Bonjour à tous !
Eh bien… Je ne sais pas quoi vous dire. Je suis impardonnable de vous avoir abandonnés ainsi, et je ne vous demande pas de m'excuser. Pas très sérieux de ma part, je le sais bien…
Il serait temps de recommencer les publications ! Je vous poste trois chapitres, aujourd'hui !
Je tiens à remercier tous ceux qui m'ont laissé des reviews, et tous ceux qui m'ont lue. Si certains ont abandonné la fic, je les comprends… Je l'ai laissée en plan vraiment longtemps.
Si vous voulez reprendre la lecture, je vous fais un petit résumé : Hermione, en danger, menacée par la possession que Bellatrix peut à tout moment exercer sur elle, doit trouver une solution. Avec Rogue, elle part à la recherche d'un vieux grimoire, abrité dans un musée moldu, et censé contenir un remède au malheur d'Hermione… Sur place, ils retrouvent Drago Malefoy, en fuite. Ils parviennent à embarquer celui-ci à Poudlard et essaye de le faire parler concernant son frère Otacus et Bellatrix.
De nombreux obstacles attendent Rogue et Hermione. Ouvrir le Livre, d'abord. Mais aussi, affronter les sentiments qui naissent entre eux…
Le Livre
Hermione fit un pas dans le couloir et se prépara à suivre Rogue, mais celui-ci s'arrêta. Il regarda Hermione, un sourcil levé.
- Quoi ? demanda la jeune femme.
- Vous n'avez pas l'impression d'oublier quelque chose ? répondit-il.
Hermione se tourna et regarda l'intérieur du bureau. Elle aperçut sa veste. Sa veste où était emmitouflé le livre.
- Oh…
Elle récupéra l'objet et repartit à la suite de Rogue. Celui-ci ferma la porte de son bureau d'un coup de baguette magique. Ils longèrent le couloir des cachots, lesquels semblaient devenir de plus en plus froids et de plus en plus humides à mesure qu'ils avançaient. Soudain, Rogue s'arrêta devant une lourde porte. Il agita sa baguette en de grands et gracieux gestes, prononçant des incantations du bout des lèvres. Hermione le regarda faire avec attention. Il y eut un déclic, et la porte s'ouvrit. La jeune femme fronça les sourcils.
Son collègue entra dans la pièce, et Hermione l'y suivit. La porte se referma derrière elle. Elle scruta les lieux, légèrement mal à l'aise. Nul doute qu'elle venait de franchir le seuil des appartements de Rogue…
Hermione et Severus se trouvaient à l'instant dans un grand salon. A l'image de son propriétaire, il était sombre, éclairé seulement de quelques torches. Il y avait bien des sortes de soupiraux percés près du plafond, mais la lumière qu'ils apportaient était moindre. La pièce n'était pas négligée, mais pas soignée pour autant. Les meubles au centre du salon, qui consistaient en deux fauteuils, un canapé et une table basse, siégeaient devant une grosse cheminée de pierre noircie, et semblaient avoir été disposés sans aucune attention particulière. Le sofa et les fauteuils paraissaient vieux, et se tenaient ici depuis un bout de temps, à n'en pas douter. Ils avaient cependant l'air d'être en bon état, comme si on ne s'y était presque jamais assis. Au fond de la pièce se dressait une bibliothèque de livres anciens. Il y avait aussi deux portes, donnant probablement sur la chambre et la salle de bains. Un large buffet d'ébène, sur lequel reposaient deux vieux chandeliers d'argent ternis, se trouvait entre les deux battants.
Rogue s'approcha d'une des portes, l'ouvrit et entra dans la pièce sombre qu'elle refermait, sans rien dire. Hermione, à présent seule, détailla un peu le salon froid dans lequel elle se tenait, puis baissa les yeux sur sa veste, ses pensées vagabondant sur le livre et ses secrets. Elle sursauta lorsque Rogue ressortit de la pièce et revint dans le salon. Il avait délaissé ses vêtements moldus et avait revêtu ses éternelles robes noires ainsi que sa longue cape.
Hermione se racla la gorge machinalement.
