Morwen regardait son tranchoir avec une telle intensité qu'il aurait pu en être consumé mais cela valait surement mieux que de lever les yeux sur Alistair qui semblait vouloir disparaitre sous les draps alors qu'à côté d'eux Maric mangeait joyeusement. Elle finit par lever les yeux, saisissant que son tranchoir ne pourrait lui faire comprendre comment était survenue cette situation irréaliste.
Elle se souvenait être descendue en pensant pouvoir obtenir l'accord de ses parents s'ils étaient en mesure de la confier à un chaperon. Ils n'iraient pas à l'encontre de la demande d'un prince royal envers lequel ils se sentaient débiteurs, avait-elle pensé. Avec un chaperon, Alistair et elle ne pourraient pas converser librement mais c'était le mieux qu'ils puissent avoir.
Lorsqu'elle était parvenue dans la salle de banquet, ses parents et le roi ne s'étaient pas encore installés à table et conversaient tranquillement au pied d'une tapisserie antivane. Elle s'était approchée et avait fait une profonde révérence au roi qui s'était interrompu en lui souriant. Le sourire du roi lui avait donné un peu de courage avant d'affronter ses parents à l'affut du moindre faux pas depuis l'accident de chasse. Elle était parvenue à exprimer clairement sa demande en choisissant ses mots avec soin pour que cela paraisse le plus naturel possible et avait abordé elle-même le sujet du chaperon pour appuyer le fait qu'elle prenait en considération l'honneur de leur deux familles. Au moins savait-elle faire usage des apparences tellement prisées par l'aristocratie quand elle en avait besoin.
Elle s'était efforcée d'attendre la réponse en affichant un air confiant qui était sensé appuyer le fait que c'était une demande totalement normale en envoyant une prière rapide au Créateur. Ses parents s'étaient concertés du regard à peine une demi-seconde avant de lancer un rapide coup d'œil au roi Maric, ce qui avait suffi à confirmer que cette requête était pour le moins inhabituelle et à double-tranchant mais comme elle l'avait prévu, leur volonté de faire plaisir à la famille royale surpassait ce malaise. Bryce Cousland lança un regard entendu vers sa fille qui retint son souffle mais ni ses yeux ni sa voix quand il prit la parole ne semblaient contenir la moindre trace de la colère qu'il avait montré plus tôt.
- Ma foi, s'il s'agit d'une requête du prince Alistair et que le pauvre est assigné dans son lit, je nous vois mal la lui refuser. Toutefois comme tu l'as intelligemment souligné, les convenances veulent que tu aies un chaperon. Peut-être ce bon vieux précepteur Alcibiade pourrait vous tenir lieu de chaperon.
Aïe. Son père savait comment punir son monde. Ce brave Alcibiade était sûr d'achever Alistair – et elle-même par la même occasion – en lui ressassant toutes les particularités des arbres généalogiques des Theirin et des Cousland. Dans un sens, comme chaperon, on ne pouvait rêver mieux : nul ne penserait à badiner quand il était pris de migraine. Morwen soupirait intérieurement quand elle avait entendu une voix ferme et amusée.
- Eh bien, je serai ravi de surveiller ces deux jeunes gens si mes hôtes ne me tiennent pas rigueur de délaisser leur compagnie le temps d'un repas.
Son dernier souvenir cohérent était le regard halluciné des ses parents et le sourire charmeur du roi. Et maintenant elle mangeait en compagnie d'Alistair et de son royal paternel dans un silence gêné.
- Vous êtes bien silencieux tous les deux. Vous comptiez faire une repas sans parler ou c'est ma présence qui vous intimide ?
- Je… euh… Majesté… bredouilla la jeune fille.
- Là, là. Je vous taquine, dame Morwen. Je me doute bien que deux jeunes gens dans la fleur de l'âge ne puissent discuter librement en présence d'un parent mais de là à ne pas piper mot !
- Majesté… Je suis navrée, avança Morwen sans oser le regarder.
- Morwen, nul besoin d'être désolée. Père, vous voyez bien que vous l'intimidez.
Les premiers mots qu'Alistair prononçait depuis que Maric était dans la pièce. Ses draps n'avaient pas réussi à l'engloutir finalement.
