Morwen soupira, sentant confusément la fatigue l'envahir. Après avoir voyagé plusieurs heures en calèche, elle avait enfin pu retrouver Alistair mais sans avoir vraiment pu profiter de leurs retrouvailles. Et après il avait fallu qu'elle supporte une après-midi de blabla entre nobles et les avances de quelques jeunes nobles dont cet insupportable Vaughan. Pourtant, elle se souvenait que la rumeur selon laquelle Alistair et elle entretenaient une relation circulait depuis le séjour dur roi à Hautecime, et bien qu'elle n'aimât pas que l'on parle d'eux ainsi elle aurait cru que cela la mettait à l'abri d'être la cible des tentatives de séduction. Même les jeunes filles qui avaient l'air des plus affriolantes se mettaient à tourner autour du prince avec peu de modération.
Conduite par Anora qui se montrait une maîtresse de maison consciencieuse, elle rejoignait sa chambre pour faire un brin de toilette avant de s'habiller pour le souper. Approchant de l'aile où elle était logée, elles entendirent des éclats de voix et après quelques pas, elles furent en vue de ceux qui en étaient à l'origine. Près d'un mur, un homme maintenait une domestique dans une étreinte qui n'était manifestement pas désirée de celle-ci qui tentait de maintenir l'homme le plus loin possible sous le regard amusé d'un jeune noble qu'elle n'avait jamais vu auparavant. Le pire étant qu'il lui sembla reconnaitre le pourpoint de l'homme trop entreprenant pour avoir dû le supporter ces dernières heures. Fallait-il qu'il accompagne son père et hanter les couloirs du palais royal ? N'avait-il pas des domestiques à tourmenter dans son propre domaine ?
Morwen fronça les sourcils avec déplaisir et jeta un coup d'œil à Anora qui avait elle-même le regard courroucé. La bru du roi n'était pas femme à apprécier ce genre de comportement déplacé, un bon point à lui accorder. Elle se tourna à nouveau vers le trio qui ne s'était pas encore aperçu qu'ils avaient de la compagnie et eut la satisfaction de voir la jeune soubrette donner un coup de genou dans le bas-ventre de Vaughan qui grogna de douleur et s'apprêtait à lever la main sur la fille en représailles. N'attendant pas qu'Anora prenne la parole, elle accéléra le pas et de sa voix la plus méprisante, elle apostropha les hommes.
- Eh bien, je vois que vous laissez vos bas instincts prendre le dessus. Allez-vous donc vous comporter comme un animal dans l'enceinte même de la demeure du roi, Vaughan Kendells.
D'un seul bloc, le fils du iarl de Denerim et son compagnon se retournèrent avec une stupeur qui se mua en gêne dès qu'ils virent qu'il s'agissait des deux filles de tiern et pas juste de simples domestiques qui les interpellaient. L'ami de Vaughan dont elle ignorait l'identité se liquéfia sous le regard des deux femmes mais son compagnon se recomposa rapidement. Elle devait au moins lui accorder le mérite de savoir se composer un visage de circonstance et de retomber rapidement sur ses pieds. Alors que Vaughan se redressait, elle put voir également le visage de la jeune fille elfe qui se faisait molester empreint de haine et de colère se teinter de soulagement alors qu'elle avait le souffle court et rabattait d'un mouvement tremblant ses jupes qui avaient été relevées manifestement contre son gré.
- Je vous assure être désolé que vous m'ayez surpris dans une situation aussi… vulgaire, lâcha-t-il benoîtement comme s'il n'avait pas été surpris sur le point de violer une femme.
Désolé d'avoir été surpris, ça, elle en était convaincue. Le salopard. Elle mourrait d'envie de lui coller son poing dans la figure mais s'efforça de respirer calmement pour ne pas s'emporter. Elle marcha jusqu'à s'interposer entre la soubrette et Vaughan qu'elle repoussa violemment.
- Vous avez des attitudes répugnantes. Vous n'avez aucun respect que ce soit pour ceux que vous jugez inférieurs, que ce soient les femmes ou les elfes.
