Et voici la suite ! Comme d'habitude, je vous remercie pour les lectures et les reviews ! Bonne lecture !


Hermione se massait les tempes du bout des doigts. Sa tête la faisait souffrir. Voilà deux heures que Rogue, McGonagall et elle-même étaient assis dans le bureau directorial, à réfléchir aux plans de Bellatrix.

- Je ne comprends pas, dit doucement la jeune femme. Pourquoi a-t-elle été jusqu'à tuer sa propre sœur simplement pour se servir d'Otacus ? Il y a quelque chose d'autre, c'est sûr… Elle ne veut pas se servir de lui uniquement pour surveiller…
- Nous parlons de Bellatrix Lestrange, Hermione, répondit Severus. Il y a longtemps que la raison ne fait plus partie de son être. Si elle en a fait partie un jour…
- Mais, elle aurait très bien pu se servir de n'importe quel élève de Poudlard…

McGonagall s'avança sur son siège.

- Les Malefoy sont des Sang-Purs. Si son but est de faire revenir Voldemort, elle ne veut sûrement pas d'un Sang-Mêlé ou d'un Né-Moldu dans cette histoire.
- Sans compter qu'elle voyait sûrement là un moyen de punir les Malefoy, qu'elle considère comme des traîtres, ajouta Rogue. Ses liens fraternels passent après son dévouement au Seigneur des Ténèbres…

Hermione secoua doucement la tête.

- Tout cela doit jouer, bien sûr, mais… Je suis persuadée qu'il y a autre chose.
- Si tel est le cas, elle n'a rien dit à Nott, répondit le Maître des Potions.

Ils se turent un instant, plongés dans leurs pensées.

- Je vais prévenir Potter et Weasley, dit soudain McGonagall. Le Bureau des Aurors doit être prêt à intervenir.

Hermione aperçut du coin de l'œil Rogue se rembrunir.
McGonagall soupira un instant, fixant le vide.

- Je suis face à un dilemme, murmura-t-elle doucement. Les élèves sont en danger. Peut-être devrais-je les renvoyer chez eux…
- Attendez quelques jours avant de vous prononcer là-dessus, répondit Rogue. Mais je crains que ce ne soit une éventualité à considérer sérieusement…

McGonagall acquiesça.

- Que comptez-vous faire des Malefoy, maintenant ? demanda-t-elle doucement.

Rogue redressa légèrement la tête, le visage grave.

- En ce qui concerne Otacus, je dois retrouver sa conscience. Mais son corps est encore trop affaibli pour permettre d'y installer une âme. Il faut l'épancher de la Magie Noire qu'il contient. Pour Drago, nous devons le réveiller et l'interroger. Bellatrix ne l'a pas utilisé de manière similaire à son frère, il a été traqué, il doit savoir des choses qui pourraient nous être utiles pour combattre Bellatrix. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de le sortir de son sommeil artificiel maintenant. Il ne représenterait qu'une nouvelle porte d'entrée pour Bellatrix.

Il fit une courte pause avant de reprendre :

- Ce qui nous amène au même point : nous devons bloquer Bellatrix. Nous devons trouver le contre-sort. Autrement dit, il nous faut ouvrir le Livre.

Quelques instants plus tard, Hermione et Rogue étaient penchés sur le chaudron où bouillonnait la potion irisée. Le Maître des Potions fit signe à Hermione de reculer. Il leva sa baguette, et prononça une longue formule où des mots latins côtoyaient des termes inconnus à Hermione. De longs filaments d'or vinrent entourer le chaudron brûlant. Ils étincelèrent jusqu'à former un globe de lumière autour de la potion. Celui-ci éclata soudain et s'évapora en un vent chaud qui fit voleter les cheveux de Rogue autour de son visage.

- La potion est prête, annonça-t-il, le visage impassible.

Hermione prit une profonde inspiration. Le moment était venu. Peut-être que, ce jour-même, elle allait pouvoir être libérée de l'épée de Damoclès qui la menaçait depuis si longtemps. Elle regarda Rogue, et leurs yeux se sondèrent un instant, chacun conscient de l'enjeu. La fin était proche. Ou alors n'était-ce que le début de la lutte.

