Et le troisième chapitre du jour !
J'aime beaucoup ce chapitre. J'espère qu'il vous plaira aussi !
Bonne lecture !
Sous la pluie
Les jours avaient passé, mornes et vides à l'image de l'automne, à l'image de l'humeur d'Hermione. Elle n'avait pas revu Severus depuis trois jours, depuis la scène de l'infirmerie. Il l'avait évitée. Elle ne l'avait croisé ni dans les couloirs, ni dans la Grande Salle. Hermione, une boule dans la gorge, tentait de démêler sentiments et déductions, mais une tornade constante emplissait son esprit. Plusieurs fois, ses pas avaient guidé la jeune femme dans l'escalier des cachots, alors qu'elle voulait parler à Rogue, mais elle avait rebroussé chemin avant d'atteindre les quartiers du Maître des Potions. Elle répétait un discours dans sa tête, destiné à Severus, mais ses paroles n'étaient jamais prêtes. Elle cherchait des réponses à des questions insistantes, et ne trouvait finalement au tournant que des questions supplémentaires.
Pour oublier la scène qu'ils avaient tous deux vécue, pour oublier ses questions vis-à-vis de la réaction de Rogue, Hermione s'était plongée dans la préparation de ses cours, ses corrections de devoirs. Elle avait rédigé une lettre pour sa grand-mère, où elle avait inventé une longue histoire de révisions d'examens de droit et de problèmes à l'école, expliquant leur départ précipité. Elle avait aussi envoyé une missive à l'intention de Harry et Ron, leur expliquant la situation. Elle attendait impatiemment une réponse, ainsi qu'un compte-rendu des conséquences de leur vol au musée : le Ministère était en effervescence pour tenter de calmer les autorités moldues, lesquelles étaient en grande agitation suite à la disparition d'une inestimable pièce de musée…
Hermione s'était enfermée de longues heures dans la bibliothèque afin de faire des recherches concernant le sort destiné au livre. Elle n'avait pas trouvé grand-chose, même dans les livres de la Réserve. De toute façon, son esprit avait la fâcheuse habitude de se mettre à divaguer sur l'homme qui occupait ses pensées. Elle cherchait sans arrêt une solution, une excuse à la fuite de Severus, au refus de ses sentiments. Elle voulait savoir pourquoi il l'avait embrassée pour l'éviter ensuite. Elle avait fini par se rendre compte qu'il n'y avait qu'une seule issue pour tenter de mettre les choses au clair : une discussion.
Hermione redoutait l'instant où elle devrait faire face à Severus. Et en même temps, elle l'attendait. Elle avait donc pris soin de bien préparer ses arguments.
Il était vingt-deux heures. Hermione était occupée à barrer de rouge les copies de ses Troisième Année. La pluie martelait les fenêtres de ses appartements, et le bruit s'ajoutait au grattement de la plume d'Hermione sur les parchemins des élèves.
La jeune femme se laissa aller sur le dossier de sa chaise en soupirant. Elle lâcha sa plume, étira ses doigts crispés et engourdis. Elle fixa la pendule, et se mordit la lèvre. On était jeudi soir. Le lendemain aurait lieu le cours commun des Première Année, qu'elle et Rogue devaient dispenser.
Hermione ne souhaitait pas se rendre à ce cours sans avoir échangé le moindre mot avec son collègue, craignant qu'il ne lui fasse payer certaines choses devant les élèves.
La jeune femme se frotta les yeux et poussa un soupir déterminé. Elle reboucha son encrier et entassa ses copies dans un coin de son bureau. Puis, elle attrapa une veste et sortit de ses appartements. Elle descendit d'un pas rapide tous les escaliers qui la séparaient de Rogue. Mais son allure ralentit instinctivement au moment où elle mit le pied dans le couloir des cachots. Se morigénant intérieurement, elle reprit une allure correcte et s'avança vers la porte des appartements de Rogue. Elle y resta plantée un moment, raide, tendue, hésitante. Une part d'elle lui disait qu'il n'était pas encore trop tard pour rebrousser chemin, mais elle la fit taire. Ils devaient s'expliquer. Levant solennellement le poing, elle frappa à la porte.
Trois jours et trois nuits. Trois jours et trois nuits que Rogue ruminait sans cesse ses pensées et souvenirs, anciens comme récents. Et ce soir n'échappait pas à la règle. Il tournait dans son salon comme un lion en cage, s'arrêtant parfois pour perdre son regard dans le feu de la cheminée.
