Et voici le deuxième chapitre du jour !
Bonne lecture !
Précipitation
La déclaration d'Hermione fut accueillie par un silence choqué. Minerva ôta lentement ses lunettes. Pomfresh s'écarta inconsciemment du lit sur lequel gisait Otacus Malefoy. Rogue avait le visage fermé. Et Hermione réfléchissait à toute allure pour tenter de trouver une autre explication.
Mais laquelle ? Après tout, si Bellatrix ne parvenait pas à l'atteindre par l'esprit, elle pourrait très bien se servir d'un simple contact d'Otacus. Hermione pensait que la douleur qu'elle avait ressentie en touchant le front du garçon pouvait servir à l'affaiblir. Bellatrix n'aurait alors qu'à en profiter…
Hermione tourna la tête vers Rogue. Celui-ci sembla soudain émerger de ses pensées. Il observa sa collègue.
- Dans ce cas, souffla-t-il, il n'y a plus de temps à perdre…
Hermione comprit qu'il faisait allusion à l'escapade qu'il avait prévue dans l'Allée des Embrumes.
Sans attendre de question ou de réflexion de la part de l'infirmière et de la Directrice, Severus agrippa le bras d'Hermione et la força à le suivre. Il la fit descendre en silence dans les cachots. Hermione avait du mal à le suivre sans tomber. Lorsqu'elle s'aperçut qu'ils se dirigeaient vers le bureau de Rogue, elle se demanda s'il ne fallait pas mieux retourner en cours et s'occuper du reste juste après. Tandis qu'ils passaient devant la salle de classe où devaient se trouver Flitwick et leurs élèves, Rogue répondit à la question qu'Hermione s'était intérieurement posée :
- Le temps est maintenant trop précieux pour qu'on prenne le risque de le perdre à tenter de percer le crâne dur de ces cornichons…
Il fit entrer Hermione dans son bureau et claqua la porte. La jeune femme se massa le bras, rendu douloureux par la poigne de Rogue. Son collègue se dirigea vers le fond de son bureau et attrapa une fiole sur une étagère. Il la posa sur le bureau et Hermione reconnut immédiatement la consistance boueuse du Polynectar. Elle ouvrit la bouche pour lui poser une question mais Rogue l'interrompit d'un geste de la main, sans même la regarder, tandis qu'il se dirigeait vers une armoire. Hermione renonça donc à lui demander en qui il voulait se transformer, et elle se dit que sa réponse ne saurait tarder.
En effet, Rogue ouvrit l'armoire, se baissa et saisit une grosse boîte de bois qu'il apporta sur le bureau. Hermione, intriguée, s'approcha.
Sans lui prêter la moindre attention, Rogue l'ouvrit. Les yeux de sa collègue s'écarquillèrent.
Dans la boîte se trouvait un nombre incalculable de petites pochettes transparentes, qui contenaient chacune une touffe de cheveux et un parchemin couvert d'encre rouge. Hermione tendit la main pour attraper une des pochettes, mais elle fut interrompue par la voix froide de Rogue :
- Ne touchez à rien, Granger !
Hermione resta un instant la main tendue au dessus de la boîte, se demandant si elle devait obéir ou non, mais un regard meurtrier de Rogue la fit battre en retraite. Elle se dit qu'il valait mieux ne pas trop l'énerver, si elle voulait arriver à quelque chose avec ses résolutions concernant leurs relations. Ce n'était nullement le moment de l'excéder. Cependant, il ne l'empêcherait pas de parler !
- A qui sont ces cheveux ? demanda-t-elle.
Rogue, qui était occupé à lire ce qu'il y avait de marqué sur les parchemins contenus dans les petites pochettes, lui répondit sans lever la tête :
- A des Moldus quelconques…, marmonna-t-il. C'est le moyen le plus efficace pour ne pas être pris : généralement, les sorciers qui ont attrait à la Magie Noire n'ont aucune fréquentation moldue, Granger, vous devriez le savoir.
