Hello ! Voici donc la suite, un long chapitre... Comme toujours, merci à tous pour vos lectures, mises en favoris et vos reviews qui me font toujours très plaisir ! J'espère que ce chapitre vous plaira !


Réponse à Silverbutterfly : Haha, les hauts et les bas ne sont pas finis... ;) Merci de ta review !


Les paupières d'Hermione papillonnaient dangereusement, et, depuis une bonne demi-heure, son esprit avait une fâcheuse tendance à vagabonder vers des pensées brumeuses.

Elle venait de relire pour la quatrième fois une ligne de runes sans en saisir le sens. Plus machinalement que par conviction, ses yeux parcoururent encore les mêmes caractères. En vain.

Les vapeurs de potions qui planaient dans le laboratoire avaient déclenché sous le crâne d'Hermione un désagréable mal de tête, mais, au bout de quatre heures, la jeune femme s'y était habituée. Hors de question qu'elle aille s'en plaindre à Severus.

Elle avait appuyé son menton sur sa main et avait commencé à gribouiller d'étranges arabesques dans le coin de son parchemin, couvert de haut en bas de traductions. Severus et elle s'étaient partagé la tâche en deux, mais le travail restait fastidieux. Le sommaire comptait bien une dizaine de pages, toutes écrites en runes, dont certaines n'étaient plus usitées depuis longtemps. Cependant, plus vite ils en auraient fini, plus vite ils pourraient trouver la page qui les intéressait. Hermione avait traduit trois pages, et aucune rubrique n'avait retenu son attention à cet instant. La fatigue jouait narquoisement avec son impatience grandissante.

Severus, quant à lui, semblait aussi bredouille qu'elle. Depuis quatre heures qu'ils s'acharnaient à traduire le vieux grimoire, il n'avait pipé mot. Il gardait consciencieusement les yeux baissés sur son parchemin, et sa plume ne s'arrêtait jamais bien longtemps de gratter le papier.

Hermione mourrait d'envie d'aller se reposer, cependant, elle ne voulait pas céder. Déjà, parce qu'elle était presque certaine que Severus refuserait. Ensuite, parce qu'elle ne voulait pas avoir l'air de flancher facilement.

Elle étouffa un bâillement puis observa Rogue du coin de l'œil. Absorbé par son travail, il semblait avoir oublié sa présence.

Trempant sa plume dans l'encre, Hermione relut une sixième fois la phrase. Quelque chose lui posait problème avec ces runes-ci. Soupirant, elle posa sa joue contre le bois de la table, plaça sa plume au-dessus du parchemin, tordue dans une position étrange qui pourtant détendait sa nuque nouée. Ses yeux papillonnèrent davantage, mais elle ne sembla pas s'en rendre compte. Si bien qu'elle s'endormit, plongeant dans une obscurité complète qui avala ses problèmes, le Livre et ses runes pernicieuses.

Severus releva la tête quand la respiration profonde et posée d'Hermione parvint à ses oreilles. Il leva un sourcil narquois en voyant la jeune femme à demi allongée sur la grande table de bois, sa plume pleine d'encre tachant le parchemin à côté de ses doigts. Ses cheveux s'étalaient tout autour de sa tête, formant un étrange halo aux reflets changeants sous la lueur des torches.

Il reposa sa plume, étira ses longs doigts crispés par le long travail d'écriture qu'il venait de mener. Il en était à trois pages et demie de traduction. Il jeta un œil à l'horloge du laboratoire. Trois heures du matin passées.

Lui n'était pas vraiment affecté par la fatigue. Il avait pris l'habitude, dans le passé, de veiller des nuits entières, en attendant les ordres de Voldemort ou de Dumbledore.

Il se leva, roula son parchemin et le cala à côté du Livre. Puis il passa derrière le dos d'Hermione, attrapa le coin du parchemin de la jeune femme entre le pouce et l'index et tira dessus. Hermione grogna dans son sommeil en sentant son support glisser du dessous de sa joue, mais elle ne se réveilla pas.

Rogue leva le papier devant lui, le pencha un peu pour qu'il soit éclairé par la lumière vacillante des torches. Il parcourut les lignes tracées de la main d'Hermione. Il cligna des yeux, impassible. Elle non plus n'avait rien trouvé qui correspondait à ce qu'ils cherchaient. Comparant rapidement le travail d'Hermione aux pages du Livre, il remarqua qu'elle n'avait, comme lui, pas encore fini sa traduction. Il ne restait plus qu'à prier pour que leur réponse se trouve dans les quelques pages du sommaire restantes.

Severus reposa le parchemin sur le bureau. Ce Livre n'était pas à mettre entre toutes les mains, et il devrait prévenir Minerva qu'une fois leur travail fini, il faudrait le faire enfermer dans les quartiers surveillés du Ministère. Non pas qu'il y serait vraiment en sécurité. Rogue n'avait pas confiance envers les employés du Ministère. Mais c'était déjà ça. On ne gardait pas un tel livre dans une école.

Toute la partie que Severus avait traduit traitait de sortilèges tous plus terrifiants et malsains les uns que les autres. Rogue n'avait pas feuilleté le Livre. Mais à la lecture des titres du sommaire, il se doutait que les images qui ne manqueraient pas d'illustrer chaque page seraient particulièrement immondes.

Severus reporta son attention sur Hermione.

Et maintenant ? pensa-t-il.

Il soupira, puis leva une main au-dessus de l'épaule d'Hermione. Il hésita une fraction de seconde, puis secoua légèrement la jeune femme.

