Et voici le deuxième chapitre !

Affront

Hermione était paralysée d'effroi. Pourtant, son cerveau bouillonnait, fonctionnait à une vitesse folle. Elle retournait la situation en tous sens, cherchant à évaluer toutes les possibilités.

Mais il n'y en avait qu'une : Otacus Malefoy était possédé par Bellatrix Lestrange.

Tout coïncidait : le rire, le changement de couleur des yeux du garçon, la tentative de meurtre, le sort Mangemort, l'insulte. Tout.
Hermione jeta un bref regard à Rogue. Son visage aux muscles tendus, sa mâchoire contractée, ses yeux fixés devant lui firent savoir à Hermione que lui aussi avait tout compris.

Hermione ferma les yeux. La brûlure de sa gorge irritée par la poussière était de plus en plus insupportable, et elle tentait de se concentrer pour éviter à tout prix de tousser.

Les cris hystériques de Bellatrix recommencèrent à raisonner dans le hangar.

- Endoloris ! cria-t-elle soudain.

Hermione serra les dents à l'entente de cette formule qui suffisait à réveiller en elle des douleurs qu'elle ne voulait pas revivre. Des hurlements atroces emplirent la pièce. Hermione porta ses mains à ses oreilles. Elle ne pouvait pas entendre. Elle ne voulait plus entendre. Elle ne voulait plus connaître la douleur, la sienne ou celle des autres. Elle avait subi elle aussi, elle avait souffert. Et sur son corps, et dans sa tête, la souffrance et les cris restaient gravés, indélébiles.

Elle ne sut combien de temps durèrent les cris de l'inconnu torturé. Cela lui parut long. Et elle ne doutât pas que pour celui qui souffrait, l'éternité s'écoulait…

Les hurlements et les rires de Bellatrix s'estompèrent progressivement. Les hurlements puis les râles aussi. Il y eut un violent bruit de métal ; la grille qui retenait le prisonnier avait été rabattue.

- Débrouille-toi, Dolohov, je veux que tu me ramènes Drago…, dit Bellatrix. Et vite, tu as compris ?
- Ce sera fait…
- Tu as plutôt intérêt à ce que ce soit fait…

Puis il y eut des bruits de pas. Ils s'en allaient. Hermione sentit son cœur s'affoler sous l'effet du soulagement. Quelques secondes plus tard, la porte du hangar claquait dans un bruit métallique, et un silence pesant s'installa dans la pièce.

A peine les Mangemorts furent-ils partis qu'Hermione fut secouée d'une violente quinte de toux. Elle se courba en deux pour expulser la poussière irritante qui collait au fond de sa gorge, et remercia silencieusement Merlin ou elle ne savait qui pour lui avoir permis de contenir sa toux.

Elle reprit son souffle au bout de quelques instants, puis regarda Rogue, haletante.

- C'est elle…, souffla Hermione. C'est elle qui contrôle Otacus.
- Ils veulent se venger, ajouta Rogue. Tous. Et vous êtes autant menacée que moi.

Hermione le savait. Et pourtant, se l'entendre dire directement par Rogue lui fit un choc.

- Pourquoi ? murmura-t-elle. Ne serons-nous donc jamais en paix ?
- Combien de personnes se sont demandé la même chose avant vous, Miss Granger ?...

Ils furent interrompus par les râles qui s'élevèrent à nouveau, amplifiés par le silence. Hermione se redressa. Elle regarda discrètement au-dessus de la pile de cartons qui les dissimulait. Il n'y avait effectivement plus personne. Personne à part eux et celui qui geignait.

- Allons voir…, dit-elle doucement.
- Granger, nous avons fait assez ! Partons !

Hermione lui jeta un regard de reproches.

- Partez si vous le voulez ! Moi je reste ! Quelqu'un a besoin d'assistance, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué !

Elle tourna violemment le dos à Rogue et se dirigea vers la grille en dessous de laquelle agonisait quelqu'un.

- Granger ! appela une nouvelle fois le Maître des Potions.

C'était inutile. Hermione était décidée à porter secours à l'inconnu. Rogue se décida à la rejoindre au moment où elle regardait à travers la grille. Il la vit réprimer un cri et porter ses mains à sa bouche.

- C'est pas vrai…, souffla Hermione, bouleversée.

Rogue s'approcha lentement de la grille et y jeta un regard. Il eut un mouvement de recul.