- Comment allons-nous nous y prendre ? demanda-t-elle à Rogue en regardant sa veste.
- Avec prudence…, répondit Rogue doucement. Apportez-le ici.
Il montra la table basse.
Hermione prit une profonde inspiration, s'avança et déposa le livre sur la table. La jeune femme avait, bien sûr, toujours adoré les livres. Apprendre grâce à eux, sentir le vieux parchemin sous ses doigts et l'odeur des pages… Elle savait que ce livre contenait d'immenses connaissances… Des connaissances terrifiantes, qui les dépassaient certainement, elle et Rogue. Des connaissances qui permettraient avec un peu de chance de la sauver de l'emprise de Bellatrix. Mais, pour la toute première fois, Hermione eut peur d'ouvrir un livre. Parce qu'elle craignait de ne pas trouver ce qu'elle cherchait. Parce qu'elle craignait de trouver des choses plus immondes les unes que les autres… Et parce qu'elle craignait l'objet en lui-même, imbibé de Magie Noire…
Rogue, l'air sombre, s'approcha du livre, baguette brandie. Il se tourna soudain vers Hermione.
- Vous dites que…vous vous êtes brûlée ? demanda-t-il.
Hermione acquiesça. Elle lui montra la paume de sa main. Rogue y promena un regard expert. Hermione ne put s'empêcher de remarquer que son collègue ne paraissait pas vouloir saisir sa main pour pouvoir l'observer de plus près…
- La brûlure semble ne pas vouloir vous nuire…, murmura-t-il après son inspection. Mais cela abolit définitivement toute tentative de contact direct…
Il agita sa baguette et la veste d'Hermione se retira du livre, tombant sur le sol. La jeune femme fronça le nez. Il y avait comme une désagréable odeur de… Elle poussa un petit cri.
- Ma veste a brûlé !
Elle se précipita vers le vêtement. Mais au moment où elle allait s'en emparer, une main forte lui bloqua le poignet.
- N'y touchez pas ! cria Rogue.
Hermione se recula immédiatement. Les deux sorciers regardèrent le livre d'un air anxieux. Hermione, lentement, contourna la table basse, et se retrouva ainsi en face de Severus. Tous deux se trouvaient donc d'un côté de la table, le livre entre eux. La jeune femme s'agenouilla et plissa les yeux, comme pour mieux détailler le livre.
- Surtout, n'y touchez…, commença Rogue.
- Je sais, le coupa Hermione. J'ai cru comprendre.
Elle pencha la tête sur le côté et scruta la couverture du livre en contact avec la table basse. Ses yeux s'agrandirent.
- Severus…, commença-t-elle d'une voix blanche.
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'une flamme jaillit de l'objet ensorcelé. Hermione bondit en arrière et s'écroula sur le sol, son cœur tambourinant dans sa poitrine. Rogue avait lui aussi reculé dans un sursaut.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? s'écria Hermione.
La flamme, d'un rouge écarlate, grandit jusqu'à atteindre le plafond, se tordant dans une danse menaçante, tandis qu'une chaleur infernale emplissait la pièce.
Hermione tâtonna fébrilement sa poche à la recherche de sa baguette, n'osant pas lâcher le feu des yeux. A travers la flamme, elle aperçut la silhouette de Severus. Il cria quelque chose. Il y eut un bruit de liquide et Hermione poussa un cri lorsqu'une énorme quantité d'eau glacée lui tomba dessus, éteignant la flamme au passage.
Affalée sur le sol, dégoulinante, la jeune femme crachota un instant l'eau qui lui était entrée de force dans le nez et la bouche. Puis elle se remit lentement en position assise, bouche bée, frigorifiée, le cœur battant. De l'autre côté de la table basse se trouvait Rogue, baguette encore brandie dans la direction du livre, et donc dans celle d'Hermione. La jeune femme bondit sur ses jambes sans faire attention à son collègue, et se pencha sur le livre.
- J'espère qu'il n'est pas endommagé ! s'exclama-t-elle, paniquée à la vue de l'objet détrempé.