Sans quitter Hermione des yeux, Rogue leva sa baguette. Sans qu'il n'ait prononcé le moindre mot, le Livre apparut dans le laboratoire, entouré de sa bulle protectrice. Hermione, le cœur battant, le regarda flotter dans la pièce, sous le contrôle de la baguette de Rogue. Il l'amena jusqu'au-dessus du chaudron. Les deux sorciers demeurèrent un instant concentrés sur le Livre suintant de Magie Noire, qui portait en ses pages, peut-être, la clé de la victoire.

En-dessous de l'objet bouillonnait la potion censée éponger la Magie du Livre. Hermione était persuadée de la réussite de Severus, et pourtant, il suffisait de la moindre petite erreur de dosage pour détruire le précieux objet, ou pour décupler sa Magie destructrice.

La jeune femme avait un instant songé à quitter Poudlard avec Livre et potion pour faire l'expérience dans un endroit isolé, afin d'éviter de mettre en danger toute la population du château. Mais cela s'était avéré impossible. Le Livre devait rester caché.

Rogue, au moment où ils étaient retournés dans le laboratoire, avait lancé sur les murs plusieurs sorts de protection et d'endiguement, au cas où la Magie du Livre ne serait pas contenue par la potion.

Le temps semblait suspendu dans la salle. Rogue et Hermione retenaient leur souffle. L'atmosphère était palpable et lourde, et Hermione était sûre de percevoir quelque chose émanant du Livre, malgré la bulle qui l'isolait du monde. Comme si l'objet résistait…

Soudain, Rogue fit un geste avec sa baguette. Comme au ralenti, Hermione vit le Livre tomber dans le chaudron. Quand il creva la surface irisée de la potion, Hermione eut l'impression de recevoir un coup de poing en plein ventre. Ses poumons se vidèrent de leur air. Elle entendit un tintement de flacons, puis un bruit de verre brisé. En face d'elle, Rogue était parti en arrière, avait percuté l'étagère et plusieurs fioles avaient explosé sur le sol.

Hermione tentait de retrouver une respiration normale, quand elle sentit une brûlure insoutenable lui déchirer la cuisse gauche. Manquant de crier, elle porta sa main à sa poche et en extirpa sa baguette, responsable de la douleur, qu'elle jeta sur le sol.

Une onde de choc émana alors du chaudron, et une bourrasque de vent souffla toutes les bougies du laboratoire, qui sombra dans le noir complet. Hermione perdit Rogue de vue. Elle sentit comme une main glacée se refermer sur son cœur. Elle avait l'impression que la peau de son dos était rongée. Comme si la Magie Noire qu'elle portait en elle réagissait avec celle du Livre.

Hermione, essoufflée, le dos meurtri, le sang bouillonnant, tenta de se relever. Elle redressa la tête. Une clarté éblouissante jaillit soudain du chaudron et creva la pénombre. Hermione porta son bras à ses yeux pour s'en protéger.

Elle avait l'impression d'étouffer. C'était comme si air et magie se mêlaient pour créer une atmosphère presque solide, qui obstruait les poumons.
Hermione ressentait la Magie qui emplissait l'air, mais elle savait que sans la potion de Rogue, ils auraient sûrement été tués au-moment même où le Livre serait sorti de sa bulle. La magie de Poudlard avait dû le nourrir malgré la protection, et à présent, il la délivrait, sous forme de Magie Noire, puissante et dangereuse.

Le dos d'Hermione lui faisait souffrir le martyr. Elle priait pour que sa blessure cicatrisée ne se rouvre pas, mais elle sentait grouiller dans ses veines la Magie de Bellatrix. Elle la sentait jusqu'au bout de ses doigts, elle entendait résonner dans son esprit les accents de Bellatrix, elle revoyait son visage creusé par la folie.

Des larmes s'échappèrent des yeux clos d'Hermione, tandis qu'un étau compressait son cœur et sa poitrine. Elle se perdait. Les souvenirs de la possession de Bellatrix semblèrent se mêler au temps présent, et elle crut dans un moment de frayeur que Bellatrix la tenait de nouveau sous son joug.

