Merci à blupou, maliciafox et Melfique pour les favoris et les reviews, et merci aussi aux lecteurs anonymes ! ^^

Hermione ouvrit doucement les yeux puis s'étira, avant de se rendre compte qu'il faisait étrangement plus sombre dans ses appartements. Elle se releva d'un coup du fauteuil dans lequel elle s'était assoupie et regarda sa montre, paniquée à l'idée d'être en retard pour son premier repas en tant que professeur. Elle poussa un soupir de soulagement en constatant qu'il lui restait une demi-heure avant le dîner. Ne sachant que faire durant ce temps, elle décida de monter dans la Tour d'Astronomie. C'était une partie du château qu'elle appréciait beaucoup. Pouvoir dominer l'immense parc, le Lac Noir, savourer la douceur du vent qui pénétrait sur la terrasse de la Tour… C'était un espace où elle était allée se ressourcer ne nombreuses fois, lorsqu'elle était encore élève. Et elle était sûre qu'elle ne changerait pas ses habitudes. Elle attrapa sa cape sur un fauteuil et sortit de ses appartements.

Elle parcourut les différents couloirs, submergée par la vague de nostalgie qui ne voulait pas la quitter, comme si elle retrouvait un souvenir à chaque tournant de couloir. Elle escalada rapidement les escaliers qui la séparaient de son objectif, et arriva au sommet de la Tour.

Elle poussa un soupir d'admiration. Le parc resplendissait sous le soleil couchant. La surface du Lac Noir, lisse comme un miroir, brillait d'une lueur orangée. Hermione respira à pleins poumons les senteurs caractéristiques de la forêt. Puis son regard se porta vers la cabane de Hagrid, vers le Saule Cogneur, chaque vision révélant en elle foule de souvenirs enfouis.

Elle resta un long moment là, accoudée à la rambarde de la Tour, laissant son esprit vagabonder entre les strates de sa mémoire. Puis elle se dit qu'il était peut-être temps d'y aller si elle ne voulait pas être en retard pour le repas. Elle s'arracha à contrecœur de ses contemplations et se dirigea vers l'escalier. C'est alors qu'elle entendit des pas. Quelqu'un montait dans la Tour. Prise d'un vieux réflexe, Hermione se cacha derrière la porte. Elle n'avait envie de croiser personne. La terrasse de la Tour était bien assez vaste pour qu'elle puisse s'en aller sans être vue, une fois le visiteur arrivé.

Elle guetta donc les pas. Mais lorsqu'elle reconnut celui qui venait, elle sursauta violemment et laissa échapper une exclamation de surprise. Elle ne pensait pas se retrouver directement face au Professeur Rogue si tôt…

Severus Rogue montait les marches de la Tour d'Astronomie. C'était le lieu où il aimait réfléchir, et il n'y avait généralement personne. De toute façon, si quelqu'un s'y trouvait, il s'occupait de le faire dégager rapidement… Oui, vraiment, la Tour d'Astronomie était l'endroit parfait pour laisser libre cours à ses pensées et sentiments. Tout le monde pensait que le sombre Professeur Rogue n'était heureux –s'il pouvait être heureux- qu'enfermé au fin fond des cachots. Ils se trompaient tous. Tout le monde se trompait sur son sujet. Et Severus en était satisfait. Il préférait que tout le monde le laisse où il était…

Il passa la porte de la terrasse de la Tour et s'avança. C'est alors qu'il entendit une exclamation étouffée. Il sursauta et se retourna brusquement, baguette à la main. Ses traits se durcirent, il sentit la colère gonfler dans ses veines. Hermione Granger se tenait là, cachée derrière la porte, les deux mains plaquées contre la bouche, l'observant d'un regard où se lisait la crainte…

