Voici donc la suite ! Merci à tous les lecteurs et revieweurs !
Trente secondes après que McGonagall ait disparu, la porte de l'infirmerie s'ouvrit et Rogue en sortit.
- Déjà ? s'étonna Hermione.
- Il est trop faible. Tout ce qu'il a dû engranger depuis son réveil l'a abattu. Nous l'avons replongé dans le sommeil.
Hermione fronça les sourcils.
- Pour combien de temps ?
- Pour cette nuit seulement, répondit Rogue. Il doit commencer à revivre pour reprendre des forces. Il doit être prêt à affronter Bellatrix et à lui résister si elle se manifeste.
- Quand elle se manifestera, corrigea Hermione.
Severus acquiesça d'un mouvement de tête.
Hermione brûlait de lui poser des questions sur Lucius Malefoy et lui-même. Elle savait pourtant que ce n'était pas une bonne idée. Elle décida donc d'appliquer le conseil de McGonagall. Pour le moment, du moins.
- Quand pourrons-nous agir pour continuer d'affaiblir Bellatrix ? demanda Hermione.
Rogue réfléchit un instant.
- Tout dépendra de l'état de Malefoy. Mais il est un bon Occlumens, aussi, j'ai l'espoir qu'il retrouve ses capacités de résistance assez vite.
- Alors il n'y a plus qu'à attendre, conclut Hermione.
A ce moment, des pas retentirent dans les escaliers, et Harry et Ron ne tardèrent pas à pénétrer dans le couloir de l'infirmerie.
Hermione était anxieuse. Elle était restée en froid avec eux depuis qu'ils avaient appris qu'elle leur avait caché ce que Bellatrix lui faisait subir.
Les deux Aurors s'avancèrent, saluèrent Hermione assez sèchement et n'accordèrent à son acolyte qu'un regard haineux. Ron tenta ensuite de contourner Rogue pour entrer dans l'infirmerie. Rogue fit un pas de côté et lui barra le passage.
- Où donc comptez-vous aller de si bon pas, Weasley ? susurra-t-il avec un rictus féroce qui découvrit toutes ses dents.
- Oh, je ne sais pas…, fit Ron froidement. Peut-être à l'infirmerie prendre des nouvelles de ce cher Drago ?
Le rictus disparut des lèvres de Rogue et celui-ci se pencha légèrement en avant.
- Ce cher Drago n'est pas en état de recevoir quiconque pour le moment. Et même s'il l'était, je ne vous laisserais certainement pas entrer.
Hermione jugea bon d'intervenir avant que la situation ne s'envenime plus que ce qu'elle ne l'était déjà.
- Severus a raison, Ron… Malefoy n'acceptera jamais de livrer ce qu'il sait si vous êtes là… Tu le connais, non ? Tu sais bien que…
Ron ne la laissa pas finir.
- Oh mais bien sûr, si Severus a raison… Severus a toujours raison, de toute façon, je me trompe ?
Hermione se sentit blessée par le regard dur de son ami.
- Ron, s'il te plait, ne commence pas… Ce n'est pas le moment…
Ron leva les bras.
- Non, tu as raison… Viens Harry, on s'en va… Severus sera bien plus compétent que nous pour tirer les vers du nez de son cher protégé… Ca l'arrange de s'entretenir avec lui sans la présence encombrante de deux Aurors…
- Arrête, Ron…, intervint Harry.
- C'est vrai, non ? insista son ami en appuyant ses mots d'un regard qui irradiait de rage. Ce serait plus pratique pour mettre au point leur complot ou je ne sais quel…
- Complot ? répéta Hermione avec colère. Complot ? Tu es sérieux, Ronald ?
Elle fulminait face à son ami. Pourquoi était-il toujours plongé dans cette jalousie maladive ? Pourquoi à ce moment, alors qu'ils devaient tous coopérer ?
Rogue, de son côté, affichait sur son visage un rictus déplaisant qui le faisait ressembler à un lion prêt à frapper.
- Laisse-le, Hermione…, susurra-t-il en observant Ron. Ronald n'a de toute façon jamais été capable de comprendre la moindre…
Hermione fit volte-face, ses cheveux tourbillonnant autour d'elle, et fusilla Rogue du regard.
- Toi aussi, tu es réellement impossible !
Et sur ces mots, elle se précipita vers les escaliers. Arrivée en haut des marches, elle stoppa net et se retourna. Elle scruta le visage anxieux de Harry, celui livide de Ron dont les lèvres avaient pâli sous la colère. Le visage dur de Rogue. Elle pointa sur eux un index accusateur.
- Tous autant que vous êtes, vous… Vous me… Raaah !