Elle cria.

Elle vit rose à travers ses paupières closes quand un éclair de lumière éclata. Le visage de Bellatrix passa dans son esprit tandis que l'étau devenait de plus en plus insoutenable. La jeune femme se tordit sur le sol.

- Hermione !

Une voix lointaine parvenait à percer les bourdonnements de son sang et de sa magie à ses oreilles. Mais la jeune femme ne parvenait pas à bouger, clouée au sol par la douleur et les souvenirs.

- HERMIONE !

Elle ouvrit grand les yeux, mais le noir de la salle demeurait complet. Elle parvint à reprendre une grande goulée d'air, tandis que ses poumons se libéraient de l'étau qui les enserrait. Elle toussa, comme si elle avait failli se noyer dans elle ne savait quelle mer sombre.

Elle retrouva peu à peu ses esprits. Les battements de son cœur se répercutaient dans sa colonne vertébrale douloureuse.
Elle se força à respirer lentement et profondément, oubliant la douleur. Celle-ci disparut bientôt, aussi vite qu'elle était apparue.

Hermione s'assit. Les torches n'avaient pas été rallumées, et la salle baignait dans un noir d'encre impénétrable.

- Severus ? dit-elle doucement, affaiblie par ce qu'elle venait de vivre.
- Je suis là, répondit-il d'une voix essoufflée.

La voix venait de l'autre côté du laboratoire.

- Que s'est-il passé ? demanda Hermione.

Elle se sentait comme étourdie.

- Ce qui devait se passer, je suppose…

Sa voix était assez froide, et malgré l'obscurité, Hermione était sûre de deviner l'expression de son visage.

- Heureusement que tu as crié mon nom, fit Hermione. Je ne sais pas si j'aurais réussi à échapper à ça, sinon…
- Pardon ?

Hermione fronça les sourcils.

- Tu as… crié mon nom, n'est-ce pas ? Pour que je me réveille…

Court silence. Puis…

- Je n'ai rien dit du tout, Hermione.
- Quoi ? Mais… C'est impossible, voyons… J'ai très bien reconnu ta voix. Qu'est-ce que… Bon, rallumons, avant toute chose.

Hermione tâtonna, à la recherche de sa baguette. Lorsqu'elle remit la main dessus, le cœur battant, elle trouva le bois encore chaud. Elle saisit fermement la baguette dans sa paume, mais, quand elle prononça le sort pour rallumer les torches, seules quelques étincelles jaillirent de l'objet, tandis qu'Hermione eut soudain l'impression d'un grand vide dans la région de son cœur. Elle lâcha sa baguette sous la surprise.

- Par Merlin…, murmura-t-elle d'une voix blanche. Qu'est-ce qui m'arrive ?

Elle entendit un bruit de tissu, et déduisit que Rogue était en train de se lever. Elle reprit sa baguette, prononça à la suite plusieurs formules. Elle n'eut pour résultat que de petites étincelles.

- Je… Je n'arrive plus à lancer de sort !

Hermione cédait peu à peu à la panique.

Elle entendit un sifflement. Rogue agitait sa baguette. Elle attendit de voir les flammes jaillirent des torches. Rien ne se passa.

- Moi non plus…, souffla-t-il.

Hermione nota qu'il n'y avait pas d'inquiétude dans sa voix.

- Nos baguettes ont été perturbées par l'explosion de magie en provenance du Livre, expliqua-t-il calmement. Il nous faut attendre que les niveaux de pouvoirs se stabilisent à nouveau. C'est ce qui se passe parfois en présence d'une Magie Noire très ancienne et prisonnière d'un objet depuis très longtemps.

Hermione souffla. Au moins, le problème ne venait pas d'elle seule.

