Bonjour à tous ! Comme toujours, merci pour vos reviews et vos lectures ! Voici donc la suite, j'espère qu'elle vous plaira !


Réponse à Mathilde : Bon, je suis heureuse de voir que ma fic te plait comme ça, mais je suis désolée que tu en aies pleuré... :| Merci de te review !

Réponse à Emilie : Waouh, merci beaucoup, ça me fait vraiment très plaisir ! Tu pourras normalement lire la fin prochainement, puisque cette fic compte en tout 60 chapitres, et qu'ils sont tous écrits. En tout cas, merci beaucoup pour ta review, et j'espère que la suite te plaira !


Hermione bondit de sa chaise, sans écouter les protestations des muscles de son dos, contractés depuis plusieurs heures d'un travail studieux. Après que Severus soit venu la chercher, ils avaient été traversés par un instant de gêne, et en avait profité pour se remettre au travail.

- Je l'ai ! hurla-t-elle en brandissant son parchemin de traduction. Je l'ai, je l'ai, je l'ai !

En temps normal, Rogue n'aurait pas manqué de lui faire une réflexion désobligeante sur son attitude puérile et ses cris suraigus. Mais le temps était tout ce qu'il y avait de moins normal. Il se leva rapidement de sa chaise et contourna le bureau pour rejoindre Hermione. Elle lui tendit le parchemin.

- Regarde ! s'exclama-t-elle en lui montrant en même temps le passage concerné directement sur le Livre. Potion d'Individualité, Contre-télépathie, Barrières mentales, Retour de possession… C'est ça !

Le cœur d'Hermione battait la chamade, et elle s'était mise à trembler sous le coup de l'excitation.

Severus balaya d'un revers de manche tous les rouleaux de parchemin inutilement noircis, et tira le Livre à lui. Puis, il en tourna les pages jusqu'à atteindre celle qu'Hermione lui indiquait.

Lorsqu'ils parvinrent au bon chapitre, Hermione poussa un cri ravi, tandis que Severus écarquillait les yeux. Devant eux s'étendait une gravure, représentant un dos humain, divisé des reins à la nuque par une coupure sombre et large. D'autres illustrations effrayantes l'entouraient. Un homme dont les deux moitiés du visage n'étaient pas identiques. Une femme qui s'arrachait les yeux tandis qu'une figure vaguement humaine l'entourait de ses bras comme un étau.

- On a trouvé…, souffla Hermione.

Rogue ne dit rien. Il survola rapidement les runes qui s'étalaient sous ses yeux.

- Ne crions pas victoire trop tôt, dit-il entre ses dents.

Severus, sans quitter la page des yeux, tendit une main vers Hermione.

- Un papier…, marmonna-t-il.

La jeune femme s'exécuta et tendit à son collègue le premier morceau de parchemin qui lui tomba sous la main. Rogue l'attrapa et se mit à griffonner quelques mots, tandis qu'il poursuivait une traduction plus détaillée. Hermione se contentait de le regarder faire. Elle préférait que ce soit lui qui le fasse. Maintenant qu'elle avait trouvé le passage qu'elle voulait, elle craignait profondément la déception. Elle avait peur de ce qu'ils pourraient y trouver. Un remède impossible ? Ou même rien ?

Elle se tendit derrière sa chaise, fébrile et anxieuse, et observa son collègue déchiffrer en partie les minuscules caractères anciens qui emplissaient la page jaunie. Il ne lui fit aucune remarque sur son immobilité, et elle l'en remercia mentalement. C'était en quelque sorte la première fois qu'un livre lui faisait peur.

Au bout de quelques minutes, elle préféra détourner le regard du visage de Rogue, qui se figeait de plus en plus à mesure qu'il poursuivait son travail.

C'est alors que, lentement, il déposa sa plume, puis jeta un dernier coup d'œil au Livre et à sa traduction.

- Merde.

Hermione sentit son cœur s'alourdir dans sa poitrine, tandis que les jointures de ses mains blanchissaient de plus en plus sur le dossier de la chaise derrière laquelle elle se tenait debout, qu'elle serrait à s'en faire mal.

Elle n'osait même pas demander à Severus ce qu'il avait lu. Elle observa un instant, de plus en plus paniquée, les mâchoires du Maître des Potions se serrer convulsivement. Soudain, il leva la tête et planta ses yeux dans ceux de la jeune femme, qui tira brusquement sa chaise pour s'y asseoir.

