Bonjour à tous ! Je suis vraiment désolée pour cette interminable attente… Je manque beaucoup de temps. Je vous poste enfin un nouveau chapitre, mais je n'ai pas le temps de répondre à vos reviews… J'en suis vraiment vraiment désolée, et j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop… Je remercie toutes celles qui m'en ont laissé et je m'excuse encore !


Espoir et nouveaux problèmes

Hermione pleura jusqu'à ce que ses yeux soient secs et gonflés.

Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle pleurait. Il lui semblait que tout s'était écroulé sur elle, brisant toutes ses défenses. Elle avait senti toute l'horreur qu'elle avait vécue s'abattre sur elle, l'écrasant et l'étouffant impitoyablement. Elle ne savait pas ce qui lui avait pris, dans ce coin sombre de la taverne. Mais lorsqu'elle avait vu Rogue se lever brusquement, lorsqu'elle avait senti ses mains dans son dos, sur ses hanches. Lorsqu'elle avait vu son visage si près du sien…

Pourquoi l'avait-elle embrassé ? Ce n'avait certes pas été un vrai baiser, mais elle avait franchi les frontières établies entre eux, les barrières qui les séparaient, l'écart qui les éloignait. Rogue y avait veillé, à cette distance. Et pourtant, lui aussi l'avait, pour quelques secondes, abolie.

Hermione se sentait horriblement mal. Il était évident qu'à présent, il ne voudrait plus avoir affaire à elle. Même si lui aussi avait fait un geste en direction de la jeune femme, il était certain qu'il lui rejetterait entièrement la faute…

Enfermée dans ses appartements, Hermione se tourmentait. La scène du baiser, qui avait eu lieu deux heures plus tôt, tournait sans répit dans son esprit. Elle avait beau fermer les yeux avec force, elle revoyait sur l'écran de ses paupières l'expression de Rogue, son regard troublé et brûlant. Ses lèvres fines… Elle secouait vigoureusement la tête lorsque ces images gênantes recommençaient à se mouvoir devant ses yeux.

Mais que lui avait-il pris, par Merlin ?! Etait-elle devenue folle ?! Si on lui avait dit, quelques années plus tôt, qu'elle allait embrasser le sombre Maître des Potions, qu'aurait-elle dit ? Elle ne l'aurait jamais cru, bien sûr… Avait-elle cherché quelque chose par ce geste ? Avait-elle voulu vérifier ce qu'elle ressentait pour Rogue ?

Dans sa vie, elle n'avait eu qu'une seule histoire d'amour. Ron et elle s'étaient cherchés durant des années, pour finalement se trouver lors de la Grande Bataille… Mais était-ce vraiment de l'amour qu'elle avait ressenti, alors ? Elle n'était plus sûre de rien… Elle avait finalement été soulagée lorsque Ron et elle s'étaient quittés, décidant de rester les amis qu'ils avaient toujours été. Mais Hermione était bien obligée de reconnaître que jamais, avec Ron, elle n'avait ressenti ces flammèches brûlantes qui s'étaient agitées dans son ventre au contact de Rogue…
Mais elle n'avait pas à se dire ça ! C'était arrivé. Voilà. Ils avaient été perturbés tous les deux par ces événements, rien de plus…

Alors qu'Hermione cherchait désespérément à se prouver qu'elle n'éprouvait strictement rien pour son collègue, un petit cognement retentit contre la fenêtre de son salon. La jeune femme releva brusquement la tête, et son cœur fit un bond dans sa poitrine lorsqu'elle aperçut le hibou qui grattait la vitre.

Harry et Ron répondaient.

Oubliant pour un moment l'événement de la taverne, elle bondit du canapé et se précipita vers le carreau pour ouvrir à l'oiseau. Celui-ci lui tendit sa patte et Hermione détacha fébrilement la missive, qu'elle parcourut des yeux. Elle faillit crier de joie. Dans un court message, ses deux amis lui faisaient savoir qu'ils avaient découvert quelque chose…

Plié avec la lettre, Hermione découvrit un article de journal moldu. Elle le parcourut rapidement des yeux, et son cœur s'accéléra. Le document parlait du transfert d'un inestimable livre datant du Moyen-âge dans l'un des plus grands musées parisiens… Si l'article le présentait comme un livre de prières, la lettre que ses amis avaient jointe mentionnait un ancien livre de Magie Noire, dont le texte en runes anciennes ne serait visible que par les sorciers…

