Et voilà un nouveau chapitre ! Merci à tous pour vos lectures !
Aucun des trois amis ne prononçait mot dans l'infirmerie, désertée depuis une bonne heure. McGonagall et Pomfresh avaient jugé bon de laisser Harry, Ron et Hermione s'expliquer sur leur récent différend. Quant à Rogue, il s'en était allé sans rien dire, l'air parfaitement impassible. Mais Hermione comptait bien le rejoindre rapidement. Ils avaient à discuter.
La jeune femme avait raconté à ses amis de long en large tout ce que Bellatrix lui avait fait vivre, tout ce qu'elle avait découvert sur elle, tout ce qu'elle comptait faire pour stopper Bellatrix une bonne fois pour toutes. Durant toutes ses explications, elle avait habilement contourné certains épisodes concernant Rogue qui, pensait-elle, auraient alerté ses deux amis. Elle avait bien trop à faire avec le fait qu'elle leur avait caché toute son histoire avec Bellatrix. Il n'était pas question qu'ils soient mis au courant de ce qui se passait entre Rogue et elle. Ou alors, leur réaction s'avérerait apocalyptique. Et Hermione, pour le moment, ne voulait absolument pas être confrontée à cela.
Cependant, il aurait été impossible de tout raconter sans mentionner le nom du professeur honni. Nom qui – Hermione l'avait bien senti en jaugeant ses deux amis – était revenu trop de fois à leur goût, à tous les deux. Elle avait fait de son mieux pour ne pas tenir rigueur de leurs expressions dédaigneuses. Mais elle était sûre qu'elle ne pourrait pas éviter encore longtemps leurs questions.
Hermione avala machinalement sa salive pour atténuer la brûlure de sa gorge. Elle avait beaucoup parlé, et nombreuses avaient été les questions de Harry et Ron. Ils avaient réfléchi ensemble à la situation des Malefoy, à celle d'Hermione, aux desseins de Bellatrix. Hermione leur avait fait part de ce qu'elle avait compris quelques temps auparavant, quand Bellatrix, possédant Otacus, s'était précipitée dans les toilettes de Mimi Geignarde. Il était certain que la Chambre des Secrets avait un rôle dans tout ça. Ron avait ajouté que, étant donné qu'ils avaient à faire à une fanatique de Voldemort, ce qu'elle cherchait avait certainement un rapport avec lui.
- Elle ne le fera pas revenir, avait dit Harry. C'est impossible.
Mais tous trois avaient vu tellement de choses qu'ils avaient cru impossibles durant la guerre, que les mots de Harry ne les convainquirent pas.
A présent, le silence était tombé, et chacun méditait ce qu'il venait d'être dit.
- Pourquoi t'as rien dit, Hermione ? demanda Ron pour la énième fois en frottant machinalement son bandage.
Hermione soupira.
- Je vous l'ai déjà dit… Je ne voulais pas que vous vous inquiétiez, je pensais que ce ne serait qu'une affaire de temps de neutraliser Bellatrix. Et puis tout s'est aggravé, et je ne savais pas comment vous annoncer que je vous avais caché toute cette histoire…
Elle prit une profonde inspiration.
- Ca ne sert à rien de continuer à me blâmer, poursuivit-elle. J'ai fait ce qu'il me semblait le mieux. Je me suis trompée, vraisemblablement, mais à présent, nous avons d'autres soucis. Maintenant que vous savez tout, nous pourrons agir ensemble.
Elle capta le regard sombre qu'échangèrent Ron et Harry. Hermione fronça les sourcils.
- Quoi ? fit-elle, méfiante.
- Hermione, tu penses franchement qu'il est nécessaire de nous… associer à Rogue ? demanda Ron d'un air méprisant. Après tout, c'est un ancien Mangemort. Et calculateur avec ça.
Il hésita un instant puis poursuivit :
- Peut-être même qu'il est mêlé à cette…
Hermione fut tellement outragée des paroles de son ami que son corps sembla réagir avant qu'elle ne lui en donne la permission. Sa main heurta avec violence la joue de Ron.