- Hermione, murmura-t-il.

Aucune réponse. Evidemment.

- Hermione, répéta-t-il plus fermement.

Elle gigota un peu, puis, toujours endormie, tourna la tête et posa son autre joue sur la table. La partie de son visage sur laquelle elle s'était endormie était creusée des motifs du bois du bureau.

- Hermione, debout.

Elle gigota encore, ses yeux papillonnèrent.

- Hmm… Non… Pas fini de planter les mandragores…

Puis ses paupières se fermèrent et sa respiration se calma de nouveau. Les coins de la bouche de Rogue s'étaient légèrement retroussés à l'entente des propos incohérents de sa collègue.

Il tiqua soudain. A quoi jouait-il ?

Pourquoi perdait-il du temps à la réveiller en douceur ? Il suffisait seulement de la secouer un bon coup, de l'appeler assez fort, et en quelques secondes, elle serait sur pieds prête à rejoindre ses appartements. C'était toujours ce qu'il faisait avec les élèves qui s'endormaient durant leurs retenues avec lui.

Mais Hermione n'était pas une élève. Elle ne l'était plus.

Severus soupira. Il en était sûr, il aurait employé cette même méthode avec n'importe quel adulte. N'importe lequel. Mais pas Hermione.
Il pinça les lèvres. Alors pourquoi pas elle ?...

Parce que… Parce qu'elle me ferait encore une scène.

Il n'était lui-même pas convaincu par son excuse. Comme si une scène d'Hermione lui faisait peur.

Il observa la jeune femme, ses yeux glissant sur les traits de son visage détendu. Elle avait l'air si fragile.
Il fit un pas en arrière.

Bon.

Tant pis. Il la laisserait dormir ici cette nuit. De toute façon, lui ne comptait pas aller dormir. Et il aurait besoin d'elle à la première heure quand elle se réveillerait. Au moins, elle serait sur place.

Piètre excuse. Encore.

Un tournis diffus et étrange s'empara de lui.

Non, il n'avait pas envie de la réveiller. Parce que, il devait bien l'admettre, c'était apaisant de la voir comme ça, détendue. Il y avait autour d'elle, à cet instant, une bulle qui la protégeait, et il n'avait pas envie de la crever. Le sommeil faisait barrière à ses angoisses et apportait dans la pièce une étrange atmosphère de sécurité. A cet instant, rien ne pouvait la briser.

Et puis… Et puis, ça lui faisait du bien à lui, à Severus. De voir qu'elle se sentait assez bien pour s'endormir, insouciante et paisible, dans son laboratoire, à ses côtés.

Se faire de tels aveux lui procura une curieuse impression. Son cœur semblait se libérer d'un poids, et en même temps, il en voulait à Hermione Granger de l'affaiblir ainsi, simplement parce qu'elle s'était endormie sur son bureau.

Il leva le menton, excédé.

Certes, il la laissait dormir. Mais qu'elle ne se plaigne pas dans quelques heures en se réveillant que son dos la faisait souffrir.

Alors qu'il passait derrière elle pour atteindre son siège, Hermione changea de position dans son sommeil. Son bras, appuyé à l'extrême bord de la table, ripa et Severus eut juste le temps de la retenir avant qu'elle ne tombe de son tabouret.

Il roula des yeux en voyant que cela ne l'avait pas fait bouger d'un cil.

Il grinça mécaniquement des mâchoires, alors qu'il se rendait compte de sa situation. Hermione était en équilibre précaire sur son tabouret, et lui se trouvait debout derrière elle, la retenant contre son torse. Il fit claquer sa langue contre ses dents, puis passa ses mains sous les aisselles d'Hermione. Doucement, il la redressa, et déposa le haut du corps de la jeune femme sur le bureau. Cependant, cela ne sembla pas convenir à Hermione, qui gigota en fronçant les sourcils et manqua une nouvelle fois de glisser.

Rogue grommela.

- Hermione…, siffla-t-il entre ses dents, excédé, alors qu'il la retenait une nouvelle fois.

Elle n'ouvrit pas les yeux. Rogue parcourut son laboratoire des yeux, à la recherche d'un endroit où il pourrait déposer sa collègue sans risque. Mais, la pièce était un laboratoire, justement. Et Rogue n'avait nullement l'intention d'y placer un lit ou un canapé.

C'en était assez. Il avait été généreux.

Mais pas au point d'installer un matelas dans son laboratoire.

Il secoua plus fort la jeune femme.

- Hermione ! Réveille-toi.

Elle grogna encore, n'ouvrit pas les yeux. Il la redressa contre son torse, tentant de la faire tenir droite sur son tabouret, mais les muscles de la jeune femme étaient complètement relâchés, et sa tête roula sur son épaule.

Rogue fronça les sourcils.

On avait du mal à réveiller quelqu'un de profondément endormi. Pourtant, il avait parlé assez fort, et la position dans laquelle il la maintenait, ainsi que ses deux risques de chutes, auraient dû lui faire reprendre conscience.

Tout en maintenant le dos d'Hermione d'une main, il la contourna et observa le visage de la jeune femme.

Que se passait-il ? Et si Bellatrix tentait une nouvelle expérience ?

Les joues d'Hermione n'étaient pourtant pas plus pâles que d'habitude. Il posa le dos de sa main contre son front. Elle n'avait pas de fièvre non plus.

