Ils sont torturés, tous les deux ! ^^
Voici le deuxième chapitre du jour !
Bonne lecture !
Nouvelle lutte
Hermione arrêta brutalement son mouvement, le cœur battant. Rogue tourna brusquement la tête vers la porte. Evitant soigneusement de croiser le regard d'Hermione, il se dirigea vers l'entrée de ses appartements.
Le battant s'ouvrit sur McGonagall, le regard sévère derrière ses lunettes rectangulaires, bras croisés. Elle toisa Severus, sans faire attention au regard noir qu'il lui adressa.
- Eh bien, Albus m'a dit vous avoir vus arriver, dit-elle sèchement. Vous auriez tout de même pu venir m'informer que vous étiez rentrés !
Rogue grogna.
- Quelques problèmes…, marmonna-t-il pour toute réponse.
La Directrice arqua un sourcil et décala légèrement la tête pour pouvoir regarder dans le salon. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle aperçut Hermione marcher de long en large sur le tapis devant la cheminée, les joues rouges, ventilant son visage en agitant ses mains de part et d'autre de sa tête. Puis les yeux de McGonagall se posèrent sur la sphère translucide qui lévitait au-dessus de la table basse.
- Vous avez fini par trouver le livre ? dit-elle, un peu étonnée.
- Oui…, grommela Rogue.
McGonagall se demanda pourquoi il semblait si renfermé et morose, puis elle se dit que finalement, elle faisait face à Rogue et qu'il n'y avait pas de quoi s'étonner. Néanmoins, elle pensa qu'il faudrait apparemment qu'elle lui tire les vers du nez… Et Miss Granger avait l'air d'être dans un drôle d'état…
Soudain, elle entendit Hermione pousser un soupir résigné, puis elle aperçut la jeune femme s'approcher d'eux. McGonagall remarqua que Severus se tendait et fixait un point droit devant lui alors que sa jeune collègue arrivait à sa hauteur. Hermione salua la Directrice, puis lança un regard hésitant au Maître des Potions. Elle s'éclaircit la gorge.
- Je… Je vais aller envoyer une lettre à Harry et Ron, dit-elle ensuite. Pour leur dire où nous sommes, ce qu'il nous est arrivé, et pour qu'ils aillent faire quelque chose afin de calmer les autorités moldues…
La Directrice ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais elle fut coupée court par un long hurlement qui se répercuta sur les murs des cachots. Hermione et elle sursautèrent vivement, tandis que Rogue, le visage soudain dur et tendu, leur passait devant, les poussant presque.
- Severus, qu'est-ce que…, commença Minerva.
- Malefoy ! dit simplement celui-ci en se précipitant dans le couloir.
Les yeux de McGonagall s'ouvrirent tout grand.
- Malefoy ?! répéta-t-elle.
Soudain, Hermione lui passa devant elle aussi, s'élançant à son tour dans le corridor.
- Malefoy ! s'exclama-t-elle d'une voix aiguë et anxieuse.
La Directrice, en proie à l'incompréhension, se décida donc à suivre les deux Professeurs dans le couloir.
Rogue était parvenu à la porte derrière laquelle il avait enfermé Malefoy. Il la déverrouilla d'un coup de baguette et entra dans le cachot. Hermione arriva juste après et l'y suivit. Elle s'arrêta immédiatement, frappée d'horreur.
Drago Malefoy se contorsionnait sur le sol de pierre, les yeux révulsés, hurlant de douleur, baignant dans une flaque de sang.
- Oh non ! s'écria Hermione.
Elle agrippa le bras de Rogue.
- Severus ! Il est en train de se faire posséder !
Rogue se tendit. Derrière lui, McGonagall poussa un cri d'horreur et de surprise mêlées.
Le Maître des Potions brandit sa baguette et un éclair rouge jaillit. Drago s'immobilisa. Hermione vérifia que le corps était bien inerte, puis se précipita à côté de Malefoy et s'agenouilla. Fébrilement, elle le tourna sur le ventre. Elle sentit de la sueur perler sur son front lorsqu'elle comprit qu'elle avait malheureusement raison. Le dos de la chemise de Drago était imbibé de sang. Rogue vint la rejoindre, et, d'un geste brusque, il déchira le vêtement du jeune homme. Hermione eut un haut-le-cœur. Comme pour elle, le dos de Malefoy était traversé d'une profonde coupure aux lèvres noircies, et dont le sang s'épanchait abondamment.
