Bonjour ! Merci pour vos lectures et vos reviews ! (Merci aussi à Annie et Manon ;) )
Voici donc la suite, bonne lecture !
Ginny Weasley marchait d'un pas rapide dans les rues humides de Londres. Elle souffla machinalement quand une mèche de cheveux rabattue par le vent vint lui barrer le visage. Elle serra ses bras autour d'elle pour se protéger du froid de novembre, et assura du même mouvement sa prise sur le bouquet de fleurs et la boîte de sablés maison que sa mère lui avait donnée.
- La pauvre Hermione, avait dit Molly en fourrant dans les bras de sa fille un tas de friandises. Toute seule dans sa chambre depuis… une semaine, déjà ! Embrasse-là de ma part !
Ginny se mordit la lèvre. Elle ne comprenait pas comment Hermione avait pu se désartibuler. Enfin, on parlait d'Hermione Granger ! Et Hermione Granger ne ratait aucun transplanage ! Hermione Granger ne pouvait pas laisser derrière elle la moitié de la peau qui recouvrait son bras !
Ginny avait la forte impression que tout le monde lui cachait quelque chose. Quand elle avait débarqué à Ste-Mangouste une semaine auparavant, informée de ce qu'il venait d'arriver, elle avait trouvé Ron, Harry et McGonagall en pleine discussion. Discussion qui avait cessé brusquement quand les pas de Ginny avaient résonné dans le couloir. Ginny avait immédiatement su qu'il y avait quelque chose de louche. Elle avait bien tenté de faire parler son frère et Harry. En vain. Et McGonagall avait parlé d'un accident, un simple accident, un accident qui pouvait arriver à tout le monde.
A tout le monde, peut-être. Mais pas à Hermione.
Tous les jours, Ginny, Ron et Harry se relayaient pour rendre visite à Hermione.
Aujourd'hui, c'était le tour de Ginny.
Aujourd'hui, elle était bien décidée à tirer les vers du nez de son amie. Coûte que coûte.
Appuyée contre son oreiller qu'elle avait calé dans son dos, Hermione observait Rogue qui scrutait d'un air dur le ciel gris, derrière la fenêtre. Il soupira une fois. Puis, droit et raide, il pivota sur ses talons et planta ses yeux dans ceux d'Hermione.
- Non, asséna-t-il.
Hermione leva un sourcil.
- Tu sais très bien que je ne changerai pas d'avis, Severus. Et ce n'est pas en employant le ton que tu utilises avec tes élèves que tu parviendras à me faire peur.
Il fit claquer sa langue contre son palais et scruta Hermione avec froideur.
- Je pense qu'un seul mot peut qualifier ton… projet : suicide.
Hermione leva les yeux au ciel. Puis, elle soupira et croisa les bras avant de rétorquer.
- Je résume : on ignore toujours les desseins de Bellatrix, Drago et Otacus sont toujours maintenus dans le coma, nous n'avons toujours pas étudié le livre que nous avons ramené de Paris…
- Au départ, Hermione, nous devions commencer par ouvrir ce livre…, rappela Rogue en serrant les dents. Les deux Malefoy attendront.
- Je pense que les Malefoy sont le vrai point de départ, répondit-elle. Il est essentiel de voir si Otacus n'est plus qu'un corps vidé de son esprit.
Quant à son frère, il doit certainement pouvoir nous aider… Il a bien dû entendre une quelconque conversation qui pourrait nous orienter sur les projets de Bellatrix… Il pourrait nous raconter les faits de la mort… du meurtre… de sa mère.
- Et si jamais nous parvenions à retrouver les lambeaux de l'âme du jeune Malefoy, comment pourrions-nous le protéger d'une nouvelle attaque de Bellatrix sans effectuer des recherches préalables dans le Livre ? dit Rogue en arquant un sourcil.
Hermione soupira, puis haussa les épaules.
- Il faut bien commencer quelque part. Et je pense que les Malefoy ne l'intéressent plus.