C'était précisément ce qu'Hermione cherchait. Les livres de la bibliothèque ne remontaient que jusqu'à la Renaissance. Et Hermione était sûre qu'elle pouvait découvrir quelque chose dans ce livre. Un sentiment d'excitation se propagea dans son corps. Peut-être pourrait-elle se débarrasser de Bellatrix définitivement ! Si elle partait sur le champ, peut-être que toute cette horreur aurait disparu d'ici une petite semaine ! Bien sûr, ce ne serait pas simple… Dérober un objet aussi inestimable dans un musée sous haute sécurité de la capitale française présentait bon nombre de difficultés et de dangers… Mais elle en avait vu bien d'autres. Tant que Bellatrix n'apprenait pas ce qu'Hermione avait l'intention de faire, les dangers en questions pourraient être facilement vaincus.

Ron et Harry lui proposaient de s'en occuper eux-mêmes, mais bien sûr, Hermione n'était pas de cet avis… Elle se félicita de ne pas leur avoir dit ce que sa blessure au dos avait entraîné, sinon il aurait été certain qu'ils ne l'auraient pas laissée venir prendre des risques… Elle irait les aider, mais pas seule… Elle se mordit la lèvre. Elle avait besoin de Rogue. Impérativement.

Elle attrapa un bout de parchemin et une plume et resta un moment immobile, sa plume pleine d'encre juste au-dessus du papier. Elle venait d'avoir une idée… Il fallait à tout prix qu'ils se retrouvent dans un endroit sûr de Paris pour mettre au point un plan d'attaque. Elle savait où ils pourraient se rencontrer, et même loger…

Elle griffonna en hâte un mot pour ses amis et l'attacha à la patte du hibou qui commençait à s'impatienter. Puis, elle saisit la missive de ses amis et l'article de journal et se précipita vers la porte de ses appartements. Prise d'un élan nouveau, elle avait décidé d'aller voir Rogue.
Peu importait ce qu'il s'était passé entre eux pour le moment. Elle détenait peut-être le moyen d'arrêter son cauchemar…

Serrant fort les papiers contre elle, Hermione descendit rapidement les escaliers vers les cachots, son cœur tambourinant frénétiquement dans sa poitrine.

Arrivée devant la porte du bureau Rogue, elle hésita un instant, gênée, mais la détermination reprit le dessus. Elle toqua violemment à la porte de Rogue, afin de lui montrer qu'elle n'avait ni peur de sa réaction, ni peur d'assumer ce qu'elle avait fait. Ce qui était totalement faux.

La porte s'ouvrit brutalement, et lorsque Rogue aperçut sa collègue, Hermione vit une fureur sourde se peindre sur son visage, tandis que ses yeux noirs s'écarquillaient.

- Partez, cracha-t-il. Je n'ai rien à vous dire !
- Moi si, trancha Hermione.

Elle le poussa et entra dans le bureau. Elle prit une profonde inspiration. Il était impératif d'exposer directement le sujet de la lettre. Si jamais ils commençaient à parler du baiser de la taverne, la conversation s'envenimerait et Hermione serait rendue à aller seule à Paris, sans personne en connaissance des essais de possession de Bellatrix sur elle…

Hermione se tourna face à Rogue, s'obligeant à soutenir son regard. Il était furieux, et Hermione remarqua qu'il tenait ses poings serrés.

- J'ai reçu ça, dit-elle en s'avançant vers son collègue et en lui tendant la lettre et l'article de journal.

Levant un sourcil interrogateur, Rogue tendit précautionneusement la main et saisit les papiers, prenant bien soin de ne pas effleurer les doigts d'Hermione.

Il parcourut les mots des yeux, et Hermione observa avec attention ses sourcils se froncer à mesure qu'il avançait dans sa lecture. Enfin, il leva les yeux vers Hermione, impassible.

- Je pensais… que nous pourrions y aller, dit-elle en faisant de gros efforts pour maîtriser les tremblements de sa voix.

C'était le moment crucial. Soit il acceptait, soit il renvoyait Hermione de son bureau avec l'ordre de ne plus jamais y remettre les pieds.
Le cœur battant, elle attendit anxieusement la réaction de Rogue. Celui-ci contracta la mâchoire.

- Vous voulez m'embarquer dans vos histoires une nouvelle fois, n'est-ce pas ? murmura-t-il de sa voix doucereuse en faisant un pas vers sa collègue.

Hermione se passa nerveusement une main dans les cheveux.

