CHAPITRE 8

Blablazone : Bonjour tout le monde ! Je profite de mon temps libre pour vous livrer ce nouveau chapitre. Bon sang je ne pensais pas que le chapitre précédent allait susciter autant de réactions et d'hypothèses en tout genre. Croyez-moi ça m'éclate de lire tout ça et d'imaginer des sortes de chemin alternatif que j'aurais pu envisager pour mon histoire. Alors continuez vos hypothèses chers lecteurs, faites-moi part de vos intuitions mais sachez que seule la suite vous répondra.

Ps : ce chapitre est long ! (tadam)

Réponse review :

Momo : Bonsoir ! Tu as révélé la question essentielle de mon histoire, cette question m'a servi de fil conducteur parce que je voulais vraiment montrer qu'Ivy essaierait d'être une altruiste chez les audacieux. Zack gentil ou méchant ? Telle est la question ! La suite te le dira. Contente que ça t'ai plu. Bonne lecture ! A bientôt !

CourtneyAckles : Bonsoir ! Tu te poses beaucoup de questions et tu amènes des hypothèses très intéressantes. Maintenant où est la vérité ? Je garde le secret et je te laisse le découvrir au fil des chapitres en espérant te surprendre. Je peux te confirmer que Sevy s'adaptera mieux en tant qu'Audacieuse mais Ivy n'est pas sans réserve. Pour Éric et une des jumelles (ou pas), on en reparlera, je sens que ça va être drôle. Tu n'as pas à t'excuser du retard, moi perso c'est pas grave, tu as tout ton temps et si tu review pas bah tant pis, ça arrive. En tout cas merci pour tes review. Bon chapitre et à bientôt !


J'ignore si cela deviendrait une habitude mais je venais de subir une deuxième nuit blanche. Mon esprit m'avait torturé toute la nuit, j'avais pensé à de nombreuses choses, passant de l'une à l'autre. Quand la barre de fer frappa contre les lits métalliques, j'avais déjà les yeux ouverts et j'avais entendu Quatre entrer. C'était étrange mais dans le noir j'avais remarqué qu'il avait une démarche différente, moins lourde, plus légère. Certains grognèrent de mécontentement et d'autres se couvrirent la tête avec leur drap.

- Aller les novices, grouillez-vous ! Cette fois-ci on vous attend ailleurs, pas de salle d'entraînement, annonça Quatre. Comme d'hab' les personnes en retard, pas de repas à midi.

J'ignorais si se fut cette menace qui décida les autres à se bouger. Mais tous se levèrent comme un seul homme. Après la nuit tourmentée que je venais de passer, je me contentais de rester allongée et d'attendre. Finir chez les sans-faction, cette idée m'avait hanté toute la nuit. Au moins je serai tranquille, quoique leur vie fut dure mais supportable. Je n'aurais pas à tuer, enfin peut-être pas. Pourtant j'avais promis à Sevy de réussir et c'est ce que j'allais faire.

- Debout marmotte, soupira Sevy à moitié debout.

- Bien dormi ? demandais-je pour la forme.

- Comme toujours, sourit-elle. Aller, viens on va déjeuner, j'ai une faim de loup.

Je me levais et m'habillais rapidement puis je me contentais de suivre le petit groupe. Pour changer, on s'installa avec les natifs qui ne parurent pas dérangé par notre présence. Le chauve me rappelait vaguement quelque chose mais ça n'allait pas plus loin.

- Bonjour à tous ! Ah je vois que la communauté s'est agrandie, sourit Zack. Vous êtes qui les gamins ?

- On a le même âge que toi, persifla la fraternelle.

- Du calme, je rigolais. On dirait presque tu es une audacieuse, tu viens d'où pour être aussi virulente ? Erudit ? Sincère ?

- N'insulte pas mon ex-faction, rit April. Ce n'est sûrement pas une sincère.

- Oh je vois, soupira Zack. Erudit alors ? Aller transfert, t'as perdu ta langue ?

- Fraternel, répondit-elle.

