Mercredi 28 août 1996

Chère Marie,

Je suis contente, j'ai eu droit à mon spectacle, aujourd'hui.

Et je suis très heureuse d'être Française, pour le coup. Je n'aurais pas aimé me sentir concernée par la séance du Wizengamot d'aujourd'hui.

J'y ai assisté avec Neville et Hermione depuis la tribune des visiteurs. Les princes William et Henry étaient avec nous. Leurs parents n'étaient pas là, parce que aujourd'hui, ils officialisent leur divorce. Journée ultra-tendue pour la famille royale, donc. Je n'ose même pas imaginer l'état d'esprit des garçons s'ils reconnaissent que la session du Wizengamot leur a au moins permis de se changer les idées... Leur grand-mère les a fait venir parce que non seulement Henry est sorcier et William est prince héritier, donc ils ont besoin de connaître la communauté sorcière, mais également pour les faire échapper au battage médiatique que doivent recevoir en ce moment le prince Charles et la princesse Diana. Ici, au moins, c'est Harry et Amelia qui se prennent l'essentiel des journalistes, en tant que Lord ayant ramené la Reine dans la communauté britannique et première Ministre depuis plusieurs siècles à officiellement reconnaître l'autorité de la Reine.

Alors Neville et moi avons décidé de rendre nos commentaires de la session légers, un peu comme des commentateurs devant une émission humoristique ou de télé-réalité. Ça a fait rire les princes, Susan et Hannah, mais beaucoup moins Hermione. Elle est beaucoup trop à cheval sur le protocole, franchement. Je ne sais pas si c'est parce qu'elle veut compenser le fait qu'elle est Née-Moldue et qu'elle ne veut donc faire aucune erreur pour ne pas donner prise à ceux qui veulent lui démontrer qu'elle n'a pas sa place, ou si c'est simplement parce qu'elle a toujours aimé suivre les règles, mais au bout d'un moment, Neville et moi avons purement et simplement ignoré ses protestations vocales et mentales devant l'inconvenance de nos commentaires.

D'ailleurs, nous n'avons jamais vraiment quitté le protocole. Draco a pris beaucoup de plaisir à m'apprendre à respecter au pied de la lettre les règles de bienséance et tout le tintouin tout en ne cachant pas mon mépris ou mon amusement face à une situation donnée. J'avais déjà quelques bases, mais je suis à présent à un tout autre niveau de ce que tu as pu connaître.

Et c'est franchement très drôle. D'insulter son interlocuteur sans qu'il ne puisse rien dire en retour, parce que rien dans nos paroles n'est explicitement insultant. De manifester ses impressions alors qu'on est censé faire un commentaire neutre d'une situation. Tout repose sur le choix du vocabulaire, les pauses dans le discours, quelques intonations ici et là... Du grand théâtre, en fait. Et forcément, j'adore ça.

Harry déteste quand je fais ça, d'ailleurs. Il est trop franc pour savoir entrer dans ce genre de jeu, et il ne sait jamais comment réagir quand je commence à me comporter en pure noble, y compris dans mon discours. Je reconnais que lors de nos disputes, j'ai parfois adopté cette attitude, ce qui ajoute à sa réticence. Mais je crois qu'aujourd'hui, il a pleinement apprécié ce trait de caractère, haha.

Bon, revenons sur la séance, c'est quand même plus intéressant que mes prouesses improvisatrices au sein de la société mondaine.

Le nouveau président-sorcier du Wizengamot a été nommé au début de l'été, après que Dumbledore a perdu son procès contre moi. Forcément, étant en prison, il n'est pas en état de présider, donc un nouveau président-sorcier a été nommé. Par Fudge. Une des dernières décisions qu'il a prises, d'ailleurs, ainsi que le blocage temporaire de l'organisation d'élections permettant d'élire un nouveau président-sorcier.

Et Amelia, toute occupée par ce Ministère qui doit passer en mode guerre, ne s'est pas encore occupée du Wizengamot, estimant que de toute façon, rien que les voix Potter, Black-Malfoy, Longbottom et Bones rassemblent près de la moitié des voix du Wizengamot, sans même compter leurs alliés, donc elle est certaine de faire passer toutes les lois qu'elle veut, qui que soit le président-sorcier.

Sauf que le président-sorcier, c'est le premier à prendre la parole, et quand on reçoit la Reine du Royaume-Uni, ça peut avoir son importance.

