Bonjour à tous ! Merciiiii beaucoup pour vos lectures et vos reviews ! J'espère que ce chapitre vous plaira !
Réponse à Mathilde : Contente que le coup du sifflet t'ait plu hahaha ! Merci de ta review !
Quelques jours maussades de la fin novembre s'égrenèrent lentement. Les occupants de Poudlard avaient peu à peu pu réutiliser leur baguette correctement, même si quelques-unes récalcitrantes, notamment chez les Première Année, avaient pris un malin plaisir à inquiéter élèves et Professeurs.
Tandis que McGonagall réfléchissait activement au renvoi des élèves chez eux, Rogue et Hermione dispensaient leurs cours en feignant la routine, comme si aucune menace sombre et maléfique ne s'était manifestée.
Cependant, tous les soirs, ils se retrouvaient dans le laboratoire du Maître des Potions, à contrôler l'aspect du Livre, brûlant de l'ouvrir et de faire cesser l'insupportable attente.
Pour patienter, ils débattaient sur les plans de Bellatrix, tentaient notamment de comprendre pourquoi elle avait choisi Otacus. Un soir, Hermione avait saisi un bout de parchemin et une plume, et avait pris quelques notes.
- Rien de mieux que d'écrire pour fixer sa pensée, avait-elle dit à Rogue.
Sa plume grattait énergiquement le papier tandis qu'elle se remémorait tout ce qu'elle et Severus avaient pu comprendre.
- Tout d'abord, la possession d'Otacus servait à nous surveiller, dit-elle en écrivant. Pas de doute là-dessus. Mais il est évident que Bellatrix cherche quelque chose d'autre. Ensuite, le sort dont j'ai été victime…
La plume se releva un instant, et Hermione plongea ses yeux dans ceux de Rogue. Celui-ci l'observa un moment, puis se pencha en avant pour voir ce qu'elle avait déjà noté.
- Vengeance, dit-il tout bas, laconique. Atteindre un proche de Potter. Surveiller, toujours. Et m'atteindre moi…
Il n'expliqua rien de plus. Hermione acquiesça. Elle avait très bien compris. L'atteindre lui aussi. Au départ, parce que Bellatrix pouvait se servir du corps d'Hermione pour attaquer Rogue. Plus tard, parce que les sentiments que Rogue avait développés à l'égard d'Hermione constituaient une magnifique opportunité pour la Mangemort de les faire souffrir tous les deux.
Hermione prit encore quelques notes. Elle relut son brouillon, puis le posa sur la table.
- Il nous manque quelques pièces pour compléter le puzzle, commença-t-elle.
- L'esprit d'Otacus, continua Rogue. Et l'histoire de Drago…
Hermione soupira, puis se frotta les yeux. Ceux-ci commençaient à s'engourdir de fatigue.
Posant son menton dans ses mains, elle jeta un coup d'œil au chaudron posé un peu plus loin, sur un plan de travail contre le mur. Il en émanait une faible lueur nacrée, qui ondulait contre les parois de métal du récipient.
- Crois-tu que ce sera encore long ? demanda Hermione à Rogue, le regard perdu dans la danse de lumière de la potion.
Au moment où il ouvrit la bouche pour répondre, il y eut un bruit net et cristallin, et la lueur dans le chaudron s'évanouit.
Hermione se redressa vivement. Rogue et elle se regardèrent une fraction de seconde, tandis que l'espoir faisait accélérer le cœur de la jeune femme.
Ils se levèrent de leur chaise.
- Attends, souffla Rogue en levant une main vers sa collègue.
Celle-ci obéit. Elle observa Rogue s'approcher du chaudron et en étudier l'intérieur.
Sans regarder Hermione, il murmura :
- Fais de la place sur la table.
Le cœur d'Hermione rata un battement. Enfin, le Livre était prêt ! Elle n'en pouvait plus d'attendre. A présent, elle espérait qu'ils trouveraient une formule pour contrer le sort de Bellatrix. Ce Livre constituait leur dernier espoir. Hermione n'osa pas penser à ce qu'ils feraient si jamais les vieilles pages de parchemin ne leur livraient aucune solution.
Elle agita sa baguette et dégagea sur le bois de la table un espace assez grand pour y poser le chaudron.
Elle respira un bon coup. La potion de Rogue avait dû faire son effet, mais le grimoire était si imprégné de Magie Noire qu'Hermione craignait que d'autres risques ne se présentent à eux. Après tout, le Livre avait bien réussi à priver tous les occupants du château de baguette magique pendant plusieurs heures…
Elle se força à oublier tout cela et se concentra sur Rogue. Le Maître des Potions agitait sa baguette au-dessus du chaudron en chuchotant de longues incantations. Puis, il fit léviter le récipient jusque sur la table, devant Hermione. Il vint ensuite se placer en face de la jeune femme, de sorte à ce qu'eux deux soient installés de part et d'autre du chaudron.