- Alistair a raison, nul besoin d'être désolée. Cependant, Alistair, je te trouve bien familier avec dame Morwen. Depuis quand appelles-tu la fille de nos hôtes simplement par son prénom ? Demanda Maric avec un air désapprobateur.
Alistair jeta un regard en coin à Morwen alors qu'il ouvrait et fermait la bouche sans savoir quoi répondre sans dire quoi que ce soit de compromettant. Autant plaider pour la désinvolture et ne pas compromettre Morwen, pensa-t-il mais avant même d'avoir émis le moindre son, la jeune femme répondit à sa place.
- A vrai dire, Votre Majesté, c'est à ma demande que votre fils m'appelle ainsi. Je préfère que mes amis me nomment simplement Morwen plutôt que de me donner un titre protocolaire et formel.
- D'ailleurs, ajouta Alistair, je lui ai suggéré de faire de même avec moi. Je préfère également quand elle m'appelle par mon prénom… euh, enfin… je veux dire, quand on m'appelle par mon prénom.
Maric eut un reniflement amusé mais ne fit aucune réflexion.
- Eh bien, vu qu'on aime laisser le protocole de côté par ici, je vous propose de m'appeler Maric plutôt que de me donner du Majesté par ci ou du majesté par là, proposa le roi le plus naturellement du monde avant d'enfourner un morceau de sanglier.
La jeune fille ouvrit de grands yeux incrédules. Appeler le roi… par son nom ? Quelle idée saugrenue ! Avec Alistair, un prince qui avait pratiquement le même âge, passe encore, mais avec le roi ? Inimaginable ! Déjà elle levait les mains devant elle en signe de protestation.
- Je n'oserai jamais vous parler ainsi, Majesté. Je ne peux décemment pas faire ça.
- Bien sûr que vous le pouvez, je vous en donne l'autorisation. Je vous le demande, même. Moi aussi, j'apprécie d'être pouvoir appelé par mon prénom sans qu'on y accole mon titre de roi. Vous êtes la fille de mes bons amis Bryce et Eleanor et l'amie de mon fils cadet, voilà qui me suffit pour vous proposer cela. Sinon, dites-vous que c'est parce que vous m'êtes sympathique.
Les yeux verts de Morwen étaient agrandis par l'incertitude. Elle se tourna vers Alistair comme si elle attendait de lui qu'il lui dise quoi faire mais celui-ci ne fit que hausser les épaules. On aurait presque dit qu'il boudait à cause de la présence de son père. Elle pinça des lèvres avant d'expirer lentement.
- Très bien, je vais essayer. Mais en dehors de cette pièce, je vous appellerai Majesté, comme il se doit.
- Vous êtes dure en affaires, mademoiselle. Ça me va. Bon, maintenant que nous avons réglé cela, allons-nous pouvoir parler normalement ?
- De quoi souhaiteriez-vous parler, Majes… Maric ?
Le roi réprima un sourire en coin et avala une nouvelle bouchée de sanglier prélevé dans son tranchoir avant de s'adresser à Morwen qui picorait tandis qu'Alistair mâchouillait le même bout de viande depuis des heures.
- Vous n'êtes pas sans savoir que mon anniversaire est au mois des récoltes ?
- C'est dans moins de trois mois. Votre fête est en tout début de mois si je ne m'abuse, répondit la jeune fille en fronçant les sourcils dans son effort de mémoire.
Un nouveau sourire se dessina sur le visage du roi. C'était quand il souriait que Maric ressemblait le plus à son fils cadet réalisa Morwen. Alistair avait hérité du charme et de la décontraction de son père, à n'en pas douter. Si Morwen résistait déjà mal à Alistair, elle risquait de se faire amadouée rapidement par son père quand il aurait dévoilé l'idée qui lui trottait en tête et qui l'avait poussé à se joindre à leur repas. Il était trop à l'aise alors qu'elle et son fils étaient dans leur petits souliers et semblait visiblement se délecter de mener cette conversation comme bon lui semblait. Elle ne savait pas du tout à quoi s'attendre.
- Je suis ravi que vous vous en rappeliez. En effet mon anniversaire est le premier jour du mois et je compte organiser une fête pour le célébrer.
