Désolée pour le retard, je ne touche pas terre en ce moment, donc j'ai séparé mes publications en deux... Je passe en coup de vent poster et répondre aux reviews de cette fic, donc si certains ici lisent les Jardins de Mithridate et se demandent pourquoi j'ai posté sans répondre à leur reviews, ne vous en faites pas, je m'en occupe en fin de semaine ! En tout cas, comme d'habitude, merci pour vos lectures et vos reviews qui me font toujours très chaud au coeur ! J'espère que ce chapitre vous plaira !
Réponse à Guest : Désolée de t'avoir fait attendre, mais merci de montrer une telle impatience, ça me touche !
Réponse à jade : Il est insupportable, effectivement. XD Il est juste complètement paumé (mais ça n'excuse pas son comportement). M'enfin, j'espère que tu le pardonneras un peu à la suite de ce chapitre. Merci de ta review ! :D
Réponse à Emiliehex : Haaan, c'est trop gentil de t'être inscrite pour cette fic, mais maintenant je culpabilise encore plus d'être en retard XD (Par contre, il semble que tu ne te sois pas connectée pour poster la review, donc je n'ai pas pu te répondre en message privé ;) ) Oui, Severus est impossible mais c'est le défi de la Snamione hahaha ! Je suis ravie que tu aimes, j'espère que ce nouveau chapitre te plaira ! Merci beaucoup pour ta review !
Les mâchoires de Drago se contractaient, ses doigts se crispaient spasmodiquement sur son drap. Rogue le regardait intensément, attendant qu'il soit prêt à parler.
Hermione, un peu en retrait, se rongeait les ongles. Elle laissait ses yeux se captiver pour un reflet du soleil dans les cheveux de Drago, essayant de réduire à néant la tentation de regarder l'homme en noir, et même de l'oublier lui tout entier pendant un instant, rien qu'un instant. Même si à la place elle devait penser à l'horreur du récit de Drago.
La voix de Severus la fit sursauter, et elle se mordit un doigt.
- Allez-y Drago, nous vous écoutons.
Après un dernier regard méprisant à l'encontre de son auditoire, Drago se lança dans son récit :
- Père nourrissait des soupçons à l'égard de ma tante depuis plusieurs semaines quand… quand c'est arrivé. Mais il ne voulait rien me dire, bien sûr. Je l'avais surpris en pleine dispute avec mère un jour, à propos de Bellatrix et d'une… menace, et j'avais cherché à en savoir plus. Je savais qu'elle avait réussi à s'évader d'Azkaban, et qu'elle pouvait potentiellement nous nuire, pour venger son Maître… J'en ai parlé à père. Mais il s'est fermé.
Drago laissa errer ses yeux au dehors un cours instant.
- Il a vieilli d'un coup. Il a pris des années en quelques jours. Il se faisait du soucis, il craignait… Je pensais qu'il craignait des représailles de Bellatrix, mais quand ? Comment ? Je ne savais rien, je ne pouvais être sûr de rien, et à chaque fois que j'essayais d'en apprendre un peu, il se mettait dans une fureur telle que j'étais obligé de battre en retraite.
Drago poussa un soupir résigné. Son visage était fermé et représentait un mélange complexe de colère, de tristesse et de dégoût mêlés.
- Je savais que mère savait des choses, plus que moi, mais pas autant que père. A elle non plus il ne voulait rien dire.
Drago renifla bruyamment, et ses yeux se mirent à briller.
- C'est la veille seulement que père s'est décidé à tout nous dire. Il nous a fait venir, mère et moi, dans son bureau. Il était horrible à voir. Fatigué, amaigri… C'était terrible…
Il renifla encore. Rogue lui tendit un mouchoir que Drago refusa dédaigneusement. Il essuya son nez dans la manche de sa chemise.
- Il nous a dit que Bellatrix… Qu'elle était devenue folle. Enfin, elle l'était déjà, mais là, c'était devenu bien pire. Il nous a appris qu'elle avait pris contact avec lui la nuit d'avant par la cheminée. Qu'elle avait dit qu'elle arrivait. Qu'elle arrivait pour Otacus. Qu'elle venait chercher Otacus. Qu'il ne fallait pas s'attendre à la mort, car elle préparait bien pire.
A présent, les larmes roulaient sur les joues de Drago et sa voix devenait plus aiguë à mesure qu'il progressait dans son récit.
- Et elle a tenu promesse. Elle est venue. Nous avons tenté de nous défendre, mais… Elle avait beau sortir d'Azkaban, elle était inexplicablement plus forte. Et la démence en elle… Elle m'a mise au tapis rapidement et ça a été le trou noir…
Drago passa ses mains sur son visage et étouffa un sanglot. Hermione, bien qu'elle ne le portât pas dans son cœur, sentit malgré tout sa gorge se nouer devant la détresse de Drago.
- Quand je me suis réveillé, j'étais enseveli sous des gravats. Je pense que c'est pour ça qu'elle ne m'a ni emmené ni tué. Elle n'a pas vu où j'étais. Mon père et mon frère avaient disparu. Quand je suis monté à l'étage, j'ai trouvé le corps de ma mère. Bellatrix l'avait étranglée.
Drago pâlissait de plus en plus, et Hermione crut qu'il allait tourner de l'œil.
