Baaaaah, me voilà ! Désolée mais c'était le rush infernal ces derniers temps... Mais voilà la suite ! Merci pour vos reviews et vos lectures !
Réponse à charlinfall: Merci à toi ! Ravie que tu aimes !
Réponse à jade: Merci beaucoup !
Hermione, agacée, lisait et relisait le même passage du Livre depuis cinq minutes. Elle soupira, passa une main dans ses cheveux et se laissa aller en arrière sur le dossier de sa chaise.
- Il va falloir trouver un moyen d'organiser cette confrontation, finit-elle par dire à Severus. On doit récupérer sa baguette.
Severus, assis en face d'elle, eut un rictus méprisant.
- Bien sûr, dit-il d'une voix basse. Je vais de ce pas lui envoyer un hibou. Les Trois Balais, cela te convient-il, comme lieu de rencontre ?
Elle leva les yeux au ciel. Elle ferma le Livre, empocha les notes qu'elle avait prises, puis attrapa sa cape et se leva.
- Tu sais ce que je souhaite faire avant tout, dit-elle.
- Oui, je sais. La Chambre.
Elle lui adressa un regard entendu, puis quitta le laboratoire.
Rogue demeura un instant immobile, le regard fixe, les mains à plat sur le bureau. Puis, soudain, d'un geste plein de rage, il balaya la surface de bois. Les feuilles virevoltèrent autour de lui.
Il enfouit sa tête dans ses mains.
Il devait se reprendre. Se calmer. Oui, il ne pouvait plus le nier, il mourait de peur pour elle. Il ne pouvait même pas imaginer qu'elle disparaisse, qu'elle s'éteigne comme Lily s'était éteinte par sa faute.
Si Hermione descendait dans la Chambre et qu'elle mourait alors qu'il aurait pu l'empêcher de s'y rendre, alors il repartirait tête la première dans les affres de la culpabilité.
Et pourtant, il ne pouvait le nier, elle était indispensable au déroulement de la mission.
Pour se calmer, il prit dans sa poche le petit bout de parchemin sur lequel il avait pris des notes sans qu'Hermione ne le sache. Pas question qu'elle se fasse de faux espoirs, cela pourrait l'affaiblir mentalement.
Il relut ses notes. Il espérait qu'il ne se trompait pas. C'était là leur dernière carte.
Appuyée au rebord de la fenêtre, Hermione observait les quelques Aurors qui s'affairaient dans le parc du château. Derrière elle, le débat battait son plein.
- Il me semble qu'il serait prudent, judicieux et ô combien sage de descendre sans elle et de la laisser sous surveillance ici, bien que, croyez-le bien, ma confiance envers les Aurors du Ministère ne soit que très limitée.
Rogue tenait ce même discours depuis dix minutes.
Harry, l'air sombre, renchérit :
- Hermione a su prouver bon nombre de fois ses capacités de raisonnement, et sa maîtrise de la magie.
- Ne comprenez-vous donc pas, Potter, que l'emmener dans la Chambre présente une menace pour tout le monde ici ?
Hermione se retourna.
- Il est certain que rester les bras ballants, à attendre une attaque, est tout aussi raisonnable, railla-t-elle.
- Ce n'est pas ce que je propose, Miss Granger, et vous le savez très bien.
Severus prenait soin, en présence de ses deux amis, de s'adresser à elle comme à une simple collègue. Elle lui en était reconnaissante, vis-à-vis de Ron. Cependant, elle n'avait toujours pas avoué à Severus qu'Harry savait tout.
Son regard se posa un instant sur ce dernier. On voyait clairement qu'il détestait toujours la présence de Rogue, malgré toute la reconnaissance qu'il avait envers lui. Cependant, il était limpide qu'il faisait des efforts pour ne pas s'emporter, et Hermione se plaisait à croire qu'il le faisait pour elle.
- Je propose simplement, continua Rogue, que vous ne descendiez pas avec nous.
Elle leva les yeux au ciel.
- Il me semble qu'Hermione serait notre guide, intervint Ron, agacé.
- Potter connaît la Chambre, il semble que l'objectif se trouve dans une prétendue statue de Salazar Serpentard. Cela vous évoque-t-il quelque chose, Potter ?
