Voici le 2e chapitre ! Bonne lecture !
Evasion et proximité
Pour le plus grand bonheur d'Hermione, Bellatrix n'était pas revenue lui rendre visite la nuit suivante. La potion de Rogue avait agi à ce niveau-là, cependant… Hermione avait quand même rêvé. Des bribes de son cauchemar et de sa torture avaient tourné dans son esprit, et elle s'était réveillée plusieurs fois, haletante.
Le dimanche matin, elle se sentit soulagée lorsqu'elle aperçut la lumière du jour filtrer à travers les rideaux de la fenêtre de sa chambre. La nuit l'angoissait, à présent. Si la potion avait fait son effet cette nuit, elle n'était pas sûre que cela serait toujours le cas…
Elle se leva difficilement, encore épuisée. Lorsqu'elle avait rejoint sa chambre, juste après avoir quitté le bureau de Rogue, il était trois heures du matin.
Elle se prépara avec des gestes lents, sans aucun entrain. En vérité, une boule lui nouait constamment la gorge. Elle avait beau essayer de se changer les idées, elle en était complètement incapable. Bellatrix tournait sans arrêt dans son esprit fatigué, et des éclats de rire perçants résonnaient parfois contre les parois de son crâne. Mais, plus que tout, c'était ce que Rogue avait découvert sur ses sentiments qui la tourmentait. Il y avait bien sûr ce geste qu'il avait esquissé pour essuyer sa larme. Mais cela ne voulait rien dire…
Elle était sûre qu'il lui en voulait. Comment pouvait-il en être autrement pour lui, l'homme sombre et solitaire de Poudlard ?
Hermione ne se sentait pas bien, et n'avait aucunement envie d'aller manger. Finalement, elle décida de retourner à la bibliothèque, afin de voir si aucun livre ne lui avait échappé. A présent qu'elle était concernée personnellement, il était d'une importance vitale que de trouver une quelconque information sur la façon de se débarrasser de Bellatrix. Et il fallait à tout prix que Harry et Ron effectuent eux aussi des recherches…
Perdant la notion du temps, ce fut son estomac qui la rappela à l'ordre. Le soir venu, elle se retrouva donc contrainte de lâcher ses livres, plus par besoin que par envie. Elle n'avait jamais passé autant d'heures successives à la bibliothèque, mais cela s'avérait une nécessité.
En soupirant, elle sortit de la bibliothèque et descendit vers la Grande Salle pour dîner. Lorsqu'elle poussa les lourdes portes, son cœur s'accéléra.
Rogue était là, évidemment.
Il la scrutait d'un regard glacial, se redressant progressivement sur sa chaise à mesure qu'elle s'avançait vers lui.
Lorsqu'elle prit place à ses côtés, il ne lui adressa aucun regard. Il se contenta de fixer un point devant lui, le regard parfaitement immobile. Hermione ne chercha pas à lui parler. Ses craintes s'étaient confirmées. Il ne lui faisait pas confiance car il la croyait possédée perpétuellement par Bellatrix. Et il lui en voulait pour s'être attachée à lui.
Evidemment. Lui ne la supportait pas. Mais que lui avait-il pris, par Merlin ?! Pourquoi n'avait-elle pas résisté ? Elle aurait pu trouver une autre idée que de le laisser pénétrer sa mémoire !
Elle soupira et tourna un peu la tête vers Rogue. Mais, à ce moment, comme piqué par le regard de sa collègue, celui-ci se leva brusquement et se dirigea à grands pas vers la sortie. Hermione fronça les sourcils et poussa un soupir résigné. Non, ça n'allait pas se passer comme ça…
Elle se leva et se précipita vers lui, le rattrapant juste après qu'il ait passé les portes. Elle lui agrippa le bras. Il se dégagea prestement, se tourna vers elle. Hermione fit un pas en arrière, surprise. Il était furieux. La jeune femme ne se démonta pas.