Elle prit une profonde inspiration.
- C'est moi qu'elle veut. Et c'est pour ça qu'il faut que je rentre à Poudlard au plus vite, pour y être en sécurité.
Hermione porta par réflexe sa main à l'épais bandage qui enroulait son bras gauche. Les yeux de Rogue s'y posèrent un instant, avant qu'il ne détourne le regard et le porte de nouveau vers la fenêtre.
- Ce n'est pas en tentant d'entrer dans la tête d'Otacus que tu seras en sécurité…
- C'est bien pour ça que j'ai besoin de tes talents, Severus, tenta Hermione.
- Non, répéta son collègue.
Hermione leva un sourcil.
- Dans ce cas…, fit-elle malicieusement. Tu verras avec McGonagall…
Rogue fit volte-face.
- Cette vieille chouette est d'accord ? demanda-t-il d'une voix basse où pesaient les menaces.
Hermione acquiesça, satisfaite.
- Par pure solidarité Gryffondor, je suppose…, souffla Rogue. Ou alors pour s'assurer que c'est bien elle qui commande…
Un silence tomba sur la pièce.
Depuis une semaine, ces silences étaient devenus fréquents entre eux. Des silences où planaient les événements des derniers jours, Bellatrix, et toujours ce malaise de la scène du passé de Rogue.
Tous deux savaient que l'autre y pensait. Mais tous deux faisaient comme si de rien n'était.
- Lestrange a réussi à contrôler ton corps à chaque fois que tu es entrée en contact avec Otacus, fit Rogue sans regarder la jeune femme.
- Je sais.
Rogue tourna les yeux vers elle. Il semblait excédé. Sa mâchoire se contractait et ses yeux vrillaient ceux d'Hermione avec froideur. Quiconque aurait battu en retraite devant ce regard du Maître des Potions. Mais pas Hermione.
Celle-ci se redressa dans son lit.
- Ma blessure est en train de se refermer, je suis certaine que depuis que tu m'as aidé à la repousser, elle perd petit à petit son pouvoir sur moi ! Et faire l'expérience avec Otacus serait un moyen de vérifier que…
- Non ! trancha Rogue.
- Alors quoi ?! s'écria Hermione.
Elle voulut appuyer ses mots en levant brusquement les bras, mais elle grimaça en bougeant son bras blessé. Les yeux de Rogue observèrent de nouveau le bandage une fraction de seconde.
Hermione capta son regard.
- Severus, je t'ai déjà dit que je ne t'en voulais pas.
Il grogna. Hermione attendit qu'il ajoute quelque chose. Il demeura de marbre.
- Ce que je n'arrive pas à savoir, dit-elle doucement, c'est si tu t'en veux parce que tu m'as blessée moi, ou bien parce que ton ego en a pris un coup…
- Ne recommence pas, ou je risque de perdre patience…
- Tu n'as jamais été patient.
- Raison de plus…
Hermione sourit un peu.
Elle ne se rappelait pas vraiment de leur transplanage raté, une semaine auparavant. Elle s'était évanouie un instant, jusqu'à ce qu'une douleur fulgurante lui déchire le corps. Elle s'était sentie tomber lourdement sur quelque chose de dur, l'image floue de Poudlard avait dansé devant ses yeux, puis plus rien.
Elle s'était ensuite réveillée dans cette chambre, le bras douloureux, avec un Rogue à l'air torturé assis à côté d'elle.
Evidemment, Severus avait pris un gros risque en effectuant un transplanage d'escorte dans l'état d'épuisement et de stress dans lequel ils étaient, en plein métro de Londres. Mais Hermione ne le blâmait pas. Après tout, la blessure qu'elle avait récoltée n'était pas si grave, bien que la peau mette du temps à repousser sur la surface de son bras gauche. Et puis, elle préférait ça plutôt que de retomber aux mains de Bellatrix. Mais Rogue ne l'entendait pas de cette manière, et il peinait encore à regarder le bras blessé d'Hermione. De nombreuses fois, elle avait vu l'ombre qui passait sur son visage alors que ses iris effleuraient la blessure dont il était responsable.