- Quoi ?! s'exclama le garçon chauve.

D'ailleurs ce n'était pas le seul à être surpris, tous les natifs contemplaient la fille fraternelle avec des yeux ronds. Comment s'appelait-elle déjà ? Elle ne répondit rien et se contenta de renforcer son regard, qui s'il avait pu, aurait tué toutes les personnes à table sauf son compagnon, l'autre fraternel.

- Laisse tomber Judy, l'entendis-je chuchoter.

Judy ! Quatre l'avait félicité hier parce qu'elle était arrivée dans les premiers avec l'autre garçon fraternel, dont je ne me souvenais pas non plus du nom. Je remarquais que personne ne disait plus rien, elle avait même réussi à clouer le bec à Zack et je ne pus m'empêcher de sourire. Pas trop tôt ! Je regardais les autres en buvant mon infecte café. Sarine et Hervé discutaient avec Kenny, ça ne m'étonnait pas trop. Ces trois-là étaient discrets ce qui faisait leur bonne entente. J'observais Zack à la dérobée, il mangeait silencieusement et rigolait à certaines blagues de ses amis. Je remarquais la fille assise à côté de lui. C'était une petite brune fragile et frêle au milieu des autres. Elle avait un air inoffensif sur le visage mais cela faisait qu'elle était d'autant plus redoutable. Même moi je n'oserai pas le croire chez les Audacieux, pourtant elle était bien une native.

Elle sentit que je la fixais car elle leva son regard brun sur moi et m'accorda un maigre sourire. Je me contentais de baisser les yeux, je n'avais aucune envie de sourire.

- Encore avec ton café ? me posa April.

- Oui.

- Tu ne veux pas essayer de manger autre chose ?

- J'ai trop mal au ventre pour manger autre chose.

- Tu devrais. Nous ne sommes qu'au début de l'initiation, ce n'est pas le moment de perdre des forces.

- Tu as raison. Suis-je la seule à ne pas manger ?

- Oui et tu rate de super bonnes pâtisseries ! s'invita Kenny.

- Je ne suis pas très sucre, me défendis-je.

- Hein ?

April ouvrait de grands yeux étonnés devant ma remarque.

- Tu es une anti-sucre ? s'exclama-t-elle.

Je ne pris pas la peine de lui répondre et but une gorgée de mon café. Les autres me jetèrent de drôle de regard mais je les ignorai. J'avais bien le droit de ne pas aimer le sucre et l'adjectif d'April était peut-être un peu exagéré.

- Il ne faudrait pas qu'on y aille ? coupais-je.

- Ah si ! D'ailleurs on va où ? demanda Tomas.

- On demande cette fois, argua Sarine. Pourquoi pas à eux ? désigna-t-elle les natifs.

- Vous v'lez savoir quoi les transferts ? se moqua le chauve.

- Où est-ce que Tris et Quatre nous ont donné rendez-vous, lui répondit Hervé.

- Vous ne savez même pas où vous devez aller, éclata-t-il de rire.

- Ta gueule ! lâcha Judy. On n'a pas besoin de ton aide.

- Les fraternels mordent, va pleuvoir des grenouilles, fredonna le chauve.

- Oh Archi ! Laisse-les, les pauvres. J'pense que vous avez rendez-vous dans la salle à l'opposé de la salle d'entraînement les gamins, se moqua Zack. Passez une bonne journée.

Les quelques novices natifs agitèrent tous les doigts alors qu'on se levait pour partir. C'était insupportable qu'ils se moquent de nous ainsi. Devant moi, je remarquais Judy qui serrait les poings et Anan qui lui pressait l'épaule. Je me souvenais enfin de son prénom. Ces deux-là étaient si mystérieux, ils n'avaient pas le profil typique fraternel, qu'est-ce qui les avait poussés à choisir les audacieux ?

Finalement, Zack nous avait dit la vérité. Quatre et Tris nous attendaient dans une salle identique à l'ancienne, sauf qu'elle était séparée par des panneaux. Ils avaient deux caisses en ferraille noire à leurs pieds.