- On ne va pas rester comme ça…, dit-elle en croisant les bras.
Il lui jeta un regard dédaigneux, et se détourna d'elle, sans rien dire. Elle le retint en lui attrapant de nouveau le bras.
- Oh non, vous restez là ! s'exclama-t-elle. Il faut qu'on s'explique !
- Je n'ai rien à vous dire ! cracha-t-il en lui arrachant son bras violemment, comme brûlé, tandis que son visage se crispait.
Une lueur mauvaise dans les yeux, il frotta doucement son bras. C'est à ce moment qu'Hermione comprit. Qu'elle comprit qu'elle lui avait tenu l'avant-bras gauche.
Ses yeux s'écarquillèrent.
- Non…, souffla-t-elle. Votre Marque… Elle vous fait mal, c'est ça ?
Il lui lança le regard le plus glacial. Hermione eut l'impression de se retrouver élève. Il y avait un moment qu'il ne l'avait pas regardée si méchamment.
- Faites voir…, dit-elle d'une voix résignée.
Elle tendit la main vers le bras de Rogue. Celui-ci le retira avec hargne.
- Ne me touchez pas ! cria-t-il.
Hermione se sentit blessée. Jamais elle n'aurait pu croire que savoir qu'elle l'appréciait le dégoûterait autant… La boule sembla grossir dans sa gorge. Elle sentit des larmes lui piquer les yeux. Elle ne supportait pas d'être rejetée avec tant de haine… Il fallait qu'elle s'explique…
- Je… Je ne voulais pas… que vous voyiez tout ça…, murmura-t-elle la gorge impitoyablement nouée.
Les yeux de Rogue parurent briller d'une étrange lueur. Il la toisa avec condescendance. Mais, il paraissait plus effrayé que furieux à présent. Hermione se força à respirer calmement. Une foule de sentiments se mélangeaient dans son esprit. Que devait-elle faire, exactement ? Que devait-elle dire ?
Elle ferma les yeux.
- Je ne sais pas exactement comment vous expliquer…, chuchota-t-elle. Par ce que vous avez entendu dans ma mémoire, je pensais à…
Ses sourcils se froncèrent. Vite, elle devait trouver quelque chose, n'importe quoi…
- …de l'amitié, acheva-t-elle.
Elle se sentit parfaitement idiote. Premièrement, parce que le mot « ami » n'existait certainement pas pour Rogue. Deuxièmement parce qu'en disant cela, elle avait la furieuse impression de se mentir à elle-même.
Elle n'osait même pas rouvrir les paupières. Mais, lorsqu'elle entendit un léger bruissement devant son visage, ses yeux s'ouvrirent d'eux-mêmes. Elle sursauta doucement. Le visage de Rogue s'était approché dangereusement du sien.
- Je ne sais pas ce que vous cherchez, exactement, Miss Granger…, murmura-t-il.
Hermione poussa une exclamation offusquée.
- Mais je ne cherche rien !
Il rapprocha son visage si près qu'Hermione sentit son souffle chaud lui caresser la peau. Elle frissonna.
- Oh que si… Vous cherchez à vous justifier…
Hermione sentit son cœur rater un battement. C'était vrai. Et sa justification, songea-t-elle amèrement, était autant destinée à Rogue qu'à elle-même…
- Non…, murmura-t-elle mal à l'aise. C'est la vérité… Je pensais simplement que… que nous avions vécu suffisamment de choses pour…
- Pour quoi ? Pour être des… amis ?
Hermione sentit ses joues prendre feu. Elle crispa les dents.
- De toute façon, vous ne me faites pas confiance… Vous pensez que je suis sans arrêt possédée par Bellatrix. Et pourtant, votre Marque vous fait mal et…
Elle secoua la tête en se mordant la lèvre.
- Je n'ai aucune preuve à vous donner, poursuivit-elle, si ce n'est ma parole. Je suis sûre que vous avez vu que je n'avais aucunement changé de comportement. Cependant, je pense que… que vous avez peur.