Mais alors qu'elle disait ces mots, la couverture du livre sembla s'assécher. Hermione fronça les sourcils. Les pages se mirent à éponger l'eau qui luisait sur la table, mais l'objet demeurait sec.
- Il aspire la magie contenue dans l'eau projetée par mon sort…, déclara soudain Rogue d'une voix basse. La magie, même si elle n'est pas Noire, doit sûrement le fortifier…
Il raidit ses doigts sur sa baguette, réfléchit un instant. Puis il murmura quelque chose et le livre fut bientôt englobé dans une grosse bulle qui se mit à flotter à quelques centimètres au-dessus de la table basse, dont le plateau était à présent noirci. Ainsi, l'objet n'était plus en contact avec quoi que ce soit, et ne risquait pas de se remettre à flamber…
Hermione observa la sphère. Elle papillonna des yeux pour chasser les gouttelettes accrochées à ses cils, tandis qu'une goutte d'eau se décrochait du bout de son nez. Un peu secouée, elle se laissa tomber dans le fauteuil derrière elle tout en ramenant ses cheveux ruisselants d'eau froide dans son dos. Mais le fauteuil avait lui aussi reçu l'eau du sort de Rogue, si bien que le corps trempé de la jeune femme s'affalant dans le cuir mouillé produisit un son de glissement. Hermione se redressa aussitôt.
- Désolée…, marmonna-t-elle.
- C'est moi…, répondit Rogue dans un souffle, d'un air sombre alors qu'il regardait sa collègue.
Ses yeux fixaient le corps d'Hermione. Celle-ci se rendit compte que son tee-shirt, trempé, était devenu quasiment transparent. Elle rougit, en voulut un peu à Rogue, et se dépêcha de serrer ses bras autour d'elle. Le Maître des Potions déglutit et détourna les yeux. Mais Hermione vit ses prunelles se diriger encore une fois vers elle…
Ils se firent face un instant sans rien dire. Hermione, horriblement mal à l'aise, n'osait même pas soutenir le regard de Severus, qu'elle sentait posé sur elle.
L'eau de l'Aguamenti que le Maître des Potions avait lancé sur le livre pour en éteindre le feu était vraiment glaciale, si bien qu'Hermione se mit bientôt à grelotter, tandis qu'elle serrait davantage ses bras autour de son corps. Elle sentait ses cheveux dégouliner dans son dos. Rogue s'avança alors vers elle lentement, comme mesurant chacun de ses pas, comme au prix d'un énorme effort. Sa collègue le suivit des yeux, frissonnante. Severus la voyait trembler, et il remarquait ses joues rougissantes.
- Attendez…, murmura-t-il.
Les traits du visage tendus, ses yeux noirs insondables, il défit lentement sa cape. Hermione ne bougea pas, presque tétanisée par ce qu'elle voyait. Rogue enleva son long vêtement et passa derrière la jeune femme. Délicatement, il le déposa sur les épaules tremblantes de sa collègue. Celle-ci vacilla un peu sous le poids de la cape. Les commissures des lèvres de Rogue se contractèrent. Il leva sa baguette et l'agita en direction de la cheminée, où un feu naquit aussitôt, illuminant un peu la pièce sombre de lueurs vacillantes. Hermione prit une inspiration tremblante. La cape de Rogue était tiède…
Se ressaisissant, Hermione se dépêcha d'aller s'asseoir devant la cheminée, ayant ainsi une excuse pour ne pas se tenir face à Rogue dans un silence gênant. Une douce chaleur commença à l'envelopper, mais elle resserra la cape de Rogue autour d'elle. Ses yeux se perdirent dans les flammes, tandis que de multiples questions lui venaient à l'esprit. A propos du livre, et à propos de Malefoy… Qu'allaient-ils bien pouvoir faire, pour l'un comme pour l'autre ? Elle se retourna soudain, se disant qu'il valait mieux en parler à Rogue. Elle sursauta en le voyant s'approcher, tenant deux petits verres remplis d'un liquide brun doré. Du whisky Pur-Feu.
Severus tendit l'un des verres à Hermione. Celle-ci grimaça.
- Vous n'auriez pas plutôt…euh… du thé ?