Un homme, ou ce qu'il en restait, gisait au fond d'une misérable cellule de béton. Couché sur le dos, sa poitrine se soulevait par saccades. On aurait dit un cadavre. Il était affreusement maigre, à tel point que ses os lui transperçaient presque la peau. A travers sa vieille robe déchirée, on pouvait discerner ses côtes et la pâleur mortelle de son corps. Son visage était émacié, creusé, grêlé. De nombreuses contusions et coupures suintantes lui zébraient les joues. Ses yeux vides s'enfonçaient dans leurs orbites. Ses cheveux pendaient lamentablement sur ses épaules, sales et abîmés. Il tenait d'ailleurs des touffes de ses propres cheveux dans ses doigts. La torture délivrée par Bellatrix avait fait son œuvre. L'homme n'était plus que l'ombre de lui-même, un spectre qui subsistait mais qui s'effaçait malgré tout. Une empreinte. Il était presque méconnaissable. Presque. Car Hermione et Rogue savaient qui il était. L'homme que Bellatrix torturait était Lucius Malefoy.

Hermione regarda Rogue.

- Il… Il faut faire quelque chose…, murmura-t-elle. On ne peut pas le laisser là…

Rogue ne répondit pas. La jeune femme s'agenouilla et souleva la grille. Elle détestait Lucius Malefoy. Mais elle ne pouvait pas le laisser ici, dans cet état si misérable.

- Monsieur Malefoy ?..., fit-elle d'une petite voix.

Elle sursauta brusquement lorsque le torturé tourna d'un coup la tête vers elle. Hermione grimaça en entendant les cervicales de l'homme craquer.
Il les observa un instant de ses yeux secs et injectés de sang. Hermione avala sa salive. Les reconnaissait-il ? Ou bien la torture lui avait-elle fait perdre la tête ?

Soudain, Malefoy brandit sa main décharnée, une main de squelette, et agrippa le devant du pull d'Hermione, puisant dans ses dernières forces. Il haletait, et l'air qu'il respirait sifflait dans sa gorge sèche. Il ouvrit la bouche, et un mot se forma sur ses lèvres craquelées. Mais aucun son ne sortait. Il redoubla d'effort, et sa souffrance se lisait sur ses traits ravagés.

- O…Otacus…, parvint-il à articuler. Sauvez… Otacus…

Hermione tentait de se libérer de la main cadavérique qui la retenait. Lucius la lâcha. Il se laissa tomber en arrière. Ses yeux se posèrent une dernière fois sur les deux sorciers, avant de fixer le plafond du hangar. Un dernier râle s'éleva de sa gorge. Puis sa poitrine arrêta de se soulever. Hermione bondit en arrière.

- Est-ce qu'il est…, commença-t-elle en frottant le devant de son pull, là où Lucius l'avait agrippée.

Elle ne finit pas sa phrase, encore sous le choc. Rogue se pencha par-dessus le corps de Lucius. Il guetta le moindre mouvement de sa poitrine. Mais il n'y avait plus rien.

- Oui…, murmura-t-il. Il est mort.

Il se tourna vers Hermione, assise sur le sol.

- Bellatrix Lestrange est vraiment ignoble…, souffla-t-elle. C'était ça, son plan de vengeance. Elle a tué Lucius Malefoy, pourchasse Drago et se sert d'Otacus… Et il y a aussi Narcissa Malefoy…
- Et ensuite, ce sera nous…, assena Rogue.

Hermione se remit debout en évitant de poser les yeux dans la geôle de Malefoy.

- Qu'est-ce qu'on va faire, Professeur ?..., demanda-t-elle, sans être sûre de vouloir une réponse.
- Aller au Ministère pour les informer, puis retourner à Poudlard, Granger. Que voudriez-vous faire d'autre ? C'était déjà de la folie pure de venir ici, et vous n'aviez aucunement besoin d'aller voir qui gémissait…
- C'est vous qui êtes entré le premier ! se défendit Hermione. Et je pensais qu'on aurait pu faire quelque chose pour lui…
- La seule chose que vous pourrez faire pour lui, maintenant, c'est organiser ses obsèques ! Sortons ! Nous ne sommes pas en sécurité…

Il se dirigea vers la petite porte par laquelle ils étaient entrés, suivi d'Hermione.

Dix minutes plus tard, ils avaient franchi la palissade dans l'autre sens. Aucun des deux n'avait dit mot, absorbé par ses propres pensées.
Ils marchaient en silence, côte à côte. Ils devaient impérativement retourner au Ministère, faire part de leurs découvertes.

Ils devaient dire aux Aurors que Bellatrix était à la tête du réseau. Qu'elle cherchait la vengeance. Qu'elle avait un moyen d'entrer à Poudlard. Que Lucius Malefoy était mort, Otacus possédé, Drago traqué. Qu'eux étaient menacés.

