Et voici le deuxième !
Revenant
Les escaliers semblaient ne pas avoir de fin. Rogue et Hermione s'enfonçaient sans cesse dans les profondeurs du musée, et une étrange sensation semblait alourdir l'atmosphère. Il n'y avait aucune odeur particulière, mais Hermione commençait à avoir du mal à respirer. Elle entendait Rogue se racler la gorge régulièrement à côté d'elle. Au fil de leur descente, la lumière semblait s'estomper. Plusieurs des néons s'étaient éteints, et ceux qui restaient allumer grésillaient dangereusement.
Enfin, ils arrivèrent devant une lourde porte de métal, bardée de sécurités. Hermione sortit sa baguette, mais elle n'eut pas le temps d'esquisser un geste que le digicode qui fermait la porte explosa. Rogue et Hermione firent un bond en arrière. Le battant s'ouvrit tout seul, et les dernières lampes sautèrent.
- Qu'est-ce que vous avez fait ? s'exclama Rogue.
Hermione toussa à cause de la fumée qui s'était dégagée de l'explosion. Ses yeux se mirent à la piquer.
- Je n'ai rien fait du tout ! se défendit-elle entre deux quintes de toux.
Hermione toussa encore un peu et posa sa main sur sa poitrine. Les deux sorciers enlevèrent la cape. Après tout, les caméras devaient elles aussi être hors d'usage, et ils étaient cachés par un épais rideau de fumée âcre. Et la cape ne serait pas pratique pour chercher le livre… Hermione devina que la magie qui émanait du livre en question, ajoutée à celle qui coulait dans les veines de Rogue et d'elle-même, avait dû avoir raison du système électrique… La jeune femme rangea avec soin la cape dans son sac, puis, prudemment, elle et Rogue franchirent le seuil de la salle des archives.
Hermione eut un court instant l'impression que sa tête allait imploser. Elle comprit immédiatement ce qu'il se passait.
- La magie du livre…, murmura-t-elle à Rogue. Vous la sentez ?
Il acquiesça.
- Cet objet renferme une incroyable dose de Magie Noire…, ajouta-t-il.
Il porta sa main à son avant-bras gauche. Hermione regarda au plafond. Pas une lampe ne fonctionnait, et la pièce n'était éclairée que par quelques lucarnes, percées en haut des murs, à une bonne dizaine de mètres du sol. De la poussière et de la fumée apparaissaient dans les pâles faisceaux lumineux.
La jeune femme se concentra pour détailler la pièce. Evidemment, les archives étaient immenses, et lui faisaient penser à la salle où étaient conservées les prophéties, au Ministère. D'immenses étagères croulaient sous les caisses et emballages minutieusement classés et étiquetés. Les rayonnages formaient un immense labyrinthe.
- Ne nous attardons pas…, dit soudain Rogue d'une voix glaciale. Si jamais Bellatrix parvient à nous localiser…
Hermione déglutit. Elle regarda autour d'elle.
- Par là.
Elle désigna une allée au hasard.
- Nous pourrons trouver facilement le livre, en nous concentrant sur ce que l'on ressent, ajouta-t-elle.
Elle se mit à avancer, Rogue la suivant de près. Tous leurs sens étaient aux aguets, cherchant à déceler les bruits, ou une ombre, et à évaluer le niveau de magie qui émanait du livre.
A mesure qu'ils progressaient dans l'allée, l'air paraissait devenir de plus en plus lourd. Hermione eut soudain peur que l'ancienne Magie que contenait le livre ne fasse une sorte de réaction avec leur magie à eux…
Ils approchaient du but, ils le sentaient. Mais, alors qu'Hermione s'apprêtait à tourner au coin d'une allée, elle se fit violemment projetée sur le sol.
Son cœur parut s'échapper de sa poitrine. Elle tourna brutalement la tête. C'était Rogue.
Elle ouvrit la bouche pour lui faire des reproches, mais il plaqua sa main sur le visage d'Hermione, les sourcils froncés. Hermione se débattit. Il la remit en position assise, puis la poussa derrière une caisse de bois.
- Nous ne sommes pas seuls…, chuchota-t-il à l'oreille de la jeune femme.
Le sang d'Hermione ne fit qu'un tour. Voilà. Bellatrix avait sûrement fini par les retrouver. Elle allait s'emparer du livre, et y trouverait des formules horribles pour plier Hermione à ses volontés…
Elle tendit l'oreille, essayant de distinguer un son au-delà des battements effrénés et assourdissants de son cœur. Rien.