- Tous à l'heure et tous ensemble, félicitation, soupira-t-il.

C'était vrai, cette fois-ci Anan et Judy n'avaient pas fait bande à part. Peut-être était-ce à cause des moqueries de tout à l'heure. Ou alors ils n'avaient pas eu le choix. On ne le saurait jamais vraiment.

- Aujourd'hui vous allez vous entraîner au tir à l'arme à feu, lança Tris. Vous allez apprendre à tirer, à recharger, à viser.

Les audacieux étaient les militaires de notre société. Et à ce moment-là, la seule chose qui me vint à l'esprit, c'est que le discours de Tris sonnait beaucoup trop droit, beaucoup carré, trop autoritaire, voir même forcé. Je regardais Tris, elle avait de beaux cheveux blonds et un joli regard. Elle n'était pas aussi effrayante qu'Éric, au premier abord.

A mes côtés, Sevy paraissait aussi excitée que la veille. On se mit en file indienne pour prendre une arme et ensuite des munitions.

C'était froid et dur. Lourd. Je la sentais peser dans ma main et cette simple chose m'horrifiais avec ce qu'elle pouvait faire. La veille, j'avais réussi à toucher le genou de la silhouette avec mon couteau.

Mais aujourd'hui, en face de nous, c'était des cibles. Juste des ronds et le mur derrière. Certains commencèrent à tirer au hasard, dont Kenny qui figea sa première balle dans le plafond.

- Bah Kenny, la cible c'est en face pas au-dessous, railla April.

- Tu me saoul ! Vas-y, tire-toi puisque t'es meilleurs, répliqua-t-il.

- Quand tu veux mon gars.

April arma son bras, elle ferma un œil et visa. Dès que la balle fut partie, le bras d'April partit en arrière et sa balle se figea à gauche de sa cible dans le mur.

- Tu dois anticiper le recul, c'est primordial pour tirer. Le contrecoup peut te déstabiliser et t'être fatal, la prévins Quatre derrière elle.

- Mais là il ne peut rien m'arriver, sourit April.

Quatre ne fit aucun commentaire de plus. Ensuite, on se mit tous à tirer. Sevy se débrouillait très bien, mieux que personne, elle arrivait à toucher la cible alors que l'on visait tous dans le mur. Soudain tout le monde s'arrêta. Sarine tira et cria en même temps. On se retourna vers elle comme un seul homme.

- Un problème ? demanda Quatre.

- Non, non, bredouilla Sarine.

- Tu devrais vite t'habituer au bruit, conseilla Quatre.

Sarine se mit à rougir. Elle se détourna de Quatre et la séance reprit.

- C'était son premier tir, chuchota Sevy.

- Vraiment ? m'exclamais-je.

- Ouais. Je ne sais pas ce qu'elle fait là mais sans être méchante, elle n'est pas très douée.

- Elle a le temps pour s'améliorer, la défendis-je.

- Je sais Ivy mais c'est très mal partie. Au fait, besoin d'aide ?

- Je n'en sais rien. J'ai beau visé la cible, je n'y arrive pas.

- Parce que c'est ton corps qui est en face de la cible et pas ton bras. Mets-toi en biais, conseilla Tris derrière moi.

Sa présence, que je n'avais pas ressenti, me donna un frisson dans le dos. Je m'exécutais, comme un brave petit soldat et tirai. Ma balle troua le papier, en dessous du rond le plus grand.

- Maintenant il faut apprendre à viser, me dit-elle gentiment.

Elle partit ensuite voir quelqu'un d'autre. Je pris le pistolet avec mes deux mains et tirais, ma balle atterrit dans un des ronds. J'étais heureuse d'avoir réussi. Aussitôt, cette pensée me terrifia. Je n'irai pas à dire que j'aimais ça mais j'avais ressenti de la satisfaction.

- Ivy, tout va bien ? s'inquiéta ma sœur.

- Oui, oui. Pourquoi ?