Pourquoi ? Pourquoi avait-il fallu qu'il cède, comme ça, qu'il perde son contrôle ? Il avait fait une erreur. Une de plus.
Elle n'était pas pour lui, et il n'était pas pour elle. Déjà parce qu'elle était trop jeune. Savait-elle ce qu'aimer voulait dire ? Il ne voulait pas d'une amourette d'adolescent, il ne voulait pas qu'elle finisse par le rejeter au bout d'une trop courte relation.
Et puis… Savait-elle vraiment qui il était ? Rogue était sûr que non. Elle avait beau prétendre qu'elle savait qu'il avait été du bon côté pendant la dernière guerre, elle n'avait pas été là avant. Elle ignorait tout de ce qu'il avait pu faire comme atrocités dans les rangs du Seigneur des Ténèbres. Et maintenant qu'ils affrontaient Bellatrix, il craignait que ce passé sombre ressurgisse. Hermione ne connaissait qu'une part de lui-même, ou du moins, pensait la connaître. Et il ne voulait pas se sentir coupable de nouvelles erreurs.
Pourquoi avait-il fallu qu'elle s'attache à lui ? Comme si ce n'était pas assez compliqué…
Et puis…
Et puis, il y avait Lily. Ses sentiments qu'il avait peur d'oublier. Ses vieilles émotions qu'il avait peur de voir se racornir comme une vieille photo… Il restait enfermé dans son passé. Avancer vers l'avenir l'effrayait, finalement… Il avait l'impression d'oublier Lily. Car des sentiments plus présents, plus vifs prenaient le pied sur les anciens. Non ! Il ne voulait rien éprouver pour Hermione Granger ! Pourtant… Il y avait une certaine marge entre sa volonté et la réalité. Il ne supportait pas que quelqu'un lui fasse perdre le contrôle ainsi, que quelqu'un puisse occuper son esprit de cette façon. Surtout quand cette personne s'appelait Hermione Granger.
Hermione Granger n'était pas pour lui.
Et il allait le lui faire comprendre. Il savait qu'elle n'abandonnerait pas, qu'elle chercherait à comprendre, comme d'habitude. Il était décidé à lui faire savoir qu'il fallait qu'elle passe son chemin. Quitte à la rejeter. Il y était décidé. Dans ce cas…Pourquoi redoutait-il l'instant où il devrait lui dire d'oublier ?
Il était occupé à réfléchir ainsi, quand on toqua à sa porte.
Hermione attendit un instant, dansant d'un pied sur l'autre, les mains moites et le cœur battant.
Puis la porte s'ouvrit. Ou plutôt s'entrebâilla. Hermione eut juste le temps de voir les yeux furieux de Rogue avant qu'il ne referme la porte d'un geste sec.
Il y eut un courant d'air qui fit voler les cheveux d'Hermione. Levant les yeux au ciel et pestant contre le caractère de cet homme, elle frappa de nouveau à la porte, plus fort que la première fois. Elle attendit, sans trop d'espoir. Il ne lui ouvrit pas, comme elle s'y était attendue.
Elle fit claquer sa langue contre son palais. Il avait à ce moment une attitude si puérile qu'elle en oublia son anxiété.
- Severus, ouvrez cette porte, nous devons parler ! dit-elle assez fort.
Rien. Aucun mouvement, aucune réponse.
- Severus…, menaça-t-elle. Je vous jure que si vous n'ouvrez pas cette porte, je crie ce que j'ai à vous dire ici même, dans ce couloir. Et assez fort pour que le son parvienne à la salle commune de vos élèves…
Hermione sourit, satisfaite. Elle ne savait pas si elle était vraiment capable de déballer tout ce qui lui tournait dans la tête depuis des jours dans un couloir, mais elle se doutait que Rogue ne prendrait pas le risque qu'une telle chose arrive… Du moins, elle l'espérait.
Elle colla son oreille au battant de bois, se concentrant pour discerner des bruits de pas, ou un quelconque son qui indiquerait que Severus accédait à sa requête. Rien. Il y eut alors un bruit de serrure et la porte s'ouvrit brusquement. Hermione se recula juste à temps pour ne pas tomber sur le sol du salon du Maître des Potions.