Elle se sentit idiote. Franchement, combien de fois, au cours de sa vie, Rogue avait-il offert quelque chose à boire à quelqu'un ? Elle était sûrement l'une des seuls, sinon la seule, à avoir eu droit à pareille attention de la part de cet homme froid…
Rogue la regardait, un sourcil levé.
- Je pense que ceci est la boisson la plus appropriée en cet instant pour vous remettre de vos émotions, Hermione…
La jeune femme sourit un peu et finit par attraper le verre. Elle regarda avec une expression bizarre l'alcool qui s'y trouvait, puis releva les yeux. Elle vit son collègue s'asseoir sur le canapé. Se raclant la gorge, elle se releva en maintenant la cape sur ses épaules et en prenant garde de ne pas renverser son verre. Puis elle alla s'asseoir aux côtés de Rogue.
C'était une bien étrange situation. Tous deux, dans les appartements de Rogue, assis sur le même canapé de cuir, les yeux rivés sur les flammes de la cheminée, un verre de whisky à la main, un livre maléfique lévitant juste devant eux.
Elle, trempée jusqu'aux os, emmitouflée dans la cape encore tiède de Rogue.
Lui, buvant lentement l'alcool, les traits de son visage tendus comme sous une souffrance sourde.
Hermione regarda encore une fois dans son verre. Lentement, elle le porta à sa bouche et y trempa les lèvres. La chaleur qui brûla son palais fut telle qu'elle posa immédiatement son verre sur la table basse et se mit à tousser. Ignorant le regard narquois de Rogue, elle décida qu'il valait mieux ne pas toucher à cette boisson, si elle ne voulait pas fondre de l'intérieur, ou se retrouver dans un état second…
Elle leva les yeux vers Rogue.
- Il y a quelque chose que je ne comprends pas…, lui dit-elle.
Rogue s'arracha à la contemplation de la cheminée et observa Hermione. Celle-ci repoussa du doigt les mèches de cheveux mouillées qui collaient à son front. Severus attendit qu'elle poursuive.
- Je veux dire, continua-t-elle en fronçant les sourcils, qu'il est étrange que le livre n'ait pas pris feu au musée, qu'il ait mis du temps à consumer ma veste, pour enfin créer une énorme flamme en quelques secondes…
Rogue but un peu de whisky.
- Les ondes magiques de Poudlard sont puissantes, et comme vous avez pu le remarquer avec l'eau qu'il restait sur la table, le livre se nourrit de la magie qui entre directement en contact avec lui, et la détourne comme il veut, ou plutôt comme il y a été destiné… En entrant dans le château, les pouvoirs du livre ont dû s'amplifier progressivement. D'abord votre veste, puis une énorme flamme…
Hermione soupira.
- Voilà qui complique la situation, n'est-ce pas ? dit-elle d'une voix un peu rauque.
Pas de réponse. Elle replongea ses yeux dans l'âtre et s'emmitoufla encore plus dans la cape de Rogue.
- Mais comment allons-nous le toucher ? continua-t-elle. Et comment pourrons-nous le conserver sans risque ?
Du coin de l'œil, elle vit Severus lever son verre et contempler les flammes de la cheminée à travers le whisky ambré. Puis, il baissa son verre et le posa sur la table basse. Il se tourna enfin vers Hermione.
- Pour l'instant, dit-il d'une voix basse, la bulle dans lequel je l'ai enfermé devrait nous protéger de toute action néfaste. Cependant, elle ne nous permet pas de le toucher.
Hermione fronça les sourcils.
- N'existerait-il pas un sort qui puisse…, commença-t-elle.
- C'est vous le Professeur de Défense Contre les Forces du Mal, la coupa-t-il d'une voix froide.
Hermione soupira.
- Certes…
Elle songea cependant qu'elle n'avait pas assuré de nombreux cours à ses élèves, avec tous ces événements… Elle réfléchit un instant, se creusant la tête, réfléchissant à toute vitesse à tout ce qu'elle avait pu lire, à tout ce qu'elle connaissait, et commença un raisonnement. Au bout de quelques minutes, elle proposa une réponse.