Severus leva sa baguette et prononça trois fois la formule de guérison. La plaie diminua un peu, mais restait impressionnante. Exactement comme pour Hermione…
- Je vais aller chercher une Potion de Sommeil…, dit Rogue d'une voix basse. Ne bougez pas d'ici.
Il se releva et sortit du cachot.
Hermione haletante, s'assit sur le sol. Elle leva les yeux vers McGonagall, qui contemplait la scène, horrifiée, les yeux embués de larmes. Hermione se souvint avec horreur que ni Rogue ni elle n'avait dit quoi que ce soit concernant les agissements de Bellatrix sur le corps de la jeune femme. Mais McGonagall savait qu'Hermione était blessée de la même façon que Malefoy… Et maintenant qu'Hermione avait crié qu'il se faisait posséder…
- Miss Granger…, murmura la Directrice d'une voix étouffée. Vous aussi… Vous…
Hermione se sentit honteuse. Elle aurait dû dire la vérité à McGonagall.
- Oui…, répondit-elle doucement… Bellatrix a aussi essayé de… Mais plus maintenant… Enfin, je crois…
McGonagall vacilla un peu, puis se ressaisit.
- Nous parlerons de cela au calme, dit-elle. Je vais chercher Mrs Pomfresh.
Elle quitta le cachot, laissant Hermione seule à côté du corps inerte de Malefoy. Tout en essayant de calmer sa respiration ainsi que les battements effrénés de son cœur, Hermione se pencha au-dessus de Drago. Ses yeux grands ouverts scrutaient le plafond, tandis que les traits de son visage étaient figés dans une expression de pure souffrance. C'est alors qu'elle vit quelque chose bouger dans les iris de Malefoy.
Intriguée, Hermione se pencha.
Ce fut une grave erreur.
Hermione s'en rendit compte. Trop tard.
A la vitesse de l'éclair, les yeux gris de Malefoy devinrent marron. Son corps s'agita brutalement et ses traits exprimèrent soudainement la rage.
- Te voilà, Sang-de-Bourbe ! cracha la voix de Bellatrix.
Hermione poussa un cri et se rua en arrière. Elle sortit sa baguette mais perdit l'équilibre et s'écroula contre un mur. Malefoy se leva et fit un geste vers la porte, puis s'approcha d'Hermione. Celle-ci se retrouva donc assise sur le sol, le corps de Drago possédé tendu au-dessus d'elle. Bellatrix gifla Hermione. Celle-ci sentit du sang couler assez abondamment de sa lèvre. Voyant le pied de Drago se lever dangereusement, elle roula sur le côté. Elle leva sa baguette. Son sort manqua Malefoy de peu.
Soudain, il se jeta sur elle, l'écrasant de tout son poids. Hermione lâcha sa baguette, qui roula à quelques centimètres seulement de sa main, mais assez loin pour devenir hors d'atteinte. La jeune femme suffoqua un instant. Bellatrix fit passer la main de Drago sous le dos d'Hermione.
Lorsque les doigts de Malefoy, pleins de l'énergie de Bellatrix, touchèrent la blessure d'Hermione, celle-ci eut l'impression de se fendre en deux. Elle hurla à s'en déchirer les poumons. Sa vue se brouilla et elle se mit à racler le sol de pierre de ses ongles, cherchant désespérément à récupérer sa baguette.
Elle sentit, à travers sa souffrance, la main de Drago se fermer sur sa gorge.
Hermione avait les poumons en feu. Où était Severus ?!
Pourquoi personne ne venait ?
C'est alors qu'elle sentit sa baguette sous ses doigts.
- Tu vas mourir, Sang-de-Bourbe ! Je me servirai de toi, ils payeront tous, vous payerez tous, et lui reviendra ! Et il me sera reconnaissant ! Enfin !
Hermione, avec toute l'énergie du désespoir, leva son bras et appuya brutalement sa baguette sur la gorge de Drago. Elle avait si mal qu'elle n'avait réfléchi à aucun sort, mais elle sentit sa magie se répandre dans ses veines sous l'effet de l'adrénaline. Le bout de la baguette crépita et le corps de Malefoy fut projeté contre le mur un peu plus loin, dans un hurlement aigu de Bellatrix.
