Bonjour !

Le lancer de pierres sur l'auteur est autorisé… Je suis vraiment désolée de vous avoir fait attendre si longtemps. Je vous offre aujourd'hui 2 nouveaux chapitres ! Et je m'excuse encore…

Merci à tous pour vos lectures et vos reviews !

Réponse à Git : Severus et les disputes, une grande histoire ! Oui, c'est vrai qu'elle est marrante la grand-mère ! ^^ Merci pour tes reviews !

Réponse à Patouch la mouche : Vraiment vraiment vraiment merci ! Pour toutes ces reviews, ces compliments que tu me laisses ! Je suis vraiment très touchée ! Je m'en veux de t'avoir fait attendre comme ça… Alors j'espère que tu m'excuseras, que tu ne m'en voudras pas trop… Je suis aussi désolée de te mettre dans de tels états quand tu lis mon histoire ! (je parle du chapitre où Hermione et Severus ont failli s'embrasser) ^^ Contente que tu aies aimé la grand-mère et ses surnoms pour Severus dans le dernier chapitre (moi aussi je l'aime bien, Meredith ! ^^). Donc voici la suite de l'histoire, qui je l'espère te plaira. J'espère encore que tu me pardonneras !

Pour répondre à la question de ta dernière review, non, je ne suis pas du tout de l'époque de Goldorak ! Je suis née 20 ans après la fin de ce manga ! ^^

Réponse à Guest : Il y a apparemment eu un gros bug. Je suis contente que tu aimes mon histoire ! Voici la suite, j'espère qu'elle te plaira ! Merci de tes reviews !

Pour Kukaji : J'ai essayé de modifier mon erreur, mais je crois que ça n'a pas marché… -.-' (je crois que je suis pas douée…)


Désillusion

Hermione cria. Severus se tendit derrière elle.

La grand-mère, tremblante et recroquevillée contre le meuble, leva son rouleau à pâtisserie. Elle le laissa tomber sur l'animal qui rampait lentement mais dangereusement vers elle. Mais le rouleau sembla passer à travers le reptile. Il s'évanouit en des volutes de fumée qui se dispersèrent, avant de se diriger vers le sol et de s'enrouler pour former de nouveau le corps du serpent.

Hermione plaqua ses mains contre sa bouche, manquant de perdre sa serviette. Mais elle avait plus important en tête : Bellatrix.
Qui d'autre pouvait envoyer une telle horreur attaquer sa grand-mère alors qu'elle se trouvait dans la même maison qu'elle ? Ce serpent lui était destiné à elle, à Hermione. Ce qui voulait dire que Bellatrix savait où ils étaient. Et probablement ce qu'ils comptaient faire…

Hermione esquissa un mouvement pour courir aider sa grand-mère, bien qu'elle ne soit pas en possession de sa baguette. Le serpent se retourna vers elle, délaissant la grand-mère, et ses yeux semblèrent briller d'un éclat rouge avant qu'il ne se mette à ramper vers la jeune femme. Celle-ci sentit alors quelque chose de fort et froid lui enserrer l'épaule droite et la tirer en arrière. La main de Rogue.

Sans lui jeter un regard, celui-ci sortit sa baguette et se dirigea vers l'assaillant.
Hermione déglutit. Premièrement, parce que sa grand-mère allait découvrir leur secret. Deuxièmement, parce qu'elle avait peur pour Rogue.

Le Maître des Potions pointa le serpent de sa baguette. Alors l'animal se dressa et un long sifflement glacial emplit la pièce. Rogue se dressa lui aussi de toute sa hauteur.

- Vipera Evanesca…,dit-il d'une voix froide, dure et assurée.

Aussitôt, l'animal se tordit sur lui-même et disparut dans une flamme bleue.

Hermione poussa un profond soupir et s'adossa au chambranle de la porte, haletante. Elle releva la tête brusquement lorsqu'elle entendit un nouveau hurlement de sa grand-mère.

Meredith, les yeux exorbités, s'acculait davantage au plan de travail, menaçant Severus d'une poêle à frire.

- C'est quoi, ça ?! s'exclamait-elle, son regard allant frénétiquement de Severus à sa baguette en passant par l'endroit où s'était tenu le serpent. Qu'est-ce que…C'est vous qui… Je…

Severus la toisait d'un air froid et impatient. Hermione jugea bon d'intervenir.