Le président-sorcier en question, c'est donc un allié de Fudge, bien décidé à défendre le dernier bastion (illusoire, puisque la très grande majorité des voix appartient aux nobles hérités) encore du côté du cher ministre déchu. C'est également un commun, Sang-Pur, qui n'a donc aucune connaissance historique en dehors de l'enseignement très léger de l'Histoire de la Magie et de la propagande du Ministère.

Ce président de la vénérable assemblée parlementaire magique du Wizengamot, donc, ne reconnaît pas l'autorité de la Reine moldue.

Et malgré le discours préparatoire de Harry, qui a expliqué le pourquoi du comment de la venue de la Reine : reprendre contact avec la communauté magique, rétablir les ponts entre la communauté magique et la communauté non-magique, rétablir l'autorité souveraine de la Reine et donc réduire la toute-puissance du Ministère de la Magie sur la communauté magique... Malgré ce discours, le président-sorcier a introduit la Reine comme on introduirait une invitée de marque, une souveraine étrangère ou une Moldue de renom envers laquelle on doit une certaine bienveillance. Mais certainement pas comme la Reine souveraine de la Grande Bretagne.

Crois-moi, j'aurais adoré avoir du pop-corn à ce moment-là.

« Dix Gallions que c'est sa dernière séance en tant que président-sorcier, a murmuré Neville.

–Hun hun, dix Gallions qu'il ne fait même plus partie du Wizengamot après cette séance, je l'ai contredit. Les nobles en noir sont absolument furieux de ce manquement à l'étiquette. »

Et la plupart ne prenaient même pas la peine de le cacher, affichant mines effarées, voire grondant ouvertement. Et sans doute pour répondre à ce manquement, la Reine est entrée, très droite et fière, et s'est installée sans un mot dans le siège principal, dans lequel s'assoit normalement le Ministre. Amelia était assise à sa droite directe, pour cette séance.

« Il est d'usage qu'un invité se présente devant l'assemblée, madame, » a alors déclaré le président-sorcier.

Il y a eu un silence assourdissant.

« OK, il est viré... » a marmonné Neville, juste avant que les différents représentants du Wizengamot n'explosent en protestations.

La Reine a laissé passé quelques instants, avant d'exiger d'une voix ferme :

« Silence ! »

Et elle l'a obtenu immédiatement. Elle s'est tournée vers Amelia :

« Ministre, qui est cet homme censé représenter votre assemblée ?

–Mr Valhard, Votre Majesté. Je tiens à présenter au nom de toute notre communauté mes plus sincères excuses quant à cet accueil intolérable.

–Votre assemblée est principalement constituée de Lords, n'est-ce pas ?

–En effet, Votre Majesté.

–Qui est le plus haut noble présent aujourd'hui ?

–Lord Potter, Votre Majesté. »

Mon petit cœur de fiancée s'est serré de compassion pour mon cher et tendre qui allait du coup se retrouver au centre de l'arène, en pâture au courroux de la Reine.

« Je n'aime plus ta tante, Susan. »

Ça l'a fait légèrement rire, et elle a grimacé, en guise d'excuses :

« Elle n'a pas vraiment le choix.

–Je sais bien.

–Il n'est pas tout seul, est intervenu Neville. Draco et moi l'aiderons. »

Cette dernière phrase a également été prononcée mentalement, et ça a indéniablement aidé Harry, quand il a senti la confirmation de Draco. Il s'est redressé et s'est levé, très digne, pour se placer devant l'assemblée, devant la Reine.

« Votre Majesté, » a-t-il fait en la saluant pleinement.

Son attitude a attiré les murmures de l'assemblée. Jamais ces gens n'ont vu Harry agir avec autant de déférence envers qui que ce soit. Lors de ses apparitions officielles, depuis huit mois, il a toujours été un noble fier et conscient de sa puissance, supérieure aux autres nobles de la communauté magique, supérieure même au Ministre de la Magie lui-même. Et le voilà en train de s'incliner, littéralement, devant la Reine qui vient d'être si petitement introduite devant leur assemblée.

Même les plus rétifs des communs ont du comprendre à quel point leur président venait de merder.

« Lord Potter, Nous vous assignons en ce jour la charge de président-sorcier de l'Assemblée nommée Wizengamot, jusqu'à ce qu'un nouveau président-sorcier soit élu en due forme.