Mais qu'étaient-ils censés faire ensuite ? Rentrer bien gentiment à Poudlard pour laisser faire les Aurors ? C'était ce que pensait Rogue. Ce n'était pas l'avis d'Hermione. Elle ne pouvait accepter de rester impuissante face à la menace. Elle ne pouvait accepter que Harry et Ron combattent, tandis qu'elle restait en sécurité à Poudlard. Enfin, dans une sécurité relative…

Ils reprirent le chemin du Ministère. Ayant récupéré toutes leurs affaires à l'hôtel, ils pouvaient aller directement informer les Aurors avant de partir.
Hermione ne parlait pas à Rogue, et celui-ci n'était pas mécontent de pouvoir rester silencieux.

La jeune femme était contrariée. Non, il était hors de question qu'elle s'en aille comme ça. Elle se mordit la lèvre. Comment faire pour convaincre Rogue de rester ? Il fallait se rendre à l'évidence : c'était peine perdue.

En soupirant, elle tourna les yeux vers le trottoir opposé à celui sur lequel ils marchaient. Elle stoppa net, et Rogue manqua de la percuter.

- Granger… dit-il entre ses dents, menaçant. Soit le moment est venu pour vous de consulter un spécialiste pour votre vue afin de vous rendre compte qu'aucun obstacle ne vous barre la route et que rien ne justifie votre arrêt, soit vous êtes déjà irrécupérable et dans ce cas, prévenez les autres avant de stopper comme cela !

Hermione ne releva pas la remarque. Une silhouette familière marchait sur le trottoir d'en face. Nott. Elle commençait à en avoir assez de croiser des Mangemorts à chaque fois qu'elle marchait dans la rue.

Nott jetait des regards anxieux autour de lui.
Hermione le désigna du doigt.

- Quoi ? dit Severus. Ce n'est que cet abruti de Nott ! Et alors ? Vous voyez bien qu'il se dirige vers leur repère. Nous allons informer les Aurors, pas besoin de…

Il n'eut pas le temps de finir. Hermione s'était avancée sur le bord du trottoir et attendait que les voitures se dispersent pour pouvoir traverser.

- On va le suivre ! annonça Hermione d'un ton péremptoire. Son air est trop louche !
- Miss Granger ! s'écria Rogue. Cessez ce jeu ! Vous risquez d'avoir des ennuis ! Et Nott a l'air louche au naturel… Il doit seulement se rendre au QG. Laissez faire les Aurors, même si je doute de leurs compétences…

Cependant, au moment où il prononçait ces derniers mots, les deux professeurs virent le Mangemort tourner dans une impasse sombre. Une impasse complètement opposée à la route vers le repère des Mangemorts…

Hermione n'hésita pas une seconde. Elle traversa la rue, ne se demandant même pas si Rogue la suivait ou non.

- Quelle idiote…, marmonna Severus en se pinçant l'arête du nez.

Il s'élança à la suite de sa collègue. Il était évident qu'elle voulait se battre. Mais il trouvait qu'elle était plus téméraire que courageuse…

Soudain, une voiture passa à toute vitesse devant lui, le stoppant net. Il suivit Hermione des yeux. Elle ne l'attendait pas et courait vers la ruelle. Severus sentit une angoisse poindre en lui. Il pressentait un danger. Et Hermione y fonçait tête baissée.

Il essaya de l'appeler, mais le vacarme des klaxons couvrit sa voix. Il dépassa la voiture qui l'avait bloqué et se mit à courir. Mais Hermione avait disparu dans la ruelle.

L'intuition d'un danger imminent le fit accélérer. Alors qu'il arrivait sur le trottoir, il vit les murs sombres de la ruelle, à quelques mètres devant lui, s'éclairer d'une lumière bleue. Son cœur rata un battement. Si jamais il était arrivé quelque chose à Granger…

Enfin, il arriva à l'entrée de la ruelle. Elle était encombrée de vieilles poubelles et de containers. Severus porta immédiatement la main à sa poche, prêt à dégainer sa baguette. Mais l'impasse était vide. Aucune trace de Nott. Ni d'Hermione.

C'est alors qu'il aperçut une main dépasser de derrière une poubelle. Il s'approcha tout de même lentement, ne voulant pas tomber dans un piège. Les sens à l'affût, il cherchait le moindre mouvement du regard. Son ouïe était parasitée par la circulation des voitures derrière lui.

Une fois qu'il fut profondément enfoncé dans la ruelle, loin de la vue des Moldus, il sortit complètement sa baguette de sa poche.

Rien ne bougeait.

Il dut se rendre à l'évidence : il n'y avait pas la moindre trace de Nott dans la ruelle. La main qu'il voyait dépasser était bien trop fine pour appartenir à un homme. L'angoisse apparut.