Hermione reprit brusquement son souffle, ce qui lui brûla les poumons. Son dos lui faisait souffrir le martyr, et elle était sûre de saigner. Elle sentait un goût métallique envahir sa bouche tandis qu'un liquide chaud de déversait doucement sur sa lèvre inférieure, gouttant sur le sol.
Malefoy, une grosse marque de brûlure sur la gorge, entreprit de se relever.
- Au secours ! hurla Hermione, paniquée en constatant que personne n'était venu.
Pourtant, elle avait hurlé si fort que… Ses yeux se posèrent sur la porte du cachot. Elle était fermée. Probablement par le geste qu'avait fait Bellatrix avant de se jeter sur elle. Profitant du fait que la Mangemort avait du mal à relever le corps de Drago, Hermione, rejetant sa douleur, s'élança sur la poignée de la porte. Elle remarqua que quelqu'un tambourinait derrière avec force.
- Hermione !
La voix de Severus. La jeune femme tira sur la poignée de la porte. Le battant de s'ouvrit pas.
- Severus ! cria-t-elle d'une voix rendue rauque par ses hurlements. Bellatrix est…
Elle n'eut pas le temps de dire un mot de plus. Le corps de Drago, maintenant complètement debout, s'élança sur elle avec rage, les doigts crispés comme des griffes. Hermione réagit au quart de tour et plongea sur le côté. Drago rentra de plein fouet dans la porte, avec une telle force que le bois produisit un craquement.
Hermione poussa un nouveau cri lorsque son épaule entra en collision avec le sol de pierre. Le choc se propagea dans son dos, et des étoiles dansèrent devant ses yeux. Elle mit toute sa volonté pour se concentrer sur ce qu'elle voyait, pour ne pas s'évanouir. Elle aperçut une forme opaque et blanche se matérialiser devant la porte. Le fantôme de Dumbledore.
Il cria quelque chose, mais Hermione souffrait trop pour chercher à comprendre le sens de ses paroles.
Il y eut soudain un bruit de cassure et la porte du cachot sortit de ses gonds, tandis qu'une brèche fumante s'ouvrait en plein milieu du battant de bois. Rogue, McGonagall et Mrs Pomfresh entrèrent en trombe dans la pièce.
Les deux femmes poussèrent un cri et se précipitèrent vers Hermione. Rogue, quant à lui, lança sur le corps de Drago assommé un nouveauStupéfix doublé d'un puissant Incarcerem. Puis il rejoignit les deux femmes.
- Il faut l'emmener à l'infirmerie ! cria McGonagall, paniquée.
Hermione crispa la mâchoire et se redressa péniblement.
- Ne bougez pas, Miss Granger ! dit Mrs Pomfresh d'un ton péremptoire.
La jeune femme obtempéra. Elle resta allongée sur le sol, attendant qu'on fasse quelque chose. Elle sentait son sang battre à ses temps, et les palpitations de son cœur se propageaient dans son dos.
Elle résistait, luttant de toutes ses forces pour ne pas s'évanouir. Rogue entra dans son champ de vision réduit. Ses yeux se posèrent sur les traces de sang sur le sol, dans le dos d'Hermione.
- Que s'est-il passé ? s'exclama-t-il.
Hermione haleta, ne répondit pas.
- Severus ! dit soudain Mrs Pomfresh. Il faut l'emmener à l'infirmerie !
- Je sais, Pomfresh ! aboya-t-il, excédé.
McGonagall s'approcha, et tendit sa baguette, l'air anxieux.
- Je vais la faire léviter.
- Attendez…, dit la voix de Dumbledore.
Hermione aperçut le visage translucide de l'ancien Directeur se pencher au-dessus d'elle.
- Miss Granger, m'entendez-vous ?
- Oui…, souffla Hermione dans un grand effort.
- Bien… Tout cela aurait pu être pire…, déclara le fantôme.
Il y eut un grognement non loin d'Hermione. Rogue.
- Albus, avez-vous vu dans quel état elle est ?
Sa voix était glaciale et tendue.
- Evidemment, Severus…, répondit Dumbledore d'une voix douce. Et c'est la raison pour laquelle je dis cela. Elle aurait pu ne pas s'en sortir…
Hermione poussa un soupir tremblant.
- Albus, nous discuterons plus tard, déclara McGonagall d'une voix autoritaire. Miss Granger a besoin d'être soignée dans les plus brefs délais.
