Et voici donc la suite ! Merci de vos lectures et de vos reviews !


Réponse à jade : Merci beaucoup, je suis contente que tu aimes la façon dont j'ai traité le personnage de Rogue ! Merci à toi pour ta review !

Réponse à Emilie : Merci beaucoup, également toujours un plaisir de lire tes reviews !


Hermione ouvrit doucement les paupières. Elle prit une profonde inspiration, se frotta les yeux, puis laissa retomber ses bras le long de son corps. Sa main heurta quelque chose de dur. Elle sursauta.

Une autre main près de la sienne.

Severus.

Hermione tourna brusquement la tête sur le côté.

Il était toujours là. Endormi à ses côtés, la tête légèrement tournée, les cheveux plaqués sur sa joue. Le drap blanc couvrait le bas de son corps comme il couvrait le corps entier de la jeune femme.

Hermione promena ses yeux sur le torse pâle du Maître des Potions, qui s'abaissait et se soulevait lentement, au rythme de sa respiration apaisée.

La jeune femme se redressa et ramena ses cheveux emmêlés en arrière.

Elle repensa à la nuit passée, et ces simples souvenirs suffirent à embraser ses joues et son corps.

Elle se leva précautionneusement, essayant à tout prix de ne pas le réveiller. D'une part parce qu'elle aimait le voir ainsi, calme et le visage détendu. D'autre part, parce qu'elle avait peur de ce qu'ils allaient se dire lorsqu'ils allaient se retrouver face à face, parfaitement réveillés.

Hermione soupira et passa nerveusement une main sur ses cheveux, les ramenant cette fois sur ses épaules.

Son cœur tambourinait. Il planait dans cette chambre une drôle d'atmosphère. L'atmosphère de la nuit. Elle eut brusquement envie de pleurer. C'était nerveux. Parce qu'elle avait peur qu'il ne lui échappe encore une fois, alors qu'elle ne voulait que se lover dans ses bras, le sentir tout contre elle. Elle se sentait complètement chamboulée, perturbée, et ne savait plus que penser, ni que faire.

Doucement, elle avança sa main et écarta les cheveux qui barraient le visage de Severus. Son pouce effleura la bouche de Rogue. Il s'agita, et Hermione retira brusquement ses doigts, figée.
Severus se tourna dans son sommeil, dos à elle, et les draps glissèrent, révélant ses reins et ses hanches.
Hermione y accrocha ses yeux et frissonna.

Elle devait partir. Maintenant. Ou cela risquait d'être dramatique. Elle ne se sentait pas mieux après cette nuit passée avec lui. Au lieu d'apaiser son cœur et son sang, Severus n'avait fait que les plonger un peu plus dans l'épreuve.

Elle détacha son regard de Rogue et se leva. Elle commença à rassembler ses habits, éparpillés un peu partout dans la chambre et le salon. Alors qu'elle les ramassait, tout lui revenait précisément en mémoire, et son cœur tressautait entre ses côtes.

Ils étaient encore dans le noir, et jamais les sens d'Hermione n'avaient été aussi exacerbés. Le visage de Severus était enfoui dans son cou, et son souffle lui brûlait la peau.

Hermione regarda vers le plafond qu'elle ne pouvait apercevoir dans les ténèbres opaques.

Tous deux étaient parfaitement immobiles. Elle contre le mur, lui affaissé sur elle, les mains de Severus sur ses jambes.

Hermione essayait de comprendre ce qu'il comptait faire. Est-ce qu'il allait finalement se redresser, lui dire de sortir et de ne plus jamais s'approcher de lui ?
La jeune femme était persuadée qu'il tentait de se maîtriser. Sa respiration était lente, rythmée, profonde.

Elle ferma les yeux et commença à compter les souffles contre son cou.

Un…
Deux…
Trois…

Les mains de Rogue quittèrent ses jambes et la robe de la jeune femme retomba sur ses chevilles.

