Et voici la suite ! Merci à tous pour vos lectures et reviews, ça me fait très plaisir. J'espère que ce chapitre vous plaira.
Réponse à Mathilde : Merci à toi, je suis ravie que ce chapitre t'ait plu !
- Maintenant, dit-elle, il n'y a plus de temps à perdre.
Quelques secondes s'écoulèrent tandis qu'Hermione et Rogue s'observaient dans les yeux. C'est seulement à ce moment que la jeune femme se rendit compte du trouble étrange qui s'était emparé des pupilles de Rogue. Elle fronça imperceptiblement les sourcils. Il rompit alors le contact visuel et la contourna en la frôlant, provoquant chez Hermione un imperceptible frisson. Il rejoignit son bureau où mijotait la potion qu'il préparait quand Hermione était entrée quelques instants auparavant.
Sa collègue s'approcha de lui. Elle était décidée à faire comme si elle n'avait jamais craqué, comme si elle ne s'était jamais effondrée devant lui. Elle voulait oublier, et elle voulait que Rogue oublie lui aussi cette faiblesse dont elle avait honte.
Pourtant, il ne l'avait pas raillée, étrangement. Et ce trouble qu'elle avait perçu dans les iris de Severus… que voulait-il dire ?
Elle se pencha au-dessus du chaudron. La potion en préparation était claire comme de l'eau, mais brillait à sa surface de reflets irisés. Il en émanait une odeur lourde et écœurante. Hermione n'eut pas besoin d'interroger Rogue. Celui-ci répondit immédiatement à la question qui germait dans l'esprit d'Hermione.
- J'ai travaillé sur le Livre pendant ton absence, afin de concevoir une protection qui pourrait faire barrage à la Magie Noire.
Il mélangea la potion lentement.
- Cette potion permettrait d'ouvrir le Livre ? demanda Hermione en sentant son cœur s'accélérer sous l'excitation.
Rogue ne répondit pas immédiatement. Il attrapa un carnet épais, dont dépassaient d'innombrables feuillets recouverts de son écriture fine et soignée. Il l'ouvrit d'un geste sec, et Hermione observa son index pâle glisser le long d'une page, que ses yeux parcouraient rapidement.
Il referma ensuite le carnet et le posa non loin du chaudron.
- Cette potion devrait hypothétiquement permettre de pouvoir poser les doigts sur ce Livre sans que ni toi ni moi ne brûlions comme du vulgaire bois sec…
Il avait dit cela en marmonnant, comme s'il était en colère. Hermione plissa un peu les yeux.
- Il y a… quelque chose qui ne va pas, dit Hermione en prenant bien soin de donner un ton affirmatif à sa voix.
- Il y a que la moindre erreur pourrait nous être fatale, dit-il doucement en regardant un court instant au fond du chaudron.
Hermione déglutit.
- Je commence à avoir l'habitude d'être en danger.
Severus tiqua.
- Qui ne tente rien n'a rien…, ajouta-t-elle. Et de toute manière, tu es Maître des Potions. J'ai confiance en toi.
Rogue leva brusquement la tête, fixa le mur droit devant lui. Ses mains restèrent posées à plat sur la table de vieux bois, de part et d'autre du chaudron. Elles furent cependant agitées d'un tremblement soudain.
- Arrête. Arrête de toujours croire en moi.
Il s'éloigna soudain du chaudron, et tourna le dos à Hermione. Celle-ci se mordit les lèvres, et croisa les bras. Elle ne pouvait croire ce qu'elle venait d'entendre. Pourquoi ne supportait-il pas qu'elle lui dise qu'elle avait besoin de lui, et qu'il avait, depuis déjà longtemps, son entière confiance ?
Mais après tout, combien de fois avait-il entendu de telles choses au cours de sa vie ? Lui avait-on au moins déjà dit cela, ne serait-ce qu'une fois ?
Elle songea qu'il lui était impossible de croire à ce qu'elle venait de lui avouer. Elle songea qu'il ne la croyait pas, car la vie l'avait depuis trop longtemps privé de tels aveux.
Elle voyait, dans sa silhouette sombre, dressée dans le laboratoire, lui tournant le dos, qu'il s'était refermé depuis bien longtemps sur lui-même, et qu'il ne supportait pas qu'on perce sa carapace. Ou plutôt, qu'on tente de la percer.
Hermione songea soudain au regard étrange de Rogue avant qu'il ne retourne à son chaudron. Finalement, se pourrait-il qu'Hermione ait réussi à l'ébranler ?
