Et voilà la suite ! Merci à tous !

Réponse à jade : Je sais, c'est un peu horrible de ma part d'avoir tué Otacus... Je suis contente de te retrouver ici aussi ! Et je suis ravie que ça te plaise :D (Et ta review est bien assez longue, ne t'en fais pas) J'espère que la suite te plaira ! Merci de ta review !

Réponse à Emilie : Voici la suite, héhé ;) Ravie que tu aimes et merci de ta review !


Hermione sentait des larmes de rage lui brûler les yeux. Elle serrait les poings, le cœur battant à la vue du corps sanglant et brisé du garçon.

Bellatrix avait tué un enfant.

Elle entendit, comme un lointain écho, la voix de Severus :

- Allez chercher Minerva, Poppy. Immédiatement.

La peur et l'abattement qu'elle avait pu éprouver jusqu'alors laissaient peu à peu place à la fureur et à la résignation. Elle tuerait Bellatrix. Elle la détruirait. Coûte que coûte.

Les larmes ne tardèrent pas à rouler sur ses joues. Elle s'approcha du corps et tendit une main.

- Ne le touche pas, claqua Rogue derrière elle.

Hermione fit mine de ne pas l'entendre. Elle était à cet instant trop en colère pour craindre Bellatrix.
Elle ferma les paupières d'Otacus, masquant la lumière à son dernier regard.

- Elle va payer pour tout ce qu'elle a fait, dit Hermione d'une voix basse.

Severus ne répondit pas. Debout quelques pas derrière elle, ses yeux allaient de sa collègue au corps sans vie gisant sur le lit.

La porte de l'infirmerie claqua violemment. Minerva McGonagall se précipita vers eux, Pomfresh et le fantôme de Dumbledore sur ses talons.
Elle poussa un cri aigu et plaqua ses mains contre sa bouche en voyant l'état d'Otacus.

- Par Merlin, souffla-t-elle, au bord des larmes. Que s'est-il passé ?

Dumbledore s'avança et se pencha au-dessus du corps. Ses yeux translucides le sondèrent un instant, mais il ne dit rien.

Severus s'approcha de la Directrice.

- Il est temps d'expliquer certaines choses, je pense, souffla-t-il.

Il raconta brièvement ce qu'Hermione et lui avaient découvert lors des heures précédentes. Les Horcruxes humains. L'immortalité souhaitée par Bellatrix. Sa montée en puissance. Son désir de vengeance. Mais aussi la possibilité de la vaincre. La nécessité de l'affaiblir et de lui prendre sa baguette.

Le visage de McGonagall devenait de plus en plus horrifié à mesure que Rogue avançait dans ses explications.
Lorsqu'il eût terminé, un silence pesant s'abattit sur l'infirmerie.

- Comment avons-nous pu manquer à ce point de vigilance ? Si seulement nous…, murmura McGonagall.
- Le temps n'est pas aux regrets, Minerva, la coupa le fantôme. Il faut agir, à présent, et aller de l'avant.

Severus acquiesça brièvement.

- Il faut d'abord détruire le corps, dit-il.

Pomfresh eut l'air outragé.

- Mais Severus…, gémit-elle.
- Lestrange avait toujours une emprise sur lui, quand il est mort. C'est même elle qui l'a tué. Cela veut dire que son corps représente peut-être toujours un Horcruxe. Si tel est le cas, on ne peut se permettre de lui laisser une autre porte grande ouverte.

Dumbledore acquiesça.

- C'est effectivement une nécessité. Mais nous allons faire venir des Médicomages spécialisés pour cela.

Severus fronça les sourcils.

- Est-ce bien prudent, Albus, de faire entrer des personnes extérieures au château dans ces circonstances ?

Il s'agissait d'une question rhétorique. Dumbledore sourit tristement.

- Miss Granger et vous avez traversé bien plus de dangers en restant enfermés dans ce château, me semble-t-il. Et l'état de ce garçon, les épreuves qu'il a endurées depuis plusieurs mois l'autorisent en tous points à recevoir des soins et des funérailles avant d'être réduit au néant.

Severus soutint un instant le regard opalescent que le fantôme lui jetait au-dessus de ses lunettes vaporeuses, puis contracta la mâchoire et céda finalement.