- Que s'est-il passé, Hermione ? demanda soudain Rogue, revenant au sujet qu'Hermione avait soulevé.
- Ma blessure m'a fait souffrir…, répondit-elle en se remémorant ce qu'elle venait de vivre. J'ai ressenti… les restes de la magie de Bellatrix dans mon corps. J'ai eu l'impression qu'elle me possédait de nouveau…
- Peut-être était-ce le cas ! s'écria soudain Rogue.
- Non ! répondit Hermione aussi fort. Ce sont les souvenirs de la possession qu'elle a exercée sur moi qui sont remontés de ma mémoire ! Comme si la Magie Noire du Livre avait exacerbé celle que je porte encore en moi…
- C'est ce qui a dû se passer, répondit Severus.
- Ce n'est que quand tu as crié mon nom que j'ai pu… Oh !

Un éclair avait traversé sa pensée, alors qu'elle se rappelait que Rogue lui avait dit qu'il n'avait rien crié du tout.

- C'est la même technique de combat que pour un Épouvantard ! s'exclama-t-elle. Tu m'as aidé à combattre Bellatrix quand elle s'emparait de mon esprit ! Maintenant, il me suffit de t'imaginer en train de me soutenir pour résister ! C'est une réaction de mon inconscient !
- On dirait presque que tu possèdes ton propre Épouvantard… Dans ta tête…

Hermione réfléchit un instant. Effectivement, sa plus grande peur, depuis un moment, était de se faire posséder par Bellatrix. Et c'était comme si ses souvenirs, sous l'effet de la magie du Livre, avait constitué un Épouvantard au fond de son esprit.
Le silence les enveloppa un instant, alors qu'ils étaient encore chamboulés par les événements.

- Avant tout, déclara soudain Hermione, il nous faut de la lumière. Mais sans magie… Il nous faudrait…
- Des inventions moldues…, compléta Rogue. Des allumettes.

Hermione haussa les sourcils. Elle savait bien que Rogue avait un père moldu, mais elle ne pensait pas qu'il gardât, au fin fond des cachots de Poudlard, une boîte d'allumettes…

Elle l'entendit progresser à tâtons dans l'obscurité. Il y eut un bruit de heurt et Severus grogna. Puis, le bruit d'un tiroir qu'on ouvre. Un craquement.
Enfin, le visage orangé aux ombres vacillantes de Rogue apparut au beau milieu de la pénombre, comme flottant dans le laboratoire. Il jeta un bref regard à Hermione, comme pour s'assurer qu'elle était bien là, dans son état normal. Puis, il éclaira la grande table de bois, saisit une bougie déjà partiellement fondue et en alluma la mèche. Il fit de même avec une deuxième bougie qu'il tendit ensuite à Hermione.

La jeune femme se releva en grimaçant. Son dos était encore endolori. Elle n'avait qu'une seule crainte. Que sa blessure se soit rouverte.
Elle voulait repousser le moment où elle allait devoir vérifier.

Elle s'apprêta donc à aller voir l'intérieur du chaudron, mais Rogue lui barra le passage. Elle leva les yeux vers lui, devinant déjà ce qu'il allait lui demander.

- Tourne-toi, dit-il d'une voix sombre.

Son visage, comme à chaque fois que Rogue se tenait à proximité de flammes, était parcouru par les ombres. Le fait qu'ils ne soient que tous les deux, au milieu d'une salle complètement sombre, éclairée seulement par deux bougies, conférait à Severus une allure spectrale menaçante.

Hermione soupira. Elle ne voulait pas l'entendre dire que sa blessure était en mauvais état. Elle craignait que Rogue pense encore une fois que Bellatrix était toujours là, dans la tête d'Hermione, scrutant leurs moindres gestes.

Mais elle savait qu'elle n'avait pas le choix. A contrecœur, Hermione se retourna. Elle se tendit en sentant les doigts froids de Severus soulever l'arrière de son pull. Il ne prit qu'une seconde pour regarder, avant de déclarer :

- Retire ton pull.

Hermione se figea, surprise et mal à l'aise. Elle avait senti la gêne camouflée dans le ton de Severus. Elle l'observa par-dessus son épaule. Il regarda un instant ailleurs.

- C'est seulement pour… pour voir complètement si…, tenta-t-il de se justifier.
- Oui, je sais.

Toujours dos à Severus, Hermione posa sa bougie sur la table de travail d'une main tremblante, son cœur battant la chamade. Un malaise avait empli l'air. Elle retira son pull, se retrouvant en sous-vêtements dans le laboratoire froid.