Rogue, plus grand, plus sombre et plus menaçant que jamais, se tenait dans l'encadrement, entouré d'un halo doré que renvoyaient les flammes de la cheminée, derrière lui.
- Entrez, siffla-t-il, et épargnez-moi vos beuglements de troll…
Hermione roula des yeux. Severus se recula, invitant, ou plutôt autorisant, sa collègue à entrer. Elle s'exécuta. Le Maître des Potions referma la porte dans un son sinistre, et Hermione déglutit en sachant qu'elle serait à présent seule face à lui, dans cette pièce. Une note d'humour noir lui fit penser qu'elle devrait choisir ses mots avec soin, si elle voulait sortir d'ici entière…
La gorge sèche, elle resta bêtement debout, muette, tentant de se rappeler l'introduction de son discours.
- Si vous pouviez vous dépêcher de formuler vos horripilants bavardages…, dit la voix froide de Rogue.
Il avait encore la main sur la poignée de la porte, prêt à expédier Hermione hors de ses appartements dès qu'elle lui aurait parlé.
La jeune femme se mordit la lèvre.
- Je pense que vous n'ignorez pas pourquoi je suis venue, commença-t-elle.
Elle eut pour toute réponse un grognement peu engageant.
Prenant son courage à deux mains, regrettant de ne pas en avoir une troisième, Hermione continua :
- Je pense qu'il serait sage que… nous mettions les choses au clair.
Elle vit Rogue lâcher la poignée de la porte et faire un pas vers elle.
- Il n'y a rien à mettre au clair, Miss Granger…, déclara-t-il.
Hermione remarqua qu'il avait repris les formalités. Ce n'était pas bon signe…
Elle soupira ostensiblement et s'approcha de lui, bras croisés, une expression effrontée sur le visage.
- Oh que si, il y a beaucoup de choses à clarifier, Severus, et vous le savez très bien. Ce qu'il s'est passé à l'infirmerie…
-…n'aurait jamais dû arriver, la coupa-t-il sèchement.
Hermione pinça les lèvres.
- Ca s'est fait dans l'ordre des choses…, rétorqua-t-elle.
Rogue vrilla les yeux d'Hermione de ses iris sombres.
- Non, Granger ! Ca ne s'est pas fait dans l'ordre des choses !
- Vous niez que c'est arrivé ? demanda la jeune femme en haussant un sourcil, craignant un peu la réponse.
Severus la contempla étrangement, contractant sa mâchoire régulièrement.
- Non, finit-il par dire. Je ne nie pas. J'oublie.
Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent, et elle sentit une horrible boule enfler dans sa gorge. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais elle ne savait pas quoi répondre. Severus retourna à la porte et posa une main sur la poignée.
- Maintenant, dit-il d'une voix basse et menaçante, je pense que vous n'avez plus rien à me dire, et que vous pouvez par conséquent arrêter de m'imposer votre désagréable compagnie.
Hermione resta droite et immobile au milieu du salon.
- Non, je ne partirai pas.
- Je ne vous demande pas votre avis, Granger.
- Je sais.
Elle ne bougea pas malgré les éclairs que lançaient les yeux de Rogue. Ils restaient là, face à face et tendus, se défiant du regard, guettant les réactions de l'autre. Severus fit soudain claquer sa langue sur son palais. Il leva légèrement les mains, paumes vers le ciel.
- Qu'attendez-vous de moi, Granger ? demanda-t-il, sa voix trahissant son agacement.
Hermione se mordit la lèvre.
- J'attends de savoir pourquoi vous êtes parti après… Après.
Elle n'était pas capable de dire les derniers mots, un peu gênée. Severus sembla pris au dépourvu par sa réponse.
- Qu'aurais-je dû faire d'autre ? cracha-t-il en dardant Hermione d'un regard noir.
La jeune femme essuya ses mains moites sur sa robe de sorcière et fit un pas vers l'avant.
- Je ne sais pas ce que vous auriez dû faire d'autre, mais il est certain que vous auriez pu faire quelque chose de différent. Vous auriez pu…
Elle soupira, ferma les yeux. Que devait-elle dire ? Elle ignorait quoi répondre.
- Je ne sais pas, finit-elle par avouer. Mais en tout cas, vous auriez pu éviter de fuir comme si rien ne s'était passé.
- Je vois…, grimaça Rogue.