Hermione réfléchissait depuis un instant. Par où commencer la lutte, à présent ? Son regard se porta sur le lit où Drago Malefoy dormait toujours, plongé dans son sommeil artificiel.

- Il faut réveiller Drago, asséna-t-elle soudain.

Les autres sorciers se tournèrent vers elle. Rogue la dévisagea.

- C'est trop dangereux pour le moment. Si jamais Bellatrix…
- Stop ! Nous sommes coincés de tous côtés ! Mais il va bien falloir commencer quelque part, non ? Tu as été d'accord avec moi sur la nécessité d'affaiblir Bellatrix avant de l'affronter directement. Je te rappelle que Drago est lui aussi un Horcruxe humain. Seulement, il peut sûrement nous apprendre des choses sur Bellatrix. Il a été témoin de certains de ses actes, j'en suis certaine !

La mâchoire de Severus se contracta. Il avait l'air perplexe, et contrarié qu'Hermione lui ait encore tenu tête.

- Peut-être même sait-il où elle se trouve, avec quels Mangemorts elle agit… Il faut prendre le risque.

Elle croisa les bras avec détermination pour appuyer ses propos.

Aucun des sorciers vivants présents n'avait l'air grandement convaincu. Le fantôme de Dumbledore vint se placer aux côtés de la jeune femme.

- Il est possible que Miss Granger ait raison, dit-il d'une voix douce. De toute façon, vous n'allez pas laisser ce pauvre garçon endormi sur ce lit jusqu'à la fin de ses jours…

Severus poussa un profond soupir.

- Très bien.

Il sortit sa baguette d'un geste si sec qu'elle siffla dans l'air. Il s'approcha du lit. Hermione s'avança mais il l'arrêta d'un mouvement de la main.

- Poppy, allez chercher la potion de réveil, dit-il d'un ton péremptoire sans même regarder l'infirmière.

Hermione nota qu'il était visiblement contrarié d'avoir dû céder à Dumbledore et à elle-même. Surtout à elle-même, en fin de compte.

L'infirmière reparut trente secondes plus tard, une fiole contenant un liquide violet et moiré à la main.

- Sortez vos baguettes, dit Rogue sans lâcher Drago Malefoy des yeux. Tous.

McGonagall, Pomfresh et Hermione obéirent et encerclèrent le lit, baguettes levées. L'infirmière se pencha, tira sur le menton de Drago et fit couler le contenu de la fiole entre ses lèvres entrouvertes.

- Reculez ! trancha Rogue.

Pomfresh obtempéra immédiatement.

Ils attendirent, tendus, ne sachant à quoi s'attendre. Les respirations devenaient sonores, les mains moites, mais les baguettes ne tremblaient pas.

Drago se cambra soudain et se mit à tousser violemment. McGonagall sursauta, Hermione cligna des yeux. Rogue se tendit d'avantage et de minuscules étincelles jaillirent de sa baguette.

Drago toussota encore un peu et se redressa dans son lit en s'essuyant la bouche. Il leva les yeux, ébloui par la lumière dont il avait été privé durant tant de jours. Il détailla rapidement la scène où il se trouvait, les visages inquiets ou tendus qui l'entouraient, les baguettes pointées sur sa poitrine.
Il eut rapidement l'air parfaitement éveillé.

Le silence était épais autour des sorciers. Hermione prit soudain une profonde inspiration.

- Drago…, commença-t-elle.

Il lui lança un regard plein de haine et de méfiance.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce que je fais là ? demanda-t-il en dévisageant les sorciers, la voix rauque de s'être tu trop longtemps.

Hermione et Rogue se lancèrent un regard. La jeune femme réfléchissait à un moyen d'expliquer la situation avec tact.

Elle s'approcha encore du lit, et sentit Rogue se tendre dans son dos.

- Écoute, je…
- Enlève cet air de pitié de ton visage, Granger, cracha Malefoy.

Hermione se tut. Malefoy se frotta le front, et se figea soudain. Il releva la tête, livide.

- Où est mon frère ? demanda-t-il soudain d'une voix blanche.

Le sommeil magique semblait n'avoir agi que comme une simple parenthèse dans sa vie. Tous ses souvenirs affluaient maintenant rapidement dans sa mémoire réactivée.

