Salut salut !
Voilà voilà, j'essaie de lâcher toutes mes cartouches avant la sortie de KH3, comme ça y a pas d'incohérences avec le canon, vu que le jeu est pas encore sorti, ha ! (oui j'suis peut-être un peu fixée sur le fait sur le fait de publier toutes mes idées de fics en canon avant le 29 janvier, j'sais pas si j'en fais trop ou non, mais bon, eh... ).
Pas grand-chose à dire sur cet OS sinon, à part que j'espère qu'il vous plaira !
Bonne lecture !
« Sora ? Tu vas bien ?
-Euh, je suis pas sûr... »
Tout ce déluge d'informations lui donnait le vertige, mais pas autant que la tempête d'émotions que celles-ci déclenchaient en lui.
Ça devait se voir sur son visage, puisque tout le monde le lorgnait avec des expressions plus ou moins soucieuses, comme s'ils s'attendaient à ce qu'il tombe dans les vapes à tout moment. Très honnêtement, ça aurait pu, même s'il avait du mal lui-même à comprendre pourquoi. Dans les yeux d'Aqua une lueur d'espoir s'ajouta à l'inquiétude.
Ils avaient réussi à tirer la jeune femme des Ténèbres, in extremis, et désormais son récit se recoupait avec les autres, ceux de Yen Sid, de Lea, de Riku, de Sora, et ils avaient compris beaucoup de choses.
Ce n'était pas pour rien que Roxas avait ce visage-là. Ce fut la seule pensée formulée que Sora parvint à émettre.
Même quelques minutes après, il ressentait toujours cette impression de souffle coupé, de «oh». Lentement, il se repassa les nouvelles dans son esprit, de la façon la plus rationnelle possible.
Il était né à l'exact instant où le coeur d'un autre garçon, Ventus, était fracturé en deux.
Il avait ainsi pu l'aider à survivre, de façon inconsciente, en connectant son coeur au sien, volontairement.
Il ne s'en souvenait pas, mais il avait abrité le coeur de ce même garçon dans le sien, quatre ans plus tard, après qu'il ait manqué de s'entretuer avec son autre moitié – et Sora ne comprenait pas vraiment cette partie là, mais il demanderait plus tard.
Cela faisait douze ans que Ventus dormait en lui, veillait sur lui de là où il se trouvait, influençant jusqu'à l'apparence de son Simili. Riku l'avait croisé à l'intérieur de son coeur en le sauvant après les événements de l'examen de Maîtrise.
Et, enfin, sans doute la chose la plus perturbante d'entre toutes : il fallait réveiller Ventus.
Depuis aussi longtemps qu'il se souvienne, Sora n'avait jamais été seul. Jamais vraiment.
Il ne savait pas ce que cette affirmation devait lui faire ressentir.
Se séparer de lui.
Et même alors que, une heure auparavant, Sora ne connaissait rien de son existence, cette perspective lui semblait terrifiante.
« Je ne pense pas que je vais y arriver » murmura Sora d'une voix tendue.
Devant la porte du Manoir, passée de sinistre à somptueuse grâce à l'intervention d'Aqua, le jeune homme sentait son coeur tambouriner. Enfin, était-ce réellement le sien, ou celui de Ven qui parvenait à sentir la présence toute proche de son enveloppe corporelle ?
Il ne savait plus. La confusion l'empêchait de réfléchir et l'effrayait. Il n'attendait qu'un signal pour faire demi-tour.
Ce n'était pas qu'il ne souhaitait pas réveiller Ventus. Ou peut-être que si, en fait, un peu.
Oh, évidemment, la situation de ce garçon qu'il connaissait sans connaître le rendait triste. Au-delà de ça, même. Il se sentait concerné, responsable, et il souhaitait ardemment, s'il le pouvait, le délivrer de sa prison de sommeil, lui rendre son existence et réparer cette injustice ! Sans jamais l'avoir rencontré, il l'imaginait sourire à nouveau, et cette image lui faisait comme une bulle de bonheur au creux de l'estomac.
Mais pouvait-il réellement venir en aide à Ventus sans que son propre coeur ne se brise dans le processus ? Ils avaient passés tant de temps fusionnés que Sora se figurait la séparation comme une déchirure.
Ventus représentait une partie de lui dont il n'était pas certain de vouloir se séparer.
Il ne pouvait pas.
Il ne pouvait pas, mais Donald et Dingo ne semblaient pas comprendre ce qui le tracassait, et Aqua le dévisageait avec tellement d'espoir, que Sora se laissa entraîner dans les longs corridors lumineux, quand bien même la douleur dans sa poitrine augmentait à chaque pas qu'il faisait.