- Je ne sais pas si… Enfin, ça vaudrait peut-être le coup de tenter l'expérience…
Elle prit une profonde inspiration.
- Ce qu'il nous faudrait, dit-elle lentement alors qu'elle cherchait ses mots, c'est un Charme du Bouclier qui nous protégerait nous, en enfermant le livre dans une sorte d'enveloppe maniable, si je puis dire. Ainsi, nous pourrions le toucher, en tourner les pages, sans craindre ses pouvoirs, et sans craindre de l'abîmer. Ce serait comme une seconde peau sur le livre, vous voyez…
- Avez-vous déjà entendu parler d'un tel sort, Hermione ? lui demanda Severus.
Hermione l'observa avant de répondre. La lumière des flammes dansait sur le visage de son collègue, créant des zones d'ombre puis de lumière. Il la contemplait d'un air sombre.
- Non, Severus. Jamais. Mais s'il faut le créer, je me mettrais à la tâche. Ca ne me fait pas peur.
Elle vit les coins de la bouche de Rogue se redresser légèrement. Hermione changea de position sur le canapé, et se rapprocha involontairement de Severus. Il eut un soubresaut, et recula un peu. Hermione fit semblant de ne rien remarquer.
- Votre idée semble…intéressante, dit-il enfin. Mais je vous rappelle que ce livre se fortifie de tout type de magie. Il nous faudrait donc un sort assez puissant pour résister aux pouvoirs du livre, et qui ne le renforcerait pas de manière dangereuse…
Hermione passa une main dans ses cheveux mouillés.
- C'est un casse-tête, murmura-t-elle. Mais nous y arriverons. C'est impératif. Pour moi. Et pour Otacus. Seulement…
Elle se mordit la lèvre.
- J'ai peur de ne pas trouver ce que je veux entre ces pages…, acheva-t-elle.
- Si tel est le cas, répondit Rogue au bout d'un instant, nous continuerons de chercher.
Hermione regarda Severus d'abord avec un air surpris, puis un petit sourire espiègle se dessina sur ses lèvres.
- Vraiment, je ne parviens pas à m'y habituer, dit-elle doucement.
Rogue fronça les sourcils alors qu'il le contemplait. Hermione rit un peu.
- Le mot « nous » dans votre bouche, s'expliqua-t-elle.
Le Maître des Potions ouvrit la bouche pour répondre, mais la referma aussitôt. Il replongea son regard dans l'âtre. Hermione, remontant ses jambes sous elle et s'emmitouflant davantage dans la cape, se mit à détailler le profil de son collègue. Il semblait que la dernière phrase qu'elle avait prononcée l'ait mis dans un état étrange, car elle voyait sa mâchoire se contracter régulièrement.
Ne quittant pas Rogue des yeux, elle appuya sa tête contre le dossier du canapé. Elle se sentait bien… Elle eut soudain envie de dormir. Elle lutta, sachant que Bellatrix pouvait revenir à tout moment. Cette pensée fit apparaître un poids dans sa poitrine.
Mais elle se dit soudain que Rogue était là. Elle se dit qu'il veillerait, qu'il était présent. Elle se dit qu'alors, il ne lui arriverait rien. Elle avait confiance. Elle se sentait en sécurité. Elle se sentait invincible. Quelque chose lui disait qu'après cette nuit où Rogue avait réussi à la sauver, Bellatrix attendrait un peu avant de revenir. Ils avaient trouvé le livre, et peut-être même la solution pour pouvoir l'étudier sans risques. Pour l'instant, tout était bien.
Rassurée, Hermione se laissa donc lentement emporter par le sommeil.
- Hermione…
C'était une voix douce. Une voix grave. Une voix d'homme.
Une lueur orangée dansait sur les paupières d'Hermione. Elle soupira et se tourna un peu dans son sommeil. Elle se sentait si bien…
- Hermione…
Même voix. Impatiente. Un peu agacée.
Hermione se résolut à ouvrir les yeux. Elle était enroulée dans quelque chose de chaud, allongée sur le côté, et sentait sous elle une matière confortable. Devant elle crépitait un feu de cheminée. Il y avait une table basse, et au-dessus flottait une sphère ou se trouvait un livre, et… Tout lui revint brusquement. Les appartements Rogue. Elle s'y était endormie.