–Bien ma Reine. »

À la suggestion de Hermione, immédiatement approuvée par Neville et Draco, Harry n'a pas pris la place de président-sorcier, mais a fait apparaître un trône au centre de la scène, avec un pupitre juste à côté. Il s'est placé derrière le pupitre et a pris quelques secondes pour rassembler ses idées avant de commencer :

« Tout d'abord, votre Majesté, au nom de tous les Lords et élus de la communauté magique britannique, je tiens également à m'excuser de cet accueil des plus déplorables. Comme je l'ai rappelé dans mon allocution d'introduction, il est essentiel, pour notre communauté toute entière, de se rappeler de sa place au sein du Royaume-Uni dans son ensemble, afin de progresser dans le bon sens et éviter un nouveau drame tel que nous le vivons ces derniers mois, avec l'omniprésence de la violence infligée par celui qui se fait appeler Voldemort. Afin de rétablir les erreurs passées, le premier point à l'ordre du jour, avant que nous laissions notre reine s'exprimer, est l'introduction d'un nouveau membre dans cette noble assemblée. Je vous demande d'accueillir son altesse la princesse Anne, Lady Pendragon. »

Je crois que Harry aime en fait lancer en pleine figure du Wizengamot de vieux titres prestigieux plus portés depuis des siècles. Je ne vois pas d'autres explications possibles au fait qu'il ait du se présenter lui-même en tant qu'héritier des mages d'Avalon et des fondateurs de Hogwarts, et introduise à présent un titre qui est sans doute en proxy dans sa famille depuis la Grande Charte...

Bien entendu, ce n'est pas passé comme une lettre à la Poste. Tu ne balances pas un titre comme ça sans forcément avoir des protestations...

« Silence ! »

Je suis très fière de Harry : il est aussi efficace que la Reine du Royaume-Uni, dis donc !

Il s'est tourné vers la porte, et a fait signe au garde présent de faire entrer la princesse Anne. Celle-ci est entrée, aussi fière et digne que sa mère. Elle s'est placée à côté de Harry, qui a repris la parole :

« Sa Majesté la Reine est actuellement, en tant que souveraine, à la tête de la Très Ancienne et Royale Famille Pendragon. Cependant, elle n'est pas sorcière, et c'est donc sa fille, son Altesse la princesse Anne, qui est Lady Pendragon. Votre Altesse, je vous prie, pouvez-vous prêter serment de votre identité ? » a-t-il ajouté en se tournant vers elle.

C'est une femme d'une bonne quarantaine d'années, brune, pas très grande, mais mince, et très droite dans son allure. Je savais déjà qu'elle était connue pour son travail caritatif, mais je n'en sais pas beaucoup plus, elle a été très discrète lors de notre échange avec la famille royale il y a quelques jours. Draco et Harry l'ont rencontrée ce matin, pour la briefer sur la session du Wizengamot. Ils ont passé la matinée au palais royal avant d'arriver au Ministère en début d'après-midi pour la session.

Elle était en tailleur, et a sorti d'une de ses poches une baguette, qu'elle a tenue devant elle :

« Je suis la Princesse Anne du Royaume-Uni, fille de la Reine Elizabeth II du Royaume-Uni et de son mari Philippe Mountbatten, Lady Pendragon, Héritière de sang d'Arthur Pendragon. »

La baguette s'est illuminée un instant, et Harry s'est incliné légèrement devant elle :

« Bienvenue au sein de l'Assemblée magique du Wizengamot, votre Altesse. Si vous voulez bien prendre place. »

Dans l'assemblée, Draco s'est levé pour indiquer le siège vide à côté de lui, au premier rang, juste derrière la Reine. Les familles Potter et Black encadrent le siège de la famille Pendragon. La Princesse s'est dirigée à sa place et s'est installée, dans un grand silence. Harry a repris :

« Bien entendu, les voix Pendragon, au nombre de 7, jusque là détenues par la famille Potter, sont rendues à la famille Pendragon. La famille Pendragon, en tant que Très Ancienne et Royale Famille, doit être en permanence représentée. Si vous ne pouvez pas être présente, n'oubliez pas de nommer un proxy, qui doit forcément être une personne majeure, membre de cette assemblée ou, si vous choisissez parmi les cinquante plus grandes familles nobles de notre communauté, un membre majeur de ces familles. »

La Princesse a hoché la tête, mais n'a rien dit. Après la session, Harry et Draco nous ont raconté qu'ils avaient déjà expliqué ces règles à la princesse, et qu'elle sait parfaitement qui elle peut choisir ou non. Elle veut d'abord trouver sa place et découvrir qui sont les membres du Wizengamot avant de présenter un nom. Apparemment, elle aurait aimé choisir Harry ou Draco, mais même s'ils sont Lords, ils sont encore mineurs. Donc exclus. Draco pense qu'elle se tournera vers Narcissa ou Frank, lorsque Narcissa représentera Draco en son absence, ou lorsque Frank reprendra sa place de Lord.