Incapable de trouver ses mots, elle dévala les escaliers. Elle entendit la voix de Harry qui l'appelait derrière puis des éclats de voix, mais n'en fit pas cas.
Elle ne les supportait plus. Pourquoi n'étaient-ils pas capables de mettre pour quelques instants seulement leurs différends de côté ? L'heure était pourtant grave… Elle ne supportait plus la façon dont ils se battaient tous pour… elle.
Ses pas la guidèrent vers la porte du hall. Elle avait besoin de s'éloigner un instant du château, de prendre du recul. Elle étouffait ici.
Elle sortit et aussitôt, le froid lui mordit la peau. On était en décembre, et l'air se faisait de plus en plus glacial. Hermione ne portait que sa robe de sorcière, sans cape et sans manteau. Pourtant, elle ne jeta même pas un regard en arrière. Elle n'hésita pas. Elle voulait s'enfuir, mettre entre elle et les trois hommes le plus de distance possible, pour un moment. Elle espérait qu'ils se mettraient d'accord, tout en n'y croyant pas un instant.
Elle dévala les marches du perron et s'enfuit dans la nuit, dont le ciel était de la même couleur que son humeur.
C'est essoufflée qu'elle arriva dans la rue principale de Pré-au-Lard. Elle observa un instant, perplexe, les guirlandes lumineuses qui flottaient dans les airs, les petits lutins sur des balais qui tournaient autour des cheminées en guise de décoration, les sapins lumineux et les devantures des magasins remplies de sucres d'orge.
Hermione ouvrit légèrement la bouche. Noël approchait. Et elle n'y avait même pas pensé.
Elle secoua la tête et regarda derrière elle. Le château illuminé se découpait dans le noir. Elle soupira. Quel âge avait-elle pour avoir fui ainsi ? Elle savait bien que c'était dangereux… Si jamais Bellatrix…
Elle crispa les mâchoires… Si cela pouvait les faire réfléchir un instant… De toute façon, elle devait s'éloigner du château. Un peu.
Elle n'en pouvait plus de faire des navettes entre les cachots et la Grande Salle, entre la Grande Salle et l'infirmerie, toujours anxieuse, toujours inquiète… Elle devait souffler. Et finalement, elle n'était pas bien loin, si jamais…
Elle tendit l'oreille et perçut une agitation un peu plus loin.
Le monde. Cela faisait un moment qu'elle ne l'avait pas vu.
Elle s'avança vers les Trois-Balais et poussa la porte. L'odeur du tabac, du vieux bois gras des tables, de l'alcool, de la transpiration vint lui assaillir les narines. Les rires gras et bruyants lui vrillèrent les oreilles. Elle songea un instant à rentrer. Mais l'idée de Rogue, Harry et Ron obligés pour une fois d'agir ensemble, peut-être, pour la chercher, lui donna envie de continuer. L'idée de les défier, de leur montrer qu'elle pouvait leur échapper. A tous. Elle bouillait intérieurement, et elle devait se changer les idées.
Elle s'installa à une place libre au bar. Rosmerta sortit de l'arrière-boutique et s'arrêta, les yeux écarquillés, en apercevant Hermione.
- Ca par exemple ! s'exclama-t-elle en brandissant un torchon. Hermione !
Elle s'approcha de la jeune femme, lui agrippa les épaules et lui planta un baiser bruyant sur la joue.
- Ca fait tellement longtemps ! s'écria Rosmerta, visiblement émue. Pourquoi n'es-tu pas passée avant ?
- Oh, euh…, commença Hermione. Je n'avais pas trop… pas trop de temps…
Rosmerta fronça les sourcils en apercevant l'air à la fois contrarié, peiné et chamboulé d'Hermione. Elle se pencha vers elle.
- Tu as besoin d'un remontant, je me trompe ?
Hermione ne répondit pas. Elle haussa une épaule ; Rosmerta haussa un sourcil.
- Je vois. Quelque chose de fort, donc.
Elle se retourna et attrapa une bouteille emplie d'un liquide ambré. Elle en servit un verre et le posa devant Hermione. En sentant le fort relent d'alcool, la jeune femme voulut protester.
- T-t-t, pas de ça avec moi, jeune fille ! Bois, ça va te requinquer !
Hermione, un peu anxieuse car peu habituée à consommer de l'alcool – mis à part du champagne dans les grandes occasions, se saisit du verre et en prit une gorgée. Elle toussa immédiatement alors que le liquide lui brûlait la gorge.
- Par Merlin, c'est fort !
Elle reposa le verre en grimaçant. Rosmerta s'accouda au comptoir.
- Tu veux qu'on parle ? demanda-t-elle.