Morwen acquiesça doucement, pas sûre de comprendre où il voulait en venir.
- Eh bien, Morwen, je vous invite officiellement vous et vos parents à cette célébrations. Vous me feriez grand plaisir si vous veniez séjourner quelques jours à Denerim à cette occasion.
Prise de cours, elle affichait une mine stupéfaite mais elle reprit vite le contrôle.
- Eh bien, Majesté… Maric. Je dois dire que cette demande me surprend mais ce serait un réel honneur pour ma famille et moi que d'être vos invités à l'occasion de votre fête. Cependant, je ne puis donner mon accord sans m'en être concertée avec mes parents, vous le comprendrez.
- Bien sûr, jeune fille. Je vous laisserai le soin d'en discuter avec Bryce et Eleanor et de les convaincre au besoin. Songez que cela ferait grand plaisir à mon pauvre garçon qui s'est retrouvé blessé pendant son voyage sans pouvoir profiter pleinement des derniers jours du séjour à Hautecime.
Ah. Piégée. Jouer sur la responsabilité et l'honneur des Cousland dans l'affaire de l'accident de chasse. Maric pouvait se montrer retors quand il lui plaisait. Etait-ce un trait acquis à force de côtoyer le tiern Loghain ou était-ce naturel ? Peu importe ce qu'il en était, elle ne voyait aucune raison valable pour ne pas se rendre à une fête en l'honneur du roi à laquelle le roi lui-même vous avait conviée, bien au contraire. Et puis, l'argument de Maric était plus que suffisant pour convaincre ses parents d'accepter. Restait juste à savoir pour quelle raison Maric avait jugé bon de faire toute cette mise en scène pour lui demander cela à elle plutôt qu'à ses parents.
- Je ferai de mon mieux pour convaincre mes parents si toutefois ils n'acceptaient pas cette proposition dès le début. Toutefois… Maric, si je puis me permettre, j'aimerai savoir pour quelle raison vous m'en parler à moi en premier lieu plutôt qu'à mon père. Je ne vois aucune raison qui le pousserait à repousser cette invitation.
Le roi se contenta de hausser les épaules nonchalamment en enfournant une nouvelle bouchée de nourriture. La jeune fille commença à se sentir agacée par l'attitude énigmatique et désinvolte du roi alors qu'Alistair demeurait toujours aussi muet et amorphe, à croire qu'il était paralysé par la situation. Elle s'efforça de prendre une profonde inspiration pour refreiner son irritation croissante avant de s'adresser de nouveau au roi.
- Navrée d'insister, sire, mais sauf votre respect, vous savez pertinemment qu'en aucun cas mon père ne refuserait une telle invitation qui représente un réel honneur. Et comme vous l'avez savamment souligné, ma famille et moi aimerions faire plaisir à votre fils qui s'est retrouvé blessé pendant son séjour chez nous. Pourquoi vouloir jouer les… ?
- Vous êtes intelligente, jeune fille, la coupa Maric. Sur ce, je vous laisse un instant, les enfants, je vais faire une petite marche pour digérer.
Sur ces mots, il se leva sans préambule, laissant Morwen bouche bée. Elle lança un regard médusé à Alistair qui restait coi et fronça les sourcils. Le jeune homme sentait que s'il ne faisait pas quelque chose, elle risquait fort de lui en vouloir.
- Père, Morwen n'a pas tort. Votre comportement est étrange. Pour quelle raison agissez-vous de façon si mystérieuse ?
- Moi, je ferai du mystère ? Ha ha. Non, j'essaie juste de donner un coup de pouce aux choses.
- Un coup de pouce ? À quoi ?
Maric était sorti en rigolant sans leur répondre les laissant aussi perplexes qu'irrités.
- On dirait que notre chaperon nous a laissés choir, tenta de plaisanter Alistair sans grande conviction.
Le regard assassin de Morwen le priva de son petit sourire et il s'empressa de manger un morceau de sanglier refroidi pour se redonner contenance. Il était enfin seul à seule avec elle mais il se sentait incroyablement gêné. Outre le fait que son accident de chasse avait créer une ambiance malaisée entre eux, il y avait maintenant la conduite étrange de son père qui s'y ajoutait. Connaissant Maric comme il le connaissait, il se doutait vaguement que son père avait agi dans l'intention de lui donner un coup de pouce avec Morwen.