Sur la scène, Harry a repris la parole :

« Y a-t-il d'autres sujets que vous souhaitez voir abordés, avant que nous laissions la place à sa Majesté ? »

J'ai eu la ferme conviction que Harry voulait que quelqu'un aborde un autre sujet, histoire de retarder l'allocution royale. Mais personne ne s'est manifesté. Il a donc laissé la place à la Reine, qui s'est installée dans le trône à côté de lui.

Et là, l'idée de Hermione a pris tout son sens : la Reine souveraine, véritable présidente de l'assemblée, et Harry, qui vient d'être reconnu plus puissant Lord en dehors des Pendragon, ayant juste le droit d'être debout à sa droite, renforçant encore l'autorité de la Reine, et aussi et surtout, marquant son soutien.

Et le feu d'artifice a commencé :

« Nous sommes très en colère. »

Quand la Reine commence comme ça, ça ne sent pas bon du tout. Les princes ont grimacé, la plupart des membres du Wizengamot se sont tendus, et seule la princesse Anne a semblé à son aise.

« Nous avons découvert, à Notre plus grande stupeur, l'état lamentable de la communauté magique, il y a quelques jours. Une communauté si empêtrée de ses préjugés et de ses fausses prérogatives qu'elle s'est sentie le droit de léser les trois plus grandes familles qui la composent et la représentent, au sein de la communauté, au sein du Royaume et envers le monde, de leurs droits et de leurs représentants. Nous avons également découvert que la communauté magique était si certaine de son bon droit et de son autorité sur ses membres qu'elle ne prend plus l'égard d'informer les autorités du Royaume des dangers qui la concernent et risquent de concerner le Royaume dans son ensemble. Et surtout, Nous avons découvert qu'elle était tellement pétrie de son apparente suprématie qu'elle s'est sentie autorisée à passer des lois sans Notre consentement, à condamner des personnes à mort sans Notre autorisation, à représenter l'image du Royaume de Grande Bretagne et d'Irlande au sein de la communauté magique internationale sans Nous concerter, à discriminer toute une partie de sa population, sous un prétexte d'origine, malgré les lois de ce Royaume proclamant l'égalité de tous ses citoyens. Alors oui, Nous sommes très en colère. »

Et elle te dit ça très froidement, pas un mot plus haut que l'autre, mais à te faire glacer les sangs. Quand elle t'annonce ça, tu sais que la sanction sera très lourde.

« Selon la Grande Charte, a-t-elle continué, et d'autres textes signés depuis et toujours en vigueur, Nous sommes en droit, en tant que Souveraine suprême de ce Royaume, y compris de sa population magique, de décider dès à présent de la dissolution de cette Assemblée et du Ministère de la Magie. »

Il y a eu des murmures de protestation dans l'assemblée, qui se sont vite tus quand la Reine s'est tournée vers eux.

« Malgré Notre colère et la leur, puisqu'ils ont eux aussi été victimes de ce comportement absolument abject de l'ensemble de la communauté magique, Lord Potter et Lord Black Nous ont déconseillé cette décision. Néanmoins, cette attitude méprisante et complètement irrespectueuse de la souveraineté de ce royaume ne peut pas rester impunie. Dès à présent, le système politique de la communauté magique est en sursis. Vous avez un an, jusqu'au 31 août de l'année prochaine, pour faire en sorte que le Ministère de la Magie retrouve la place qui est la sienne, c'est-à-dire en dessous de l'autorité du Premier Ministre et la Nôtre. Vous avez un an pour que cessent les discriminations envers toute personne, quelles que soit ses origines. Vous avez également un an pour faire en sorte que toutes les lois que vous avez pris la liberté de passer sans le consentement éclairé d'un membre de la famille Pendragon soient vérifiées et confirmées par Notre fille la Lady Pendragon ou Nous-mêmes. À défaut d'une confirmation, elles devront être immédiatement annulées. Si, au terme de cette année de sursis, votre communauté ne parvient pas à remplir ces conditions, alors Nous déciderons de la dissolution immédiate de l'Assemblée magique du Wizengamot et du Ministère de la Magie, et chaque magicien bénéficiera exactement des mêmes droits que n'importe quel citoyen de ce Royaume. Ce sursis entre en vigueur dès maintenant. »

Sur ce, elle s'est levée et a quitté la salle. Comme ça. Comme une Reine, littéralement.