Elle poussa un petit glapissement et se redressa brutalement. Elle se retrouva nez-à-nez avec le Maître des Potions. Apparemment, pour être aussi proche, celui-ci avait été penché au-dessus d'elle quelques secondes plus tôt.
- Désolée, dit précipitamment Hermione, le rouge lui montant une énième fois aux joues. Pardon, excusez-moi.
Se mettant rapidement en position assise, elle tenta de remettre de l'ordre dans ses cheveux, mais en vain. Comme ils étaient encore mouillés quand elle s'était endormie, ils avaient pris un pli étrange dû à la position de la jeune femme.
Rogue la regardait étrangement.
- J'ai dormi longtemps ? demanda-t-elle.
Son collègue haussa un sourcil.
- Un quart d'heure, répondit-il.
- Ah…
Il n'avait donc pas voulu la laisser dormir… Evidemment, elle n'était pas chez elle, dans cette pièce… Elle regarda Severus dans les yeux. Il était très proche d'elle, et ne s'était toujours pas reculé. Une de ses mains était posée derrière les jambes d'Hermione, là où il avait pris appui afin de se pencher pour la réveiller.
Ils se regardèrent ainsi, les yeux dans les yeux, dans un silence gênant. Soudain, la cape de Rogue, dont Hermione était toujours recouverte, glissa sur une des épaules de la jeune femme. Elle sursauta et baissa les yeux sur le tissu noir.
- Votre cape, dit-elle, brisant ce silence pesant qui semblait accélérer son pouls. Je vais vous la rendre…
Rogue acquiesça lentement, les lèvres pincées, les yeux fixés sur l'épaule d'Hermione, là où la cape avait glissé. La jeune femme se racla nerveusement la gorge. Elle tenta de se défaire du vêtement, mais elle était tellement emberlificotée dedans qu'elle ne parvint pas à l'enlever.
- Attendez, je vais y arriver…, murmura-t-elle, gênée.
Elle réussit à extirper son bras, mais la cape ne venait toujours pas. Elle se rendit compte que la main de Rogue était appuyée dessus.
- Euh…, fit-elle d'une petite voix. Severus, votre main bloque.
Le Maître des Potions retira précipitamment sa main et se leva brutalement du canapé. Hermione, troublée sans vraiment savoir pourquoi, parvint à se sortir de la cape. Elle se mit debout à son tour, secoua un peu le vêtement et le tendit à son collègue, face à elle.
- Merci beaucoup…, dit-elle doucement.
Il lui fit un petit signe de la tête puis saisit sa cape, qu'il remit sur ses épaules. Hermione se mordit la lèvre en s'apercevant que le tissu était complètement froissé.
- Oh, euh… Attendez…, fit-elle.
Elle fit un pas en avant et, les joues rougissantes, se mit à lisser la cape sur les épaules de Rogue. D'abord d'un geste énergique, puis de plus en plus lentement, alors qu'elle sentait les muscles et la chaleur du corps de Severus sous sa peau. Ses joues s'empourpraient, son cœur s'emballait horriblement. Sa main s'arrêta, mais ne se décolla pas de l'épaule de son collègue. Hermione regarda ses doigts, qui contrastaient avec le noir de la cape. Puis, troublée au plus haut point, elle leva les yeux vers Severus. Son cœur fit un nouveau soubresaut lorsqu'elle aperçut les prunelles de Rogue.
Il n'avait plus ce regard impénétrable et glacial à la fois. Non, loin de là. Il la contemplait d'un regard brûlant, amplifié par les lueurs des flammes qui se reflétaient dans ses yeux onyx. Il paraissait souffrir, ses dents se serraient, ses sourcils se fronçaient.
Hermione déglutit. Elle rompit ce contact visuel, perturbée, mais ne s'éloigna pas de Rogue. Lui, pourquoi ne la repoussait-il pas ? Et elle, pourquoi ne retirait-elle pas sa main ?