- Ecoutez… souffla-t-elle. Vous êtes le seul à savoir ce qu'il se passe entre… Bellatrix et moi.

Rogue parut surpris un court instant. Il leva une main, tenant les papiers serrés entre l'index et le majeur.

- Vous n'en avez pas informé vos… comparses ?

Hermione se mordit la lèvre.

- Non… Je ne voulais pas qu'ils… s'inquiètent pour moi… murmura-t-elle.

Rogue fit claquer sa langue au palais.

- Evidemment… dit-il avec mépris. Et si jamais Bellatrix refaisait des siennes là-bas ? Dans un pays étranger, au milieu des Moldus ?

Hermione se mit à réfléchir à toute allure. Il fallait qu'elle trouve des arguments assez bons pour parer ceux du Maître des Potions.

- Ca n'arrivera pas, commença-t-elle. Vous l'avez entendue. Elle n'arrive pas à me posséder, et la potion de Sommeil Sans Rêves joue le rôle de barrière.

Rogue ne paraissait pas convaincu.

- Vous n'avez aucunement besoin de moi, miss Granger. Vous n'aurez qu'à prévenir les deux idiots qui vous servent de suivants de ce qu'il vous arrive.

Hermione croisa les bras.

- Ils ne comprendraient pas, et je ne suis pas sûre qu'ils pourraient faire quelque chose, si jamais Bellatrix me…
- Vous venez de me dire que ça n'arrivera pas ! cracha-t-il.

Hermione recula subitement, lorsque Rogue se précipita vers elle. Comme d'habitude, il approcha son visage très près de celui d'Hermione.

- Je ne sais pas ce que vous attendez de moi, souffla-t-il. Mais sachez que je vous ai à l'œil depuis…

Il n'acheva pas sa phrase et se redressa, reculant à une distance respectable de sa collègue. Hermione sut très bien où il voulait en venir. Il cherchait la dispute. Elle ne se laissa pas avoir.

- Vous connaissez l'esprit humain, continua-t-elle, c'est en vous que j'ai confiance si jamais…

Elle observa Rogue, lequel, après avoir affiché un air interdit, paraissait réfléchir. En vérité, il savait très bien qu'il n'avait pas le choix. Elle devait aller voir McGonagall pour avoir l'autorisation de partir, et la vieille Directrice, nullement informée de l'état d'Hermione, s'empresserait de lui donner raison tout en commandant à Severus de l'accompagner…

Il lui rendit sa lettre. Les commissures de ses lèvres se contractèrent.

- Très bien… Je vais vous y accompagner, mais à une seule condition.

Hermione écarquilla les yeux. Qu'allait-il lui demander ?

- Allez-y… dit-elle prudemment.
- Je veux qu'après cette… sortie, vous vous débrouillez seule et ne m'importunez plus ! répondit-il.

Une demi-heure plus tard, les deux collègues marchaient en direction du portail de Poudlard dans un silence pesant. Hermione eut l'impression de se retrouver des semaines plus tôt, alors qu'ils se préparaient à aller à Londres.

Ils avaient été voir McGonagall, qui avait félicité Hermione pour ses engagements à sauver le petit Malefoy. Hermione s'était bien gardée de lui dire qu'elle risquait de finir dans le même état que le garçon, ou McGonagall l'aurait catégoriquement empêchée d'aller chercher ce livre.

Hermione ne pouvait s'empêcher de se dire qu'ils partaient sûrement avec une trop grande précipitation. Mais elle ne pouvait plus attendre. Si espoir il y avait, il fallait en profiter.

Ils franchirent le portail de Poudlard. Rogue se tourna vers Hermione.

- J'espère que cette fois, Potter s'est débrouillé pour nous trouver deux chambres éloignées… marmonna-t-il.

Hermione se mordit la lèvre. Elle ne lui avait encore rien dit quant au lieu où ils allaient dormir. Mais c'était un endroit qu'elle connaissait bien, discret et à l'abri dans une rue peu fréquentée de Paris.

Elle se racla la gorge.

- Nous…euh…n'allons pas à l'hôtel. Etant donné que nous devons retrouver Harry et Ron, je connais un endroit sûr…
- Oui ? fit Rogue pour qu'elle poursuive.

Hermione, sentant le rouge lui monter aux joues, s'avança vers son collègue et lui saisit l'avant-bras, afin de transplaner. Rogue tressaillit au contact d'Hermione.