- Grand-mère…, dit-elle d'une voix peu assurée. On va… t'expliquer.
- Oui…, renchérit Severus d'une voix doucereuse en levant sa baguette vers la vieille femme. Jevais tout vous expliquer…

Hermione pâlit en comprenant ce qu'il allait faire. Elle n'aimait pas ça, mais il était évident qu'ils n'avaient nullement le choix…
Rogue agita sa baguette. Aussitôt, les yeux de la vieille femme semblèrent se figer et scruter le vide d'un air absent.

- Vous préparez le repas…, dit doucement Rogue. Vous n'avez fait rien d'autre depuis qu'Hermione et moi sommes montés à l'étage. Ce n'est qu'une soirée tranquille, et aucun événement étrange et perturbant ne vous est arrivé aujourd'hui…

Il dévia sa baguette et les yeux de la grand-mère semblèrent retrouver un semblant de lucidité. Elle observa Severus et Hermione avec un air si étrange qu'Hermione se demanda si le sort avait bien marché…

- J'ai besoin d'un petit remontant…, murmura la grand-mère.
- Pourquoi ? balbutia Hermione, en jetant un regard à Rogue.

La grand-mère fronça les sourcils. Elle hésita un instant, la bouche ouverte, avant de répondre :

- Je ne sais pas…

Elle de dirigea d'un pas un peu chancelant vers un vieux placard et en sorti un verre et une bouteille de whisky. Hermione lui jeta un regard courroucé.

- Grand-mère !

Mais celle-ci ne l'écoutait pas et avala d'un trait son verre d'alcool avant de murmurer :

- Je vais me coucher… Je ne sais pas trop ce que j'ai mais je me sens un peu… effrayée. Le repas est prêt, mangez sans moi…

Et sans rien ajouter, elle avança à petits pas lents vers la sortie de la cuisine.
Hermione jeta un regard de reproches à Rogue.

- Emotion forte… marmonna celui-ci entre ses dents, irrité. Ca ne disparaît pas comme ça, et il aurait été dangereux de lui lancer un sortilège trop fort… Donc, je ne…

Il s'interrompit brusquement. Il empoigna Hermione par un bras et la plaqua contre son torse, puis appuya fortement ses mains froides contre les pâles épaules de sa collègue. Hermione sursauta.

- Mais qu'est-ce que vous… commença-t-elle.

Elle voulut se dégager, mais Rogue la maintenait fermement. La grand-mère, perdue dans ses pensées, contourna sa petite-fille. Elle lui jeta un regard étrange en voyant Hermione devant Severus, appuyée contre lui. Elle gravit les marches des escaliers. Une fois qu'elle eut disparut dans le couloir de l'étage, Rogue lâcha Hermione.

- Elle aurait pu voir votre blessure, imprudente ! souffla-t-il.

Hermione l'ignora un instant, lui tournant le dos. Le regard du Maître des Potions fut attiré par un petit point brillant ; une goutte d'eau de ses cheveux détrempés se détacha d'une mèche de la jeune femme et tomba dans son dos découvert, descendant le long de sa peau pour aller se perdre dans le creux de ses reins.

A ce moment, la jeune femme se retourna et capta le regard de Rogue, baissé sur son dos. Elle se sentit rougir et resserra nerveusement sa serviette. Le silence les enveloppait, et Hermione se sentait gênée.

Les yeux de Rogue remontèrent sur la serviette d'Hermione, détaillant sa silhouette un peu trop lentement, puis il regarda les mains de sa collègue qui se serraient convulsivement sur son drap de bains, sous son menton. Enfin, il atteignit le visage rougissant de la jeune femme, et leurs yeux se croisèrent.

Hermione sentait son cœur battre la chamade. Puis, comme si ce moment n'avait jamais existé, il déclara d'une voix dure :

- Il faut partir.

Hermione secoua la tête, autant pour montrer son désaccord que pour chasser son trouble.

- Pour aller où ? dit-elle. De toute façon, vous avez compris comme moi que ce serpent vient de Bellatrix ! Je ne sais pas comment elle a fait pour le faire apparaître ici, ni comment elle a su où nous étions, mais à présent, nous serons sur nos gardes, n'est-ce pas ?

Rogue se tapota la lèvre inférieure du bout du doigt, ses iris noirs dardant méchamment ceux d'Hermione. Il fit un pas en avant. Hermione serra sa serviette.

- Vraiment ? demanda Rogue d'une voix doucereuse et basse. Vous n'avez aucune idée de la manière dont elle a appris notre position ?