Rogue appuya ses mains sur le rebord de la table. Hermione se pencha en avant et scruta le fond du chaudron. La potion était devenue très sombre, presque opaque. Mais, en plissant les yeux, Hermione parvenait à distinguer la vieille couverture de cuir du Livre. Une drôle d'impression, qu'elle ne pouvait définir, lui saisit le cœur. Elle regarda Severus.
Celui-ci l'observait, concentré. L'intensité de ses yeux noirs troubla Hermione.
- Ferme les yeux, ordonna-t-il.
Hermione fronça les sourcils.
- Qu'est-ce que…
- Ferme-les yeux, répéta-t-il sans hausser la voix.
La jeune femme obéit. Immédiatement, il lui sembla que quelque chose de diffus tournait autour d'elle. Le laboratoire baignait dans le silence, mais les oreilles d'Hermione bourdonnaient légèrement.
- La sens-tu ?..., murmura Rogue.
Hermione attendit un instant avant de répondre, se concentrant sur ses sens. Oui, c'était comme si quelque chose de magique planait et s'enroulait autour d'elle. Aussi insaisissable que de la fumée, la chose se mêlait à l'air, et Hermione avait l'impression de la respirer et de la goûter.
- Oui…, répondit-elle dans un souffle. C'est… très vague… Comme un voile… Ou de la fumée… Ça flotte autour de nous…
Elle rouvrit les yeux. Dans le laboratoire, aucune brume ou fumée quelconque, qui aurait pu expliquer ce que ressentait Hermione, n'était visible. Rogue la contemplait toujours.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Hermione.
La… chose qui planait dans le laboratoire créait en elle une sorte d'anxiété qu'elle ne pouvait chasser.
Les lèvres de Rogue tressautèrent en une sorte de rictus.
- On appelle cela le Sommeil du Démon, répondit-il.
Hermione plissa légèrement les yeux. Ce nom étrange lui évoquait quelque chose, mais rien de précis.
- Oh, je… Il me semble avoir déjà lu ça quelque part…, marmonna-t-elle.
- Je n'en attendais pas moins de toi, fit Rogue en souriant légèrement, narquois.
Hermione ne fit pas attention à la raillerie. Elle réfléchit un instant, tentant de se rappeler de la définition du Sommeil du Démon. Des bribes de souvenirs lui revinrent assez vite.
- C'est de la Magie Noire que l'on pourrait qualifier… d' « endormie », n'est-ce pas ? demanda-t-elle à Rogue.
Le Maître des Potions la sonda un instant avant de répondre :
- En quelque sorte. C'est là la définition théorique.
Pendant un instant, Hermione crut entendre le Severus Rogue qui lui enseignait les Potions durant sa scolarité. Celui qui lui reprochait d'apprendre par cœur ses manuels.
- Le Sommeil du Démon est la forme affaiblie et passive de la Magie Noire, expliqua-t-il en vrillant Hermione de ses yeux noirs. On ne peut pas la faire disparaître à jamais. Tout objet ensorcelé par la Magie Noire en garde une empreinte et laisse la sienne, malgré tous les contre-sorts qui pourraient lui être jetés. Plus l'objet a été porteur de Magie Noire longtemps, plus cette Magie a été concentrée, plus l'empreinte est lourde. C'est pourquoi nous pouvons ressentir ce… voile, autour de nous. Celui du Livre est très chargé et palpable. Le Sommeil du Démon est incapable de faire du mal, contrairement à sa forme active, mais il fait régner une atmosphère malsaine, une sorte d'angoisse, qui nous étreint…
A mesure qu'Hermione assimilait ce que Rogue était en train de lui expliquer, les connections se faisaient dans son esprit. L'angoisse commença à lui nouer la gorge, et l'atmosphère qui régnait dans la pièce ne lui apportait aucun secours.
Elle se laissa tomber sur sa chaise. Rogue l'observait toujours. Ses traits ne trahissaient aucune surprise, ni aucune inquiétude. Il semblait même s'attendre à la réaction d'Hermione.
Les yeux de la jeune femme scrutèrent le chaudron tandis qu'elle se répétait mentalement ce que Severus venait de lui dire.
Tout objet ensorcelé par la Magie Noire en garde une empreinte et laisse la sienne, malgré tous les contre-sorts qui pourraient lui être jetés…
- Non…, souffla Hermione, le cœur battant. Ça veut dire que… Je garderai toujours en moi sa marque ?