Harry acquiesça d'un bref signe de tête.
- Alors dans ce cas…
- Cependant, le coupa Harry, je n'y suis jamais entré. S'il se trouve que l'intérieur de cette statue n'est pas une simple annexe mais l'entrée d'un réseau plus complexe de couloirs, comme il y en a dans la Chambre, alors nous aurons besoin d'un guide.
Rogue tiqua.
- Potter, vous êtes le mieux placé pour savoir que se servir d'une connexion mentale dans le but de se servir des pensées de l'autre est extrêmement risqué…
- Peut-on savoir pour quelle raison exactement vous vous opposez aussi fermement à participation d'Hermione ? demanda Ron d'un ton faussement dégagé. J'ai l'impression qu'on ne nous dit pas tout…
Hermione serra les dents pour s'empêcher d'intervenir.
- Parce que voyez-vous, Weasley, vous serez certainement ravi de ne pas vous retrouver face à une possession de Granger par Bellatrix Lestrange en plein milieu d'un charmant lieu plusieurs mètres sous terre. Et si cela vous enchante, ce n'est pas mon cas.
Ron s'était approché pendant que Rogue parlait.
- Alors, vous, restez ici, dit Ron en se plaçant face à son ancien professeur.
Hermione jugea que c'était le moment de les calmer avant que la situation ne soit hors de contrôle.
- Ecoute Ron, si je viens, le professeur Rogue doit venir lui aussi. Il a raison sur le fait que je risque de subir une possession, et dans ce cas, il est le seul à maîtriser la Légilimencie correctement pour arrêter ça… Ou à défaut, m'empêcher de nuire… Il me semble important que je sois là, mais cela ne veut pas dire que je suis inconsciente des risques que cela représente.
Le fantôme de Dumbledore, qui observait la scène depuis le fond du bureau directorial, lança un regard apaisé à une McGonagall dépassée à ses côtés, et s'avança.
- Quelle que soit la décision que vous prendrez, sachez qu'aucune n'est plus sûre qu'une autre, intervint-il. Harry a raison, Severus. Vous aurez besoin d'un guide. Hermione sait ce que…
- Albus, vous savez où cela a mené avec Potter la dernière fois. Ne pas fermer son esprit, c'est laisser le passage ouvert de l'autre côté aussi. Si Granger se sert de ce qui lui arrive pour voir ce que Lestrange veut exactement, nous nous exposons tous, ainsi que le château, à…
- J'ai confiance en vous, Professeur, dit Hermione à Rogue. J'ai confiance.
Elle planta son regard dans celui de Severus. Elle se concentra et fit en sorte de ne penser qu'à lui et à la confiance qu'elle avait en lui. Elle voulait y penser assez fort pour qu'il l'entende mentalement. Les yeux onyx vacillèrent une fraction de seconde, et elle sut qu'elle avait gagné.
Rogue la fusilla du regard, puis les regarda tous les uns après les autres.
- J'osais espérer, dit-il lentement, qu'une guerre, voire deux ou plus pour certains d'entre vous – son regard vrilla ceux de Dumbledore et McGonagall – auraient aiguisé votre prudence et votre bon sens, mais de toute évidence, c'est encore peine perdue. Potter et Weasley, ne me faites pas croire que votre formation d'Auror ne vous a pas appris à gérer les risques, et surtout à éviter ceux qui sont inutiles quand…
- On nous a appris à agir en pesant ces risques, sachant qu'on ne peut jamais les supprimer totalement. Ron et moi pensons que nous devons descendre tous les quatre dans la Chambre.
- En ce qui me concerne…, commença Ron.
- En ce qui te concerne, le coupa Harry, tu es d'accord. Ron, écoute ta logique et non pas tes instincts, s'il te plaît, ajouta-t-il plus bas.
- Ne t'en fais pas Harry, la preuve que je n'écoute pas mes instincts se trouve dans le fait que nous sommes toujours tous ici…
- Ca suffit, maintenant ! cria Hermione. Vous ne pouvez donc pas vous comporter en adultes ? Je vous ai connus tous les trois plus raisonnables que ça ! Ce qui nous attend est loin d'être facile, et nous devons former une équipe aussi soudée que possible.