Hermione soupira et se força à sourire. Parler de ses problèmes avec la tenancière des Trois-Balais… C'était bien la dernière chose dont elle avait envie ce soir.
- Non, merci, ça va aller, ce n'est pas bien grave.
Je suis amoureuse de Severus Rogue, Harry, Ron et lui sont incapables de se comporter en adultes responsables lorsqu'ils sont ensemble, et je suis constamment sous la menace de Bellatrix Lestrange. Mais à part ça…, pensa Hermione, amère.
Elle avait déjà essayé de les raisonner. Ils ne l'avaient pas écoutée. La fierté des Gryffondor et celle des Serpentard ne pouvaient faire de concession. Surtout avec elle au milieu. Mais qu'ils réfléchissent.
Hermione se saisit prestement de son verre et en but une autre gorgée. Elle n'aimait pas le goût, mais ça lui réchauffait le corps et elle en avait bien besoin.
Rosmerta observait Hermione avec intensité. Un sourire en coin vint soudain étirer ses lèvres.
- C'est un homme qui te met dans cet état ? demanda-t-elle, narquoise.
Hermione s'étouffa avec sa boisson. Elle toussa un peu puis déclara d'un air sombre :
- S'il n'y en avait qu'un…
Rosmerta rit un peu. Puis elle s'éloigna pour aller servir un client qui la réclamait à grands cris et à grands coups de choppe de bière sur le comptoir.
Hermione se frotta les yeux. Elle allait devoir y retourner. Recommencer les réprimandes. Tenter de les raisonner. Poser un ultimatum ?
Alors qu'elle se demandait si l'Imperium ne serait pas un gain de temps et un moyen de persuasion tout à fait autorisé dans ce cas-là, elle ressentit un courant d'air froid dans son dos, alors que la porte de la taverne s'ouvrait.
- Hermione ?
Hermione sursauta légèrement et regarda par-dessus son épaule. C'était Harry. Il vint la rejoindre au bar.
Rosmerta lui fit un signe de la main et Harry lui répondit sans grande effusion.
Hermione et lui demeurèrent un instant silencieux.
- On s'est séparés pour te chercher, expliqua Harry. Enfin… Rogue a fouillé le château. Ron est parti…
Hermione vrilla du regard les yeux de son ami.
- On dirait des gamins, dit-elle soudain. Tu le sais, ça ?
Harry l'observa un instant.
- Ecoute, Hermione, moi en tout cas, je suis prêt à… à travailler avec Rogue… Je ne le supporte pas, mais je lui dois bien ça, après ce qu'il a fait pour moi…
- Je trouve aussi, répondit son amie en haussant un sourcil. Tu sais, quand on commence à le connaître…
Elle s'arrêta immédiatement en voyant Harry grimacer légèrement.
- Le problème, c'est Ron, fit-il.
- J'avais remarqué.
Hermione nota qu'Harry se tordait sur sa chaise, mal à l'aise.
- Tu sais… Je pense qu'il a vu dans toute cette histoire un moyen de… vous retrouver.
Hermione soupira et regarda le fond de son verre. Il était malheureusement vide.
- Il pensait que tu te rapprocherais de lui. Tu lui manques, tu sais…
Hermione soupira.
- Harry, je ne veux pas retourner avec lui. Ca a été un échec. Ca ne marchait pas, c'est tout. Je ne veux pas revenir là-dessus.
- Je sais bien, mais lui… Tu le connais, non ? Je crois qu'il… t'aime encore.
Hermione braqua ses yeux dans ceux de Harry.
- Mais moi aussi je l'aime. Comme mon meilleur ami.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire.
- Je sais bien.
Elle reporta son attention sur son verre. Harry continuait de gigoter sur sa chaise. Il fuyait un peu le regard de son amie. Celle-ci eut tôt fait d'en être agacée.
- Arrête de tourner autour du chaudron, Harry, tu veux bien ? Dis-moi ce que tu as à me dire.
Harry soupira. Il passa une main dans ses cheveux ébouriffés puis rajusta ses lunettes sur son nez.
- Ron pense qu'il se passe quelque chose entre Rogue et toi.
Il eut un rire nerveux. Hermione sentit son sang se glacer. Elle crispa ses doigts sur son verre vide.
- Je n'arrête pas de lui dire qu'il est parano, que c'est complètement stupide, mais rien n'y fait. Il est complètement borné… Le mieux serait que tu lui expliques.
Hermione regardait droit devant elle, déchiffrant pour la quinzième fois le nom de l'alcool sur une bouteille de l'étagère, derrière le comptoir.
Voilà. C'était maintenant le moment idéal pour lui annoncer.
Elle se tourna vers Harry, les sourcils froncés.