Elle s'approcha de lui. Elle le vit se guinder tandis qu'il l'entendait s'avancer.
- J'ai écouté ce que tu avais à me dire, tout à l'heure, dit-il doucement.
C'était comme si chaque mot lui coûtait un terrible effort. Hermione, soudain anxieuse, attendit la suite. Qu'il ne commence pas à lui faire un sermon sur leur relation, ou elle risquait de perdre patience…
- Je te redis une fois encore que… que tu ne me connais pas, tu…
- Severus. Rogue. Ça suffit.
Les larmes d'Hermione avaient pu être évacuées, sa poitrine semblait s'être libérée d'un poids. Mais la place qui venait d'être faite sembla s'emplir soudain de colère.
Elle se précipita sur Rogue et passa devant lui de façon à lui faire face. Les yeux de Rogue se levèrent et semblèrent contempler un point au-dessus de la jeune femme.
Hermione eut presque envie de crier victoire. Elle était maintenant sûre que ce qu'elle lui avait dit ne le laissait pas de marbre. Il n'osait plus la regarder en face. Il était troublé.
Elle lui attrapa la tête en plaquant ses deux mains sur ses joues, et le força à planter ses yeux noirs dans les siens.
- Tu es vraiment coriace, mais toi non plus, tu ne sembles pas savoir à qui tu fais face.
Les lèvres de Severus tressautèrent narquoisement.
Il posa ses mains sur celles d'Hermione et échappa à leur étreinte.
- Je suis dangereux. Je suis vieux. Je suis…
- Borné, têtu, et parfois même stupide, je sais !
Il la fusilla du regard. Il s'apprêta à dire quelque chose, mais Hermione appuya son index sur ses lèvres.
- Pschitt ! Ne pense pas t'échapper en me réprimandant sur mon vocabulaire.
Il vrilla les iris d'Hermione d'un regard glacial dont il avait le secret, et Hermione dut bien avouer qu'elle n'y était toujours pas insensible, à son grand désespoir. Ce serait bien plus simple pour elle si elle parvenait à ne plus être du tout intimidée par ces regards.
Severus fit quelques pas en arrière et vint s'appuyer dos à la table où se trouvait le chaudron, ses doigts serrant le bord de bois du meuble.
- Tu gâcherais ta vie, dit-il simplement.
Hermione leva les yeux au ciel. Comment, par Merlin, comment pouvait-il avoir une si piètre opinion de lui-même ?
- Severus, je sais que tu as du mal à croire en la vie, que tu as du mal à… vivre. Peut-être crois-tu que je t'abandonnerai, peut-être as-tu du mal à me faire confiance, peut-être crois-tu que je finirai par avoir peur de toi…
La voix coupante de Rogue la fit taire.
- Personne ne peut jamais être sûr de rien.
Hermione fit claquer sa langue contre ses dents.
- Ne joue pas l'insensible, n'essaie même pas de me faire croire que tu ne réagirais pas si je décidais de m'en aller, si j'admettais que tu as raison sur toute la ligne ! Premièrement parce que ce n'est pas le cas. Tu as tort. Deuxièmement, parce que je sais très bien que je ne te laisse pas indifférent. Tu ne montrerais certainement rien si je partais maintenant définitivement, mais au fond de toi, tu…
- Ne parle pas de ce que tu ignores.
Hermione haussa les sourcils, dans une bonne imitation de Rogue.
- Tes réactions ne font plus vraiment partie des choses que j'ignore.
Les mains de Rogue se crispèrent sur le bois de la table, si bien que ses phalanges blanchirent. Il avait la tête un peu baissée, et la lumière vacillante des torches qui éclairaient le laboratoire faisait onduler des zones d'ombre sur son visage fermé.
- Je crois que je ne pourrai jamais te donner ce que tu attends, Hermione, souffla-t-il.
Sa voix était dure et froide. Et il arborait un regard digne de décourager les plus téméraires. Hermione, pourtant, restait droite. Elle songea que si elle avait pu retenir encore un peu ses larmes, si elle n'avait pas pleuré comme elle l'avait fait quelques minutes auparavant, la discussion qu'elle tenait à présent avec Rogue l'aurait brisée en deux. Mais à présent, libérée de ses larmes, elle se sentait prête à se battre. Elle restait concentrée sur l'objectif présent : faire flancher Severus. Elle avait encore beaucoup de problèmes. Mais, alors qu'elle et Severus se défiaient du regard, ses soucis semblaient avoir disparu, pour un moment, dans les limbes de sa mémoire.
Un objectif à la fois.
Les mâchoires de Rogue se crispaient par intermittences.