Personne ne répondit.
- Alors vous descendrez tous les quatre dans la Chambre, asséna McGonagall. J'ai l'autorité ici, Severus, ajouta-t-elle en voyant que le Maître des Potions était prêt à répliquer. Le dispositif déployé devrait nous laisser le temps de nous barricader dans le château en cas d'attaque. Je ne peux pas croire que Bellatrix ait déployé une armée.
Elle regarda Ron et Harry en levant un sourcil, dans l'attente d'une confirmation de leur part.
- Eh bien, commença Ron, pour être honnêtes, le bureau ne sait pas vraiment quel est l'effectif ennemi.
Rogue ricana ostensiblement. Hermione, à ses côtés, lui lança un coup de coude discret dans les côtes.
- Cependant, continua Ron en prenant visiblement sur lui du mieux qu'il le pouvait, d'après les estimations de décès post-guerre et les effectifs d'Azkaban, on en recenserait une vingtaine en liberté.
- Alors… murmura McGonagall. C'est à vous. Quand vous serez prêts.
Hermione observait le Lac Noir depuis la fenêtre de ses appartements. Elle respirait calmement, tentant de calmer ses nerfs. Après la discussion dans le bureau de McGonagall, la descente dans la Chambre avait été fixée au lendemain matin. Mais, à cet instant, Hermione était occupée à gérer sa colère.
Elle était en colère car Rogue avait quitté le bureau en la fusillant du regard et en évitant soigneusement de lui adresser la parole. Elle était en colère car Ron avait fait la même chose. Harry, quant à lui, lui avait adressé un regard désolé accompagné d'une étreinte. Elle aurait bien aimé qu'il reste avec elle, mais Ron et lui avaient dû rejoindre les autres Aurors pour mettre en place les derniers préparatifs.
Elle était fatiguée de ces disputes ridicules et enfantines.
Elle craignait que cela ne rende la descente plus difficile que ce qu'elle était déjà. Elle espérait juste que le bon sens et le professionnalisme de Ron et Severus prennent le dessus sur leur fierté.
Quant à Bellatrix, Hermione ne savait à quoi s'attendre. Qu'allaient-ils trouver, si quelquefois ils trouvaient quelque chose ? Bellatrix tenterait-elle une possession ? Une attaque du château ?
Quand Hermione allait-elle se retrouver en face-à-face avec Bellatrix ? Comment se débrouillerait-elle pour lui dérober sa baguette, tout en la laissant en vie ?
Car là était tout le problème… Il était impératif de rompre le sort de possession avant la mort de Bellatrix, afin d'empêcher qu'elle ne ressuscite dans le corps d'un de ses Horcruxes humains. Drago ou elle. Voire quelqu'un d'autre… Peut-être n'étaient-ils pas les seuls à avoir subi le sort.
Hermione tressauta quand elle aperçut la silhouette noire et désormais familière dans le parc. Sa longue cape flottait dans le vent froid de l'hiver.
La jeune femme se sentit soudain ébranlée dans ses convictions. Et si Severus avait raison ? Et si elle les mettait vraiment tous en danger en descendant avec eux dans la Chambre ? Il valait peut-être mieux qu'elle soit plongée dans un sommeil profond, comme Drago…
Pourtant, ses dernières visions de la Chambre lui donnaient l'impression qu'elle avait un rôle important à jouer. Bien sûr, comme l'avait dit Severus, il était dangereux de se servir de cette possession dans l'autre sens, d'essayer de percevoir les desseins de Bellatrix. Mais tout cela était tellement tentant…
Elle devait descendre dans la Chambre. Elle le sentait. Elle frissonna un instant en pensant que cet instinct ne venait peut-être pas d'elle-même, mais de Bellatrix. Peut-être celle-ci était-elle en train de jubiler en voyant qu'Hermione s'apprêtait à se déplacer pour elle…
Hermione chassa ses sombres pensées et reporta son attention sur l'homme en noir.