Il lâcha encore la porte. Lentement, d'une démarche menaçante, il s'approcha d'Hermione. Celle-ci sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine.
Il s'arrêta à quelques centimètres de sa collègue. Il se pencha en avant, la fureur brûlant dans ses yeux.
- Vous auriez voulu que je vous parle, peut-être…, susurra-t-il à l'oreille d'Hermione. Que je me comporte comme l'homme que vous croyez connaître… Comme l'homme pour qui vous pensez éprouver quelque chose…
Sa voix était douce et caressante. Sur ces mots, il posa ses mains dans le dos d'Hermione et l'attira contre lui. L'une de ses mains vint se perdre dans les cheveux de la jeune femme.
Hermione avait les yeux grands ouverts et le cœur battant.
- Tu aurais voulu que je te dise des choses à l'oreille…, chuchota-t-il, le menton sur l'épaule d'Hermione. Tu aurais voulu que je te parle de ce que je ressens…
Hermione le repoussa soudainement, apeurée.
- A quoi jouez-vous ?! s'exclama-t-elle.
Un ricanement horriblement glacial, terrifiant même, s'éleva de la gorge de Rogue, tandis qu'il s'éloignait d'elle. Il lui fit de nouveau face.
- Vous voyez, Miss Granger…, dit-il, méprisant. Vous avez peur de moi, et vous ne savez pas de quoi je suis capable. Vous croyez ma connaître, me comprendre, mais rien n'est plus faux ! Je ne suis pas l'homme que vous pensez connaître. Et je ne suis pas non plus celui qu'il vous faut.
Hermione déglutit. Elle avait été effrayée par ce brusque changement de comportement de la part de son collègue. Il avait raison. Il ne ferait pas ce qu'elle était susceptible d'attendre de lui. Oh, elle avait compris qu'il n'avait pas eu comportement normal, mais elle ne s'y attendait pas… Se serait-elle trompée ? Finalement, Rogue ne restait-il pas ce qu'il était depuis le début : une énigme ?
Cependant, Hermione se dit qu'il avait tort, aussi. Elle n'avait certainement pas peur de lui à ce point, comme il semblait le prétendre. Un peu, à ce moment, certes. Mais pas autant qu'il le pensait.
Elle se prépara à dire quelque chose, mais Rogue fut plus rapide.
- Vous êtes restée la petite Je-Sais-Tout prétentieuse que vous étiez, continua-t-il, celle qui prétend tout connaître et tout comprendre. Je pense que vous vous tenez face à une exception, ce soir. Mais ça, vous êtes incapable de vous en rendre compte, ou vous avez trop honte de vous avouer que pour une fois, quelque chose vous échappe !
La jeune femme secoua la tête. Il avait craché ces mots, plein de haine et de dédain.
- Vous ne m'effrayez pas à ce point, Severus, dit-elle à voix basse. Je sais très bien que vous voulez me faire fuir avec ces mots. Vous, en revanche, vous vous faites peur. Tout seul. Vous dites des choses qui sont valables pour vous.
Rogue fronça les sourcils. Hermione haussa les siens.
- Vous ne voyez pas de quoi je veux parler ? continua-t-elle, d'une voix faussement innocente. Vous craignez vos sentiments, et vous avez peur de ne pas vous connaître vous-même. Vous prétendez maîtriser ce que vous ressentez, vous prétendez savoir, mais ce n'est pas le cas. Vous avez peur de vous l'avouer, alors vous inventez des excuses. Et vous me rejetez la faute, en me disant que c'est moi qui aie peur et qui ne comprends pas…
Hermione voyait les dents de Severus se serrer alors que les traits de son visage se creusaient de plus en plus, sous l'effet de la rage que les paroles d'Hermione exacerbaient.
- Petite Je-Sais-Tout effrontée de Gryffondor…, marmonna-t-il.
Hermione déglutit. Des larmes commençaient à lui piquer les yeux. Oh, pourquoi lui faisait-il ça ? Pourquoi lui faisait-il croire des choses, pourquoi la rejetait-il ensuite en lui balançant des horreurs à la figure ? Elle avait pensé être passée à travers ce Rogue-là. Elle devait pourtant se rendre à l'évidence : elle s'était trompée.