Rogue lui fit signe d'avancer. Ils rampèrent à quatre pattes derrière une rangée de caisses qui les dissimulait de quiconque pouvait se trouver dans l'allée.
Soudain, un bruit.
Hermione se figea, et tourna la tête vers Severus, qui se trouvait derrière elle. Elle faillit hurler en apercevant derrière son collègue un large cercueil de verre d'où les contemplait une momie égyptienne. Elle prit une profonde inspiration pour se calmer, tentant de se raisonner. Severus leva un sourcil, regarda d'un air neutre la momie, puis se tourna de nouveau vers sa collègue en posant son index sur sa bouche.
La magie qui pesait dans l'atmosphère s'était faite encore plus présente. Le livre était là, tout près… Hermione, jetant un regard entendu à Rogue, se dressa prudemment sur les genoux pour pouvoir observer ce qui se trouvait par-delà la caisse. Lorsque le reste de la salle des archives entra dans son champ de vision, un choc lui secoua l'estomac, et sa mâchoire inférieure sembla se détacher de sa tête.
Là, devant elle, sur un promontoire, se trouvait le livre. Et là, penché au-dessus du livre, le visage amaigri et transpirant, les joues recouvertes d'une barbe de trois jours, se trouvait Drago Malefoy.
La jeune femme se laissa tomber derrière la caisse, les mains sur la bouche.
- Par Merlin…, souffla-t-elle d'une voix aiguë.
Rogue la regarda étrangement, sourcils froncés. Il se redressa à son tour et regarda par-dessus la caisse. Hermione vit les yeux de son collègue s'écarquiller, et sa mâchoire se crisper.
Elle se remit de nouveau sur ses genoux et regarda encore. Pas de doute, c'était bien Drago Malefoy.
Il avait les mains appuyées de chaque côté du pupitre où siégeait le livre, et avait la tête penchée au-dessus. Ses traits étaient contractés, et il avait l'air de vouloir pleurer. Que faisait-il ici ? Etait-il lui aussi possédé par Bellatrix ? Voulait-il le livre ?
Hermione sursauta lorsqu'elle sentit la main de Rogue enserrer fortement son épaule gauche. Elle se tourna vers lui. Rogue, la mâchoire crispée, fit un mouvement de tête pour lui indiquer d'avancer. Hermione obtempéra. Ils rampèrent entre des caisses et des emballages. Il fallait qu'ils prennent Drago par derrière. Peu importe ce qu'il faisait là, il ne devait pas s'emparer du livre avant eux.
Hermione, une fois à l'abri derrière une étagère à laquelle Malefoy tournait le dos, sortit sa baguette. Rogue la rejoignit et fit de même. Epaule contre épaule, ils écoutèrent un instant. Le sang d'Hermione battait à ses tempes. Il y eut un sanglot étouffé.
Hermione fronça les sourcils. Elle lança un regard à Severus, ne sachant que faire. Il ne l'aida pas. Alors, prenant sa décision, Hermione fit un pas de côté et regarda derrière l'étagère. Elle s'appuya contre le bois d'un des étages du meuble. Un craquement retentit soudain dans le vieux matériau. Et Malefoy se retourna brusquement. Ses yeux gris et torturés croisèrent ceux d'Hermione. Son visage passa immédiatement du désespoir à l'ahurissement, puis à une haine terrible.
Il sortit brutalement sa baguette.
Hermione sentit deux mains puissantes la tirer en arrière au moment même où un puissant rayon de lumière rouge heurtait l'étagère. Plusieurs caisses chutèrent et s'écrasèrent à l'endroit où s'était tenue Hermione quelques secondes plus tôt, et leur précieux contenu se brisa en mille morceaux sur le sol. Hermione tomba en arrière et s'effondra sur des caisses, se plantant une écharde dans la joue au passage. Elle ne put retenir un cri. En grimaçant, elle se dépêcha de se relever. Rogue était allongé à côté d'elle, les pointes de ses cheveux maculées de poussière. Il se redressa vivement et empoigna Hermione par l'avant-bras. Un nouveau sortilège frappa à quelques mètres d'eux, faisant voler des caisses en éclats. Rogue poussa sans ménagement Hermione derrière une étagère et brandit sa baguette. Hermione crispa les dents. Qu'il ne compte pas sur elle pour rester là à ne rien faire !