Il avait marché jusqu'au Lac et Hermione ne voyait plus qu'une silhouette minuscule sur la rive. Elle ne pouvait s'empêcher de se demander s'il allait vraiment accepter de descendre dans la Chambre. Il s'était retrouvé contraint et forcé par McGonagall, mais allait-il seulement obéir ?
Elle soupira et se détourna de la fenêtre, puis se dirigea vers son bureau. Elle s'assit et relut pour la énième fois le parchemin sur lequel elle avait pris quelques notes concernant le sort de dépossession.
Le procédé n'était pas compliqué en soi. Il suffisait de briser la baguette du possesseur, bien évidemment sans que celui-ci ne soit mort, puis de dire l'incantation. Mais celle-ci était longue et semblait difficile à prononcer. Or, Hermione ne savait que trop bien les dégâts que pouvait causer un sort mal formulé. Elle n'osait penser à ce qui pouvait arriver dans son cas.
Contrariée, elle enfonça le parchemin dans sa poche pour le soustraire à sa vue. Puis elle reprit place près de la fenêtre. Severus était toujours debout au bord du Lac.
Elle eut soudain envie de le rejoindre. Le rejoindre sûrement, simplement, pour le voir et lui parler comme si de rien n'était, comme s'ils ne risquaient pas tous les deux leur vie dans cette sombre histoire. Sur un coup de tête, craignant de changer d'avis, elle attrapa son écharpe et sa cape et sortit de ses appartements.
Sur le chemin du Lac, elle croisa quelques Aurors qu'elle salua brièvement. Au loin, elle aperçut Ron, affairé autour d'un grand parchemin qui ressemblait à une carte. Elle s'arrêta et se mordit la lèvre. Puis, elle bifurqua et se dirigea vers son vieil ami.
L'air était glacial et la nuit de tarderait pas à tomber. Elle frictionna ses mains l'une contre l'autre.
Ron se retourna alors qu'elle se trouvait encore à une dizaine de mètres. Elle lui adressa un signe de la main auquel il répondit sans entrain.
Cependant, il ne l'ignora pas et attendit qu'elle vienne à sa rencontre, ce qui insinua en Hermione un espoir monumental.
- Alors, dit-elle en arrivant, quels sont les plans ?
Ron fit un signe vers la carte.
- Simple reconnaissance, comme si on ne connaissait pas ce château par cœur…, marmonna-t-il. Et puis quelques sorts de protection autour de l'enceinte. On va aussi mettre en place des patrouilles autour du château et dans les couloirs… Nos informateurs ont repéré du mouvement…
Hermione fronça les sourcils.
- Du mouvement ?
Ron replia la carte avant de répondre.
- Les personnes que nous suspectons d'activités de Magie noire, ou qui ont été plus ou moins proches de Mangemorts au cours des dernières années ont été placées sous surveillance et… il y a eu des regroupements.
Hermione fronça les sourcils.
- Maintenant, poursuivit Ron, j'ai du travail, donc…
- Attends, Ron, s'il-te-plaît…
Elle lui attrapa le bras alors qu'il amorçait un mouvement pour s'en aller.
Il eut un sourire triste.
- Franchement, Hermione, tu es sûre que tu as encore des choses à me dire ?
- Mais Ron, on est amis, je…
- Amis oui, je sais…
Il avait l'air énervé, tout à coup, mais il semblait prendre sur lui.
Il fit un pas en arrière et un air de dégoût passa un instant sur son visage.
- Quoi que tu fasses, Hermione, je… Enfin… Je passe pour le méchant dans tout ce bazar, Harry et Ginny ne veulent rien me dire, ils prennent l'air de rien, mais j'ai compris, tu sais. J'ai compris.
Le cœur d'Hermione battait fort. Elle ne voulait pas le perdre. Elle joua cependant les idiotes, bien qu'elle sût parfaitement de quoi il voulait parler.
- Compris quoi, Ron ?
Il eut un petit rire forcé.
- Oh, arrête Hermione, tu crois que je ne vois rien ? A ce niveau, ça en devient insultant. Tu crois que je n'ai pas vu ?
Il secoua la tête.
- Pas vu quoi, Ronald ?