Quatre…
Cinq…

Il embrassa son cou une fois et y enfouit de nouveau son visage.

Six…

Ses mains se posèrent sur les épaules d'Hermione et glissèrent vers sa nuque.

Sept…
Huit…

Ses doigts attrapèrent la fermeture de la robe et la firent glisser lentement. Le bruit déchira le silence.

Neuf…

Du bout des doigts, il attrapa les deux pans de la robe et les fit glisser sur les épaules d'Hermione.

Dix…
Onze…
Douze…

Les yeux d'Hermione étaient toujours fermés. Elle sentait son cou s'humidifier là où le souffle de Rogue se posait continuellement depuis plusieurs minutes.

Il embrassa son épaule droite. Puis sa bouche retrouva le cou, puis la mâchoire, puis la bouche de la jeune femme.

L'odeur de Rogue lui chatouilla les narines. Elle passa les mains dans les cheveux noirs.
Puis Rogue lui fit retirer ses bras alors qu'il l'embrassait toujours.
La robe glissa.

Hermione passa le dos de sa main sur son front et ramassa sa robe. Elle tremblait à présent.

Elle devait partir. Vraiment.

Elle s'apprêtait à s'habiller. C'est alors qu'on toqua à la porte. Hermione sursauta et lâcha ses vêtements qui tombèrent sur ses pieds.

- Professeur Rogue ? couina une voix derrière le lourd battant. Nous sommes des elfes des cuisines. Nous apportons des plats au Professeur Rogue qui a manqué le petit déjeuner.

Hermione avait les yeux écarquillés. Si jamais ils entraient et…

Elle perçut alors une agitation du côté de la chambre. Le cœur douloureux, elle fit marche arrière et s'engouffra dans la salle de bains. Elle ferma doucement la porte et y colla son oreille. Elle entendit Rogue passer à côté et se diriger vers la porte d'entrée, qu'il ouvrit.

- Oui ? fit-il.

Hermione se mordit la lèvre inférieure. Le simple son de sa voix réveillait en elle des sensations.

Elle ne perçut pas très bien ce que disait l'elfe, mais il y eut des bruits de roulettes – un chariot, sûrement. Rogue repassa devant la salle de bains, puis les bruits de turent.

Hermione hésitait. Elle ne voulait pas sortir. C'était stupide, mais elle redoutait leur face à face. Pourtant, elle ne pourrait plus l'éviter, surtout après tout ce qu'elle avait demandé de lui.

Mais il savait qu'elle était toujours dans les appartements. Il n'avait pas pu manquer le tas de vêtements qu'elle avait laissé à côté de la porte. Elle se détacha de la porte et se tourna vers le miroir. Elle s'observa un instant, nota que ses cheveux étaient monstrueusement emmêlés.

Elle attrapa un paquet de cheveux et y enfouit son nez. Elle sourit.

Ils sentaient Rogue. Elle se souvenait. Ses doigts s'y étaient promenés tellement de fois…

Elle se vit rougir dans le miroir.

Elle poussa un nouveau soupir et serra ses bras autour d'elle. Puis elle fit quelques pas, s'approcha du lavabo, et aspergea son visage d'eau froide. Elle se redressa, et observa le reflet de la porte dans le miroir. Elle ne voulait pas sortir. Pas tout de suite.

Elle se retourna, entra dans la douche et en tira le rideau.

Hermione activa l'eau, et tourna le robinet jusqu'à ce qu'un jet puissant et brûlant rougisse sa peau et emplissent la pièce de volutes de vapeur. La chaleur lui fit rapidement tourner la tête. Elle attendit encore un instant puis baissa la température de l'eau. Elle en diminua aussi la force puis, les yeux fermés, leva la tête. L'eau rafraîchissait son visage et elle se sentit rapidement apaisée.

Jusqu'à ce qu'elle entende la porte de la salle de bains s'ouvrir.

Elle essuya son visage avec la paume de sa main et pencha légèrement la tête. Par l'interstice laissé par le rideau de douche, devant elle, elle pouvait voir le fond de la salle de bains.