- Le mieux serait que je lui explique quoi ? demanda-t-elle d'une voix basse.
- Hein ? Eh bien… Tu sais… Pour Rogue et toi. Que ça ne peut pas être vrai.
Hermione scrutait son ami. Elle avait un regard dur, mais sentait ses yeux s'emplir de larmes. Et si elle lui disait ? Le perdrait-elle, lui aussi ? Elle ne voulait pas avoir à choisir. Ce n'était pas juste.
Elle vit le visage de Harry se décomposer alors qu'il l'observait.
- Hermione ? Bien sûr que ce n'est pas vrai… n'est-ce pas ?
Elle ne répondait pas. Elle se sentait profondément blessée.
Harry n'aurait pas arboré une expression différente si elle lui avait annoncé qu'elle allait prochainement mourir d'une maladie incurable.
- Severus n'est pas celui que tout le monde croit être, dit-elle simplement d'une voix sourde.
Harry devint livide. Il regarda durant de longues secondes son amie, les yeux grands ouverts, attendant qu'elle ajoute autre chose.
Elle demeura silencieuse.
Il fit alors un signe vers son verre vide.
- C'était quoi ? demanda-t-il d'une voix blanche.
Hermione eut soudain l'air inquiet.
- Quelque chose de fort, mais…
- Rosmerta ! appela-t-il. La même chose !
La barmaid s'approcha d'eux et servit à Harry un verre d'alcool. Il le leva d'une main fébrile et le vida d'un trait. Rosmerta les regarda d'un air étrange en s'éloignant.
En reposant son verre, il avait repris des couleurs. Mais il avait l'air furieux.
- Depuis quand ? demanda-t-il, laconique.
- Difficile à dire…
Harry fit tourner son verre entre ses doigts.
- Très bien… Donc on prépare les funérailles…
- Quoi ?
- Soit celles de Ron qui ne supportera pas le choc… Soit celles de Rogue si jamais Ron décide d'aller s'expliquer avec lui.
Hermione le fusilla du regard.
- Arrête, Harry. Ce n'est vraiment pas drôle.
- Ce n'était pas censé être drôle.
Il se redressa soudain.
- Mais dis-moi que ce n'est pas possible, Hermione, je t'en prie ! Toi et Rogue… Vous ne pouvez pas… Je ne peux pas imaginer que…
Il avait l'air profondément dégoûté. Hermione lui attrapa le bras et le serra fort.
- Je ne veux pas de ton jugement, asséna-t-elle, les dents serrées.
- Mais Hermione, tu sais ce que j'en pense… Je ne veux pas que…
- Et je n'ai rien à faire de ta bénédiction non plus, Harry Potter.
Harry se tut. Il fulminait visiblement. Hermione lui lâcha le bras. Après tout, c'aurait pu être pire. Il aurait pu quitter le bar en la traitant de tous les noms et lui hurler qu'il ne voulait plus jamais la revoir.
Peut-être que c'était ce qu'aurait fait Ron, finalement.
- Je suis toujours la même, Harry. J'espère que tu peux comprendre ça.
Harry sembla prêt à faire un commentaire, mais il s'abstint.
- Oui, dit-il simplement d'un air sombre.
Hermione acquiesça, reconnaissante. Harry se pencha vers elle.
- D'accord, Hermione. Tu es grande. Tu choisis. Mais Rogue, quand même, merde !
Hermione lui envoya un coup de pied dans le tibia. Harry poussa un cri de douleur.
- D'accord, d'accord, dit-il en levant une main en signe de paix. Mais je te jure que si jamais il te fait le moindre mal, je le…
Hermione lui plaqua la main sur la bouche.
- Si ça peut te rassurer…, dit-elle. Maintenant, je veux que tu te taises en présence de Ron. Je lui annoncerai moi-même. Je veux ta parole, Harry.
Harry ne répondit pas tout de suite.
- Tu l'as, fit-il enfin. Ca ne me regarde pas, après tout. Et heureusement. Mais je ne veux pas avoir à ramasser les morceaux si…
Hermione le coupa d'un geste impatient de la main.
- Ensuite, poursuivit-elle, je veux que vous cessiez vos enfantillages et que vous coopériez. Si vous ne le faites pas pour moi, faites-le au moins pour battre Bellatrix.
Harry acquiesça. Hermione le remercia d'un regard et le détailla. Il était de nouveau pâle. Le dégoût et la colère se mélangeaient sur son visage. Ils restèrent plusieurs minutes silencieux, ruminant leurs pensées. Hermione se demandait si elle n'avait pas finalement eu tort de tout lui avouer.
C'est alors qu'Harry, qui semblait lutter intérieurement, se pencha vers Hermione et la serra dans ses bras, la prenant par surprise.
