Lundi 26 août 1996

Chère Marie,

Bon, ben le retour en Grande Bretagne signifie vraiment le retour aux affaires...

Ce matin, entraînement, le premier sérieux depuis qu'on a quitté Avalon. Moody et Shacklebolt ont insisté pour nous voir. Je crois qu'ils ne nous croyaient pas vraiment, en fait, quand on leur disait qu'on n'avait plus besoin d'eux. C'est bon. Ils nous croient maintenant. Non seulement nous maîtrisons tous les cinq vraiment notre magie, mais même physiquement, avec nos armes et notre façon de nous battre, nous sommes meilleurs. En toute modestie, hein ? Tu me connais, haha.

Et cet après-midi... ben j'avais tort d'espérer, apparemment. J'ai bel et bien participé à la réunion avec Harry et ses managers financiers, juridiques, communication... Et c'est aussi ennuyeux que j'imaginais ce genre de réunion être. Mais c'est nécessaire. J'ai essayé de participer de mon mieux, et je suis contente que mon cursus de LEA, à défaut de me donner des compétences réelles, me permet au moins de comprendre le vocabulaire, y compris en anglais. On a décidé que Harry aurait une réunion générale mensuelle, à laquelle je me joindrai, et une leçon de management par semaine, à laquelle je suis libre de me joindre ou non. Dépendamment de comment se goupille mon emploi du temps, je vais essayer de m'y joindre. Je n'ai pas envie d'être larguée dans des réunions dans lesquelles je dois de toute façon être. Tant qu'à y être, autant y participer, n'est-ce pas ?

Ce qui me rassure pour les affaires Potter, c'est que Harry est beaucoup moins allergique aux chiffres que moi. Mais beaucoup moins bon sur tout ce qui est comm' et marketing. Donc, si on fait ça sérieusement, tous les deux, on va bien se compléter, et les affaires familiales vont peut-être continuer à prospérer, ou tout du moins ne pas péricliter (ouh, il revient de loin, ce mot là !).

En tout cas, après la journée super politique d'hier, voilà une journée super business. Et ce soir, avant le dîner, on est tombés d'accord, tous les cinq : il faut qu'on arrive à trouver des projets pour nos NEWTs. McGonagall a déjà donné son accord de principe pour qu'on puisse rassembler plusieurs matières dans un projet.

Donc voilà, derniers devoirs de vacances : trouver quelles matières étudier dans une semaine, et surtout, comment les étudier.

McGonagall veut d'ailleurs nous voir vendredi à ce sujet. Harry a beaucoup travaillé avec elle aussi, sans que nous quatre soyons impliqués dans les discussions. Il n'a pas arrêté de correspondre avec elle pendant nos vacances, et à chaque fois qu'ils peuvent, ils font un point ensemble. Tout ce que Harry nous en a dit, pour l'instant, c'est que pour nous motiver, une partie de notre note de NEWT pourrait être réalisée en tant qu'assistants de leçon pour les classes les plus jeunes. Je sais pas si je suis particulièrement motivée, je sais déjà que ma pédagogie laisse à désirer.

Est-ce franchement bien raisonnable de me confier toute une classe de première ou deuxième année dans je ne sais quel sujet ? Même avec un plan de cours fourni, je ne suis pas sûre que j'aurais la patience d'expliquer, de répondre aux questions... Les autres sont persuadés que oui, mais ils ne m'ont jamais vue donner de cours particuliers... Je ne suis pas sûre que les gamines à qui j'ai donné des cours d'allemand en aient retiré quoi que ce soit. Je ne pense pas que ma tendance à ne pas comprendre comment les autres pouvaient ne pas comprendre à la même vitesse que moi (« voyons, ce n'est pas si compliqué, c'est juste une étape supplémentaire par rapport à la leçon de la semaine dernière ! Comment ça vous n'avez pas compris la leçon de la semaine dernière ? On a fait dix exercices depuis sur le sujet ! ») se soit adoucie avec le temps.

Quand j'ai expliqué ça aux autres, la réaction de Harry a été très charitable :

« Explique moi la bourse. »

Traître.