- Drago, fit-elle doucement. Si tu ne te sens pas bien, tu peux…
Il lui lança un tel regard de mépris qu'elle s'arrêta net de parler.
- J'ai pas besoin de toi, Sang-de-Bourbe, estime-toi heureuse que j'ai accepté de supporter ta présence. J'ai pas besoin que tu m'aides. Et je ne veux pas de ta pitié !
Hermione s'attendit à ce qu'il ponctue sa phrase en lui crachant dessus, mais il ne le fit pas. Elle ne releva pas et se recula, tout en évitant soigneusement le regard inquisiteur de Rogue qu'elle sentait peser dangereusement sur elle.
Elle réfléchit à ce que venait de raconter Drago. Bien sûr, Rogue et elle connaissaient déjà tout ça. Rogue avait vécu la scène par les yeux d'Otacus en pénétrant son esprit. Mais la suite promettait d'être intéressante.
Drago reprit son récit, les yeux fixés sur ses pieds.
- Je ne savais pas quoi faire. Je voulais retrouver mon frère. Je devais le retrouver. Je sentais, à la manière dont l'avait dit mon père, qu'elle ne le tuerait pas. Elle avait besoin d'Otacus pour quelque chose, et je devais découvrir quoi.
« Alors j'ai cherché partout. J'ai demandé à des contacts que j'ai au Ministère de me fournir les informations qu'ils avaient sur Bellatrix depuis son évasion, sur les Mangemorts avec qui elle avait pu rétablir contact. Mais c'était trop peu et je n'ai rien pu en tirer.
« C'est alors qu'un soir, alors que j'errais dans Londres, je suis tombé par hasard sur cet abruti de Nott.
Hermione frissonna à l'évocation du nom du Mangemort qui lui avait lancé le sort de Possession.
- J'ai réussi à le coincer dans une ruelle, poursuivit Drago, bien indifférent au trouble d'Hermione. J'ai réussi à lui faire dire que Bellatrix retenait Otacus pour une expérience. Il m'a également appris que j'étais recherché par ma chère tante. Je lui ai lancé quelques sorts pour lui faire dire où elle se cachait, mais il a résisté. Et alors il a touché sa marque. J'ai compris que j'aurais des ennuis si je restais là. Alors je me suis enfui, mais il m'a lancé un sort, qui ne m'a pas fait grand effet au début. Je l'ai distancé, et me suis caché. C'est alors que j'ai ressenti une vive douleur dans le dos, et que je me suis évanoui.
Il marqua une courte pause, durant laquelle Hermione tenta de reprendre son souffle pour lutter contre les démons qui revenaient la hanter. Le souvenir de son combat avec Nott en plein Londres revenait danser devant ses yeux, bien trop net pour être supportable.
Drago s'essuya de nouveau le nez dans sa manche. Il fronça les sourcils en regardant dans le vide.
- Après ça, tout se mélange. Je me souviens avoir passé de mauvaises nuits, j'entendais Bellatrix rire dans ma tête, me parler, et je me réveillais en sursaut et le dos ensanglanté. J'ai fait d'autres rêves hallucinés, Bellatrix était hystérique… Il y avait des bruits sifflants… Du Fourchelangue, je crois… Et des grottes, et… Des serpents qui ondulaient partout…
Hermione fronça les sourcils à ces mots. L'évocation de ces serpents, de leur langue, de grottes… L'image de la Chambre des Secrets dansa un instant devant ses yeux.
- Je savais que j'avais une épée de Damoclès au-dessus de la tête, continuait Drago. Mais j'ignorais tout d'elle. Je ne savais pas quoi faire. Alors que je poursuivais mes recherches, j'ai rencontré par hasard un vieil ami de mon père. Je ne voulais rien dire. La discussion nous a par hasard amenés à parler d'Otacus, et j'ai appris que le fils de cet ami, qui était encore scolarisé à Poudlard, y fréquentait mon frère.
Drago reprit son souffle un instant puis continua.
- Je ne comprenais plus rien. Pourquoi Bellatrix aurait-elle enlevé mon frère si c'était pour le ramener à Poudlard ?
« J'ai songé venir ici récupérer Otacus, puis je me suis ravisé. Après tout, il était certainement mieux ici qu'avec moi, surtout avec ce truc inconnu qui me rongeait le dos.
« Et puis il y a eu cette terrible nuit…
La lèvre inférieure de Drago tremblait, et il ferma les yeux un instant, comme pour ravaler ses larmes.
- J'ai fait un cauchemar, mais tout me semblait réel. En fait, je pense que tout s'est vraiment passé. Je voyais par ses yeux à elle, j'entendais son rire me vriller le crâne. Et je voyais mon frère hurler de douleur, pleurer… Et d'un coup, son visage s'est durci. Et il a ri. Il a ri comme elle, avec sa voix à elle. Et il faisait les mêmes gestes qu'elle… C'était terrible… Terrible… Et puis il avait cette blessure au dos, du même genre que la mienne, mais ouverte, béante…
Drago pleurait vraiment, cette fois. Les larmes coulaient à flot sur ses joues cireuses et laissaient des petites traces rondes et translucides sur les draps, à l'endroit où elles tombaient.