Hermione ne répondit pas. Bien sûr, c'était logique. Au moins, il limitait les risques en prenant l'apparence de quelqu'un complètement coupé du monde magique. L'idée que l'on pouvait ainsi usurper l'identité d'un Moldu pour se rendre dans des endroits malfamés fit frémir la jeune femme.
- Mais, intervint-elle, s'il y a un problème, n'y a-t-il vraiment aucun risque que le Moldu…euh… 'utilisé' soit retrouvé ?
Un rictus déforma les lèvres de Rogue. Il retira une pochette de la boîte.
- Je ne vois pas comment il pourrait être retrouvé. Sans nom, sans même savoir que c'est là le visage d'un Moldu…
Il lut le parchemin de la pochette qu'il tenait dans les mains.
- Mais… Prendre une identité comme ça ne peut pas se faire sans…, tenta Hermione.
Soudain, Rogue laissa tomber la pochette sur son bureau, contourna le meuble et se précipita vers Hermione. Il avança sa tête à quelques centimètres du visage de la jeune femme.
- Ecoutez, Granger, puisque vous semblez si soucieuse du sort de ces chers Moldus, sachez qu'il est obligatoire d'attendre plusieurs années avant de pouvoir utiliser leur ADN, afin que leur double transformé soit plus jeune que le vrai, pour ainsi réduire un peu les risques de reconnaissance.
Il se retourna et attrapa la pochette posée sur son bureau, qu'il mit sous le nez d'Hermione. Celle-ci loucha et aperçut une touffe de cheveux bruns.
- Alors, il se peut que le Moldu dont je vais prendre l'apparence soit même mort depuis longtemps…
Hermione eut une expression horrifiée. Rogue leva un sourcil.
- Je vous effraie donc tant que ça ? susurra-t-il, un rictus fendant son visage.
Il paraissait ravi. Hermione se ressaisit.
- Non, mais… Je trouve ça… étrange… et malsain.
Un ricanement s'éleva de la gorge de Rogue. Il saisit Hermione par les épaules. Hermione sursauta. Voilà qu'il recommençait à devenir cet homme effrayant qu'elle avait côtoyé durant leur échange sous la pluie.
- Il serait tant d'ouvrir vos grands yeux innocents sur le monde qui vous entoure, Granger…, chuchota-t-il tout près du visage de sa collègue. Vous pensez très bien connaître le rôle que j'ai pu jouer pour l'Ordre… Vous pensez peut-être que j'ai été un espion hors pair qui a réalisé nombre de bonnes actions, qui brillait par le nombre de vies qu'il a sauvé ou je ne sais quelle autre absurdité de votre imagination aveugle… Nous ne sommes nullement dans un monde manichéen, Granger, et nous ne l'avons jamais été… Ne croyez pas que tous mes actes ont été blancs comme neige, sous prétexte que j'agissais du bon côté… Ne le croyez surtout pas.
Hermione ne répondit pas. Rogue la relâcha et ouvrit la pochette qui contenait les cheveux. La jeune femme prit une profonde inspiration. Elle n'était pas comme il semblait le croire. Elle n'était pas une gamine qui pensait qu'il n'y avait eu que les méchants et les gentils. Et elle savait très bien que jamais Rogue ne pourrait être qualifié comme quelqu'un de bon, pur et innocent… Le fait de penser ces mots à l'égard de Rogue lui fit une impression bizarre. Et erronée. De toute façon, même s'il pensait ce qu'il venait de lui dire, Hermione était sûre que c'avait été une nouvelle tentative de l'effrayer pour l'éloigner de lui. Une tentative infructueuse, une fois encore.
Elle s'approcha de Rogue.
- Il y a tout de même une faille dans votre plan, déclara-t-elle.
Il leva la tête vers elle, et il n'aurait pas arboré une expression différente si Hermione lui avait lancé des insultes à la tête. La jeune femme, bien évidemment, croisa les bras et ne se démonta pas.