Rogue ne répondit pas. Son silence fut plus éloquent que des mots.
Hermione bondit de sa chaise.
- Tu le savais ! s'écria-t-elle. Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? Il me semble que j'étais en droit de savoir, non ?
La mâchoire de Severus se contracta.
- A quoi cela t'aurait-il servi de l'apprendre plus tôt ? demanda-t-il d'une voix basse.
- Ça aurait tout changé, Severus !
Hermione sentait la colère monter en elle. De quel droit lui avait-il caché cela ?
- Effectivement, siffla Severus entre ses dents. Tu aurais perdu tout espoir de te débarrasser de Bellatrix, et j'aurais dû continuer à chercher en entendant tes lamentations désespérées…
La jeune femme ouvrit la bouche, outrée.
- C'est mal me connaître…, fit-elle.
Elle voulut ajouter quelque chose, mais, ne sachant que dire pour exprimer sa colère, de dépit, elle plaqua violemment ses deux mains sur la table, puis respira profondément.
- Crois-tu vraiment que la meilleure solution était de me l'annoncer au dernier moment ? continua-t-elle. Si je l'avais su dès le début, j'aurais pu m'y préparer, m'y habituer, j'aurais pu…
- Tu n'aurais rien pu de plus, à part penser à cela sans arrêt, la contredit sombrement Rogue. Ça n'aurait été qu'un avantage pour Bellatrix. Elle a toujours recherché un moment d'affaiblissement mental tel le sommeil pour s'emparer de ton corps. L'angoisse aurait très bien pu constituer pour elle une porte grande ouverte sur ton esprit, qu'elle n'aurait eu qu'à franchir…
Hermione le fusilla du regard, furieuse.
- Tu n'avais pas à me cacher cela, répéta-t-elle.
Rogue releva la tête.
- Je ne vois pas pourquoi tu n'y as pas pensé, rétorqua-t-il avec mépris, puisqu'apparemment, tu n'étais pas ignorante au sujet du Sommeil du Démon.
- Je ne pense pas à tout ! Et j'étais trop heureuse de trouver un remède à ce qu'il m'arrive pour immédiatement me dire que je porterai toujours en moi la marque de la Magie Noire de Bellatrix !
Rogue renifla dédaigneusement.
- Tu aurais dû y songer, asséna-t-il.
En quelques minutes, Hermione avait retrouvé l'homme qu'elle avait connu durant sa scolarité à Poudlard. L'homme froid, méprisant et cassant.
Hermione croisa les bras, puis elle contourna la table pour se rapprocher de Severus.
- Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir continué à me cacher tout cela jusqu'à la fin ? C'aurait été bien plus simple pour toi…
Il la regarda intensément.
- Parce que, dit-il en articulant, tu aurais bien fini par comprendre, un jour où l'autre. J'y ai réfléchi. J'ai d'abord pensé à ne jamais te l'annoncer, mais…
Hermione prit une expression offusquée et s'apprêta à lui couper la parole.
- Mais, répéta Rogue de façon appuyée en vrillant son regard, j'ai finalement pensé qu'il était préférable de ne pas te mentir…
- Ta sollicitude me touche énormément, Severus, railla Hermione.
- A présent, je me demande si je n'ai pas eu tort, marmonna-t-il. Avant de me faire toute cette scène, tu aurais peut-être pu commencer par me poser la bonne question…
Hermione haussa un sourcil. Severus l'imita. La jeune femme soupira.
- Que se passe-t-il quand un être humain porte le Sommeil du Démon ? demanda-t-elle lentement, s'attendant au pire.
Rogue attendit un instant avant de répondre :
- Rien de grave, réellement.
Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent et elle eut brusquement envie de hurler sur Severus. Pourquoi n'était-il pas venu au fait avant qu'elle ne s'énerve et qu'elle se mette à angoisser ? Il était vraiment impossible…
- Cependant, tempéra Rogue en se rapprochant d'elle et en baissant la voix, tu dois savoir que tu porteras toujours en toi comme une cicatrice du sort. Pas seulement physique, mais aussi psychique. Il y aura toujours en toi une dose affaiblie de Magie Noire, qui tissera comme une aura autour de toi. Pas aussi puissante que celle du Livre, mais discernable tout de même. Il se peut que tu provoques la méfiance chez certaines personnes, sans même que tu leur aies parlé, sans même qu'ils ne te connaissent.
Hermione déglutit. Les paroles de Severus l'avaient mise mal à l'aise. Il avait parlé doucement, mais les paroles semblaient se graver au fer rouge dans la mémoire d'Hermione.