Il sourit. Il sourit comme les gens fiers et blessés qui ne baissent pas la tête dans la défaite. Elle s'aperçut que ses yeux brillaient.
- Comme il te regarde, Hermione.
Il lui caressa la joue du bout des doigts, puis souffla un rapide « A plus tard » et s'en alla rapidement.
Hermione resta confuse un instant, les bras ballants, insensible au froid, comme anesthésiée.
Les choses avaient fait leur chemin dans l'esprit de Ron. Il était passé de la colère à la résignation. Elle soupira. Elle ne voulait pas le perdre.
Mais elle savait que derrière ses allures bornées et sa spontanéité, il finirait par accepter. Leur amitié serait un bon remède. Du moins, elle l'espérait. Aussi fort qu'elle le pouvait.
Elle jeta un dernier regard à son ami qui s'éloignait et fit volte-face afin de reprendre la direction du Lac Noir. Elle se demanda si Severus serait toujours là. Elle se demanda si elle voulait qu'il soit là. Si elle le voulait vraiment.
La rive apparut alors, et Severus avec elle.
Elle s'approcha doucement. Quand ses pieds quittèrent l'herbe pour rencontrer les graviers, les crissements qui en résultèrent firent tressaillir Severus. Il tourna légèrement la tête mais ne dit rien avant qu'Hermione n'arrive à sa hauteur.
- Incroyable, dit-il doucement, comme il est impossible de pouvoir rester seul ici. J'aurais peut-être dû rester enfermé dans mes cachots.
La phrase semblait être un reproche, mais il avait paradoxalement employé un ton doux, et avait même levé les yeux vers Hermione. Elle sourit.
- Tu avais trop peur que je te trouve, là-bas. Ou du moins, ç'aurait été trop facile.
- Exactement. J'espère que j'ai droit à un peu de reconnaissance de votre part, Miss Granger, pour avoir corsé le problème.
- Évidemment, Professeur.
Il y eut un bref silence durant lequel Rogue parut réfléchir. Puis il grimaça.
- Vraiment trop formel et peu appréciable, finalement…, dit-il tout bas, comme si cela lui coûtait de l'avouer.
Hermione sourit et laissa son regard vagabonder au-dessus des eaux noires et glaciales.
Était-il possible qu'il ait réfléchi à la situation et qu'il ne soit plus fâché contre elle ? Elle ne voulait pas trop s'avancer ni se faire de faux espoirs, mais en vérité, lorsqu'il lui avait adressé la parole, il avait eu l'air soulagé. Soulagé peut-être, de ne plus être seul. Soulagé peut-être, que ce soit elle qui soit venue le sauver de sa solitude. Il sembla se rendre compte qu'il en laissait trop paraître et son visage se durcit un peu.
Le silence revint de nouveau. Hermione osa enfin poser la question qui lui brûlait les lèvres.
- Alors… Tu acceptes que je vienne ? demanda-t-elle doucement.
Severus eut un rictus.
- Ce n'est pas comme si McGonagall m'avait laissé le choix…
Hermione secoua la tête.
- Je ne te parle pas de ce qu'on te demande, mais de ce dont tu penses.
Il se tourna vers elle. Il semblait irrité.
- Tu sais parfaitement ce que j'en pense. Et je suis notamment d'avis que vous êtes tous des inconscients.
Elle soupira.
- Je sais que c'est une prise de risques énorme, c'est incontestable. Mais Harry a raison, la Chambre ressemble à un vrai labyrinthe quand on s'écarte de la pièce principale, j'ai pu apercevoir les différents conduits quand j'y suis allée, et Harry a eu l'occasion de s'y aventurer. De ce fait, on ne sait pas ce qui se trouve à l'intérieur de la statue.
Il grogna et il fit bouger un caillou du bout de son pied.
- Très bien, si Potter a décrété que tu devais y aller, puisque Potter connaît la Chambre comme sa poche, alors…
Il était vraisemblablement en colère, mais Hermione rit. Elle déposa un baiser furtif sur sa joue, ce qui le surprit. Puis, sans rien dire, elle fit volte-face et retourna au château.