Oui, il avait tort sur certains points, et il lui rejetait la faute par peur de se l'avouer à lui-même. Mais pourtant, il avait aussi raison. Après tout, sa personnalité, qu'Hermione avait pensé savoir déchiffrer, lui restait bel et bien inaccessible.
Elle eut à cet instant la désagréable impression de se tenir face à un inconnu. Mais cet inconnu n'était pas l'homme qu'elle avait embrassé. Du moins, elle l'espérait.
Elle s'avança vers lui, essayant de passer outre l'expression haineuse qu'il arborait.
- Alors, pourquoi m'avez-vous embrassée ? demanda-t-elle brusquement.
Il la scruta d'un œil vitreux et furieux à la fois. Ses poings se serraient. Hermione abolit courageusement le dernier pas qui les séparait. Elle planta son index sur le torse de Rogue.
- Vous voyez, vous ne voulez pas avouer que vous ressentez quelque chose pour moi ! s'écria-t-elle.
- Je…ne ressens…rien… pour vous ! cracha-t-il férocement.
Hermione nota que ces mots semblaient lui coûter un réel effort. Elle avait cependant le cœur au bord des lèvres. Elle essaya de ne rien laisser transparaître, mais sa voix tremblait malgré elle.
- Vous mentez… Vous pensez peut-être que je n'ai rien vu de vos gestes envers moi ? Je suis navrée de vous l'apprendre, mais ce que vous avez fait il y a trois jours a définitivement aboli mes doutes ! Assumez vos actes ! Vous êtes… un lâche !
Elle vit les traits du visage du Maître des Potions se contracter avec violence. Soudain, il la repoussa avec force, et Hermione heurta violemment le mur derrière elle. Elle vit Rogue s'approcher, et cette fois, elle prit vraiment peur. Elle n'eut pas le temps de faire un geste qu'il se trouvait là, devant elle. Il lui empoigna les bras et la plaqua contre la pierre.
- Ne me traitez pas de lâche ! cria-t-il. Vous ne savez rien de ce que veut dire ce mot, petite sotte !
Ce fut le rejet de trop pour Hermione. Des larmes se mirent à dévaler ses joues rougies par la colère.
- Pourquoi ?! s'écria-t-elle. Pourquoi vous comportez-vous ainsi avec moi ce soir ? Où est le véritable problème ?
Il approcha son visage de celui d'Hermione, les mains toujours étroitement serrées autour des bras d'Hermione.
- Le problème, Granger, c'est vous, et les certitudes que vous avez mises en place toute seule… Vos certitudes sur l'homme que je suis.
Hermione, ravalant ses larmes, vrilla les yeux de l'homme qui lui faisait face, les yeux du Severus Rogue qu'elle pensait avoir oublié, les yeux de l'autre Severus Rogue. Elle faisait face à celui qu'elle avait côtoyé en tant que professeur, pas à son collègue.
- Vous parlez des certitudes que j'ai à votre encontre ? demanda-t-elle d'une voix chevrotante. Que cherchez-vous, Severus ? Me protégez de ce que vous êtes ? Vous cherchez à me faire peur, à me faire perdre espoir ? C'est ça, n'est-ce pas ?
Ils restaient face à face, lui, une expression de colère gravée sur leur visage, elle, des larmes dévalant silencieusement ses joues. Les muscles du dos d'Hermione, plaqués contre la pierre, commençaient à la faire souffrir et ses bras s'engourdissaient sous la poigne de Rogue. Celui-ci détaillait son visage, et il semblait si furieux qu'Hermione se dit qu'elle avait visé juste dans ses explications.
- Vous ne savez pas ce que j'ai vécu…, dit soudain Rogue d'une voix basse, à quelques centimètres du visage d'Hermione. Vous ne savez pas ce que j'ai fait…
Lentement, ses mains descendirent le long des bras d'Hermione, et lui empoignèrent les avant-bras. Il la tira en avant. Hermione hoqueta de surprise et s'écroula sur le fauteuil derrière elle. Rogue se retourna et s'approcha d'elle.
- Vous ne savez rien de moi et de ma vie, de mes actes, de mes erreurs ! hurla-t-il, hors de lui, tandis qu'il posait ses mains sur les accoudoirs du siège, bloquant Hermione. Je ne suis pas celui qu'il vous faut ! Vous…
Il lâcha un soupir dédaigneux avant de terminer d'une voix basse :
- Vous ne pouvez pas comprendre…
Fulminant, il contemplait Hermione, sa mâchoire ne cessant de se contracter, les yeux empreint d'une fureur terrible.