- En fait… continua-t-elle timidement. Je connais quelqu'un qui habite Paris, et comme nous sommes en octobre, elle ne doit pas être là… C'est son mois préféré pour partir en vacances, donc nous devrions pouvoir disposer de la maison comme nous le voulons car…
- Par pitié, Granger, abrégez !

Hermione eut un sourire gêné.

- Ma grand-mère… acheva-t-elle.

Rogue n'eut pas le temps de répliquer, ni même d'afficher un air d'horreur ou de fureur sur son visage qu'ils transplanèrent.

Ils atterrirent dans une petite rue déserte, où s'alignaient de nombreuses maisons mitoyennes aux balcons fleuris.

- Qu'est-ce que c'est encore que ce plan, Granger ?! explosa Rogue à peine eût-elle lâché son bras.
- Elle n'est pas là, vous dis-je ! se défendit-elle. Et regardez autour de vous ! C'est calme et si vous voulez savoir, il n'y a que des retraités dans ce quartier !
- Qu'est-ce que vous en savez ?!

Hermione serra les poings et se tourna vers Rogue, furibonde.

- Ecoutez, ça fait dix ans qu'elle habite ici, depuis que mon grand-père est mort, dix ans que je viens à Paris l'été, dix ans que je promène ici ! Je connais ce quartier, d'accord ?! Alors maintenant, vous allez me suivre, car cette maison sera toujours plus tranquille qu'une chambre d'hôtel qui peut-être fouillée par n'importe qui !

Elle se mit à marcher, et Rogue fut contraint de la suivre, les yeux brillant de colère.

Ils arrivèrent devant une petite maison blanche. Le chemin qui menait au perron était recouvert de gravillons, dont aucun ne dépassait sur la pelouse qui s'étendait de chaque côté. Hermione s'engagea sur la minuscule allée, monta les deux marches qui menaient à la porte d'entrée, regarda à droite et à gauche et sortit sa baguette. Mais, au moment où elle ouvrait la bouche pour prononcer la formule permettant de déverrouiller la porte, celle-ci s'ouvrit d'elle-même.

Hermione retint un glapissement et rangea rapidement sa baguette. Devant elle se tenait une femme replète et de petite taille, aux cheveux blancs permanentés.

- Grand-mère ! s'exclama Hermione en affichant un énorme sourire artificiel, partagée cependant entre la joie de voir sa grand-mère et l'horreur.

Elle se tourna une fraction de seconde vers Rogue et remarqua que celui-ci se pinçait l'arête du nez.

La vieille femme écarquilla les yeux et chaussa les lunettes qui pendaient sur sa poitrine, au bout d'un collier de perles. Lorsque son regard croisa celui d'Hermione, son visage parcheminé s'illumina.

- Hermione ! s'exclama-t-elle.

Elle serra sa petite fille dans ses bras.

- Mais qu'est-ce que tu fais là ? Ta mère m'a dit au téléphone que tes études de droit te prenaient tout ton temps !

Le cœur d'Hermione battait la chamade face à cette rencontre imprévue. Bien sûr, elle était ravie de revoir sa grand-mère, mais cela représentait un problème de taille. Elle avait déjà donné l'adresse à Harry et Ron ! Mais pour l'instant, son premier souci était de justifier sa présence à Paris alors qu'elle était censée n'avoir le temps de rien faire, et surtout expliquer qui était Rogue… Elle avait oublié cette excuse inventée par sa mère pour cacher à la grand-mère qu'Hermione était une sorcière…

- Euh… commença Hermione. L'école a décidé de… de mettre en place un grand système d'échange entre pays pour… étudier les différentes lois, les différents systèmes de condamnation et… J'ai été envoyée ici, en France, alors je passais te dire bonjour !

Hermione afficha son plus large sourire.

- Très bien, très bien… fit la grand-mère. Ils ne savent plus quoi inventer, de nos jours !

Le cœur d'Hermione fit un bond lorsqu'elle crut que sa grand-mère parlait d'elle. Mais apparemment, la remarque de la vieille femme concernait la présumée école de droit…

La grand-mère observa Severus puis regarda malicieusement Hermione.

- Tu ne me présentes pas ton ami ? dit-elle en souriant de manière énigmatique.

Hermione sentit ses joues s'enflammer. Il ne manquait plus que ça… Voilà que sa grand-mère se faisait des idées… La jeune femme lança un regard suppliant à Rogue, mais celui-ci se contenta de croiser les bras, attendant de voir quelle histoire sa collègue allait inventer.