Elle croisa le regard de Severus dans le miroir.

Le cœur d'Hermione rata un battement. Elle oublia soudain toutes ses appréhensions.

Lentement, elle lui sourit, et les flammes incendièrent les yeux de Rogue.

Un quart d'heure plus tard, ils étaient de nouveaux allongés dans le lit aux draps trempés par l'eau de la douche.

Elle les mains sur le ventre, lui les yeux recouverts de ses avant-bras. Le silence les enveloppait. Il prit soudain une profonde inspiration qui fit tressaillir Hermione, puis frotta lentement son visage de ses longues mains, comme pour se réveiller d'un long sommeil. Hermione tourna la tête et l'observa.

Les cheveux noirs et trempés de Rogue s'aggloméraient en mèches sur son oreiller. Il contempla le plafond, ne la regarda même pas.

- Tu devrais partir, dit-il alors. Ils ont apparemment tous remarqué que nous avions sauté le petit-déjeuner.

Sa voix avait retrouvé son habituel timbre froid.

Hermione haussa un sourcil.

- Si tu parles de Dumbledore et McGonagall, je ne pense pas que ce soit la seule chose qu'ils aient remarqué à notre propos, rétorqua-t-elle.
- Raison de plus.

La jeune femme soupira. Fuyait-il de nouveau ?

Elle se redressa, furibonde.

- Tu t'échappes encore, asséna-t-elle. Et tu me fais sortir, comme ça. Sans transition.

Elle se tourna vers lui.

- Quand assumeras-tu ? demanda-t-elle.
- J'assume parfaitement, Hermione. Ne confonds pas tout.

Sa voix était catégorique.

Irritée, le coeur au bord des lèvres, elle se leva et sortit de la chambre, puis ramassa ses vêtements à l'autre bout du salon et s'habilla.

Debout devant la porte d'entrée, elle leva les bras et ramassa ses cheveux mouillés en un chignon rapide. Elle se retourna une dernière fois.

Rogue se tenait debout dans l'encadrement de la porte de sa chambre, une épaule nonchalamment appuyée contre le chambranle. Il avait noué une serviette de bains en pagne autour de sa taille.

Il l'observait intensément, mais Hermione ne parvenait plus à deviner dans son regard les braises qui l'avaient animé la nuit précédente, et encore quelques minutes auparavant.

Il était redevenu le Maître des Potions, l'homme masqué.

Elle sentit son cœur se serrer.

Et maintenant ? eut-elle envie de demander.

Les mots restèrent bloqués au fond de sa gorge. Elle avait trop peur de la réponse.

Hermione aurait dû sortir, mais elle restait là, à attendre elle ne savait quoi de la part de Rogue. Quelque chose qui, de toute évidence, ne venait pas.

- Qu'est-ce que je confonds ? demanda-t-elle alors d'une petite voix.

Il leva alors son bras droit et ramena ses cheveux en arrière. Aussi étrange que cela puisse paraître pour Severus Rogue, il avait soudain l'air mal à l'aise.

Dès que sa main eût quitté ses cheveux, des mèches noires retombèrent sur son visage impassible.

Il se redressa et s'approcha d'Hermione. Celle-ci laissa ses yeux se promener sur son torse pâle, avant de se forcer à regarder ailleurs en se mordant l'intérieur des joues.

Il vint se placer en face d'elle. Elle leva les yeux et plongea dans son regard d'acier.

Elle en était certaine à présent. L'homme qu'elle avait côtoyé cette nuit s'était dissipé quelque part dans l'air, et il ne restait de lui à cet instant que l'empreinte de ses yeux brûlants dans sa mémoire, la trace de ses gestes fébriles sur sa peau. Rien de plus qu'un souvenir.

L'homme qui se tenait en face d'elle était aussi froid que le marbre dans lequel semblait avoir été taillé son visage.