- Vous me jugez trop sévèrement, je ne faisais que m'amuser un peu avec cette jouvencelle. Je n'aurai certes pas dû me montrer en spectacle en un tel lieu ni être si impatient. A nouveau, je vous présente mes excuses.
- Ce n'est pas à moi qu'il faut les présenter, gronda-t-elle avant de faire un pas de côté pour lui présenter la jeune femme elfe qui n'osait pas lever le regard vers lui malgré un visage marqué par la fureur.
Vaughan ne cacha pas son dégoût à l'idée de devoir faire des excuses à une oreilles pointues qu'il regardait comme si elle n'était qu'un déchet et croisa les bras avec défi. Morwen sentait la moutarde lui monter au nez et elle s'apprêtait à invectiver le noble d'une façon qui aurait fait rougir de honte sa mère et son père mais c'est le moment que choisit Anora pour intervenir.
- Vous avez été surpris en train de bien mal vous conduire dans la demeure du roi avec un membre de sa domesticité, Vaughan Kendells. Je crains de devoir faire remonter l'information jusqu'à votre père. Cependant, je peux m'abstenir d'en référer au roi si vous faites vos excuses auprès de cette jeune elfe comme l'a mentionné dame Morwen et que vous promettez de ne plus errer dans le château en dehors des évènements auxquels vous serez convié. Et vous, seigneur Jonaley, je consens à fermer les yeux sur votre présence et votre inaction aux mêmes conditions.
Le ton d'Anora était mesuré, doux mais aussi ferme et autoritaire comme son visage. Morwen se surprit à penser qu'elle ferait une excellente reine et comblerait parfaitement les lacunes de Cailan. Elle possédait un charisme naturel hérité de son père qui faisait qu'elle pouvait se faire respecter même sans élever la voix. Elle regretta presque de ne pas avoir recouru au même ton face à Vaughan mais son visage chafouin ne parvenait qu'à l'irriter à chaque fois qu'elle posait les yeux dessus.
Si c'était à elle de décider, Vaughan serait déjà émasculé plutôt que d'être traité de façon diplomatique simplement eu égard à son ascendance. A part lui interdire l'accès au château et lui causer une honte qui entacherait la réputation de son père, que pourrait faire le roi pour le punir ? Mais elle savait ne pas avoir son mot à dire là-dessus alors elle se contenta de les mépriser ouvertement lui et son compagnon sans envergure ni courage qui se tassait sur lui-même sous le regard accusateurs des trois femmes.
Après avoir médité la proposition d'Anora, Vaughan eut l'intelligence de s'y plier de mauvaise grâce. Ses excuses n'en avaient que le nom et n'étaient portées par aucune sincérité mais toujours est-il qu'il les présenta en bonne et due forme. Quant à ce seigneur Jonaley, comme l'avait identifié Anora, il s'exécuta avec empressement trop heureux de s'en tirer à si bon compte. Un homme aussi veule et pouvant se laisser aussi mal influencé en y prenant plaisir ne valait guère mieux et était un bon faire-valoir pour un homme comme Vaughan Kendells. Une fois les excuses faites et ils s'en furent sans demander leur reste, Vaughan lançant un regard haineux vers Morwen qui articula silencieusement le mot « ordure » à son intention. Elle aurait dû faire preuve d'un peu plus de retenue, se montrer moins vindicative mais son côté impulsif reprenait facilement le dessus face aux gens qu'elle n'aimait pas. Or, elle était sûre de détester ce type.
- Navrée que vous ayez dû assister à ceci, chère Morwen, dit Anora. Je vous assure que ce genre de choses ne se produit pas au château habituellement. Je n'étais pas sans avoir entendu quelques rumeurs quant aux mœurs dissolues du fils du Iarl Kendells mais j'étais loin d'imaginer qu'il agirait ainsi dans les couloirs du château.
- Ce n'est pas moi qui ait été lésée dans cette affaire, Votre Altesse, répondit-elle en se tournant vers la soubrette.