Il regardait Rogue. Celui-ci ne bronchait pas, et gardait les yeux fixés dans ceux du garçon. Le cœur d'Hermione battait la chamade. Elle ne voulait pas lui annoncer qu'Otacus était mort.

- Où est Otacus ?

Malefoy se tourna vers Hermione. Elle décela une telle détresse dans son regard gris qu'elle baissa les yeux et les dirigea involontairement une fraction de seconde vers le lit où reposait le corps d'Otacus.

Drago capta son regard et en suivit la direction. Hermione put lire le cheminement de ses émotions sur ses traits.
Son visage se décomposa lentement, ses yeux s'agrandirent et s'emplirent de larmes.

- Non… Non…, souffla-t-il.

Une boule enflait dans la gorge d'Hermione.

- NON ! hurla soudain Drago.

Il bondit hors de son lit mais Rogue avait anticipé son mouvement. Le Maître des Potions se jeta sur lui et enserra lui le torse de ses bras.
Malefoy se débattit avec hargne, mais son long sommeil l'avait affaibli, et il demeurait impuissant face à la force de Rogue. Il hurla et son visage se tordit de désespoir. Hermione avait plaqué une main sur sa bouche et ses yeux brillaient de larmes.

Drago se mit à pleurer. Après un dernier coup donné à Rogue pour se libérer, en vain, il se laissa tomber, le menton sur la poitrine, les épaules secouées de sanglots.

Lentement, Severus détacha ses bras de Drago. Celui-ci s'essuya violemment le nez dans la manche de sa chemise et s'approcha doucement du lit, ses yeux ruisselants fixés sur le corps de son frère. Les autres sorciers le regardaient s'avancer, de la tristesse dans leur regard. Seul Rogue restait de marbre.

Drago se laissa tomber à genoux devant le lit et resta quelques longues minutes sans bouger, absorbé dans l'observation du visage figé de son frère.

Peu à peu, ses sanglots se turent et l'infirmerie replongea dans un silence pesant, qui fut bientôt brisé par la voix rauque et méprisante de Drago.

- Vous l'avez tué, c'est ça ? demanda-t-il aux sorciers rassemblés dans son dos, sans même les regarder.

Hermione eut un sursaut. Sa voix était si pesante…

- Non ! s'exclama-t-elle, outragée que l'on puisse l'accuser de la mort d'Otacus.
- Si, j'en suis sûr. C'est vous qui l'avez tué.

Hermione avait l'impression de sentir l'air vibrer à ses oreilles sous la voix de Malefoy.

- Non, Drago, nous ne l'avons pas tué, dit Rogue d'une voix posée.

Drago fit brusquement volte-face.

- Vous mentez ! Vous l'avez tué ! Par vengeance, c'est ça ? Parce qu'il était le dernier fils Malefoy, et…
- Arrêtez, siffla Rogue.

Drago se releva et s'approcha de Rogue. Il leva une main et tenta de le frapper. Severus lui intercepta le poignet et le serra si fort que ses phalanges blanchirent.

- Vous l'avez tué parce qu'il vous menaçait, hein ? hurla-t-il, des larmes roulant de nouveau sur ses joues creusées.

Le désespoir déformait ses traits et il se perdait face à ces sorciers, qu'il considérait comme ses ennemis, qui venaient de lui livrer son petit frère. Mort.

Hermione voulut intervenir.

- Drago, ce n'est pas ça du tout, c'est…
- Tais-toi ! siffla Drago. J'ai pas besoin de tes explications, Granger ! T'as tué mon frère !
- Non ! se défendit Hermione, bouleversée par le désespoir de Malefoy.

Drago se tourna de nouveau vers Rogue.

- C'était pas lui ! C'était pas de sa faute ! C'était…
- Bellatrix Lestrange, nous le savons, trancha Rogue.

Le garçon se figea.

- Vous le saviez ? gémit-il. Vous le saviez et pourtant, vous…

Rogue le secoua.

- Nous ne l'avons pas tué, elle s'en est chargé toute seule…, dit Rogue entre ses dents en détachant bien ses mots.

Drago le regardait, incrédule. Rogue lui tenait toujours fermement le poignet, si fort que le bout des doigts du garçon avait commencé à bleuir.