- Il a aimé ma mère, dit-il à l'oreille de son amie. Et maintenant c'est toi qu'il a choisi. Alors, je veux bien lui reconnaître qu'il a un don pour choisir les femmes de valeur.
Hermione éclata alors d'un rire mouillé de sanglots et lui rendit son étreinte.
Une heure plus tard, elle remontait l'allée qui menait au château. Elle avait passé du temps avec Harry au Trois-Balais, à discuter d'eux, comme ça ne leur était plus arrivé depuis un moment maintenant. Harry avait éludé tout ce qui concernait Severus dans leurs conversations.
Il était dégoûté et en colère. Triste, aussi.
Hermione savait qu'il avait une dette envers Severus, et qu'il reconnaissait qu'il lui devait quelque chose. La vie, même. Pourtant, cela s'arrêtait là. Harry détestait la personne de Rogue, et Hermione était convaincue qu'elle ne pourrait rien y changer.
Mais c'était ainsi. Et Hermione n'avait pas l'habitude de laisser les autres prendre des décisions à sa place.
Elle poussa la grande porte et pénétra dans le Hall, vide à cette heure-ci. Elle avança et stoppa net au milieu de la salle.
Deux choix s'offraient à elle.
Si elle allait tout droit, qu'elle gravissait les escaliers, elle parviendrait à ses appartements. Si elle allait à gauche, alors elle pourrait descendre vers les cachots.
En vérité, elle avait fait son choix avant même de se demander ce qu'elle devait faire.
Elle tourna à gauche et s'engagea dans les sombres escaliers des sous-sols du château.
Elle n'avait pas envie d'être seule. Elle avait besoin de lui parler. C'était comme si tout son être le réclamait.
Elle descendit la spirale d'escaliers qu'elle connaissait si bien pour l'avoir empruntée tant de fois, alors qu'elle était élève, mais aussi, surtout, depuis son retour ici, à Poudlard.
Pourtant, ce soir, plus que n'importe quand, elle avait l'impression de pénétrer dans l'antre de la Bête.
Hermione était rentrée frigorifiée de son escapade à Pré-au-Lard, et le froid qui régnait dans les cachots ne l'aidait pas à se réchauffer. Elle claqua bientôt des dents et se frotta énergiquement les bras.
Ses pas résonnaient dans les couloirs vides, son ombre s'étirait à la lumière des torches sur les pierres luisantes des murs.
Hermione atteignit bientôt le laboratoire de Rogue.
Sans vraiment savoir pourquoi, elle resta un instant debout, immobile devant le lourd battant de bois, à écouter son propre souffle saccadé par ses tremblements.
Elle leva une main et toqua. Aucune réponse. Elle réfléchit une fraction de seconde et tendit la main. Elle actionna le levier, et la porte s'ouvrit sans bruit.
Hermione entra dans le laboratoire. Severus était à deux mètres d'elle, une main appuyée sur la table de préparation des ingrédients, l'autre levée à hauteur de son visage mais cachée de la vue de la jeune femme.
Elle referma la porte derrière elle et s'approcha de Rogue. Celui-ci ne dit rien. Il ne bougeait même pas. Elle se plaça à ses côtés et pencha la tête pour observer le visage de son collègue.
Elle poussa une exclamation de surprise.
- Severus ! Qu'est-ce que…
Elle tendit la main, mais il fit un pas de côté et lui fit face, sans lui laisser le temps de le toucher. Il plaquait sur sa joue droite une poche de glace.
Hermione s'avança d'un pas rapide, sans donner une nouvelle chance à Severus d'échapper à ses mains. Elle posa délicatement ses doigts sur les mâchoires du Maître des Potions qui grogna de douleur.
- Doucement…, lâcha-t-il.
Il lui agrippa le poignet et le serra, et Hermione pensa un instant qu'il allait la forcer à retirer sa main. Il n'en fit rien, mais Hermione le sentit se tendre, et elle entendit son souffle s'accélérer. Il regardait le plafond. Elle-même déglutit. Ils n'avaient toujours pas l'habitude d'être en contact de cette manière.
Tout en essayant de dissimuler son trouble, à défaut de l'oublier, elle écarta délicatement la poche de glace pour révéler un gonflement sur la joue de Rogue. De toute évidence, il avait pris un coup.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? souffla-t-elle.
Rogue baissa les yeux vers elle et leva un sourcil. Elle écarquilla les yeux.
- Ce n'est quand même pas… ?
- Qui d'autre ? fit-il.
Hermione soupira, stupéfaite, et s'éloigna de Severus.
- Tu t'es battu avec Ron ? s'exclama-t-elle.