- Alors j'ai compris qu'elle contrôlait son esprit ou une horreur dans le genre… Comme l'Imperium, mais en plus horrible, en plus malsain…
« J'ai craint de subir la même chose, mais ça n'a pas été le cas, jusqu'à ce que j'arrive ici.
Rogue tendit de nouveau un mouchoir à Drago, qui cette fois ne le refusa pas. Il se moucha bruyamment avant de poursuivre :
- Je ne savais plus quoi faire, plus comment agir. J'ai fait des recherches jusque dans l'allée des Embrumes pour essayer de comprendre quel était ce sort qu'Otacus et moi avions reçu, mais je ne trouvais rien, et j'ai commencé à attirer l'attention des Aurors. C'est alors que je suis tombé sur un article sur ce bouquin de Magie Noire. Je me suis dit que ça m'aiderait peut-être. Alors sans trop y croire, je suis parti pour Paris. D'autant plus que cela pouvait me permettre de me faire oublier un temps. Et vous m'êtes tombés dessus.
Il soupira et leva les yeux vers Rogue. Celui-ci tapotait lentement sa lèvre supérieure du bout de son index. Il y eut un moment de silence pesant, dans lequel flottaient les mots lourds de Drago Malefoy. Puis la voix grave de Rogue le brisa.
- Donc, dit-il lentement, vous ne savez rien de plus des projets de Bellatrix ?
Drago fronça les sourcils.
- C'est un reproche ? cracha-t-il.
- Du tout, répondit Rogue en arquant un sourcil. Simplement une malheureuse constatation.
Sa bouche se tordit en un rictus impatient.
Il fixait Drago avec insistance. Hermione fronça les sourcils. Severus n'était quand même pas en train de…
- Arrêtez ça ! cria Malefoy. Sortez de ma tête !
Rogue se recula.
- Effectivement, vous avez tout dit, claqua Rogue. Je vous remercie… chaudement, pour votre collaboration, monsieur Malefoy.
Il leva lentement sa baguette.
La peur s'insinua sournoisement dans les traits de Drago. McGonagall et Pomfresh avaient pris un air inquiet.
Hermione, elle, ne comprenait pas le comportement de Rogue. Il avait l'air… d'en vouloir à Drago. De lui en vouloir de ne pas en savoir plus sur Bellatrix.
- Qu'est-ce que vous foutez ? cria Drago en se reculant dans son lit pour s'éloigner de Rogue, tandis que celui-ci pointait sa baguette sur le jeune homme.
Instinctivement, Hermione saisit la sienne dans la poche de sa robe.
Un mauvais sourire en coin déforma la bouche de Rogue.
- On appelle ça le principe de précaution.
La fine baguette noire siffla dans les airs, et Drago s'affala dans le lit, endormi. Rogue l'avait ramené à ce sommeil profond qui bloquerait une potentielle possession.
- Severus ! couina McGonagall, outrée. Mais… Vous auriez pu laisser un semblant de répit à ce pauvre garçon après ce qu'il vient d'affronter ! Ça n'a certainement pas été facile pour lui de…
- Rien n'est facile pour personne, en ce moment, sachez-le, Minerva, siffla Rogue entre ses dents.
Hermione jura qu'il l'avait regardée un bref instant à ces mots et elle sentit ses joues s'enflammer. De colère, de honte, ou les deux. Elle ne savait pas.
- Il pourra plutôt me remercier, vous savez, poursuivit Severus. J'empêche Bellatrix de s'emparer de son corps et je lui évite un sempiternel et noir combat avec les démons qu'il vient de réveiller des tréfonds de son esprit. C'est plutôt prévenant de ma part, ne trouvez-vous pas ?
Le ton qu'il employait n'était certainement pas celui de quelqu'un de prévenant.
McGonagall était bouche-bée, et Hermione eut envie de rire jaune devant cette insolence.
Rogue n'attendit pas de réponse et se dirigea vers la porte de l'infirmerie dans un tourbillon de capes. Il ne répondit pas à Minerva qui appelait son nom, et, par-dessus tout, il n'accorda aucun regard à Hermione.
La porte claqua et le cœur d'Hermione tressauta.
A quoi jouons-nous, maintenant, chéri ? lui demanda-t-elle en pensées, en mettant toute l'ironie dont elle pouvait faire preuve dans ce dernier mot, priant Merlin pour que Rogue l'entende et que de dégoût, il se prenne les pieds dans sa cape et s'écroule dans les escaliers.
- Hermione ? fit McGonagall.
La jeune femme sursauta violemment en émergeant de ses pensées assassines et regarda McGonagall.
- Que faisons-nous, maintenant ?
Hermione ouvrit la bouche sans savoir quoi répondre. La Directrice venait de poser une bonne question. Excellente, même.
- Je… Eh bien… Pour ma part, je vais aller me rafraîchir. Je n'ai… pas les idées en place.
Et d'un pas rapide, elle quitta l'infirmerie.
Elle n'eût le temps d'entendre ni Pomfresh qui retournait s'affairer autour du lit de Drago, ni Minerva qui marmonnait qu'ils étaient tous les deux impossibles. Im-po-ssibles.
Hermione passa plusieurs fois ses mains pleines d'eau glacée sur son visage, espérant que cela lui permettrait de s'éclaircir les idées. Elle ferma le robinet et regarda son reflet dans le vieux miroir crasseux qui lui faisait face. Elle soupira en voyant l'état de ses cheveux. Elle regarda d'un air désabusé ses cernes qui avaient grandi et elle se rendit compte que des petites rides étaient apparues au coin de ses yeux. Elle tira sur sa peau pour les effacer.