Ses doigts se serrèrent un peu sur la cape, puis elle continua de lisser le tissu, très lentement. C'est alors que ses yeux se posèrent sur la cicatrice blanchâtre qui longeait le cou de Rogue. Mue par elle ne savait quel instinct, Hermione remonta sa main sur le tissu, puis, lentement, de l'extrême bout de ses doigts, elle vint effleurer la marque. Rogue tressaillit. Hermione retira sa main, confuse.
- Excusez-moi…, dit-t-elle d'une voix rauque.
Il l'observa, deux charbons ardents à la place des ses iris noirs.
- De quoi ? souffla-t-il d'une voix basse et légèrement chevrotante.
Le cœur d'Hermione sembla faire un autre bond dans sa poitrine, et sa respiration s'accéléra. Les traits de Severus étaient plus tendus que jamais.
Hermione s'aperçut à quel point il était grand. Et imposant. Et pourtant, il semblait en proie à un dilemme extrême dont elle ignorait l'origine. Un dilemme dont les supplices se peignaient sur les traits de son visage.
- Eh bien…, chuchota-t-elle. De vous avoir… Enfin, d'avoir été trop…
Elle se mordit la lèvre, incapable de continuer.
- Proche ? murmura Severus de sa voix basse et caressante.
Le cœur d'Hermione battait la chamade entre ses côtes. Elle se sentait confuse et gênée. A présent, il allait la congédier, car elle avait agi bêtement…
- Un stupide réflexe…, dit-elle gravement.
Rogue fronça les sourcils. Il approcha son visage de celui d'Hermione. Celle-ci sentit son cœur lui remonter dans la gorge. Severus était trop près… Beaucoup trop près… Pourquoi s'avançait-il ? Il aurait dû être en colère de l'audace de la jeune femme, mais pourtant…
Voulait-elle qu'il s'éloigne ? Elle désira un instant se cacher la vérité, mais elle comprit que ça ne servait à rien. Non, elle ne voulait pas se mentir. Elle ne voulait pas qu'il recule. Mais que voulait-il faire, lui, exactement ? Elle plongea son regard dans les flammes des yeux de Rogue, qui la regardait avec une sorte de convoitise douloureuse.
Et elle comprit, lui sembla-t-il.
Une tiédeur s'insinua dans ses veines alors qu'elle le voyait s'approcher, son visage toujours empli d'une souffrance et d'une tension étranges. A la vue de son visage torturé, Hermione déglutit.
- Ne faites rien que vous regretterez…, chuchota-t-elle.
Rogue la regarda étrangement. La douleur sur son visage parut s'accentuer. Hermione avança son visage à son tour. Ils n'étaient séparés que de quelques centimètres.
- Et vous… dit soudain Rogue de sa voix froide. Ne craignez-vous pas les regrets ?
Hermione se rendit compte que tous deux anticipaient, comprenaient ce que l'autre voulait faire. Ils se cachaient leurs propres sentiments, et décelaient ceux de l'autre…
Elle plongea son regard brun dans les yeux noirs de Severus.
- Je regrette seulement d'avoir peur…, répondit-elle tout bas.
Peur de quoi, exactement ? Peur de lui ? Peur de ce qu'elle ressentait ? Peut-être… Sûrement…
Elle s'aperçut que, les yeux rivés dans ceux de son collègue, elle ne parvenait même plus à penser correctement.
Les traits du visage de Rogue se tordirent un peu.
Hermione se demanda pourquoi il semblait tant souffrir. Pourquoi, alors qu'il s'approchait d'elle ainsi, alors qu'il plongeait dans les prunelles d'Hermione son regard brûlant, paraissait-il horriblement tiraillé de l'intérieur ?
Un mot surgit dans l'esprit de la jeune femme.
Lily.
Il l'avait aimée. Mais maintenant ? Que ressentait-il, exactement ?
Elle ne comprenait pas les sentiments ambigus, contradictoires, paradoxaux qui les animaient sans cesse tous les deux. Elle ne comprenait pas, et elle avait horreur de ça.