Granger. Elle ne bougeait pas.

Il contourna la poubelle. Il retrouva la jeune femme allongée sur le sol, immobile. Cependant, elle se mit à gémir quand Severus s'approcha. Le Maître des Potions sentit son angoisse diminuer d'un cran : elle était vivante. Non pas qu'il s'était attaché à elle. Loin de là. C'était seulement qu'il ne tenait pas à la ramener en morceaux au Ministère… Tout lui retomberait dessus.

Il s'accroupit à côté d'Hermione. Elle tenait encore sa baguette dans sa main. Une coupure profonde lui barrait la joue et elle s'était égratigné le bras en tombant.
Elle gémit encore une fois, puis s'agita. Enfin, elle esquissa un mouvement pour se relever.
En grimaçant, elle s'assit complètement, puis se remit debout.

- Vous avez réussi à anéantir tous les Mangemorts à vous toute seule, Granger ? questionna Rogue, sarcastique.

Elle porta une main à sa joue et essuya le sang qui coulait de sa coupure.

- Je voulais juste le suivre…, marmonna-t-elle. Il m'a entendue venir. Il m'a lancé un sortilège par surprise et… je suis tombée.

Rogue soupira profondément.

- Qu'est-ce que vous comptiez faire exactement, Miss Granger ? Ce n'est pas à vous de faire ça. Et je n'avais aucune envie de venir vous ramasser à la petite cuillère…
- Je… Je voulais être utile…, murmura Hermione en se relevant.
- Mais bien sûr…, dit-il, ironique. Il est évident que vous seriez en parfait état d'aider Potter après avoir subi un ou deux Doloris ! Il était déjà impossible de vous faire entendre raison du temps où vous étiez adolescente ! Je commence à douter de la responsabilité de Potter dans toutes les escapades que vous faisiez il y a quelques années… C'était vous, en fait, qui embrigadiez tout le monde, comme vous l'avez fait avec moi…

Hermione le regarda.

- Serait-ce une tentative de protection ? demanda-t-elle, énervée et ironique.

Severus ouvrit la bouche, hésita un instant, puis répondit :

- Prenez cela comme vous le voulez. J'essaie juste —et je dois dire que les résultats ne sont pas exceptionnels pour le moment— de vous empêcher de faire les idioties comme celle que vous venez d'accomplir…

Hermione se sentait bouillir. Elle eut soudain envie de lui faire mal, de lui cracher à la figure tout ce qu'elle pensait de lui. Depuis longtemps, elle se taisait par pur respect. Mais lui, avait-il du respect pour elle ? Hermione se sentait trembler de fureur. Elle brandit sa baguette, et la pointa à quelques centimètres du visage de Rogue.

- J'en ai assez ! cria-t-elle. Arrêtez de me rabaisser continuellement, de me prendre pour une gamine stupide qui s'amuse à prendre des risques ! Vous ne comprenez rien ! Rien à rien ! Vous ne savez pas ce que je vis en ce moment, vous ne savez rien des peurs qui me hantent ! Tout ce que vous trouvez à faire, c'est me jeter des mots à la figure, vous vous fichez de tout ce que je peux vivre !

Des larmes de rage se mirent à dévaler ses joues, se mêlant au sang de sa coupure et baignant son visage de rouge. Les yeux de Severus s'étrécirent, tandis qu'une colère sourde montait peu à peu en lui. Hermione avança sa baguette. Rogue sortit la sienne. Les larmes de la jeune femme ne tarissaient pas. Elle faisait pourtant face à son collègue, affichant toute la fierté et la détermination dont elle pouvait faire preuve, ignorant ses larmes. Un sourire mauvais déforma les lèvres minces de Rogue.

- Qu'attendez-vous pour vous en servir, Granger ? dit-il en désignant la baguette d'Hermione d'un mouvement de menton. Vous en mourez d'envie, n'est-ce pas ?

Hermione plissa les yeux. Ses cheveux, ébouriffés par la filature de Nott et sa chute lui donnaient l'allure d'un lion prêt à attaquer.

- Vous ne savez pas à quel point…, murmura-t-elle.
- Eh bien dans ce cas, qu'attendez-vous ? susurra-t-il. Allez-y, jeune fille…

La main d'Hermione trembla légèrement. C'était tentant. Très tentant. Mais oserait-elle vraiment jeter un sort à son ancien Professeur ? Elle abaissa sa baguette. Rogue eut un petit rire.

- J'en étais sûr…, susurra-t-il.