Il avança encore. Hermione se tendit. Il n'allait pas recommencer à croire que…

Il empoigna violemment le bras gauche d'Hermione, si bien que sa serviette faillit tomber. Il approcha son visage très près, trop près de celui d'Hermione.

- Moi, j'ai une petite idée… susurra-t-il.
- Non ! s'exclama Hermione d'une voix aiguë. Je vous l'ai déjà dit, elle ne me possède pas tout le…

Rogue l'interrompit en passant un bras derrière le dos d'Hermione, la plaquant contre lui. Le cœur d'Hermione rata un battement. Une foule de scénarios défila dans sa tête, avant que Rogue ne brandisse sa baguette, qu'il appuya sur la jugulaire de sa collègue. Celle-ci dû relever la tête, haletante.

- Je veux bien vous croire, Miss Granger… murmura Rogue appuyant un peu plus sa baguette sur la gorge d'Hermione.

Celle-ci se tordit dans une position étrange pour tenter d'échapper à l'emprise du Maître des Potions, mais elle se retrouva encore plus coincée. La baguette de Rogue remonta sur le visage d'Hermione et s'enfonça dans sa joue.

- Au moindre signe suspect, vois savez à quoi vous attendre…

Et il la relâcha. Hermione s'effondra lourdement sur le sol, ne pouvant amortir le choc, ses mains étant occupées à maintenir sa serviette. Elle se retrouva donc assise sur le carrelage, une jambe sous elle, l'autre dépassant de sa serviette. Rogue y posa les yeux une fraction de seconde…
Hermione n'y fit pas attention, les yeux perdus dans le vide. Elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il avait malheureusement raison… Et si Bellatrix entrait en elle sans qu'elle ne s'en rende compte ?...

Les lèvres pincées, elle se releva en faisant attention de rester bien cachée sous sa serviette, puis fit face à Rogue.

- Ecoutez…, murmura-t-elle. Je ne sais pas si vous avez raison, si Bellatrix…enfin…

Elle soupira.

- Pour l'instant, continua-t-elle, je préfère ne pas en parler, je veux y réfléchir.

Sans attendre de réponse de Rogue, elle le contourna et gravit les escaliers précipitamment, avant d'aller se réfugier dans la salle de bains.

Elle en ressortit dix minutes plus tard, habillée, les cheveux secs, mais tout aussi peu rassurée.
Elle descendit les escaliers, entra dans la cuisine et trouva Rogue assis à la table de la pièce, les yeux perdus dans le vide. Il ne la regarda pas, semblant profondément perdu dans ses pensées.

Sans rien dire, la jeune femme entreprit d'ouvrir tous les placards de la cuisine pour trouver la vaisselle afin de mettre la table.

Elle finit par trouver ce qu'elle cherchait et fit réchauffer le repas préparé par la grand-mère, laissé sur la cuisinière. Elle regarda ensuite par la fenêtre de la petite pièce, tandis que la nourriture qui chauffait emplissait la pièce d'un doux parfum.

Dehors, il faisait nuit. Hermione sentit un frisson lui envahir l'échine. Bellatrix était elle vraiment là, terrée quelque part ?
Réprimant violemment et avec toute sa volonté la boule qui lui montait dans la gorge, Hermione ouvrit la fenêtre et ferma les volets. Puis elle tourna le dos à la fenêtre et s'appuya contre le plan de travail. Elle souffla, puis saisit la casserole et servit le repas.

Ils mangeaient en silence, un silence profondément insupportable pour Hermione. Elle finit par le briser.

- Vous n'avez pas confiance en moi, n'est-ce pas ?

Rogue arrêta sa fourchette à mi-chemin de sa bouche et leva pour la première fois les yeux vers sa collègue. Hermione se racla nerveusement la gorge. Le Maître des Potions déposa sa fourchette contre le bord de son assiette sans détourner son regard d'Hermione, puis joignit ses mains, posant ses coudes sur la table.

- Qu'en pensez-vous ? murmura-t-il.

Hermione fronça les sourcils.

- Je ne sais pas… répondit-elle doucement. C'est pour cela que je vous le demande…
- Ne jouez pas à ça, Miss Granger… Je ne suis pas dans votre tête, donc je ne sais pas ce qui s'y trouve… Ou quis'y trouve…

Hermione déglutit.