Ça fait quoi... trois ans de fac, plus tout l'après-midi d'aujourd'hui... que je me dis que j'ai enfin compris le système d'inflation et de déflation, et des valeurs fluctuantes de la bourse, et comment la monnaie pouvait avoir une valeur différente de sa valeur faciale... Et ben non... Quand tu me demandes d'expliquer, je me rends compte que c'est encore complètement confus, et que je n'ai finalement toujours rien compris (serpent monétaire ? késako ?).

Et comme c'est lui qui a pris le relais de ses conseillers cet après-midi, parce qu'il se souvient de cet après-midi début août, quand j'avais fait le point de l'évolution des grandes entreprises sur les dix prochaines années avec son chargé de comptes à Gringotts, il sait l'ampleur de ma méconnaissance du sujet et il ne comprend pas comment je peux suivre les cours de la bourse sans rien comprendre à la bourse...

Je te rassure Harry : je ne comprends pas non plus... Les mystères insondables de mon étrange mémoire... Je fais un blocage sur le fonctionnement de l'économie, mais bon, les cours de la Bourse, c'est juste une idée générale de la valeur d'une entreprise à un moment donné. C'est comme retenir une liste de dates en cours d'Histoire, en fait.

Enfin, le but de Harry avec cette question, c'était de souligner qu'on a parfois beau expliquer trente mille fois les choses de trente mille manières différentes, ben quand ça veut pas rentrer, ça ne rentre pas, et ça ne fait pas de moi quelqu'un de stupide pour autant, parce que je ne comprends rien à l'économie et la finance. Donc je ne dois pas penser que mes potentiels élèves sont stupides parce qu'ils ne comprennent rien à ce que j'enseigne.

C'est adorable de sa part, franchement... Mais quand je vais perdre patience en face de mes élèves, je ne suis pas sûre de me souvenir de cette conversation.

Enfin bon, ça aura fait rire les autres. Draco et Hermione sont ravis de voir que j'ai un tel point faible dans ma capacité d'apprentissage. Ils savaient déjà que je faisais un blocage sur les chiffres, mais ils ne pensaient pas que c'était à ce point. Ben si. Suis pas une surdouée, hein. Mais c'est quand même vexant, parce que tous les quatre comprennent au moins les principes de base de la finance, Draco même un peu plus que ça, et je suis la seule qui n'y arrive franchement pas.

« Tu veux qu'on te donne des cours, à Slytherin ? » m'a demandé Draco avec un sourire moqueur.

C'est gentil d'en rajouter... Je sais parfaitement que la plupart de ceux qui comptent (et savent compter, haha) dans la maison sont ceux qui vont reprendre les affaires familiales et ont au moins des notions en la matière. J'ai déjà entendu plusieurs fois Draco, Blaise et Theo passer des heures à discuter de deals prometteurs ou de points légaux concernant leurs affaires. Et euh... non merci. Je suis très bien avec ma culture littéraire.

Être Slytherin, c'est pas seulement savoir gérer les affaires de la famille, c'est aussi savoir s'entourer des personnes compétentes pour gérer ce qu'on ne sait pas gérer. Et ça tombe bien, j'ai un fiancé bien plus prometteur que moi en la matière, et un ami déjà très au point... Pourquoi m'embêter, franchement, alors que je sais que de toute façon, ça ne m'intéresse pas, et que rien que ça, c'est un obstacle majeur à mon apprentissage ?

Je suis Grande Prêtresse d'Avalon, bon sang, je ne peux pas être partout à la fois.

Heureusement, en voyant ma mauvaise volonté évidente, ils n'ont pas insisté.

Tiens, en parlant de fiançailles et de rôle dans la société... J'ai découvert aujourd'hui la montagne de courrier qui m'attend depuis les vacances. Pendant que nous étions en France, la nouvelle de nos fiançailles a été rendue publique en Grande Bretagne, et vue la masse de courrier, j'ai l'impression que chaque foyer sorcier a eu envie de me faire part de son opinion à ce sujet. Harry dit que lui, Draco et Hermione en ont reçu tout autant.