- Nous avons tenté de le sauver, Drago, comprenez-vous cela ? continua le Maître des Potions.

Sa voix était lente et douce, et ses iris onyx étaient si profondément plongés dans ceux du garçon qu'Hermione se demanda un instant s'il n'essayait pas de persuader Drago avec d'autres moyens que la parole seule.

- Vous avez voulu le sauver en le tuant ? répliqua Drago, plein de haine.
- Non ! siffla Rogue en secouant une nouvelle fois le garçon. Je pense que vous savez comment elle agit… Nous avons tenté de ramener l'esprit de votre frère, mais elle a été plus rapide…

Drago semblait sceptique et défiait Rogue du regard. Celui-ci avança la tête et engloba d'un geste vague de la main Hermione, McGonagall et Pomfresh.

- Regardez bien les sorciers qui vous entourent, souffla-t-il. Pensez-vous vraiment qu'ils soient capables de tuer un garçon de onze ans ?

Malefoy observa avec haine et dédain les visages des sorciers.
Il renifla puis planta ses yeux rougis dans les yeux du Maître des Potions.

- Je sais pas. Peut-être pas… Mais vous… Mon père m'a toujours dit que vous…
- Il suffit ! s'écria Rogue en poussant Malefoy sur le lit. Laissez votre père en dehors de cela !

McGonagall s'approcha rapidement et posa une main osseuse sur l'épaule de Severus.

- Pas maintenant, Severus, lui souffla-t-elle.

Le visage du Maître des Potions s'était fermé, et il sembla un instant en prise avec quelque démon intérieur. McGonagall et Dumbledore échangèrent un regard.

Hermione, bien qu'interloquée, s'avança vers Malefoy, qui, sans lâcher Rogue du regard, se massait le poignet.

- Tu dois le croire, on a essayé de le sauver !

Drago lui jeta un regard et l'irradia de mépris.

- Ne te mêle pas de ça, Sang-de-Bourbe !

Avant que quiconque n'ait pu faire une remarque, la rage monta en Hermione et elle le gifla.

- Miss Granger ! s'offusqua McGonagall en sursautant.

Hermione l'ignora superbement.

- Comment oses-tu ? siffla-t-elle en repoussant Drago sur son lit d'un geste de la main. Malgré tout ce que la famille Malefoy a pu faire ces dernières années, nous sommes passés outre et nous avons tenté de sauver ton frère ! Ta malade de tante a réussi à nous devancer, et tu vois où il est maintenant ! Toi-même, tu t'es fait posséder ! Pourtant, tu es toujours là, on t'a gardé à l'abri dans Poudlard, avec des soins, plongé dans un sommeil magique pour nous protéger mais aussi pour te protéger ! On a tout tenté pour nous débarrasser d'elle sans vous porter atteinte.

Des larmes de rage coulaient sur ses joues, alors qu'elle pensait au mépris et aux accusations de Drago, à la mort de son petit frère.

Elle prit une profonde inspiration, se passa une main sur le visage puis tourna le dos à Malefoy. Brusquement, elle releva ses cheveux et tira sur la fermeture de sa robe pour dévoiler sa nuque et le haut de son dos, découvrant le début de la longue cicatrice qui courait le long de sa colonne vertébrale. Elle entendit quelques exclamations étouffées, de la part de Pomfresh et McGonagall.

Après quelques secondes, elle se tourna et fit de nouveau face à Malefoy, qui le regardait à présent d'un air surpris et contrarié.
Elle le défia du regard un moment. Le visage de Drago était fermé, et ses lèvres avaient pâli à force d'être serrées. Finalement, il battit en retraite et baissa les yeux.

Hermione était essoufflée. Le fantôme de Dumbledore s'interposa alors entre les sorciers.

- Allons allons, fit-il. Mr Malefoy a été bouleversé par la perte de son frère et s'est retrouvé confus suite à son réveil… Mais maintenant que les choses ont un tant soit peu gagné en clarté, une collaboration est envisageable. Pour ne pas dire : nécessaire.

Il balaya son auditoire du regard, insistant particulièrement sur Hermione, Rogue et Drago.

- Poppy, dit Dumbledore d'une voix douce, faites le nécessaire pour le garçon.

