adjoints, les conseillers, représentants, élus, consultants, technocrates, bureaucrates... vont tout faire pour défendre leur bout de gras et garder leur morceau d'autorité.

C'est d'eux que viendra le problème. Même si le Wizengamot promeut de nouvelles lois égalitaires, ou abroge certaines lois problématiques par rapport à la Constitution Britannique, la marge de manœuvre sera limitée si ceux qui doivent les appliquer ne changent rien à leurs pratiques.

Il y aura un énorme travail de communication à faire pour que les sorciers britanniques s'intéressent de nouveau au monde extérieur, à la communauté non-magique, à la façon dont les communautés magiques étrangères vivent dans leurs propres pays, comment les différentes minorités sont intégrées dans l'ensemble de la société ailleurs dans le monde...

Et c'est là que nous cinq, mages, entrons en scène. C'est là où nous refaisons découvrir certaines connaissances de base de la magie qui ne sont plus enseignées ; c'est là où moi, Française, je dis comment ça se passe dans mon pays, et avec quel succès ; c'est là où nous montrons que même en étant mages, Lords Potter ou Black, Grande Prêtresse, ou je ne sais quoi, on reconnaît que la Reine d'Angleterre est Reine en ce pays, y compris pour les magiciens. Pour le coup, les Coordinateurs ne serviront pas à conseiller les dirigeants, mais la population.

Moi, ça me fait penser à cette prophétie de janvier dernier. Il est peut-être vraiment là, notre rôle en tant que Cinq Mages : rouvrir toute une communauté bien fermée depuis plusieurs siècles à l'ensemble du pays. Il y a mille ans, quatre mages se sont associés pour assurer que tous les sorciers aient accès à une éducation magique complète. Aujourd'hui, cinq mages peuvent s'associer pour que tous les sorciers reprennent leur place dans leur pays et au sein de la communauté internationale, en retrouvant leur ancien prestige. Tous les cinq avons une prépondérance dans un des grands domaines de la vie magique britannique : Harry à Hogwarts, Draco au Wizengamot, Neville avec la Médicomagie et donc St Mungo, Hermione avec l'intégration des Nés-Moldus, et moi avec la dimension internationale.

Harry est aussi un combattant, Draco un potionniste, Neville un biologiste, Hermione une chercheuse, et moi une historienne. Harry et moi sommes parfaitement représentants du courant celtique, Hermione est beaucoup plus proche du latinisme, et Draco et Neville représentent un bon compromis entre ces deux tendances. Draco est conservateur, Harry et Hermione fermement progressistes, et Neville et moi au centre, avec l'acceptation du progrès, mais sans sacrifier toutes les traditions pour autant.

Bref, nous avons forcément crédibilité, au moins un ou deux d'entre nous, quel que soit le domaine abordé. Et la Reine l'a très vite compris, et compte bien s'en servir. Redoutable, la Reine, d'ailleurs... J'imaginais que ces grands personnages politiques étaient plus doués pour parler et agiter la main qu'autre chose, laissant les décisions réelles à une flopée de conseillers (comme le Secrétariat d'Etat en charge des questions magiques en France), mais non, pas la Reine. C'est elle qui a dirigé la conversation, c'est elle qui a pris et acté les décisions, et ses conseillers n'avaient pas grand chose d'autre à dire qu'approuver ses décisions et lui donner quelques informations nécessaires.

Une fois tout ceci décidé et acté, elle a renvoyé tout le monde, sauf sa famille et nous cinq, et nous avons été conduits dans une bibliothèque. Magnifique, d'ailleurs. Je commence à prendre l'habitude avec les bibliothèques de Hogwarts et de Lions' Rock, mais en même temps, je ne m'en lasse pas. Il se dégage une grandeur de ces lieux, c'est absolument fascinant.

Au milieu de la bibliothèque, il y a un petit salon, et nous nous sommes installés là pour continuer la conversation, de manière beaucoup plus informelle et agréable. D'ailleurs, les princes William et Harry nous ont rejoint un peu plus tard, ainsi que le consort de la Reine, le prince Philippe. Le prince William a quatorze ans et son petit frère onze. William est au courant de l'existence de la magie, à la fois en tant que frère d'un magicien et en tant que second dans la ligne de succession au trône : il faut que le potentiel roi soit au courant de qui sont ses sujets, après tout. Mais c'est surtout le Prince Harry qui a montré de l'intérêt, surtout en apprenant qu'il allait pouvoir aller beaucoup plus loin dans son apprentissage (qu'il allait pouvoir réellement apprendre quelque chose surtout…). Neville a lancé discrètement un Gend, histoire qu'on s'assure qu'on ne faisait pas de promesses en l'air, mais non, tout va bien, le petit prince a bien une puissance tout à fait normale.