Et apparemment, ça ne plaît pas à grand monde, que le si puissant et si britannique Lord Potter, héros du pays et futur Sauveur face à Voldemort, choisisse une Française née-moldue qui affiche un tel mépris des coutumes britanniques. Faudra me montrer à quelles coutumes j'ai manqué... Les lettres sont dans un panaché de « Laisse-le tranquille, tu ne le mérites pas ! » avec une variation de niveaux de langage, de quantité et de diversité d'insultes, et d'explications plus ou moins enflammées. Ravissant.

Honnêtement, si Harry ne prenait pas les choses aussi calmement et avec désintérêt, j'aurais beaucoup plus mal réagi. Il m'aide sacrément à ne pas me sentir trop blessée et insultée.

Mais sincèrement, on peut se demander pourquoi ces gens pensent que leur lettre va avoir une influence ? Les fiançailles ne peuvent pas se rompre. Sauf faute très grave de la part de l'un ou de l'autre (la tromperie ne suffit même pas, pour te dire), ou bien entendu la mort d'un de nous deux. Alors ils auront beau me dire de le laisser tranquille, ce n'est pas comme si je pouvais quitter Harry. Même les pires menaces n'y feront rien : je n'ai le droit de rompre ces fiançailles que si Harry met directement en danger ma vie. Directement. Si quelqu'un menace l'un ou l'autre, ça ne suffit pas. C'est Harry qui doit me menacer pour que j'ai le droit de rompre avec lui. Et pas de me garder enfermée à Lions' Rock ou au contraire m'en exclure, hein... Il doit vraiment mettre en danger ma vie, volontairement. Il faut qu'il m'agresse. Comme si ça allait arriver un jour...

Donc, sans même tenir compte du fait que nous nous aimons et que nous n'avons aucune intention de nous séparer, toute la pression sociale du monde ne suffirait pas à mettre fin à ces fiançailles.

Quant au fait que je méprise complètement la communauté magique britannique, c'est sûr que m'envoyer des lettres de menace et de condamnation sur ma vie privée qui ne les regarde en rien va me faire changer d'attitude à leur sujet...

D'ailleurs, histoire de parfaire mon image de Française méprisante, j'ai décidé d'envoyer une réponse à tous ceux qui ont osé signer leur lettre. Du genre « c'est très gentil de me faire part de votre opinion au sujet de mes fiançailles, permettez-moi cependant de ne pas en tenir compte ». Avec signature officielle complète (Manon Nestral, Grande Prêtresse d'Avalon, Héritière de sang et de magie de Morgane la Fée, Héritière de magie de Galaad, Nimue et Viviane, Fiancée de Lord Harry James Potter, Duc de Hogwarts, ça plaisante pas, hein ?). J'ai fait rire Neville et Harry quand j'en ai parlé au dîner, ce soir, et Draco et Hermione ont semblé pas très approbateurs. Je sais, c'est petit, c'est mesquin, mais ça me fait du bien. Et j'ai donc depuis le dîner l'accord officiel de Harry pour le faire. J'aurais beaucoup plus hésité à le faire s'il ne m'avait pas soutenue, puisque c'est aussi son nom qui est concerné (puisque justement, on me reproche le fait que je vais le porter un jour...).

Donc pendant que Harry étudie les documents de cet après-midi, je me suis occupée de ce courrier. Vive la magie ! Entre la magie de duplication et la rédaction automatique, j'ai pu faire quelques cinq cent trente lettres en moins de deux heures. Tout est prêt et sous enveloppe, et ça partira demain matin à la volière pour que ce soit dispatché dans tout le pays. Pauvres hiboux... J'ai un peu de peine pour eux, mais bon. Et j'ai d'autres courriers tout prêts auxquels il ne manque que l'adresse si jamais je continue à en recevoir de cette trempe.

Voilà du travail bien fait. Ça me donne envie de ricaner bêtement. C'est stupide et facile, mais j'en ai marre de me laisser insulter sans répondre. Cinq cent trente lettres, bon sang ! Et ce ne sont que ceux qui ont laissé leur nom quelque part dans leur courrier ! Crétins de moutons bigots... Ils insultent des jeunes de seize ans sur leur vie sentimentale ! Est-ce qu'ils se rendent seulement compte de la violence et de la bêtise de leur comportement ? Ils méritent ces lettres, et moi au moins, je n'ai écris aucune insulte (même si elle se fait comprendre en filigrane dans le message...).