Ce n'était plus une bataille qu'elle perdait contre lui, semblait-il. C'était la guerre.
Elle garda cependant la tête haute.

- J'ai besoin de temps, dit-il simplement.

Lentement, il leva ses mains et encadra le visage d'Hermione. Puis, il vint déposer un court baiser sur son front. Avant de lui ouvrir la porte.
Le vide dans le cœur d'Hermione aurait été parfaitement identique si elle avait entendu de sa voix la plus froide le mot « Adieu ».

Etait-ce là ce qu'il essayait de lui faire comprendre ?
Pensait-il avoir fait une erreur ? Avaient-ils fait un trop grand pas d'un coup ? Voulait-il reculer ?
Oublier ?

Soudain prise d'une colère sourde, les yeux d'Hermione s'étrécirent. Elle secoua légèrement la tête de droite à gauche. Impassible, il leva un sourcil.

Hermione laissa échapper un rire nerveux, incrédule.

- A avoir trop besoin de temps, Severus, siffla-t-elle, tu vas finir par le perdre.

Excédée au point qu'elle ne trouvait plus rien à dire, Hermione fit volte-face et s'engouffra dans le sombre couloir des cachots. La porte claqua dans son dos, et l'écho se propagea le long de la pierre.

Elle avançait comme à l'aveuglette vers la sortie, les yeux brouillés de larmes d'impuissance, et de même faisaient les pensées à propos de Rogue dans son esprit.
Elles cheminaient pour comprendre pourquoi Severus avait agi ainsi, et se heurtaient inlassablement à d'invincibles portes.

Hermione n'arrivait finalement jamais à côtoyer Rogue. D'ailleurs, Severus Rogue existait-il vraiment en tant qu'entité humaine unique ? Il semblait fait de multiples facettes qu'il affichait comme bon lui semblait, de multiples reflets dans de multiples miroirs. Et Hermione commençait à s'y perdre à en avoir le vertige.

Comme si elle avait plongé dans un kaléidoscope de Rogue.

Les visions qu'elle avait de lui se mélangeaient, et elle avait du mal à les réunir pour n'en faire qu'une.
Et elle était à peu près sûre qu'il était aussi perdu qu'elle.

Là où elle trouvait cela inquiétant, c'était qu'elle arrivait à donner un nom à toutes ces facettes de Rogue, comme s'il était plusieurs, et que ces visions et souvenirs qu'elle avait de lui étaient chacun indépendant de tous les autres.

Le Professeur Rogue, Maître des Potions.

Rogue, le collègue.

L'homme sombre et secret.

Severus, l'homme brisé par son passé.

Rogue, moqueur, mesquin, intraitable.

Rogue, le héros, malgré tout

Rogue, l'ennemi à abattre, dans le passé pour certains, toujours pour d'autres.

Rogue, l'homme au masque.
Severus, l'homme sans masque.

Severus… l'amant.

Il allait la briser, la rendre folle. Elle ne savait plus par où l'atteindre, par où l'approcher, car en frappant l'une de ces facettes, elle en fortifiait une autre, et tout semblait à recommencer.
Lorsqu'elle abattait un mur, il en reconstruisait un, plus loin, plus fort, auquel elle se heurterait plus tard, sans y avoir pensé.
Lorsqu'elle défaisait un nœud en tirant sur un fil, tout s'emmêlait quelque part d'autre, et il fallait s'acharner encore jusqu'à s'en faire saigner les doigts.

Hermione trouvait souvent les solutions aux problèmes. Mais pas à celui-ci. Tout simplement parce qu'il semblait insoluble. Irrationnel, presque.
Voilà, c'était cela.
Rogue était si particulier, si complexe qu'il en devenait irrationnel.

Des éclats de voix lui parvinrent bientôt et arrachèrent Hermione à sa torpeur. Elle approchait du grand Hall.
Elle émergea soudain des cachots et la lumière lui blessa la rétine.