Déprimée, elle se détourna de ce reflet qui lui paraissait étranger et s'adossa au baquet du lavabo des toilettes des filles où elle s'était réfugiée.
Elle traversait une épreuve et cela ne pouvait pas se faire sans laisser de traces. A vrai dire, elle en traversait même deux. Et elle en était arrivée à un point où elle se demandait qui de Rogue ou de Bellatrix s'avérait plus nocif pour elle.
Rogue. Severus.
Quoi, que se passait-il, maintenant ? Devait-elle tenir cette résolution qu'elle avait prise et qui consistait à l'ignorer jusqu'à ce qu'il se rapproche d'elle ? En pensant à cela, elle pinça les lèvres. Elle était presque sûre que dans sa fierté, le Maître des Potions tiendrait bon, même si cela devait tirer un trait sur tout ce qui pourrait arriver entre eux.
Mais est-ce que ce « tout » englobait vraiment quelque chose ?
Non. Il ne fallait pas douter. Si elle commençait à douter, c'était la fin. La fin de tout, justement.
Elle préféra se concentrer sur le récit de Drago. L'idée de la Chambre des Secrets s'imposait à son esprit. Ce n'était pas la première fois qu'un lien entre Bellatrix et la Chambre des Secrets lui apparaissait. Apparemment, cela se confirmait. Bellatrix cherchait quelque chose là-bas, ou du moins voulait y entrer. Mais pourquoi ?
Hermione sursauta en entendant l'une des chasses d'eau gronder. Son cœur battit la chamade. Elle avait pourtant vérifié en arrivant qu'aucun élève ne se trouvait là…
Quand elle entendit le rire aigu s'élever, elle fronça les sourcils.
Mimi Geignarde.
Le fantôme sortit de la cabine d'où elle venait d'émerger et hoqueta en apercevant Hermione.
- Tu fais encore du Polynectar dans les toilettes ? demanda-t-elle à Hermione avec un sourire mauvais. C'était marrant, la dernière fois. Miaou.
Elle éclata de rire. Hermione ne dit rien, s'efforçant de garder son calme, les doigts serrés autour du rebord du lavabo.
Mimi flotta jusqu'à Hermione.
- Tu n'es pas flanquée de tes deux petits copains ? Ils ne t'aiment plus ?
Hermione fit claquer sa langue contre ses dents en signe d'impatience puis se dirigea vers la sortie. Mais Mimi vint se planter devant elle et Hermione s'arrêta malgré elle.
- Attends, attends… susurra Mimi. C'est vrai ce qu'on dit ?
Son sourire s'élargit.
- Quoi ? cracha Hermione.
- Le professeur de Potions et toi ?
Elle fit un mouvement obscène de la langue. Hermione souffla fortement et traversa Mimi pour atteindre la porte. Elle claqua des dents en sentant le froid caractéristique l'envahir.
Le rire de Mimi résonnait encore à ses oreilles quand elle eut claqué la porte. Son cœur battait fort. La rumeur commençait à courir au sein du château. Il y avait tellement de fantômes… L'un d'eux les avait peut-être aperçus, Rogue et elle…
Elle espéra juste que la rumeur n'atteigne pas de suite les oreilles des élèves. Peine perdue…, pensa-t-elle en secouant la tête. Elle choisit de ne pas s'en inquiéter. Pour l'instant.
Ses pas la menèrent à l'entrée des escaliers des cachots. Elle s'arrêta alors et fixa les murs de pierre qui ondulaient sous la lumière des torches. Elle se mordit la lèvre. Avait-elle vraiment envie de l'affronter encore une fois ? Quelle attitude adopterait-il envers elle, maintenant ? Indifférence ? Colère ?
Le vouvoiement ?
Sa gorge se serra à cette idée.
Devait-elle encore l'ignorer ou arrêter ce jeu de fierté stupide ? D'un autre côté… Elle avait envie de le défier. Elle était une Gryffondor, après tout. Elle décida qu'elle improviserait sur le tas en fonction des réactions de Rogue. De toute façon, elle ne pouvait pas l'ignorer totalement. Il fallait continuer les recherches.
Elle descendit donc les escaliers, mais pas trop vite. Elle prenait des inspirations profondes pour garder son calme. Pourquoi fallait-il toujours que ces couloirs la plongent dans cet état ?
Elle atteignit la porte du laboratoire de Severus, où se trouvait le Livre. Elle posa la main sur la poignée, puis se ravisa et colla son oreille contre le battant de bois. Elle se sentit stupide. Comme si Rogue n'avait pas eu l'idée d'insonoriser la porte de son laboratoire…
Elle toqua. Une fois. Deux fois. Plus fort.
Aucune réponse. Elle pinça les lèvres en se demandant si Severus n'était pas à l'intérieur en train de l'ignorer royalement.
Elle prit son courage à deux mains et appuya sur la poignée. Qui ne bougea pas. Elle poussa un juron et tenta de pousser la porte. Elle se baissa un peu. De la lumière filtrait sous la porte. Il était là. Elle en était sûre.
- Oh toi… siffla-t-elle.