Rogue avança soudain son visage et approcha sa bouche de l'oreille de la jeune femme. Celle-ci tressaillit quand elle sentit les cheveux de Rogue chatouiller sa joue, son souffle chaud se promener sur sa peau.
- Pourquoi, murmura-t-il à l'oreille d'Hermione d'une voix brisée mais porteuse de légers accents de colère, ne me repoussez-vous pas ?
Hermione, doucement, posa une de ses mains sur l'épaule de Severus. Ses yeux la piquèrent.
- Parce que…, commença-t-elle d'une voix enrouée. Parce que…
La vérité, qu'elle avait si longtemps enfouie au fond d'elle-même, franchit la barrière de ses lèvres.
- …Je ne le veux pas…, acheva-t-elle.
Une unique larme roula sur sa joue. Elle entendit Rogue gémir douloureusement à son oreille. Puis, immédiatement après, Hermione sentit la bouche de Rogue se poser sur la peau de son cou. Une explosion sembla avoir lieu dans sa poitrine. Elle poussa un gémissement. Un frisson violent parcourut son échine, alors que Rogue posait une main sur la hanche de sa collègue. Elle pencha la tête sur le côté, ferma les yeux, concentrée sur la sensation du baiser de Rogue dans son cou.
La bouche de Rogue se détacha soudain de la peau d'Hermione. Elle voulut l'en empêcher, elle voulut lui crier de rester.
Elle ne dit rien, parfaitement incapable d'émettre le moindre son. Un court instant, elle sentit les lèvres de Rogue se balader sur son cou avant qu'il ne s'éloigne complètement d'elle.
Ils se retrouvèrent de nouveau face à face, à une distance convenable, mais beaucoup trop éloignés au goût d'Hermione. Elle se morigéna de penser de telles choses…
Severus contemplait Hermione, le feu brûlant toujours au fond de ses yeux.
Pourquoi avait-il osé faire cela, action totalement opposée à ses principes ?
Pourquoi s'était-il laissé avoir par ses émotions ?
Pourquoi ?
Et elle, pourquoi lui avait-elle dit qu'elle ne voulait pas le repousser ?
Il se fustigeait intérieurement d'avoir été si entreprenant.
Il se rendait compte qu'il ne s'était pas trompé sur ce qu'il ressentait. Oui, il éprouvait quelque chose pour Hermione Granger. Quelque chose de brûlant et de destructeur, comme la chaleur qui avait envahi son corps lorsqu'il l'avait touchée.
Mais elle n'était pas pour lui, pourtant ! Jeune, inaccessible…
Et il continuait d'être ce qu'il avait toujours été.
Un traître. Envers Lily.
Un lâche. Face à ses sentiments.
Il était conscient que sa douleur et son affliction se peignaient sur son visage.
Il ne désirait que deux choses. S'éloigner le plus loin possible de Granger. Mais aussi, recommencer, soulager ses lèvres qui le brûlaient d'une chaleur infernale depuis leur contact avec le cou d'Hermione…
Hermione haletait, complètement perdue dans ses pensées sur les sentiments de Severus, et noyée dans ses propres émotions.
Face à face, écartés l'un de l'autre, ils faisaient face au torrent de sentiments qui les submergeait et semblait les éloigner de la surface, de ceux qu'ils étaient…
- Il y a des choses qui m'échappent…, murmura Hermione d'une voix tremblante et faible.
Rogue se tendit. Sans la lâcher des yeux, il murmura, d'une voix très basse :
- Je pense que ces choses ont meilleur temps de nous échapper…
Hermione tordit ses doigts. Une pulsion destructrice se propageait dans son corps, comme rythmée par les battements effrénés de son cœur. Elle avait envie de se jeter dans les bras de Severus, de le sentir contre elle, de retrouver sa chaleur.
Et si… ?
La laisserait-il… ?
Elle fit un pas en avant, son courage exacerbé par ses émotions, tout en ne sachant pas complètement pourquoi elle suivait ainsi ses sentiments. Rogue la regarda faire, redressant la tête, les poings serrés de chaque côtés de son corps, comme résistant à un affront que lui seul connaissait.
C'est alors qu'on cogna brutalement à la porte.