Harry – le mien... oh bon sang, je sens que ça va me frustrer cette histoire... Bon, le Prince Harry, c'est un diminutif, il s'appelle Henry en fait, et c'est la presse et l'opinion publique qui lui ont donné le surnom de Harry. Qu'il aime bien, apparemment, mais que sa famille n'emploie jamais. Il veut qu'on s'adresse à lui comme Harry, donc je vais le faire, mais dans ce journal, au moins, la confusion sera levée. Prince Harry de Galles sera Henry, et Duc Harry Potter (qui est pour le coup vraiment Gallois…) sera Harry. Et le Prince Henry suivra le même traitement que le Duc Harry, c'est à dire que je ne vais pas m'encombrer du protocole et des titres à chaque fois que je dois écrire son nom. Aucun membre de la famille royale ne lit mon journal, ils ne vont pas me faire de procès pour manquement au protocole, n'est-ce pas ?

Parce que même dans un contexte plus informel, tous les titres doivent être respectés, et la Reine parle toujours avec le Nous royal... C'est assez amusant de désuétude, en fait. Et heureusement que je suis liée à Draco et Hermione mentalement pour qu'ils me traduisent certains mots ou expressions ! Parce que bon, le langage de l'Anglais moyen, ça va, je maîtrise. Les accents, OK. Les répliques plus ou moins pointues des gens de la haute, ça passe aussi : à défaut de pouvoir encore les utiliser naturellement, je les comprends.

Mais le langage très policé et soutenu de la famille royale, ça, c'est autre chose ! Je retombe dans un de ces romans de l'époque romantique britannique. Ceux que si tu veux les lire en langue originale, tu gardes un dico à côté de toi (voire même si tu les lis en français...). La Reine a soixante-dix ans, et si elle ne te le fait pas sentir dans sa forme et son autorité, tu te prends le langage d'avant-guerre en pleine poire ! Bienvenue à l'époque où l'anglais était loin d'être simple grammaticalement, et beaucoup plus riche et précis au niveau du vocabulaire... Et les Princes Philippe et Charles parlent le même langage. Heureusement, ce n'est pas le cas de la Princesse Diana ni des deux jeunes princes... Je ne sais pas comment Henry se serait débrouillé à Hogwarts s'il parlait ainsi au quotidien.

Étrangement, cette discussion a été très intéressante et enrichissante. J'ai évidemment beaucoup appris sur la famille royale. Pas sur leur vie privée ni sur leur rôle (que je connais grâce aux années passées à Avalon), mais sur leurs personnalités, leurs relations entre eux et la façon dont ils gèrent leur image publique... Les Princes William et Henry me font penser à des Slytherins, avec leurs manières parfaites, leur langage choisi et leur image maîtrisée... Haha, j'imagine le choc dans quelques années quand le prince Henry fera sa crise d'adolescence, avec tous les scandales qui ont émaillés la presse au début des années 2000... (il s'est calmé, depuis, non ? J'en suis restée à cette histoire d'armée et d'Afghanistan...).

D'ailleurs, les adultes se sont montrés assez inquiets de la gestion de la presse à Hogwarts, et Harry a assuré qu'après le lynchage médiatique dont il a fait l'objet cette année, non seulement aucun membre de la presse n'aura accès à l'école sans autorisation expresse de Harry lui-même, McGonagall, la personne concernée, et ses représentants légaux si elle est mineure, mais en plus, Harry n'hésite plus à poursuivre les journaux en procès, et ils n'aiment pas trop payer des dizaines de milliers de Gallions pour avoir prononcé un mot de travers sur le Lord Potter ou sa compagne.

Parce que oui, les avocats de Harry ont mené cette médiation (qui ressemble plus à de l'intimidation, à mes yeux, mais bon, on va pas chipoter sur les termes, n'est-ce pas ?) dont je te parlais début août, et j'ai appris lors de cette discussion que ça avait pleinement marché : le Daily Prophet et d'autres journaux ont payé pour absolument chaque insulte et diffamation à notre encontre, Harry et moi. Ils ont joué à fond la carte du prestige de la famille Potter : vous avez attaqué la famille la plus puissante magiquement et économiquement de la Grande Bretagne magique ! Vous avez attaqué l'héritier par le sang et par la magie de Merlin et des quatre fondateurs de Hogwarts ! Le Prophet a payé une somme qui approche le million, apparemment. Ils ne vont pas recommencer de sitôt. Et Harry va faire savoir que ses avocats sont à la disposition de la famille royale pour toute affaire dans le monde magique.