Rogue plissa les yeux.
- Et de quoi aurais-je peur ?
Elle hésita un peu avant de répondre.
- De ce que vous avez vu en moi, dit-elle enfin.
Elle vit Rogue pâlir. Il ouvrit la bouche, se préparant à répliquer, lorsque des hurlements retentirent dans le couloir. Hermione et Rogue se tournèrent brusquement dans la direction des cris.
Avec une surprise grandissante, ils virent arriver Mrs Pomfresh, complètement échevelée et l'air paniqué.
- A l'aide ! criait-elle, à bout de souffle.
Hermione sentit l'angoisse l'envahir. Que se passait-il, encore ?...
Elle jeta un regard entendu à Rogue, lui informant qu'ils devaient remettre leur conversation à plus tard. Rogue lui répondit d'un regard glacial.
Hermione s'avança vers l'infirmière. Celle-ci lui tomba presque dans les bras, les larmes aux yeux.
- Il s'est échappé ! s'écria-t-elle. Otacus Malefoy s'est échappé !
Hermione porta ses mains à sa bouche. Son cœur se mit à battre frénétiquement, tandis que la peur s'emparait d'elle. Elle se tourna vers Rogue, résolue.
- Vous voyez bien qu'elle ne me possède pas tout le temps…, dit-elle entre ses dents.
Sans lui laisser le temps de formuler quelque réponse, elle se tourna vers Mrs Pomfresh.
- Nous allons partir à sa recherche, déclara Hermione. N'est-ce pas?
Elle se tourna vers Rogue, qui fut contraint d'acquiescer à contrecœur.
Leur ordonnant de ne pas bouger, Hermione se précipita vers les escaliers et les escalada quatre à quatre. Elle pénétra ensuite dans ses appartements, dénicha la Carte du Maraudeur et dévala de nouveau les escaliers.
Essoufflée, elle rejoignit Rogue et l'infirmière, déplia la Carte, prononça la formule et commença à scruter le vieux parchemin jauni à la recherche du nom d'Otacus. Elle frissonna lorsqu'elle sentit Rogue se pencher au-dessus d'elle, si près que le torse du Maître des Potions entra en contact avec le dos d'Hermione. Résistant à l'envie de tourner la tête, elle poursuivit ses recherches.
Elle aperçut enfin le petit point portant le nom de Malefoy.
- Là ! s'exclama-t-elle. Il se dirige vers les grilles principales.
- Dans ce cas, il n'y a pas de temps à perdre…, marmonna Rogue. Même s'il ne peut théoriquement pas les franchir, il faut le rattraper.
Hermione et lui se précipitèrent vers les portes du château, sortirent et coururent dans le parc. Hermione manqua plusieurs fois de glisser sur la rosée qui s'était déposée sur l'herbe pendant la nuit. Rogue finit par lui attraper le bras d'une poigne de fer. Ils atteignirent enfin les grilles.
Elles étaient ouvertes.
- Il est passé ! s'exclama Hermione.
Rogue leva les yeux au ciel. Il l'entraîna à l'extérieur et ils se remirent à courir.
Au bout de quelques instants, ils arrivèrent à Pré-au-Lard. Les rues étaient complètement désertes. La nuit commençait à tomber, et une fraîcheur humide fit frissonner Hermione. Côte à côte, ils s'avancèrent dans les allées, à la recherche du garçon. En vain.
- Elle a sûrement voulu transplaner…, se lamenta Hermione en se mordant la lèvre, tandis que Rogue et elle pénétrait dans une allée sombre et étroite.
Soudain, une main se plaqua violemment sur la bouche de la jeune femme. Sous l'effet de la surprise, elle se mordit la langue et manqua de crier de douleur. Bien sûr, c'était Rogue. Mais pourquoi avait-il ?...
Elle eut immédiatement la réponse. Des éclats de voix retentirent. Une voix féminine. Cinglante et hystérique.