- Tu es toute pâle et...

La porte claque nous surprenant tous. Mais il arriva la pire chose qu'il puisse arriver, Sarine appuya sur la gâchette et le coup partit. Éric se décala au bon moment, il eut un temps d'arrêt en contemplant la balle dans le mur et quand il se tourna vers nous son visage n'exprimait que colère. Sarine pâlit à vue d'œil.

- Éric, du calme tu lui as fait peur, lança Tris doucement.

- Ces putains de transferts m'emmerdent bien cette année. Tu sais quoi la novice, tu dégages !

- Éric ! s'exclama Quatre.

- Ne la ramène pas toi ! Elle n'a rien à foutre ici. Regardez-là les novices, c'est le profil type d'une fille qui s'est gaulé en étant ici. Rien qu'à la position de son arme, je sais qu'elle est une incapable. Alors qu'elle soit heureuse que je la dégage au lieu d'autre chose.

- Tu n'as pas le droit de faire ça !

C'était Hervé qui venait de parler. Il s'était placé devant Sarine pour la protéger. Là je compris quelque chose, Éric avait raison, Sarine n'avait rien d'une audacieuse. Déjà elle avait failli mourir en tombant du train, elle avait failli abandonner.

- On va jouer alors ! décida Éric dans un rire jaune. Toi là ! Tu vas me prouver que tu es douée, tu as le droit à un seul coup et il doit toucher le centre de la cible. Il touche ailleurs tu dégages novice.

On vit tous Sarine déglutir. Ses mains tremblaient et elle n'osait même pas affronter le regard d'Éric. Devant elle, Hervé continuait de lui jeter un regard menaçant.

- Bon tu te bouges ! Ou tu abandonnes ? sourit Éric.

Sarine bougea. Elle écarta Hervé de la main et se plaça devant la cible. Elle prit sa respiration, se plaça et leva son bras. Ses deux mains agrippaient la crosse du pistolet. Un doigt sur la gâchette, elle ferma les yeux et tira. On retint tous notre souffle et quand la balle troua le centre, on s'autorisa un soupir de soulagement. Éric n'en revenait pas, il était cramoisi mais les audacieux n'avaient qu'une parole. Sans un mot il quitta la pièce. L'atmosphère fut aussitôt détendue et Sarine éclata en larmes. Hervé la prit dans ses bras et l'emmena un peu plus loin. Je remarquais que Tris et Quatre la regardaient avec mélancolie. Ils pensaient la même chose, Sarine ne resterait pas. Si son moral flanchait à chaque fois que quelqu'un élevait la voix, elle ne ferait pas long feu chez les audacieux. Cette faction c'était la loi du plus fort. Si tu es mordu, alors mord plus fort.

- Je te l'avais dit, me glissa ma sœur.

- Pauvre Sarine, soupirais-je.

Une heure plus tard, nos instructeurs nous arrêtèrent pour que l'on ailla manger. On mourrait tous de faim après cette matinée intense. Je m'étonnai même que Quatre et Tris prennent place avec nous. Je n'étais pas ravie de ma place, je me retrouvais entre Tris et ma sœur, avec en face Judy. La seule personne que j'appréciais, c'était ma sœur, qui d'ailleurs m'obligea à manger.

- Ne fais pas l'enfant Ivy ! râla-t-elle.

- D'habitude c'est moi qui dit ça, soupirais-je.

- Je te jure que je veux te voir manger deux assiettes, sinon je les emmène partout où tu vas jusqu'à ce que tu les manges.

- J'ai compris.

Je pris une bouchée, puis une deuxième, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien dans mon assiette. Comme promis, Sevy m'en servit une deuxième et m'obligea à manger.

- Si je vomis ce sera de ta faute, répliquais-je.

- Fais-le sur Éric alors, se moqua ma sœur.

- Faîtes-vous toutes petites, conseilla Quatre.

- Nous faisons comme nous le voulons, c'est cela être audacieux et c'est ce que nous sommes, défendit Sevy.

