Alistair était ravi que la journée de la veille soit révolue. Lorsque l'heure du souper était venue, il n'avait pu s'empêcher de montrer un peu de distance avec Morwen et bien que celle-ci ne comprit pas ce qui le poussait à être aussi réservé, il n'osait pas lui parler de la conversation qu'il avait eu avec son frère. D'ailleurs celui-ci ne manquait de laisser peser son regard en direction des deux jeunes gens mais Morwen n'y prêta nullement attention alors que lui, avait l'impression d'être le centre d'attention de tous comme la toute première fois où il avait dû parler devant toute la cour.

Il était déjà juché sur son cheval quand il la vit arriver, menant son cheval bai par la bride vers l'entrée où se trouvait déjà leurs pères et frères respectifs ainsi que quelques autres banns. Elle portait le même habit de cuir noir avec une légère pèlerine, son carquois plein fixé à sa selle. Elle était la seule femme à participer mais cela ne semblait pas l'émouvoir le moins du monde et elle semblait positivement impatiente de commencer. Alistair se demanda si elle remarquait seulement les yeux gourmands des autres jeunes hommes et des hommes moins jeunes qui participaient à la chasse ou si elle les ignorait avec superbe.

Encore une fois, il trouva qu'elle portait son armure comme un seconde peau mais s'il voulait être honnête avec lui-même c'étaient ses robes qui moulaient ses formes qu'il préférait. Le seigneur Cousland se pencha pour lui dire quelque chose et elle hocha la tête avant de faire reculer son cheval de quelques pas pour être auprès d'Alistair. Elle lui adressa un sourire timide auquel il répondit avec chaleur.

– Père m'a demandé de rester auprès de vous et de vous accompagner en tant qu'hôte de marque. Je connais bien les bois des Cousland, je pourrait certainement être utile.

Il hocha la tête avant de demander :

– Vous ne prenez pas Écarlate avec vous pour cette chasse ?

– Non, ce sera uniquement de la chasse à courre et du tir pour du gros gibier aujourd'hui. De toute façon, Écarlate n'aime pas trop les mabaris alors c'est un mal pour un bien.

Les mâtins étaient en effet en train de manifester leur impatience plutôt bruyamment et les maîtres-chien n'attendaient que le signal de départ de la chasse qui ne tarda pas à venir. Morwen éperonna son bai qui partit au trop tout d'abord avant de gagner en vitesse quand l'espace se fit plus grand. Alistair lança son cheval à sa poursuite et se cala sur son rythme. Les chiens couraient de-ci de-là commençant à flairer à la recherche d'une proie et bientôt la chasse en elle-même commença et les ordres leur furent donnés pour rabattre les chiens quand il le fallait.

De temps à autres, Morwen se penchait vers Alistair pour faire un commentaire mais en bonne hôtesse, elle parlait avec tous ceux assez près d'elle. Un jeune bann de l'âge de Cailan du nom de Berryck semblait fort apprécier la conversation de Morwen et celle-ci qui avait l'air de le connaître plutôt bien plaisantait à profusion avec lui ce qui n'était pas du goût du prince mais il ne voulait pas se donner en spectacle en faisant des réflexions alors il se contenta de bouder comme un grand dans son coin jusqu'à ce qu'elle lui adresse à nouveau la parole.

Bientôt on repéra une proie, il s'agissait d'un cerf qu'on rabattit jusqu'à ce qu'il soit à portée de flèche. Morwen et le bann Berryck bandèrent leur arc mais force était de constater que Morwen était bien meilleure à ce sport que Berryck dont la flèche se perdit dans des branchages à de nombreux mètres loin du cerf. Il ne perdit pas en bonne humeur pour autant. La flèche de Morwen trouva un meilleur chemin vers la cible mais la première flèche le laissa assez sur ses gardes pour qu'il bouge à temps. Les cavaliers repartirent avec les chiens sur la piste du cerf.

Cependant alors que les chiens étaient assez loin devant, le petit groupe d'Alistair remarqua la présence d'un énorme sanglier que la présence des chiens n'avait pas apeuré et qui traînait nerveusement près de la rivière. S'il venait de l'autre rive, cela pouvait expliquer le fait que les autres animaux n'aient pas encore perçu sa présence. Alistair vit ce sanglier comme une chance de pouvoir s'illustrer un peu dans cette chasse et d'attirer un peu plus les faveurs de sa belle et proposa vivement à Morwen et Berryck de le pourchasser.

Berryck haussa des épaules se rangeant à la décision que prendrait Morwen mais celle-ci hésitait. Elle voulait également pourchasser cette énorme bête mais ils étaient sans chiens et le reste du groupe qui les suivait précédemment avait suivi les chiens qui chassaient le cerf de sorte que cette chasse pourrait s'avérer dangereuse. Alistair insista, arguant que le sanglier risquait de filer et repasser la rivière auquel cas il serait quasiment impossible de le retrouver par la suite avec ou sans chien.