- Alors… Expliquez-moi…, murmura Hermione d'une petite voix.
Les traits du visage de Severus semblèrent se relâcher une fraction de seconde, avant qu'il n'approche son visage de celui d'Hermione, les lèvres pincées.
- Je n'ai rien à vous dire.
Il s'éloigna enfin du fauteuil et lui tourna le dos. Hermione se releva précautionneusement, comme si elle craignait d'énerver une bête sauvage, puis se massa les bras, grimaçante. Elle fit courageusement un pas vers Rogue.
- Au contraire, murmura-t-elle. Vous avez des choses à dire. Je sais de quoi vous voulez parler…
Elle prit une profonde inspiration, tentant de calmer les battements effrénés de son cœur. Rogue se retourna à ces mots, un rictus fendant son visage.
- Vraiment, vous savez ? Voyez-vous ça… dit-il d'une voix narquoise et glaciale à la fois.
- De Lily, acheva-t-elle dans un souffle.
L'expression que Rogue arbora lorsqu'Hermione acheva sa phrase était si terrifiante que la jeune femme eut le réflexe de reculer.
- Vous ne voulez pas éprouver des sentiments pour quelqu'un d'autre parce que vous avez peur…de la trahir, continua-t-elle cependant.
Rogue fit un pas vers Hermione.
Celle-ci prit de nouveau une profonde inspiration. Maintenant qu'ils parlaient de Lily, autant continuer. Hermione savait que Rogue se croyait responsable de la mort de Lily, la seule femme qu'il avait aimée. Elle ne connaissait pas tous les détails de cette culpabilité, mais un petit pincement au cœur la saisit alors qu'elle pensait à la mère de Harry. La jalousie ?
- Il serait peut-être temps d'arrêter de vous jeter la pierre, Severus…, déclara Hermione à voix basse.
Les yeux de Rogue s'écarquillèrent un instant, puis son visage fut traversé par l'affliction et la colère. Il se précipita sur Hermione et lui saisit de nouveau l'avant-bras. Hermione poussa un petit cri.
Rogue la tira en avant. Il l'entraîna hors de ses appartements, sourd aux questions et protestations de sa jeune collègue. Il lui fit escalader quatre à quatre les escaliers des cachots, puis ils débouchèrent dans le grand hall, désert à cette heure. Rogue ne s'arrêta pas. Il ouvrit violemment la porte principale du château, sous les yeux écarquillés d'Hermione.
Il la fit sortir, descendre les grandes marches de marbre de l'imposant perron, puis l'entraîna dans le parc noyé sous la pluie et l'obscurité de la nuit. La pluie battante et glaciale saisit Hermione, lui martelant les joues et mouillant ses cheveux, rentrant dans ses yeux.
- Severus ! s'exclama-t-elle. Allez-vous me…
Elle n'eut pas le temps de finir que Rogue stoppa sa course. Il ne lâcha pas pour autant Hermione. Ils étaient seuls, debout dans le parc obscur, trempés par la pluie glaciale.
- Mais enfin ! s'écria Hermione. Qu'est-ce qui vous a pris ?! Vous êtes devenu fou !
Elle ne parvenait pas à discerner l'expression de Rogue, seulement sa silhouette, face à elle.
- Vous voyez, ça ?! s'exclama Rogue en montrant le ciel noir d'un geste de la main. C'est là-dedans que vous vous enfoncez, c'est ça, vos certitudes, Granger ! Le noir complet ! La nuit !
Hermione poussa un halètement. La voix de Rogue avait quelque chose de dément.
- C'est pour ça que vous m'avez emmenée dehors par ce temps ?! Pour me dire que…
-…Que vous ne pouvez pas comprendre et que vous ne savez rien de ce que j'ai été et de ce que je suis ! Vous ne savez rien des conséquences de mes actes passés ! Vous n'avez pas à me donner de stupides conseils pour que je me pardonne d'avoir…
Il ne termina pas sa phrase, poussant à la place un violent soupir. Hermione se passa la main sur le visage. Elle dégoulinait d'eau froide, ses cheveux tombaient devant ses yeux et elle commençait à grelotter tandis que la pluie pénétrait ses vêtements. Elle attrapa sa baguette dans sa poche et lança un Lumos. Elle aperçut le visage de Rogue. Il semblait décimé par la souffrance. Des mèches de ses cheveux lui dégoulinaient dans les yeux. Hermione hésita à prendre la parole, mais ce fut plus fort qu'elle.