Les voix provenaient de quelques élèves de Première année qui riaient bruyamment à côté des sabliers géants. Mais, en ce dimanche de décembre, il n'y avait pratiquement personne dans le Hall. La majorité des élèves avaient dû profiter de l'arrivée de Noël pour faire une sortie à Pré-au-Lard.

Une vague de nostalgie malmena le cœur d'Hermione. Harry et Ron lui manquaient. Sa vie à Poudlard en tant qu'élève lui manquait.

La gorge serrée, elle monta les escaliers et se rendit à ses appartements.

Une fois qu'elle y fût entrée, elle s'empressa de se changer. Elle ne voulait pas remettre cette robe tout de suite.
Regrettait-elle ce qu'il s'était passé avec Rogue ?

Non. Certainement pas.

Oui. Peut-être un peu. Car tout cela semblait l'avoir plongée dans une situation encore plus impossible à gérer.

- Merde, fit-elle à voix haute.

Elle en avait assez. Mais elle n'abandonnerait pas.
Il ne pouvait pas l'accepter ainsi, lui ouvrir grand sa porte (et ses bras) pour ensuite redevenir distant, l'éloigner de lui. Il avait du mal à être proche de quelqu'un, elle le savait. D'une femme, qui plus est. Mais ce qu'il semblait oublier, c'est qu'elle en souffrait aussi, et ça, il semblait passer outre.

Oh, elle pouvait entendre sa voix d'ici.

Je suis comme ça, Hermione. Je ne t'ai rien demandé. C'est toi qui es venue. Je t'avais prévenue. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi. Qu'à toi.

A son tour de pousser Severus dans ses derniers retranchements.
Impassibilité et froideur seraient ses devises à elle, à présent. Elle y était déterminée. Elle espérait juste qu'elle le resterait.
Elle était persuadée qu'il l'aimait. Maintenant, elle allait le forcer à le montrer. Il voulait attendre, toujours attendre, car il avait peur. Et Hermione avait toute sa vie devant elle. Et elle ne la passerait certainement pas à attendre.

Elle avait donc deux options. Le faire réagir. Ou le laisser.
En Gryffondor, elle était pour la première. Elle priait juste de toutes ses forces pour que lui ne la force pas à se pencher sur la deuxième.

A son tour, elle allait lui montrer ce qu'était l'attente, le revirement d'émotions. Elle allait le forcer à se mettre à nu, et à accepter ce qu'il ressentait pour elle.

Ou elle ne s'appellerait plus Hermione Granger.

Elle réfléchissait à sa vengeance quand on toqua à la porte. Des elfes de maison qui lui apportaient à elle aussi son petit-déjeuner manqué ?

Hermione alla ouvrir. McGonagall se trouvait devant elle.

- Oh, Miss Granger ! Vous êtes revenue ! Je m'inquiétais de ne pas vous voir au petit-déjeuner, alors je suis venue toquer tout à l'heure, mais il n'y avait manifestement personne…

Le cœur d'Hermione battit plus vite. Il ne fallait surtout pas que McGonagall découvre que… Enfin, elle se doutait sûrement de quelque chose. Dans ce cas, il ne fallait pas qu'elle en ait la certitude.

- Hein ? Euh… Vous n'avez pas dû… euh… toquer assez fort. Je dormais.

Hermione vit le soupçon passer dans les yeux de la Directrice.

- Vraiment ? fit-elle en redressant ses lunettes sur son nez.
- Oui, je me suis couchée tard hier soir…, renchérit Hermione en élaborant un mensonge à toute allure. Des copies à corriger. Beaucoup de copies.
- Effectivement, vous semblez fatiguée…
- Oui, j'ai… vraiment beaucoup travaillé.
- Oh, je vois… J'espère quand même que vous ne faîtes pas cela tous les soirs.

Hermione crût respirer, se pensant totalement crédible, mais elle aperçut le léger sourire qui flottait sur les lèvres de McGonagall. Un sourire qui ne resta qu'une fraction de seconde mais qu'elle capta quand même. Hermione eut envie de disparaître sur le champ.