- Elle n'est pas dans ma tête, dit-elle. Je l'aurais sentie ! Vous savez très bien que posséder un être humain à distance ne se fait pas comme ça… Je m'en serais obligatoirement rendue compte.

Les commissures des lèvres de Rogue tiquèrent. Il appuya ses mains sur le rebord de la table et se pencha en avant.

- Dans ce cas, susurra-t-il, j'attends vos propositions…
- Je n'en ai pas, justement, et…

Mais, alors qu'elle parlait, les lampes du lustre de la cuisine s'éteignirent, les plongeant dans le noir. Hermione poussa un petit cri de surprise. Elle entendit Rogue se lever brutalement, baguette brandie, certainement.

Le cœur d'Hermione battait frénétiquement, mais elle se calma immédiatement en se souvenant que l'installation électrique de sa grand-mère était depuis longtemps défaillante, et qu'il n'était pas rare que des pannes de courant comme celle-ci surviennent. Le doute subsistait depuis l'attaque du serpent, mais elle préféra se persuader que ce n'était qu'un énième vulgaire problème avec les fusibles…

Ses yeux s'habituèrent légèrement à l'obscurité et distingua la silhouette de Rogue, tendu devant elle. Hermione soupira.

- Ce n'est rien… dit Hermione en se levant. Il y a toujours eu des problèmes d'électricité dans cette maison…
- Ce n'est peut-être pas le cas aujourd'hui…

Hermione repoussa sa chaise et entreprit de contourner la table. Des bougies devaient se trouver dans le tiroir sous le four, à l'opposé de la pièce.

- Vous voyez bien qu'il n'y a rien, ni personne… dit Hermione autant pour convaincre Rogue qu'elle-même.

Elle posa sa main sur la table pour se guider, et marcha prudemment, se focalisant sur la silhouette de Rogue pour être sûre de ne pas lui rentrer dedans. Elle s'avança, et frissonna lorsqu'elle frôla Rogue. Elle le sentit se raidir.

Hermione atteignit enfin le four, ouvrit le tiroir et en tâta l'intérieur. Elle poussa une exclamation ravie lorsqu'elle mit la main sur le paquet de bougies chauffe-plat. Elle fit volte-face et retourna prudemment vers la table. Elle ouvrit le paquet, posa quelques bougies sur le bois en faisant bien attention de les mettre à l'endroit puis sortit sa baguette de la poche arrière de son jean. Elle l'agita et des flammes apparurent sur les mèches.
Hermione sourit, satisfaite. Elle retourna à sa place. En passant devant Rogue, elle évita son regard tandis qu'elle le frôlait de nouveau.

La jeune femme se rassit sur sa chaise et Rogue fit de même, sens toujours aux aguets.

Les bougies permettaient de voir mais elles étaient petites, si bien que la pièce demeurait sombre. Hermione observa Rogue. Les flammes vacillantes des bougies projetaient des ombres mouvantes sur son visage pâle, comme reflets de son âme sombre et mystérieuse.

Hermione changea de position sur sa chaise, inconfortablement assise sur sa baguette…
Sa baguette.
Un éclair sembla illuminer son esprit. Sa magie ! C'était comme ça que Bellatrix la repérait !
Elle poussa un glapissement, soudain paniquée à l'idée que Bellatrix ne revienne, qu'elle puisse contrôler sa baguette où une horreur de ce genre…

- Ma magie ! s'exclama-t-elle. Elle me repère grâce à ma magie !

Rogue secoua doucement la tête, puis fit claquer sa langue contre son palais.

- Vous n'avez jeté aucun sort avant que le serpent n'arrive, dit-il. Je ne vois pas comment…
- Si ! le coupa Hermione. Dans la salle de bains, j'ai… défroissé les vêtements que j'avais enfoncés dans mon sac !

Le Maître des Potions pinça les lèvres.

- C'est impossible… Un sort aussi insignifiant ne peut pas laisser une trace assez importante pour qu'elle vous retrouve aussi vite…

Hermione se pencha en avant.

- Mais un sort aussi insignifiant au milieu de Moldus… murmura-t-elle.
- Ca ne change rien, déclara Rogue d'un ton péremptoire.

Hermione se laissa aller sur le dossier de sa chaise et croisa les bras.

- Et comment pouvez-vous en être aussi sûr ? demanda-t-elle, tout en sachant qu'il avait énormément de connaissances en magie.

Rogue se tendit.

- Je le sais, c'est tout… dit-il.