Rogue retira sa poche de glace et la posa sur le bureau.
- Je ne me suis pas battu, dit-il doucement. Il m'a frappé. C'est différent.
Hermione croisa les bras.
- Ah oui ? répliqua Hermione, peu convaincue. Et tu vas tenter de me faire croire que tu t'es laissé faire sans répondre ?
La bouche de Rogue fut agitée d'un tic du côté indemne de son visage.
- Disons que son nez mettra peut-être quelques jours à dégonfler, malgré tous les sorts qu'il pourra lui jeter… Mais ce n'était que de la légitime défense.
Hermione porta sa main à son front.
- Je n'y crois pas ! Harry m'a dit que Ron était parti quand vous aviez commencé à me chercher !
Rogue ricana.
- Il a simplement attendu que Potter ait le dos tourné. Ca a dû le démanger au moment où il s'apprêtait à partir…
Hermione secouait la tête, incrédule.
- Vous êtes complètement…
- Irresponsables ? la coupa Rogue. Et qu'en est-il de toi, alors ? Où étais-tu ?
La colère sourdait dans sa voix. Mais Hermione n'avait pas l'intention de se laisser intimider. Pour elle, elle n'avait pris qu'un risque minime. La preuve, Harry avait eu tôt fait de la retrouver.
Severus la regardait d'un regard pénétrant qui la mit mal à l'aise. Elle souffla sur une mèche de cheveux qui lui barrait le visage.
- Tu sais parfaitement que tu ne dois pas…, commença Rogue
- J'avais besoin de m'éloigner de vous un instant. Vous étiez tous tellement…
Elle haussa les épaules pour montrer qu'il n'y avait pas de mot assez fort.
- Je ne suis pas allée loin, de toute manière. Les Trois-Balais. Et je ne suis restée seule qu'une dizaine de minutes en tout.
Rogue parut prêt à répliquer, mais elle s'approcha de lui.
- Plus tard, les remontrances. Tu es autant en tort que moi, non ? Il faut te soigner, d'abord.
Elle sortit sa baguette, puis se pencha. Severus fit un pas en arrière.
- Je peux très bien le faire seul !
Hermione l'observa s'éloigner d'elle. Elle sentit sa gorge se nouer. Elle était venue… pour quoi, finalement ?
- Severus, tu sais très bien qu'un sort de guérison sera plus efficace si c'est moi qui le jette… Je pourrai viser plus précisément et agir plus efficacement. Il n'y a même pas de miroir, ici, ajouta-t-elle en englobant le laboratoire d'un geste de la main.
Elle l'entendit soupirer. Il savait qu'elle avait raison. Il la jaugea du regard, puis, avec une lenteur extrême, il s'approcha d'elle, visiblement peu rassuré.
Hermione sourit légèrement devant son expression.
- Allons… Je suis assez douée en sorts de guérison, dit-elle. N'aie pas peur comme ça…
Il lui lança un regard si profond que le sourire disparut des lèvres d'Hermione aussi vite qu'il s'y était dessiné.
- Ce n'est pas de cela que j'ai peur…
Il avait dit cela si bas qu'Hermione se demanda si elle avait mal compris. Perturbée, elle préféra ne pas relever.
Il s'approcha d'elle. Elle glissa une main légèrement tremblante sous le menton de Severus et leva sa baguette. Ils se regardèrent un instant dans les yeux, mais Hermione préféra se détourner du regard magnétique qui luisait en face d'elle. Si jamais elle avait le malheur de s'y plonger, elle avait peur de commettre un acte réprimandable…
Leurs souffles se mélangeaient, et Hermione avait l'impression que l'atmosphère autour d'eux avait changée.
Elle était si troublée qu'elle dût se répéter plusieurs fois la formule du sortilège mentalement, afin de se concentrer un minimum.
Elle lança finalement le sort, et la joue de Severus dégonfla progressivement jusqu'à retrouver son aspect normal.
Aussitôt, comme si le contact de la peau d'Hermione sur la sienne le brûlait, Severus s'éloigna d'elle. Encore.
Hermione rangea sa baguette et s'installa sur une chaise. Elle observa Rogue fouiller un moment dans un petit buffet. Il en ressortit une bouteille de Whisky Pur-Feu et un verre.
Il se redressa, regarda un moment Hermione. Assez longtemps pour que, mal à l'aise, elle se mette à tambouriner la table du bout des doigts.
Un air étrange gravé sur le visage, il se pencha de nouveau et attrapa un deuxième verre.
Il revint à la table et y déposa le tout.
- Que t'a dit Ron ? demanda alors Hermione en le regardant servir l'alcool.
Rogue, qui s'apprêtait à remplir le deuxième verre, arrêta son geste et observa Hermione. Il haussa un sourcil.