Ce furent les mots de trop. Sans prévenir, Hermione se jeta sur lui. Elle eut l'impression que sa fureur se répandait dans ses muscles, augmentant ses forces. Elle agrippa le devant de la veste moldue de Rogue, prête à se battre. Mais Rogue était toujours bien plus fort qu'elle. Il lui saisit les bras d'une poigne de fer, et la plaqua violemment à un mur. Hermione était prisonnière. Elle parvint quand même à dégager son bras et à appuyer sa baguette sur la jugulaire de Rogue. Celui-ci réagit rapidement. Il plaqua l'avant-bras droit d'Hermione au mur, se retirant ainsi de la ligne de mire de la baguette. Puis, de son autre main, il saisit le menton d'Hermione. Celle-ci haletait. Un sourire en coin se dessina sur le visage de Rogue.

- Allons, allons, Miss Granger… Il ne faut pas confondre courage et provocation…, dit-il d'une voix veloutée.

Hermione braqua son regard droit dans celui de Rogue, comme si elle cherchait à le transpercer des yeux. A la vue des iris noirs, elle sut que derrière les accents doucereux de Rogue se dissimulait la rage la plus violente.

- Je… Je n'ai pas peur de vous…, parvint-elle à articuler.

La main de Rogue lui appuya un peu plus sur la gorge et lui tira la peau des joues, si bien que le sang coagulé de sa coupure ne suffit plus à arrêter le saignement. Sa blessure se rouvrit. Hermione se mordit la lèvre pour éviter de gémir.

Pas de faiblesse devant lui…, s'encouragea-t-elle mentalement.

- Vous êtes ignoble…, répondit-elle, le dégoût perçant dans sa voix.

Elle fixa Severus droit dans les yeux.

- Qu'est-ce que je vous ai fait ? lui demanda-t-elle à voix basse. Dites-le-moi…
- Le fait de vous avoir revue suffit.

Les yeux des deux sorciers lançaient des éclairs. Rogue relâcha Hermione. Celle-ci ne porta même pas la main à sa blessure, pour ne pas faire plaisir à Rogue en constatant qu'il lui avait fait mal. Elle ne voulait pas qu'il voie sa douleur. Le sang de sa joue coulait en suivant les courbes de son visage et lui mouillait les lèvres. Hermione serra de nouveau sa baguette dans sa main. La contraction de ses muscles accentua la douleur qui lui tenaillait le bras depuis qu'elle s'était éraflée en tombant. Elle l'ignora.

- Vous êtes un idiot, Severus Rogue…, cracha-t-elle, furibonde. Un parfait idiot.

Elle le toisa d'un regard empli de haine avant de lui tourner le dos. Elle croisa les bras, baissa la tête, et de nouvelles larmes amères coulèrent sur ses joues.

Elle poussa un gémissement, vaincue. Le sel de ses larmes mettait sa blessure à vif.

Elle pensa qu'elle aussi était une idiote. Elle ne pouvait ignorer les provocations de son collègue, et cela constituait leur faiblesse. Ils ne parviendraient à rien s'ils restaient opposés ainsi. Ils ne visaient pas la bonne cible. Et puis, maintenant qu'elle y réfléchissait, suivre Nott avait été une bêtise. Qu'avait-elle compté faire ? Le neutraliser ? Elle savait pertinemment qu'elle en était incapable. Elle avait seulement voulu se donner l'impression qu'elle faisait quelque chose d'utile.

Elle s'essuya la joue sur sa manche. Une blessure. Voilà tout ce qu'elle avait réussi à gagner. Une blessure, et les foudres de son ancien Professeur.

C'est alors qu'une douleur fulgurante lui traversa le dos, comme un coup de fouet. Elle se retourna vivement, pensant que Rogue lui avait jeté un sort suite à leur différend. Mais Rogue n'avait plus sa baguette dans sa main. Il se tenait simplement debout un peu plus loin qu'elle, les traits crispés par la colère.

La douleur la lança de nouveau, plus forte, moins supportable. Hermione se plia en deux, prise de nausées, puis s'effondra sur le sol, aveuglée. Par réflexe, elle passa une main dans son dos, frottant son blouson. Il était humide et chaud. Lorsqu'elle porta sa main devant ses yeux, une vague de panique l'envahit. Sa paume ruisselait de sang.

Elle vit Rogue s'approcher d'elle. Son visage trahissait cette fois l'incompréhension. Ce fut la dernière image qui s'imprima sur la rétine de la jeune femme. Une nouvelle salve de souffrance lui transperça le dos, et Hermione sombra dans l'inconscience.

Alors, qu'en avez-vous pensé ? N'hésitez pas à me faire part de vos critiques !