- Parfois, tu n'es vraiment qu'un imbécile, Ronald ! s'exclama-t-elle, tandis que son ami la contemplait, ahuri, une main sur sa joue qui rougissait à vue d'œil. Tu ne penses pas qu'il aurait déjà agi s'il avait quoi que ce soit à voir avec Bellatrix ? Tu ne penses pas que depuis la fin de la guerre, il a assez fait ses preuves pour que nous lui fassions confiance ? Tu ne penses pas que ce qu'il a permis de voir à Harry suffit à le légitimer ? Dumbledore lui fait toujours confiance ! Tu ne changeras donc jamais de point de vue sur lui ?
- Il est rusé, Hermione ! Il…
- Tais-toi, Ron ! s'exclama-t-elle en bondissant de sa chaise. Le problème, avec toi, c'est que tu confonds tout ! Tu sais très bien qu'il s'est racheté, tu sais très bien qu'il ne peut pas aider Bellatrix ! Tu le sais ! Mais tu le hais ! Tu n'es pas capable d'admettre qu'il peut se ranger du bon côté ! Alors tu uses de tous les arguments possibles, même s'ils sont aberrants ! Je suis certaine que tu sais que tes arguments ne valent rien ! Et cependant, tu restes enfermé dans ta haine, et tu restes aveugle ! Parce que ça fait trop mal à ton égo d'admettre que tu t'es trompé !
Harry, malgré la répulsion qu'il ressentait à l'égard de Rogue, ne pouvait nier qu'Hermione avait, encore une fois, raison. Il jugea bon d'intervenir.
- Ron, Hermione n'a pas tort… Tu…
Mais Ron ne l'écoutait pas. Son visage s'était décomposé. Hermione, essoufflée, le défiait du regard de la contredire. Les yeux de Harry passaient de l'un à l'autre.
Un silence pesant se tissa alors dans la salle. La tension se faisait palpable.
- Qu'est-ce qu'il se passe avec lui, Hermione ? dit soudain Ron d'une voix basse, aussi glaciale que celle de Rogue.
Les sourcils de Harry se froncèrent. Pas à l'intention de Ron. Il observait Hermione.
- Tu le défends avec une telle véhémence…, poursuivit Ron en regardant tout à coup dans le vide. Qu'est-ce qu'il t'a fait ?...
Hermione sentit des larmes brûlantes lui piquer les yeux.
- Il ne m'a rien fait du tout, Ron… souffla-t-elle, concentrant ses efforts pour retenir ses larmes.
Harry se leva, fusilla Ron du regard et vint poser sa main sur l'épaule d'Hermione. Ron, lui, semblait à la fois furieux, embêté et suspicieux.
Les forces d'Hermione se brisèrent. Ses larmes franchirent la barrière de ses cils et roulèrent sur ses joues sans qu'elle puisse les arrêter.
Elle regarda tour à tour ses deux amis.
- Pourquoi ? murmura-t-elle. Pourquoi m'obligez-vous à choisir ?
Elle fit brutalement volte-face et s'enfuit de l'infirmerie, laissant derrière elle ses deux amis, complètement désemparés.
Hermione essuya furieusement ses yeux en dévalant les escaliers. Elle devait être forte. L'heure était grave et il ne fallait pas craquer. Elle le savait à présent – et finalement, ne l'avait-elle pas toujours su ? – Rogue, Harry et Ron ne pourraient jamais s'entendre. Et elle, dans tout ça, se trouvait au milieu, déchirée, tenaillée entre les deux côtés. Elle ne savait que faire pour qu'ils acceptent de signer une trêve.
Elle ne supportait plus de devoir cacher des choses à ses amis, de devoir s'opposer à eux pour défendre Rogue qui se réjouissait des tensions qui naissaient au sein du Trio. Elle n'en pouvait plus qu'on doute de Rogue, elle n'en pouvait plus que Rogue soit odieux.