Durant la semaine qu'elle avait passée à Ste Mangouste, Hermione avait eu tout le temps de réfléchir. Le moment avait été propice pour faire un bilan. Tant d'événements s'étaient produits en si peu de temps… Et tant de choses restaient à accomplir…
Hermione avait émis l'idée que connaître les projets de Bellatrix était une priorité. Elle avait longtemps pesé le pour et le contre, mais la jeune femme était de plus en plus persuadée que Bellatrix ne se risquerait pas immédiatement à tenter de la posséder de nouveau. La résistance de Rogue et Hermione lui avait causé trop de problèmes. La jeune femme ne savait toujours pas quel était le but que s'était fixé Bellatrix, et en quoi elle lui était nécessaire.
Ainsi, Hermione avait pensé qu'il fallait commencer par sauver les frères Malefoy.
Premièrement pour tenter de récolter des informations. Deuxièmement, pour fermer les portes d'accès à Bellatrix. Cependant, il fallait pour cela entrer dans l'esprit des Malefoy, et elle ne pouvait le faire sans l'aide de Severus. Mais celui-ci ne semblait pas décidé à lui faire courir le risque…
Hermione détailla le visage de Rogue, de nouveau tourné vers la fenêtre. Il semblait torturé. Encore.
La jeune femme balança ses jambes d'un côté du lit, puis se leva précautionneusement, évitant de s'appuyer sur son bras douloureux. Elle approcha doucement de Rogue, puis, une fois derrière lui, regarda comme lui par la fenêtre. Elle suivit des yeux les nuages bas d'un gris acier qui parcouraient le ciel londonien. Puis, lentement, elle posa son menton sur l'épaule de Rogue.
Elle sentit les muscles du Maître des Potions se tendre. Il s'écarta d'elle, se détourna de la fenêtre et d'Hermione. Il se prépara à quitter la chambre, mais la voix basse d'Hermione l'arrêta.
- Pourquoi fuis-tu, tout le temps ?
Elle fit volte-face. Rogue s'était lui aussi retourné, et la toisait. L'onyx de son regard s'agitait comme une lave. Hermione s'y sentait aspirée, avalée tout entière dans la profondeur sombre qui s'ouvrait face à elle.
Rogue sembla perturbé par le regard désolé d'Hermione.
Et elle ne savait plus que dire.
Alors lentement il s'avança vers elle, comme en proie à un besoin qu'il ne pouvait plus contenir. Il s'approcha jusqu'à ce que leurs corps se touchent, puis il posa, avec une tendresse et une douleur infinies, un baiser brûlant sur le front d'Hermione.
Puis il se retourna, et Hermione le sentit s'échapper.
Elle sentit que celui qu'il était lui échappait, une nouvelle fois, comme de la fumée entre ses doigts.
Ginny parcourait les couloirs identiques et sinueux de l'hôpital Ste Mangouste. Elle regardait défiler les numéros sur les portes toutes identiques des chambres, et parvint enfin à la chambre d'Hermione.
Au moment où elle levait le poing pour frapper, elle regarda par la petite lucarne de la porte. Et ce qu'elle vit la figea sur place.
Severus Rogue.
Le cœur de Ginny fit un bond violent dans sa poitrine. Fronçant les sourcils, elle se baissa légèrement, de façon à mettre seulement ses yeux à hauteur du bas de la vitre. Elle regarda précipitamment à droite et à gauche du couloir, vérifiant qu'aucun Médicomage ne se trouvait dans les parages, puis elle reporta son attention sur la chambre d'Hermione, et son étrange visiteur.
Que faisait Rogue ici, par Merlin ? Que voulait-il à Hermione ?
De son point de vue, Ginny ne pouvait voir que les jambes croisées d'Hermione, sur son lit, et Rogue debout face à elle. Il avait le visage crispé, et semblait comme… torturé.