– Très bien, se décida Morwen, mais de grâce, redoublez de prudence, mon Prince. Vous aussi, bann Berryck.

Alistair lui adressa un sourire confiant et elle leur indiqua de façon précise la topographie du terrain afin de mieux repousser le sanglier dans ces retranchements. Alistair resta sur place alors que Morwen et Berryck le prenaient à revers. Quand ils estimèrent la distance adéquate, ils bandèrent chacun leur arc. Berryck avait une visée plus sûre cette fois-ci et ne manqua le sanglier que de très peu mais ce fut suffisant pour que la bête qui avait déjà senti la présence des humains commencent à détaler mais encerclée comme elle l'était son chemin de retraite passait forcément entre Alistair et Morwen. Cette dernière était assez à l'aise pour tirer même sur une cible en mouvement et flécha le sanglier qui mugit de douleur sans pour autant stopper sa course. Une seule flèche ne suffirait jamais à abattre un bestiau pareil à part logée entre les deux yeux..

Il bifurqua pour s'éloigner de celle qui venait de le blesser et était donc en train de foncer tête baissée à toute vitesse vers Alistair. Berryck avait profité de la bifurcation de l'animal pour décocher un nouveau trait qui toucha cette fois-ci. Le sanglier poussa un nouveau cri sonore auquel répondirent certains chiens loin au-delà des arbres. La bête chancela un moment mais continua sa course erratique en direction d'Alistair qui se concentra pour ne pas rater son tir sachant que si le sanglier arrivait trop près, son cheval paniquerait. Il réussit à l'atteindre assez facilement mais la bête ne voulut pas s'arrêter avant d'être à moins de deux mètres de lui, les membres tressautant en poussant un cri d'agonie.

Le cheval d'Alistair était très nerveux et rechignait, aussi mit-il pied à terre pour donner le coup de grâce à l'animal plutôt que de le laisser agoniser lentement en se vidant de son sang. Alors qu'il s'approchait de la bête, il entendit distinctement Morwen crier son nom à quelques mètres de lui et il se tourna instinctivement pour la regarder mais celle-ci pointait le doigt devant elle vers le sanglier. Il n'eut pas le temps de regarder qu'il se sentit violemment fauché et chuta lourdement contre une grosse racine de saule et eut juste le temps de lever les mains pour se protéger d'une seconde charge du sanglier qui lui enfonça une de ses courtes défenses dans le ventre avec des geste désordonnés et furieux mais il n'eut pas le temps de le faire une seconde fois.

Il entendit son agresseur tomber lourdement au sol près de lui en frémissant une dernière fois avant de gésir immobile. Il crut entendre des bruits de pas pressés non loin, sûrement ceux de Morwen mais la douleur au ventre était trop forte pour qu'il puisse penser de façon claire. Des lumières passaient devant ses yeux et il se crispa espérant diminuer le plus possible les mouvements de sa respiration qui augmentait celle de sa lacération abdominale. Il sentit une main gantée se poser sur son visage et une ombre passer au-dessus de son visage.

– Alistair ! Oh, Créateur... Alistair, je vous en prie... s'apitoya une voix aiguë.

– Morwen, est-il gravement touché ? Entendit-il.

– Je ne sais pas... Oui... Il saigne abondamment. Cela semble être assez large.

Il sentit qu'on détachait sa ceinture et qu'on soulevait son pourpoint. Il crut entendre quelqu'un avoir un haut-le-corps et murmurer à toute vitesse des choses qu'ils ne comprenaient pas. Il avait la tête lourde et l'envie de sombrer dans le sommeil commençait à poindre. Il savait confusément que dormir dans sa situation n'était pas bon signe mais il ne parvenait pas à lutter contre la douleur. Et Morwen, elle devait être là, penchée sur un idiot inconscient qui manquait de prudence. Autant pour le retour triomphal de la chasse qu'il avait imaginé. Après avoir perçu de loin des mots échangés entre ses compagnons il entendit distinctement le bruit d'un galop qui s'éloignait mais ne chercha pas à réfléchir à ce qu'il se passait autour.

Le visage de Morwen s'encadra au-dessus du sien. Il ne parvenait pas à distinguer clairement ses traits bien qu'elle soit penchée à quelques centimètres de lui. Il sentit quelque chose de mouillé et de chaud tomber près de sa lèvre et ça avait un goût salé. Une larme ? Il fut peiné à l'idée qu'elle puisse pleurer, d'autant si c'était à cause de lui. Il voulut lever la main vers elle mais il se sentait complètement vidé et son bras retomba mollement, cependant avant que se main ne heurte le sol ; il sentit qu'on lui saisit la main et ensuite ce fut le trou noir.