- Vous savez très bien que les… commerçants de l'Allée des Embrumes sont tous méfiants… Êtes-vous certains qu'ils vous laisseront faire vos achats sans poser de questions, alors qu'ils n'auront jamais vu votre tête quelque part ?
Elle haussa un sourcil tandis que Rogue se redressait.
- C'est justement pour éviter cela que les pochettes contiennent des parchemins de description, Granger, annonça Rogue.
Il lui montra le parchemin de la pochette qu'il avait sortie de la boîte, et Hermione put y lire une longue liste de caractéristiques physiques, de la forme de la mâchoire en passant par la disposition des cicatrices.
- Avoir une tête peu avenante et menaçante n'est jamais de trop pour influencer la première impression…, dit Rogue en enlevant le parchemin de la vue d'Hermione.
Il haussa un sourcil devant l'air sceptique d'Hermione.
- Et si ce n'est pas assez ? rétorqua-t-elle.
Les commissures des lèvres de Rogue tiquèrent. Il plongea la main dans sa poche et en sortit une bourse qu'il lança sur le bureau. Elle tinta fort, et Hermione en déduisit qu'elle devait être pleine de Gallions.
- Ceci permet toujours de dissiper les derniers doutes, déclara Rogue sombrement.
Hermione ne répondit pas. Elle regarda Rogue déboucher sa fiole de Polynectar et y mettre un cheveu de la pochette. Hermione écarquilla les yeux.
- Non ! s'exclama-t-elle, s'attendant à ce que Rogue porte le flacon à sa bouche d'un instant à l'autre. Vous n'allez pas y aller comme ça !
Rogue la considéra un instant, une expression excédée sur le visage.
- Quel est le problème, encore ? demanda-t-il entre ses dents.
- Je vous avais dit qu'il fallait prendre un peu de temps ! Cinq jours, jusqu'à Halloween, afin de tout préparer !
Un rictus passa sur le visage du Maître des Potions.
- Honnêtement, Granger, qu'est-ce que ce délai aurait pu apporter de plus ?
Hermione regarda au plafond, se mordillant la lèvre.
- Eh bien… Je ne sais pas… On aurait pu tenter d'interroger Otacus, ou…
- Je ne vois pas ce que vous pourriez en tirer. Ce gamin est une coquille vide.
- Comment pouvez-vous le savoir sans avoir rien tenté ?
Rogue soupira, posa sa fiole et plaça ses mains à plat sur le bureau. Il avança son visage vers Hermione.
- Est-ce que ce gosse vous donne l'impression d'avoir conservé sa mémoire ? Avez-vous vu dans le regard de ce garçon la moindre lueur qui pourrait vous laisser penser qu'il reste quelque chose à l'intérieur de son corps ?
Il afficha un air victorieux, voyant qu'Hermione s'était rembrunie à mesure qu'avançait son discours.
Elle inspira profondément. Puis elle lui lança un regard noir.
- Vous êtes… exaspérant.
Rogue haussa un sourcil.
- Voyez-vous ça…, susurra-t-il. Et pourrais-je donc savoir pourquoi ?
- Parce que je pense que vous… avez raison.
Hermione vit les commissures des lèvres de Rogue se relever en une ébauche de sourire, qui disparut aussi vite. Il fixa les yeux d'Hermione.
- Je suis ravi de vous l'entendre dire, Miss Je-Sais-Tout…
Il reprit sa fiole de Polynectar dans la main, ignorant le regard noir d'Hermione. La jeune femme se mordit la lèvre. La vérité était qu'elle n'avait nullement envie qu'il parte, et qu'elle tentait de le retenir. Parce qu'il serait seul, alors qu'elle aurait voulu l'accompagner. Et elle avait peur pour lui.
En vérité, elle ne savait plus que penser.
Il fallait que cette expédition se fasse le plus rapidement possible pour pouvoir avancer sur les recherches du livre. Mais Hermione ne voulait pas non plus précipiter les choses, de peur de tout faire de travers…
Et il était évident que cela était bel et bien précipité.