Regardant au plafond, elle attendit que Rogue ait fini son examen. Elle ne sentit pas ses doigts sur sa peau. Elle jeta un bref regard en arrière, pour voir que Severus était resté assez éloigné d'elle, sa bougie à la main, regardant d'assez loin sa blessure d'un air étrange. Elle sentit la peur la saisir.

- Il y a un problème ? demanda-t-elle.
- Non, aucun, dit-il. La cicatrice est intacte.

Hermione soupira de soulagement. L'éloignement de Rogue n'avait rien à voir avec l'état de la blessure. Simplement, il était mal à l'aise d'avoir dû lui demander d'ôter son pull et de se retrouver à la regarder ainsi.

Elle remit son vêtement et fit de nouveau face à Severus, qui l'observait d'un regard… brûlant.
Le ventre d'Hermione se tordit étrangement. Elle cligna des yeux, prit un air dégagé, reprit sa bougie et s'avança vers le chaudron.

Le fond de celui-ci luisait d'une étrange lueur nacrée. Le Livre y baignait, intact.

- Pouvons-nous le sortir maintenant ? demanda Hermione. Ou faut-il attendre un peu ?

Elle se tourna vers Severus. Il était resté en arrière, comme perturbé et perdu dans ses pensées. La question d'Hermione sembla le faire revenir sur terre.

- Il faut attendre. Inutile de prendre des risques en retirant cette relique trop tôt…

Hermione acquiesça lentement.

- Nous ferions mieux de remonter…, ajouta-t-elle. Peut-être la magie du Livre a-t-elle fait des dégâts dans le château…

Elle pencha la tête en regardant Rogue.

- Un problème ? demanda-t-elle, voyant que son collègue avait l'air toujours étrange.

Il nia de la tête sans la quitter des yeux.

Elle ouvrit la bouche un instant, la referma, puis dit en passant une main dans ses cheveux :

- Je ne t'en veux pas que tu m'aies demandé de…
- Je sais.
- Oh… Alors dans ce cas… Pourquoi… ?

Il pinça les lèvres.

- Rien. Absolument rien.

Aussi vite que l'éclair son visage retrouva son expression profondément impassible. Il passa devant elle dans un bruissement de cape et alla ouvrir la porte du laboratoire. De l'autre côté de la porte se trouvaient les ténèbres complètes.

Hermione avait haussé les sourcils aux mots de Rogue. Avait-il vraiment été à ce point perturbé par elle ?

Rogue et Hermione, bougie à la main, parcoururent le long couloir des cachots, dont les torches avaient elles aussi été soufflées.

- J'espère que nous trouverons ce que nous cherchons dans ce Livre, déclara sombrement la jeune femme. Car, si nous avons mis en danger tout le château pour rien…

Avant de sortir du laboratoire, Hermione avait récupéré sa baguette. Elle et Rogue avaient essayé de lancer quelques sorts, mais seules de faibles étincelles avaient brillé dans le noir.

Les deux sorciers gravirent les escaliers menant au Hall. Aucune lumière là non plus. La nuit était tombée, et le château était tout entier noyé dans les ténèbres. Dans le noir, seuls eux deux, armés de leurs bougies, se frayaient un chemin dans l'oppressante obscurité.

A mesure qu'ils approchaient de la porte de la Grande Salle leur parvenaient des éclats de voix. Apparemment, du monde se trouvait derrière les portes.

Hermione songea que le Livre avait dû perturber la magie de tous les résidents du château. Rogue lui avait dit que tout rentrerait dans l'ordre. Elle espérait juste qu'il n'y avait rien eu de plus grave que des torches éteintes et un déséquilibre magique…

Ensemble, ils poussèrent les portes de la Grande Salle.
Une forte lumière, à laquelle ils n'étaient plus habitués, les firent cligner des yeux. Un brouhaha indescriptible vint blesser leurs tympans, habitués au silence des cachots. Les élèves avaient été regroupés par maisons, comme pour les repas. Mais devant les tables, se trouvaient les Directeurs de Maisons. Du moins était-ce le cas pour Poufsouffle et Serdaigle.