Hermione se passa une main dans les cheveux en souriant de plus belle à sa grand-mère. Rogue la laissait se débrouiller, par vengeance…

- Si, bien sûr, dit Hermione à son aïeule. Voici Severus Rogue. Mon…euh… correspondant…euh… australien. Depuis six mois. Il est rattaché à l'école.

Hermione jeta un regard rapide à Severus. Il affichait une telle expression qu'Hermione crut un instant qu'il allait se jeter sur elle pour l'étriper.

- Australien ? répéta la grand-mère, qui ne semblait pas avoir remarqué le regard meurtrier de Rogue. Vous n'êtes pas un peu trop pâle pour quelqu'un qui vit au soleil ?

- Oui, non, mais tu sais, il passe son temps à étudier, alors… s'empressa de répondre Hermione à la place de Rogue. Si on rentrait ?

La grand-mère se poussa pour les laisser entrer. Tandis que la vieille femme refermait la porte, Hermione guida Rogue vers le salon.

- Correspondant australien rattaché à une école de droit ? Mais vous foutez de moi ?! souffla-t-il à l'oreille d'Hermione, furieux.
- C'est tout ce qui m'est passé par la tête ! se justifia Hermione.
- Tout est de votre faute ! Vous m'aviez dit qu'elle ne serait pas là !

Hermione se mordit la lèvre.

- Mais je vous assure que normalement…

La voix de la grand-mère résonna alors depuis le hall d'entrée.

- Vous avez failli me rater, vous savez ! Je pars dans deux jours pour la Suède !

Hermione jeta un regard noir à Rogue pour lui montrer qu'elle n'avait pas dit n'importe quoi. La vieille femme les rejoignit. Contemplant Hermione, elle colla ses deux mains l'une contre l'autre avec une expression de bonheur pur.

- Que je suis contente de te voir ! s'exclama-t-elle. Qu'est-ce que tu as changé depuis cet été !

Hermione eut l'impression de se transformer en fournaise.

- Pas étonnant que ce cher… comment tu m'as dit, déjà ? Spartacus, soit tombé à tes pieds !

Elle fit un clin d'œil à Hermione, semblant oublier que Rogue se tenait dans la même pièce. Un grognement étouffé retentit derrière Hermione.

- Ce n'est pas du tout ce que tu crois ! s'exclama rapidement celle-ci d'une voix bien plus aiguë qu'à l'ordinaire. Et il s'appelle Severus…

La grand-mère se tourna vers Rogue.

- Severus ? C'est Australien ?

Rogue crispa la mâchoire.

- Oui, tout ce qu'il y a de plus australien, effectivement… murmura-t-il d'une voix basse entre ses dents.

La vieille femme tendit la main.

- Bienvenue chez nous, en tout cas. Je m'appelle Meredith. Vous savez, je ne suis pas d'ici non plus, je suis anglaise. Nous devrions bien nous entendre, en tant qu'expatriés !
- Certainement… marmonna Rogue.

Hermione se dépêcha de changer de sujet, des fois que Rogue ait envie de faire éclater son courroux.

- Grand-mère, pouvons-nous rester ici quelques temps ? Deux jours, peut-être ?

Meredith hocha la tête vigoureusement.

- Evidemment ma chérie ! Heureusement que ton ami et toi êtes proches, car la chambre d'ami est inutilisable. Je suis en train de la faire repeindre.

Hermione eut l'impression que son cœur tombait jusqu'au bas de son ventre, écrasant lourdement ses entrailles sur son passage. Sa respiration s'accéléra.

Non, pas ça…pensait-elle avec horreur.

- Mais…euh… dit-elle d'une voix aiguë et tremblante. Dans la chambre où j'ai l'habitude de dormir, il n'y a qu'un seul lit, grand-mère.
- Je le sais, ma chérie, c'est justement pour ça que je dis que c'est une chance que vous soyez assez proches, Silvius et toi !
- Severus, grand-mère ! Mais je… il… enfin, il reste le canapé !

Meredith sourit doucement.

- J'ai refait tout mon salon, Hermione. Le canapé ne me servait plus à rien — mon dos, tu comprends — Je les ai remplacés par des fauteuils ! Je préfère, c'est plus simple pour me caler sur le dossier et me relever.

La jeune femme eut l'impression que la foudre s'abattait sur elle, et elle se demanda une bonne fois pour toutes de quel côté regardait Merlin pour qu'elle ait aussi peu de chance.

- Bon… dit-elle en prenant une profonde inspiration. On va… se débrouiller.