L'elfe aux cheveux d'un blond platine réajustait nerveusement une natte derrière son oreille en regardant ses mains. Elle leva les yeux quand elle s'aperçut que les deux humaines la regardaient.
- Je vous remercie de votre intervention, Votre Altesse et vous aussi madame. Je… je ne souhaitait pas faire de grabuge, voulut-elle se justifier.
- Nul besoin de vous justifier. Si vous n'avez plus rien à faire allez prendre du repos, vous pourrez reprendre du service ce soir. Si on vous pose problème, dites que c'est moi qui vous en ai donné la permission.
- Merci dame Anora mais…, je n'ai pas encore accompli les tâches qui me revenaient.
- Quelles étaient-elles ?
La jeune elfe qui devait avoir le même âge qu'elle, regarda Morwen avant de regarder à nouveau Anora.
- J'étais chargée d'être la femme de chambre de dame Cousland durant son séjour et d'ailleurs j'étais en chemin pour raviver le feu dans ses appartements quand… ils sont arrivés.
- Ma mère ? demanda Morwen.
- Non. Vous, mademoiselle, répondit-elle presque avec crainte.
- Ah. Ce n'est pas grave, filez donc vous reposer sans vous inquiéter, je saurai me débrouiller autrement, assura Morwen en souriant.
- Oui, j'enverrai quelqu'un d'autre s'occuper de cela puisque dame Morwen est d'accord, rassura Anora.
- Non. Je veux dire… Ne vous donnez pas cette peine, Votre Altesse. Je me sens tout à fait capable d'assurer mon travail. Cela me ferait plaisir d'assister dame Morwen qui est intervenue pour m'aider.
Anora interrogea Morwen du regard qui s'efforça de ne pas hausser les épaules de manière inélégante.
- Eh bien, soit. Si vous y tenez et que vous vous sentez suffisamment bien pour cela.
- Oui, mademoiselle.
Anora laissa la charge de conduire Morwen à ses appartements à sa femmes de chambre et repartit de son côté. Pendant qu'elle suivait la femme de chambre, elle l'observa à la dérobée. Elle était habituée aux servantes elfes et trouvait celle-ci étrangère à ce modèle. Elle avait quelque chose de hautain et d'assuré qui la distinguait des autres qui baissaient la tête devant les humains. Lorsqu'elle avait baissé la tête précédemment c'était par honte et peut-être par reconnaissance pour ces bienfaitrices, pas pour un quelconque sentiment d'infériorité ou d'obéissance servile. Et puis, elle ne s'était pas laissée faire par ce vaurien de Vaughan et lui avait retourné un superbe coup de genou qui laissait entendre qu'elle n'était pas du genre à se laisser faire de toute façon.
- Je ne vous ai pas demandé comment vous vous appeliez, réalisa Morwen.
La jeune elfe se stoppa net et se tourna vers elle l'air coupable.
- C'est moi qui aurait dû me présenter à vous, dame Cousland. J'ai juste été tellement…
- Chut. Ne vous en faites pas pour cela, je pense que j'aurai sûrement pensé à autre chose qu'à me présenter si j'avais été dans votre situation. Dites-moi juste comment je peux vous appeler.
- Thalia. Je suis Thalia Amnell, ma dame.
- Enchantée, Thalia. Par contre si vous voulez vous entendre avec moi, appelez-moi juste Morwen.
La dénommée Thalia eut l'air promptement prise de cours par cette demande mais se reprit aussi vite.
- Très bien, si vous le souhaitez, Morwen.
Morwen arqua un sourcil, étonnée qu'elle accepte aussi vite. Alistair qui était pourtant aussi peu à cheval sur les convenances qu'elle avait protesté et sa propre femme de chambre avait toujours refusé de ne l' appeler que par son prénom – même si elle avait tendance à penser que c'était surtout pour la taquiner et non pas par une quelconque peur de l'inconvenance. Elle avait l'impression que sa supposition selon laquelle la jeune elfe n'était pas du genre à courber l'échine docilement se confirmait. Elle était curieuse de creuser un peu plus le tempérament de la jeune fille mais il y avait d'autres choses plus importantes à faire pendant son séjour plutôt que de satisfaire sa curiosité.