Elle leva sa baguette et se remit debout, ignorant l'écharde qui lui piquait la joue. Elle entrevit Malefoy à travers l'un des rayonnages. Elle lança un sortilège informulé, mais le rata de peu. Drago se tourna brutalement vers elle et l'aperçut. Un sort claqua, mais Hermione bondit à temps sur le côté. Elle s'affala dans les débris d'une caisse et se coupa la main sur des débris de verre. Tournant la tête, elle aperçut le bas du pantalon de Rogue alors qu'il contournait une étagère. Il y eut une déflagration, puis le bruit d'un corps qui tombe au sol. Hermione poussa un glapissement. Si Malefoy avait fait du mal à Severus…
Elle courut vers l'endroit où elle avait vu Rogue, et souffla de soulagement. La baguette encore levée, Severus se dressait au-dessus du corps inerte de Malefoy, stupéfixé sur le sol jonché de débris.
- Vite ! s'exclama son collègue. La sécurité risque de débarquer d'un instant à l'autre ! Il faut partir ! Immédiatement !
- Mais Harry et Ron…, commença Hermione.
- Nous n'avons pas le temps pour leurs idioties ! Votre bras, Hermione !
Celle-ci regarda de tous côtés. Elle aperçut le livre à quelques mètres d'elle. Elle se précipita dessus et la saisit. Elle manqua de le lâcher quand une brûlure lui irradia la main. Le rire de Bellatrix lui vrilla le cerveau. Hermione comprit que le livre réveillait la Magie Noire qu'elle portait en elle. Résistant à la douleur, elle se dépêcha de revenir vers Rogue et lui saisit le bras.
Hermione se sentit aspirée par le nombril, tandis que la salle des archives se mettait à tourner autour d'elle. Une horrible sensation d'écrasement lui parcourut le corps, et quelques secondes plus tard, elle atterrit douloureusement dans de l'herbe trempée.
Elle lâcha immédiatement le livre et observa sa main. En plus de sa coupure, une marque de brûlure avait rougi sa peau. Elle releva la tête et vit le portail de Poudlard, à quelques mètres d'elle. Et, juste en face d'elle se tenait Rogue, déjà debout au-dessus du corps de Malefoy.
Evidemment, il l'avait amené. Comme devinant ses pensées, Rogue marmonna :
- Trop précieux pour le laisser filer… Je vais me faire une joie de lui délier la langue…
Sa voix était dure et glaciale. Hermione sentit une horrible appréhension lui nouer la gorge. Qu'allaient-ils apprendre de Malefoy ? Et le livre, malgré le danger qu'il représentait, pourrait-il les aider et permettre de lever le sort qui pesait sur Hermione ?
De plus, il fallait qu'elle songe à prévenir Harry et Ron, ainsi que sa grand-mère… Mais il y avait beaucoup plus urgent pour l'instant.
Hermione regarda Rogue faire léviter le corps toujours stupéfixé de Malefoy. Il fit signe à sa collègue de le suivre. Celle-ci retira sa veste et enveloppa le livre dedans, afin de ne pas être directement en contact avec l'objet. Le froid mordit ses bras nus, mais elle se dépêcha de suivre Rogue. Ils franchirent le portail de Poudlard. A chacun de ses pas, Hermione sentait une douleur vriller sa main blessée. Elle la pressa contre son tee-shirt afin de stopper le saignement.
- Vous pensez qu'il nous dira quelque chose ? demanda Hermione à Rogue tendit qu'ils remontaient l'allée jusqu'au château.
- Ne connaissez-vous pas cette magnifique aide qu'est le Veritaserum ?..., répondit-il d'une voix basse.
- Oh… Oui, bien sûr…
Elle baissa les yeux sur le visage pétrifié de Malefoy, coupé en divers endroits. Des cernes violacés s'étendaient sous ses yeux. Ses joues étaient creuses, sa peau aussi pâle que celle d'un cadavre. Hermione sentit la pitié l'envahir. Elle était persuadée que sur ce visage se peignait en fait les marques de sa fuite, de la traque que Bellatrix avait dû mener contre lui. Hermione se souvenait des bribes de conversation que Severus et elle avaient entendues entre Bellatrix et ses Mangemorts. Qu'elle voulait trouver Drago…
Ils atteignirent la majestueuse porte du château. Hermione l'ouvrit lentement. Si jamais un élève s'y trouvait, ils devraient trouver une autre entrée. Heureusement, le grand hall était désert. Rogue et Hermione y entrèrent. Ne pensant même pas à aller voir McGonagall pour la prévenir de leur retour, ils s'engagèrent immédiatement dans les escaliers des cachots.