- Il y a une limite à la liberté, même chez les audacieux, batailla Quatre. En plus tu t'es déjà fait assez remarquer pète-sec.

- Encore un qui m'appelle comme ça, il se reçoit mon poing dans la figure, menaça ma jumelle.

- On va encore avoir des problèmes ! Tais-toi, lui intimidais-je.

Sevy s'exécuta mais de mauvaise foi. On avait déjà un leader à dos, il ne manquerait plus que nous ayons nos instructeurs à dos. Ma sœur se détourna bien vite de l'ancienne conversation pour en rejoindre une autre. Elle était drôle quand elle faisait ça et j'aimais la voir évoluer dans un monde qui ne lui faisait pas peur.

- Qu'est-ce qui te fais sourire ? me demanda Tris.

- Ma sœur, avouais-je.

- La prochaine fois, tu devrais goûter le steak.

Je ne relevais pas. Mes repas me convenaient parfaitement et je n'avais pas envie de changer.

- Le jour où ils seront en rade de petits pois, elle ne mangera plus, se moqua Tomas devant moi.

- Mêle toi de tes affaires ! le rembarrais-je.

- Je te taquine Ivy ! Bien sûr que la fin des petits pois n'existera pas.

Je lui adressais une mine boudeuse alors qu'à côté de moi, Tris et Quatre riaient. Je ne voyais pas ce qu'il y avait de drôle pourtant.

Une fois que tout le monde eut fini, on repartit s'entraîner. Les entraînements nous forgeaient à notre futur au sein de la faction. Les audacieux avaient pour rôle de protéger et pour cela il fallait savoir se battre, se défendre. Contre qui ? Contre les sans-faction. Cela s'opposait à la vision des altruistes, qui au contraire, aidaient les sans-faction. Je voulais les aider moi aussi, je voulais avoir quelque chose de stable, un quotidien avec les mêmes jours, les mêmes repas. Mais c'était fini cette idée d'avenir. Je n'y avais plus le droit. Je n'aurais rien de simple et encadré. A côté de moi Sevy enchaînait les tirs, bien trop vite, bien trop sérieusement. Depuis quand se montrait-elle sérieuse ? Pourquoi elle ne l'était que maintenant ? Pour ma sœur, ça avait l'air de compté. Je me dis, que peut-être ce soir du test, j'aurais dû lui demander qu'elle avait été son résultat. Quel qu'il soit, ça n'avait pas été altruiste, je le savais. Repenser au test d'aptitude me ramena à mon propre résultat, divergente.

A cette pensée, ma main trembla et la balle vint encore une fois toucher le mur. Divergent. Ce mot résonnait en moi comme une malédiction. Sevy l'était-elle aussi ? Une divergente elle aussi ? Être jumelle ça ne fait pas tout, nous étions peut-être identiques physiquement mais nos caractères étaient différents. Je ne lui demanderai pas, je ne pouvais pas prévoir sa réaction et je n'avais aucune envie que cela s'ébruite.

Nous venions de finir l'entraînement et je dois dire qu'on en menait pas large. Mon épaule avait accumulé la réception d'une chute, le lancer de couteau et le tir. A présent j'en payais le prix. Mon épaule me lançait et j'avais du mal à lever le bras ou à simplement le bouger. Les autres aussi, Tomas dans un grand instant mélodramatique était tombé à genou en se tenant l'épaule. Il nous faisait bien rire.

- Alors que fait-on ? posa April.

Hervé et Sarine étaient retournés dans le dortoir, quant aux deux fraternels, ils avaient disparu. Il ne restait que Kenny, Tomas, April, Sora, Sevy et moi. Soit une majorité de fille. Les garçons avaient de quoi se plaindre.

- J'ai entendu parler d'un salon de tatouage, proposa Sora.