Poussant un soupir déterminé, elle contourna le bureau et se planta face à Rogue.
- De toute façon, reprit Hermione, le Polynectar ne vous permet pas de rester transformé assez longtemps pour…
Rogue la fusilla du regard.
- Pour qui me prenez-vous, Granger ? Me croyez-vous donc incapable d'apporter des modifications à une potion ?
Non, bien sûr, c'était stupide. Hermione serra les poings, réfléchissant à d'autres arguments. Mais elle n'en avait plus.
- Bon, écoutez Severus, il ne faut pas que vous partiez. Nous brûlons des étapes, et ça ne peut que nous nuire, parce que…
- Granger, je connais l'endroit où je suis censé me rendre, et je ne m'y attarderais pas, si cela peut vous faire…plaisir. Je vous rappelle que le rôle que j'ai pu jouer ces dernières années m'a fait adopter un certain nombre de réflexes. Il n'y a pas de risques. Et je sais quoi chercher.
- Mais Severus…
- Il n'y a pas de « mais ».
Il tenta de contourner Hermione pour passer, mais celle-ci ne bougea pas. Il pinça les lèvres. Puis il fit volte-face et contourna le bureau par l'autre côté.
Hermione se dépêcha d'aller se poster devant la porte. Il fallait qu'il se rende compte que ce n'était pas une bonne idée de partir si vite. L'estomac de la jeune femme se tordait douloureusement alors qu'elle pensait à ce que Severus voulait faire. Non, vraiment, elle pourrait bien prendre encore de la Potion de Sommeil Sans Rêve pendant quelques temps… Il faudrait juste surveiller Otacus…
Rogue s'approcha d'Hermione d'une démarche menaçante, voulant apparemment franchir la porte. Hermione croisa les bras et leva le menton.
- Severus, je suis consciente que vous voulez faire avancer les choses, mais je trouve que cela va un peu trop vite…
Le Maître des Potions se pinça l'arête du nez, excédé.
- Granger, pensez-vous que c'est la première fois que je dois faire face à ce genre de mission précipitée ? Car dans ce cas, la réponse est non. Maintenant, poussez-vous et laissez-moi passer.
Il tenta d'écarter Hermione mais elle résista.
- Mais Severus, il ne faut pas y aller si vite car…
- Et c'est vous qui allez m'en empêcher, peut-être ? demanda-t-il, un sourcil levé en signe d'incrédulité.
Hermione ouvrit la bouche un instant avant de rétorquer :
- Eh bien, oui.
La fureur passa un instant sur le visage de Rogue, avant qu'il n'arbore un sourire mauvais. Il s'avança encore, se retrouvant très près d'Hermione.
- J'aimerais bien voir ça…, susurra-t-il.
Lentement, il leva une main et écarta une mèche de cheveux qui barrait le visage d'Hermione, qu'il cala derrière l'oreille de la jeune femme. Ce geste eu pour effet de désarmer sa collègue, qui ne s'y attendait pas. Alors qu'elle plongeait ses yeux dans ceux de Rogue, il en profita pour la repousser sans ménagement et franchir la porte, saisissant une cape de voyage sur un porte-manteau au passage.
- Navré de briser vos résolutions, lança-t-il par-dessus son épaule tandis qu'il s'engageait dans le couloir.
Hermione se ressaisit et poussa un cri de protestation.
Rogue avançait dans le corridor à grandes enjambées, et Hermione lui courut après jusque dans le Hall. Ils croisèrent McGonagall qui revenait de l'infirmerie, et Hermione vit là un dernier espoir de faire entendre à Severus que cette précipitation était dangereuse.
La Directrice interpela Severus, qui fut contraint de s'arrêter. Hermione arriva à leur hauteur et, avant que Severus ne l'ait fait taire, elle lui expliqua toute la situation. McGonagall réagit à l'opposé de ce qu'attendait Hermione, donnant raison au Maître des Potions.
- Severus, c'est tellement… dévoué de votre part de vouloir ainsi replonger dans le danger pour nous débarrasser de Lestrange.