Elle fit signe à Rogue de la suivre à l'étage, ignorant l'air furieux et étrangement horrifié qui déformait son visage. Il la suivit donc dans la montée d'escaliers. Ils entrèrent dans la première pièce à gauche dans le couloir de l'étage, qui s'avérait être une petite chambre blanche et proprette.

Rogue claqua violemment la porte, faisant sursauter Hermione qui laissa tomber son petit sac d'affaires sur le lit. Le Maître des Potions brandit sa baguette et lança un sortilège de silence sur la porte.
Il se tourna ensuite vers sa collègue.

- GRANGER ! tonna-t-il.
- Je ne pouvais pas savoir ! s'exclama-t-elle.

Il s'approcha d'elle rapidement. Hermione eut le réflexe de faire un pas en arrière, mais ses genoux heurtèrent le lit et elle tomba lourdement sur le matelas.

- Vous l'avez fait exprès !
- Non ! répondit-elle, offusquée.

Il l'agrippa d'une main ferme sur le devant du pull et la releva. Hermione déglutit. Jamais elle n'avait vu ses yeux noirs irradier d'une telle fureur. Une fureur mêlée de terreur…

- Lâchez-moi ! s'exclama-t-elle.

Ses mots firent résonner en écho ceux qu'elle lui avait dit dans la taverne, alors qu'il tentait de la retenir. Sauf que cette fois, il fit ce qu'elle voulait.

Avec dédain, il la lâcha violemment et elle s'écroula de nouveau violemment. Hermione fronça les sourcils. Il rejetait toute la faute sur elle, comme elle l'avait pensé. Pourtant, elle l'avait vu dans la taverne, complètement troublé… Lui aussi se cachait des choses…

Elle se releva, se dirigea vers le placard de la chambre et en sortit une serviette de bain. Puis elle attrapa son sac et sortit de la chambre. Juste avant de partir, elle soutint le regard de Rogue.

- Ce n'est pas de ma faute, si vous avez peur… dit-elle à voix basse.

Elle ferma la porte et se dirigea vers la salle de bains. Il lui fallait une bonne douche.

Rogue frappa du poing le mur. Puis il s'y appuya, se prenant la tête dans les mains. Que lui arrivait-il ? Il avait toujours détesté Granger ! Cela ne changerait pas !

Pourquoi avait-il accepté de venir, alors qu'au fond de lui, il savait très bien qu'elle ne respecterait pas l'engagement. Il aurait dû insister auprès de McGonagall pour ne pas y aller ! Il aurait dû lui révéler le dessein de Bellatrix !

Par Merlin, voilà qu'il devenait en quelque sort le complice de Granger !

Au fond de lui, il savait très bien pourquoi il avait accepté de la suivre.
Il avait eu peur pour elle. Mais cela, il ne l'avouerait jamais, même pas à lui-même…

Soudain, un cri aigu retentit au rez-de-chaussée de la maison. Severus sursauta violemment et ouvrit brusquement la porte de la chambre. A l'autre bout du couloir, la porte de la salle de bain s'ouvrit elle aussi. Il tourna la tête. Hermione apparut, le visage marqué par l'incompréhension. Elle était trempée et serrait contre elle sa serviette qu'elle avait enroulée autour de son corps à la va vite. Ses cheveux dégoulinaient encore de shampoing. Ce n'était donc pas Hermione qui avait crié.

Un hurlement retentit de nouveau.

- Au secours !

Hermione se précipita dans le couloir, laissant des traces mouillées sur la plancher.

- C'est ma grand-mère ! cria-t-elle à Rogue.

Et sur ces mots, elle s'élança dans les escaliers. Rogue la suivit. Il s'aperçut alors que la serviette de sa collègue, mal mise, tombait dans son dos, laissant apparaître une bonne partie de sa blessure. Si jamais Meredith voyait ça… Il détourna les yeux.

Ils atteignirent le rez-de-chaussée rapidement, même si Hermione avait manqué de tomber plusieurs fois alors que ses pieds mouillés glissaient sur les marches de bois.

Les deux sorciers pénétrèrent dans la cuisine au moment où Meredith poussait un nouveau hurlement.
Ils se figèrent à l'entrée de la pièce.

La vieille femme était acculée au plan de travail, un rouleau à pâtisserie dans la main.
Et là, devant elle, sur le carrelage, se dressait un cobra noir, gueule ouverte et sifflant, les crochets dégoulinants de venin…


J'espère que ça vous a plu ! Encore désolée de vous avoir fait attendre !