Je n'avais pas entendu Sora parler beaucoup. Elle se faisait discrète. Je n'avais pas non plus eu l'occasion de lui parler. On chercha donc le salon de tatouage, qui se trouvait dans une pièce en profondeur. Ils avaient tous l'air enjoué d'aller se faire tatouer, moi non. A quoi cela servirait alors que certains de resteraient pas dans la faction. Avoir un tatouage pour avoir un tatouage ne servait à rien. Une fois chez les sans-faction, le tatouage ne serait qu'une décoration grotesque.

Nous arrivâmes enfin. Dans la salle, je repérai certains novices natifs, dont la brune frêle. Elle me reconnut et m'adressa un hochement de tête que je lui rendis.

- Bon, bon, bon, qui veut quoi ? s'enjoua April. Moi je pense que je vais me faire un papillon sur l'épaule gauche. Et vous ?

- Je n'en sais rien, soupira Kenny. Moi les aiguille, ce n'est pas vraiment mon trip.

- Oh aller ! soupira April. Je ne vais pas être la seule à franchir le pas.

- Au pire on fait du repérage et on reviendra, proposa Tomas.

- Bonne idée ! accepta Sora.

Chacun partit de son côté à la recherche de catalogue. Sora en revint avec deux. On s'assit dans un coin et on parcourra les œuvres sur les pages. April avait en tête son papillon et elle ne voulait pas lâcher cette idée, surtout quand elle trouva un papillon assez bien fait. Kenny regardait à peine, il était plus obnubilé par ce qui se passait autour.

- Celui-là n'est pas mal, tu en pense quoi ? me demanda Sevy.

Je jetais un œil à ce qu'elle me montrait, soit des ailes d'ange que je trouvais bien trop grande pour aller sur un corps.

- Ouais.

Je n'étais pas vraiment convaincue par celui-là mais Sevy faisait comme elle voulait. Tomas en repéra un, un triskèle. Quant à Sora, elle avait aussi une idée bien précise. Tandis que moi, j'étais comme Kenny, pas intéressée, j'en profitais pour me reposer. Je n'avais pas l'habitude de faire autant d'exercice. La douleur était un concept que je connaissais peu car je l'avais peu subi. Chez les altruistes le seul risque d'avoir mal c'était de tomber malade. Je fermais les yeux et pensaient à mes parents. Ma mère devait être en train d'assister à une collecte, elle rentrerait bientôt à la maison et mon père la rejoindrait quelques minutes après. Je n'avais jamais compris comment ils faisaient pour ne pas arriver en même temps, ils arrivaient toujours simultanément. Ma mère toujours la première.

Ça me rendit nostalgique de penser à eux, je sentais les larmes me monter aux yeux. Mais je n'avais pas le droit, ici c'était interdit. Je l'avais bien compris quand Sarine s'était effondrée. Les audacieux sont forts et fiers, il n'y a pas la place pour les gens faibles.

- Ivy, Ivy, me secoua ma jumelle. Ça va ?

- Faut que je sorte, croassais-je.

Elle me prit la main et me releva. Les autres nous regardèrent étonnés mais Sevy les rassura avec un sourire. Puis elle me fit sortir. Elle marchait devant moi, me tenant toujours la main. Une fois que l'on fut dans un couloir où il n'y avait personne, elle me prit dans ses bras.

- Tout va bien se passer, me rassura-t-elle.

- Je sais, soupirais-je.

Je vous le rappelle, ma sœur est la jumelle dominante. Son étreinte me fit du bien. Ça me rappelait que je n'étais pas seule, que j'avais encore un peu de famille à mes côtés.

- Ça va aller ? insista-t-elle.

- Oui. On est qu'au troisième jour, ce n'est pas le moment de flancher.

- On y arrivera Ivy, quoi que tu penses, on y arrivera.

- J'espère.

- Bon, tu veux qu'on aille où ?

- Je pense que je vais retourner au dortoir, va rejoindre les autres, toi.

- Tu es sûre ?

- Oui.

Ma sœur déposa un baiser sur ma joue et disparut après un croisement. Je ne savais pas vraiment où je me trouvais alors je suivis le couloir. Je me retrouvais devant plusieurs portes mais aucune n'était celle de dortoir. J'allais tourner les talons mais une porte s'ouvrit en face de moi.