- Elle est intouchable, dit simplement Rogue.
- C'est-à-dire ?... croassa Hermione, la gorge serrée.

Il regarda encore le Livre, puis ses notes.

- Ce passage, commença-t-il en montrant un épais paragraphe, concerne les conditions de possession, d'une manière générale. Possesseur et possédé sont étroitement liés. Plus que l'on ne pourrait le croire à première vue.

Hermione le regarda intensément.

- Va droit au but, Severus, s'il te plaît.

Rogue sonda un instant Hermione, comme s'il évaluait les chances qu'elle avait d'entendre sans flancher ce qu'il s'apprêtait à dire.

- Le possesseur peut cesser quand il le veut son sort. Le possédé, en revanche, doit obtenir pour la préparation de son remède quelque chose qui appartient directement à son possesseur.

Hermione fronça les sourcils.

- Qu'entends-tu exactement par cela ? demanda-t-elle, méfiante.

Rogue prit une profonde respiration. Il se leva doucement, les traits contractés.

- Sa baguette, lâcha-t-il, direct et laconique.
- Pardon ? fit Hermione d'une voix particulièrement aiguë. Nous avons besoin de sa… baguette ?

Severus acquiesça d'un mouvement bref du menton, sa mâchoire recommençant à se contracter spasmodiquement.

Hermione contempla le Maître des Potions, le cœur martelant douloureusement ses côtes. Elle se projeta brutalement en avant et attrapa le Livre. Elle parcourut d'un doigt tremblant les lignes de runes, et arriva enfin au passage concerné.

- C'est pas vrai…, souffla-t-elle, complètement désemparée. C'est pas vrai… Il y a forcément une autre solution ! Il y en a toujours une !
- Calme-toi, dit Rogue entre ses dents.

Elle se leva brusquement.

- Que je me calme ? Te rends-tu seulement compte de tout l'espoir que je mettais dans ce livre ? Tu ne crois quand même pas que je vais accepter de vivre le restant de mes jours sous la menace de la possession de Bellatrix ?

Severus contempla un instant le visage furieux et désespéré d'Hermione, ses yeux flamboyants de colère et de tristesse mêlées.

- Comme tu l'as dit toi-même, dit-il calmement, nous trouverons une autre solution.

Hermione se précipita vers lui.

- Parce que tu crois que j'aurai encore le courage de refaire tout cela ? Comment peux-tu considérer cela comme un échec sans importance ?!
- Je n'ai pas dit ça.

Severus faisait de son mieux pour rester calme et inébranlable. Il savait qu'Hermione avait besoin de ce soutien, et que s'il commençait à faire preuve du pessimisme qu'il ressentait au fond de lui, il n'y aurait plus aucun espoir.

- Écoute, fit-il gravement, nous avons au moins trouvé quelque chose, non ?
- Je ne conçois pas qu'une solution impossible soit justement une solution ! cracha la jeune femme.
- Assieds-toi.
- Mais je…
- Assieds-toi, Hermione, et calme-toi !

Il la poussa vers une chaise, où Hermione se laissa tomber, la tête dans les mains.

- Je n'en peux plus…, murmura-t-elle d'une voix tremblante.

Rogue s'assit en face d'elle, tendu.

- T'a-t-il toujours semblé possible, lorsqu'il vivait encore, de vaincre le Seigneur des Ténèbres ? souffla-t-il.

Hermione releva la tête et réfléchit un cours instant.

- Eh bien… Je…

Elle se mordit la lèvre. Sa voix était faible et tremblante.

- J'ai toujours eu confiance en Harry, et…
- Laisse Potter là où il est, s'il te plaît, dit Rogue en détachant bien les mots. Ne tente pas de me faire croire que tout a été rose, tous les jours, et que l'espoir a toujours été présent. Je ne le croirai pas, car je sais parfaitement que rien n'est plus faux.

Hermione ouvrit la bouche pour riposter, mais elle ne sut même pas pourquoi. C'était plutôt un réflexe que de vouloir répondre à Severus. A la vue de sa tentative, Rogue leva un sourcil. Hermione soupira.

- Non, c'est vrai, ça n'a pas été facile tout le temps…

Elle se redressa.

- Mais nous ne parlons pas de la même chose, ajouta-t-elle.
- Ah oui ? susurra Rogue. Et où réside la différence, exactement ?

Hermione ne répondit pas.