Au dîner, Hermione ne mangea pas beaucoup. McGonagall, à sa gauche, lui fit une remarque, lui disant qu'il fallait qu'elle mange, même si elle comprenait bien qu'il était difficile d'avoir de l'appétit dans une telle situation.
Elle parlait de la Chambre, bien évidemment. Mais ce qui contrariait Hermione, c'était surtout la place vide à sa droite. Elle avait eu l'impression que Severus s'était calmé, mais peut-être était-il encore en colère contre elle.
En remontant à ses appartements, elle trouva un bout de parchemin sur son lit.
Laboratoire, 22h. S.
Elle consulta l'heure. 22h15. Superbe.
Elle dévala les escaliers jusqu'aux cachots. En arrivant aux dernières marches, son pied ripa et sa cheville émit un craquement qui n'augurait rien de bon. Elle chuta aux bas des marches. Elle poussa un cri de douleur puis pesta. Pas question de descendre dans la Chambre avec une cheville abîmée.
Bien sûr, rien qu'elle ne puisse pas fixer. Elle allait le faire elle-même. Elle ne pouvait pas demander à Severus, il réussirait à convaincre la Directrice de ne pas la laisser venir juste pour ça. Et puis elle pouvait le faire seule. Cependant, elle avait besoin de lumière. Elle se cala comme elle put en bas de l'escalier et ramena sa jambe contre elle. Elle serra les dents mais poussa un gémissement. La douleur, et les efforts qu'elle faisait pour ne pas hurler, la faisaient suer.
Elle sortit sa baguette et la leva à hauteur de sa cheville.
- Lumos, articula-t-elle.
C'est alors que la porte du laboratoire, à quelques mètres d'elle, s'ouvrit en grand, inondant le corridor de lumière.
Hermione sursauta et marmonna un juron. Devant elle se tenait Severus Rogue.
- Puis-je savoir pourquoi, alors que tu aurais dû être là depuis vingt bonnes minutes, je te retrouve étalée sur le sol, au pied des escaliers ?
Elle leva sa baguette pour réparer sa cheville au plus vite.
- J'ai juste fait… tomber quelque chose, dit-elle.
Excuse pitoyable, pensa-t-elle. L'air qu'arborait Severus le lui confirma.
Il s'approcha d'elle.
- Bien sûr, Hermione. Je vois d'ici que ta cheville a triplé de volume.
Elle soupira. Severus se baissa à sa hauteur. Il lui jeta un regard, puis elle sentit ses grandes mains se glisser derrière son dos et sous ses genoux. Il la souleva de terre.
- J'aurais pu marcher ! protesta-t-elle.
Les cheveux de Severus chatouillaient sa joue.
- Si tu veux avoir une chance de venir demain, tu ferais mieux de ne pas me contrarier…, susurra-t-il.
Il l'emmena dans le laboratoire.
- Aïe ! s'écria Hermione quand sa tête heurta le chambranle de la porte.
Il ne dit rien. Elle crut voir sur sa bouche un sourire moqueur. Elle était sûre qu'il l'avait fait exprès.
Il ferma la porte du pied et l'emmena vers le seul fauteuil que contenait le laboratoire. Un vieux siège élimé. Il l'y déposa. Les cheveux de Rogue caressèrent un peu plus le visage d'Hermione, et cela la troubla. Elle repensait à la nuit qu'ils avaient passée ensemble. Elle leva les yeux vers lui et vit qu'il la regardait intensément. Puis il se recula.
Sa cheville lancinante la rappela à l'ordre. Elle se redressa comme elle le put. Severus était allé chercher un tabouret. Il le déposa devant le fauteuil et Hermione put y mettre sa jambe endolorie. Rogue retira sa cape qu'il posa sur une chaise non loin et s'accroupit à côté de la cheville d'Hermione.
Il lui enleva délicatement sa botte. Hermione sentit le contact de ses doigts frais sur sa peau tendue. Il palpa légèrement la blessure, et Hermione serra les accoudoirs du fauteuil. Puis, il extirpa la baguette de sa manche dans un sifflement et l'approcha de la foulure. Hermione ressentit un refroidissement et un soulagement immédiat. Elle bougea délicatement sa cheville. Tout était normal.