Et elle n'en pouvait plus de sentir peser sur elle la menace constante de Bellatrix.
Elle n'en pouvait plus de rejeter au fond d'elle ses tensions, ses émotions, ses larmes. Elle savait bien que tôt ou tard, elle atteindrait le point de rupture. Et ce serait plus tôt que tard.
Pour l'heure, elle devait rejoindre Rogue, pour savoir quoi faire et comment agir. Elle récapitula mentalement tout ce qu'il fallait faire pour vaincre Bellatrix.
Pénétrer l'esprit d'Otacus. Savoir comment s'était déroulée sa possession. Peut-être y avait-il un moyen de faire fonctionner le processus à l'envers.
Par la même occasion, ils pourraient tenter de savoir ce qui motivait vraiment Bellatrix.
Ouvrir le Livre, ce qui impliquait la préparation d'un outil pour passer outre le danger que représentait la dose de Magie Noire qui suintait de ses pages.
Hermione se répétait cela en se dirigeant vers les cachots. Mais ce rappel mental servait plus à étouffer les souvenirs de la dispute qu'elle venait d'avoir avec Ron. Ceux-ci résonnaient dans son crâne.
Qu'est-ce qu'il se passe avec lui, Hermione ?...
…Pourquoi m'obligez-vous à choisir ?
Mais pourquoi, par Merlin, Ron se montrait-il si buté ? Il n'était pas idiot ! Pourquoi cherchait-il à ce point à utiliser des arguments qui n'avaient plus aucun fondement ?
Hermione pensa qu'il était jaloux. Harry et lui avait bien vu qu'Hermione et Rogue s'était sensiblement rapprochés. Malgré lui, Ron sentait quelque chose. Il n'était toujours pas prêt à se faire à l'idée que lui et Hermione, ensemble, ça n'était pas possible. Ca ne l'était plus.
Une boule enflait dans la gorge d'Hermione. Le point de rupture. Il ne fallait pas qu'elle le laisse éclater.
Elle descendit plus lentement les escaliers des cachots, saisie par le froid et l'humidité. Elle avala plusieurs fois sa salive, comme pour tenter de faire disparaître la boule, une fois encore, au fond de son être.
Ne pas craquer. Pas maintenant.
Elle était forte, bon sang ! Elle se l'était déjà prouvé à maintes reprises. Mais aujourd'hui, tout ce qu'elle pouvait encaisser en termes de sentiments dépassait les limites, déjà poussées à l'extrême.
Ne pas craquer.
Elle pénétra dans le couloir sombre qui menait au laboratoire de Rogue. Elle pensait qu'elle le retrouverait ici. Tout en marchant, elle respira profondément à plusieurs reprises. Elle tira ses épaules en arrière, se redressant dignement. Elle tourna au coin du couloir, et la porte du laboratoire entra dans son champ de vision.
Elle respira une fois encore, s'aérant les poumons.
Elle ne devait pas craquer. Mais, plus que tout, elle ne devait pas surtout pas craquer devant Rogue.
Elle leva le poing et toqua assez fort sur le lourd battant de bois. Celui-ci pivota immédiatement sans que personne ne vienne ouvrir. Hermione entra dans la pièce. Celle-ci était plongée dans un brouillard épais de vapeurs, et il y régnait une chaleur infernale. Au milieu de la pièce, lui tournant le dos, la tête légèrement baissée sur un chaudron, se tenait Rogue.
Hermione remarqua qu'il avait ôté sa redingote. L'éternelle chemise blanche et épaisse qu'il portait dessous, qu'Hermione n'avait vu dépasser que de ses manches et de son col quand elle était élève, collait à son dos sous la sueur. Manifestement, il était plongé dans une concentration extrême. Il ne se tourna pas vers elle, ni ne sembla se rendre compte de sa présence. Pourtant, Hermione ne doutait pas qu'il savait qu'elle était là.