- Bien sûr, Minerva. Bien sûr. Emmenons-là à l'infirmerie.
Minerva tendit une nouvelle fois sa baguette vers la jeune femme. Mais la voix faible d'Hermione interrompit le geste de la Directrice.
- Severus…, appela Hermione.
Celui-ci sursauta. Lentement, il s'approcha de sa collègue. Elle lui lança un regard désespéré et d'un petit geste de la main, lui fit signe de se baisser. Les traits du visage soudain contractés, Rogue s'exécuta, posant un genou sur le sol. Hermione ouvrit la bouche. Son visage perdait ses couleurs.
- Malefoy…était possédé…, articula-t-elle avec difficulté, dans un murmura à peine audible. Sa main…a touché ma blessure…
Elle savait que la douleur qu'elle avait ressentie à ce moment était anormale. Que risquait-elle ?
Elle vit les traits de Rogue se contracter, ses yeux se poser sur le corps inerte et ligoté de Malefoy qui gisait toujours sur le sol de pierre. Puis ses yeux d'obsidienne se posèrent de nouveau sur le visage de sa jeune collègue.
- Ne partez pas, Hermione, dit-il d'une voix basse et tendue. Lestrange pourrait profiter de votre état de faiblesse. Il faut que vous restiez consciente.
- J'e…ssaye…, murmura-t-elle.
Son visage trahissait la souffrance. Ses yeux se mirent à papillonner.
- Hermione, luttez…, dit Rogue les dents serrées.
Elle rouvrit les yeux complètement et plongea ses pupilles dans les yeux onyx de Rogue.
- Vous…resterez… avec moi ? demanda-t-elle d'une voix devenue rauque.
Rogue sentit quelque chose se briser en lui. Il ouvrit la bouche et il lui fallut un instant avant que la réponse ne franchisse ses lèvres.
- Oui…, souffla-t-il du bout des lèvres.
S'il avait relevé la tête à ce moment-là, Rogue aurait aperçu le demi-sourire qu'échangeaient Dumbledore et McGonagall.
Minerva brandit sa baguette.
- Est-ce bon, Severus ?
Celui-ci acquiesça lentement, sans détacher ses yeux du visage de plus en plus livide d'Hermione, qui sentait un engourdissement s'emparer de ses membres et de son esprit.
- Allez-y doucement…, murmura Dumbledore.
Minerva agita sa baguette. Lentement, Hermione s'éleva dans les airs. Minerva et Dumbledore sortirent du cachot à la suite du corps. Severus les suivit des yeux.
Mrs Pomfresh fit de même avec le corps de Malefoy, et tout le monde quitta les cachots.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, Hermione était allongée sur quelque chose de moelleux. Il faisait nuit, d'après la noirceur opaque des fenêtres, mais une lumière orangée arrivait de la droite. Elle fut soulagée de constater qu'à première vue, elle n'avait plus mal nulle part. Elle fit l'effort de se concentrer. Nul doute qu'elle se trouvait à l'infirmerie. Repoussant tous les souvenirs qui lui venaient à l'esprit, elle regarda lentement autour d'elle…et sursauta lorsqu'elle aperçut Rogue sur une chaise à la droite de son lit. Elle fronça les sourcils.
Il dormait.
Son menton était tombé sur sa poitrine, laquelle se soulevait à un rythme lent et régulier. Ses cheveux, tombant sur ses joues, dissimulaient son visage. Un livre ouvert reposait sur ses genoux, la main droite de Severus encore posée dessus.
Un petit sourire étira les lèvres d'Hermione. Elle leva les yeux vers la pendule de l'infirmerie. Les aiguilles indiquaient quatre heures.
Hermione se redressa, se calant contre son oreiller. Elle sentit un petit picotement dans son dos, mais ce fut tout. Elle ne se souvenait plus de ce qu'il s'était passé après qu'elle ait franchi la porte de l'infirmerie. Elle aperçut une fiole vide posée sur sa table de nuit, où elle put lire l'inscription « Potion de Sommeil sans Rêve ». Elle poussa un soupir. Il fallait qu'elle éclaircisse quelques points.
Ses yeux se tournèrent de nouveau vers Rogue, puis sur le livre posé sur ses genoux. Intriguée, Hermione tendit lentement la main. Lorsque ses doigts furent juste au-dessus du livre, elle vérifia que Rogue dormait toujours. Voyant que c'était le cas, elle saisit le livre et tira doucement. Elle manqua de crier lorsqu'une main froide lui enserra le poignet.
