Percy a huit ans.

Ces dernières années avaient été compliqués, mais Percy n'aurait pas sut expliquer. On ne lui disait rien, bien sûr, il était trop jeune. On ne voulait pas lui parler de la guerre, de la mort des oncles Prewett, des attentats anti-moldus, du procès de papa pour détournement d'objets ensorcelés, de l'argent qu'ils n'avaient pas... Percy voyait bien que tout allait mal. Mais parce qu'il était trop petit on voulait tout lui cacher. Alors il se taisait, et il observait : Maman qui s'effondrait, papa qui n'était pas là. Ses frères qui faisaient n'importe quoi. Et Ginny.

Ginny, c'était sa princesse. Elle avait trois ans, deux jolies nattes rousses et louchait un peu. Lorsque les autres ne faisaient pas trop attention, Percy emmenait Ginny dans sa chambre où il lui montrait ses illustrés et le livret de famille. Il lui expliquait que le Clan Weasley était immense, qu'il avait été très puissant autrefois, et qu'elle était leur princesse. Il jouait avec elle à la marchande, il lui faisait écouter de la musique, et parfois ils allaient en douce dans la chambre des parents pour essayer les quelques bijoux de Maman. Celui que Ginny préfèrait, c'est un pendentif en argent serti d'une perle noire. Maman ne le portait jamais, Percy ne savait pas vraiment d'où il venait... Lui préférait la bague dorée figurant une tête de lion. Elle était beaucoup trop grande pour lui, papa ne la mettait qu'aux grandes occasions, il lui avait un jour expliqué que c'était la chevalière de la famille et qu'elle avait une grande valeur. Percy l'aimait beaucoup.

Mais depuis qu'elle marchait mieux, Ginny aimait de plus en plus courir avec les autres garçons et se chamailler avec eux. Cela agaçait un peu Percy qui ne trouvait pas cela très amusant.

Alors il se retrouvait encore seul, à épier les discutions de Papa et Maman dans la cuisine, qui parlaient des attentas et des problèmes d'argent. À relire ses livres pour la millième fois, et finalement à voler les livres de cours de Bill et Charlie. Il apprenait un tas de choses intéressantes sur la magie, ce qu'il préférait, c'était les cours d'histoire. Il y avait tellement à apprendre des Guerres Gobelines ou de la conquête des îles équatoriales... Il aimait la façon dont la magie européenne s'était répandue aux Amériques et s'était mélangées aux rituels indiens. Il adorait aussi les chapitres sur la formation des gouvernements, qui étaient pour lui des aventures palpitantes. Et quand Ginny était fatiguée de jouer avec les autres garçons, il lui racontait ce qu'il avait appris, il essayait de simplifier pour qu'elle puisse comprendre un peu. Alors elle le regardait de ses grands yeux bruns écarquillés, la bouche légèrement entrouverte, et il comprenait qu'elle ne comprenait rien.

« C'est pas grave, on va jouer à la marchande. »

Elle applaudissait alors avec enthousiasme de ces petites mains blanches et cela réchauffait le coeur de Percy. Il ferait n'importe quoi pour la voir sourire, n'importe quoi.

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« Maman, je peux avoir un peu d'argent de poche ? Je voudrait offrir un cadeau d'anniversaire à Ginny... »

Molly était toute émue par les intentions de son petit garçon, mais il n'y avait pas assez d'argent sur le compte de la famille. Elle le prit dans ses bras et lui expliqua que ce n'était pas possible.

« C'est parce qu'on est pauvres ? »

« Mais non mon trésor... Mais tu devrais lui fabriquer ton cadeau toi même, quelque chose qui vient du coeur est toujours plus apprécié, tu sais ? Fais lui un joli dessin, ce sera très bien. »

Percy savait que Maman mentait, c'était parce qu'ils étaient pauvres, mais on ne dit jamais les choses à un enfant. Alors Percy allait s'enfermer dans sa chambre pour ruminer et trouver une idée. Ça ne servait à rien de demander aux adultes, ils ne faisaient que mentir et ne comprenaient jamais rien. Ça ne servait pas non plus de parler à ses frères, ils ne faisaient que se battre et ne voulaient jamais l'écouter. Ils étaient tous trop bêtes. Il n'y avait que Ginny qui vaille la peine, et elle était encore si petite.

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Pour les quatre ans de Ginny, Maman fit un gâteau aux fraises. Ronny avait fait un dessin qui s'apparentait plus à un gribouillis et les jumeaux avaient capturé quelques lucioles dans un bocal pour en faire une veilleuse. Les plus grands avaient, ensemble, construit un petit balais de bois et de paille qui n'avait rien de magique et ne pouvait pas voler. C'était une idée de Bill, bien sûr, car Charlie répétait à qui voulait l'entendre que Ginny ne se souviendrait même pas de cet anniversaire. La famille Lovegood offrit à la petite rouquine une poupée de chiffon confectionnée à la main, et Arthur avait marchandé avec un commerçant pour obtenir à petit prix une robe de sorcière rose à peine usée.

La petite Ginny applaudissait et riait de tout ces cadeaux, comprenant qu'il s'agissait de sa fête. Tout le petit monde des Weasley était réuni autour d'elle, à lui faire des compliments et à l'e courage pour qu'elle souffle sa bougie. Molly remarquait tout de même que Percy n'était pas encore descendu et se demandait pourquoi le plus sage de ses garçons mettait autant de temps à arriver.

Percy descendit enfin dans la cuisine, un petit paquet violet à la main, qu'il tendit à la petite Ginny. La plus jeune des rouquins saisi le cadeau avec contentement, comme elle l'avait fait pour tous les autres, et le secoua en tout sens sans réussir à défaire le paquet. Sous les rires de la famille, elle menaça de se mettre à pleurer et Papa pris en charge de déballer le présent de Percy.

Il s'agissait d'une très jolie boîte en bois verni, décorée de fleurs, et fermée d'un petit loquet. Lorsqu'elle fut ouverte, une jolie musique s'en dégagea alors que la figurine d'une minuscule vélane dansait avec grâce à l'intérieur du coffret. Molly Weasley n'avait jamais vu une aussi jolie boîte à bijoux ensorcelée, et en fut enchantée. Elle pensa que Percy avait du être convainquant pour que Remus accepte de l'acheter pour lui, il faudrait qu'elle remercie le jeune loup-garou.

La fête continua de façon charmante, le gâteau était délicieux, tout le monde s'amusa, et finalement il fut l'heure de coucher les petits. Percy retourna dans sa chambre, fatigué. Il s'allongea sur son lit, et contempla sans trop d'émotions ses étagères vides. Remus n'avait pas financé son cadeau, bien trop cher. Il avait dû vendre une grande partie de ses livres et de ses jouets pour réunir les quatre galions et six noises nécessaires à un tel objet. Maman et Papa seraient furieux si ils l'apprenaient, mais cela valait le coup : Ginny était une princesse et méritait des présents dignes d'une reine. Il était capable de tout pour voir son sourire et entendre son rire.