- Quand comprendras-tu que j'ai passé une partie de ma vie à baigner dans le Mal ? poursuivit-il. Quand comprendras-tu que j'ai trahi, torturé ? Tué. Quand comprendras-tu que je ne suis pas pour toi, que tu n'es sûrement pas pour moi ?
- Et toi ? s'écria soudain Hermione. Quand comprendras-tu que je t'aime ?
Les mots avaient franchi les lèvres d'Hermione sans qu'elle n'ait le temps de les retenir, sans même qu'elle n'y pense. Un silence pesant sembla s'abattre sur le laboratoire, enveloppant tout.
Les yeux d'Hermione s'étaient écarquillés malgré elle.
Venait-elle vraiment de dire ça ?
Son cœur semblait s'être arrêté et elle fixait son regard anxieux sur Severus, attendant sa réaction. Finalement, il avait raison. Il était imprévisible. Et là, tout de suite, peut-être même dangereux…
Ce n'était pas faute d'avoir été prévenue.
Rogue, en entendant Hermione, avait redressé la tête. Ils s'observaient, les yeux dans les yeux, et Hermione eut la sensation d'être en équilibre sur un fil. Elle savait qu'elle allait chuter. Mais elle ne savait pas de quel côté.
La bouche de Severus était légèrement entrouverte, et Hermione avait l'impression qu'il était essoufflé. Comme si la phrase qu'elle venait de prononcer lui avait coupé le souffle.
Elle se mordit la lèvre. Finalement, elle n'avait dit que la vérité ! Une vérité sous-entendue depuis un moment déjà ! Mais, le fait d'avoir formulé ces mots, de toute voix, constituait un aveu. Quelque chose de concret.
Rogue s'écarta soudain de la table, sans détacher son regard de celui d'Hermione. Il avança, pas à pas, vers elle. Elle ne bougea pas, malgré la peur qui commençait à s'insinuer dans ses veines, où son sang pulsait avec force.
Il vint se planter face à elle. C'était incroyable ce qu'il pouvait paraître encore plus grand dans de tels moments…
Hermione aperçut alors, au fin fond des pupilles noires et toujours troublées, une étrange flamme qui se mouvait. Les yeux de Rogue, à cet instant, n'étaient plus deux pierres froides. Ils semblaient brûler. Et le feu qu'Hermione pouvait y voir commençait à la consumer elle aussi.
Severus la contempla un instant. Hermione pouvait voir ses iris détailler les traits de son visage, et partout où ils passaient, ils laissaient sur sa peau une trace brûlante.
- Qu'as-tu…dit ? souffla soudain Rogue dans un soupir qui parut assourdissant.
Hermione déglutit. Elle trouva soudain que c'était bien plus difficile à dire, comme ça, en toute conscience et en pleine attention. Elle regarda ses pieds un court instant, avant de revenir braquer ses iris dans ceux de Rogue.
Elle prit une profonde inspiration. Le regard pénétrant et enflammé de Rogue l'empêchait de se concentrer et faisait battre son cœur trop fort.
- Je… J'ai dit…
Elle se racla nerveusement la gorge. Le regard de Rogue, enflammé et pourtant impénétrable, sembla la vider de ses forces.
- Je t'aime.
La voix d'Hermione ne fut pas aussi assurée qu'elle l'aurait voulu.
Rogue, en face d'elle, ne broncha pas.
Hermione se forçait à le regarder, mais elle brûlait d'envie de détourner ses yeux, de casser ce lien qui semblait se solidifier entre leurs deux regards.
Elle pria Merlin que Severus se décide à bouger, qu'il fasse un mouvement, ne serait-ce qu'un haussement de sourcils. Qu'il lui attrape le bras et lui hurle dessus comme il l'avait déjà fait, à la rigueur. Tout, plutôt que cette immobilité insoutenable, tandis qu'il semblait la sonder. Hermione pensa un instant qu'il allait forcer son esprit, et elle guetta avec nervosité une présence dans sa tête. Elle ne sentit rien.
- Non, tu ne m'aimes pas, asséna soudain Severus après une dizaine de secondes d'un silence interminable.
Les poumons d'Hermione se vidèrent brusquement de leur air.
Hermione, sidérée, ne savait plus quoi penser. Doutait-il vraiment de ce qu'elle venait de lui dire, pour la simple raison que c'était la première fois qu'il entendait cela ? Ou bien tentait-il encore une fois de la déstabiliser ?
Le visage de Rogue était dur comme le marbre.