Ils entrèrent dans le bureau de Rogue. Celui-ci laissa tomber le corps inerte de Malefoy sur le sol de pierre, puis se dirigea vers ses étagères. Hermione, quant à elle, posa le livre sur le bureau. Elle fut soulagée de constater que dans Poudlard, où les lieux regorgeaient d'ondes magiques, l'aura malsaine du livre semblait étouffée. Elle n'osa cependant pas reposer ses doigts directement sur l'objet, de peur de se brûler de nouveau. Elle releva la tête quand elle entendit un tintement de verre. Rogue s'approchait du corps de Malefoy, une petite fiole dans la main. Il s'arrêta à la hauteur de sa collègue et la sonda de ses yeux sombres. Il regarda sa main sanglante et brûlée, puis son tee-shirt où Hermione avait frotté sa main alors qu'ils se rendaient au château et où s'étalait une grosse trace rouge. Puis ses yeux s'arrêtèrent sur la joue d'Hermione, où se trouvait encore son écharde. Il fit un pas vers elle. Hermione sentit son cœur s'agiter, inexplicablement. Il esquissa un mouvement pour lever sa main, mais son élan mourut et son bras retomba le long de son corps.
- Vous devriez l'enlever…, dit-il froidement. Si vous ne voulez pas d'une belle infection…
Il leva un sourcil tandis qu'Hermione portait sa main à sa joue et grimaçait de douleur. Sans rien ajouter, il se baissa, posa un genou sur le torse de Malefoy et le ranima d'un coup de baguette. Juste avant qu'il ne puisse se débattre, Rogue lui versa la fiole dans la bouche et lui souleva le menton pour le faire avaler. Drago toussa plusieurs fois. Rogue agita sa baguette et des cordes vinrent lier les poignets du jeune homme. La Maître des Potions se releva ensuite et agita de nouveau sa baguette. Drago fut brutalement projeté sur un fauteuil, et des cordes l'y maintinrent attaché. Mais Malefoy ne semblait pas en état de protester. Hermione aperçut un filet de sang qui coulait à sa tempe, sûrement dû à leur affrontement dans le musée.
- Il faudrait peut-être le soigner un peu avant…, tenta Hermione.
Rogue se tourna lentement vers elle.
- Après les questions…, répondit-il très bas. Mais seulement si ses réponses se montrent satisfaisantes…
Hermione parut choquée. Elle n'aimait pas Malefoy, mais elle n'aimait pas voir souffrir… Cependant, elle pensa que Rogue devait détester Malefoy, lui aussi. Après tout, il avait maquillé le crime de Dumbledore en une aide de Drago, il avait risqué sa vie en faisant le Serment Inviolable. Et la famille Malefoy avait réussi à s'enfuir, tandis que lui, Rogue, avait manqué se faire tuer pour la Baguette de Sureau…
Hermione n'ajouta rien. Dans la pénombre des cachots, le visage de Rogue était noyé par les ombres, le rendant intimidant. Et elle appréhendait cet interrogatoire. Elle se recula et s'appuya au bureau de Rogue.
Son collègue la suivit des yeux, puis, soudainement, se précipita vers le fauteuil de Malefoy et plaça ses mains sur les accoudoirs.
- Monsieur Malefoy…, susurra-t-il. Vous voudrez bien vous montrez coopératif durant un petit instant…
Ce n'était pas une question. Drago devait à présent être entièrement sous l'emprise du Veritaserum. Il ne bougea pas. Rogue lui attrapa violemment le menton.
- Etes-vous possédé par Bellatrix Lestrange ? siffla-t-il.
Malefoy lui lança un regard de mépris pur, mais où se lisait une pointe de peur. Il nia de la tête. Un rictus déforma la bouche de Severus.
- Voilà un bon début…, continua-t-il de sa voix doucereuse. Maintenant, vous allez me dire pourquoi vous vouliez ce livre.
Les yeux de Rogue se posèrent une fraction de seconde sur la veste d'Hermione avant de revenir à Malefoy.