Hermione sentit des larmes poindre au coin de ses yeux.
Elle sentit Rogue la tirer en arrière. Il s'adossa violemment à un mur et s'accroupit, maintenant Hermione serrée contre son torse. Lorsqu'il s'en aperçut, il la poussa sans ménagement mais silencieusement loin de lui. Ils écoutèrent les voix.
- Dolohov payera ! fulminait Bellatrix. Il ne me sert à rien !
- Combien de temps encore comptes-tu rester dans le corps du petit Malefoy ? répondit une voix d'homme qu'Hermione identifia comme étant celle de Nott.
- Le temps qu'il faudra pour que la Sang-de-Bourbe soit affaiblie… Elle ne pourra pas sans cesse me résister… Pour l'instant, je tente de pénétrer ses rêves, mais elle est parvenue à me bloquer, je ne sais comment…
Elle poussa un juron tandis que la respiration d'Hermione s'accélérait. Elle se tourna brutalement vers Rogue et lui envoya un regard effronté. Qu'il ose lui dire à présent que Bellatrix était constamment en elle…
- Et les recherches ? interrogea Nott.
- Ca ne te regarde pas, pour l'instant, bougre d'idiot ! Occupe-toi d'abord de trouver Drago, et on verra plus tard !
- On ne sait pas où il est, pour le moment…, répondit Nott.
Hermione sursauta lorsqu'un sortilège claqua. Elle mit la main dans sa poche et sortit sa baguette, qu'elle avait pensé à prendre. Ses doigts se crispèrent dessus, et elle appuya sa main sur le sol pour se relever. La haine se répandait en elle. Elle savait ce que son dernier affrontement avec un Mangemort lui avait coûté… Mais Bellatrix était là. Celle qui tenait une épée de Damoclès juste au-dessus de sa tête était à côté d'elle…
Hermione pouvait l'avoir, non ? L'immobiliser, ramener le corps d'Otacus à l'infirmerie et c'était tout…
Au moment où elle tenta de se lever, Rogue la rattrapa et la bloqua en lui faisant de gros yeux. Elle fut contrainte d'abandonner son projet.
Elle leva alors la tête vers l'endroit où se tenaient les deux Mangemorts. Seul un muret les séparait d'eux. Hermione aperçut une masse de cheveux noirs épais, de dos.
Bellatrix.
La jeune femme écarquilla les yeux. Ainsi, Bellatrix était ici en personne ! Elle avait cru que la voix de Bellatrix venait du corps d'Otacus ! Cela n'était donc pas le cas. Et cela signifiait qu'elle pouvait le posséder tout en restant dans son corps, étant donné qu'elle l'avait fait s'évader de l'infirmerie et même passer le portail de Poudlard.
Tout cela était grave. Car il y avait alors deux Bellatrix : une dans le corps d'Otacus, et une dans son propre corps. Or, Hermione se doutait que cette possession devait présenter un important nombre de difficultés. La Mangemort l'avait dit elle-même : lorsqu'elle aurait possédé la jeune femme, elle se débarrasserait du garçon… Mais pourquoi avait-elle besoin d'elle ?
Il y eut soudain un bruit sourd. Comme un corps qui tombe.
- Bella, ce gosse ne va pas tenir encore longtemps…, murmura Nott. Et toi non plus. Regarde-le, il n'est plus capable de tenir debout et conscient lorsque tu cesses d'être en lui…
- Tu n'as pas à me donner de conseils, Nott ! répliqua Bellatrix. Je suis parfaitement capable de m'occuper de lui comme je le veux ! Il tiendra le temps que je voudrais !
- Pas si tu le possèdes depuis ton corps, enfin ! Et il risque d'y avoir un transfert ! Peut-être pas avec lui, il est trop faible… Mais l'esprit de la Sang-de-Bourbe pourrait très bien passer dans ton corps si tu forces trop ses barrières !