- Vous devriez vous pardonner…, dit-elle d'une petite voix.
- Vous ne savez pas ce que vous dites, répondit-il, plein de morgue.
- Il y a bien des choses que j'ignore, reprit Hermione. Beaucoup. Mais vous oubliez un paramètre, Severus.
Rogue la regarda intensément. Hermione leva sa baguette, petit point lumineux dans l'immensité noire.
- Vous aurez beau vous persuader du contraire et tenter de me convaincre moi, il y a bel et bien des choses que je comprends.
Rogue eut une expression de dédain.
- Vous avez peur de trahir Lily, continua Hermione. Vous avez peur d'oublier vos sentiments pour elle. Vous ressentez des sentiments pour moi, et vous n'arrivez pas à les maîtriser. Mais vous avez l'impression de trahir Lily, alors…
- Taisez-vous…
- Non, je ne me tairai pas. Je me souviens de ce que vous m'avez dit, à Paris, continua-t-elle doucement. Vous m'avez parlé de ces femmes, vulgaires substituts de ce que Lily était et vous a fait ressentir. Vous aurez beau formuler toutes vos excuses, Severus, vous ne m'influencerez pas. A travers vos gestes, à travers tout ce que vous avez fait envers moi, je sais que je ne suis justement pas une de ces ersatz. Et c'est pour ça que vous tentez de m'ignorer.
Hermione soupira. Soudain, un ricanement glacial, emplit de cette démence passagère qu'il éprouvait, résonna au-dessus du son de la pluie. Rogue s'élança sur Hermione et lui bloqua douloureusement les épaules.
- Peut-être que c'est vrai, Granger…, répondit-il.
Rogue leva alors son bras gauche et repoussa sa manche. Il mit son avant-bras sous les yeux d'Hermione. La Marque des Ténèbres dégoulinait d'eau, et luisait sous la lumière de la baguette d'Hermione.
- Et ça, Granger, vous savez ce que c'est ? cria-t-il d'une voix démente. C'est un choix ! Et vous ne savez même pas à quoi il m'a mené ! J'ai fait des erreurs, j'en referai encore ! Et vous… Vous pensez éprouver des choses, mais vous ne savez pas de quoi vous parlez… Vous êtes jeune, et…
Hermione déglutit, les yeux soudain écarquillés.
- Vous craignez… de me faire du mal ? dit-elle d'une toute petite voix. Vous pensez que…je suis une erreur ? Et vous pensez que je suis trop jeune pour vous ? Que je suis trop jeune pour comprendre les sentiments ?
Sa voix s'étrangla dans sa gorge alors qu'elle prononçait une dernière phrase :
- Vous pensez… que je me trompe ?
Rogue la regarda avec attention. Les lèvres pincées, il ne répondit pas.
- Vous pensez que je me trompe sur ce que je ressens, que je me trompe sur vous, sur ce que vous êtes ? continua-t-elle d'une voix brisée.
La pluie redoublait de force. Mais Hermione, qui contemplait Rogue, oublia les gouttes glaciales qui trempaient son corps. Elle regarda les mèches de cheveux noirs qui barraient le visage de son collègue. Comment pouvait-il croire qu'elle ne savait pas interpréter ce qu'elle ressentait ? Et pourquoi la rejetait-il à ce point ? Craignait-il encore de se sentir coupable de quelque chose ? Craignait-il qu'elle le rejette à son tour, un jour, ou avait-il peur de représenter un risque pour elle ? Avait-il peur de lui nuire par une nouvelle erreur ?
Lentement, elle leva la main et dégagea une mèche qui tombait sur les yeux de Rogue. Il se recula d'un pas et lui enserra les poignets.
- Arrête ça…, dit-il d'une voix glaciale. Ca ne te suffit pas, tout ce que je viens de dire ?...
Hermione hésita un instant, surprise par le tutoiement soudain qu'il employait avec elle.