Elle sortit la baguette et lança tous les sorts qui lui passaient par la tête. La porte, narquoise et fidèle, ne bougea pas.
- Raaah ! Severus, cria-t-elle en frappant la porte. Ça suffit maintenant, ouvre-moi !
Toujours pas de réponse.
- Severus ! Espèce de…
- De ? souffla une voix derrière elle.
Un cri étouffé s'échappa de la gorge d'Hermione et elle se retourna.
Il était là. Les bras croisés sous sa cape noire. Là. Dans le couloir.
- Continue, je t'en prie, ça devenait fort intéressant, fit-il avec son sourire mauvais et ses yeux glacials.
Hermione trépigna.
- De… De…
Elle explosa.
- De malotru ! De grincheux impossible, insupportable, vicieux, borné…
Il plaqua une de ses grandes mains sur la bouche d'Hermione qui grommela et crachota en essayant de poursuivre, puis il fit un geste vers la porte, qui se déverrouilla.
- Bien sûr, susurra-t-il en poussant Hermione à l'intérieur du laboratoire.
Il ferma la porte et la relâcha.
- Mufle têtu, buté…
Elle reprit son souffle tout en cherchant d'autres adjectifs appropriés. Rogue la contemplait, un sourcil levé.
- Fini, fit Rogue.
- Non, je n'ai pas fini, tu es un…
- Ce n'était pas une question, petite effrontée prétentieuse et trop sûre d'elle, Je-Sais-Tout insupportable, insolente, gamine impertinente et désobéissante.
Hermione le contempla bouche-bée. Elle bouillonnait intérieurement. Elle leva un index en se rapprochant de lui, sur le point de dire quelque chose, mais son cerveau ne trouvait pas de mots assez piquants pour traduire sa pensée. Alors, dans un ultime et téméraire essai, elle se jeta sur lui et tenta de plaquer ses lèvres contre celles du Maître des Potions, pour lui montrer que oui, elle était audacieuse et qu'on ne l'arrêtait pas comme ça.
Mais, alors que le contact de leurs bouches était imminent, Severus attrapa Hermione par les épaules et la repoussa, l'envoyant s'écraser contre un fauteuil qui ne se trouvait pas là quelques secondes auparavant, elle aurait pu le jurer. Hermione prit appui sur les accoudoirs pour se relever mais des cordes vinrent enserrer ses poignets et elle fut incapable de bouger.
- Severus ! cria-t-elle en tirant sur les liens. A quoi tu joues ? Libère-moi immédiatement !
- Bien sûr. Si tu te calmes.
Hermione voyait rouge. Il la poussait dans ses retranchements et il s'en amusait, elle pouvait le lire sur son visage. Le seul moyen de le faire perdre était de se calmer et de devenir indifférente, elle le savait bien. Elle concentra toute sa volonté, refoula toutes les insultes qui lui chatouillaient la langue, inspira profondément et se cala dans le fauteuil les jambes croisées et les mains lâchées sur les accoudoirs. Comme si elle attendait que Rogue lui serve un thé. Une voix dans sa tête lui hurlait de faire payer à Rogue ce qu'il lui faisait subir. Malgré son cœur battant et ses nerfs à fleur de peau, Hermione lui susurra d'être patiente.
- Voilà, dit-elle en souriant. Je suis extrêmement calme.
A son plus grand plaisir, elle remarqua que Rogue avait l'air pincé. Elle l'interrogea du regard.
Il la libéra, de toute évidence à contrecœur. Hermione se frotta les poignets. Elle avait envie de lui hurler ses quatre vérités à la figure, de lui faire mal, de la rejeter, de l'insulter… Il la mettait hors d'elle, et en même temps, il lui était devenu indispensable. Mais il se jouait d'elle. Et elle en avait assez. Assez qu'il se dérobe.
Patience, pensa-t-elle. Indifférence.
- Donc. Je suis évidemment venue pour parler de Malefoy, dit-elle aussi posément qu'elle le put.
- Évidemment.
Hermione tiqua. Rogue fit le tour de la table sans la regarder et examina le contenu d'un chaudron fumant qui se trouvait là. Il y jeta une feuille séchée.
Puis ses yeux d'obsidienne trouvèrent ceux d'Hermione. Elle eut envie de détourner le regard tant les yeux noirs semblaient entrer en elle. Pourtant, il ne lui sondait pas l'esprit. Elle maudit Merlin qu'un homme exerçant un tel pouvoir sur elle existe. Pourquoi fallait-il qu'un simple regard la trouble à ce point ?
- La Chambre de Secrets, asséna-t-elle. Voilà ce que j'en tire.
Severus avait reporté son attention sur son chaudron.
- Il a parlé de rêve avec des serpents… De Fourchelangue et de grottes… Pour moi, c'est une évocation de la Chambre. Encore. Ce n'est pas la première fois qu'elle apparaît depuis le début de toute cette histoire.
Rogue continuait de s'affairer autour de son chaudron. Hermione eut l'impression qu'il n'écoutait pas. Les bouillons revinrent dans ses veines et elle se prépara à faire une remarque, mais Severus la coupa dans son élan.
- Conclusion ? fit-il en ajoutant un nombre précis de gouttes à la mixture du bout d'une pipette.
- Conclusion : je pense qu'il serait judicieux d'aller y faire un tour.