Hermione luttait pour éviter que le rouge ne lui monte aux joues. Mais son visage était déjà écarlate. Elle regarda son ancien professeur. Il n'avait pas changé. Les cheveux toujours noirs et mi-longs, le teint toujours blafard, les yeux toujours aussi sombres. Hermione tressaillit lorsqu'elle aperçut la fureur qui bouillonnait dans les iris d'ordinaire si froids de Severus Rogue. Elle était persuadée qu'il savait qu'elle était le nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Rien que pour cela, elle comprit qu'il ne l'appréciait pas, et même encore moins qu'avant, si toutefois c'était possible… Et le fait qu'il l'ait surprise cachée derrière la porte d'une tour n'améliorait pas la situation. Mais savait-il qu'elle était aussi la Directrice de Gryffondor ? Elle préférait ne pas connaître la réponse à la question.

Le regard d'Hermione se porta sur la gorge de celui qui lui faisait face. Bien qu'il portât un col remonté, on pouvait très nettement distinguer la cicatrice qui montait jusque derrière son oreille. Aussitôt, les souvenirs de la nuit où elle l'avait sauvé remontèrent brusquement dans la mémoire d'Hermione. Elle les refoula. Rogue sembla s'apercevoir qu'Hermione observait la marque de son cou. Il avait horreur qu'on le regarde ainsi, comme un animal de foire ou un phénomène extraordinaire, parce qu'il avait survécu à la morsure du serpent de Voldemort. La fureur qui emplissait les yeux de Rogue se fit plus forte. Un rictus malveillant déforma ses lèvres.

- Tiens, tiens. Granger… dit-il d'un ton doucereux.

Hermione tressaillit une nouvelle fois, sans oser détourner le regard du Maître des Potions. La douceur dans la voix de Rogue n'était jamais bon signe…

- Professeur Granger…murmura-t-elle.

- Pardon ? Je n'ai pas très bien entendu…

Aux éclairs que lançaient les prunelles de Rogue, Hermione sut qu'il avait parfaitement entendu.

- J'ai dit : Professeur Granger, répéta-t-elle d'une voix un peu plus forte.

La mâchoire de Rogue se contracta, mais il changea de sujet.

- C'est étrange… Je ne savais pas qu'un de vos passe-temps était apparemment de guetter les gens, cachée derrière une porte… Intéressant, n'est-ce pas ? poursuivit-il.

Hermione baissa les yeux et ne répondit pas.

- Ni que vous pouviez rester si longtemps silencieuse. Il me semble que vous aviez la langue bien pendue du temps où vous étiez élève. Un miracle se serait-il accompli ?

Hermione sentit la colère monter peu à peu en elle. Pour qui se prenait-il ? Elle était au même rang que lui, à présent. Il n'avait pas le droit de la rabaisser ainsi. Lui et ses continuels sarcasmes et moqueries. Elle se força à soutenir le regard noir de Rogue. Elle refoula son inquiétude face à l'expression meurtrière de Rogue, se concentra pour en effacer la moindre trace de son visage. Cependant, elle ne pouvait rien y faire, sa voix tremblait.

- Dois-je vous rappeler que je n'ai plus à vous obéir ? Je ne suis plus votre élève, mais votre collègue, que cela vous plaise ou non. Et je n'y suis pour rien si j'ai eu le poste que vous convoitez. On me l'a proposé, j'ai accepté. Alors inutile de vous acharner sur moi.

Puis elle ajouta à voix basse, pour elle-même :

- Inutile d'être aussi rancunier…

Cependant, Rogue l'entendit. Piqué au vif, il se redressa. Et Hermione put constater à quel point il était grand. Beaucoup plus qu'elle. Elle se recroquevilla imperceptiblement, et malgré toute la bonne volonté dont elle pouvait faire preuve, elle n'arrivait pas à effacer sa peur en elle, et pire, à la dissimuler. Et Rogue avait bien vu qu'il l'intimidait. Dans ses yeux perçaient encore la rage et la fureur, mais aussi une lueur de triomphe. Hermione savait très bien ce qu'il pensait. Qu'il était furieux que ce soit elle qui enseigne la matière qu'il voulait. Furieux de la revoir, elle, la Miss Je-Sais-Tout. Furieux d'avoir à la côtoyer et à la supporter comme collègue et donc comme égale. Mais aussi satisfait de lui faire peur.