- Mais…, commença Hermione.
- Miss Granger, l'interrompit McGonagall, sachez que ce n'est pas la première fois que Severus s'engage aussi vite face à la nécessité d'une intervention, et…
- Je sais, mais…
- Le jeune Malefoy est dans un état lamentable, vous l'avez vu, il n'est pas bon d'attendre. Et cela vaut pour vous aussi, Miss Granger.
- C'est vrai, mais…
- Je vous fais confiance, la coupa une nouvelle fois McGonagall en se tournant vers Rogue. Votre expérience est un moyen de me rassurer.
Hermione se dit que la Directrice n'avait pas l'air pleinement convaincue de la rapidité de ce départ, mais le fait que le temps pressait parut faire évaporer ses doutes.
Minerva McGonagall donna donc son accord, au grand dam d'Hermione.
Et c'est ainsi que Rogue sortit du château, baguette et fiole de Polynectar à la main, cape de voyage sous le bras, et Hermione trottinant derrière lui, décidée à l'accompagner jusqu'à ce qu'il s'en aille, puisqu'il n'y avait pas moyen de lui faire changer d'avis.
Ils atteignirent le portail, et la boule dans le ventre d'Hermione ne fit que grossir. Elle ne pourrait plus le convaincre d'attendre, semblait-il.
Rogue s'apprêta à franchir le portail sans le moindre regard à l'attention d'Hermione, mais celle-ci lui mit une main sur l'épaule. Il fut contraint de se retourner, les traits contractés par l'irritation.
- Sachez, Granger, que vous m'avez définitivement convaincu de votre compréhension réduite en ce qui concerne la nécessité d'aller vite, alors épargnez-vous la peine d'une nouvelle tentative de persuasion…
Hermione lui jeta un regard noir. Avant qu'il n'ait pu faire volte-face, elle lui empoigna le devant de la cape des deux mains.
- Tu as intérêt à revenir…, dit-elle d'une voix froide.
Rogue arbora d'abord une expression impassible. Puis un rictus étira ses lèvres minces.
- Soyez-en sûre…, susurra-t-il.
Puis, il approcha son visage de celui d'Hermione et termina :
- Juste pour t'entendre dire encore une fois que j'avais raison…et que tu avais tort…
Avant qu'Hermione n'ait pu rétorquer quoi que ce soit, il se dégagea et franchit le portail. Hermione le vit boire sa fiole, et quelques secondes plus tard, il avait l'apparence d'un homme grand et massif, aux cheveux épais et sales qui lui tombaient sur les épaules. Ses joues étaient barrées de cicatrices, et ses petits yeux exprimaient une pure méchanceté.
Ce fut la dernière image qui arriva aux yeux d'Hermione avant qu'il ne transplane.
La jeune femme resta un instant appuyée contre le portail, en pleine réflexion.
Elle avait peur pour Severus, mais elle se raisonna rapidement en se disant qu'il avait été espion, Mangemort, et qu'il avait tout simplement apprivoisé le danger.
De toute façon, elle allait en quelque sorte se changer les idées. Peut-être Rogue avait-il cru qu'elle resterait bien sage à l'attendre.
Elle n'espérait pas pour lui que cette pensée lui ait traversé l'esprit. Dans ce cas, c'aurait été mal connaître Hermione Granger…
Elle regagna le château.
Severus transplana dans un recoin sombre de l'Allée des Embrumes. Rien n'avait changé. Il y faisait toujours aussi sombre, les pavés humides luisaient sous la lumière du ciel gris et lourd. Le Maître des Potions remonta sa capuche sur sa tête qui n'était pas vraiment la sienne, et plongea sa main droite dans sa poche, prêt à dégainer sa baguette à la moindre alerte. Il balaya la rue du regard, détailla rapidement les échoppes aux vitrines crasseuses et regorgeant d'objets étranges et terrifiants. Des images de son passé revinrent flotter devant ses yeux, mais il les rejeta vers les limbes de sa mémoire d'un battement de paupière.