- La recherche et la destruction des Horcruxes t'ont-elles semblées possibles dès le début ? continua Severus.
- Non, mais c'était un moyen de combattre Voldemort à distance ! Nous savions que nous n'aurions pas à nous battre tout de suite directement avec lui ! Et nous savions que quand nous aurions à le faire, il serait assez affaibli pour que nous ayons une chance de le battre ! Mais… arracher sa baguette à Bellatrix… Ca relève du suicide !
- Comme bon nombre des actions que tu as menées jusqu'à présent, non ? rétorqua narquoisement Severus.

Hermione lui adressa un rictus, puis respira profondément.

- Je vois très bien que tu fais ça car tu as peur que je ne m'effondre, Severus, dit-elle sombrement. Mais tu reconnaîtras quand même que c'est extrêmement risqué que de tenter d'affronter Bellatrix en face à face. Elle a un moyen direct de m'atteindre. Plus puissant que la connexion des esprits de Harry et Voldemort. Qui sait ce qui peut encore m'arriver ?...

Ils restèrent un moment silencieux, à méditer sur ce qu'ils venaient d'apprendre, à tenter d'échafauder un plan digne de ce nom.

Hermione secoua la tête, et se força au calme. Elle ferma les yeux un instant et se mit à réfléchir froidement. Elle avait besoin d'une solution. Elle entendait son cœur battre à ses tempes, et goûtait la bile amère qui remontait dans sa gorge.

Rogue la scrutait étrangement, comme s'il attendait qu'elle s'effondre à tout moment. Cette impression ne fit qu'exacerber la hargne d'Hermione.

A présent commençait la bataille. C'était maintenant qu'il fallait lutter. Elle repensa à la résistance qu'Harry, Ron et elle avaient menée avec acharnement. Elle se rappela de la peur, de la mort. Elle avait déjà mené une guerre, et elle avait gagné. Hermione n'en était pas ressortie indemne.

On voyait toujours ses cicatrices, les blessures de son corps et les coups dans son esprit. Mais elle avait vu et vaincu tellement d'horreurs, qu'elle en était aussi sortie plus forte.

Rogue regardait Hermione se calmer. Quand elle rouvrit les paupières, ses iris s'étaient durcis. Mais Severus sentit que ce n'était pas à son attention.

- Bon, fit-elle d'une voix posée. Procédons méthodiquement, mes lamentations ne serviront à rien.

Elle tendit les bras, eut un léger mouvement d'hésitation, puis rapprocha le Livre.

- Continuons la traduction. De toute façon…

Elle haussa un peu les épaules.

- Alea jacta est.

Un silence total régnait entre Rogue et Hermione, troublé par les gargouillements et les bouillonnements de chaudrons où mijotaient les potions.
Devant eux s'étalaient des parchemins gribouillés, déchirés, un pot d'encre renversé.

Rogue se massait doucement les tempes du bout des doigts, tandis qu'Hermione mordillait nerveusement sa lèvre inférieure, appuyée sur le dossier de sa chaise.

- On l'a sous-estimée, depuis le début.
- Peut-être bien, marmonna Severus sans la regarder.
- Non, c'est un fait ! s'écria Hermione en bondissant de sa chaise. On l'a sous-estimée !

Elle brassa quelques parchemins.

- Tu vois bien qu'en retournant la traduction dans tous les sens possibles, on en revient toujours au même point !

Rogue observa le visage d'Hermione, contracté de dégoût.

- Je ne veux pas qu'elle prenne mon corps…, souffla-t-elle.
- Ne considère pas que nous avons perdu, répondit Rogue.
- Bien sûr que non ! Mais elle est quasiment intouchable ! On ne peut pas la tuer ! C'est écrit noir sur blanc !

Elle se rapprocha du Livre.

- Il ne faut pas qu'elle meure…, fit-elle, le cœur battant.

Elle se pencha sur le parchemin de traduction et le relut pour la dixième fois.

Le Possesseur est toujours maître du Possédé. Le corps du Possédé est rempart à la mort, est calice à l'âme maîtresse. Le Possédé n'est que réceptacle, quand l'âme du Possesseur, scindée en moitié, est détruite dans le corps originel.

- C'est très clair…, souffla Hermione, à la fois furieuse et dépitée. Si Bellatrix meurt, son âme peut vivre à travers mon corps ! Elle peut transiter entre son corps et le mien ! Je suis…
- Son Horcruxe, oui, acheva Rogue durement.