- Tu crois aimer, mais tu ignores ce que c'est, cracha-t-il. Tu es trop jeune, trop…
La fin de sa phrase ne franchit pas la barrière de ses lèvres, car celles d'Hermione étaient venues s'y plaquer avec force.
Il céda presque instantanément et referma ses bras autour d'Hermione, comme s'il ne pouvait plus tout contenir au fond de lui, comme si tout ce qu'il disait et laissait paraître devant Hermione depuis un moment n'était qu'une façade. Une façade déjà craquelée, qu'Hermione venait de faire s'effondrer.
Le baiser de Severus fut aussi brûlant que son regard. Il serrait avec force Hermione contre lui, comme s'il craignait qu'elle ne s'évapore soudain, qu'elle ne disparaisse entre ses doigts. Et Hermione s'accrochait à lui comme dans le désespoir, comme s'il menaçait de l'abandonner. Elle avait l'impression que les flammes s'étaient mises à les envelopper, et ils brûlaient ensemble, consumés par le même feu.
Lorsque leurs bouches, en cendres, se détachèrent, ils demeurèrent enlacés. Hermione avait enfoui son visage dans le cou de Severus. Les doigts du Maître des Potions étaient emmêlés dans les boucles de la jeune femme.
Enveloppés dans les fumées du laboratoire, cachés du monde, ils auraient voulu ne plus bouger. Et ils sentirent pourtant le temps les rattraper, ils se remémoraient ce qu'ils devaient accomplir, ce qu'ils devaient combattre. La lave qui parcourait leurs veines redevint sang, et ils s'éloignèrent l'un de l'autre.
Hermione souriait. Elle vint doucement poser le dos de sa main contre la joue de Severus. Elle vit alors passer un éclair dans les pupilles sombres. Le visage de Rogue se rapprocha doucement du sien. Hermione ferma les yeux, attendant encore le contact des lèvres du Maître des Potions.
Mais un raclement de gorge les fit soudain sursauter tous les deux. Ils s'écartèrent l'un de l'autre d'un bon mètre, le cœur battant.
Le visage de Rogue se rida de colère alors qu'il apercevait le fantôme de Dumbledore flottant au fond du laboratoire.
- Albus ! tonna Rogue en s'avançant vers lui. Je ne tolère pas qu'on entre ici sans ma permission, et cette règle s'applique à vous aussi ! Peu importe que les autres professeurs vous passent tous vos caprices, ou que vous profitiez de votre immatérialité, en ce qui me concerne, je vous interdis de…
- Calme-toi, Severus, dit doucement Dumbledore.
- Ne me donnez pas d'ordre dans mon propre laboratoire ! mugit Rogue. Depuis quand êtes-vous ici ?
Nerveuse, Hermione remit en place d'un air qu'elle voulait dégagé ses cheveux que les mains de Rogue avaient désordonnés.
Les yeux de Dumbledore brillèrent un instant d'une étincelle malicieuse.
Les deux sorciers comprirent immédiatement que, comme à son habitude, Dumbledore savait tout. Évidemment, il avait fallu qu'il débarque à cet instant…
- Il ne manquait plus que ça…, souffla Rogue en fusillant Albus du regard.
Le fantôme ne parut pas entendre la remarque de Severus. Son visage se fit soudain plus sérieux.
- Je suis venu vous prévenir que le Professeur McGonagall vous attend tous les deux à l'infirmerie, dit-il. Le jeune Malefoy est dans un état étrange.
- Vous n'auriez pas pu le dire plus tôt ? siffla Rogue entre ses dents.
Rogue attrapa sa redingote, puis fit signe à Hermione de le suivre. Ils sortirent du laboratoire.
- Vous voilà enfin ! s'exclama McGonagall en voyant Rogue et Hermione pénétrer dans l'infirmerie.
- Pardonnez-nous, fit Severus d'un ton ironique. Le porteur du message a préféré commencer par exercer sa vue avant de nous informer de la situation…
Il passa en coup de vent devant la Directrice sans faire attention à son visage marqué d'incompréhension.
Hermione et Severus, suivis par McGonagall rejoignirent le lit occupé par Otacus. Pomfresh s'afférait autour de lui, l'air inquiet.
- Oh, vous voilà ! fit l'infirmière. Je ne comprends pas ce qui lui arrive… Il dormait, comme d'habitude, et… Oh, si j'avais su, jamais je n'aurais laissé Messieurs Potter et Weasley partir… Il y a dix minutes, Otacus a commencé à trembler et…
- Dix minutes ? s'écria Rogue. Êtes-vous inconsciente ? Il fallait nous faire venir immédiatement !