Une fois parvenues dans sa chambre, un sourire charmé ourla ses lèvres. Un feu ronflait timidement dans l'âtre de la cheminée réchauffant la pièce. On avait décoré les murs de tapisseries marchéennes dépeignant des scènes épiques aux couleurs chaudes et de mobilier de bois sculpté provenant également des Marches Libres. Elle s'approcha d'une tapisserie pour l'examiner plus attentivement.
- Cette chambre est tout simplement magnifique.
- Oui, elle l'est, répondit distraitement la soubrette qui se pencha pour raviver le feu.
Visiblement, Thalia n'était pas sensible au charme du mobilier marchéen ou avait alors vu suffisamment de fois cette chambre pour que l'émerveillement laisse la place à l'indifférence. Elle se détourna de la tapisserie et alla chercher dans la malle que les domestiques avaient montée une toilette pour la soirée. Sa mère lui avait conseillé de conserver sa robe jaune pour le banquet de fête du lendemain alors elle prit une robe de velours vert émeraude assorti à ses yeux. Elle s'imagina en train de danser avec Alistair, serrée contre lui attendant qu'il dépose un baiser au creux de son cou ou sur ses lèvres. Elle rougit se demandant depuis quand elle avait des visions aussi romantiques d'Alistair et elle alors qu'elle avait eu du mal à admettre qu'elle ressentait quelque chose pour lui.
Pour se distraire de ses pensées, elle se tourna vers Thalia et fut surprise de voir qu'elle l'observait silencieusement sûrement depuis un moment. Un peu mal à l'aise de se faire observer à son insu par une elfe quelque peu atypique, elle tenta de se recomposer en lui demandant de l'aide pour ôter ses vêtements et prendre son bain. Pendant que Thalia faisait chauffer l'eau près du feu, elle se déshabilla seule et attendit en chemise que son bain soit prêt, assise au bord du lit.
- Vous travaillez depuis longtemps au château, Thalia ?
- Hmm ?
L'elfe sembla sortir d'une réflexion profonde et prit quelques secondes pour se recentrer suffisamment et lui répondre.
- Cela fait près de trois ans que je suis au service de sa Majesté grâce à mon père.
- Et votre père, vis-t-il également au château au service de sa majesté ?
- Non. Il est charpentier au bascloître, mais il intervient régulièrement au château pour réparer les écuries ou d'autres structures éloignées des ailes résidentielles. Son contremaître est un brave homme et c'est par son intercession que j'ai pu intégrer le personnel du palais.
- Je vois, dit Morwen d'un air songeur. Dites-moi, je me montre certainement bien indiscrète mais… Est-ce la première fois que vous vous faites… agressée ainsi ?
- Au château, vous voulez dire ? Ou au bascloître ?
Morwen fut un peu prise de cours par ces questions en réponse à la sienne. L'elfe la regardait fixement sans ciller et elle se sentit soudain mal à l'aise. Il existait très peu de gens en Ferelden qui pouvaient se vanter de réussir à la mettre mal à l'aise mais cette petite elfe pouvait se vanter de faire désormais partie de ce club fermé. Elle ne se laissa toutefois pas détournée par cette sensation confuse.
- Les deux, je suppose.
- Au bascloitre, jamais. On se protège mutuellement même si on n'est pas à l'abri d'esprits mal intentionnés. Au château…
Elle hésita, comme si elle cherchait les mots à employer.
- Au château, reprit-elle, je ne me suis jamais faite agressée à proprement parler avant ce jour. Mais que ce soient les soldats, les ouvriers ou des gens plus… euh, importants, il y en a toujours au moins un pour avoir un geste ou une parole déplacée. On s'y habitue à la longue même si ça n'en reste pas moins agréable.
Morwen se leva comme si elle avait été piquée par une aiguille sous le regard surpris de Thalia qui s'était levée pour aller déverser l'eau bouillante dans la baignoire.