Hermione appuya ses deux mains sur le bureau et tenta de respirer calmement. Puis de rage, elle abattit son poing sur le bois.

- Nous nous sommes fait piéger ! Toute cette histoire de sort avait pour but de marcher dans les pas de Voldemort !

Rogue l'observa attentivement, l'air sombre.

- Effectivement, fit-il, nous l'avons sous-estimée. Elle est allée très loin. Trop loin.
- Nous réagissons trop tard, murmura Hermione. Otacus, Drago, moi… Elle a déjà trois Horcruxes. Peut-être plus, finalement.

Rogue croisa les bras.

- D'autant plus que ces… Horcruxes sont plus puissants que ceux du Seigneur des Ténèbres, au sens où ils permettent à Bellatrix de… revenir dans un corps immédiatement.

Il avait dit sa phrase en hésitant un peu, guettant parallèlement la réaction d'Hermione.

- C'est… immonde…, souffla Hermione. D'autant plus que ces Horcruxes ne sont pas aussi facilement destructibles que les objets de Voldemort. Il faut la baguette de Bellatrix. Et ils sont…

Elle déglutit.

- Nous sommes… des êtres humains…

Le silence retomba. Chacun mesurait les conséquences des actes de Bellatrix.

Rogue se tapotait les lèvres du bout du doigt. Il avait toujours su qu'il fallait se méfier de Bellatrix. Déjà, lorsqu'il venait de rejoindre les rangs des Mangemorts, elle faisait preuve d'habilité, de connaissance et de haine. Par le sort et la possession, elle se vengeait, vengeait Voldemort de Rogue, de Harry Potter, et asseyait sa montée en puissance.

Car puissante, elle l'était, ou du moins, elle le devenait. Elle ne servait plus le Seigneur des Ténèbres. Elle s'inspirait de ses méthodes, et, petit à petit, elle tentait d'approcher ce qui avait toujours fasciné Voldemort : l'immortalité.

Hermione se massa un instant les tempes du bout des doigts, les pensées en ébullition.

- Ce qu'il faudrait, dit-elle soudain, c'est préparer le terrain.

Rogue haussa un sourcil, en attente d'explications. Sa collègue prit une profonde inspiration, prête à étayer la théorie qui venait de lui apparaître.

- Quand nous avons compris que Voldemort ne pouvait être détruit directement à cause du nombre d'Horcruxes qu'il avait créés, nous avons dû nous mettre à leur recherche afin de les détruire, et ainsi affaiblir Voldemort. C'est la même chose avec Bellatrix.

Rogue hocha doucement la tête.

- Je vois, fit-il. Tu veux dire qu'il ne sert à rien de chercher à obtenir la baguette de Bellatrix si elle reste totalement capable d'exercer sa possession.
- Précisément, acquiesça Hermione. Je l'ai… repoussée plusieurs fois, et je suis presque sûre que cette résistance dont j'ai pu faire preuve n'a pas été sans conséquence sur le pouvoir qu'elle exerce sur moi. Il faudrait en fait commencer par réduire son pouvoir de possession.
- Otacus et Drago, acheva Rogue en plantant ses iris dans ceux d'Hermione.

Rogue et Hermione entrèrent en trombe dans l'infirmerie. Il était déjà tard, mais Mrs Pomfresh s'occupait d'un élève de Poufsouffle qui se plaignait de s'être horriblement fait mal à la jambe lors d'un entraînement de Quidditch et qui refusait de quitter l'infirmerie.

- Dehors, Dayton, siffla Rogue entre ses dents en vrillant l'élève.

L'élève tenta de protester.

- Mais, Professeur…

Severus fit mine de fondre sur lui. Dayton, apeuré, fit quelques pas en arrière, révélant qu'il ne boitait pas et que sa jambe ne semblait absolument pas douloureuse. Le Maître des Potions haussa un sourcil.

- Évidemment, fit-il sarcastiquement. L'interrogation écrite sur les poisons et anti-poisons à laquelle vous êtes censé apporter vos brillantes connaissances demain matin serait-elle à l'origine de votre brusque et intenable douleur ?

Dayton blêmit soudain. Les lèvres de Rogue s'étirèrent en un sourire malveillant et dépourvu de la moindre once de joie.

- Quinze points de moins pour Poufsouffle. Et maintenant, disparaissez de ma vue.