Hermione remarqua qu'il se frottait nerveusement l'avant-bras gauche. Elle l'observa d'un regard désolé, ce qui ne lui échappa pas. Ses iris onyx vrillèrent ceux d'Hermione avec méchanceté.

- Je n'ai pas besoin de votre pitié ! dit-il d'une voix glaciale et blessante.

Hermione soutint le regard noir qu'il lui lançait.

- Je n'ai pas pitié de vous. Je pense juste que vous devriez… arrêter de vous enfermer dans votre passé…

Rogue redressa la tête et d'une voix basse, murmura :

- Mon passé a légèrement tendance à me rattraper, en ce moment…

Hermione soupira. Elle avança sa main doucement et, les yeux rivés sur une bougie, fit passer son index dans la flamme.

- Vous devriez plutôt penser à l'avenir… fit-elle lentement.

Elle sursauta et se brûla un peu lorsqu'un ricanement glacial, dépourvu de toute joie, s'éleva de la gorge de son collègue.
Mettant son doigt douloureux dans sa bouche pour tenter d'en atténuer la brûlure, Hermione releva les yeux. Rogue se leva doucement.

- Quel avenir, Miss Granger ?

Il s'avança vers elle, et Hermione se prépara à bondir de sa chaise si jamais il essayait de lui faire du mal. Elle ôta son index de sa bouche et s'humecta les lèvres. Elle leva les yeux vers Rogue et constata que dans cette pénombre, le visage éclairé par la tremblotante lueur des bougies, leurs flammes se reflétant dans ses iris noirs en points orangés, il faisait peur.

Son visage semblait creusé de rides nouvelles, des rides de colère et de tristesse. Quelles blessures Hermione avait-elle remises à vif ?
L'évidence s'imposa à son esprit.

Lily.

Rogue s'avança un peu et se retrouva devant Hermione. Il était déjà beaucoup plus grand qu'elle lorsqu'elle se tenait debout à ses côtés. Maintenant qu'elle était assise, il semblait immense, et dans la pâle lumière des bougies, horriblement menaçant.

La jeune femme prit son courage à deux mains. Peut-être pourrait-elle l'aider à… s'exorciser ?
Elle se leva à son tour, prudemment. Comme si elle se trouvait face à une bête sauvage, il lui semblait qu'il lui fallait proscrire les gestes brusques.

- Quel avenir ? reprit doucement Hermione. Je ne sais pas…

Elle se mordit la lèvre.

- N'avez-vous jamais eu envie d'avoir… une famille ?

Il ne répondit pas, la toisant avec fureur, ses yeux brûlants comme des charbons ardents.

Hermione voulut reculer pour mettre un peu de distance entre eux, mais elle se retrouva immédiatement collée au mur. Elle se força à ne pas y faire attention. Il fallait à tout prix parler de Lily… Consciente qu'elle s'aventurait sur un terrain dangereux, elle murmura prudemment :

- N'avez-vous jamais eu envie de rencontrer une femme ?

Rogue s'avança de nouveau vers elle.

- Il n'y en a eu qu'une seule… répondit-il dans un souffle.

Hermione sentit les battements de son cœur se répercuter dans tout son corps lorsqu'elle aperçut les yeux de Rogue se promener sur son visage, détaillant ses yeux, ses joues, son nez, pour s'arrêter sur ses lèvres. Comme dans la taverne. Ses lèvres qu'elle avait humectées et qui devaient briller un peu.

Hermione, tentant d'ignorer les battements de son cœur, murmura :

- Je parlais d'autres femmes… Pas de… Pas de…

Elle prit une profonde inspiration.

- Pas de Lily.

Les yeux de Rogue se relevèrent brusquement et se plantèrent dans les iris d'Hermione. Celle-ci se tendit et se prépara à subir la colère de Rogue.

- Il y a eu d'autresfemmes…, dit-il d'une voix très calme. Mais elles n'ont aucune importance.

Hermione déglutit.

- Elles n'ont été que de vulgaires ersatz…, acheva-t-il.

Hermione eut l'impression que son cœur s'écroulait dans sa poitrine, avant d'exploser au creux de son ventre, la réduisant en bouillie de l'intérieur.
Alors c'était cela, les sentiments qu'elle avait cru déceler en lui ? Il n'en avait rien à faire d'elle ! Elle n'était qu'un substitut fade et sans valeur de l'amour qu'il avait perdu, de Lily !