Severus redressa lentement la tête.
- Judicieux ? Dans ton état ?
Hermione leva les yeux au ciel.
- Je t'en prie, je ne suis pas à l'article de la mort.
- Tu pourrais le devenir. Que dis-je… Tu es inconditionnellement douée pour le devenir.
Il lâcha la louche et en deux pas, fut à côté d'elle. Par réflexe, Hermione se recula dans son siège.
- Ne t'est-il pas venu à l'idée que Bellatrix tentait de vous attirer, toi, ou Malefoy, ou les deux, dans un piège ? Qu'elle aurait précisément besoin que vous y alliez pour elle ?
Hermione se leva brusquement.
- Et alors quoi ? On va rester là, les bras croisés, à attendre qu'elle gagne ?
Rogue ne répondit pas. Il la regardait d'un air méprisant.
Hermione croisa les bras et lui tourna le dos.
- Je suis prête à prendre les risques pour le faire.
- Moi pas ! cracha Rogue.
A ces mots, il lui empoigna fortement l'épaule et obligea Hermione à lui faire face.
- Il est hors de question que tu descendes dans la Chambre des Secrets.
Severus détachait soigneusement chacun de ses mots, comme s'il voulait qu'ils se gravent à jamais dans l'esprit d'Hermione. Puis il la relâcha d'un geste dédaigneux en claquant sa langue contre ses dents et retourna à son chaudron.
Hermione se leva et le suivit.
- Et pourquoi pas ? C'est peut-être ça la clé, après tout ! lança-t-elle.
Rogue soupira. Il plaça ses mains de chaque côté du chaudron et ferma les yeux.
- Non, Hermione.
- Mais…
- Non.
- Je pourrais…
- NON !
Hermione sursauta et fit un pas en arrière. Le visage de Severus était contracté et plein d'ombres. Il lui fit peur une nouvelle fois.
- Non, répéta-t-il lentement.
Tout aussi lentement, il tourna tout son corps vers Hermione et avança vers elle. Elle fit un nouveau pas en arrière.
Il se rapprocha d'elle, menaçant. Hermione se retrouva bientôt acculée au buffet qui se tenait derrière elle.
- Je pense, susurra-t-il, que tu n'es pas sans savoir que ce lieu n'est pas dénué de magie noire. Tu connais les interactions que les formes de magie ont entre elles.
Le souffle d'Hermione s'était fait plus fort. Elle luttait pour soutenir le regard onyx qui la noyait de plus en plus à mesure qu'il s'approchait.
- Si jamais elle te possède là-bas, poursuivit-il, te rends-tu seulement compte des conséquences que cela pourrait avoir ?
C'est alors qu'une idée germa dans l'esprit d'Hermione. Allait-il se dérober une fois encore ? Elle fronça les sourcils. Elle plongea ses yeux dans la lave noire qui se mouvait devant elle.
- Tu n'oseras pas le dire, dit-elle soudain d'une voix sombre.
Severus eut l'air surpris le temps d'un battement de cœur, avant d'afficher de nouveau un air menaçant.
- Quoi donc ? siffla-t-il entre ses dents.
Hermione leva insolemment le menton.
- Ce dont tu as peur.
Elle savait qu'elle s'aventurait sur un terrain glissant. Mais elle savait aussi où puiser le courage nécessaire, au plus profond de son être. Elle savait qu'elle pourrait souffrir de la réponse de Severus, mais elle tentait le tout pour le tout. Elle devait tenter.
- J'ai peur d'être responsable d'une hécatombe dans l'école en te laissant descendre là-bas ! cracha Rogue après une hésitation palpable.
- Et c'est tout ? dit-elle entre ses dents.
Elle vit une nouvelle fois le masque de Rogue se fissurer.
- C'est tout ? répéta-t-elle, les larmes aux yeux. C'est tout ce dont tu as peur ?
Rogue parut soudain hésitant, et son regard fuit une seconde. Une unique seconde. La lèvre d'Hermione tremblota. Une boule énorme enflait dans sa gorge et menaçait d'éclater à tout moment. Sa tête lui tourna. Elle lui tendait une perche ! Ne pouvait-il pas simplement avouer qu'il avait peur de la perdre ?
Severus l'observait, et une douleur certaine transparaissait dans ses traits. Puis il tourna la tête, s'éloigna d'Hermione et revint à son chaudron.
Le cœur d'Hermione battait dans sa gorge, le temps se suspendit.
- Oui. C'est tout.
Les mots du Maître des Potions furent assourdissants et, tels des aimants, tirèrent hors des yeux d'Hermione les larmes métalliques. Quelque chose se brisa en elle. Alors, soudainement vidée, épuisée, telle un automate, elle se dirigea vers la porte. Elle attrapa la poignée froide dans sa paume moite.
- J'ai oublié deux mots pour te caractériser, tout à l'heure, fit-elle, et elle fut étonnée par l'absence de tremblements dans sa voix.
Elle serra la poignée à en faire blanchir ses articulations.
- Monstre et lâche.
Et elle se sauva hors du laboratoire.
Hermione pleura longtemps. Après la dispute, elle avait regagné ses appartements et s'était écroulée en sanglots sur son lit. Toute la tension des derniers jours s'était abattue sur elle avec fracas.