Ginny s'étonna de le voir se départir de son masque glacé.
Elle tenta d'entendre ce qu'ils disaient, en vain. Elle pensa qu'un sort de silence avait été jeté sur la porte. Un doute s'insinua en elle. Et si Rogue voulait du mal à Hermione ? Ginny posa la main sur sa baguette magique, qui dépassait de la poche de son pantalon.
Elle repensa à Ron et Harry. Il sembla soudain à Ginny qu'elle avait capté le nom de Rogue dans une de leurs conversations, alors qu'ils faisaient des messes basses à propos de l'accident d'Hermione.
Le doute de Ginny s'intensifia.
Elle vit soudain Hermione se lever. Par réflexe, elle se baissa et son genou cogna contre la porte. Elle retint son souffle, persuadée qu'elle avait été entendue. Ce ne fut pas le cas.
Rogue était à la fenêtre, et lui tournait le dos. Hermione vint se placer derrière lui.
Ginny sentit son sang se figer dans ses veines quand son amie posa son menton sur l'épaule de Rogue.
- Qu'est-ce que…, souffla-t-elle d'une voix blanche, son sang circulant de nouveau sous les battements rapides de son cœur.
Rogue s'écarta et se retourna. Ginny se plaqua en vitesse contre le mur à la gauche de la porte, puis, lentement, jeta un œil par la vitre. Ni Rogue ni Hermione ne regardait dans sa direction.
Elle vit alors le Maître des Potions s'approcher près d'Hermione. Très près. Trop près.
Et Hermione qui ne le repoussait pas !
La mâchoire de Ginny manqua de se déboiter quand elle vit Rogue embrasser Hermione sur le front.
Ginny souffla un juron. C'est alors qu'elle vit Rogue se tourner. Il allait sortir, elle en était sûre.
Ginny réagit au quart de tour. Elle se précipita vers l'angle du couloir, par où elle était arrivée. Elle devait à tout prix éviter de croiser Rogue. Elle se mit à courir à toute vitesse, ses chaussures plates couinant sur le sol ciré et glissant. Elle tourna à l'angle du couloir et manqua de s'écrouler de tout son long sur une civière où un sorcier à la peau violette et boursouflée se tordait de douleur. Elle fit une grimace. De nombreux Médicomages étaient réunis autour du brancard et discutait diagnostic. Ginny se mordit la lèvre. Jamais elle n'aurait le temps d'éviter Rogue ! En aucun cas elle n'aurait l'air discret si elle se mettait à renverser sur son passage tout le personnel de l'hôpital.
Elle réfléchit à toute vitesse. Une idée de dernière seconde lui vint à l'esprit. Il fallait qu'elle fasse demi-tour et qu'elle marche d'un air détaché. Avec un peu de chance, Rogue croirait qu'elle venait seulement d'arriver pour rendre visite à Hermione…
Elle calma rapidement sa respiration, mais son cœur battait si fort qu'elle eut l'impression que ses battements retentissaient dans le couloir.
Elle secoua la tête pour remettre ses cheveux d'aplomb et serra contre elle le bouquet de fleurs et la boîte de biscuits. Elle se força à afficher un air neutre puis revint sur ses pas d'une démarche qui se voulait assurée. Elle retourna dans le couloir, et sursauta violemment quand Rogue apparut dans son champ de vision.
Malgré elle, Ginny le fusilla du regard. Elle voulut continuer son chemin vers la chambre d'Hermione, mais Rogue, qui l'avait détaillée rapidement en s'approchant d'elle, lui barra le passage. Leur arrêt ne dura qu'une paire de secondes, durant laquelle ils se toisèrent méchamment. Ginny ne baissa pas les yeux, et elle put ressentir, jusqu'au plus profond d'elle-même, la brûlure des yeux glacés et menaçants de Rogue.
Il sait que je sais. Ce fut ce que pensa Ginny immédiatement.