- Ne vous a-t-on jamais appris à demander avant d'emprunter quelque chose ? dit la voix doucereuse de Rogue.
Hermione se redressa subitement, les joues un peu rouges.
- Je ne voulais pas vous réveiller…, se justifia-t-elle.
Rogue pinça les lèvres, comme s'il s'en voulait qu'Hermione l'ait surpris endormi.
Il ferma le livre d'un coup sec et détailla le visage d'Hermione.
- Vous êtes là depuis longtemps ? demanda-t-elle d'une voix mal assurée.
Il acquiesça d'un mouvement bref de la tête. Hermione sentit ses joues s'enflammer. Après tout, n'était-ce pas elle qui lui avait demandé de rester ? Et il lui avait dit oui. Elle l'observa, incrédule. Avait-il vraiment tenu parole ?
Rogue interrompit les pensées d'Hermione :
- Avez-vous mal au dos ?
Hermione fit signe que non. Elle passa machinalement une main sur sa blessure, sous sa chemise, et sentit les bandelettes rugueuses de son bandage sous ses doigts. Elle reporta son attention sur Rogue, qui la fixait ave attention. Elle se dit qu'il fallait parler de certains points. Elle s'éclaircit la gorge.
- A croire que le Veritaserum n'est pas fiable…, dit-elle. Malefoy nous avait dit qu'il n'était pas possédé par Bellatrix.
- Le Veritaserum est fiable. C'est moi qui l'ai préparé, répondit Rogue d'une voix froide. Il a même été très efficace. Malefoy a dit la vérité.
Hermione fronça les sourcils, tandis que Rogue s'appuyait contre le dossier de sa chaise et remontait son pied droit sur son genou gauche. Il croisa les bras.
- Il nous a dit la vérité pure et simple qui correspondait au moment où je lui ai posé la question. Lorsque je lui ai demandé s'il était possédé par Lestrange, il a répondu que non, car c'était la vérité à cet instant précis.
Hermione acquiesça lentement.
- Ou alors, ajouta-t-elle, c'était la première fois qu'il était victime de Bellatrix de cette façon, et de ce fait, il ne savait pas ce qui pouvait lui arriver au moment où vous lui avez posé la question…
Elle soupira, se rappelant la conversation qu'ils avaient entendue entre Bellatrix et ses Mangemorts, lorsqu'elle disait vouloir attraper Drago à tout prix. Elle avait apparemment atteint son but… Ces pensées donnèrent naissance à de nouvelles interrogations dans la tête d'Hermione.
- Si Drago avait la même blessure que moi, c'est qu'il a dû se faire attraper. N'est-il pas possible qu'il soit allé voler le livre pour Bellatrix ?
Rogue la regarda avec intensité.
- Non, répondit-il d'une voix dure. Il a avoué, sous Veritaserum, avoir voulu sauver son frère. Il a dû s'enfuir… Ou bien l'a-t-on laissé partir, comme dans votre propre cas, lorsque Nott vous a frappé dans la ruelle.
- Oui, c'est vrai…, approuva doucement Hermione.
Une nouvelle question lui vint à l'esprit. Elle pensait déjà avoir une réponse. Elle se contenta de demander l'avis de Rogue.
- Malefoy avait l'air faible dans le musée, même s'il a réussi à se battre. Et durant l'interrogatoire, il n'avait pas l'air au meilleur de sa forme non plus. Pensez-vous que c'est cet état de faiblesse qui ait permis à Bellatrix de le posséder en plein jour, alors qu'il était éveillé ?
- Peut-être n'était-il pas éveillé, justement, répondit Rogue. Il s'est peut-être endormi dans le cachot pendant que nous…
Les traits de son visage se tendirent soudain et il interrompit sa phrase, détournant le regard. Hermione fit de même, les joues rouges. Pourquoi fallait-il reparler de ce moment ? Elle concentra ses pensées sur Malefoy. Bien sûr, son état de faiblesse pouvait aussi expliquer la possession et le fait que Bellatrix ait réussi à combattre le Stupéfix de Rogue.
Hermione relança rapidement la conversation, d'une voix toutefois un peu plus aiguë qu'à l'ordinaire.