Severus Rogue n'ajouta rien. Il tourna les talons, non sans avoir lancé un regard assassin dont il avait le secret à Hermione, puis disparut dans les escaliers. Hermione resta un instant debout, immobile au sommet de la Tour, encore ébranlée. Puis, songeant qu'elle devait sûrement être en retard pour le dîner, elle emprunta le chemin qu'avait suivi Rogue quelques instants plus tôt en direction de la Grande Salle.

Quelques instants plus tard, elle poussait les lourdes portes. Elle s'avança en direction de la table des Professeurs et s'aperçut qu'elle était la dernière. Le repas n'avait pas encore commencé. Elle aperçut Hagrid, et aussitôt se sentit mieux. Il lui avait manqué. Le garde-chasse lui fit un grand signe, donnant un coup de coude à Flitwick, assis à côté de lui. Le petit professeur de Sortilèges tomba de sa chaise en emportant son verre. On entendit un bruit de vaisselle cassée, mais Hagrid n'y fit pas attention. Hermione marcha d'un pas rapide, avant de stopper net. La seule place qu'il restait était à côté de Hagrid. Mais, malheureusement pour Hermione, aussi à côté de Rogue. Le Maître des Potions semblait aussi énervé qu'elle. Evitant soigneusement de croiser le regard onyx, elle monta sur la grande estrade et prit place à côté de Hagrid. Elle prit bien soin de tourner le dos à Rogue. Elle engagea la conversation avec le garde-chasse, et aussitôt se sentit mieux. Elle retrouvait un ami.

- Alors, Hermione, dit soudain Hagrid. Bon retour à Poudlard ? Ce ne doit plus être pareil maintenant que tu es passée de l'autre côté.

- Non, c'est sûr… marmonna Hermione en jetant un regard en coin à Rogue.

Elle ne savait pas s'il écoutait la conversation, et elle espérait que non. Hagrid changea de sujet.

- Et comment vont Harry et Ron ? Tu sais, ils continuent de m'envoyer régulièrement des hiboux, dit-il, un grand sourire sous sa barbe hirsute.

C'est à ce moment qu'Hermione se rendit compte que Rogue écoutait bel et bien la discussion. Elle fut cependant tentée de sourire. Elle avait remarqué que Rogue s'était tendu à l'évocation des noms ses deux meilleurs amis. Soudain, elle pensa qu'elle ferait bien de leur envoyer un hibou pour leur dire qu'elle était bien installée.

Elle n'eut pas le temps de répondre à Hagrid. Le Professeur McGonagall s'était levée et avait contourné la table pour faire face aux enseignants. Elle se racla la gorge. Peu à peu, la rumeur des conversations s'arrêta. La Directrice prit la parole.

- Chers enseignants et enseignantes de Poudlard. Comme vous le savez tous, une nouvelle année scolaire est sur le point de commencer. Il est de mon devoir de procéder aux formalités de rentrée. Tout d'abord, souhaitons la bienvenue à Miss Granger qui a accepté de reprendre le poste de Défense Contre les Forces du Mal.

Cette annonce fut accueillie d'applaudissements enthousiastes de la part de tous les professeurs. De tous, sauf Rogue. Hermione risqua un coup d'œil dans sa direction. Il regardait droit devant lui, les yeux luisants de colère, les mains étroitement serrées sur le bord de la table. McGonagall attendit que les applaudissements cessent. Puis elle continua :

- Ce n'est pas tout.

Elle sourit à Hermione.

- Miss Granger a également accepté d'assurer la Direction de la Maison Gryffondor.