Severus… Il était cruel avec elle. Plus elle y réfléchissait, plus elle se disait qu'elle devait abandonner. Elle avait tout donné, et il s'entêtait à la rejeter, aveuglé par sa fierté, par son passé, par son incapacité à faire face à ses sentiments. Il était persuadé qu'il n'était pas pour elle, et pourtant, lui donnait de l'espoir, avant de tout gâcher.
Pourquoi avait-il fallu qu'elle tombe amoureuse de lui ? Amoureuse à en crever, elle le savait bien. Elle était incapable de se défaire de lui.
Les larmes ne tarissaient pas, et le fantôme de Bellatrix, se mélangeant à tout ça, n'arrangeait pas les choses.
Au cœur de son désespoir, Hermione pensa qu'elle allait perdre, mourir, ou devenir l'Horcruxe de Bellatrix. Elle était perdue, ne sachant ni quoi faire, ni même où chercher.
Finalement, malheureuse, seule, perdue, les yeux lourds d'avoir trop pleuré, elle s'endormit.
Hermione rêva cette nuit-là.
Elle se trouvait couchée sur une pelouse humide, la joue dans l'herbe. Le ciel au-dessus d'elle était gris et la pluie menaçait, mais il ne faisait pas froid. Du moins, c'était l'impression qu'elle avait. En fait, elle ne savait pas si elle avait chaud ou froid. Elle ne sentait rien. Elle se décida à s'asseoir et observa autour d'elle. Elle reconnut immédiatement l'endroit. Elle se trouvait au bord du lac Noir.
C'est alors qu'elle sentit une présence non loin d'elle. Elle se retourna et son cœur tressauta.
Severus. Il se tenait debout, là, derrière elle, sa cape flottant légèrement dans la brise. Il l'observait.
Hermione se leva lentement, comme si elle craignait qu'il ne s'évanouisse dans l'air comme un mirage. Elle s'approcha de lui doucement, sondant son visage. Mais comme à son habitude, il était impassible.
Elle s'approcha encore.
- Marchons un peu, dit-il alors.
Hermione frissonna à l'entente de ses accents graves. Il semblait un peu tendu.
La jeune femme acquiesça et ils commencèrent à marcher le long des rives du lac. Hermione savait qu'elle rêvait, et cela lui donnait une drôle d'impression. Une sorte de désillusion.
Rogue ne disait rien. Elle ne savait que dire non plus. Elle se contentait de marcher à côté de lui, savourant cet instant où il ne semblait ni en colère, ni torturé.
Elle entendit alors des rires. Des rires d'enfants. Elle tourna la tête.
Juste devant eux, sur une étendue de galets, deux enfants s'amusaient à faire des ricochets.
Une petite fille aux longs cheveux roux flamboyants. Un petit garçon aux cheveux noir corbeau.
- Regarde ! Regarde celui-là Lily ! Je vais trop bien le réussir, j'en suis sûr !
- Pas mieux que moi, Sev, je te le parie !
Ils lancèrent leurs galets. Celui de Lily rebondit deux fois de plus.
- Gagnééé !
Elle tira la langue à son ami.
Hermione se tourna vers Severus, vers l'homme, qui se trouvait à ses côtés. Il observait les enfants d'un air détaché, comme s'il ne les voyait pas vraiment, comme s'il avait dû s'arrêter car Hermione avait voulu les regarder.
- Continuons, s'il-te-plaît, dit-il alors.
Et cela semblait lui coûter.
Les enfants s'évanouirent dans un brouillard.
Hermione n'y tenait plus. Elle ne supportait pas ce silence entre eux.
- C'est bizarre, dit-elle alors.
Severus tourna la tête vers elle, un sourcil arqué.
- De te voir là, au bord d'un lac et pas au fin fond de tes cachots.
Hermione ne savait pas très bien pourquoi, mais elle sentait au fond d'elle que ce n'était pas une bonne idée de parler de ces enfants.
Rogue eut un rictus.
- Je pourrais dire la même chose, dit-il narquoisement. Toi, perdre du temps au bord d'un lac alors que tu pourrais avaler six chapitres d'un passionnant livre sur le fonctionnement des sorts de réparation à l'usage du marbre et des tapisseries anciennes.
Hermione eut un petit rire. Il sonna bizarrement à ses oreilles. Depuis combien de temps n'avait-elle pas ri en la présence de Severus Rogue ?
Elle posa alors la question qui lui brûlait les lèvres depuis le début.
- Pourquoi sommes-nous là ?
- Eh bien, Miss Je-Sais-Tout, vous ne…, commença-t-il.
- Non, stop, le coupa-t-elle. Juste pourquoi.
- Parce que je voulais que nous parlions un peu, dit-il doucement en lui jetant un regard.
Le cœur d'Hermione s'accéléra.
- Ici, précisément, au bord du lac ? demanda-t-elle.
Rogue eut un mouvement impatient.
- Non, c'était seulement pour l'accueil. Pour ma part, tu n'es pas sans savoir que je préfère ça.
Tout s'effaça autour d'eux, et le lac et ses rives se transformèrent en murs de pierre et chaudrons fumants. Le laboratoire de Rogue.
- J'aurais préféré un terrain neutre, dit Hermione, mais tant pis, ça fera l'affaire.