Il la regarda par-dessus ses lunettes en demi-lune. L'infirmière acquiesça, puis se détourna, ferma les rideaux autour du lit d'Otacus et pénétra dans son bureau.

Rogue attrapa alors une chaise et s'assit à côté du lit de Drago.

- Bien. Maintenant, je vais vous expliquer ce que vous avez manqué, dit-il. Je vous prierai de ne pas m'interrompre avant la fin, et je vous demanderai, Drago, et cela en dépit de tout ce qu'il a pu se passer entre votre père et moi, de vous rappeler de la confiance que vous placiez en moi il y a encore peu de temps de cela. Je vais vous demander de me croire.

Drago le fusilla du regard. Mais il n'avait pas le choix.

Rogue lui raconta tout, n'omettant aucun détail. Drago écouta attentivement le récit, d'un air dubitatif au début, ses traits s'affaissant de plus en plus à mesure qu'il comprenait qu'une telle histoire ne pouvait être que vraie. Elle contenait trop de détails, trop de coïncidences avec ce qu'il avait vécu pour n'être qu'un tissu de mensonges.

Lorsque Rogue eut terminé, Drago était affreusement pâle. Dumbledore, qui était resté en retrait, s'approcha alors.

- Je pense que cela suffit pour le moment, Severus, dit-il d'une voix douce.

Il porta un regard bienveillant vers le dernier des Malefoy, qui l'observa sans ciller.

- Drago et Otacus ont sûrement beaucoup de choses à se dire…, acheva le fantôme d'une voix lointaine.

Rogue était nonchalamment adossé au mur de pierre à l'extérieur de l'infirmerie, et suivait du regard Hermione qui faisait les cent pas devant lui.

- J'aurais peut-être dû éviter de m'emporter contre lui, disait-elle. Après tout, il vient de perdre son frère, et…

Son collègue fit claquer sa langue contre ses dents en un petit bruit agacé.

- Arrête. A ta place, tu sais très bien qu'il en aurait profité. Il ne mérite pas tes remords.

Hermione stoppa son manège et observa Rogue d'un air étrange.

- Comment fais-tu pour demeurer si froid, tout le temps ? Tu ne sais donc pas ce que c'est, de perdre quelqu'un de cher ?

Elle s'en voulut immédiatement d'avoir dit ça, alors que le visage de Lily Potter passait dans son esprit.

- Oh…, souffla-t-elle. Pardon, ce… Ce n'est pas ce que je voulais dire…

L'expression de Severus n'avait pas vraiment changé. Seuls ses yeux s'étaient un peu étrécis. Il prit une profonde inspiration et planta ses iris dans ceux d'Hermione.

- Je sais parfaitement ce que cela fait.

Ils entendirent à ce moment des pas dans le couloir. McGonagall s'approcha d'eux et se tourna vers Hermione.

- Messieurs Potter et Weasley ont été prévenus, annonça-t-elle. Ils devraient être là dans quelques minutes.

Rogue haussa les sourcils.

- Et puis-je savoir, Minerva, quelle utilité vous leur accordez dans cette histoire ?

Minerva fusilla son Directeur adjoint du regard.

- Je vous en prie, Severus, ne commencez pas. Je ne vous apprends rien : ils sont Aurors, et si monsieur Malefoy a une quelconque information à livrer sur les Mangemorts associés à Lestrange, voire des informations sur Lestrange elle-même, eh bien…

Severus laissa échapper un ricanement glacial.

- Vraiment, laissez-moi rire Minerva, susurra-t-il d'une voix veloutée. Et quelle sorte d'interrogatoire imaginez-vous, exactement ? Potter et Weasley partageant cordialement une tasse de thé dans l'infirmerie et échangeant les derniers potins sur Bellatrix et ses projets ? Malefoy louant le ciel de lui avoir amené Potter et Weasley pour qu'enfin il puisse se libérer de son fardeau en leur apprenant tout ce qu'il sait ?

Hermione fronçait les sourcils. Severus avait raison. Jamais Drago n'accepterait de parler à Harry et Ron, bien qu'il ne soit pas du côté de Bellatrix et des Mangemorts. Hermione en était sûre : jamais il n'accepterait de blesser son égo.

- C'est vrai, Professeur, dit alors la jeune femme. Drago ne voudra pas de Harry et Ron, même pour venger son frère.