Il y eut un bruit à la droite d'Hermione. Elle seule l'entendit, les autres professeurs étaient occupés à applaudir avec encore plus d'enthousiasme que la première fois. Elle tourna vivement la tête vers Rogue. Celui-ci venait de cracher la gorgée d'hydromel qu'il avait bue. Il s'essuya le menton d'un revers de manche et lança un regard si noir à Hermione que celle-ci se dit que, si les yeux de Rogue pouvaient tuer, elle serait déjà morte. La rage et la fureur qui bouillonnaient dangereusement dans les prunelles sombres du Maître des Potions étaient telles qu'Hermione eut soudain peur qu'il ne lui saute dessus pour l'étrangler. Mais il resta de marbre, droit comme un i, complètement immobile. Seuls ses yeux et ses traits légèrement contractés témoignaient de la tornade de colère qui sévissait en lui. Hermione commençait à craindre qu'il ne lui face regretter sa place de professeur. En tant que Directeur de Serpentard, il ferait sûrement preuve de beaucoup d'inventivité pour dénigrer la nouvelle Directrice de Gryffondor. Le ravin qui séparait Hermione de Rogue se transformait en faille… Comment pourraient-ils s'entendre, maintenant qu'Hermione occupait la place que Rogue voulait et qu'ils étaient Directeurs de Maisons rivales ? Hermione se détourna de Rogue. Elle était persuadée qu'il prendrait sa revanche…

Les applaudissements des autres professeurs n'avaient toujours pas cessé. Hagrid, qui hurlait des « Vive Hermione ! » de sa grosse voix bourrue, se vit adresser un regard noir de McGonagall. Celle-ci attendit que le calme revienne, puis continua :

- Je dois vous faire part d'une nouvelle décision quant à l'organisation des cours à Poudlard. Il m'est venu à l'idée d'organiser des parallèles entre les matières.

Hermione fronça les sourcils. Une boule d'appréhension se forma dans son ventre. Elle ne savait pas pourquoi, l'idée de la Directrice ne lui présageait rien de bon…

- C'est-à-dire, expliqua McGonagall, que certains des professeurs se verront chargés de mettre en place des cours communs, qu'ils devront préparer ensemble. Deux fois par semaine, ils délivreront aux élèves de Première Année un cours qu'ils feront à deux.

Puis la Directrice sortit de sa poche un petit bout de parchemin qu'elle déplia.

- Pour l'instant, dit-elle en regardant le papier, trois binômes de professeurs ont été mis en place. Devront à partir de la rentrée travailler ensemble : Hagrid et le Professeur Chourave, le Professeur Flitwick et moi-même, et enfin…

Elle marqua une pause et fronça les sourcils. Hermione crut voir passer sur son visage une ombre d'anxiété. La boule d'appréhension dans le ventre d'Hermione grossit. Elle saisit son verre de jus de citrouille pile au moment où McGonagall finit sa phrase.

- Le Professeur Rogue et le Professeur Granger.

Ce fut au tour d'Hermione de s'étrangler avec sa gorgée de boisson. Elle toussa violemment, si bien qu'Hagrid lui donna une tape dans le dos. Si Hermione n'avait pas été aussi occupée à maudire la nouvelle manière d'enseigner à Poudlard, elle aurait pu se demander si le garde-chasse ne lui avait pas déplacé une vertèbre… Elle était si paniquée à l'idée de faire cours avec Rogue qu'elle n'osa même pas regarder la réaction du Maître des Potions, préférant se tourner vers Hagrid qui la regardait d'un air inquiet. Et pas seulement parce qu'elle avait manqué de s'étouffer… Mais qu'avait-elle fait à Merlin pour mériter cela ? Elle n'avait jamais éprouvé de colère à l'égard de McGonagall, mais là… Pourquoi la Directrice avait-elle voulu mettre en place cette nouvelle méthode ? Et pourquoi c'était elle qui devrait faire cours avec Rogue ? Non seulement faire cours, mais pire : travailler seule avec Rogue pour préparer ces mêmes cours.

Ne sachant plus où regarder de peur que l'on voie ses joues rouges de colère, elle contempla son assiette. Les mains de Rogue, posées à plat sur la table, entrèrent dans son champ de vision. De rage, il serait avec force le bois de la table, si fort que les jointures de ses doigts avaient blanchies. Hermione n'osa même pas regarder le visage de son ancien professeur, ayant peur de l'expression qu'elle pourrait y lire.