- Tais-toi !
Il y eut quelques bruits de pas. Hermione, pétrifiée de terreur, en déduisit que Nott s'approchait de Lestrange. Il se mit à chuchoter, et Hermione ne capta que la dernière phrase.
- Tu n'as pas la puissance de l'esprit du Seigneur des Ténèbres, Bellatrix…
Il y eut un bruit de baguette qui fend l'air et Nott poussa un gémissement de douleur. Hermione sentait Bellatrix brûler de fureur.
- Je serai digne de lui, tu verras…, souffla-t-elle. Et il me sera reconnaissant…
Et sur ces mots, il eut un craquement de transplanage et le silence se fit dans la ruelle.
Hermione tourna ses yeux terrifiés vers Rogue. La jeune femme eut du mal à rassembler tout ce qu'elle avait entendu.
Elle ouvrit la bouche pour parler à Rogue, lorsque le visage de celui-ci se crispa sous une souffrance insupportable. Il serra avec force son avant-bras gauche.
Hermione se jeta sur lui.
- Faites-moi voir ! s'écria-t-elle.
Elle tenta de se saisir de son bras mais il la repoussa. Il sembla se détendre soudainement, mais resta haletant. Hermione, se ressaisissant pour ne pas trop montrer la peur qui la hantait depuis quelques minutes, se releva et d'un ton autoritaire s'exclama :
- Venez avec moi, il va falloir mettre des choses au clair !
Le Maître des Potions se releva. Hermione regarda de l'autre côté du muret. Aucune trace des deux Mangemorts, ni du corps d'Otacus.
Ils l'ont emmené…,songea Hermione.
La jeune femme scruta l'allée, et aperçut l'enseigne de la Tête de Sanglier. Ce serait parfait pour rester dans l'ombre. Elle se rappela de ce qu'on lui avait dit durant sa Cinquième Année lorsque l'Armée de Dumbledore avait été formée. On passe plus souvent inaperçu dans un endroit fréquenté…
Tant pis pour cette fois. Elle ne se voyait pas aller discuter avec Rogue de Magie Noire aux Trois-Balais…
Elle lui fait signe et ils entrèrent tous les deux dans la vieille taverne de la Tête de Sanglier. Une odeur de moisi leur assaillit les narines. Hermione fronça le nez. Quelques personnes encapuchonnées qui se trouvaient au bar se tournèrent vers eux, mais ne parurent pas vraiment faire attention aux deux professeurs. Hermione se rassura en se disant qu'il n'y avait certainement aucun Mangemort parmi eux, puisque Bellatrix et Nott avaient transplané.
Elle remarqua une table dans un coin sombre. Il faisait à présent nuit dehors, et la taverne n'était éclairée que de quelques torches qui projetaient des ombres mouvantes et inquiétantes sur les murs de pierre qui suintaient d'humidité. Au moins, ils seraient tranquille…
Ils prirent place et un pesant silence les écrasa, lourd de doutes et de questions.
Rogue restait silencieux, et scrutait la pièce de la taverne avec un certain dégoût. Enfin, il tourna ses yeux froids vers Hermione, et celle-ci se sentit mal à l'aise. Elle prit une profonde inspiration.
- Vous voyez bien que je ne mentais pas…, murmura-t-elle.
Elle tourna la tête, vérifiant que personne ne les écoutait. Voyant que les quelques clients étaient occupés à boire au bar, elle poursuivit en se penchant vers Rogue.
- Vous avez entendu la même chose que moi…
Le Maître des Potions restait silencieux. Hermione soupira.
- Maintenant, vous voyez bien que nous avons les mêmes problèmes… J'ai accepté de vous faire confiance la nuit dernière. Alors…
Elle se mordit la lèvre.
- J'aimerais que vous me montriez votre Marque…, acheva-t-elle. S'il vous plaît…
Rogue la scruta étrangement. Puis, sans détacher ses yeux noirs de ceux d'Hermione, il remonta lentement sa manche gauche et présenta son avant-bras à la jeune femme. Celle-ci leva une main, hésita un instant en jetant un regard anxieux à son collègue, puis toucha la Marque.