Il y a eu un long moment de silence, puis ça a été l'explosion. Personne n'est ravi de cette nouvelle situation, évidemment. Même nous cinq. Ça ne pouvait pas tomber au pire moment, alors qu'on doit affronter ouvertement Voldemort. Néanmoins, la Reine a décidé, alors ça doit se faire.

« SILENCE ! »

Ça, c'est Harry, à nouveau. Et ça marche toujours aussi bien. Quand le calme est revenu, il a quitté le pupitre, qui a disparu avec le trône, et s'est mis à marcher en rond sur la scène, visiblement furieux.

« Avec Lord Black, nous avons déconseillé à sa Majesté de dissoudre immédiatement le Ministère et le Wizengamot. Parce que, malgré tous leurs travers, ce sont les deux organes qui permettent aux magiciens et aux créatures magiques de voir leurs droits et devoirs spécifiques garantis, avec un risque minimum de rupture du Secret magique.

–Malgré tous leurs travers ? a relevé un commun en mauve. Vous n'êtes qu'un enfant, garçon, comment pouvez-vous vous permettre d'émettre un tel jugement ? »

Harry s'est arrêté de marcher et lui a fait face. Le député (c'est le bon terme ? ils utilisent representative en anglais, ce qu'on traduit, officiellement, en tant que député, normalement. Mais ça fait bizarre ici...) s'est tassé sur son siège.

« Je me permets d'émettre un tel jugement parce que depuis que je suis arrivé dans la communauté magique, il y a aujourd'hui six ans, je n'ai eu que très peu l'occasion de féliciter, soutenir ou encourager le Ministère et ses actions. Le Ministère a passé plusieurs années à me faire passer pour un idiot, un fou, un menteur. Ils ont littéralement harcelé un enfant parce que ce qu'il faisait ou disait ne leur convenait pas. Le Wizengamot, lui, a semblé plutôt à l'aise d'oublier de me signifier de mon rôle en son sein. Comment se fait-il que personne, parmi vous, ne soit venu me trouver lors de la farce qu'a été mon procès l'an dernier, pour me dire que non, il n'aurait jamais du avoir lieu, parce que je suis le dernier membre de la famille Potter, et que cela implique des droits, notamment celui d'utiliser la magie devant des Moldus, sans questionnement possible ? Comment se fait-il que personne, au Ministère comme ici, ne se soit demandé s'il était normal qu'on ordonne aux Dementors de donner le baiser à Sirius Black, alors Lord de la famille, sans même lui laisser la chance de discuter de son cas ? Comment se fait-il qu'encore aujourd'hui, certains membres d'entre vous soient tellement ignorants de la situation politique de notre communauté qu'ils ne parviennent même pas à reconnaître l'autorité de la Reine ? Qui a décidé que non, décidément, les membres de la famille royale doivent être de bien piètres sorciers, pourquoi les envoyer à Hogwarts ? Pourquoi leur rappeler qu'ils sont de fait héritiers de la famille Pendragon et qu'ils ont une place au sein de cette assemblée, faisant ainsi le lien entre notre communauté et la royauté ? Sommes-nous tombés si bas pour qu'on veuille à ce point éviter de mêler à nos affaires n'importe quel membre de la famille royale ? Que devrions-nous avoir à leur cacher ? Le fait que nous pratiquons encore la peine de mort et la torture quand ces pratiques ont été abolies depuis des décennies chez les Moldus ? Le fait que nous pratiquons une discrimination si intensive des Nés-Moldus que la plupart des sorciers ne se demandent même pas pourquoi aucun Né-Moldu n'accédera jamais à une position élevée au sein du Ministère ? Le fait que nous sommes si incapables de lutter contre le crime qu'un sorcier vient de parvenir pour la deuxième fois à plonger la communauté dans la terreur ? »

Il y a eu des murmures, partagés entre protestations et approbations. Harry les a ignorés :

« Quand je me suis présenté à la Reine avec mes amis, comme c'est notre devoir en tant que Coordinateurs pour Lord Black et moi-même, et mages pour nous tous, j'ai eu honte de lui dépeindre une telle situation. Comment peut-on en arriver à un tel point qu'un gamin émerveillé de découvrir la magie à onze ans ait honte de décrire sa propre communauté à sa Reine ? Je me suis demandé si j'avais vraiment envie de faire connaître au Prince Henry, sorcier, notre Hogwarts. Si belle Hogwarts, avec son histoire et sa réputation internationale... Et son enseignement tellement lacunaire que je savais qu'il était impensable pour le prince de venir y étudier en l'état. »

Il a secoué la tête, visiblement désolé, puis a repris, fermement :

« Je ne veux plus jamais ressentir ça. Je veux pouvoir dire à la Reine : la communauté magique est droite et forte, et fière d'être britannique et magique, et bien ancrée dans le royaume et dans le monde. Je veux qu'on retrouve la place qu'on avait avant au sein de la communauté magique internationale. Bon sang, nous avons la chance inouïe d'être au centre d'un des plus grands courants magiques de ce monde ! Comment peut-on être aujourd'hui la risée des autres communautés ?