Il ne savait pas s'il devait se sentir flatté ou mortifié que son père se sente obligé d'intervenir dans ses interactions avec Morwen. Au moins n'avait-il pas l'air de porter de rancune à la jeune fille pour l'histoire du sanglier.
Maintenant qu'il était enfin seul avec elle, après avoir attendu si longtemps de pouvoir mettre les choses au clair. Il respira un grand coup avant de lui parler.
- Morwen. Je… Je vous prie d'excuser mon père. Je puis vous assurer qu'il ne pense pas à mal même si ses manières peuvent paraitre… déroutantes.
- Hmm, marmonna-t-elle sans le regarder.
Et voilà que Morwen avait l'air de bouder. Avoir une discussion posée semblait mal parti dans ces conditions. Il se demanda à nouveau si elle était fâchée contre lui à cause du blâme qu'elle avait subi même si elle avait accepté ce repas en sa compagnie. Il supporterait mal qu'elle soit fâchée contre lui surtout après s'être rendu compte qu'il commençait à avoir de sérieux sentiments pour elle. Il se redressa dans le lit et se pencha vers elle, tentant d'ignorer la douleur de sa plaie. Son rictus accompagné d'un grognement attirèrent l'attention de Morwen qui se leva précipitamment pour s'approcher du lit.
- Alistair ! Vous ne devriez pas bouger ainsi, vous risquez de rouvrir la plaie.
- Tant pis pour ma plaie. Enfin non. Mais… je veux dire… Morwen, je suis désolé, tellement désolé pour ce qui s'est passé aujourd'hui.
- Alistair… Vous n'avez pas…
- Si, je le dois ! Vous avez subi tout le blâme pour mes actes inconscients simplement parce que je suis de sang royal. C'est injuste. Est-ce que… Pourrez-vous seulement me pardonner tous les soucis que je vous ai causés ?
Il semblait si misérable à ce moment que Morwen n'aurait jamais eu envie de lui dénier le pardon si elle l'avait seulement pensé coupable de quoi que ce soit.
- Je n'ai rien à vous pardonner, Alistair. Je ne nie pas ma négligence de ce matin et ma responsabilité pour ce qui s'est produit. Me pardonnerez-vous pour cela ?
Le jeune homme eut un sourire triste : elle pensait vraiment devoir s'excuser ? Il était rare que quelqu'un d'aussi fier puisse ressentir le besoin de se faire pardonner pour un accident dans lequel sa responsabilité était si peu engagée. Encore une qualité à mettre au crédit de l'éducation des Cousland songea-t-il.
- Allons, on ne va pas s'échanger des excuses toutes la journée. Disons que nous avons chacun nos parts de responsabilités et que chacun pardonne l'autre.
Morwen lui sourit doucement avant de s'asseoir au bord du lit.
- Bien. Ce compromis me convient. Et je pousserai même ma chance à demander qu'on ne reparle plus de cette histoire.
- Vendu. J'aimerai pouvoir reparler de sanglier sans mourir de honte à l'avenir.
Elle eut un petit rire et c'était comme si tous ses soucis s'envolaient. Il était ravi de pouvoir l'entendre rire à nouveau en sa compagnie. Il tendit une main vers la sienne et la saisit doucement. Il la sentit se figer, dans l'expectative. C'était la première fois qu'ils étaient seuls depuis le soir où il l'avait embrassée. Il mourrait d'envie de le refaire mais ne pouvait s'empêcher de penser que c'était précipité. Oh, et puis pourquoi hésiterait-il ? Il avait failli rejoindre le Créateur aujourd'hui, il pouvait se permettre d'être audacieux. Il avait bien obtenu d'elle qu'elle mange en sa compagnie – même si son père s'était greffé à eux – il pouvait bien tenter de l'embrasser.
- Je commence à avoir des sentiments très forts pour vous, Morwen. Dites-moi, pensez-vous pouvoir ressentir la même chose pour moi ?