- Mais enfin ! Comment est-ce possible ? Au cœur même du château ?! C'est une honte ! Comment pouvez-vous accepter une chose pareille ?
Thalia se figea avant de se tourner très doucement vers Morwen, les poings serrés.
- Parce que vous pensez peut-être qu'on nous laisse le choix ? Vous pensez peut-être qu'on se laisse peloter, tabasser ou violer en étant consentant. Je suis née elfe, je ne l'ai pas choisi, de même que je n'ai pas choisi de subir toutes ces humiliations même si d'autres se permettent de le penser.
Morwen ouvrit et ferma la bouche de façon idiote, s'en voulant terriblement de sa réaction naïve qui avait suscité la colère et sûrement la douleur chez l'elfe. Morwen se pinça les lèvres cherchant une façon de présenter ses excuses mais Thalia fut la première à reprendre la parole.
- Ecoutez, je suis vraiment désolée d'avoir élever la voix ainsi. Je n'aurai pas dû m'emporter et m'adresser à vous de façon si irrespectueuse, mademoiselle.
Oubliée Morwen, on était revenues à « Mademoiselle ». Elle l'avait sans doute mérité. Elle avait cru que le fait de lui être venue en aide et de se conduire avec elle de façon non protocolaire suffirait à entamer une relation amicale. Elle avait sous-estimé les souffrance et la rancœur de la jeune fille, ne se basant que sur sa propre capacité à nouer des liens et elle avait mis les pieds dans le plat en beauté. Dans un sens, elle s'était montrée aussi méprisante que Vaughan dans son arrogance même si elle n'avait pas pensé à mal. Maintenant Thalia, s'excusait auprès d'elle d'une façon froide qu'elle savait être une façade destinée à dissimuler sa blessure et son irritation.
- Si la température vous convient, vous pouvez entrer dans l'eau, mademoiselle, annonça la domestique pour changer de sujet.
Morwen enleva la chemise et s'enfonça dans l'eau avec fluidité. L'eau était tout juste tiède mais elle ne se sentait pas l'envie de demander à Thalia de faire bouillir une autre marmite pour la réchauffer. Après quelques minutes de silence inconfortable à barboter dans une eau tiédasse, la fille du Tiern trouva enfin le courage de reparler sans se sentir complètement détestable.
- Je suis profondément contrite de vous avoir incommodée tout à l'heure. Mes propos étaient irréfléchis et blessants mais je puis vous jurer que malgré mes paroles maladroites je ne pensais pas à mal.
L'elfe blonde soutint le regard de l'humaine brune un instant avant de hocher brièvement de la tête. Elle savait parfaitement que la jeune fille reposait dans une eau à une température à peine suffisante pour ne pas frissonner et méditait ses excuses depuis un moment sans rien lui demander alors qu'elle lui lançait des regards vides dans son coin près du feu sans rien faire de son travail de femme de chambre. Elle savait que n'importe quelle autre fille de noble qui aurait dû subir sa colère et ses propos l'aurait très certainement faite renvoyée sur-le-champ. Et surtout que peu d'entre elles voire aucune ne se serait intervenue si spontanément pour la tirer des griffes de ce pervers sadique qu'était Vaughan Kendells dans le seul but de l'aider et non pas parce qu'elle trouvait cela déplacé.
Cette Morwen était différente, elle l'avait senti tout de suite mais sa naïveté quant à la condition des femmes elfes l'avait proprement mise hors d'elle – sans compter qu'elle et lui… Elle aussi devrait faire amende honorable.
- Ne vous souciez plus de ceci, mademoiselle. J'avoue avoir moi-même un caractère impulsif et difficile mais je vois bien que vous êtes quelqu'un de bonne foi et que vos excuses sont sincères, mademoiselle. Morwen.
En entendant son prénom, la jeune femme ébaucha un petit sourire timide. Thalia s'approcha pour lui frotter le dos et plongea la main dans l'eau. Oh. Ce qu'elle pouvait être refroidie cette eau ! La pauvre.