- D'ailleurs, fit McGonagall, vous n'étiez pas avec Severus ? Il a manqué le petit-déjeuner lui aussi.

Finalement, Hermione n'avait pas seulement envie de disparaître. Elle avait envie de mourir. Là, tout de suite.

Elle sentait très bien le rouge se répandre sur ses joues.

- Non. Je n'étais pas avec lui. Pas du tout. Vraiment pas.

Hermione eut un sourire forcé et absolument pas naturel.

- Mais, peut-être veniez-vous me voir pour autre chose ? demanda Hermione, priant pour que le sujet de la conversation change immédiatement.

McGonagall sourit.

- Oui, je venais vous chercher pour interroger Drago Malefoy.

Un autre poids apparut sur l'estomac d'Hermione. Elle l'avait presque oublié…

- Oh, bien sûr. Il est… d'aplomb ?

La Directrice haussa une épaule.

- Eh bien, je ne pense pas que ce soit le mot juste, mais disons qu'il va mieux qu'hier. Mais allez-donc à l'infirmerie, Miss Granger, Poppy vous y attend. Je vais prévenir Severus.

Hermione tressaillit en entendant ces mots. Elle n'avait pas envie de le voir. Tout simplement parce qu'elle ne savait pas si elle aurait le cran de lui résister.

Tout d'abord parce qu'elle n'avait pas sa force mentale. Ensuite, parce qu'il allait vite comprendre son manège, et qu'il allait sûrement trouver encore plus rapidement un moyen de la faire craquer…

Tant pis… Elle allait essayer tout de même.

Hermione ferma ses appartements et prit la direction de l'infirmerie, tandis que McGonagall se dirigeait vers les cachots.

Deux minutes plus tard, Hermione saluait l'infirmière. Poppy fronça les sourcils.

- Vous avez une petite mine, Miss Granger… Quelque chose vous tracasse ?

Hermione fulminait. Pourquoi se préoccupaient-ils tous à ce point de sa santé ? Elle n'allait pas se briser comme ça, tout de même !

- Tout va très bien, merci, fit Hermione entre ses dents.

Elle aperçut ensuite Malefoy et s'approcha du lit. Quel ton devait-elle adopter avec lui ? Il avait perdu son frère, et cela faisait de la peine à Hermione. Mais elle était persuadée que Drago se montrerait de ce fait encore plus sur la défensive, qui plus est avec elle.

- Qu'est-ce que tu fous là, toi ? l'accueillit Malefoy en plissant les yeux.

Hermione tira une chaise et s'assit à côté du lit, un sourire glacé sur les lèvres.

- Je ne m'attendais tout de même pas à ce que tu me salues, mais quand même…
- Dégage, j'ai rien à te dire.

Hermione croisa les bras.

- Ca tombe bien, c'est moi qui commence à parler.

Elle se pencha en avant et le visage de Drago se déforma en une expression méprisante.

- Severus t'a expliqué hier que j'étais aussi mal placée que toi, et qu'on cherchait un moyen de combattre ta tante. Alors à moins que la haine que tu éprouves envers moi ne te pousse au sacrifice, je te conseillerais de…
- Tu n'as aucun conseil à me donner. Et tu ne sauras rien.
- C'est ce qu'on verra, répondit Hermione. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, tu n'es pas en position de force ici.

La jeune femme vit la mâchoire de Drago se crisper.

- Peut-être, fit-il, mais j'ai accepté de ne parler qu'à Rogue.
- Certes, mais aujourd'hui, ça ne va pas se passer comme ça. Ma vie est en jeu et je tiens à entendre ce que tu as à dire.

Un mauvais sourire étira les lèvres fines de Drago.

- Et après, c'est moi qui ne suis pas en position de force…, susurra-t-il. Alors que tu viens de sous-entendre que ta vie dépend peut-être de ce que je vais dire…

Hermione fronça les sourcils.