Elle avait tout de suite rougit de façon adorable mais n'avait pas retiré sa main pas plus qu'elle n'avait battu en retraite. Il aurait voulu s'approcher plus mais la position était déjà inconfortable pour lui, il risquait fort de sentir passer la douleur. Elle avait doucement réduit la distance et était maintenant assise plus près de lui. Elle n'osa pas lever les yeux tout de suite vers lui mais quand elle le fit, il déglutit lentement. Ses yeux émeraude posés innocemment sur lui, ses lèvres entrouvertes et ses boucles brunes qui encadraient son visage.
- Je… je crois que je ressens déjà quelque chose pour vous. Je ne sais pas encore si ces sentiments sont assez forts ou s'ils aboutiront à quelque chose. Je suis… un peu perdue.
- Bien. Même si vous êtes indécise, c'est déjà mieux que si vous étiez indifférente.
- Alistair…
Il posa une main contre sa joue et caressa sa pommette et l'aile de son nez du bout du pouce.
- Vous êtes tellement belle…
Il se pencha vers elle, ignorant le tiraillement de sa blessure et alors qu'elle se penchait vers lui en fermant les yeux, il l'embrassa très tendrement. Morwen se laissa aller contre lui, emportée par la fougue du prince. Elle avait été troublée par le fait qu'il avoue avoir des sentiments pour elle alors qu'elle pensait qu'il n'avait pas réfléchi plus avant à l'attirance qu'il avait pour elle. Elle-même avait eu du mal à mettre au clair ce qu'elle ressentait pour lui et n'y avait réfléchi qu'après l'accident de chasse. Et il avait dit qu'elle était belle. Ce compliment, on le lui avait déjà servi nombre de fois mais là, venant du prince, il faisait naitre un sentiment de fierté et paradoxalement de timidité.
La seule chose dont elle était sûre était qu'elle aimait être en sa présence et que le baiser qu'ils échangeaient lui était agréable et faisait naitre une curieuse sensation au creux de son ventre. Elle se permit de passer les bras autour de son cou à la surprise du jeune homme qui frémit brièvement avant de laisser son autre main voler vers la hanche de Morwen. Après un long moment, le besoin d'air fut plus urgent et ils désunirent enfin leurs lèvres, le front de l'un contre celui de l'autre.
- Vous ne m'en voulez pas d'être indécise ? Dit-elle enfin dans un souffle.
- Sainte flamme d'Andrasté, non ! Jamais. Cela fait à peine quelques jours que l'on se parle et que l'on passe du temps ensemble, je me doute que c'est déjà bien assez de savoir que l'on partage certains sentiments. Je ne vais pas vous cacher que c'est la… première fois que je ressens cela pour quelqu'un et je suis navré si jamais je vous parais maladroit mais je n'ai jamais…courtisé quelqu'un avant vous.
- Je n'ai jamais laissé quelqu'un me courtiser avant vous. Vous êtes le premier à m'avoir embrassée.
Créateur, elle était donc si pure ? Il se considérait lui-même comme prude alors qu'il avait déjà embrassé des filles à l'occasion mais c'était peut-être une évaluation biaisée par le modèle montré par son frère ainé pour qui badiner était un sport. Il était donc le premier à avoir cette intimité avec elle ? Il en tirait une indescriptible fierté et d'un autre côté, il voulait se montrer digne de cette marque d'intérêt et lui prouver qu'elle n'avait pas eu tort de lui accorder cette chance.
- Mon père a finalement eu une idée fantastique de vous conviez à Denerim entre deux bouchées de sanglier. Nous pourrions employer ce temps à apprendre à mieux nous connaitre.
- Oui, certes. A supposer que mes parents ne voient aucun inconvénient à ce que l'on y aille. Je ne vois vraiment pas pourquoi ils n'accepteraient pas mais je ne puis jurer de rien.
- Bien sûr.
Morwen se pinça les lèvres et évitait son regard sans pour autant s'éloigner de lui. Elle hésitait visiblement à dire quelque chose. Alistair prit une voix rassurante :
- Hé, quelque chose vous tracasse. Dite-moi ce que bous avez sur le cœur.
Elle leva les yeux sur lui et médita un moment avant de lui répondre.