Elle ne se manifesta pas tout de suite. Elle observa un moment, comme hypnotisée, le manège des bras de Rogue. A la vue du mouvement rapide et saccadé de son bras droit, Hermione en déduisit qu'il hachait un ingrédient. Se concentrer sur cette vision l'empêchait de penser, l'empêchait de ressentir encore cette boule qui obstruait sa gorge. Les bruits d'ébullition, de liquides en circulation dans des dispositifs complexes de distillation, le crépitement du feu couvraient les bribes de disputes qui percutaient encore douloureusement les parois de son crâne.
Elle aurait voulu rester là, à contempler béatement le Maître des Potions œuvrer à son art. Elle aurait voulu rester là, à s'étourdir au milieu des vapeurs qui tournaient paresseusement autour d'elle. Elle aurait voulu rester là, à laisser les bruits des potions en préparation prendre la place des interrogations qui tambourinaient dans sa tête.
Elle était entrée depuis vingt secondes, et dans très peu de temps, elle le savait, Rogue se tournerait vers elle. Et elle devrait affronter son regard furieux encore une fois, parce qu'elle était prête à parier qu'il ne supportait pas qu'on le regarde travailler. Et puis il deviendrait narquois quand elle lui dirait que Harry et Ron étaient difficiles à convaincre.
Et puis, il restait tant de choses à faire…
Et puis…
La boule dans sa gorge enfla encore. Elle aperçut Rogue jeter une poignée d'ingrédients dans le chaudron. L'air, déjà lourd, se remplit d'une énième odeur, plus forte et écœurante. Une odeur doucereuse qui sembla tapisser les poumons et la bouche d'Hermione quand elle respira plus fort pour se calmer. Une odeur salée. Ou peut-être était-ce dû au goût des larmes d'Hermione qui s'étaient remises, traîtresses, à dévaler ses joues.
Rogue essuya ses mains. Il se retourna, prêt à demander d'une voix cassante à Hermione si elle comptait encore rester longtemps plantée comme une idiote à l'entrée du laboratoire. Ses mots ne franchirent pas ses lèvres, et il sembla un très court instant déconcerté quand il aperçut sa collègue adossée à la porte de bois, le visage dans les mains, les épaules s'agitant au rythme régulier de ses sanglots.
Il resta un moment debout, puis s'approcha d'elle rapidement, le visage fermé, prêt à lui agripper le bras et à la tirer en lui disant froidement que ce n'était absolument pas le moment de s'apitoyer sur son sort. Mais, au moment où il entamait un mouvement du bras, Hermione leva la tête vers lui. Ses iris brisés rencontrèrent les yeux d'obsidienne de Rogue, et il fut comme cloué sur place.
Les regards étaient puissants. En tant que Maître Legilimens, il ne le savait que trop bien.
Dans les yeux d'Hermione Granger brillait à ce moment une profonde détresse, mais aussi une volonté de se relever, de se redresser, et de se battre. Elle avait simplement levé les yeux, et Rogue pensa qu'il n'était pas dans l'intention d'Hermione de lui montrer ça. Cependant, sensibilisé par sa longue pratique de la Legilimencie et ne s'attendant pas à un tel regard à cet instant, Severus accusa tout comme un choc violent, et ressentit durant une interminable seconde tout ce qu'Hermione avait terré au fond d'elle jusqu'à l'explosion.
Le contact visuel avait duré un battement de cœur, mais Severus en fut essoufflé.
Il cligna des yeux. Hermione, qui ne semblait pas consciente de ce qu'elle venait de produire chez Severus, s'essuya rageusement le visage d'un revers de manche et renifla avec force. Elle se releva, rejeta en arrière les cheveux collés à ses joues par les larmes et se guinda, tentant de retrouver un semblant de dignité. Ce qu'elle avait tant redouté était arrivé. Elle avait atteint son point de rupture. Devant Rogue.
Elle fit un pas et croisa les bras. Rogue se trouvait derrière elle, et la regardait en silence, encore ébranlé et perturbé.
- Vas-y, dit soudain Hermione d'une voix rauque.