Il avança d'un pas assuré, repoussant tous les souvenirs qui lui venaient à l'esprit. La ruelle était déserte. Et c'était tant mieux. Il observa les devantures des boutiques, cherchant ce dont il avait besoin. Il s'arrêta devant une librairie miteuse et en poussa sans hésiter la porte. Un grelot rouillé grinça à son entrée. Un vieillard sortit de l'arrière-boutique et regarda Rogue d'un air suspicieux.
Severus le salua d'un hochement bref du menton et, sans rien dire, s'avança entre les étagères recouvertes de livres poussiéreux. Le Maître des Potions passa lentement son index sur les vieilles tranches des ouvrages, lisant attentivement leurs titres, son doigt laissant une trainée dans la poussière qui s'était déposée au fil du temps.
Traité de Magie Antique. Âme et Magie Noire. Les pouvoirs du sang dans l'Art des Potions.
- Puis-je vous aider ? demanda soudain une voix nasillarde derrière le dos de Rogue.
Celui-ci ne se retourna même pas.
- Non, répondit-il d'une voix glaciale. Je ne fais que regarder.
Le vendeur émit un léger ricanement.
- Voyons… Tous ceux qui viennent ici savent ce qu'ils cherchent…
Très lentement, Rogue se tourna vers le vendeur, qui arborait un sourire carnassier et édenté. Severus jaugea un instant le visage du commerçant, puis dit doucement :
- Très bien… Je cherche des livres sur l'histoire de la Magie Noire au Moyen-âge.
C'était le meilleur moyen d'écarter les soupçons : lui répondre. Le vendeur prit une expression intéressée.
- Ah… Vous souhaitez vous plongez dans les tréfonds de la Magie Noire… Et que voudriez-vous en faire ? murmura-t-il.
Rogue fronça les sourcils.
- Je ne suis pas sûr que cela vous regarde, répondit Rogue entre ses dents.
- Bien sûr, bien sûr… Suivez-moi.
L'homme se dirigea vers une des étagères, et Rogue remarqua qu'il boitait. Le vendeur lui indiquait une rangée de livres. Il y en avait peu, et tous étaient dans un état de dégradation avancée. Severus ne prit pas la peine de remercier l'homme et s'approcha des livres.
A ce moment, le grelot à l'entrée de la boutique retentit. Rogue et le vendeur se tournèrent d'un même mouvement. Une silhouette sombre, enveloppée dans une cape et un capuchon dissimulant son visage, entra dans la petite boutique.
Rogue fronça les sourcils en voyant que le vendeur pâlissait à vue d'œil.
Le nouvel arrivant observa Rogue, du moins c'est ce que put en déduire le Maître des Potions en voyant la capuche se tourner vers lui. Il ne pouvait distinguer ni le visage ni les yeux de la silhouette, et cela ne lui plaisait pas.
La silhouette reporta son attention sur le vendeur, et Rogue l'entendit déglutir. Le commerçant fit un petit signe à l'arrivant et lui indiqua l'arrière-boutique. Sans regarder Severus, il s'y rendit à la suite de la silhouette d'un pas pressé. La porte se ferma derrière eux, et Rogue entendit le verrou tourner.
Le Maître des Potions reporta son attention sur les vieux livres, mais au moment où il s'apprêtait à saisir un des vieux grimoires, un cri de rage retentit de l'autre côté de l'arrière boutique.
Ca n'avait été qu'un cri bref, car le son semblait avoir été coupé, comme sous l'effet d'un sort de silence qu'on viendrait de lancer.
Mais c'avait été suffisant pour que Rogue arrête son geste. La main encore tendue dans le vide, il ferma un instant les yeux, puis les rouvrit, se forçant au calme.
Parce que cette voix, il l'avait reconnue.
C'était celle de Bellatrix Lestrange.
Alors alors ? Qu'en avez-vous pensé ?
N'hésitez pas à me laisser vos impressions !
A très bientôt pour la suite ! :D