Severus devenait de plus en plus perplexe. Il bascula la jeune femme en avant, de façon à ce que sa tête et sa poitrine se calent sur la table. Puis, délicatement, tout en la maintenant d'une main pour ne pas qu'elle glisse, il souleva le bas du pull d'Hermione.

Mais la cicatrice de la blessure ne portait nulle trace de changement.

Alors que Severus relevait la tête, sceptique, il prit conscience de l'odeur qui emplissait subtilement l'air.

Il se morigéna intérieurement pour son manque de discernement. Pour les besoins d'une potion, il avait mis à infuser la veille quelques échantillons de plantes dans un chaudron empli de Goutte du Mort Vivant. Il résultait toujours de cette opération un gaz soporifique. Severus, confronté de multiples fois à ce phénomène durant ses nombreuses années d'expérience en Potions, n'y était plus réceptif. Cependant, Hermione, elle, avait baigné dedans plusieurs heures sans y être habituée, et avait fini par en goûter les effets. Sans compter que la fatigue véritable était elle aussi présente.

Ainsi, c'était la raison pour laquelle elle s'obstinait à demeurer endormie. Il faudrait attendre que les effets des vapeurs s'estompent. Et pour cela, il fallait aussi la sortir de cette atmosphère.

Irrité par sa négligence, il passa son bras gauche derrière le dos d'Hermione, puis se baissa et passa son autre bras derrière la pliure de ses genoux. Il la souleva et la cala dans ses bras.

Elle n'était pas très lourde. Il se mit à marcher vers la porte du laboratoire, et la tête d'Hermione roula sur le côté, se cognant dans l'épaule de Severus. Ses longs cheveux s'étaient emmêlés dans les doigts de Rogue qui maintenaient son dos.

Severus tentait de garder son calme, dérangé par cette proximité. Il respira calmement, se forçant à concentrer son regard droit devant lui et non sur le visage d'Hermione juste en dessous du sien.

Il atteignit la porte du laboratoire. A trois heures du matin, il n'y avait aucune raison pour que quelqu'un traîne dans les couloirs froids et humides des cachots. Pourtant, pensa Severus, il suffirait d'une fois…

Il entrebâilla doucement la lourde porte avec son épaule, puis examina discrètement le couloir. Il n'y avait pas âme qui vive. Ni âme morte d'un quelconque fantôme, d'ailleurs.

Rogue referma la porte du laboratoire derrière lui. Puis, il se baissa, posa un genou à terre, lâcha les jambes d'Hermione et attrapa sa baguette dans l'une des poches de sa redingote. Il l'agita et un cliquetis discret indiqua que la porte du laboratoire venait de se verrouiller. On n'était jamais trop prudent.

Severus cala sa baguette entre ses dents, ne pouvant faire autrement, et s'engagea dans le long corridor vers ses appartements. Hors de questions de monter jusqu'aux appartements d'Hermione. Les idées iraient trop vite s'il croisait le fantôme de Dumbledore, un Rusard insomniaque ou un gamin téméraire.

Et de toute façon, il ne connaissait pas le mot de passe du tableau qui en fermait l'entrée.

Il remonta donc le couloir froid, et atteignit la porte de ses propres appartements. Il y pénétra, referma derrière lui, et resta un instant debout, planté à l'entrée de son salon, Hermione toujours endormie dans ses bras.

Il pinça un instant les lèvres. Etait-il vraiment en train de faire ça ?

Il s'avança dans la pièce et déposa Hermione sur le vieux canapé de cuir qui faisait face à la cheminée. Hermione gigota un peu, se tourna sur le côté. Ses cheveux glissèrent sur son visage et l'une de ses mains vint effleurer le tapis élimé qui couvrait le sol de pierre grise. Rogue agita sa baguette pour raviver les braises qui rougeoyaient encore un peu dans l'âtre. Puis, il se tourna vers Hermione une dernière fois.

Tous ses sentiments étaient en émoi, ce qui lui déplaisait au plus haut point. Il avait l'impression que toutes les dures années passées à s'entraîner pour contenir toutes ses émotions en lui, pour n'afficher qu'un masque de glace impénétrable, se réduisaient peu à peu au néant. Tout ce qu'il refoulait au fond de son esprit, d'habitude si aisément, semblait franchir les barrières qu'il avait imposées dans son âme, pour venir se cogner contre les parois de son crâne.

Il contempla le plafond. Hermione avait abattu ses défenses à coups de pioche.

Il soupira, se frotta le visage des deux mains, puis s'approcha de la jeune femme endormie. Il s'accroupit à côté d'elle.

Lentement, il dégagea les mèches barrant le visage d'Hermione. Il en garda une entre le pouce et l'index, et observa les reflets dorés que le feu traçait sur la boucle.

Puis, son regard détailla le visage d'Hermione Granger. Il soupira. Comment cette fille pouvait-elle exercer sur lui un tel pouvoir ? Comment avait-elle pu pousser sa légendaire maîtrise de soi à fondre comme neige au soleil ?

Cela le fascinait, néanmoins.

Et le rendait furieux.

Et lui faisait du bien, bien qu'il ne veuille se l'admettre directement.

Parce que cette jeune femme ne le craignait pas comme tous le craignaient. Elle ne le méprisait pas comme tous le méprisaient. Il aurait préféré que ce soit le cas. Tout aurait été tellement plus simple.