- Tu voulais quelque chose ? s'enquit Tris.

- Euh... Je cherche le dortoir.

- Déjà perdu ? sourit-elle amusé. Comment ça se fait que tu sois seule ?

- Les autres sont partis baver devant les tatouages, plaisantais-je.

- Je vois. Suis-moi je vais te raccompagner.

On allait partir mais quelqu'un appela Tris. En nous retournant on tomba sur Quatre torse nu. Je sentis mes joues rougir et je baissais la tête gênée.

- Tu vas où ? demanda-t-il.

- Je ramène Ivy au dortoir, elle s'est perdue.

- Ah... Reviens vite.

- Bien sûr !

Tris se mit à rire. Un petit rire léger et cristallin. Elle commença à s'éloigner et je la suivis en trottinant sans regarder Quatre au passage. Chez les altruistes, on n'est pas très tactile plutôt pudique. J'avais peut-être vue une fois ou deux ma sœur nue mais c'était quand nous étions enfant. Quand nous avons grandi, je préférais me laver sans elle. Tris dû remarquer mon désarroi car elle tenta un sourire. Je continuais de la suivre la tête baissée. Ce qui valut que je lui rentre dedans. Décidément je ne faisais que ça ici.

- Ivy, ce n'est rien, me dit-elle.

- Tu es avec Quatre ? changeais-je de sujet.

- Oui.

- Ah...

- Bon si tu avais un problème, n'hésite pas à venir me voir. Je ne mange pas et Quatre non plus.

Elle disparut ensuite et j'entrais dans le dortoir. Hervé et Sarine dormait l'un contre l'autre. Aucune trace des fraternels. Je m'allongeais fixais le plafond gris. Que c'était épuisant cet entraînement. De ce que je savais, l'initiation audacieuse était la plus cruelle et peut-être aussi la plus difficile. Mais je ne pouvais pas vraiment comparer, je n'en connaissais pas assez sur les autres initiations des autres factions. Pour les altruistes l'initiation était la plus douce. C'était ce que je ressentais à chaque fois que mon père était en charge des novices.

Je me souviens qu'une fois alors que je devais avoir six ans, un audacieux nous avait rejoint. Il avait des tatouages sur tout le bras droit et j'étais restée des jours et des jours à les regarder. Puis il était devenu un parfait altruiste. De toute façon, rare était ceux qui échouaient à devenir altruiste. C'était contraire à nos valeurs, on ne poussait pas nos novices à finir comme des sans-faction. Cet homme n'avait pas non plus disparu de mes souvenirs, je l'avais croisé plusieurs fois quand je redistribuais de la nourriture avec ma mère.

Je sortis de mes pensées quand le fait de me laver s'imposa à moi. Je me redressais doucement pour regarder Hervé et Sarine. Ils dormaient profondément. C'était l'occasion rêvé. Je pris discrètement mes affaires et une fois prête, je me mis sous le jet d'eau. Elle était froide mais ça faisait du bien, ça me réveillait un peu. Finalement ce ne fut pas si terrible. Une fois que je fus rallongée, Sarine ouvrit les yeux, me faisant sursauter.

- Désolée, chuchota-t-elle. Je vais y aller moi aussi.

- Attention l'eau est froide, murmurais-je.

- Merci.

J'ignorais si elle était éveillée quand j'avais pris ma douche mais je décidais de faire preuve de respect. Je me mis sur le côté et fermais les yeux.

- Euh Ivy, Ivy.

Quelqu'un m'appelait et me secouai en même temps. Qui était-ce ? J'ouvris les yeux avec difficulté, je devais vraiment me réveiller mais je n'en avais pas envie. Après avoir papillonné des yeux pour m'habituer à la lumière, je reconnus Sarine penchée au-dessus de moi.

- Va falloir aller manger pour le dernier service, sinon on ne pourra pas. Viens, me dit-elle.