Severus s'était tu. C'est alors qu'il approcha son visage du sien et qu'il lui saisit le menton du bout de l'index. Hermione se perdit dans l'abîme onyx de ses yeux, d'où émanaient les ténèbres et la gravité.
- Ce que je veux dire par là, Hermione, continua-t-il de sa voix basse, c'est que, toi-même, tu trouveras que quelque chose a changé en toi. Ce sera aussi l'avis de tes proches. Mais ils ne parviendront pas à mettre le doigt sur ce changement. Ce sera juste un sentiment que tu leur inspireras au début, involontairement. Ils ne t'en feront sûrement pas la remarque, et leur malaise ne sera que très léger, mais toi, tu dois le savoir. Toi, tu seras consciente des effets que tu produiras chez les autres. Tu devras apprendre à t'en détacher. Alors, ils oublieront, eux aussi.
Ses yeux se détournèrent d'elle et regardèrent un point qu'ils étaient seuls à voir.
- Ce sera comme un souffle autour de toi, poursuivit-il d'une voix encore plus basse. Le souffle d'un démon endormi. Le Sommeil du Démon.
Hermione secoua la tête.
- Je ne comprends pas…, murmura-t-elle. Par exemple, Harry porte encore la cicatrice du sort de Voldemort… Et pourtant, il ne m'a jamais inspiré aucune sorte de méfiance… Même s'il a été touché bien avant que je le connaisse, je…
- C'est complètement différent ! la coupa Rogue. Potter a reçu le sort mortel après… après le sacrifice de sa mère, la Magie Noire qu'il a reçue n'a été que momentanée. La cicatrice dont il se vante n'est qu'une marque qui rappelle le sort, pas la marque de la présence de Magie Noire en lui.
- Faux ! Tu sais très bien qu'il a porté en lui, durant dix-sept ans, un fragment de l'âme de Voldemort ! Les Horcruxes font partie d'une branche particulièrement horrible de la Magie Noire ! Et pourtant, Harry ne m'inspire aucunement la méfiance ou…
Rogue lui empoigna fortement les épaules, et la jeune femme poussa un cri de surprise.
- Ne vois-tu pas la différence essentielle, Hermione ? gronda-t-il. La création d'un Horcruxe en la personne de Potter s'est faite indépendamment de la volonté du Seigneur des Ténèbres…
Hermione garda le silence.
- En revanche, poursuivit-il sur le même ton, dans ton cas, Lestrange a très fortement voulu imprimer sa marque en toi…
Hermione déglutit de nouveau. L'atmosphère, le voile tombé sur la pièce lui devenait insupportable. Elle se força à respirer calmement. Rogue vrilla les yeux d'Hermione une fraction de seconde, puis il se redressa et se détourna d'elle.
Le regard d'Hermione glissa vers le bras gauche du Maître des Potions.
Elle aspira un peu d'air par la bouche, surprise. Quelque chose lui tordit le ventre.
Doucement, elle s'approcha de Rogue, et lui attrapa la main. Il tressaillit légèrement, mais ne s'écarta pas. Lentement, les yeux fixés sur le profil de son collègue, Hermione fit remonter la manche noire jusqu'au coude de Severus, puis baissa les yeux sur le tatouage sombre qui jurait sur la peau pâle de son avant-bras.
- Et toi ? souffla Hermione en traçant le contour de la Marque des Ténèbres du bout des doigts. Tu as voulu que Voldemort imprime en toi sa marque… Alors… As-tu aussi en toi… le Sommeil du Démon ?
Il tourna la tête vers elle, et c'est les yeux plongés dans le regard d'Hermione qu'il déclara :
- Les questions ne sont utiles à celui qui les pose que lorsqu'il en ignore les réponses.
Hermione acquiesça lentement. Puis, un sourire naquit sur ses lèvres.
- Est-ce à cause du Sommeil du Démon que tu inspires peur et méfiance à tous ceux qui croisent ton chemin, particulièrement parmi tes élèves ? demanda-t-elle.
Pour la première fois, elle l'entendit sincèrement rire. Deux secondes. Durant deux infimes secondes, il sortit de la gorge de Severus Rogue un rire, un vrai rire, un rire grave qui lui fit redresser la tête et découvrir les dents.
Ce fut comme un choc pour Hermione. Depuis dix ans qu'elle le connaissait, elle ne l'avait jamais entendu réellement rire.
Le rire mourut aussi vite qu'il était apparu, mais laissa son empreinte sur les lèvres de Rogue, sous la forme d'un sourire.
- J'ai appris à l'utiliser comme un atout…, répondit-il.