Une part de son être lui criait qu'elle était bien trop jeune, qu'elle ne connaissait rien à la vie, qu'elle aurait tôt fait de comprendre qu'ils n'étaient pas destinés à être ensemble. Et l'autre part de son esprit, celle qui se battait pour prendre le dessus depuis qu'Hermione lui avait avoué qu'elle l'aimait, tentait de le convaincre qu'il était temps qu'il l'accepte, qu'il lui fasse une place dans sa vie.

Parce qu'Hermione Granger avait vécu une guerre, et qu'elle en menait une, parce que lui avait passé une existence de rédemption, ils étaient tous les deux blessés par la vie. Et depuis qu'ils faisaient équipe, ils se soutenaient l'un et l'autre.

Et Severus sentait grandir en lui la tentation de saisir cette main qu'elle lui tendait, et de s'y accrocher pour ne plus jamais la lâcher. Jamais.

Son esprit livrait bataille, en cet instant, alors qu'il contemplait le visage endormi d'Hermione. En lui se bousculaient les émotions et les souvenirs.

Un sourire d'Hermione, puis sa colère, ses yeux farouches. Mais aussi, douloureuses, les trainées de flammes laissées par les cheveux d'une petite fille rousse courant dans le soleil d'été.

Ses souvenirs de Lily, qu'il chérissait tant, passaient devant ses yeux. Mais Severus devait bien admettre qu'ils s'estompaient un peu, comme une photo jaunie, et il ne savait plus s'il pouvait se fier à sa mémoire. Et devant ces souvenirs abîmés, apparaissaient, éclatants et récents, ceux d'Hermione. Peut-être devait-il accepter de vivre dans le présent. Et renoncer au passé.

Ses yeux se mirent à le brûler, et il essuya rageusement, d'un revers de manche, les larmes qui menaçaient d'en sortir. Il se pencha lentement sur Hermione. Il sentait leurs deux souffles se mêler. Puis, le cœur battant, se demandant à moitié ce qu'il était en train de faire, il se pencha encore plus et effleura de sa bouche celle de la jeune femme.

Des mots, qui ne supportaient plus d'être refoulés, vinrent forcer la barrière de ses lèvres.

- Ne m'abandonne pas…, murmura-t-il dans un souffle.

Il se releva et tituba un peu en s'éloignant d'Hermione, assommé par les mots qu'il venait de laisser échapper, à la fois avec et contre son gré. Il s'appuya contre un mur et apposa son front contre la pierre froide pour essayer de reprendre un semblant de contenance.

Le calme glacial et redoutable qui le caractérisait s'était évanoui dans une tempête qui l'engloutissait tout entier. Hermione Granger le faisait sombrer. Et sa résistance, qu'il opposait depuis plusieurs mois à présent, ne faisait que le tirer encore plus vers les profondeurs.

Le visage contracté, Rogue jeta un dernier regard enflammé et confus à Hermione, avant de quitter l'appartement pour s'enfoncer dans les ténèbres salvatrices des couloirs du cachot.

Huit heures du matin.

Hermione émergea lentement du sommeil, le crâne broyé dans un étau, la bouche pâteuse et le nez comme comprimé par les réminiscences d'une odeur âcre. Elle gémit un peu, porta ses mains à sa tête et se frotta les yeux. Elle avait l'impression d'être enveloppée dans un nuage de fumée qui lui brûlait les poumons. Elle avait trop chaud, mais le voile de vapeur qui couvrait son front était glacé.

Elle tenta d'ouvrir ses yeux, mais la lumière lui brûla si fort la rétine qu'elle couvrit entièrement son visage de ses bras. Elle gigota un instant sur le canapé, pas complètement éveillée. Dans sa tête brumeuse se mélangeaient diverses visions.

Le Livre, des runes étranges, le bureau de Rogue, une plume et un encrier. Elle entendait encore bourdonner dans son oreille le tic-tac de l'horloge du laboratoire. Et puis, au milieu de toute cette confusion, flottaient des mots, des sons, prononcés par une voix grave et feutrée désincarnée.

Quelque chose à propos d'un abandon… C'était une voix d'homme, lui semblait-il, qui avait ondulé dans sa tête toute la nuit, alors que des rêves étranges et insensés se succédaient dans son esprit. Il lui semblait qu'il s'agissait de la voix de Rogue, mais étouffée, comme lointaine… Il lui semblait qu'à un moment, Rogue avait été présent à ses côtés, avant qu'il ne s'évanouisse dans les éclaboussures sombres crachées par un chaudron chauffé à blanc.

Hermione se sentait nauséeuse, encore engourdie par ces rêves fiévreux qui s'étaient succédés tout au long de son sommeil, dont elle peinait toujours à se dépêtrer, même après plusieurs minutes…

Cependant, sa conscience parvint à dominer tout le reste. Elle se rappela alors qu'elle s'était endormie dans le laboratoire, face à Rogue, vers trois heures du matin. Assise au bureau. Sur son parchemin de traduction.

Or, elle était à présent allongée sur quelque chose de moelleux, dans une atmosphère totalement privée des lourdes odeurs du laboratoire.

Intriguée, le cœur battant, elle tenta de rouvrir les yeux, mais ils protestèrent fortement quand la lumière traversa de nouveau ses pupilles.

Hermione maugréa, la tête toujours lourde, l'estomac retourné, les bras écrasés sur ses paupières pour bloquer toute source de lumière. Elle se concentra un instant et respira profondément, pour essayer de calmer ses nausées et d'apaiser les vertiges qui venaient de s'emparer d'elle.