Ses sombres pensés furent interrompues par la nourriture qui apparut soudainement sur la table. Mais Hermione ne savait pas si elle avait vraiment faim : la découverte de son prochain travail commun avec Rogue lui avait coupé l'appétit.

Une fois le repas fini, elle remonta directement dans ses appartements, prétextant une fatigue soudaine. En vérité, elle n'avait aucunement envie de rester plus longtemps assise à côté de l'homme qu'elle détestait le plus en ce moment. Elle monta les escaliers quatre à quatre jusqu'au deuxième étage et pénétra dans ses appartements. Le feu ronflait dans la cheminée toujours avec la même intensité que lorsqu'elle était partie, une heure auparavant. La chaleur qui régnait dans le salon procura un intense réconfort à Hermione. Elle s'installa dans un des fauteuils. C'est alors qu'elle entendit un raclement de gorge discret. Surprise, elle releva la tête et sursauta : Dumbledore se trouvait dans le tableau au-dessus de la cheminée et regardait la jeune fille.

- Bonsoir, dit-il.

- Bon…bonsoir, Professeur, balbutia Hermione, encore surprise.

Elle ne savait pas que Dumbledore se baladait ainsi dans les tableaux du château.

- Vous n'avez pas l'air de très bonne humeur…commença Dumbledore.

- Je ne vois pas comment je pourrais l'être… marmonna Hermione en baissant les yeux vers l'âtre.

Un sourire étira les lèvres de Dumbledore.

- Serait-ce votre future coopération avec Severus qui vous met dans cet état ?

- Eh bien, je…Eh, attendez ! Comment savez-vous que… C'EST VOTRE IDEE ?

Hermione avait bondi de son fauteuil. Le sourire de Dumbledore ne s'était pas évanoui, au contraire.

- Je vois que votre perspicacité ne vous a pas quittée…

- Vous…Je…C'est…

Elle balbutiait de colère, un doigt menaçant levé vers le portrait.

- Vous aurez ma mort sur la conscience, Professeur Dumbledore…

Vaincue, elle se laissa tomber dans le fauteuil, attrapa un coussin et se fourra la tête dedans. Elle entendit Dumbledore rire doucement. Elle releva brusquement la tête. L'ancien Directeur avait disparu.

- Vous croyez que c'est le bon moment pour venir m'enquiquiner, Albus ? Vous croyez que je ne vous ai pas vu venir, avec vos gros hippogriffes ? Je sais très bien qui est à l'origine de la nouvelle méthode d'enseignement ! cria Rogue, en pointant un doigt accusateur sur le tableau.

Albus Dumbledore venait d'arriver dans l'unique portrait du mur du bureau de Rogue. Il avait décidé de faire un petit détour après sa visite à Hermione…

- Je crois que vous ferez une belle paire avec Miss Granger…répondit Dumbledore. Aussi perspicace l'un que l'autre…

- C'est bien la seule chose que nous ayons en commun ! …

Rogue se mit à faire les cent pas dans son bureau. Il parut se calmer, mais il revint à la charge, s'arrêtant brusquement.

- Mais c'est pas vrai ! Puis-je espérer qu'un jour, vous me laisserez tranquille ?

- Sincèrement, je ne crois pas, répondit Dumbledore, l'étincelle de malice encore plus forte au fond ses yeux bleus.

Severus leva les yeux au ciel.

- Bien sûr, je ne sais même pas pourquoi je me pose la question ! Même quand vous êtes mort, vous êtes…

Rogue soupira, avant d'exploser :

- MÊME RÉDUIT A L' ÉTAT DE PORTRAIT, VOUS ÊTES PIRE !

- Du calme, Severus…

- NON, PAS « DU CALME » ! MINERVA N'EST MÊME PAS DIRECTRICE : ELLE EST PORTE-PAROLE !