- Lorsqu'il a été possédé et que sa main s'est abattue sur ma blessure, j'ai cru que Bellatrix allait réaliser une sorte de…de transfert…
Rogue ne répondit pas. Hermione s'inquiéta.
- Ma blessure…, dit-elle. Elle a changé ?
Sa main toucha une nouvelle fois le bandage tandis que la jeune femme se redressait dans son lit.
- Elle a été rouverte, déclara Rogue sombrement. Comme d'habitude.
Hermione accueillit cette réponse avec un soulagement relatif. Au moins, il n'y avait pas eu d'aggravation… Pourtant… Si Bellatrix était maintenant capable d'exercer son pouvoir d'un corps à l'autre, cela pourrait très bien la mener à des issues bien pires, une prochaine fois…
- Severus…, dit doucement Hermione. Elle a réussi à ouvrir ma blessure en possédant le corps de Malefoy. Et si Bellatrix était bientôt capable de transférer son pouvoir entre des corps ?
- C'est impossible…, répondit Rogue. Elle se fatiguera avant. La possession d'un corps ne se fait pas sans une grande dépense d'énergie magique.
Hermione observa Rogue.
- Peut-être…, rétorqua-t-elle. Mais j'ai l'impression qu'elle se renforce.
Rogue l'observa d'une expression neutre. Ni l'un ni l'autre ne pouvait répondre à cette question.
- Au fait, où est Malefoy ? demanda soudainement Hermione.
Pour toute réponse, les yeux de Rogue se levèrent et scrutèrent le fond de l'infirmerie. Hermione suivit le regard du Maître des Potions et aperçut un lit aux rideaux fermés.
- Il est maintenu sous un sommeil magique…, expliqua Rogue.
Hermione acquiesça. Au moins, ils ne risquaient plus une attaque de Bellatrix de ce côté-là. Elle repensa à la quantité de choses qu'il lui restait à faire. Ecrire des lettres à Harry, Ron et à sa grand-mère, travailler sur le sort qui permettrait de lire le livre ensorcelé. Il fallait sauver les deux frères Malefoy, elle-même, arrêter Bellatrix.
C'est alors que les paroles de la Mangemort lui revinrent en mémoire. Elle avait dit que…quelqu'un reviendrait. Hermione connaissait Bellatrix. Et elle savait qu'il n'y avait qu'un seul être pour qui elle était capable de se battre à ce point.
Hermione secoua la tête et observa Rogue.
- Elle m'a implicitement fait comprendre qu'elle voulait faire revenir Voldemort.
- C'est impossible, déclara immédiatement Rogue.
- Je le sais. Mais pas pour elle. Elle ne peut pas croire que tout soit fini… Elle est folle, vous le savez bien.
Rogue observa Hermione d'un air sombre.
- Dans ce cas, murmura-t-il, nous allons devoir combattre un ennemi de taille : sa démence.
Ils demeurèrent un instant silencieux après ces mots, puis le regard d'Hermione se posa de nouveau sur le livre du Maître des Potions.
- Que lisiez-vous ?
Rogue haussa un sourcil face à ce brusque changement de conversation. Il saisit le livre en question et promena ses yeux sur la couverture.
- Un livre de la Réserve…, répondit-il. Je me suis dit que je n'allais pas perdre mon temps à vous regarder dormir, alors j'ai commencé des recherches sur les sortilèges de Bouclier et de Protection.
Hermione chassa rapidement le trouble qui s'insinuait en elle à l'idée que Rogue puisse l'observer dormir.
- Et… vous avez trouvé quelque chose ? demanda-t-elle.
Rogue ne répondit pas, et ce fut suffisant pour qu'Hermione comprenne que ses recherches avaient dû être infructueuses.
- Il va nous falloir créer nous-mêmes le sortilège, n'est-ce pas ? dit Hermione, tout en connaissant déjà la réponse.
- Perspicace…, répondit Rogue, le regard dans le vide.
Lentement, ses yeux revinrent se poser sur le visage d'Hermione. Il soupira, comme agacé.
- Pourquoi n'a-t-elle fait son travail qu'à moitié ? marmonna-t-il entre ses dents sans quitter Hermione des yeux.
Hermione fronça les sourcils.
- Pardon ? dit-elle.
- Votre lèvre…, répondit Rogue, dents serrées. Pomfresh ne l'a pas ressoudée.