Une fois revenue à un équilibre précaire, elle écarta petit à petit ses bras, pour laisser progressivement passer la lumière. Au bout d'une minute, elle parvint à ouvrir normalement les yeux. N'en pouvant plus d'ignorer où elle était et ce qu'il s'était passé, elle se redressa un peu vite, et sa vision se mit à tanguer aussi fort que son estomac. Ses mains étaient moites et tremblantes, et son cœur cognait contre ses tempes. Elle poussa un juron, et s'aperçut que sa voix était rauque.

Au bout de quelques secondes, ses vertiges se calmèrent, et elle put étudier son environnement. Son sang ne fit qu'un tour.

Elle était dans un salon, dans des appartements privés. Pour y avoir déjà pénétré lorsqu'ils avaient ramené le Livre, elle sut immédiatement qu'elle se trouvait dans les appartements de Rogue.

Que s'était-il donc passé ? Pourquoi Rogue l'avait-il portée dans ses propres appartements ?

Elle se mordit la lèvre. Elle qui avait fait tout son possible pour ne pas flancher et s'endormir devant Rogue, voilà qu'elle se retrouvait à se réveiller chez lui !

Il fallait à tout prix qu'elle sorte, et qu'elle aille le rejoindre comme si de rien n'était… après avoir pris une douche.

Elle se leva précautionneusement, le regard fixé sur la poignée de la porte d'entrée pour s'offrir un point de repère. En voyant qu'aucun vertige ne s'emparait d'elle, elle cria victoire. Trop vite. A son premier pas, elle flancha et s'écroula lamentablement sur le canapé.

Hermione commençait à paniquer. Que diable avait-il pu lui arriver ? L'avait-on droguée ? Rogue lui avait-il fait prendre quelque chose ?
Elle se morigéna intérieurement. Osait-elle vraiment douter de lui à ce point ?

Mais quoi d'autre sinon ?...

Elle tenta de nouveau de rejoindre la porte. Ses jambes parvinrent cette fois-ci à la porter sur les quelques mètres qui la séparait de la sortie, mais elles étaient tellement flageolantes qu'Hermione s'appuya de tout son poids sur le panneau de bois une fois qu'elle l'eut atteint. Transpirante, nauséeuse et essoufflée, elle enclencha la poignée. Qui tourna dans le vide. Elle était enfermée.

Hermione fronça les sourcils. Que signifiait toute cette mascarade ?

Elle retrouva sa baguette dans la poche arrière de son jean, et tenta un sort de déverrouillage. Celui-ci n'eut aucun effet, et Hermione éprouva un tel vertige qu'elle se garda bien de recommencer.

Elle pensa que Rogue n'avait pas eu l'intention de l'enfermée elle, qu'il n'avait fait que verrouiller ses appartements, comme le ferait n'importe qui. Mais la faiblesse de son corps l'inquiétait, et elle commençait à dérouler toutes sortes de scénarios. Elle se désola de voir à quels points les soupçons revenaient facilement.

D'ailleurs, Rogue était peut-être dans ses appartements. Elle se figea et se tourna vers le salon, derrière elle. La pièce était vide de toute présence, mais à l'opposé se trouvaient deux autres portes, qui devaient s'ouvrir sur la chambre et la salle de bains. Hermione réfléchit aussi vite que son esprit engourdi le lui permettait. Elle allait vérifier si Rogue était ici. Dans ce cas, elle lui demanderait ce qu'elle fabriquait ici, et elle lui demanderait de la laisser sortir. Et s'il n'était pas là, elle serait condamnée à attendre ici son retour.

Lentement, elle se dirigea vers l'une des deux portes, titubante, tremblante et engourdie. La traversée du salon lui sembla interminable. Elle tentait de trouver une explication à son état lamentable. Les vapeurs du laboratoire, peut-être ? Elle voulait que ce soit ça. Mais elle ne pouvait faire taire la petite voix narquoise qui, au fond d'elle, lui disait que Rogue n'était pas l'homme qu'elle défendait, qu'il avait dû la piéger…

Elle avait honte de penser cela. D'ailleurs, pourquoi l'aurait-il droguée ?...

Elle chassa ses pensées et s'appuya contre le mur, une fois qu'elle eut atteint la porte. Elle tourna lentement et silencieusement la poignée. Le battant s'entrebâilla, et Hermione risqua un œil à l'intérieur.

C'était la chambre. Mais elle était vide. Le lit était même encore fait. Elle se sentait gênée de pénétrer ainsi dans l'intimité du Maître des Potions, et elle referma la porte.

Ne restait plus que la salle de bains. Elle espérait ardemment que Severus ne s'y trouvait pas, et elle pria tous les dieux existants, et même ceux qui n'existaient pas, pour ne pas le surprendre alors qu'il se douchait.

Mais aucun bruit ne lui parvenait de la pièce. Elle leva une main, s'apprêta à enclencher la poignée, puis se ravisa et toqua.

Aucune réponse. Plus confiante, elle ouvrit la porte.

La salle de bains était bel et bien vide. Donc, elle devrait attendre le retour de Rogue. Cependant, sa migraine était telle que son regard commençait à se moucheter, tandis que son pull trempé de sueur collait à son dos.

Hermione ne rêvait que d'une chose. Une potion contre son état et une douche froide. Elle se mordit mécaniquement la lèvre inférieure, puis haussa les épaules et pénétra dans la salle de bains, dont elle verrouilla la porte derrière elle.