Enfin voilà. C'est un peu confus et pas forcément dans l'ordre, mais voilà ce qui s'est passé chez la Reine... Prestige, politique et protocole. Les trois « P » favoris des Slytherins, ceux que j'aime le moins... Heureusement que j'ai quand même leur personnalité, parce que sinon, je suis mal barrée à la rentrée.

Mais je suis contente malgré tout. Même si la journée a été chargée, pas forcément joyeuse, nous avons fait honneur à notre rang et notre rôle. J'ai su respecter à la lettre l'étiquette à adopter devant la famille royale britannique, j'ai même pu m'en écarter légèrement de temps en temps en sachant que je m'en écartais, et avec une raison et un but derrière... Bref, l'enseignement d'Avalon a porté ses fruits, et rien que ça, c'est un énorme succès pour moi.

Là, il reste à peine moins d'une semaine avant la rentrée, normalement, ça devrait être tranquille, à part cette audience de la Reine au Wizengamot. Mercredi prochain, normalement. Je te tiens au courant, évidemment.

Là, on a prévu une soirée tranquille pour se vider la tête après une telle journée. Demain, Harry veut travailler en tant que Lord, et j'espère (oh, j'espère !) qu'il ne voudra pas que je me joigne à lui. Pour l'instant, il me tient juste au courant globalement de ses affaires, surtout ce qui peut avoir des répercussions publiques. Je n'ai par exemple pas du tout suivi ses investissements et tout ça. Par contre, je sais que le nom de Potter est associé à certaines organisations caritatives (pas beaucoup, pas par radinerie, mais parce que ce n'est pas quelque chose de répandu, les organisations caritatives, dans la communauté sorcière en Grande Bretagne).

Et c'est pas très cool pour lui, je sais, mais j'aimerais bien que mon niveau d'implication dans ses affaires en reste là. Je sais que ce n'est pas réaliste : je veux être considérée comme son égale, et pas comme une épouse de sang-pur, jolie poupée qui tient la maison et pond un héritier. Ça veut dire que si je veux m'affirmer auprès des autres Lords, il faut non seulement que je sois indépendante (mon activité de recherche et de Grande Prêtresse), mais également que je sois au courant de tout ce qui concerne les affaires et le domaine de mon mari, tout comme il est censé être au courant de tout ce qui me concerne. Je sais que Harry va chercher à jouer avec cette tradition, à nous préserver tous les deux un domaine à nous, et lui, ce sera certainement lié à son patrimoine, mais être Lord et Lady, ça donne une grande liberté, certes, mais aussi une putain de pression sociale...

Tiens, en parlant du chéri... Il insiste pour que je lâche mon journal et qu'on aille se balader. Comment résister à ses jolis yeux, hein ?

Bisous ma belle.


Notes de l'auteur :

Ceux qui attendaient un peu d'action et de rebondissements vont être ravis avec ce chapitre ! :) Et c'est amusant qu'il soit publié le lendemain du 65ème anniversaire du couronnement de la Reine Elizabeth II. On va dire que c'est un heureux concours de circonstances :)

Enfin, je rappelle que j'ai écris cette histoire en 2013, et qu'à cette époque, rien ne montrait que le Prince Harry s'assagissait et se marierait quelques cinq ans plus tard ;)

Sur un tout autre sujet, merci pour votre soutien concernant l'idée de pause, ça me soulage beaucoup de savoir que vous, lecteurs qui m'avez donné envie chaque semaine pendant plus de deux ans de publier, me comprennez quand j'évoque l'idée d'une pause de quelques mois. Pour les dubitatifs, dites vous que ça me permettra de tourner définitivement la page de la première partie, et d'enfin avancer sur la deuxième, et de vous proposer un contenu qui j'espère vous plaira tout autant que cette partie :)

Recommandation de lecture :

Ça fait longtemps que je n'ai pas recommandé une fic, mais l'entrevue entre la Reine et les mages a été fortement inspirée par la fic de Synik, Harry Potter and the Four Heirs, en anglais comme vous pouvez le supposer. J'ignore complètement s'il y a une traduction française, mais je ne peux que vous conseiller cette fic, comme la plupart de celles de cet auteur. Dans cette fic, Harry va voir assez tôt la Reine et l'implique dans la reconstruction de la Grande Bretagne Magique. Il y a d'autres surprises dans cette fic que je ne veux pas gâcher ;)

Réponse aux guest reviews :

Farwey : Bravo pour avoir tout lu en quelques jours ! Oo Merci pour ta review, et de t'être accroché jusque là ! :) J'espère que ce nouveau rebondissement te plaît, et il y en aura d'autres dans les prochains chapitres ;)

Pour le coffre de Morgane en France, il n'avait en effet rien de particulier : des livres, quelques artefacts propres à la fonction de Grande Prêtresse de Manon, et c'est tout.

Bonne lecture et à dimanche prochain pour la suite !