Hermione aperçut Rusard courir autour de la salle, un bâton enflammé dans la main droite, pour allumer toutes les torches présentes.

- Vous voilà !

Rogue et Hermione se tournèrent d'un même mouvement vers une McGonagall échevelée à l'air irrité, qui se précipitait vers eux.

- Auriez-vous l'obligeance de m'expliquer ce qu'il s'est passé dans vos cachots, Severus ?

Les commissures des lèvres de celui-ci tressautèrent.

- A votre avis ? siffla-t-il. Nous avons fait ce qu'il était prévu de faire… Vous étiez au courant des risques que cela présentait, non ?

La Directrice pinça la bouche.

- C'est vrai, mais… A ce point… Vous auriez quand même pu…
- Quoi ? dit Rogue d'une voix veloutée. Ce ne sont que des torches éteintes. Auriez-vous encore peur du noir à votre âge, Minerva ?

Hermione secoua la tête.

- Severus, ce n'est…, tenta-t-elle, pour calmer le jeu.
- Et ça, ce ne sont que des torches éteintes, peut-être ? fit McGonagall en agitant sa baguette d'où ne sortirent que quatre minuscules étincelles.

Rogue leva les yeux au plafond, orageux ce soir-là.

- Minerva, songez-vous vraiment que j'aurais pris le risque de faire cette expérience dans le château si je pensais que tout le monde ici était menacé de perdre définitivement ses pouvoirs ? Le Livre a simplement provoqué un déséquilibre, ce n'est pas la première fois que je suis témoin d'une telle chose. Tout sera rentré dans l'ordre dans quelques heures.

Il haussa les sourcils.

- Je pensais que vous portiez un peu plus de confiance en ma personne, dit-il doucereusement.

Minerva poussa un soupir.

- D'accord, d'accord ! Mais vous ne pourrez nier que c'est tout de même impressionnant de se retrouver plongé dans le noir complet sans pouvoir se servir de sa baguette !

Rogue sourit légèrement.

- Plus rien ne m'impressionne, vous le savez bien.

Hermione sourit à son tour en secouant légèrement la tête.
Minerva sembla prête à faire une réflexion, mais elle jugea inutile de se fatiguer à discuter avec Severus dans une telle situation. Elle abandonna donc l'idée.

- J'espère au moins que tout ce cirque n'est pas inutile…, dit-elle alors, suspicieuse.
- En ce qui concerne le Livre, il est encore trop tôt pour le dire, répondit Rogue. Cependant, pour votre expérience personnelle, Minerva, apprendre à vivre quelques heures comme une Moldue s'avérera fort enrichissant, j'en suis certain.

Elle secoua la tête, dépassée.

- Vous gagnez cette manche, Severus, mais le temps n'est pas à la plaisanterie.
- Je ne plaisante pas, fit Rogue le plus sérieusement du monde.

Minerva jeta un regard plein de sens à Hermione : ses yeux semblaient lui demander comment elle supportait de se tenir dans la même pièce que lui autant de temps.

Puis, la Directrice reporta son attention sur le Directeur de Serpentard.

- Avant d'aller vous occuper de votre maison, Severus, vous serez aimable de m'indiquer, pour mon expérience personnelle, bien sûr, comment ramener les élèves au silence sans l'aide de la magie afin que je leur explique la situation.

Rogue haussa un sourcil moqueur. Puis, il se tourna et fit signe à Rusard d'approcher. Celui-ci, à en juger par l'expression de son visage, était ravi de ne plus être le seul à être privé de pouvoirs magiques.

Rusard s'avança vers Severus.

- Professeur ? fit-il.
- Rusard, vous expliquerez à la Directrice comment faire taire tout ce troupeau de cornichons sans l'aide de la magie.

Le concierge sourit en découvrant ses dents pourries.

- Mais bien évidemment, susurra-t-il.

Il sortit de sa poche un petit objet argenté qu'il tendit à McGonagall.

- Voici un sifflet, marmonna-t-il, en se délectant d'en savoir plus que tout le monde.


N'hésitez pas à laisser vos remarques, et à très bientôt pour la suite ;)