Elle fouilla dans le meuble situé sous le lavabo, un peu perturbée de tomber sur les rasoirs, la mousse à raser et le dentifrice du Maître des Potions.

Lorsqu'elle avait été son élève, peu de temps en arrière, Rogue avait constitué (et constituait toujours) une sorte de mythe à lui tout seul, et il lui semblait étrange de se le figurer vacant aux activités d'un homme normal.

Elle finit par dénicher, derrière une boîte de cotons-tiges, une fiole de potion étiquetée anti-migraine. Elle s'empara du flacon, fit sauter le bouchon et en renifla avec attention le contenu. Elle reconnut immédiatement la puissante odeur mentholée caractéristique qui apaisa un peu son nez comprimé. A présent certaine de la potion, elle la but et sentit avec délectation son mal de tête diminuer. Elle se releva, déjà plus stable sur ses jambes. Elle aperçut son reflet dans le miroir et eut un mouvement de recul. Elle était très pâle, et des cernes violacés creusaient ses yeux fatigués. Elle passa une main dans ses cheveux ternes et en bataille, puis, sans en faire plus cas, elle se déshabilla et pénétra dans la douche.

Huit heures du matin.

Du haut de la Tour d'Astronomie, Rogue contemplait le Lac Noir, qui, dans la pâle lumière de l'aube, paraissait aussi morne que ses propres pensées.

Il observait le froid matin écossais, tandis qu'au fond de lui se déposaient les cendres du feu qui l'avait tourmenté cette nuit, le laissant amorphe et presque blasé.

Il porta une main à son front, rendu douloureux par les quelques verres de vieux whisky Pur-Feu qu'il avait ingurgités vers quatre heures du matin pour tenter d'apaiser son esprit perturbé. Une fois retourné dans le laboratoire, après avoir déposé Hermione, il avait été incapable de se concentrer sur sa traduction. Et l'alcool ne l'avait pas aidé.

Il était donc monté vers cinq heures en haut de la Tour. C'était un bon endroit pour réfléchir. Et c'était le point le plus haut du château. Et donc le plus éloigné des cachots.

Le froid humide pénétrait toutes ses épaisseurs de vêtements, mais il n'y prêtait pas la moindre attention. A vrai dire, il ne prêtait plus attention à rien. Ni à la fatigue qui se faisait sentir, ni aux pensées qui le tourmentaient tant. Il s'était coupé de ses émotions pour un temps. Un répit qui serait de courte durée.

Il écarta une mèche de cheveux gras de son visage et la cala en arrière. Celle-ci revint lui barrer les yeux. Il n'y toucha pas.

Des pas retentirent soudain derrière lui. Rogue se tendit, mais ne se retourna pas.

Minerva McGonagall apparut sur la terrasse de la Tour, puis vint se placer à ses côtés, les avant-bras sur la rambarde.

- Bonjour, Severus, dit-elle sans le regarder.

Il ne lui retourna pas son salut, ni ne lui prêta le moindre regard.

- Je vous ai vu monter ici il y a une heure, dit-elle le regard fixé sur l'horizon. Je me suis bien doutée que vous vouliez être seul un instant, peu importe vos raisons. Mais j'ai moi-même besoin de parler un peu avec vous.

Rogue garda un instant le silence, puis il tourna les yeux vers Minerva. Celle-ci fronça imperceptiblement les sourcils à la vue des ses iris onyx éteints.

- Le début de votre déduction était très bon, Minerva, susurra-t-il. Par contre, penser que je n'ai à présent plus besoin d'être seul et que je suis d'humeur à supporter vos bavardages et une grave erreur de raisonnement.

Minerva roula des yeux, puis prit une profonde inspiration.

- Ecoutez, Severus… Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais…

Severus fit claquer sa langue contre ses dents.

- Ne vous épuisez pas à me dire cela, puisque c'est précisément ce que vous vous apprêtez à faire ! cracha Rogue.

Minerva ne réagit même pas.

- Faire preuve de vos sarcasmes grinçants ne vous amènera à rien avec moi. J'ai l'habitude, et vous le savez. Ce que j'ai à vous dire est un peu délicat, Severus, et j'apprécierai grandement que vous me laissiez finir avant d'émettre la moindre remarque.

Elle resta un moment silencieuse, puis continua :

- Quoi qu'il se passe entre Miss Granger et vous, Severus, je…

Il lui lança un tel regard qu'elle s'arrêta de parler malgré elle.

- Faites très attention à ce que vous allez dire, Minerva, siffla-t-il.

Ses yeux flamboyaient, et Minerva dut se rappeler qu'elle était à Gryffondor pour ne pas renoncer à sa discussion.

- Croyez-vous que je suis aveugle ? Pardonnez-moi la remarque, mais je ne connais personne qui soit capable de vous supporter plusieurs jours de suite sans coupure. Hermione s'attelle à rester avec vous, je vois que cela lui tient à cœur… Et pourtant, je… Je ne me souviens pas l'avoir vue aussi malheureuse, depuis que je la connais…

Les yeux de Rogue se plissèrent. Il s'était redressé de toute sa hauteur et dominait la Directrice.

- Qu'insinuez-vous exactement, Minerva ?
- J'insinue qu'elle est bien plus fragile qu'elle n'en a l'air, et que…

Elle vit clairement, comme au ralenti, le visage de Rogue se contracter de colère. Il se précipita sur elle, et Minerva se retrouva acculée à la rambarde, surprise et effrayée par cet homme si changeant.