–Nous sommes respectés de part le monde, est intervenu un noble.

–Ah bon ? s'est moqué Harry. Allez en France. Rien qu'en France. Notre voisin. Ce n'est pas bien loin, n'est-ce pas ? Vous ne pouvez pas vous imaginer le nombre de fois où nous nous sommes entendus dire que les Britanniques sont décidément bien à la traîne. Les sorciers français sont exactement au même niveau technologique que les Moldus de leur pays. Et non, ce n'est pas un retard de progrès, au contraire. Qui parmi vous sait ce qu'est le cinéma ? »

Personne n'a levé la main, mais j'ai senti que certains comprenaient le terme. J'ai envoyé l'information à Harry, qui a hoché la tête :

« Voilà une technologie moldue qui va bientôt avoir un siècle. Nous faisons des photos animées, eux font des films de plusieurs heures, avec son et couleurs. Et les sorciers français, et la plupart des sorciers dans le monde, ont eux aussi leur propre cinéma. Qui sait ce qu'est le mur d'Hadrien ? »

Cette fois, des mains, parmi les nobles principalement, se sont levées. Harry a enchaîné :

« Visiblement, ceux qui savent sont ceux qui se transmettent un héritage historique. Oui, le mur d'Hadrien n'a rien de magique, mais c'est un des grands lieux historiques de notre pays. Notre propre pays, notre propre histoire ! »

Il a laissé passer un silence et a repris :

« Voilà ce que je veux changer. Je veux que la communauté magique regagne son prestige, sa place dans l'histoire du monde, et son influence. Je veux que ma fiancée et ma meilleure amie ne reçoivent plus de lettres d'insultes et de menaces parce qu'elles osent réclamer une vraie place et un vrai rôle dans notre communauté, pauvres Nées-Moldues qu'elles sont. Je veux que vos enfants, les miens plus tard, puissent se mêler au monde moldu sans y être complètement perdus. Je veux qu'on arrête de se cacher dans nos lieux bien protégés et de se fermer complètement à toute idée de progrès. Nous ne sommes pas en train de... préserver notre histoire... »

Son mépris était particulièrement évident.

« Nous sommes en train de mourir à petit feu ! Nous nous privons de toute la créativité des Nés-Moldus, qui préfèrent retourner dans la communauté non-magique ou aller à l'étranger pour avoir un espoir de carrière. Nous privons nos entreprises du progrès dont elles ont besoin pour se développer et pouvoir, pourquoi pas, aller vendre à l'étranger. Nous sommes en train de stagner, de nous enfoncer complètement, et au lieu de réagir, le Ministère et le Wizengamot donnent l'idée que tout est normal, tout va bien. Ce n'est pas le cas ! Vous savez quelle a été l'impression de Manon en arrivant ici ? À une époque qu'elle est censée avoir connue enfant ? Elle a trouvé notre communauté pittoresque, victorienne. Victorienne ! Coincée au siècle dernier !

–Il est gentil, j'ai murmuré. Parfois, je vous trouve même carrément élisabéthains... La première, évidemment... »

Neville a grogné à côté de moi :

« Nous ne sommes pas au Moyen-Âge !

–Dit celui qui a eu pendant plusieurs années un crapaud pour animal de compagnie. »

Neville aurait aimé sans doute protester davantage, mais il aurait attiré l'attention sur nous. J'ai enfoncé le clou :

« Rassure-toi ! L'époque élisabéthaine est la grande époque de Shakespeare ! Il y a eu de jolies choses à l'époque ! »

J'ai senti la concentration de Harry flancher, en percevant mentalement notre échange. J'ai grimacé :

« Désolée. Concentre-toi, tu te débrouilles bien. »

Harry a secoué la tête et a repris :