- Merci, murmura-t-elle.
Severus l'observa un instant, narquois.
- Quand je pense que tu veux aller dans la Chambre alors que tu ne sais même pas descendre les escaliers sans te faire mal…
Elle grimaça.
- J'ai juste glissé en me dépêchant…
Severus, toujours accroupi à sa cheville, leva un sourcil.
- Si tu avais été à l'heure…
- Si tu avais daigné te présenter au dîner pour me l'annoncer en personne…
- Stoppez immédiatement ce jeu, Miss Granger.
- Qui a commencé ?
Il grogna.
Elle se redressa dans le fauteuil.
- Alors, qu'avais-tu de si important à me dire qui vaille la peine que je me brise la cheville dans tes sombres cachots ? demanda-t-elle.
Severus la regarda gravement un instant.
- Le parchemin de notes que tu as prises ce matin, dit-il.
Hermione se souvint que le parchemin était dans sa poche. Elle l'en sortit.
- Ceci ? Sur la manière dont mener le sort de dépossession ?
- Exactement. J'aimerais que tu le prennes avec toi demain.
Hermione fronça les sourcils.
- J'ai pensé aussi qu'elle pourrait venir ajouter son grain de sel…, dit-elle sombrement.
- Ma marque me brûle, Hermione.
Il lui avait dit cela de but en blanc. Hermione se leva brusquement du fauteuil.
- Je te demande pardon ? murmura-t-elle, en alerte.
Lentement, il se leva à son tour et redressa sa manche. Hermione se pencha sur son avant-bras. Les contours de la marque rougeoyaient, comme sur un tatouage récent.
- C'est douloureux ? demanda-t-elle sans quitter la marque des yeux.
- Rien de comparable avec la période où le Seigneur des Ténèbres exerçait toute son emprise, souffla-t-il. C'est léger et diffus… Mais c'est présent, ça ne fait aucun doute.
- Elle se renforce… Ron m'a dit que les Aurors avaient repéré des rassemblements suspects.
- Hermione, j'espère que tu réalises que les chances de subir une possession demain sont très grandes…
- Je le sais parfaitement. Et je sais que tu essaies encore de me dissuader mais…
- Mais la tête de mule bornée et Je-Sais-Tout que tu es a déjà pris sa décision envers et contre tous.
- Je dirais plutôt : envers et contre toi.
Il tiqua. Effectivement, il avait été le seul à s'opposer à la participation d'Hermione.
- Certes, fit-il entre ses dents. A ta place, je m'inquiéterais quant à l'affection que tes amis ont pour toi…
- Et quant à l'affection que toi tu as pour moi, que dois-je me dire ? souffla-t-elle.
Severus eut l'air contrit un cours instant. Sa pique se retournait contre lui et il se retrouva acculé. C'est alors que son visage changea légèrement, et Hermione crut y voir de la détermination. Entre eux, la victoire allait à qui aurait le dernier mot. Et Hermione eut l'impression que le dernier mot de Rogue n'avait pas encore été prononcé.
Lentement, les yeux brûlants, il s'approcha d'elle. Hermione sentit son cœur et son corps répondre à la brûlure des yeux onyx. Elle le laissa la rejoindre. Il la dominait de toute sa hauteur.
- Quant à mon affection pour toi…, murmura-t-il.
Il se pencha et sans prévenir, embrassa Hermione. Mais au moment où sa langue vint caresser celle d'Hermione, il se recula à la grande frustration de la jeune femme, et ajouta :
- Tu peux croire ce que tu veux…
Hermione remarqua qu'il était aussi essoufflé qu'elle, et elle fut ravie de se dire qu'il devait donc également être aussi frustré qu'elle.
- Bonne nuit, souffla-t-il.
Et il se retira du laboratoire. Hermione, immobile, le souffle court, entendit ses pas s'éloigner, puis une porte s'ouvrir et se fermer plus loin dans le couloir. Ses appartements.
A bout, Hermione, sourire aux lèvres, se laissa tomber dans le fauteuil derrière elle.
Je vous promets de l'action dans les derniers chapitres ;)