- Souhaiteriez-vous un peu d'eau chaude, Morwen ?
- Oh, Créateur ! J'ai cru que vous ne le proposeriez jamais ! Oui, s'il vous plait.
Thalia retint un ricanement et partit chercher la marmite qui avait eu le temps de chauffer l'eau suffisamment pour la rajouter dans le bain. La fille du tiern poussa un soupir de contentement et se cambra, ses seins émergeant de l'eau dans son mouvement. Thalia se mit à lui frotter le dos en l'observant attentivement. Bien que ce soit elle la noble, elle avait une carnation plus halée que la sienne avec quelques taches de son discrètes et des yeux d'une couleur émeraude presque surnaturelle bordés de longs cils aussi noirs que ses cheveux bouclés ramassés en un chignon informe. Elle avait un visage plus qu'avenant et Thalia ne doutait plus de ce qui avait pu attirer le prince Alistair dans ses filets si elle pouvait prêter foi aux rumeurs.
Thalia se souvenait avoir entendu le prince Alistair parler de la beauté des paysages Hautecime et demanda à Morwen de lui parlé du tiernir et la jeune fille s'empressa de s'exécuter avec joie, lui racontant mille choses sur Hautecime. L'elfe se laissa facilement fascinée par le récit enthousiaste de Morwen et de fil en aiguille discutèrent jusqu'à ce que l'eau du bain en devienne complètement froide. Quand Morwen sortit de l'eau, elle avait la peau toute fripée et serait tout juste à l'heure au souper. Pour éviter que sa mère ne lui arrache les oreilles au couteau à fromage, il valait mieux pour elle qu'elle se dépêche un peu.
Elle se sécha rapidement et enfila sa robe avec l'aide de Thalia qui lui coiffa les cheveux à l'aide d'un ruban. Elle apporta une légère touche de rouge à ses lèvres, seul maquillage qu'elle jugeait adapté à son visage bien que sa mère ait plusieurs fois tenté de l'inciter à en mettre plus. Elle paracheva le tout en se parfumant et en enfilant un collier avec un pendentif en argent en forme d'épée incrusté de minuscules émeraude que Fergus lui avait offert à son retour de voyage dans les Marches Libres. Elle n'aimait guère les bijoux mais adorait ce collier autant pour le pendentif en forme d'épée que parce qu'il s'agissait du plus beau cadeau que lui ait offert son frère. Morwen s'examina attentivement devant le miroir, elle présentait bien mais elle n'était pas convaincue d'être suffisamment apprêtée.
Si elle avait été à Hautecime, elle se serait trouvée plus que convenable pour n'importe quel banquet mais à Denerim, au palais royal avec toutes ces belles dames et damoiselles dont nombre tournaient autour d'Alistair comme des vautours, elle se prenait à douter. En Ferelden, hommes et femmes de haute naissance se gardaient bien d'être aussi pompeux et pomponnés qu'en Orlais où les bijoux, les masques ornés et les toilettes à froufrous étaient un minimum. Il n'en était pas moins que c'était le palais royal et elle se disait que sa simplicité habituelle ne pouvait que la desservir.
Après tant de semaine à songer à la suite à donner à sa relation avec Alistair, elle avait fini par se languir énormément de sa présence et à souhaiter se faire embrasser à nouveau par lui. Elle avait envie d'être en sa présence et d'entendre à nouveau ses mots doux, consciente qu'il était vraiment le premier à avoir percer sa carapace et à avoir susciter son attention, son désir. Réalisant qu'elle s'était mise à éprouver des sentiments plus profonds à son égard en son absence, elle avait eu peur que pour lui, cette séparation lui fasse oublier cette affection. Il existait bien d'autres belles jeunes filles à marier dans son entourage et une nouvelle rencontre pouvait bien sonner le glas des attentions qu'il avait pour elle. C'était pour cela qu'elle voulait se démarquer mais elle ne se sentait pas dans son élément en s'y essayant.