Sur ces mots, elle s'approcha d'un buffet et s'assit dessus.
Rogue eut l'air soudain irrité.
- Quoi ? fit Hermione en se retenant de rire. « Même pas en rêve », c'est ça ?
- Exactement, descends.
Hermione sourit devant l'air sombre de Rogue mais obéit.
C'était étrange, comme instant. C'était un rêve hors de tout. Et elle en était triste. Car elle réalisait que Rogue demeurait accessible seulement dans ses songes nocturnes. Son cerveau créait pour elle un substitut de Rogue, un Rogue sur mesure.
Qui n'existait pas.
- Adosse-toi à ce buffet, dit Severus.
Hermione fronça les sourcils.
- Mais pour…
- Ne commence pas à faire l'insolente et fais ce que je te dis, marmonna Rogue entre ses dents.
La jeune femme obtempéra.
- Bien, siffla-t-il. Je marquerai d'une pierre blanche ce jour où tu as enfin daigné écouter ce que l'on te dit de faire.
Elle leva les yeux au ciel. Puis Severus vint se placer près d'elle, très près d'elle.
- Voilà donc la situation dans laquelle nous étions tout à l'heure, dit-il.
Hermione comprit soudain. Effectivement. Ils étaient placés ainsi l'après-midi précédente, avant… Avant.
- Donc, fit Rogue en prolongeant le mot.
Il avait l'air maladroit, comme s'il devait expliquer quelque chose à Hermione mais qu'il n'y parvenait pas. Il avait l'air hésitant et Hermione eut l'impression qu'il menait une lutte intérieure.
- Donc nous étions là. Répète ce que tu m'as dit à cet instant.
Il plongea ses yeux d'obsidienne dans ceux d'Hermione. C'était un ordre. Hermione le jaugea un instant, craignant qu'il ne se remette en colère. Elle ne voulait pas revivre cette scène. Non. Pitié, non…
Elle déglutit.
- Je t'ai dit… Je t'ai dit quelque chose comme « Tu n'oseras pas avouer ce dont tu as peur ».
Elle se recula inconsciemment le plus possible contre le buffet, craignant la réaction de Severus. Rogue le nota, et un éclair de douleur passa sur son visage.
- Je t'effraie donc à ce point… dit-il tout bas.
Hermione ouvrit la bouche pour répondre.
- Non, ne dit rien, ce n'est pas le sujet.
Son visage se contracta. On aurait dit qu'il s'énervait tout seul en essayant d'expliquer quelque chose à un élève récalcitrant.
- Je t'ai donc répondu…
- Tu m'as donc répondu que tu craignais d'être responsable d'une hécatombe dans le château, le coupa Hermione pour tenter de lui faciliter la tâche. Et je t'ai demandé si c'était tout.
Elle croisa les bras. La douleur sur le visage de Rogue s'accentuait dangereusement.
- C'est là que je me suis trompé, Hermione, souffla-t-il.
Les mots semblaient difficiles à prononcer. Le cœur de la jeune femme se mit à battre plus fort.
Rogue approcha son visage de celui de sa collègue. Elle sentit son souffle chaud sur sa nuque et sa bouche tout près de son oreille.
- J'aurais dû te dire… murmura-t-il. J'aurais dû te dire que non, ce n'était pas tout. Que c'était pour toi que j'avais le plus peur.
Il luttait encore et encore pour parvenir à dire la vérité, à exprimer ce qu'il ressentait au fond de lui. Hermione était comme paralysée.
- J'aurais dû te dire que j'avais peur de te perdre.
Lentement, il s'éloigna de la jeune femme. Ses yeux brillaient comme deux charbons ardents.
Hermione oublia tout. A cet instant, seuls Rogue et son masque tombé et ses yeux brûlants existaient pour elle.
Prise d'un sursaut incontrôlable, elle se jeta sur lui. Elle n'avait qu'une envie. Sentir le corps de Severus contre le sien, ses lèvres embrasser les siennes. Sentir enfin qu'il libérait ses sentiments longtemps retenus et bâillonnés, lesquels exploseraient avec fougue entre eux deux.
Il l'embrassa avec passion, plus fort qu'il ne l'avait jamais fait, semblait-il. Il la serrait avec force contre elle, comme s'il avait peur qu'elle ne s'évanouisse. Mais alors que leur étreinte s'intensifiait, il rompit le baiser. Une douleur profonde continuait de marquer ses traits. La peur, aussi.
- A tout de suite, Hermione… murmura-t-il.
Tout s'effaça autour d'elle, pour de vrai cette fois, et elle se réveilla en sursaut, le corps emmêlé dans ses draps, le souffle court.
« A tout de suite » ?
Avait-il voulu dire que… Un éclair traversa son esprit. Son cœur rata un battement. Se pouvait-il que…
La voix d'Hermione s'éleva dans le noir de sa chambre.
- Severus ? fit-elle dans un souffle.
Un bruit étouffé lui répondit. Elle alluma la lumière.
Il était là, appuyé au chambranle de la porte, la baguette encore en main après le sort qu'il lui avait jeté pour créer ce rêve de toute pièce.
Il était là, observant Hermione avec intensité comme si elle était la dernière chose qu'il allait voir sur terre.
Il était là, et il pleurait.
Alors, vous le pardonnez ce méchant homme, ou pas ? ;)