Elle soupira.

- Il a déjà presque tout perdu, continua-t-elle. Il ne leur abandonnera pas sa fierté.

McGonagall leva les bras en signe d'agacement.

- Très bien, fit-elle, irritée. Que proposez-vous, alors ? De l'interroger vous-même ?
- Oui, dit Hermione. Je pense que l'idéal serait que…
-… je m'en occupe seul, la coupa Rogue.
- Pardon ? s'exclamèrent la Directrice et Hermione à l'unisson.

Rogue haussa un sourcil narquois.

- Hermione, tu es bien évidemment rangée au même étage que Potter et Weasley dans la tête de Malefoy. Il n'a pas confiance en toi. Son éducation et la haine qu'il a envers toi depuis qu'il te connaît le font te considérer comme…
- Je sais, trancha Hermione. Inutile de le rappeler. Mais je suis aussi au courant que toi de toute l'histoire, aussi…
- Je ne prendrai pas le risque de le laisser cacher des informations, déclara Rogue.

Il avait employé le ton qu'il affectionnait pour couper court à toute réplique. Cependant, ce ton ne marchait plus avec Hermione.

- Mais si tu es là aussi, je…, tenta-t-elle.
- Si je pouvais éviter d'employer des moyens plus… persuasifs…, rétorqua-t-il. Il s'agit de le mettre en confiance, et je suis la personne la mieux placée pour atteindre ce but.

Hermione serra les dents.

- Vraiment ?... Pourtant, ce n'est pas ce qu'il a laissé entendre… Il semble que son père…
- Son père est mort, gronda Rogue.

Sa réponse fit perdre à Hermione sa volonté de révolte. McGonagall fronça les sourcils. Voyant qu'Hermione allait parler, elle s'empressa d'annoncer :

- Très bien, Severus, allez-y. Vous nous ferez un compte-rendu et nous prendrons les mesures nécessaires, avec l'aide de Potter et Weasley.

Rogue acquiesça d'un mouvement imperceptible de menton – bien qu'on put lire dans ses yeux que la perspective d'être une nouvelle fois associé à Harry et Ron ne le réjouissait guère.

Après un dernier regard à Hermione, il pénétra dans l'infirmerie.

Dès que la porte eut claqué, Hermione se tourna vers McGonagall.

- Que s'est-il passé entre Lucius Malefoy et Severus, Professeur ?

McGonagall soupira d'un air navré et retira ses lunettes.

- J'ignore tout ce qu'ils ont pu se dire ou se faire, Miss Granger. Mais voyez-vous, Severus connaissait Malefoy depuis bien longtemps. Ils ont été amis, je pense pouvoir le dire… Quant à Drago, je crois qu'il a toujours eu une profonde admiration pour Severus. Je pense qu'il l'a considéré un temps comme son mentor, car il était un ami de son père, et qu'il était toujours présent pour lui, à Poudlard, quand Lucius, même chez lui, ne l'était pas.

McGonagall fit une courte pause, puis reprit :

- Je pense que Lucius n'a pas vraiment apprécié que son fils aîné s'attache à Severus, qui était de plus bien mieux placé que lui dans l'estime de Lord Voldemort. Lucius a dû essayer de le dénigrer devant son fils quand il a eu des soupçons sur la fidélité de Rogue au sein des Mangemorts. Et Drago s'est senti peut-être trahi en apprenant que Severus n'était pas de son côté.

Hermione acquiesça. McGonagall remit ses lunettes et la regarda avec bienveillance. Elle s'approcha et posa une main sur l'épaule de la jeune femme.

- Hermione, vous êtes quelqu'un d'intelligent et de rationnel. Mais laissez-moi pour une fois vous donner un conseil contraire à vos principes. Il n'est pas toujours bon de tout savoir. Parfois, ce que l'on ignore a l'avantage de ne pas pouvoir nous faire de mal.

Le regard de McGonagall était perçant par-dessus de ses lunettes.

- N'essayez pas de remuer le passé de Severus Rogue. Il ne serait pas le seul à en être blessé.

Et sur ces mots, elle se détourna d'Hermione et s'éloigna, laissant la jeune femme seule dans le couloir.


N'hésitez pas à me laisser vos impressions ! A bientôt !