Les lieux dégageaient une impression étrange, à laquelle il prêta à peine attention. Le jour entrait à flot par les immenses vitraux. Pas de poussière malgré les années, mais du vide, tellement de vide… Ce fut-il concentré là-dessus, Sora aurait sans doute pu sentir la désolation, le calme triste, témoin de toutes les atrocités commises en ce lieu. Il aperçut même, du coin de l'oeil, quelques larmes couler le long des joues d'Aqua, mais son esprit ne releva pas vraiment.
Il ne pensait qu'à Ventus. Et à lui-même.
Enfin, une immense porte se dressa sur leur passage, et Sora sut que c'était là. Ce ne fut pas lui qui poussa les lourds battants.
Sa vision se brouilla dès qu'il aperçut la mince silhouette endormie sur le trône beaucoup trop grand pour lui – pour quiconque, vraiment.
Assis là, tout seul dans la pièce baignée de lumière, il paraissait tellement vulnérable...
Sora s'avança avant que quiconque n'ait pu faire un geste. Il ne parvenait pas à s'arrêter, mais rien que de s'avancer vers lui fut douloureux, de ce genre de douleur vers laquelle on ne peut s'empêcher d'aller tout de même, comme d'appuyer machinalement sur un bleu, ou de tomber amoureux.
Ventus était beau. Était-ce dû à sa Lumière, à celle du jour qui se déversait à travers les vitraux jusque dans les méandres de ses cheveux, ou bien son visage détendu par un paisible sommeil de douze longues années ? En tout cas, il se dégageait de lui une pureté que Sora n'avait jamais perçu chez Roxas, qui lui ressemblait pourtant comme deux gouttes d'eau. Ni même, à vrai, dire, chez Kairi et son coeur immaculé. Il sut, sans s'expliquer comment, que seul Ventus lui ferait jamais cet effet-là.
Sora eut envie de libérer, de le voir ouvrir les yeux. Il le souhaitait aussi fort que cette éventualité le terrifiait. Il ne prit conscience d'avoir cessé de respirer que lorsque ses poumons se mirent à brûler.
« Sora ? »
Il entendit à peine qu'on l'appelait. Pour éviter de perdre pied, il se concentra sur la façon dont les cils de Ven projetaient de longues ombres en demi-lunes sur ses joues. Il avait l'impression que ses jambes et son univers allaient dérober sous lui s'il tentait d'intégrer une autre pensée à son esprit fragile.
Comme un château de cartes.
« Sora, est-ce que tout va bien ? »
Ça ne loupa pas. Il se tourna pour répondre à Aqua et vacilla. La gravité était un concept très abstrait pour lui en cet instant, et heureusement que Donald et Dingo furent là pour le soutenir, pour le remettre sur ses pieds. Il avait le tournis.
« Si tu ne t'en sens pas capable, Sora, tu n'es pas obligé » lui assura Dingo d'un ton qui trahissait son inquiétude.
Mais il ne comprenait pas. Bien sûr, qu'il était obligé ! Toute son existence ne convergeait que vers ce moment, depuis le jour où il avait offert à Ventus un lieu pour soigner son coeur abîmé.
Une prison.
Il fallait qu'il le fasse.
« Je... Ça va aller. Il faut bien, non ? »
Il fit une tentative de sourire peu concluante, ce qui ajouta à l'anxiété sur le visage de ses compagnons.
Et bientôt, il n'y eut plus rien à dire, plus de raison de tergiverser, rien que la peur, le chagrin et, un peu, l'espoir.
« Est-ce que, euh, vous pouvez sortir ? »
Ses trois amis échangèrent des regards incertains.
« C'est que, argumenta Aqua, si quelque chose tourne mal...
-Ça m'étonnerait que vous puissiez y faire grand-chose, si ça s'passe mal. Eh, t'inquiètes ! C'est juste... J'sais pas. Ça m'embête que vous restiez là plantés comme des piquets à attendre. Euh, le prenez pas mal.»
Il se sentait gêné à cette idée. Pourtant, ils ne verraient rien de son périple, puisque tout se passerait à l'intérieur de son coeur, mais... Il ne savait pas trop comment l'expliquer. C'était plutôt intime, comme situation, non ? Et puis ils seraient vulnérables, lui et Ven, encore plus que lorsqu'on dormait...
Après une hésitation teintée d'inquiétude, ils finirent pas quitter la pièce, laissant tout de même la lourde porte entrouverte, afin d'accourir en cas de besoin – on n'était jamais à l'abri d'une attaque surprise des membres de l'Organisation, surtout si Vanitas sentait le sommeil de Ventus perturbé.