Celui-ci se crispa lorsque l'index d'Hermione entra en contact avec sa peau.
Hermione crut qu'elle lui avait fait mal.
Elle se trompait.
Rogue fulminait. A présent, il n'avait plus aucune raison de rejeter Hermione. A présent, il avait la preuve que Bellatrix ne la contrôlait pas. Aussi, comment la repousser ? Il ne voulait pas qu'elle s'approche de lui. Elle l'effrayait, elle et ses pensées. Et il se faisait peur, lui et ses sensations.
Mais il ne l'appréciait pas ! Il ne fit pas attention à la sensation qui lui revint à l'esprit : le pincement au cœur qu'il avait ressenti lorsque Bellatrix avait exposé ses projets.
Non ! Il ne devait pas penser à ça. Granger n'était rien d'autre qu'une gamine prétentieuse et insupportable !
Soudain, il sentit une caresse sur la peau de son avant-bras. Il se crispa. Il sentit la colère l'envahir lorsqu'il s'aperçut que sa collègue suivait doucement de l'index les contours de sa Marque.
Son regard dévia sur le visage d'Hermione. Concentrée, les sourcils froncés, elle scrutait avec attention le tatouage noir. Rogue observa les mèches de cheveux rebelles qu'elle avait placées derrière son oreille gauche, puis il observa l'angle de sa mâchoire, s'arrêta enfin sur sa bouche.
Il détourna brutalement les yeux, puis les ferma. Grave erreur.
Il ne ressentait plus que le contact du doigt d'Hermione sur sa peau, et cela fit remonter à la surface de sa mémoire des souvenirs enfouis depuis longtemps.
Des journées d'été, une jeune femme rousse qui posait sa main sur son bras lorsqu'il avait besoin de réconfort, et…
- Ca suffit ! s'exclama-t-il en retirant son bras violemment.
Hermione scrutait avec attention la Marque sombre. Promenant son doigt sur la peau de Rogue, elle remarqua que le tatouage était cerné de rouge et légèrement boursoufflé.
- Ca suffit ! s'exclama soudain Rogue en retirant son bras, faisant sursauter la jeune femme.
Elle leva les yeux et le vit rabattre brutalement sa manche sur son bras. Hermione croisa les bras.
- Votre Marque est gonflée…, dit-elle doucement.
Rogue l'observait d'un regard noir, et Hermione remarqua qu'il crispait la mâchoire.
- Quoi ?! dit-elle soudain, excédée. Vous ne supportez pas que je vous touche, c'est ça ?!
- Vous ne savez pas à quel point…, souffla-t-il.
Hermione sentit des larmes brûler ses yeux. Elle les ravala.
- Je voulais simplement vous aider…, murmura-t-elle. J'aurais voulu que vous m'aidiez en retour… Mais je vois que c'est impossible. Je vous dégoûte.
Le Maître des Potions soutint son regard.
Non, elle ne le dégoûtait pas. Loin de là. Et c'était justement pour ça qu'il ne supportait pas qu'elle le touche.
Hermione secoua la tête.
- Très bien…, continua-t-elle, la voix tremblante de sanglots. Eh bien, dans ce cas, je m'en vais… Et je chercherais toute seule comment me débarrasser de Bellatrix.
Et sur ces mots, elle se dirigea vers la sortie. Rogue se leva brutalement, manquant de renverser sa chaise, et la retint par le bras.
Elle se tourna brutalement, une larme roulant sur son visage furieux.
- Lâchez-moi ! souffla-t-elle assez bas pour ne pas alerter les clients.
- Non, répondit Rogue. Vous ne sortirez pas d'ici, Hermione. C'est trop dangereux.
Hermione prit une inspiration tremblante.