- Votre silence sera grandement apprécié, Miss Weasley, siffla la voix glaciale de Rogue.
Ginny sursauta. Enfin, le contact visuel fut rompu par Rogue, et ce fut comme si Ginny se remettait à respirer après avoir été privée d'air pendant un long moment. Elle se tourna légèrement et observa son ancien professeur disparaître à l'angle du couloir, sa longue cape noire flottant majestueusement derrière lui.
Elle prit une profonde inspiration, l'esprit bouleversé par tant d'interrogations et de doutes. Il fallait absolument qu'elle parle à Hermione. Elle se demanda un instant comment Rogue avait pu savoir qu'elle les avait vus. Ginny était persuadée d'avoir été discrète. C'est en tournant la tête vers le reste du couloir pour continuer son chemin qu'elle obtint sa réponse. Elle pinça les lèvres en découvrant tous les pétales de fleurs qui jonchaient le sol, semés lors de sa course.
Hermione sursauta quand une furie rousse enfonça la porte de sa chambre et la claqua violemment derrière elle.
- Ginny ? fit-elle en fronçant les sourcils. Mais qu'est-ce que…
- HERMIONE JEAN GRANGER ! hurla Ginny en frappant le lit avec ce qu'il restait du bouquet de fleurs.
Son amie eut un mouvement de recul, et observa avec inquiétude le visage furieux de Ginny.
- TU VAS M'EXPLIQUER CE QU'IL TE PREND, OU JE TE FAIS MANGER LES BISCUITS DE MA MERE AVEC LEUR BOITE !
La voix de Ginny semblait prendre pour un instant les accents de sa mère.
Un éclair de compréhension passa dans les yeux bruns d'Hermione.
- Oh, fit-elle en fronçant les sourcils. Tu as…hum…vu quelque chose…
Ce n'était pas une question. Ginny crispa les poings, et se laissa tomber sur le lit, mollement, comme épuisée, et dépassée par ce qu'elle venait de vivre. Puis elle ouvrit d'un geste brusque la boîte de biscuits et en enfourna un dans sa bouche, qu'elle mâcha avec hargne. Elle déglutit enfin et fit face à Hermione.
- Oui, j'ai tout vu, Hermione ! s'écria-t-elle. Par Merlin, à quoi tu joues ?! C'est Rogue !
- Je sais.
Le ton froid qu'employa Hermione calma immédiatement Ginny. Elle se racla doucement la gorge et se sentit soudain mal à l'aise face au visage fermé de son amie. Hermione aurait pu nier. Cependant, elle pensa que mentir n'était pas la solution. Que jamais elle ne prendrait le risque de perdre une amie chère.
Et maintenant qu'elle avait l'occasion de se libérer, il valait peut-être mieux en profiter. Hermione ne savait pas si elle trouverait un jour le courage de tout révéler à Ron et Harry.
- Pourquoi nous espionnais-tu, Ginny ? demanda Hermione sur un ton de reproche.
La jeune Weasley lui lança un air outragé.
- Mais enfin, Hermione, que voulais-tu que je fasse d'autre ? Tout le monde connaît Rogue, et…
- Non, justement, personne ne le connaît ! s'emporta Hermione.
Ginny se tut un instant. Puis elle soupira.
- Ecoute, Hermione, je suis désolée, mais… Enfin, tu peux bien me comprendre !
Hermione se radoucit légèrement. Elle ferma les yeux et tenta de s'imaginer dans la même situation. Oui, effectivement, elle pouvait bien comprendre…
- Depuis quand ça dure…euh…entre vous ? demanda Ginny en grimaçant sur les derniers mots.
Hermione haussa les épaules et son regard se perdit sur le mur en face de son lit.
- Je ne sais même pas si ça a commencé…, répondit-elle d'une voix sombre.
Un silence s'installa entre elles. Ginny regardait avec inquiétude Hermione, qui, les mains croisées sur son ventre, semblait ailleurs. Les pensées de Ginny étaient bousculées de nombreuses questions plus ou moins personnelles qu'elle brûlait de poser à Hermione.