L'élève s'enfuit sans demander son reste, et Pomfresh secoua la tête de dépit en voyant à quel point il était mobile sur ses jambes.

- Je m'en doutais, fit-elle, mais il faisait de la résistance…

Elle fronça les sourcils.

- D'ailleurs, Severus, si vous pouviez faire quelque chose, par rapport à vos interrogations… J'en ai assez de voir arriver des flots d'élèves inventeurs de toutes les excuses possibles pour y échapper…
- Ces cornichons doivent apprendre à faire face aux difficultés, il me semble, ajouta Rogue. Et sans vouloir me vanter, avouez que, grâce à moi, vous êtes occupée. Je justifie votre salaire, en quelque sorte.

L'infirmière secoua la tête, excédée, tandis qu'Hermione sourit légèrement.

- Trêve de… plaisanteries, Severus, fit Pomfresh. Je suppose que vous ne venez pas me rendre cette visite tardive pour apprécier votre part de travail dans mon propre salaire.

Rogue eut un sourire en coin, qui disparut vite alors qu'il exposait sa requête.

- Bien sûr que non. Nous avons besoin de voir les Malefoy.

Pomfresh pâlit légèrement.

- Encore une expérience ? souffla-t-elle.

Hermione jugea bon d'intervenir, à la vue de l'air inquiet de l'infirmière.

- Oh, euh… Non, pas une expérience, enfin, rien de bien dangereux, en tout cas, dit-elle d'une voix qu'elle voulait assurée.

Rogue lui envoya un bref regard, qui lui indiqua tout ce qu'il pensait de ses capacités de menteuse.

Pomfresh jaugea un instant Rogue du regard, puis lui indiqua qu'ils pouvaient aller voir Otacus et Drago.

Les deux frères étaient toujours plongés dans un sommeil artificiel, qui réduisait les chances de Bellatrix d'accéder à leur esprit.
Rogue s'agenouilla près du lit d'Otacus.

- Je commence par Otacus, dit-il doucement à Hermione. Il est dans un état bien plus avancé de possession que son frère, et nous avons déjà attendu trop longtemps.

Il respira profondément à plusieurs reprises.

- Je vais avoir besoin de toutes mes forces pour retrouver son esprit, ajouta-t-il. S'il n'est pas mort.

Hermione déglutit.

- Tu en as retrouvé une partie l'autre fois, fit-elle pour se rassurer.
- Il s'agissait de souvenirs. Une partie assez superficielle de son esprit. Il s'agit maintenant de retrouver sa conscience.

Severus prit une dernière inspiration et leva sa baguette.

- Fais attention à toi, ajouta soudain Hermione.
- Legilimens !

Comme la dernière fois, Severus s'écroula sur le lit, inconscient, aspiré par l'effet de vide.

Pomfresh, qui se tenait un peu en retrait, face à Hermione de l'autre côté du lit, s'interrogeait. Rogue, avant de jeter le sort, avait lancé un dernier regard à sa jeune collègue. L'infirmière, qui connaissait Severus depuis bien longtemps, avait eu une étrange impression.

La dernière fois qu'elle avait vu une telle lueur dans les onyx noirs, ils étaient tournés vers Lily Evans.

Rogue ressentit l'effet de vide d'une façon plus forte que la dernière fois. L'esprit d'Otacus s'était encore affaiblit.
Comme d'habitude, le Maître des Potions imagina des perceptions afin de retrouver ses sens, dont il avait besoin pour retrouver Otacus dans ces limbes.

La dernière fois, il avait pu revivre des souvenirs d'Otacus en première personne. Mais Severus se rendit vite compte que ce ne serait pas pareil cette fois-ci. Il réussit à reconstituer son propre corps et ses perceptions, mais ce qu'il vit autour de lui n'était constitué que d'un brouillard opalescent et épais. Toujours ce brouillard… Il l'avait déjà trouvé en pénétrant dans l'esprit d'Hermione, lorsqu'elle s'était fait posséder. C'était là que les esprits rencontraient Bellatrix.

Severus se concentra. Il ne sentait rien, rien d'autre que le vide dans lequel il était plongé. Il eut l'impression que l'esprit du garçon s'était éteint, comme si Bellatrix avait soufflé sur la flamme vacillante d'une bougie.