Finalement, ce ne fut plus qu'eux deux et le silence. Sora se tourna à nouveau vers le garçon endormi. Il tenta un sourire, même si l'autre ne pouvait pas le voir, et probablement pas l'entendre.
« Euh, salut, Ven. Pardon que ça ait pris si longtemps. Tu vois, je ne savais pas… »
Il s'interrompit. Toutes ces choses, il pourrait les lui dire lorsqu'il ouvrirait les yeux. Est-ce qu'ils seraient du même bleu que ceux de Roxas, remplis de tempête, ou d'une nuance différente, plus paisible ? On disait qu'il s'agissait du reflet de l'âme, alors...
« Désolé. Je cherche à gagner du temps. J'ai un peu peur… »
Un peu peur d'être séparé de lui.
Allez. Il fallait juste la première impulsion, et puis ça irait. Comme de se retirer une épine du pied ou de s'extirper de ses couvertures un matin d'hiver. Ensuite, ça irait, pas vrai ? Il avait l'habitude, de se mettre en danger pour sauver des vies, ce ne serait pas la première fois...
Il invoqua sa Keyblade. Un petit voyage dans son propre coeur, pour y trouver celui d'un autre. Rien de compliqué. Ça irait.
Un peu maladroitement, il retourna son arme pour que la pointe soit en face de sa poitrine. Un souvenir lui revint, pas agréable. La dernière fois qu'il avait fait un truc pareil, ça avait été pour libérer Kairi, et il avait bien failli y rester... Mais il ne se transformerait pas en Sans-Coeur, cette fois-ci. Normalement.
Et puis ce fut parti. Un flash de lumière blanche, et Sora sentit ses pieds s'enfoncer dans le sable chaud. Sensation familière, pour un insulaire tel que lui.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, le ciel bleu l'accueillit, profond, sans nuage, la chaleur presque étouffante d'une journée d'été. Il se trouvait sur l'île où il venait souvent avec Kairi et Riku, dans leur enfance... Ainsi, son coeur prenait cette forme ? Il parvint pas à s'expliquer pourquoi, mais ce fait lui amena les larmes aux yeux.
Un souffle de vent sur sa nuque le fit se retourner.
Et il le vit.
Sans ambiguïté, il s'agissait de Ventus, les yeux bien ouverts, le sourire triste. Il se tenait debout face à lui.
Sora, la gorge nouée, ne parvint pas à trouver quelque chose d'intelligent à dire, si bien que Ven parla en premier :
« Bonjour. »
Juste ça, un simple bonjour. C'était ce que faisaient les gens qui se rencontraient, après tout. Dire bonjour.
« Salut. Je suis désolé d'avoir mis si longtemps. Euh… »
D'ordinaire, il n'éprouvait aucune difficulté à parler aux inconnus. Mais Ven n'était pas un inconnu, pas tout à fait. Ven l'intimidait, sans rien faire pour cela. Quelque chose lui chatouillait l'estomac lorsqu'il le regardait et Sora se sentait gêné. Une première pour lui. À vrai dire, la sensation l'affolait quelques peu.
« Ce n'est pas grave. Sora... Tu ne devrais pas faire ça.
-Mais... Il faut que je te libères ! Aqua t'attend ! Terra peut être sauvé aussi ! Tu ne veux pas revoir tes amis ? »
Son sourire s'agrandit, et il paraissait sur le point de pleurer.
« Oh, si ! répliqua Ventus avec un rire tremblant. Simplement, il y a un problème.
-Quoi donc ? On peut trouver une solution ! Il y en a toujours une.
-Pas dans ce cas, je crois... Je vais te montrer. »
Le paysage se fit progressivement recouvrir par un pinceau de ténèbres et, en quelques secondes, le monde vira au noir complet. Un ciel sans étoile, puis une lueur sous ses pieds. La texture du sol était redevenue solide.
Sora contempla son propre pallier de l'éveil. Ah, oui, il se souvenait de cet endroit... Le vitrail sous ses pieds le représentait, lui, et regarder son propre portrait, à une échelle aussi immense, lui procurait une étrange sensation d'inconfort.
Il leva le nez vers Ventus, et s'aperçut que le pallier ne se résumait pas qu'à une simple plate-forme circulaire comme d'habitude. Derrière l'épaule de celui qu'il venait secourir, un deuxième cercle, emboîté avec le deuxième, flottait là, émettant une lueur plus verte, différente du bleu familier de son propre vitrail. Devant son étonnement, l'autre garçon sourit doucement.
« Viens voir. »
Il le suivit durant quelques pas, jusqu'à l'endroit où les deux palliers se rejoignaient. Ventus pointa le doigts vers le sol.