- Mais…, tenta Ginny. Comment c'est arrivé ?...
Hermione l'observa un instant. Ginny semblait à la fois inquiète, crispée et curieuse.
- C'est une longue, très longue histoire…, fit Hermione avec un fade sourire.
Elle hésita un instant à tout révéler à Ginny. La tentation fut trop forte. Le poids qui pesait sur elle, ces sentiments si durs à accepter pour Rogue et si envahissants chez elle… Elle pourrait peut-être s'en libérer…
- Ginny, dit Hermione avec un air sérieux, je veux bien tout te raconter, mais… je ne veux pas de ton jugement.
Son amie jaugea un instant Hermione, puis lui attrapa la main droite, qu'elle serra entre les siennes.
- Mais Hermione…, tenta-t-elle.
- Ginny.
- D'accord, d'accord, je ne dirais rien. Mais si jamais tu décides de raconter toute cette histoire à Ron et Harry, n'en attends pas autant d'eux. Ce serait comme leur demander de féliciter Rogue…
Hermione se lança dans son récit, en évitant toutefois de mentionner quoi que ce soit à propos de Bellatrix. Ce qui s'avérait difficile, étant donné que leur relation avait trouvé son point de départ dans ces fâcheux événements. Mais Ginny ne savait rien de tout ce qui arrivait à son amie, et elle ne devait rien savoir. Car elle s'inquiéterait. Car elle pourrait se mettre en danger…
Une fois qu'elle eut tout dit, Hermione observa attentivement l'expression de Ginny. Oh, celle-ci brûlait de lui faire une réflexion, cela se voyait. Mais par amitié, Ginny tint sa promesse et se contenta de plaquer un sourire artificiel sur ses lèvres.
- Il est vraiment si différent du Rogue que l'on a connu, Hermione ?
Dans cette question, Hermione ressentit toute la perplexité de Ginny. La jeune femme avait bien tenté de la convaincre que Severus pouvait être bien différent, mais ses arguments n'avaient pas fait mouche.
- Eh bien… Il est toujours difficile à cerner, et sombre, et froid, mais…
Ginny haussa un sourcil.
-… mais j'ai pu voir d'autres aspects de sa personnalité.
- Mouais, fit Ginny en croisant les bras.
Hermione sourit.
- Ginny, inutile de te dire que tu ne dois répéter à personne ce que je viens de te raconter.
Ginny rit un peu.
- Je suis désolée de te dire ça, Hermione, mais je pense que personne ne me croirait, si jamais il me prenait l'envie de tout dire ! Et puis…
Elle se rembrunit.
- Tu n'es pas la seule à m'avoir interdit de parler.
Hermione se redressa vivement sur son oreiller.
- Severus sait que tu es au courant ?!
- Oui… Disons que mon bouquet de fleurs m'a trahie… Ce n'est pas important, ajouta-t-elle en voyant l'air interrogateur de son amie. Rogue m'a juste dit qu'il vaudrait mieux pour moi de garder le silence.
Hermione fronça les sourcils.
- Il t'a parlé de ça en plein milieu du couloir ?
- Je…, commença Ginny.
Elle se figea soudain. Elle se rappelait parfaitement le ton et les mots qu'avaient employés Rogue. Elle se souvenait parfaitement de ses yeux noirs braqués dans les siens.
En revanche, elle ne se souvenait pas avoir vu les lèvres de Rogue bouger.
La conversation qu'elle avait eue un jour avec Harry lui revint en mémoire. Rogue était un Maître Légilimens.
Hermione suivait la progression des expressions sur le visage de son amie. Elle s'inquiéta quand elle la vit se décomposer.
- Ginny ? fit-elle doucement.
Celle-ci la regarda. Puis elle pinça les lèvres, et un sourire vint finalement étirer sa bouche.
- Hermione, je ne sais pas comment tu fais… Cet homme est vraiment effrayant…