Un tiraillement insupportable, qu'elle reconnut comme étant de la jalousie mêlée de rancœur et de tristesse lui tordit l'estomac. Elle serra les poings.

- C'est absolument immonde de dire cela…, cracha-t-elle.

Un rictus horrible déforma les lèvres de Rogue.

- Ainsi, pour vous, la vérité est immonde ?

Hermione ouvrit grand la bouche, incrédule. Elle ne le reconnaissait plus. Avait-elle fait une bêtise en lui parlant de Lily ? Evidemment.

Blessée jusqu'au plus profond d'elle-même, ne sachant pas vraiment pourquoi mais ne le sachant finalement que trop bien, elle le repoussa et sortit en trombe de la cuisine, des larmes commençant déjà à dévaler ses joues.

Severus la regarda quitter la pièce.

Il s'adossa contre un mur, le cœur battant. Il avait réussi à la rejeter. Cette fois-ci, elle ne l'importunerait plus. Ni elle, ni les émotions stupides qui l'assaillaient quand il se trouvait près d'elle.

Ce n'était que la vérité. Il avait connu d'autres femmes, parce qu'il avait essayé au fil du temps et des souffrances de noyer la douleur de son amour pour Lily.
Et puis, lorsqu'il avait appris à connaître l'horripilante gamine qu'il avait eue comme élève et qui était à présent sa collègue, il s'était rendu compte qu'autre chose prenait la main sur l'empreinte que Lily avait laissée en lui.
Et il en voulait à Hermione pour cela. Parce qu'il avait trahi Lily, et qu'il avait l'impression de le faire une deuxième fois.

Il éprouvait finalement des sentiments paradoxaux, contradictoires, puisqu'il en voulait à Hermione de faire disparaître le souvenir de Lily, tout en voulant à tout prix qu'il disparaisse quand même…

Alors il l'avait repoussée, alors qu'elle avait peut-être tenté de l'aider.
Il lui avait fait croire qu'elle n'était rien pour lui. Qu'elle avait été comme les autres…

Il se prit la tête dans les mains. Non, elle n'était pas comme les autres. Loin de le là. Elle était différente, forte et courageuse. Elle ressemblait en certains points à Lily, tout en lui étant complètement opposée par d'autres.
Il sentit une douleur étrange lui enserrer le cœur lorsqu'il l'entendit gravir rapidement les escaliers en sanglotant.

Se forçant à respirer profondément, ignorant le tremblement de son souffle, il sortit sa baguette et se dirigea vers la porte d'entrée de la maison, décidé à lancer des sorts de protection sur l'habitation.

Hermione s'écroula sur le lit, de travers, le visage baigné de larmes. Sa poitrine se soulevait au rythme de ses sanglots.
Elle ne pouvait croire qu'il lui avait dit ça. Et cela signifiait tout, révélait tout ce qu'elle s'était caché depuis un moment déjà.
Elle se sentait blessée, réduite à l'état d'un vulgaire objet sans importance. Jamais elle n'avait eu aussi mal, lui semblait-il à cette instant. Elle se rappela cette jalousie qu'elle avait ressenti quand Ron et Lavande avait été ensemble. Mais cela lui paraissait si loin, et si insignifiant.
Parce qu'alors, elle n'avait pas senti cette déchirure à l'endroit du cœur, insupportable et lancinante.
Mais les paroles et le visage de Rogue tournant dans son esprit finirent par la vaincre, et elle finit par s'endormir.

Rogue avança doucement dans la rue, se concentrant pour ne pas penser à Hermione. Soupirant, il regarda à droite et à gauche. L'endroit s'avérait désert. Il scruta les fenêtres des maisons avoisinantes, mais toutes étaient sombres, les rideaux ou les volets clos.

A l'affût du moindre bruit, Severus leva sa baguette et l'agita gracieusement dans l'air du soir, prononçant des incantations compliquées. Bientôt, la maison fut protégée d'un bouclier invisible mais résistant.

Il rentra ensuite dans la maison, verrouillant la porte derrière lui, et monta doucement les escaliers. Il prit une profonde inspiration et entra dans la chambre.

Lorsqu'il aperçut Hermione endormie en travers du lit, il se passa une main sur le visage. Il contourna doucement le lit et observa le visage d'Hermione.
Il luisait de larmes fraîches.

Severus soupira. Etait-il possible qu'elle se soit attachée à lui, comme lui à elle ?
Car oui, il était obligé de le reconnaître. Il éprouvait bien quelque chose pour Hermione Granger.