Sora observa attentivement. Les deux cercles s'avalaient l'un l'autre en partie. Ou plutôt, l'un finissait l'autre ? Le complétait. En tout les cas, ils formaient un tout indissociable. En regardant plus loin, il s'aperçut que le second pallier représentait Ventus.
Il commença à comprendre.
« Tu vois... Lorsque Vanitas a été créé, il m'a trop pris. Il ne me restait pas suffisamment de... Comment appeler ça ?
-Quantité de coeur ? » proposa Sora, et ça sonnait un peu comme une blague, comme peu solennel, ça jurait avec le moment, apportait un contraste agréable.
Ventus lui sourit.
« On va dire ça. Il m'a pris trop de quantité de coeur pour que je puisse survivre. Heureusement, un tout nouveau coeur, qui venait de naître, a accepté de m'aider à restaurer ce qu'il me manquait.
-C'est moi.
-Eh oui. Le véritable problème a commencé quatre ans plus tard, lorsque j'ai combattu Vanitas, aucun de nous n'en est réellement sorti vainqueur. J'ai dû me réfugier auprès de toi, et j'y suis resté toutes ces années... Honnêtement, si tu essaies de me libérer, j'ai peur des conséquences que ça pourrait avoir sur ton propre coeur. »
Sora pinça les lèvres. Il avait craint cela, lui aussi, de perdre un morceau de lui, mais à présent...
« Moi, avoua-t-il, j'ai peur des conséquences que ça peut avoir sur le tien.
-Sora ! Tu ne peux pas... Ce n'est pas à propos de moi ! »
Il se trompait. Évidemment que tout, depuis le début, tournait autour de lui. Il était la pièce manquante, et à présent tout faisait sens, tout s'alignait parfaitement, et Sora savait qu'il ne se le pardonnerait jamais, s'il le laissait captif ici durant le restant de ces jours, sous prétexte que ce serait trop dangereux. Quel genre de vie ce serait ? Déjà, perdre douze années...
Comme s'il pouvait voir les pensées cogiter derrière son front, Ventus ajouta :
« Ne t'en fais pas ! Ça me convient. Je serais heureux de rester à tes côtés... jusqu'à la fin. Enfin, seulement si ça te va aussi. Je comprendrais que ce soit bizarre, maintenant que tu sais que je suis là… »
Oh, évidemment, que ça lui convenait ! Mais pas comme ça. Pas de cette manière. Comment est-ce qu'il pouvait ne pas comprendre, alors que lui, ça le tuait presque ? Sora secoua furieusement la tête.
« Non ! Enfin, Ven, non ! Je veux que tu restes avec moi, mais je veux aussi que tu sois ta propre personne ! Je veux qu'on gagne cette guerre ensemble. »
Et aussi se réveiller tous les matins pour voir son visage, libéré de cet éclat de tristesse au fond des yeux. Il aurait voulu l'entendre rire, au moins une fois. Aqua le décrivait comme un garçon léger et enthousiasme. Sora pouvait percevoir cela, en tâche de fond, malgré son calme pour le moment. La joie devait bien lui aller.
« C'est trop dangereux, Sora… »
Peut-être. Peut-être que c'était de la folie. Pourtant, pour une fois dans sa vie, Sora pensait que son intuition pouvait bien les sauver tous les deux. Il était possible de vivre avec un coeur incomplet, à condition qu'il n'en manque pas trop. Et ils ne seraient jamais séparés bien longtemps...
Ce fut à son tour d'adresser un sourire d'excuse à l'autre garçon. Sa Keyblade trouva la chaleur de sa paume, et les yeux de Ventus s'agrandirent lorsqu'il comprit. Il eut à peine le temps d'ouvrir la bouche pour protester, mais Sora avait déjà planté sa lame entre eux dans le sol, à la jonction des vitraux, juste entre les deux points où les paliers se rejoignaient pour se confondre l'un dans l'autre.
Il n'y eut pas de bruit de verre brisé, rien qu'une brèche, une ligne presque droite, qui s'étendit de part et d'autre, une secousse silencieuse entre eux...
Disjoints, le vide entre les palliers se creusa. Sora contempla avec horreur la partie de Ven s'en aller à la dérive, tout doucement. Non. Et lui qui, à présent, souriait doucement.
« Non ! »
Il se mit à courir, et le vitrail redevint l'île et le ciel redevint clair, mais Ventus continuait de s'éloignait et le sable sous ses pieds... Ses talons touchaient le bord de l'îlot et ses paupières se fermèrent tout doucement lorsqu'il bascula en arrière, au ralenti. Non non non non ! Et Sora courut, plus vite, plus vite, jamais assez vite et sauta à sa suite dans l'eau glacée qui lui coupa le souffle.