- Et la tienne, Malefoy, dépend de ce que je vais pouvoir faire avec ce que l'on va tirer de tes déclarations. On a peut-être trouvé un moyen de combattre Bellatrix – tu sais, ce Livre que tu as toi-même essayé de voler, tu te souviens ? Mais on a besoin de ce que tu vas dire. Peut-être que ça ne servira à rien, et que ce que tu sais des agissements de ta tante ne nous aidera en rien… Ou alors ce sera complètement l'inverse. Et dans ce cas, tu choisis. Tu peux ne rien dire et te réjouir d'attenter potentiellement à ma vie. Mais tu risques toi aussi de mourir. Ou alors tu parles, et tu te sauves peut-être aussi.

Hermione sourit légèrement en voyant la colère tirer les traits de Malefoy.

- D'où mon interrogation précédente : serais-tu prêt à sacrifier ta propre vie pour que je meure ?

Elle vit les poings de Malefoy se serrer. Hermione en était sûre, s'il avait eu toute sa force physique, il aurait certainement tenté de l'étrangler.

- Certainement pas…, cracha-t-il. Ta vie n'a aucune espèce de valeur, Sang-de-Bourbe. Moi je mérite d'être sauvé. Toi, tu ne mériterais même pas de…

L'ouverture de la porte de l'infirmerie le coupa dans son élan. Les deux sorciers se tournèrent et leurs yeux suivirent Rogue et McGonagall tandis qu'ils s'approchaient d'eux.

Hermione sentit que Rogue essayait de croiser son regard. Elle ne l'observa qu'une courte seconde d'un air impassible, et se concentra d'avantage sur McGonagall.

Puis, la jeune femme reporta son attention sur Malefoy, tout en s'adressant aux autres :

- Malefoy a accepté de parler en ma présence, annonça-t-elle.

Ce dernier la fusilla du regard.

- Formidable, fit Rogue d'une voix plate.

Il contourna le lit et vint se placer à gauche de Malefoy, de façon à se retrouver en face de sa collègue. Elle l'observa un instant, maîtrisant son regard de façon à ce qu'elle ait l'air totalement désintéressé de quoi que ce soit.

A voir la crispation naître sur le visage de Rogue, elle sût qu'elle avait réussi.

Elle observa ensuite Malefoy, mais, du coin de l'œil, elle sentait Severus la jauger. Cela fit remonter à la surface de sa mémoire des souvenirs nocturnes, et elle se dépêcha de les faire battre en retraite.

- En arrière, Hermione, dit Severus. Si Bellatrix…
- Je suis parfaitement capable de me défendre, merci, rétorqua-t-elle en le regardant à peine.

La tension entre eux était palpable. Tellement palpable qu'ils n'étaient pas seuls à la sentir, à en juger par les regards que McGonagall promenaient entre l'un et l'autre.

Hermione serra les dents. Peut-être que ce n'était pas une bonne idée. Elle allait l'énerver plus qu'autre chose en l'ignorant ainsi. Après tous les efforts qu'elle avait fait pour qu'ils se rapprochent, elle ne pourrait pas supporter de le perdre. Mais elle ne pouvait pas montrer qu'elle était soumise aux sentiments qu'elle éprouvait pour lui.

Et plus que tout, elle voulait poser un ultimatum. Il avait eu l'occasion de s'engager vraiment. Il laissait encore filer. Elle allait lui faire expérimenter ce qu'elle ressentait.

- Bien sûr, répondit Rogue entre ses dents. Voilà donc le retour de votre insolence, Miss Granger.

Hermione se figea.

Le vouvoiement.

Miss Granger.

Les traces verbales de leur rapprochement, effacées, soufflées comme des feuilles mortes.

Elle tourna brusquement la tête.
Il était impassible.
Masqué.

Il n'aurait pas pu lui faire plus mal.


Je sais. C'est méchant. Vous pensez qu'on va s'en sortir ? XD