Elle se racla brutalement la gorge, comme si elle ne supportait pas que son corps montre ainsi ses faiblesses. Elle continua d'une voix plus claire.
- Dis tout ce que tu veux, énerve-toi, moque-toi, dis-moi que je suis faible, pleurnicharde ou je ne sais quoi d'autre. Après tout, tu es plus fort que moi pour rabaisser et humilier, tu sauras bien trouver les mots. Je suis prête à tout entendre.
C'était faux. Elle sentait encore cette boule dans sa gorge, qui n'avait pas eu le temps de dégonfler. Elle espérait juste que Rogue ne sente pas le mensonge dans sa voix.
Il ne disait rien. Elle leva un peu la tête, fixa une torche allumée au fond du laboratoire. La lumière émise se dispersa en faisceaux quand les larmes d'Hermione revinrent mouiller ses yeux.
- Vas-y, répéta-t-elle.
Sa voix avait comme des accents d'impatience. Elle se mordit les lèvres, retenant ses sanglots. Elle entendit un pas derrière elle. Elle regarda brièvement par-dessus son épaule. Rogue s'était approché. Elle ne prit pas le temps d'observer l'expression de son visage, et surtout, elle ne prit pas le risque que Severus détaille l'état dans lequel elle était.
Il y eut un silence, brisé simplement par les bruits des potions.
- C'est ainsi que tu me vois, dit alors Rogue.
Hermione nota que ce n'était pas une interrogation. Elle essuya encore une fois son visage trempé de larmes.
- Je ne sais plus quoi penser, Severus… Harry et Ron m'en veulent de ne rien leur avoir dit sur Bellatrix, Ron est d'une jalousie maladive et ne supporte plus que je prenne ta défense. Et toi… J'ai vu ton sourire satisfait, tout à l'heure, quand j'ai été forcée d'avouer que tu savais tout sur ma situation, tandis que Ron et Harry l'ignoraient… Et je garde tout ça au fond de moi, je le rejette, je ne veux pas… être… faible…
Sa voix se faisait de plus en plus tremblante et hachée.
- Tu ne l'es pas, répondit Rogue à voix basse.
Hermione redressa la tête. Elle renifla.
- Je me suis disputée avec Ron avant de venir ici, j'ai l'impression de m'éloigner d'eux. Ils ne supportent pas que je te côtoie, et j'en ai assez de devoir sans cesse choisir entre eux et… toi…
Rogue, derrière elle, la contemplait d'un regard désemparé. Un regard que jamais il n'avait montré, à personne. Depuis qu'Hermione était revenue de Ste-Mangouste, il avait été froid et distant avec elle.
Depuis quelques minutes, depuis qu'elle était entrée dans son laboratoire, elle lui assenait coups et vérités. Son regard, d'abord. Et ensuite, ce qu'elle pensait de lui.
Il l'avait rejetée, fuie. Elle avait tenté de l'approcher, de le connaître. Il avait pensé qu'il ne la méritait pas. Elle, l'héroïne de guerre, jeune, qui pensait tout connaître de la vie mais qui n'en avait eu qu'un amer avant-goût.
Il avait voulu qu'elle s'en aille, qu'elle le laisse seul, qu'elle cesse de lui faire ressentir toutes sortes de choses dont il ne voulait pas et qui l'effrayaient, sans qu'il ne se l'avoue vraiment.
Et voilà qu'elle lui avouait qu'elle se retrouvait devant un choix, et que lui, Severus Rogue, ex Mangemort, homme sombre et froid, s'avérait être l'une des possibilités qu'elle pourrait choisir.
Jamais on ne lui avait dit ça.
Il la contemplait, tentant de reprendre contrôle de son être, tentant de redevenir de marbre. Mais, à la vue de l'Hermione brisée qui lui tournait le dos, à la vue de cette jeune femme qui se battait sans cesse et qui affichait devant lui l'un de ses rares moments de faiblesse, il n'en eut pas la force.