- Ca ne vous regarde pas ! s'exclama Malefoy.
Hermione, bien qu'un peu éloignée des deux sorciers, aperçut les jointures des phalanges de Rogue blanchir alors qu'il resserrait sa poigne sur le menton de Malefoy. Il approcha son visage de celui du jeune homme. Les muscles du cou de celui-ci étaient tendus. Il haletait.
- Je n'ai rien à vous dire !
Rogue fit doucement claquer sa langue à plusieurs reprises sur son palais.
- Oh, mais bien sûr que si…, susurra Rogue. Vous avez une quantité de choses à nous raconter, j'en suis sûr… Vous êtes sous l'emprise du Veritaserum… Vous pourrez toujours tenter de repousser le moment de votre réponse, mais vous ne pourrez pas mentir…
Il appuyait sur chacun de ses mots, les ancrant dans l'esprit de Malefoy. Celui-ci déglutit.
- Je voulais sauver mon frère…, murmura Drago d'une voix rauque.
Le cœur d'Hermione fit un bond dans sa poitrine. Elle s'écarta du bureau et s'approcha des deux hommes. Elle croisa le regard de Malefoy.
- Ne t'approche pas de moi, Sang-de-Bourbe ! cracha-t-il.
Il reçut une gifle de Rogue en plein dans l'os de la mâchoire. Le jeune homme tourna la tête et cracha du sang sur le sol.
- Severus ! s'exclama Hermione sur un air de reproche.
Cependant, au regard que Rogue lui lança, elle comprit qu'elle n'avait pas pris un ton assez convaincant…
- Où est votre frère ? continua Rogue en agrippant Malefoy par le devant de sa chemise tachée de sang et de sueur.
Les yeux de Malefoy s'agrandirent.
- Ici, à Poudlard, vous le savez très bien ! répondit-il.
Rogue et Hermione se regardèrent. Drago avait dit la vérité. Ou plutôt, ce qui était la vérité pour lui. Rogue décida de ne rien lui dire pour le moment. Mais ce n'était pas l'avis de Malefoy.
- Pourquoi me posez-vous cette question ? s'exclama-t-il d'une voix terrifiée. Où est-il ?
Ses yeux brillèrent.
- Plus tard…, répondit Rogue.
- Mais…
- Plus tard! Ce n'est pas vous qui posez des questions !
Malefoy, les lèvres pincées et tremblantes, les yeux brûlant de fureur, déglutit.
- Où est Bellatrix ? interrogea Hermione, jugeant bon d'intervenir.
Drago lui lança un regard méprisant, mais il aperçut la main de Rogue. C'est d'une voix profondément dédaigneuse qu'il répondit :
- Je ne sais pas…
- Et Narcissa ? reprit Rogue.
Hermione fronça les sourcils. C'était vrai, après tout… Qu'était devenue Narcissa ? La brillance des yeux de Malefoy s'accentua, mais les traits de son visage demeuraient contractés.
- Ca vous plait, hein ? dit-il d'une voix haineuse mais peu assurée. Vous aimez bien savoir…
Hermione soupira.
- Elle est…morte ?
Des larmes roulèrent sur le visage livide de rage de Drago.
- Oui, Granger. Elle est morte.
Hermione guetta la réaction de Rogue. Il demeura de marbre. La jeune femme fut prête à parier qu'il s'en doutait. A vrai dire, elle aussi avait pensé plusieurs fois à cette hypothèse…
Elle se passa une main derrière la tête, puis observa le filet de sang qui coulait toujours du front de Malefoy. Elle retourna vers ses affaires et en sortit un mouchoir. Elle s'approcha de Malefoy et s'apprêta à lui éponger le front, mais il lui lança un regard si haineux qu'elle s'abstint de tout geste.
- Ne t'avise pas de me toucher…
- Très bien…, répondit Hermione d'un ton dégagé en fourrant son mouchoir dans sa poche.
- Où avez-vous appris l'existence de ce livre ? demanda Rogue.
Malefoy pinça les lèvres.
- Une conversation dans l'Allée des Embrumes.
Rogue fronça les sourcils. Il sortit sa baguette de sa poche.
- Vous risquez de nous être encore utile. Mais pas pour le moment. Merci de votre…aide, Monsieur Malefoy.