« Nous avons un an pour répondre au sursis de la Reine, et je n'ai aucune intention, en tant que Lord Potter, Coordinateur magique, et membre de cette communauté, de la décevoir. Nous devons commencer dès aujourd'hui. Je ne peux légitimement pas être président de cette Assemblée. Toute l'année, je vais être à Hogwarts, entre mes études et la réforme de l'école, qui doit se faire dès à présent si on veut que la prochaine génération d'adultes continue sur la lancée de ce que nous créerons cette année. Je veux bien terminer de présider cette séance, mais il est complètement irréaliste de me maintenir dans ce rôle. Nous devons élire un nouveau président-sorcier. Madame la Ministre, quelles sont les modalités ? »

J'ai eu envie de rire devant le geste politique de Harry. Il n'a laissé aucune place à la protestation, il les a entraînés directement dans l'action. En se retirant visiblement du poste de président-sorcier, il coupe court à ceux qui voudront faire croire qu'il veut garder absolument la main sur les procédures. Tout en gardant effectivement la main, puisque c'est lors de cette séance qu'ont été élus le président-sorcier du Wizengamot et différentes commissions. Il n'y a donc que des alliés qui sont en charge de la réalisation des mesures exigées par la Reine.

Le nouveau président-sorcier du Wizengamot, c'est Lord Greengrass. Un bon choix, selon Draco et Neville : il est présent depuis plusieurs années au sein de l'assemblée, et il est neutre politiquement : ni noir, ni blanc, tout en étant de fait un allié des Black. Il va prôner un certain conservatisme rassurant pour les plus réticents au progrès, tout en ayant conscience de l'importance de cette année, et en poussant les réformes nécessaires.

Il y a également différentes commissions, chargées d'examiner les lois magiques, selon qu'elles soient sociales, techniques, monétaires... Leur rôle est d'abord de les comparer à la loi britannique dans son ensemble. Certaines de ces lois peuvent être considérées comme de simples amendements aux lois britanniques, et resteront telles quelles. Celles qui s'écartent des lois britanniques seront examinées plus en détail. Certains écarts sont nécessaires, à cause des spécificités de la magie, mais d'autres sont véritablement issus de discriminations. Un premier tri sera effectué, en laissant telles quelles les lois déjà approuvées par la famille royale. Généralement, ces lois seront anciennes, et rendues caduques par des lois plus récentes, approuvées ou non.

Les lois non approuvées ne seront pas toutes présentées. Celles qui sont évidemment discriminatoires et contraires aux lois britanniques seront supprimées sans même être présentées à la famille royale. Deuxième tri. Et enfin, ce seront donc les lois non approuvées mais considérées comme nécessaires au bon fonctionnement de la communauté magique qui seront présentées à la famille royale.

La princesse Anne fait donc partie de la commission d'approbation finale des lois, avec Lord Greengrass, Lady Longbottom et la Ministre de la magie. Un allié Black, une alliée Potter, et la représentante du gouvernement magique.

Il y a également des commissions qui seront chargées d'étudier et de contrôler l'activité des différents départements du Ministère de la Magie. Notamment pour vérifier que les lois modifiées sont bel et bien appliquées.

Harry et Draco ne font partie d'aucune commission. Entre Harry et son travail à Hogwarts, et notre mission à tous les cinq de nous occuper de Voldemort, il y a déjà suffisamment de travail pour les garçons comme ça. Ils sont déçus, mais ils ne peuvent pas être partout à la fois.

Donc la séance, une fois la famille royale de Pendragon de retour dans l'assemblée et la colère de la Reine exprimée, est devenue plutôt technique, comme tu peux le voir. Mine de rien, j'ai appris beaucoup de choses quand même. Déjà, comment on détermine le besoin d'une commission. Ils ont passé des plombes à déterminer le processus de validation et d'application des lois, et comment le diviser en commissions, ce qu'elles vont faire vraiment... Ensuite, il faut composer ces commissions. Et c'est là qu'on découvre le délicat assemblage de faveurs, d'alliances ou de marchandage qui compose le Wizengamot.

C'est presque amusant en fait. Devant nos yeux s'est déroulé un vrai spectacle d'influences diverses, chacune cherchant à avoir son mot à dire sur chaque sujet ou presque, et à pouvoir intervenir dans chaque commission ou presque. Et Harry qui doit arbitrer ça. Le pauvre, à sa deuxième séance, il fait ce que beaucoup n'oseraient pas faire au bout de toute une carrière au Wizengamot. Mais il avait l'aide de nous quatre, et même des princes, qui savent pour notre lien, et qui ont pu apporter leur propre avis (William est un excellent politicien, d'ailleurs, Draco devrait très bien s'entendre avec lui s'ils se voient plus souvent).