- C'est juste… Alistair, soyez franc avec moi. Qu'attendez-vous exactement de cette relation à l'avenir ? Vous avez avoué avoir de forts sentiments à mon égard et moi, de mon côté je ne peux vous promettre que mes sentiments évolueront en s'intensifiant alors...
Ce fut à lui de détourner les yeux. Contrairement à Cailan qui avait profité de ce que les femmes avaient à offrir au cours de sa jeunesse, Alistair était vieux-jeu. Il s'était laissé courtisé et avait lui-même un peu courtisé des jeunes filles mais ce qu'il voulait c'était trouver la perle rare. Morwen avait l'air d'être cette perle rare et il savait qu'il ressentait déjà pour elle ce qui ressemblait à un amour naissant mais il ne voulait pas l'effrayer avec ça. Si seulement elle pouvait avoir les mêmes sentiments que lui, il serait prêt à lui jurer qu'il ne regarderait plus aucune autre femme qu'elle. Au lieu de ça, il préféra ne pas lui mettre la pression et resta volontairement désinvolte.
- Si jamais nos sentiments évoluent effectivement vers quelque chose de plus… sérieux, je ne vois pas pourquoi notre relation ne le deviendrait pas aussi. Mais pour le moment ni vous ni moi ne sommes prêts à avoir cette relation alors j'aimerai autant profiter de l'instant présent, sans promesse ou but défini. Laissons-nous porter par les évènements et voyons ce qu'il en ressort. Enfin, seulement si vous souhaiter euh…tenter le coup.
Cette réponse convenait parfaitement à la jeune fille. Attendre de voir ce que l'avenir leur réservait et peut-être connaitre des sentiments plus forts. Elle n'était pas convaincue du fait que tous les deux puissent tomber amoureux après à peine quelques jours à se fréquenter aussi la perspective de poursuivre leur relation sur les mêmes bases la rassurait-elle. Morwen signifia son assentiment en déposant un chaste baiser sur les joues d'Alistair. Cet acte spontané et tendre eut pour effet de faire rougir un peu Alistair pour qui il était important que la jeune fille se sente bien.
- Bien.
- Nous profiterons des jours qu'il vous reste à passer chez nous pour convaincre mes parents si nécessaire. Je vous tiendrai compagnie tant que je le peux.
- Merci, dit-il en souriant.
- Peut-être Berryck pourra-t-il vous tenir un peu compagnie aussi si vous le souhaitez. Le pauvre est assez affecté par votre accident.
Les épaules d'Alistair s'affaissèrent un peu. Lord Berryck. N'était-elle pas trop familière avec ce bann ?
- Ah… Lord Berryck… Je ne sais pas, je ne le connais pas bien, marlonna-t-il.
- Mais moi oui. Lui et sa sœur ont vécu des années au château avec nous en tant que pupilles jusqu'à ce qu'il soit en âge de gouverner lui-même son fief. Ils sont comme des frère et sœur pour Fergus et moi.
- Ah… J'ignorais ce passif. Ainsi donc, vous le voyez comme un frère ? Questionna le prince avec un peu plus de vivacité.
- Oui, c'est ça, rigola Morwen. Et comme je crois comprendre où votre gêne se situe, je puis vous assurer que vous n'avez rien à craindre. Berryck préfère les hommes. Vous êtes plus à son goût que je ne le serai jamais.
- Ah…
Alistair se sentit idiot de ne pas avoir su cela et d'avoir pu penser qu'il existait la moindre histoire sentimentale entre eux. Et idiot de commencer toutes ses phrases par un « ah ». Ni l'un ni l'autre n'eurent le temps de rajouter quoi que ce soit car Maric revint à ce moment précis ouvrant la porte sans grande discrétion.
- Eh bien ! Cette marche m'a fait le plus grand bien. Je ne vous dérange pas j'espère, lança-t-il avec un air malicieux dans les yeux.
Ni Morwen ni Alistair ne lui répondirent, l'une parce qu'elle s'était précipitée à sa place en reprenant son tranchoir pour cacher la rougeur de ses joues et l'autre car il se renfonçait dans les draps en étouffant un juron, souhaitant vraiment disparaitre sous les draps. A son plus grand amusement, Maric se réinstalla avec un air goguenard sous le regard assassin de son fils. Avec leur royal chaperon de retour, la discussion privée était terminée.