Jamais Hermione ne sut s'il était sérieux.
- Mais, Otacus et Drago seront eux aussi touchés, fit-elle alors. Et si j'en crois ce que tu m'as dit… Ce sera plus dramatique pour Otacus, étant donnés son âge et le sort qu'il a subi…
Rogue acquiesça d'un seul léger mouvement de tête. Puis il reporta son attention vers le chaudron.
Hermione aurait voulu encore parler de ce Sommeil du Démon, car son inquiétude ne l'avait pas totalement quittée. Cependant, Rogue ne lui laissa aucun répit :
- A présent, dit-il, il nous faut ouvrir ce grimoire.
Il leva sa baguette, et la potion s'évapora du récipient. Hermione sentit l'atmosphère changer autour d'eux.
- Severus…, souffla-t-elle. Est-il prudent de le faire ici ?
- Ce sera certainement plus prudent que n'importe quel autre lieu sur cette terre…
Il agita sa baguette et le Livre s'éleva dans les airs, avant de se poser délicatement sur la grande table. Sans qu'elle ne s'en rende compte, Hermione avait retenu son souffle durant toute l'opération. Au moment où l'ouvrage toucha le bois de la table, un étrange frisson parcourut le dos d'Hermione, le long de sa blessure.
Elle poussa un soupir pour se détendre. Rogue la sonda un instant.
- Il n'y a pas de quoi angoisser, fit-il en haussant un sourcil. La potion a parfaitement exécuté sa tâche.
- Ce n'est pas cela qui me fait peur, Severus, dit Hermione sombrement. Je crains simplement de ne pas trouver ce dont j'ai besoin…
Rogue ne releva pas.
Les deux sorciers se penchèrent sur la vieille couverture de cuir, craquelée par le temps.
La tension solidifiait l'air. A l'intérieur de ces pages se trouvait la délivrance. Ou rien. Dans ce cas, tout serait à recommencer. Toutes leurs recherches, tous les risques pris pour voler le Livre, pour l'ouvrir, s'avéreraient inutiles.
Hermione, concentrée sur l'objet, étendit la main, et vint la poser sur la couverture rugueuse. Quelque chose sembla onduler dans sa blessure. Elle frissonna. L'empreinte du Livre restait forte…
Elle regarda Rogue. Il posa sa grande main à côté de celle d'Hermione. Il cligna des yeux, et Hermione sut que lui aussi venait de sentir le Sommeil du Démon.
Ils se jetèrent un dernier regard, et, d'un accord tacite, ils ouvrirent le vieux grimoire.
Un épais nuage de poussière s'éleva des pages. Hermione se recula en éternuant, et toussa pour évacuer la poussière qui entrait dans sa gorge. Elle se redressa ensuite et agita la main pour disperser la poussière. Elle reprit place à côté de Rogue, qui avait seulement froncé le nez.
Le Livre dégageait une désagréable odeur de vieux papier, qui eut tôt fait d'alourdir l'air.
Hermione se pencha sur l'ouvrage.
- Zut…, murmura-t-elle.
L'encre des pages était délavée, et les minuscules caractères imprimés étaient devenus illisibles. Elle agrippa sa baguette, et, résignée, la leva au-dessus du Livre. Alors qu'elle s'apprêtait à lancer un sort, elle suspendit son geste. Y avait-il un risque à ce qu'elle jette un sort à ce Livre, qui gardait une forte empreinte de la Magie Noire dont il avait été imbibé pendant si longtemps ?
Mais elle en avait assez d'attendre… Elle réfléchit un court instant aux conséquences qu'un sort pourrait avoir. Mais ce n'était qu'un enchantement sans importance…
Et Rogue l'avait dit lui-même sans hésiter, un instant plus tôt : la potion avait fait son effet. Et puis, après tout, ils seraient ainsi fixés.
Sans jeter un regard à Rogue pour lui demander son avis, elle agita sa baguette, priant tout de même Merlin que rien de fâcheux n'arrive.
Les caractères aux trois quarts effacés se mirent à luire doucement, tandis que leur tracé s'épaississait. La lueur disparut, laissant sur les pages jaunies des lignes lisibles.
Hermione sourit, soulagée.
Puis elle soupira, résignée, voyant toutes les runes minuscules qui s'étalaient devant ses yeux, attendant d'être traduites. Elle revint au début du Livre, là où devait se trouver un sommaire. Puis, elle attrapa une plume et un rouleau de parchemin.
- Au travail…, souffla-t-elle.
Voilà, voilà... SI vous avez quelque chose à dire, vous savez quoi faire, héhé... ;)