- Veux-tu une liste exhaustive des insultes proférées, ou un simple résumé des idées te suffira-t-il ?
Hermione eut un rictus.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire…, fit-elle.
Elle essayait de trouver le moyen de formuler sa pensée avec tact.
- Que t'a-t-il dit à propos… de nous ? tenta-t-elle.
Rogue reboucha la bouteille avec un soin extrême et posa un verre devant Hermione. Puis, il s'assit en face de sa collègue, posa ses coudes sur la table et joignit le bout de ses longs doigts.
- Eh bien… En omettant tout le florilège du vocabulaire qu'il a employé, il m'a clairement fait comprendre que tu étais sa propriété. Ou du moins, que tu n'étais pas la mienne…
- Je vois, grinça Hermione.
Elle préféra ne pas lui avouer que Harry savait, à présent.
Severus attrapa son verre et le vida d'un trait. Hermione jeta un regard étrange à l'alcool, puis le porta à ses lèvres et s'étrangla à moitié avec sa gorgée. Décidément, c'était bien trop fort pour elle.
Elle ouvrit la bouche. Il fallait discuter de Malefoy, de Bellatrix, de la Chambre des Secrets. Pourtant, elle ne dit rien. Elle n'avait pas envie de quitter le trouble dans lequel elle était plongée. Elle jetait vers Severus des regards discrets. Il semblait perdu dans ses pensées, et Hermione était prête à parier que ces pensées la concernaient. Et peut-être – elle se prit d'ailleurs à espérer cela, ces pensées n'étaient-elles pas liées à elle et Bellatrix…
Elle gigota sur sa chaise et son pied vint malencontreusement heurter le tibia du Maître des Potions.
Elle se figea.
Il se tendit.
Elle l'entendit reculer ses pieds sous la table.
Le cœur d'Hermione battait bien plus vite que nécessaire, lui semblait-il. Il lui fut alors indispensable à ce moment de briser ce silence oppressant qui les entourait.
- Il y a quelque chose qui te tracasse ? demanda-t-elle tout bas.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? grogna-t-il.
Le regard d'Hermione se porta sur le verre de Severus, qu'il faisait nerveusement tourner entre ses mains. Il suivit ses yeux, et arrêta immédiatement son manège, visiblement irrité.
Il se ferma.
Hermione se mordit nerveusement la lèvre. Bien sûr que quelque chose le tracassait. Il ne lui avait pas fait de réelles remontrances, ni n'avait évoqué Bellatrix, Drago ou Otacus pour échapper à la gêne qui le guettait lorsqu'il était seul avec Hermione.
La jeune femme se pencha en avant.
- Severus… Je… Je te demande juste de me parler… Un peu…
Il saisit soudainement la bouteille d'alcool et se resservit un verre, qu'il vida rapidement.
Il avait la tête légèrement baissée, et ses cheveux se balançaient doucement de part et d'autre de son visage. Il tourna les yeux vers Hermione.
- Weasley se doute de quelque chose…, asséna-t-il alors.
La jeune femme comprit très bien de quoi il voulait parler.
- Oui, mais…, tenta-t-elle.
- S'il s'est rendu compte de… ce qu'il se passe… c'est que c'est… évident…
Il grimaçait à ces mots. Hermione se redressa sur sa chaise. La lumière s'était soudain faite dans son esprit.
Il avait peur d'avoir définitivement brisé son masque.
Severus planta ses yeux onyx dans ceux d'Hermione, et elle en eut le souffle coupé. Elle y lisait de la détresse. Il avait honte et peur, soudain, que ses sentiments ne soient mis à nu, exposés à la vue de tous. Il se sentait fragilisé, et il avait la certitude, à présent, qu'Hermione avait fait tomber ses remparts.
La jeune femme se leva alors, aussi lentement et aussi silencieusement qu'elle le pouvait, comme si elle se tenait face à un animal sauvage qui menaçait de s'enfuir au moindre bruit.
Doucement, elle contourna la table. Rogue la suivait de son regard brûlant. Elle pouvait le sentir piquer sa peau.
Elle vint à ses côtés et posa une main sur celle de Severus. Il s'échappa et se détourna, puis posa ses coudes sur ses genoux et prit sa tête dans ses mains.
Hermione le regardait avec tristesse. Elle avait l'impression que ce n'était pas seulement le fait d'avoir révélé ses sentiments aux autres qui le perturbait.
Plus que tout, c'était d'en avoir lui-même réellement pris conscience.
Son passé, Lily, devaient encore une fois ressurgir dans sa mémoire.