Je me levais et les suivis en zigzagant. J'avais du mal à me remettre dans la réalité. Mais si je m'arrêtais, je me laisserais tomber et je dormirais. Ça faisait tellement de bien, j'avais deux nuits de sommeil à rattraper. On arriva enfin devant la cantine. Au même moment April et Sevy sortaient.

- Bah alors vous étiez où ? s'étonna April.

- Au dortoir, on s'est reposé, répondit Hervé.

- Dépêchez-vous alors ! nous pressa April.

J'étais trop étonnée pour dire quoi que ce soit. Sevy le remarqua et me lança un coup d'œil désolé. Je me retrouvais donc à une table avec Hervé et Sarine, le couple érudit. Je n'en revenais pas de manger avec eux. Ça ne me dérangeait pas. Au contraire ! Non ce qui me dérangeait c'était que Sevy ne m'est pas attendue pour manger, ma sœur, une partie de moi m'avait laissé. Elle n'avait pas le droit, après tant d'années à vivre ensemble, elle n'avait pas le droit de me laisser toute seule. Je ruminais un peu mais mangeais quand même. Peut-être que cette nuit je pourrais bien dormir.

- Je sais que je n'en suis pas capable, soupira Sarine.

- Mais si ! Tu dois lui montrer que tu es une audacieuse.

- C'est faux Hervé, je ne vais pas y arriver.

- Tu ne sais pas, il reste encore une bonne partie avant la fin de l'initiation.

Sarine lui adressa un sourire triste. Hervé soupira, l'attira contre lui et déposa un baiser sur son front. L'évidence me frappa, ils étaient en couple. Je ne m'en étais même pas rendue compte, les voir dormir ensemble ne m'avait même pas mis la puce à l'oreille parce que moi je dormais avec Sevy. Hervé remarqua mon regard étonné car il me sourit.

L'égoïsme me frappait-il ? Comment avais-je pu ignorer ça ? J'étais la dernière des idiotes. Mais ça me faisait peur aussi, ça voulait dire que je ne faisais pas attention aux autres, que si je devenais de plus en plus égoïste, j'étais de moins en moins altruiste. C'était impensable. J'étais altruiste.

La faction avant les liens du sang. La faction avant les liens du sang mais... qu'elle faction au juste ? Altruiste ou audacieux ? Qu'est-ce que je devais suivre ? Qu'est-ce que je devais être ? Serait-il possible de rester altruiste parmi les audacieux ? Pourrais-je être à la fois audacieuse et altruiste ? Je venais par ces questions de me prouver à moi-même que j'étais divergente. Je ne pouvais pas être altruiste et audacieuse.

Sevy m'attendait assise sur mon lit. J'avais fait exprès de prendre tout mon temps pour manger. Déjà parce que je ne voulais pas revenir au dortoir et aussi parce que la cantine bénéficiait d'immense fenêtre me permettant de voir dehors. S'il n'y avait pas de fenêtre, je deviendrais folle à être enfermée. Je m'assis à côté de ma sœur sans la regarder.

- Ivy, parle-moi.

- Pour te dire quoi Sevy ? Je n'ai pas apprécié que tu manges sans moi, que tu me laisses. Ok, j'aime bien Sarine et Hervé mais j'aurais aimé que tu sois là. Tu peux me le dire si tu ne voulais pas manger avec moi, j'aurais compris.

- Ivy ce n'est pas ça ! C'est juste qu'après le salon, on avait tous très faim et je n'ai pas réfléchi, je me suis dit que tu me retrouverais là-bas.

- Dommage, c'était la mauvaise pioche, raillais-je.

- Aller, ce n'est rien.

- Pour toi peut-être, pas pour moi.

- Très bien, conclut-elle sèchement.

J'étais toujours assise à réfléchir quand les lumières s'éteignirent. Après quelques minutes, je m'allongeais en cherchant le sommeil.


J'espère que ça vous a plu. N'hésitez pas à me donner votre avis, à me poser des questions. J'y répondrai du mieux que je peux. A bientôt !