Hermione porta sa main à sa bouche. Elle sentit une coupure sous ses doigts.
- Mrs Pomfresh avait plus urgent à faire que de soigner ma lèvre, répondit la jeune femme.
Rogue soupira encore. Il leva sa baguette et vint s'asseoir sur le lit d'Hermione.
- J'ai moi-même plus urgent à faire que de soigner une lèvre…, déclara-t-il. La vôtre, qui plus est…
Il avait dit ces derniers mots très bas.
Hermione leva les yeux au ciel. Elle voulut lui dire de ne rien faire puisque ça le dérangeait plus qu'autre chose, et que son excuse ne tenait pas debout étant donné qu'il avait passé beaucoup de temps assis sur une chaise à côté de son lit. Mais elle n'en eut pas le temps.
Rogue lui attrapa le menton et pointa sa baguette sur la coupure. Il y eut un éclat blanc, et Hermione sentit sa peau la picoter à l'endroit de sa plaie.
Bellatrix sortit de sa tête, Malefoy et tous ses problèmes aussi.
Car elle sentait le pouce de Rogue caresser sa peau réparée.
Elle aperçut les yeux noirs de Rogue baissés sur sa bouche. Le visage de son collègue semblait encore trahir la souffrance.
Hermione déglutit. C'en était trop pour elle.
Elle ne pouvait plus supporter les ratés de son cœur, les changements brusques de sa respiration à chaque contact qu'elle avait avec le Maître des Potions. Elle ne pouvait supporter ces expressions que Rogue arborait souvent, ces regards qu'il portait sur sa bouche.
Il fallait qu'elle sache, une bonne fois pour toutes.
Sa raison n'eut pas le temps de lui dire que c'était mal, qu'elle n'avait pas à faire ça. Ou peut-être qu'Hermione ignora tout simplement ces pensées. Elle se focalisa sur la bouche de Rogue, tandis qu'il ne s'était pas reculé et qu'il restait penché vers elle. Elle sentit son cœur tambouriner, comme essayant de la pousser vers l'avant. Le souvenir de la sensation des lèvres de Rogue dans son cou lui revint en mémoire, réduisant à néant ses dernières barrières.
Hermione se redressa et, sans que Rogue n'ait pu esquisser le moindre geste, elle plaqua ses lèvres sur les siennes.
Ce fut comme un crépitement, qui se propagea de ses lèvres à son ventre, tout en parcourant son échine.
Mais Rogue ne répondit pas à son baiser. Au moment où la main d'Hermione vint se poser sur la nuque du Maître des Potions, il s'écarta brutalement, le visage empreint de haine et de souffrance. Il s'éloigna du lit.
Hermione considéra son expression, effrayée. Elle ne pouvait pas s'être trompée ! Pourquoi la rejetait-il ? N'avait-il pas voulu l'embrasser lui aussi ?
Elle sentit des larmes affluer à ses yeux. Des larmes de honte et de tristesse. Mais aussi de colère.
L'explosion qui avait eu lieu en elle propageait encore ses ondes. Mais, les yeux posés sur l'expression de rage du visage de Rogue, Hermione en eut plus mal qu'autre chose.
Elle venait de comprendre qu'elle avait des sentiments pour Rogue. Elle était prête à les accepter. Mais ce n'était apparemment pas le cas de Rogue. Hermione se demanda quels sentiments dérangeaient à ce point Severus. Etait-ce ceux de la jeune femme… ou bien les siens ?
Elle n'était ni idiote, ni aveugle. Et c'était pour cela qu'elle avait fait ce pas vers lui. C'était la troisième fois qu'elle l'approchait ainsi. Il y avait eu la taverne, puis les appartements de Rogue, quelques heures plus tôt. Et lui, qu'avait-il voulu faire, ou dire, en posant ses lèvres brûlantes dans son cou ?
Rogue lui tournait le dos, à présent.
Hermione, confuse, ne savait plus vraiment que faire face à l'enchevêtrement d'émotions qui tourbillonnait dans tout son être.
Elle décida de se lever du lit, priant pour être capable de marcher. C'était heureusement le cas. La froideur du sol de pierre glaça ses pieds nus, mais elle s'en moquait. Elle voulait savoir, tenter de comprendre quelque chose.
Déterminée, ignorant sa propre souffrance, elle s'approcha de Rogue.
- Severus…, dit-elle d'une voix un peu tremblante.