- Je sais parfaitement qu'elle est fragile, Minerva ! Croyez-vous que ce soit de ma faute si elle s'accroche à moi ainsi ? Croyez-vous que je ne l'aie pas prévenue ? Elle sait très bien qui je suis.

Il ne criait pas, et c'était justement ce qui le rendait effrayant. Car chaque mot qu'il prononçait était soigneusement articulé, avec une froideur cinglante, si bien que Minerva avait l'impression que chacun d'eux se gravaient profondément en elle.

- Ne vous avisez pas de me dire que je l'ai piégée, moi. Elle…

Il ne termina pas sa phrase. Minerva était bouche-bée. Jamais elle n'avait vu tant d'expressions se succéder sur le visage de Rogue et paraître dans sa voix. Jamais elle n'avait vu le masque de Rogue se fissurer à ce point.
Les yeux du Maître des Potions se figèrent, brûlants, semblant fixer un point bien au-delà de Minerva.

- C'est elle qui m'a piégé, finalement…, murmura-t-il d'une voix sourde.

Minerva n'était pas sûre de comprendre tout ce que Rogue sous-entendait. Cela n'appartenait qu'à lui. Et à Hermione aussi, sûrement.
Rogue s'éloigna de sa collègue et se remit observer le Lac Noir, semblant même oublier qu'elle était là.

Minerva soupira. Elle se rapprocha de son collègue, plaça une main sur son épaule. Il se raidit.

- Je pense que je n'apprendrai rien à l'homme que vous êtes en vous disant cela, Severus, mais… Ne vous trompez pas d'ennemi.

Et elle quitta la Tour sans rien ajouter, ébranlée, laissant Severus seul avec ses tourments.

Une heure plus tard, en ce dimanche matin, Rogue dévalait les escaliers menant aux cachots. Il lui faudrait d'abord réveiller Hermione. Il respira tout le long de la descente pour retrouver un calme olympien. La descente aux Enfers, songea-t-il.

Et voilà que McGonagall avait compris qu'il se passait quelque chose entre Hermione et lui. Rogue grinça des dents. Si jamais elle en avisait Dumbledore, si jamais ils avaient tous les deux le malheur de se mêler de ce qui ne les regardaient absolument pas, ils ne tarderaient pas à connaître la définition exacte du verbe souffrir.

Arrivé devant la porte de ses appartements, Rogue marqua un temps d'arrêt, et hésita légèrement. Il fronça les sourcils.
Par Merlin, il ne s'agissait que d'Hermione Granger !

Il s'adossa un instant au mur. Cette fille avait vraiment le pouvoir de le départir de tout son calme. Cela ne pouvait plus durer. Il ne devait plus perdre le contrôle comme la nuit dernière. Et comme bien d'autres nuits avant celle-ci.

Il déverrouilla donc la porte de ses appartements et s'y engouffra. Il remarqua directement qu'Hermione s'était levée. Mais qu'elle n'était pas dans le salon. Rogue sentit poindre en lui la colère en devinant qu'elle avait dû, insolente comme elle était, aller explorer ses appartements. Ou peut-être était-elle prostrée au fond de la salle de bains, rendue malade par toutes les fumées qu'elle avait respirées dans le laboratoire au cours de la nuit.

Dans ce cas, il allait la faire sortir et la confier à Pomfresh. Uniquement pour qu'elle s'éloigne de lui un instant, et qu'il puisse réfléchir posément à ce qui lui arrivait sans qu'elle ne le perturbe jusqu'au plus profond de son être.

Il atteignit donc la salle de bains en trois enjambées, et ouvrit la porte à la volée.

- Hermione, sors de…

Hermione poussa un cri perçant et tira violemment le rideau de douche. Rogue battit en retraite aussitôt, la vue brouillée par un nuage de vapeur, et referma la porte, haletant.

Il s'adossa au mur, en pinçant l'arête de son nez.
Il avait frôlé la catastrophe.

Hermione, tétanisée, le cœur battant encore sous l'effet du sursaut, serrait toujours le rideau de douche. Il lui avait fait une peur bleue !

Elle souffla plusieurs fois, puis coupa l'eau et sortit de la douche. Elle se rendit alors compte qu'elle n'avait pas de serviette. Elle s'approcha donc de la porte de la salle de bains.

- Severus ? fit-elle doucement.

Celui-ci tressaillit de l'autre côté du battant.

- Est-ce que tu…

Elle se racla la gorge.

- Est-ce que tu pourrais me prêter une serviette de bains, s'il-te-plaît ?

Elle se mordit la lèvre. Elle avait déjà osé utiliser sa douche… Encore une liberté de ce genre et il l'expulserait sans ménagement de ses appartements.

Il ne répondit pas, mais Hermione l'entendit s'affairer dans la pièce d'à côté, et quelques minutes plus tard, il toqua à la porte de la salle de bains. Hermione l'entrouvrit juste assez pour que Rogue puisse y passer le bras, au bout duquel il tenait une serviette immaculée. Hermione s'en saisit, s'enroula dedans et sortit de la salle de bains.

Ils restèrent plantés l'un devant l'autre dans un silence gênant. C'était étrange. Ce qui venait de se passer, sans compter la nuit précédente, avait érigé autour d'eux une atmosphère palpable.

Hermione prit finalement la parole.

- J'aimerais savoir ce qu'il m'est arrivé cette nuit, fit-elle. Parce que l'état dans lequel je me suis réveillée ce matin me…
- Vapeurs de potions, la coupa-t-il, laconique, la regardant à peine.