Pomfresh eut l'air mortifié.
- Écartez-vous, dit Rogue d'un ton qui ne laissait place à aucune contestation.
Il se pencha sur le garçon. Hermione resta en retrait. Elle savait très bien ce qu'elle risquait si jamais un contact avait lieu entre elle et le garçon.
Elle se dressa sur la pointe des pieds et regarda par-dessus l'épaule de Severus.
Son cœur s'accéléra.
Tout le corps d'Otacus tremblait. Ses yeux étaient révulsés et roulaient dans leurs orbites. Il transpirait, et sa peau était extrêmement pâle. Ses lèvres se mouvaient fébrilement, et semblaient former des mots silencieux.
Rogue posa ses mains fraîches sur le front du garçon. Il l'observa quelques secondes, palpa son pouls.
Il se redressa soudain, plaça une main sur l'épaule du garçon la plus proche de lui, et son autre main sous le dos d'Otacus. Il le fit basculer sur le côté.
Les traits de Rogue se figèrent, Hermione étouffa un cri. Pomfresh couvrit sa bouche de ses mains, McGonagall fit un pas en arrière.
Le dos de la chemise d'hôpital d'Otacus était imbibé d'un liquide noir, trop sombre pour être du sang.
- Qu'est-ce que c'est que cette abomination ? s'écria McGonagall.
- Écarte-toi, Hermione, souffla Rogue sans quitter le garçon des yeux.
Hermione obéit. Elle fit quelques pas en arrière.
Rogue sortit sa baguette. Il l'agita et la chemise d'Otacus s'ouvrit en deux le long de son dos. La blessure d'Otacus semblait ronger sa peau. Il en suintait un liquide épais et visqueux, mêlé à du sang.
- Par Merlin, Severus, qu'est-ce que…, commença McGonagall sans être capable de finir sa phrase.
- Cela devait arriver…, répondit lentement le Maître des Potions. Son corps est en train d'abandonner le combat. Il est gavé de Magie Noire, et il est trop jeune pour…
- Il ne faut pas le laisser mourir ! cria Hermione en se précipitant vers le lit, oubliant le danger que cela représentait pour elle.
Rogue l'attrapa par les épaules et la fit passer derrière lui.
- Ne t'approche pas de lui ! s'écria-t-il.
Elle le fusilla du regard.
- On ne peut pas rester là sans rien faire, à le regarder mourir ! Il y a bien un moyen d'empêcher ça !
Severus détourna ses yeux du garçon. Les trois femmes présentes regardaient Rogue avec insistance, attendant qu'il réponde.
- Ce cas est déjà arrivé plusieurs fois dans l'Histoire, dit-il sombrement. Si la Magie Noire est puissante, elle est aussi dangereuse. Soumettre un corps à des sortilèges de Magie Noire conduit à des lésions irréversibles. Et Malefoy n'est encore qu'un enfant… Il faudrait parvenir à purifier son corps, mais avant tout, à exterminer la source de cette Magie…
- Bellatrix, souffla Hermione. Mais il ne tiendra pas jusqu'à ce que…
- Je sais.
Il réfléchit un court instant.
- Il faudrait retrouver sa conscience. Retrouver son esprit.
Hermione observa Severus, abasourdie. Il venait de proposer ce qu'il lui refusait depuis un moment déjà : pénétrer dans l'esprit d'Otacus. A cet instant, alors que la solution était sur le point d'être mise en place, Hermione comprit tout le danger qu'elle impliquait.
Elle pensa qu'il fallait réfléchir, penser à tout ce qui pouvait potentiellement se trouver dans la tête d'Otacus, à ce que Bellatrix pourrait faire, à…
Un hurlement d'Otacus la ramena à la réalité. Non. Ils n'en avaient pas le temps.
Elle regarda Rogue se baisser sur le garçon pour tenter de croiser son regard. Sa baguette était pointée sur la tempe d'Otacus.
Hermione sentait la peur s'insinuer dans ses veines, pulser dans son cœur.
C'est un Maître Légilimens, il sait ce qu'il fait, il n'y a rien à craindre, tentait-elle de se rassurer.
Son cœur tressauta soudain.
- Non, Severus, ne…
- Legilimens !
Il y eut un éclair blanc.
Otacus et Severus se pétrifièrent durant une fraction de seconde. Puis, le corps de Rogue s'effondra sur le lit, tandis que le garçon se remettait à trembler de tout son être.
Comme d'habitude, n'hésitez pas à me faire part de vos impressions. A très bientôt pour le prochain chapitre !