Rageusement, il se dirigea vers l'étagère qu'il n'avait toujours pas rangée et entreprit de la vider des bocaux inutilisés. La moitié des flacons s'écrasa par terre, projetant des bris de verre sur le sol.

- Severus, dit doucement Dumbledore. Vous allez faire des catastrophes.

- A qui la faute ? Ce n'est pas moi qui fais les catastrophes, ici…

Il fusilla Dumbledore de ses yeux sombres, puis se détourna du tableau. Dumbledore ne put s'empêcher de sourire lorsque les mots « vieux croûton » et « peut pas s'occuper de sa barbe » arrivèrent à ses oreilles. Sachant qu'il ne pourrait plus rien tirer de Rogue pour la soirée à part des remarques acerbes, il dit en s'efforçant de dissimuler la pointe d'amusement qui perçait dans sa voix :

- Alors, je vais vous laisser, Severus…

- Bravo ! répondit Rogue en se retournant. Peut-être la seule chose intelligente que vous ayez faite de la soirée !

Dumbledore retint un rire puis disparut. Rogue retourna à son bureau, se jurant mentalement de tester les potions ratées des Première année sur le portrait. Mais à peine eut-il effleuré le siège de son fauteuil qu'on toqua à sa porte.

- Entrez ! hurla-t-il.

McGonagall poussa timidement la porte.

- Je vous dérange, apparemment…

- Non, pas le moins du monde… répondit Rogue, ironique. Vous êtes la bienvenue…

Lorsqu'il vit le regard médusé de la Directrice, il s'empressa d'ajouter :

- Je plaisantais.

Aussitôt, le visage de McGonagall reprit son expression normale. Seulement pour quelques secondes, car une sorte d'appréhension marqua ses traits lorsqu'elle s'approcha du Maître des Potions.

- Severus, écoutez…commença-t-elle.

Les doigts de Rogue tambourinaient furieusement le bois de son bureau. McGonagall semblait faire preuve d'une concentration extrême. Elle tentait de choisir ses mots avec soin.

- Il me semblait que c'était une bonne idée que Miss Granger apprenne un peu le métier d'enseignant…dit-elle prudemment. Après tout, elle débute.

Aussi, je pense que ces cours communs avec vous… Vous comprenez…Qu'elle voit un peu comment s'y prendre… Et comme vous êtes un professeur très doué… Je suis sûre que vous pourrez faire quelque chose pour elle. Intuition féminine.

- Premièrement, Minerva, la coupa Rogue en levant un sourcil, je sais très bien que ces cours communs ne sont pas votre idée, mais celle du bougre de cornichon de portrait qui gouverne l'école.

Elle ouvrit des yeux ronds, se prépara à répondre, mais Rogue fut plus rapide.

- Deuxièmement, la flatterie ne vous mènera à rien. Et enfin, je pense que Miss Granger n'a pas vraiment envie d'apprendre le métier de professeur avec moi… Comme je n'ai aucune envie de le lui apprendre, d'ailleurs…

- Mais enfin, Severus, qu'est-ce qui vous fait dire que Miss Granger ne veut pas de vous comme, disons…mentor ?

Une ombre de sourire étira les lèvres de Rogue.

- Intuition masculine, Minerva…

McGonagall leva les yeux au ciel, lança un « bonne nuit » agressif à Rogue qui, bien évidemment, ne répondit pas, et quitta le bureau. Severus soupira. Il n'avait même pas parlé à la Directrice du nouveau poste d'Hermione en tant que Directrice de Gryffondor. Déjà qu'il ne supportait pas la jeune fille, si en plus ils étaient tout deux Directeurs des maisons les plus ennemies de Poudlard et qu'ils devaient partager les cours… C'était peine perdue.

Mais il y avait un autre problème : apparemment, Albus avait quelque chose derrière la tête. Et si Severus avait bien appris quelque chose à Poudlard, c'était que lorsque Dumbledore avait une idée à l'esprit, cela ne valait jamais rien de bon…