Elle le vit se tendre, et elle sentit une boule naître dans sa gorge.
Elle était derrière lui, à présent. Lentement, elle leva une main et vint la poser sur l'épaule de son collègue. A son grand soulagement, il ne chercha pas à se dégager.
Elle vit cela comme une note d'espoir.
- Severus… Je pensais que…
- Eh bien, vous pensiez mal ! cria-t-il en se tournant vers Hermione, les traits déformés par une fureur dévastatrice.
Hermione sursauta. Rogue lui attrapa les bras d'une poigne de fer.
- Qu'est-ce que vous croyiez, Granger ?!
Hermione ne le reconnut pas. Mais elle comprit. Cette fureur, finalement, semblait être autant destinée à lui qu'à elle. Il s'en voulait d'éprouver de tels sentiments. Et il lui en voulait sûrement de les avoir exacerbés.
- C'est de votre faute ! s'exclama Hermione, énervée à l'idée qu'il rejette à ce point ses propres émotions. Vous m'envoyez des signes, et…
- Taisez-vous…
Hermione s'interrompit immédiatement. Sa voix était monstrueusement glaciale.
Elle sentit les mains de Rogue trembler autour de ses bras. Les yeux du Maître des Potions, brûlants, parcouraient le visage d'Hermione. Celle-ci serait les poings. Pourquoi avait-elle fallu qu'elle tombe amoureuse — son cœur s'écroula dans sa poitrine à cette pensée — d'un homme aussi complexe et changeant ?
Ils restaient là, à s'observer dans l'infirmerie silencieuse, à quatre heures du matin. Lui, le visage marqué par la haine et la douleur, elle, par l'effronterie et la tristesse à la fois.
Lentement, Rogue relâcha la pression de ses mains sur les bras d'Hermione. Sans la quitter des yeux, il fit un pas en arrière.
- Je suis désolée…, murmura Hermione, d'une voix dure cependant.
Elle serra les poings avant d'ajouter.
- Désolée pour vous.
Ce fut comme un déclic. Elle vit les traits du visage de Rogue passer de la rage à l'affliction profonde. Puis, d'un coup, il se précipita vers Hermione et lui saisit de nouveau les bras.
Celle-ci crut un bref instant qu'il allait lui faire du mal, lui faire regretter son geste, ou bien ses paroles.
Cette pensée retourna dans les limbes de son esprit, comme si elle n'avait jamais existé, lorsque les lèvres de Rogue heurtèrent les siennes avec fougue. Il l'embrassa avec passion, et Hermione, lui rendant son baiser, eut l'impression de ressentir cette tonne de sentiments qui animaient cet homme à la personnalité insaisissable. Sa colère et sa douleur lui brûlèrent les lèvres. Mais elle s'en moquait, transportée par ce baiser qu'elle avait finalement attendu. Leurs lèvres semblaient se consumer dans cette étreinte destructrice, qui démolissait tous les murs qu'ils avaient battis autour de leurs sentiments.
Hermione sentit les mains de Rogue se poser dans son dos qui ne la faisait heureusement plus souffrir, puis descendre sur ses hanches et l'attirer complètement contre lui. Les cheveux de Severus lui chatouillaient les joues. Hermione passa ses mains derrière la nuque de son collègue. Le baiser de Rogue se radoucit un peu.
Il détacha enfin ses lèvres de celles d'Hermione, mais ne la laissa pas partir. De toute façon, elle n'avait pas envie de quitter ses bras. La bouche de Rogue suivit la mâchoire d'Hermione pour aller se perdre dans son cou. Elle l'entendait haleter à côté de son oreille. Ils demeurèrent enlacés, debout au milieu de l'infirmerie. Hermione, dans la chaleur du corps de Rogue, se sentait bien. Elle enfouit sa tête dans le creux de l'épaule de son collègue.
C'était un moment hors du temps. Hors de tout.
C'est alors que Rogue repoussa délicatement Hermione. Elle leva les yeux vers lui. Il avait repris son expression impassible. Elle ouvrit sa bouche, encore brûlante du baiser de Rogue, mais elle ne sut pas quoi dire.
Il s'éloigna complètement d'elle. Puis, sans lui lancer un regard, sans se retourner, il sortit de l'infirmerie.
Le bruit de la porte résonna en écho dans le vide que ressentit Hermione à ce moment-là.