Il se concentra davantage, et il sentit qu'il atteignait les frontières de ses pouvoirs. Les sens à l'affût, il guettait la moindre trace de l'esprit d'Otacus.
C'est alors qu'il perçut quelque chose.

Il ignorait lequel de ses sens avait détecté une présence. Il n'aurait su le dire. Il la sentait seulement, dans son être.
Il se concentra encore, forçant sur ses pouvoirs comme rarement il l'avait fait.

Où es-tu, Otacus ?

C'est alors qu'il entendit un léger bruissement. A peine perceptible.
Il sonda le brouillard autour de lui.

Où es-tu, Otacus ?

Il aperçut une forme sombre se matérialiser au loin. Si vague qu'il se demanda s'il ne se trouvait pas devant une illusion créée par ses pouvoirs fatigués. Severus était complètement tendu. Il épuisait sa magie. Il se sentait aspiré vers l'arrière, vers son propre corps, et il se fatiguait, comme s'il tentait de nager à contre-courant dans une eau qui l'emportait inéluctablement.

Severus plissa les yeux, et s'approcha lentement, aux aguets. A mesure qu'il avançait, il sentait ses sens s'éveiller. Il marchait vers l'esprit d'Otacus.
Les contours de la forme se dessinaient, de plus en plus nets. Severus se retrouva en face d'un petit garçon en pleurs, prostré au milieu du brouillard.

- Otacus…, murmura Severus.

Le garçon leva la tête. Il était très pâle, maigre et fatigué. Sur son visage ne se lisait aucune surprise. Otacus avait senti l'esprit de Severus venir à sa rencontre. Ils s'observèrent un instant. Severus remarqua que la peau du garçon était translucide, et qu'il pouvait deviner les ondoiements du brouillard à travers lui. Il était en train de mourir.

- Vous n'êtes pas avec elle, dit alors le garçon d'une voix tremblante.

Ce n'était pas une question. Otacus renifla.

- Pourquoi vous êtes là ? demanda-t-il.

Rogue le sonda. Le garçon était dangereusement affaibli. Aurait-il la force de revenir avec lui, de reprendre le contrôle de son corps ?

- Je suis venu te chercher, Otacus, dit doucement Rogue en s'accroupissant près du garçon.

Malefoy secoua la tête.

- Non…, murmura-t-il. Je peux pas… Elle va revenir… Elle va venir me chercher…

Il regardait fébrilement de tous côtés, et sa respiration s'était accélérée.

Severus trouva soudain que l'espace infini dans lequel ils se trouvaient avait quelque chose d'oppressant. Il guetta attentivement les environs. Mais il n'y avait rien. Rien d'autre que la brume qui ondulait doucement. Il se retourna de nouveau vers Otacus.

- Si tu viens avec moi, elle ne te fera plus aucun mal.

C'était un mensonge, bien sûr. Bellatrix pouvait très bien revenir. Mais s'il parvenait à faire revenir Otacus dans son corps, il y avait une chance, comme l'avait dit Hermione, que cette résistance affaiblisse l'emprise de Bellatrix. Et il était impossible de laisser l'esprit d'Otacus errer ainsi. Il était en train de s'enfoncer dans la mort.

Severus tendit la main vers le garçon.

Otacus lorgna un moment la main et le grand homme en noir qui la lui proposait. Finalement, il s'en saisit et se leva.

Le Maître des Potions se concentra de nouveau pour faire marche arrière. Il avait déjà dépensé beaucoup d'énergie, et le pire était à venir. Il lui fallait maintenant revenir dans son corps, et redonner à Otacus le contrôle du sien. Il y mit tout son pouvoir. Alors qu'ils repartaient en arrière, que les lieux oniriques autour d'eux s'effaçaient, alors que les sens artificiellement reformés de Severus se dématérialisaient et qu'il retournait à l'état d'une substance, Severus crut percevoir une autre présence les envelopper.

Une présence diffuse, intangible. Mais furieuse.

Hermione et Pomfresh sursautèrent quand Severus revint à lui.
Le Maître des Potions se redressa en flageolant, essoufflé, et Hermione constata qu'il était très pâle, bien plus que d'habitude.

- Severus, fit-elle en le rejoignant, est-ce que…
- Il devrait arriver, la coupa Severus en se penchant sur le garçon. Il va arriver. Je l'ai retrouvé, il est encore vivant.

Le cœur d'Hermione battait la chamade.

- Et Bellatrix ? souffla-t-elle.