Et sur ces mots, il le stupéfixa. Il défit les liens qui maintenaient le jeune homme au fauteuil. Puis il le fit léviter et sortit de son bureau sans rien dire à Hermione. Il revint deux minutes plus tard, seul, et la jeune femme en déduisit qu'il avait dû enfermer Malefoy dans un des cachots. Il se posta face à Hermione et tous deux se regardèrent en silence.
- Soignez-vous, dit soudain Rogue.
Hermione soupira.
- Vous venez d'interrogez Malefoy, on apprend qu'il n'a rien à voir dans tout ça, qu'il cherche son frère, que la rumeur du livre courait dans l'Allée des Embrumes et que sa mère est morte… On devrait en discuter… Et vous me demandez de me soigner ?
Rogue eut un sourire moqueur.
- C'est vrai que chez vous, vie et santé sont d'une importance secondaire… Essayez au moins d'être plus présentable.
Hermione haussa un sourcil. Elle se détourna de Rogue et s'approcha d'une fenêtre. Elle comprit ce que Rogue voulait dire.
D'après le reflet un peu flou que lui renvoyait le verre, elle put voir que son visage était constellé de petites coupures et égratignures. L'écharde plantée dans sa joue était entourée d'un hématome.
Elle poussa un grognement. Portant sa main à sa joue, elle se tourna de nouveau vers Rogue.
- Auriez-vous un miroir, par hasard? demanda-t-elle.
Ce serait toujours plus pratique qu'une fenêtre… Rogue redressa le menton, puis poussa un soupir excédé. Il s'approcha ensuite de sa collègue. Hermione fronça les sourcils. Qu'allait-il encore…
- Tournez-vous face à la lumière, dit-il.
Hermione déglutit. Elle s'exécuta, se tournant vers une des torches qui éclairait la pièce. Il devait être midi, mais peu de lumière passait pas la fenêtre où Hermione avait contemplé son reflet. Rogue fit un pas vers elle. Hermione l'observa. Elle vit les yeux de son collègue se promener sur son visage. Lentement, il avança sa main gauche vers la tête d'Hermione et glissa ses longs doigts sous le menton d'Hermione, qu'il souleva doucement. Puis, il inclina la tête d'Hermione pour pouvoir regarder l'écharde. Un violent frisson secoua l'échine d'Hermione lorsqu'elle sentit le souffle de Rogue sur sa joue.
Elle sentit les doigts de son collègue effleurer sa peau. Le cœur d'Hermione s'accéléra dans sa poitrine. Elle se mordit violemment la lèvre quand il tira sur l'écharde. Les larmes lui vinrent aux yeux, et elle poussa un soupir de soulagement lorsque Rogue parvint à extirper l'écharde de sa joue.
Mais Rogue ne lui lâcha pas immédiatement le menton. Hermione tourna doucement sa tête vers lui. Elle lisait l'hésitation sur son visage. Il recommençait à détailler son visage, et une petite voix narquoise dans la tête d'Hermione lui certifiait qu'il ne regardait pas l'état de ses égratignures… Soudain, les yeux noirs de Rogue croisèrent les yeux bruns d'Hermione.
- Merci, je…, commença-t-elle.
- Vous avez encore un hématome, la coupa-t-il.
Hermione sentit la caresse des doigts de Rogue à l'endroit où s'était tenue l'écharde. Son cœur battait maintenant la chamade. Elle se rendit compte qu'elle ne voulait pas que Rogue retire sa main. Et c'est justement ce qu'il ne fit pas. Sa main descendit le long de la joue de sa collègue, suivit l'os de sa mâchoire, avant de se poser dans le cou d'Hermione. Celle-ci s'avança. Ils étaient si près l'un de l'autre…
Severus se retira soudain. Son visage redevint parfaitement impénétrable.
Hermione se racla la gorge, troublée. Puis elle sortit sa baguette et la pointa sur sa main blessée. Elle murmura un sort et la plaie se referma. Rogue fronça les sourcils.
- D'où vient cette brûlure ? demanda-t-il.
- Le livre…, répondit Hermione. J'ai été blessée quand je l'ai attrapé pour le transplanage. La magie qui s'en dégage est effrayante…
Elle soupira.
Rogue la toisa.
- Suivez-moi, dit-il soudain.
Hermione le regarda curieusement, et ils sortirent du bureau.
Voilà, j'espère que ça vous a plu ! N'hésitez pas à me laisser votre avis !