- Et vous, arrêtez d'essayer de me faire croire que vous êtes dangereux, que vous êtes coupable…, répondit-elle d'une petite voix. On fait tous des erreurs. Et vous n'êtes pas ce que vous tentez de me faire croire… Vous n'êtes pas un monstre…
C'était ce qu'elle pensait. Elle ne pouvait pas éprouver des sentiments pour un monstre. Mais lui, il la rejetait avec force, lui balançant à la figure tous les sentiments contradictoires qui l'animaient. Rogue fit un signe vers le ciel noir.
- Rappelle-toi de la couleur de tes certitudes…, dit-il d'une voix aussi froide que la pluie qui dégoulinait sur les joues d'Hermione.
Hermione étouffa un sanglot.
- Je… Je ne veux pas entendre ça…, murmura-t-elle.
Elle se mordit la lèvre.
- Je sais que tu n'es pas un monstre ! Ca, je le sais ! Tu tentes de me persuader que tu n'es pas celui qu'il me faut, en disant que je me trompe, que tu ne ressens rien pour moi… Mais…tu…tu… tu m'as embrassée ! Ca, c'est le geste qui met en bas toutes tes excuses, Severus !
Elle vit le visage de Rogue retourner à l'affliction.
- Une erreur, cracha-t-il durement.
Le petit espoir qui vivait encore au plus profond d'Hermione disparut à ce moment. Mais elle ne voulait pas abandonner ainsi ! Elle ne voulait pas lui faire croire qu'il avait gagné, qu'elle s'en irait comme ça !
Elle observa l'expression de Rogue. Il ne semblait plus si furieux. Il paraissait seulement… torturé.
Alors, Hermione sut. Elle sut que malgré tout ce qu'il pouvait dire, tout ce qu'il pouvait inventer comme excuse pour la convaincre qu'il n'éprouvait rien pour elle, il n'arrivait pas à se convaincre lui-même. Une étincelle d'espoir revint. Mais elle ne savait pas pour combien de temps. Elle allait lui faire savoir qu'elle avait compris.
- Même toi, tu tentes encore de croire au mot que tu viens de dire…, dit-elle.
Elle n'attendit ni la réaction, ni la réponse de Rogue. Refoulant ses larmes, elle fit volte-face et retourna vers le château. Elle tourna un peu la tête, et malgré le rideau de pluie, elle aperçut Severus faire de même. Elle accéléra le pas.
Arrivée au perron de l'entrée du château, elle gravit les marches et pénétra dans le hall. Elle entendait les pas de Rogue, quelques mètres derrière elle. Elle était bien décidée à le faire réfléchir, à lui montrer qu'elle ne lâcherait pas aussi facilement. Elle était Hermione Granger.
Cependant, ses pieds refusèrent de continuer après la deuxième marche du grand escalier de marbre qui menait dans les étages. La main crispée contre la rampe, elle se retourna.
Au même moment, Rogue, qui s'apprêtait à s'engager dans l'escalier des cachots, se tourna lui aussi.
Le regard à la fois triste et effronté d'Hermione croisa les yeux affligés de Rogue.
Ce fut comme un déclic.
Hermione fit demi-tour et se précipita vers Rogue. Tous les mots qu'il lui avait dits, tout ce qu'elle avait compris sur lui et ses intentions, tournèrent dans sa tête, dans un mélange insupportable de sons et d'émotions.
Rogue ne bougeait pas, la regardant avancer. Hermione fondit sur lui, lui agrippa les épaules. Elle plaqua ses lèvres sur celles de Rogue et des larmes brûlantes recommencèrent à dévaler ses joues. Puis elle s'écarta immédiatement de lui. Il semblait surpris. Lorsqu'elle vit qu'il s'apprêtait à se remettre en colère, Hermione s'écarta et, furibonde lui cria au visage :
- Sache que je n'abandonne pas, Severus Rogue !
Elle courut vers les escaliers et commença à les gravir. Rogue n'avait toujours pas bougé. Elle savait qu'elle cogiterait encore longtemps tout ce qu'il lui avait avoué. Elle allait passer une nuit blanche par sa faute… Crispant les lèvres à cette pensée, Hermione arrêta son ascension et hurla en direction du Maître des Potions:
- Et je ne te souhaite pas une bonne nuit !
Pus elle disparut dans les étages.
Voilààà ! J'ai l'intention de reprendre des publications plus régulière, dorénavant.
J'espère que ces trois chapitres vous ont plu ! N'hésitez pas à me laisser vos impressions !