Severus, toujours focalisé sur le corps du garçon, lui répondit sans la regarder.

- Elle sait.

Hermione eut tout à coup un mauvais pressentiment.

- Severus, elle ne va pas nous laisser gagner, elle ne va pas nous laisser ramener Otacus.

Rogue ne répondit rien. Elle vit sa mâchoire se contracter, et comprit que c'était précisément ce à quoi il pensait en cet instant.

Tout à coup, le corps d'Otacus fut agité de tremblements. Hermione sursauta violemment tandis qu'Otacus se cambrait étrangement, comme possédé. Severus poussa Hermione vers l'arrière, et celle-ci s'écroula sur le sol. Elle comprit qu'il avait peur que Bellatrix ne possède Otacus à nouveau. Mais cette fois, elle n'allait pas rester en arrière. Cette fois, elle avait la forte impression que Bellatrix n'allait pas posséder le garçon. Elle avait l'impression qu'elle allait faire bien pire. Elle se redressa et se précipita vers le lit. Rogue avait levé sa baguette et murmurait à toute vitesse des sortilèges complexes de protection.

Les draps blancs se tachèrent alors de rouge.

Hermione cria et se précipita vers le corps tremblant. Les yeux d'Otacus étaient révulsés, et ses lèvres s'agitaient sans qu'aucun son n'en sorte.

- La blessure ! hurla Hermione. Elle a rouvert la blessure !

Comme pour montrer qu'Hermione avait raison, le corps roula un instant sur le côté, dévoilant la blouse d'infirmerie du garçon, traversé des reins à la nuque d'une longue zébrure rouge.

Le corps retomba et continua à s'agiter. Hermione ressentit alors une impression étrange au fond d'elle. Sa blessure cicatrisée commença à la picoter. Elle réagit au quart de tour.

- Severus ! cria-t-elle. Elle veut me…

Déchirée par une douleur, dont elle ne put dire s'il s'agissait d'une hallucination ou non, Hermione s'écroula. Elle entendit entre les parois de son crâne les hurlements suraigus de Bellatrix.

La jeune femme, tombée à genoux, se courba et se retrouva prostrée sur le sol.

Va-t-en ! hurlait-elle mentalement à Bellatrix. VA-T-EN !

Elle sentait tous les efforts de Bellatrix, qui tentait de prendre contrôle de son corps. Hermione mettait toute sa hargne dans la résistance.
Un court instant, sa vue se brouilla, et elle aperçut un nouveau décor, bien plus sombre que l'infirmerie. Une autre pièce. Et de nombreuses silhouettes sombres. Les hurlements de Bellatrix lui parurent plus proches. Puis ils s'étouffèrent brusquement. La vision disparut, la douleur s'évapora, et Hermione s'allongea sur le sol, épuisée et essoufflée.

Rogue se précipita vers elle et lui agrippa violemment le menton pour la forcer à le regarder dans les yeux.

- C'est moi, Severus ! C'est moi !

Il la lâcha. Hermione se redressa, hystérique.

- J'ai vu par ses yeux, Severus ! La possession s'est retournée, c'est pour ça qu'elle m'a quittée si brusquement ! Elle s'est rendue compte que j'ai pu…
Elle s'interrompit brusquement. Severus ne sembla pas plus surpris que ça, comme s'il ne l'écoutait pas vraiment. Il avait l'air préoccupé, tendu et fermé.

Hermione ouvrit légèrement la bouche, sans savoir quoi dire. Les yeux de Severus se portèrent sur le lit où reposait le garçon. Hermione se leva, ignorant les élancements dans son dos. Elle aperçut Pomfresh, penchée en avant sur le lit.

- Par Merlin, par Merlin…, soufflait-elle d'une voix aiguë.

Hermione s'approcha du lit, le cœur battant. Elle plaqua ses mains sur sa bouche.

Otacus gisait, dans une position étrange, les membres tordus et retournés dans des positions qu'Hermione ne pensait pas possibles. Du sang s'était écoulé de son nez, de ses oreilles et de ses yeux. Ses yeux qui, désormais vitreux, fixaient le plafond dans une expression de supplication.

Hermione réprima un haut-le-cœur.

Otacus Malefoy était mort.


Je sais. Pardon. Pas taper (par contre, vous pouvez me laisser une review pour me donner vos avis ! :D)

Merci pour votre lecture, et j'espère que ça vous a plu, malgré cette triste fin...