- Je ne vois pas pourquoi, ils ont transplané. Et puis, je n'ai aucune envie de rester en compagnie de quelqu'un que je répugne… D'ailleurs, vous devriez me laisser partir ! continua-t-elle, hors d'elle. Au moins, s'il m'arrive quelque chose, vous serez débarrassé de moi !
Elle tenta de s'éloigner mais Rogue lui attrapa l'autre bras et la plaqua contre son torse. Hermione, de dos, ne parvenait pas à le voir. Ils étaient heureusement toujours dans leur coin sombre et passaient inaperçu.
Rogue fronça les sourcils et pencha la tête vers l'oreille d'Hermione. La jeune femme sentit le souffle chaud de son collègue agiter quelques mèches de ses cheveux près de sa joue. Elle frissonna et une sensation étrange envahit son corps, pétrifiant ses membres.
- Hermione…, murmura Rogue doucement. Il y a des choses que vous ne comprenez pas…
Hermione ne répondit pas. Justement. Il y avait de nombreuses choses qu'elle ne comprenait pas, ou qu'elle ne voulait pas comprendre. Notamment, pourquoi trouvait-elle cette proximité agréable ? Elle sentit ses joues s'empourprer.
- Je sais…, dit-elle enfin, les larmes aux yeux. Mais de toute façon, je vous dégoûte…
- Non…, répondit-il, les dents serrées, comme sous l'effet d'un effort considérable.
Hermione leva la tête.
- Lâchez-moi…, répéta-t-elle.
Il ne le fit pas. Alors, le prenant par surprise, elle se dégagea brutalement. Il la rattrapa et la plaqua contre lui, de face cette fois, et au plus grand désarroi d'Hermione. Elle voulait échapper à cette situation perturbante. Cependant… il venait de lui dire qu'elle ne le répugnait pas…
Elle n'y comprenait plus rien. Mais y avait-il seulement quelque chose à comprendre ?
Face à tout cela, Bellatrix était presque totalement sortie de son esprit.
L'un contre l'autre, ils se plongèrent dans les yeux de leur collègue. Hermione sentit la main de Rogue glisser dans le creux de son dos pour l'empêcher de partir. Mais Hermione n'avait plus du tout envie de s'en aller. Elle se prit à détailler le visage de cet homme si sombre et si énigmatique auquel elle avait fini par s'attacher.
Il n'était pas spécialement beau, avec son nez crochu et ses cheveux gras. Mais pourtant, il y avait un certain charme dans ce visage… Un charme dans lequel elle était piégée.
Elle regarda les lèvres minces et pâles du Maître des Potions. Elles avaient une courbe si particulière…
Hermione leva lentement ses mains et les plaça sur les épaules de son collègue, sans le quitter des yeux. Elle frissonna encore lorsque les mains de Rogue descendirent sur ses hanches.
La respiration d'Hermione s'accéléra, tandis que ses entrailles se mettaient à s'agiter.
- Je ne comprends pas…, chuchota-t-elle.
Rogue ne dit rien. Mais, à l'expression de son visage, Hermione comprit qu'il était dans le même état qu'elle.
C'est alors il avança son visage vers celui d'Hermione. La jeune femme fit de même. Ils s'arrêtèrent à quelques centimètres l'un de l'autre.
Rogue était profondément perturbé. Il ne la supportait pas. Il ne l'avait jamais supportée. Mais il devait savoir. Savoir pourquoi elle le troublait.
Ce ne serait qu'un essai. Rien de plus. Puisqu'il ne l'appréciait pas.
Il sentit qu'il perdait le contrôle de son corps et de son esprit.
Leurs lèvres se touchaient presque. C'est alors que le visage d'Hermione tourna légèrement. En fermant les yeux, elle déposa un baiser doux mais brûlant à la commissure des lèvres de Rogue.
Puis, le laissant complètement pantois, elle s'écarta brutalement de lui, et se précipita en pleurant hors de la taverne.
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