Quand la séance s'est levée et que les discussions post-séance se sont terminées, nous avons pu rentrer à Lions' Rock, où nous avons retrouvé beaucoup de nos plus proches alliés au Wizengamot. Je suis heureuse pour Harry : ils n'ont pas hésité à le féliciter pour avoir gardé son calme et le contrôle de la séance, tout en plaçant des personnes intéressantes dans chaque commission.

Augusta a tenu à débriefer précisément la séance, ce qu'elle fait à chaque fois que Neville assiste à l'une d'elles, pour voir ce qu'il peut en tirer comme enseignements. Sauf qu'au lieu d'avoir un élève, elle en a eu cinq, et l'assistance d'autres personnes pour compléter sa propre éducation.

Voilà à quoi a été occupée ma journée ! Politique, politique, et un peu de royauté. Mais c'est très instructif quand même.

Mais il ne reste que trois jours avant qu'on retourne à Hogwarts, et j'espère bien qu'on pourra en profiter un minimum. Quoi, je rêve ? Meuuh non !

Bisous ma belle.


Notes de l'auteur :

Certains ont déploré l'absence des plaidoiries lors du procès Potter vs. Dumbledore, j'espère que je me suis rattrapée avec le discours royal et celui de Harry ;)

Pour le mur d'Hadrien, ça vient d'une anecdote personnelle : lors de mon tout premier cours à la fac, je suis arrivée en retard. Je venais en train, et mon train avait eu du retard. Je me retrouve donc à arriver dans un amphi bondé qui contenait à lui tout seul plus d'étudiants qu'il n'y avait d'élèves dans mon petit lycée privé de petite ville jusque là. Et forcément, je me suis fait remarquer par tout le monde, y compris le prof... Je me glisse à une place vide, commence à prendre mes notes en tentant de me faire oublier... C'était un cours de "géopolitique anglaise", qui était en fait un fourre-tout d'Histoire et de géo du monde anglophone, avec un angle économique et diplomatique. Histoire d'enfoncer le fait qu'on était des bons à rien ne connaissant rien à la Grande Bretagne, le prof nous a demandé : "qui sait ce qu'est le mur d'Hadrien ?" Je commence à lever ma main, persuadée que sur quatre à six cents élèves, je ne peux pas être la seule... Ben si... ou alors les autres, comme moi, n'ont pas tenu à se faire remarquer. Donc j'ai vite baissé ma main qui n'avait pas dépassé la hauteur de ma tête...

Pour les plus jeunes ou ceux qui ont oublié, le mur d'Hadrien est le mur construit par l'empereur romain Hadrien, afin de départager les terres conquises par Rome sur l'île de Grande Bretagne des terres appartenant encore aux sauvages Pictes. Cette ligne a longtemps partagé l'Angleterre et l'Ecosse, même après le départ des Romains et la création du royaume de Grande Bretagne. Ce n'était pas qu'un mur, mais il y avait également un fossé tout le long du mur, et les points de passage étaient gardés par des bastions pouvant contenir une garnison. Une belle frontière qui ravirait certains dirigeants actuels...

Enfin, merci pour vos retours concernant le chapitre de la semaine dernière, notamment les sujets de la Potion de Fertilité, de la Carte de Grande Bretagne, et Snape.

Pour la Carte, comme certains l'ont souligné, on peut évidemment faire le parallèle avec les géants du web comme Google et Facebook, qui suivent chacun de nos déplacements et de nos usages via nos smartphones et appareils connectés, mais Manon ne va pas faire ce parallèle : en 2008, ces deux géants n'avaient pas le poids qu'ils ont aujourd'hui, et le web était encore peuplé de blogs (Skyblogs et autres...) et de forums où l'anonymat et les pseudos étaient rois.

Recommandation de lecture :

Si vous voulez lire une fic où la Reine et le Prince William jouent un rôle assez important, il y a The Last Casualties, de muggledad. Elle n'est pas achevée, plus ou moins abandonnée jusqu'à ce que l'auteur publie un nouveau chapitre, et plus rien pendant des mois... La famille royale apparaît dans la deuxième moitié de la fic, si je me souviens bien. C'est un UA à partir de la quatrième année, très bien écrit, avec pas mal de politique, mais aussi une représentation assez réaliste de la guerre et de ses conséquences sur la population comme sur les combattants. J'ai juste un peu de mal avec la matûrité trop avancée de Harry et Hermione, mais on peut s'y attendre sur un Harmony...

Bonne lecture et à dimanche prochain ! (et désolée pour les quelques minutes de retard, vos reviews étaient très intéressantes et j'ai mis plus de temps que prévu à y répondre...)