Hermione haussa un sourcil devant l'air renfrogné de Rogue.

- Mais encore ?..., l'encouragea-t-elle, voyant qu'il n'ajoutait rien.

Rogue soupira et braqua ses yeux onyx dans ceux d'Hermione. Il évitait soigneusement de regarder plus bas.

- Une infusion dans la Goutte du Mort Vivant. Ce n'est pas bon à respirer. C'est tout.
- Oh. Et toi ? Ça ne te fait rien ?

Hermione tentait de garder un ton léger, tout en essayant de faire taire cette horrible petite voix qui inculpait Rogue.

- Il me semble que j'ai un peu plus d'expérience que toi dans le domaine des Potions, répliqua-t-il, un rictus narquois sur les lèvres. Question d'habitude.

La jeune femme réfléchit à toute vitesse. Effectivement, il lui semblait bien avoir lu cette histoire d'infusion ça quelque part…
Elle se sentit totalement idiote et honteuse de l'avoir soupçonné comme elle l'avait fait.

- Je t'ai donc sortie de l'atmosphère chargée du laboratoire, et comme je n'avais nullement l'envie de me promener dans tout le château avec toi sur les bras, je t'ai apportée ici… où je vois que tu as pris quelques libertés.

Hermione secoua la tête.

- Vraiment, Severus… J'ai simplement utilisé ta douche.

Et ton remède anti-migraine, songea-t-elle. Mais elle ne jugea pas nécessaire de lui en faire part.

Hermione détailla le visage de Severus.

- Ça n'a pas l'air d'aller, dit-elle doucement.

Rogue se raidit. Il eut envie de lui cracher à la figure que c'était entièrement de sa faute, à elle seule, s'il se retrouvait confronté à un dilemme, s'il perdait si facilement sa maîtrise de soi. Mais il n'en eut pas la force.

Parce que les yeux bruns d'Hermione Granger le fixaient avec une sorte… d'appréhension.
Comme si… elle avait peur qu'il ne lui arrive quelque chose, à lui.

Elle le jaugea encore, un peu inquiète.

Alors, Severus comprit. J'ai besoin de toi, lui avait-elle déjà dit. Il était son soutien, son seul moyen de vaincre Lestrange. S'il s'effondrait, que lui resterait-il ?

Il eut envie de laisser échapper un méchant rire devant l'ironie de la situation. Hermione affaiblissait elle-même l'homme dont elle avait le plus besoin.

Les paroles de McGonagall revinrent à l'esprit de Rogue.

Ne vous trompez pas d'ennemi.

Soudain, tout s'éclaira pour Severus. Quand la Directrice lui avait dit cela, il avait tout naturellement opposé Hermione et Bellatrix. Mais ce n'était pas la réponse.

Son véritable ennemi, c'était lui-même.
Lui et lui seul.

Parce que, s'il éprouvait tout ce malaise, ce mal-être, cette perte de contrôle face à Hermione, c'était tout simplement parce qu'à force d'enfouir ses sentiments, à perdre l'habitude de leur faire face, il avait fini par en avoir peur. Il avait voulu résister, par crainte et par orgueil.

Mais à donner des coups de pieds pour remonter vers la surface, il avait fini par s'embourber dans la vase.

- Severus ?

Il sursauta légèrement. Hermione le contemplait, de plus en plus intriguée par son comportement étrange.

- McGonagall est au courant, dit-il alors simplement.
- Au courant ? De quoi ?

Rogue se mordit une joue.

- Pour… nous deux.

Ces mots semblèrent lui arracher la bouche.

- Elle a compris, fit-il l'effort d'ajouter.

La surprise vint s'imprimer sur le visage d'Hermione, avant que ses traits ne se durcissent.

- Ah oui ? dit-elle d'une voix froide en croisant les bras. Et que sait-elle, exactement ? Qu'y a-t-il entre nous deux, Severus ?

Rogue la contempla d'un regard perçant.

Ne te trompe pas d'ennemi.

Lentement, il s'approcha d'Hermione. Celle-ci put voir les onyx de ses yeux passer de la pierre à la braise.
Il vint se placer juste devant elle.

Ils se sondèrent un instant. Hermione ne comprenait plus les changements qui s'opéraient en Severus, et elle ne savait pas ce qu'il avait l'intention de dire ou de faire.

- Ce qu'il y a entre nous deux…, fit-il en écho à Hermione.

Il leva des mains tremblantes et, après une courte hésitation, vint les poser dans le dos d'Hermione. Puis, il la serra contre lui. La jeune femme, le cœur battant, se laissa aller à son étreinte.

- Je ne sais pas ce qu'il y a entre nous deux, murmura-t-il à l'oreille d'Hermione, qui frissonna.

Il passa une main dans les cheveux de la jeune femme, en y laissant comme des marques brûlantes. Elle ferma les yeux. Elle ne savait pas où il voulait en venir, ce qu'il voulait lui dire. Mais elle attendait ces moments avec tant d'impatience, qu'elle était tout simplement incapable d'attendre de comprendre pourquoi il se montrait entreprenant.

Elle ne le repousserait pas, tout simplement parce qu'elle n'en avait ni l'envie, ni la capacité.

Ne te trompe pas d'ennemi.

- Mais je crois qu'avant, continua-t-il, il y avait de la peur…

Et sur ces mots, il attrapa le visage d'Hermione entre ses deux mains, et pressa ses lèvres brûlantes contre les siennes.


A très bientôt pour la suite !