D'où ma profonde satisfaction à leur rappeler que ce ne sont que des idiots s'ils pensent que leur avis peut nous intéresser.

Et ensuite, j'ai pris ce journal, puisque Harry ne semble pas encore décidé à lever la tête de ses rapports.

C'est marrant, ça, d'ailleurs... Ça fait plus de trente ans que nous sommes ensemble, tous les deux (trente-trois à Noël prochain). Mais en trente ans, on a toujours cette habitude d'attendre l'autre pour aller se coucher. Sauf évidemment quand on se dispute suffisamment pour se coucher séparément. Mais sinon, quand on sait qu'on va dormir dans le même lit, on s'attend. Je ne sais pas si c'est... normal... Je n'ai jamais vu mes parents faire ça, par exemple : ma mère est du soir et mon père du matin, et ils se couchent et se lèvent séparément. Je suppose que ça ne les empêche pas d'avoir leur vie intime.

Mais Harry et moi, c'est quelque chose qu'on ne fait presque jamais. Peut-être parce qu'on sait que si on suivait chacun notre rythme, on n'aurait pas de vie intime : il est du matin, et je suis du soir, et nous sommes tous les deux de plutôt mauvaise humeur si nous sommes réveillés en pleine nuit. Donc si je me couchais plusieurs heures après lui, et que j'essayais de le réveiller pour avoir son attention, la seule attention que je recevrais, c'est des grommellements énervés (je sais, j'ai essayé... même l'attitude la plus sexy du monde ne le tire pas de sa mauvaise humeur dans ces cas-là...).

Et inversement, s'il se réveillait plusieurs heures avant moi et cherchait à son tour un câlin, il n'aurait pas un meilleur accueil de ma part (il a essayé lui aussi).

Au moins, si on se couche en même temps, je sais que je peux lui demander un câlin le soir, je l'aurais, et il sait qu'il peut me réveiller le matin sans que j'ai des envies de meurtre à son encontre.

D'habitude, le soir, c'est d'ailleurs lui qui demande à se coucher. Rapport au fait que je peux tenir jusqu'à quatre heures du matin sans problème, voire faire nuit blanche sans trop sourciller, alors que monsieur est quand même un bébé qui a besoin de ses heures de sommeil. Je me moque, je me moque, mais c'est un effet des potions qu'il prend toujours : ça lui demande d'avoir un certain nombre d'heures de sommeil par nuit s'il veut vraiment tenir toute la journée. Et comme il prend notamment des potions pour renforcer son cœur, tout ce qui est café et boissons énergisantes est déconseillé.

Mais ce soir, ça va être moi qui vais l'embêter. Mine de rien, ces lettres m'ont blessée, et j'ai envie de son attention. Alors je vais te laisser, mettre Zahra dans son nid de flammes, et sortir Harry de ses rapports. Il ne devrait pas trop s'en plaindre, je crois...

Bisous ma belle !


Notes de l'auteur :

J'imagine que vous vous attendiez à la suite des aventures de Manon avec la famille royale ? Il va falloir patienter un peu pour ça ;p (pas beaucoup, on les revoit avant la fin de la première partie, promis !)

En tout cas, merci pour l'accueil que vous avez fait à la Reine et sa famille ! Je ne m'attendais pas à ce que vous soyez aussi enthousiastes ! A chaque fois que j'introduis un nouveau rebondissement majeur, j'ai cette crainte que je pousse cette fois trop loin, et que vous allez finir par me dire : "eh oh, Darboria, tu déconnes un peu trop, là, quand même...". Que ça ne soit pas encore arrivé me surprend toujours autant et me rend d'autant plus appréciative de votre soutien :)

Mais en tout cas, ce n'était pas un chapitre isolé, la famille royale aura bel et bien un rôle par la suite :) Mais chaque chose en son temps... Cette dernière semaine que couvre la fin de cette partie est chargée pour nos mages, et pas uniquement à cause de leur rencontre avec les descendants d'Arthur Pendragon ;)

Et pour ceux d'entre vous qui souhaitiez savoir comment étaient accueillies les fiançailles de Harry/Manon et Draco/Hermione, vous savez à présent ! :)

A dimanche prochain !