Elle se plaça en face de lui et s'accroupit. Elle-même submergée par son trouble, elle en avait les larmes aux yeux. Severus ôta alors sa tête de ses mains et contempla la jeune femme.
- S'il te plaît…, murmura-t-elle. Une bonne fois pour toutes, fais tomber ton masque, Severus…
Les yeux noirs de Rogue semblaient se consumer dans ceux d'Hermione. Celle-ci se redressa et lui attrapa la main. Il se leva à son tour. Leurs regards s'emmêlaient et ne se quittaient plus. Le noir des iris de Rogue semblait se mouvoir comme du métal liquide, qui chauffait à blanc le cœur et le corps d'Hermione. Une larme s'échappa des yeux de la jeune femme.
- C'est toi que je veux voir… Toi…, chuchota-t-elle.
A ces mots, Hermione put voir le changement s'opérer sur le visage de Rogue. Ses yeux semblèrent s'enflammer plus encore, sa bouche s'entrouvrit légèrement. Elle put voir directement le masque effrité se briser.
Hermione sut alors qu'elle avait en face d'elle le visage et les émotions profondes de Severus Rogue.
Elle se hissa sur la pointe des pieds et approcha son visage de celui de Rogue. Un halètement s'échappa des lèvres du Maître des Potions.
- Arrête…, souffla-t-il d'une voix torturée.
Elle n'obéit pas et s'approcha jusqu'à ce que sa bouche effleure à peine celle de Severus.
Le souffle de Rogue, brûlant comme l'enfer, lui chatouilla la peau.
Et il se brisa.
Il fondit sur Hermione et l'embrassa comme jamais il ne l'avait fait. Elle sentit la fureur sur ses lèvres, le désir dans ses gestes.
Il la fit reculer alors que leurs bouches restaient unies dans la fournaise, et Hermione se retrouva bientôt acculée au bureau.
Les mains de Rogue semblaient être partout à la fois, sur ses hanches, dans son dos, emmêlées dans ses cheveux.
Le désir pulsant dans ses veines, elle commença à remonter sa robe, mais Severus perçut son geste et l'arrêta en attrapant son poignet d'une main ferme.
Il rompit le baiser mais s'effondra un peu plus sur elle, et Hermione se retrouva penchée en arrière au dessus de la table. Elle s'allongea à demi, plaça ses mains dans le dos de Severus et l'attira à lui.
Joue contre joue, ils haletaient. Hermione, les yeux rivés au plafond, le cœur au bord de l'explosion, attendait. La main de Severus lâcha son poignet, et remonta le long de la robe d'Hermione, jusqu'à sa mâchoire, dessinant sur le corps de la jeune femme un chemin enflammé.
Il lui agrippa le visage et le tourna légèrement du côté opposé à celui où sa joue était appuyée. Hermione sentit sa respiration saccadée tout contre son oreille. Elle déglutit.
- Pas ici…, souffla-t-il.
Hermione échappa à la main de Rogue et le regarda. Son cœur rata un battement lorsqu'elle rencontra le regard fiévreux du Maître des Potions.
Il se détacha d'elle, fit un pas en arrière et promena son regard sur Hermione. Il tendit alors une main.
- Viens…, murmura-t-il.
Elle attrapa la main qu'il lui offrait. Enfin.
Il la mena hors du laboratoire, marchant d'un pas rapide, et la guida vers ses appartements. Hermione ne parvenait plus à penser. Seuls subsistaient dans son esprit les paroles, la bouche, les gestes de Severus.
Il ouvrit la porte et ils s'engouffrèrent dans le salon plongé dans le noir. Il n'alluma pas les torches, referma la porte, décala Hermione contre le mur.
Elle ne le voyait pas. Mais tous ses autres sens lui assuraient qu'il était bien là, tout contre elle.
Elle respirait son odeur mentholée et musquée à la fois, qui s'imprimait sur sa peau et l'enivrait.
Elle sentait ses mains brûlantes sur elle, son souffle dans ses cheveux, sa bouche féroce sur la sienne.
Elle entendait ses soupirs à peine retenus.
Il la plaquait contre le mur, sans lui laisser l'espoir de s'enfuir. Mais le quitter était la dernière chose qu'Hermione souhaitait ce soir. Ce soir, et tous les autres soirs.
Elle voulait rester prisonnière de ses bras puissants, s'y perdre et ne plus jamais en revenir.
La bouche du Maître des Potions s'était égarée quelque part dans le cou de la jeune femme. Il plaça ses mains sur les jambes d'Hermione, et, lentement, fit remonter sa robe.
Et elle sut que ce soir, ils s'abîmeraient enfin dans cet enfer qu'elle convoitait depuis si longtemps.
Il était temps, n'est-ce pas ? ;)