Ventus basculait dans le bleu avec le même visage endormi, sans défaut, paisible, que dans la réalité, dans son sommeil éternel, et il continua de sombrer. Désespérément, Sora tendit le bras à sa poursuite.
Réveille-toi. Il ne savait plus si la supplique franchissait réellement ses lèvres ou non. Le bleu de la mer devint le noir sombre des abysses.
Trop loin, toujours trop loin, chaque seconde un peu plus près. Réveille-toi ! Encore un peu. L'obscurité tout autour vira au gris, puis au blanc, aveuglant. I faillit le perdre de vue. Non, non, non !
Il tendit le bras encore et encore. Ses doigts effleurèrent les siens et soudain, soudain, il parvint à l'agripper. Sa peau était tiède. Il l'attira à lui. Réveilletoiréveilletoiréveilleréveilletoi.
Ven. Une bulle de panique enfla dans la gorge de Sora. Ils continuaient de plonger et il saisit le visage de l'autre garçon entre ses paumes, son front contre le sien. S'il te plaît...
« Réveille-toi ! »
Et tout, tout, tout devint blanc.
Ses muscles lui faisaient mal à force d'être tendus ainsi. Il sentait le sol contre l'un de ses genoux et la plante de son autre pied, il sentait son échine courbée, qui commençait à devenir douloureuse.
Sora ouvrit péniblement les yeux. Une lumière aveuglante se déversait dans la pièce par tous les vitraux possibles. Il vit d'abord ça, la lumière, et puis une paire de chaussures. Curieuse vision lorsque l'on se sentait aussi confus que lui et- Ven.
Il leva la tête et tout lui parut alors plus clair. Sur le trône de marbre, Ventus lui souriait enfin, un vrai sourire radieux. Il était réveillé, et Sora se trouvait un genou à terre devant lui. Il sentait vaguement sur sa joue des traces salées, déjà sèches. Son corps avait bougé tout seul, pendant qu'il libérait l'autre garçon.
Il avait réussi.
« Sora. Merci. »
Son coeur explosa d'allégresse. Il ne se sentait pas moins complet. Pas moins quoi que ce soit. Tant que Ven resterait à ses côtés, ça irait.
Le moment suivant ne fut pas pour lui. Aqua, ayant entendu la voix de son ami, pour la première fois depuis douze longues années, se précipita dans la pièce. Sora s'écarta. Il sortit de la pièce pour les laisser seuls, au moins quelques minutes. Ils devaient avoir un tas de choses à se dire, et il comprenait, et il était tellement, tellement heureux pour eux !
Lorsqu'il rejoignit Donald et Dingo dans le couloir, ceux-ci s'avancèrent vers lui, avec une espèce de douceur inhabituelle.
« Tu vas bien ?
-Aw, vous vous êtes inquiétés ?
-Rah, ne fais pas ton malin ! T'étais tout bizarre, bien sûr qu'on s'inquiétait !
Dis donc Donald, j'te savais pas si mère poule ! plaisanta le jeune homme.
-En tout cas, t'as pas changé, toujours le même balourd… »
Eh oui. Il ne se sentait pas fondamentalement différent, pas pour le moment... Il restait lui-même, même sans l'influence de celui qui l'avait accompagné silencieusement durant pratiquement toute sa vie. Pourtant, quelque chose... Il se sentait un peu plus vide. Pas de façon insupportable, ni même douloureuse, mais juste assez désagréable pour que, quelques minutes plus tard, lorsqu'il sentit la main de Ven trouver la sienne, le soulagement vienne l'envahir sous la forme d'une chaleur diffuse dans tout son corps. Il lui sourit. Ce n'était pas si difficile, après tout, d'être complet.
« Comment tu te sens ? demanda Sora.
-C'est très étrange... Il va me falloir un moment pour me réhabituer à toutes les sensations et à, tu sais… »
Il haussa les épaules comme si ça n'avait pas grande importance et émit un petit rire. Un son fascinant. Puis son expression se refit inquiète alors qu'il fixait Sora.
« Ça va, toi ?
-Ça va. Juste… »
Il préférait tout de même ça, cette situation et cette chose qui lui contractait agréablement l'estomac lorsque Ventus riait. C'était un peu tôt pour parler d'amour. Quoique.
Malgré tout, il restait la même peur qu'avant. Encore.
« Juste, termina-t-il avec un rictus inquiet, ne t'éloigne pas trop. Ok ? »
Alors, verdict ?