Thalia qui la voyait regarder son reflet dans le miroir avec perplexité se demanda si Morwen n'était pas du genre à avoir une pleine garde-robe de robes de toutes les couleurs et toutes les formes et à penser qu'elle n'avait rien à se mettre. Elle lui semblait magnifique mais celle-ci ne semblait pas être satisfaite.
- Quelque chose ne va pas ?
- Oh… eh bien… Oui, enfin non. Enfin…
Morwen soupira en levant les yeux au ciel avant de se laisser tomber dans le lit. Thalia, en tant que domestique n'était sûrement pas la mieux placée pour l'aider mais elle avait le mérite d'être franche. Dans cette mesure, autant lui demander. Elle se releva en écartant les bras et fit face à la jeune elfe en la regardant avec le plus grand sérieux du monde.
- Je sais que je vais vous paraître idiote et vaine – et c'est peut-être que je le suis vraiment en ce moment – mais, Thalia, répondez-moi franchement. Que pensez-vous de mon habillage ? Est-il suffisant ? Je ne fais habituellement pas tant d'effort pour ma mise et j'avoue qu'aujourd'hui, c'est différent.
- Différent ? En quoi donc ?
Morwen rosit un peu et déglutit mais soutint le regard de la femme de chambre sans flancher.
- Je veux… plaire à Alistair. Ici, tout le monde est dans ses plus beaux atours et moi je crains de ne pas en avoir fait assez.
- Le prince ? Vous voulez séduire le prince Alistair ?
Aussitôt que Thalia lui posa la question elle se mit à rougir de honte. Bien que certaines personnes comme sa mère ou son frère soient au courant de sa relation naissante avec Alistair, elle n'avait elle-même jamais confirmé les dires ou avoué quoi que ce soit et voilà qu'elle déballait tout à une domestique rencontrée le jour-même. Si le bouche à oreille entre elfes fonctionnaient aussi bien ici qu'à Hautecime, la moitié de la domesticité et des nobles du palais seraient au courant dès le lendemain matin que la fille Cousland avait des vues sur le cadet de sa Majesté. Fantastique. Consumée par l'embarras, elle se détourna pour cacher son trouble.
- Oubliez ce que j'ai dit. De toute façon, il est plus que temps que j'aille souper.
Elle lissa nerveusement ses jupes de velours et se dirigea vers la porte. Après tout, Alistair l'avait accueillie à son arrivée et n'avait pas l'air de songer à quelqu'un d'autre, alors de quoi devrait-elle avoir peur ?
- Vous êtes magnifique, entendit-elle dans son dos.
Elle se retourna, surprise. Thalia la regardait les mains sur les hanches, l'air d'avoir à expliquer une évidence à une enfant.
- Vous êtes très belle et votre robe vous va à ravir. Contrairement à d'autre, vous ne faites pas dans la surenchère et vous y gagner en élégance. Ce qui pourrait vous manquer en apparence, vous le compensez largement par votre intellect et votre gentillesse. C'est ce que je pense. Mais je ne suis qu'une domestique.
Morwen la regarda avec étonnement et finit par lui faire un sourire radieux. Un tel compliment sortant de sa bouche valait plus que cent dans la bouche de n'importe quel nobliau pensait-elle. Elle virevolta jusqu'à elle et l'embrassa sur les deux joues à la plus grande surprise de Thalia qui en resta bouche bée.
- Merci ! Merci infiniment. Je crois que j'ai assez confiance pour affronter cette soirée grâce à vous.
La fille du tiern se détourna et s'apprêta à sortir quand elle se tourna vers Thalia.
- Voulez-vous que je fasse une partie du chemin en votre compagnie ? Je n'ai plus vraiment confiance en la plupart des hommes au château et je préfèrerai vous savoir accompagnée que seule dans les couloirs du palais.
Thalia fut surprise de cette proposition et touchée également mais elle refusa avec assurance arguant du fait qu'elle avait du travail à terminer dans la pièce avant de pouvoir quitter la pièce. Morwen alla donc seule vers la salle de banquet.