- Et j'ai peur, Severus, poursuivit-elle, ignorant tout de la tempête qui agitait l'âme de Severus. J'ai peur que tout redevienne comme avant, j'ai peur que ce que nous avons combattu durant si longtemps ne se redresse, j'ai peur que tout ce que nous construisons sur les ruines de la guerre ne s'écroule de nouveau…
Elle retint un nouveau sanglot. Soudain, elle se retourna vers Rogue.
- Je ne veux pas choisir. Parce que ce n'est pas comme ça que nous arriverons à combattre. Tu le sais. Et Harry et Ron le savent aussi, mais vous êtes tous incapables de… de faire cet effort.
Elle soupira. Les larmes dévalaient encore ses joues rougies.
- Je devrais tous vous laisser vous battre ! s'emporta-t-elle soudain. Mais pourtant je… je…
Elle planta ses yeux dans ceux de Rogue, qui, comme pour se protéger d'une nouvelle puissance qui déferlerait des iris bruns, se crispa.
- J'ai… besoin de toi, Severus.
Le cœur de Severus sembla s'arrêter de battre avant de tomber au fond de sa poitrine, en lui donnant l'impression de lui briser toutes les côtes une à une.
La voix d'Hermione se cassa encore, et redevint rauque.
- Maintenant j'attends que tu me congédies, ou que tu m'assènes encore une réplique froide. Tu vois que dans mon état, je suis prête à tout entendre. Si tu as une leçon à me donner…
Rogue ne savait plus comment réagir. Lui, d'habitude si maître de ses sentiments, se retrouvait pris au dépourvu. Et il ne savait que faire, que dire, que penser. Hermione avait réussi à le perturber.
Lentement, il se rapprocha d'elle. Il vit qu'elle prenait sur elle pour garder la tête haute. Pourtant, elle semblait en équilibre précaire, et prête à s'effondrer d'un instant à l'autre.
Il s'approcha jusqu'à ce que leurs corps ne soient séparés que de quelques millimètres. Il contempla la douleur d'Hermione.
- J'ai effectivement un conseil, murmura-t-il doucement. Ne te retiens plus de pleurer.
A ces mots, les dernières barrières d'Hermione cédèrent. Elle s'effondra en pleurant sur la poitrine de Severus. Un peu maladroitement, il referma ses bras autour d'elle, tandis qu'elle tremblait sous les sanglots libérés. Il sentait qu'elle avait besoin d'évacuer ce trop-plein d'émotions.
Du bout des doigts, il repoussa délicatement les mèches de cheveux trempées qui collaient au visage d'Hermione. Elle s'agrippait à lui dans une sorte de rage, serrant la chemise de Rogue entre ses doigts. Rogue ne pouvait s'empêcher de penser à la force dont elle avait fait preuve, dont elle faisait preuve.
Il se sentait étrange. Il n'avait pas été ébranlé à ce point depuis longtemps. Très longtemps.
Il ne sut combien de temps il la garda dans ses bras, enveloppé dans les lourdes vapeurs qui s'élevaient des chaudrons. Il n'osa pas s'avouer qu'il aimait sentir son contact, à elle qui ne le fuyait pas. Elle qui avait besoin de lui.
De sentir sous ses doigts froids, tout contre son corps, une chaleur humaine.
Hermione, au bout de ce qui semblait être une éternité, s'arrêta de pleurer. Elle se détacha de lui, leva la tête, et Severus put lire dans ses yeux une détermination nouvelle, et farouche. Elle tamponna ses yeux avec sa manche, puis déglutit et prit une profonde inspiration. Rogue comprit immédiatement qu'elle avait décidé d'oublier ce moment qu'elle venait de vivre.
Elle observa un instant Rogue dans les yeux. Celui-ci s'appliquait à maintenir sur son visage son masque de glace. Jamais cela n'avait été si difficile.
Hermione prit de nouveau une inspiration résignée.
- Et maintenant, dit-elle, il n'y a plus de temps à perdre.
Je publierai le chapitre suivant dans quelques jours. :) En attendant, n'hésitez pas à me laisser vos impressions et critiques !
