CHAPITRE 9
Blablazone : Bonsoir, bonsoir ! C'est avec une certaine avance que je vous livre ce huitième chapitre, n'y prenez pas goût c'est parce que je suis occupée vendredi et ce week-end, du coup je ne voulais pas vous oublier. Message court mais je vous souhaite quand même une bonne lecture ! Profitez, profitez paraît que le beau temps est de retour ! A la semaine prochaine !
Réponse review :
Momo : Hello ! Contente que ça t'ai plu. Par contre je vais vite corriger un chose, ce n'est pas Zack qui est chauve (haha !), non c'est Archi, son nom est cité une fois dans la chapitre je crois et c'est l'un des meilleurs amis de Zack. Et j'ai écris chauve mais j'entendais crâne rasé, le terme « chauve » est peut-être trop fort. Alors je suis d'accord quand j'ai relu le chapitre moi aussi j'ai trouvé la réaction d'Ivy exagérée (je me serai donné des baffes) mais on va dire que ça fait partie du personnage. Il ne faut pas oublier que ce sont des jeunes de seize ans (donc équivalent à des lycéens et je peux te dire que ce genre de réactions arrivent, je parle là d'expérience, aujourd'hui je n'ai plus seize ans et je trouve ça puéril, mais quand t'as seize ans t'es encore un enfant en quelque sorte). Je ne sais pas si cet axe sera clair mais j'ai aussi voulu mettre en avant cet espèce de fait qu'ils n'ont que seize ans et que ce sont encore des « enfants ». J'arrête de parler et je te laisse à la lecture ! Bon chapitre, à bientôt et merci !
CourtneyAckles : Salut ! Je suis tellement contente que Hervé et Sarine te plaise, Sarine est l'un des personnages que j'apprécie énormément par rapport à d'autre. L'avenir de Sarine au cours des prochain chapitres. Et oui il n'y a pas que Éric torse nu, il paraît que Quatre n'est pas mal non plus ! Du coup un jour où l'autre Éric à moitié déshabillé ou nu ? Que cette question te hante ! A bientôt !
Cette fois j'avais dormi mais de façon saccadée. Sevy ne me parlait pas et ce matin, elle s'était assise à l'opposé de là où j'étais. Les autres n'avaient pas posé de question mais je savais qu'il sentait la tension. Sarine et Hervé étaient venus près de moi. Je n'étais pas seule mais intérieurement si. Ma sœur et moi, nous nous disputions très peu. Mais savoir qu'on s'était disputée dans notre nouvelle faction m'avait blessé. Je ne voulais pas la perdre et devenir audacieuse, autant abandonner maintenant. J'étais ici pour elle, pas pour moi, pas pour la faction. J'avais désobéi à la seule règle la plus importante de notre société. Si ma sœur continuait à me faire la tête, je ne continuerais pas. Ça ne servirait à rien de réussir pour partir ensuite, ça ne ferait que gâcher une place pour les différents candidats. Au fond c'est seulement ce que nous étions, des candidats. La faction des audacieux recherchait les plus fort. Leur initiation servait à faire dégager les plus faibles.
Nous avons donc rejoint nos instructeurs dans la salle d'entraînement. Ce matin nous reprenions nos couteaux. Ça ne me déplaisait pas, j'étais plus à l'aise avec les couteaux qu'avec les armes à feu. Il suffisait d'être précis et il n'y avait aucun bruit pour nous déranger. Cette fois-ci j'étais encadrée par Sarine et Sora.
- Comment as-tu fait au fait pour tirer dans le centre ? questionna Sora.
- J'étais une érudite, les maths ça me connaît. Ce qu'il me demandait relevait simplement des maths, répondit Sarine.
- Pourquoi n'as-tu pas fait ça avant ? posais-je à mon tour.
- Parce que c'était la première fois que j'en tenais une. Il faut se rendre compte que c'est une arme qui tue. D'habitude je n'utilise pas le métal pour ça, me répondit-elle.
- Pour le lancer de couteau, c'est pareil ? continuais-je.
- Oui. Il faut juste s'habituer et bien se positionner.
Je n'avais pas besoin de maths pour cet exercice. J'étais plutôt bonne dans mon domaine.
- C'est dommage qu'on n'est pas des cibles vivantes, éclata de rire April.
- Stop ! tonna la voix de Quatre.
- Tu vas encore nous attirer des problèmes, soupira Kenny. Tu ne pouvais pas te taire !
- Désolée, sourit-elle.
Quatre fit plusieurs allers-retours avant de s'arrêter et de tous nous regarder. Quand son regard passa sur moi je ne pus m'empêcher de rougir et de baisser la tête, me le rappelant torse nu.
- April m'a donné une bonne idée, sourit-il. Quelque chose qui a déjà été testée d'ailleurs, dit-il en jetant un coup d'œil à Tris.
- L'un de vous va se placer devant une cible, ajouta-t-elle.
- April, soupira Kenny.
- Bah je me dévoue puisque c'est de ma faute, leva la main April.
- Bien. Qui veut lancer les couteaux ? demanda Tris.
Nous tournâmes nos regards ailleurs, non-désireux de tirer sur une amie, surtout si on avait le doute de rater.
- Moi, décida Anan.
Il fit un pas en avant et prit les couteaux que lui tendit Quatre.
- En place April, ordonna notre instructeur.
April soupira et se dirigea vers la cible. Elle n'atteignait même pas la tête de la silhouette, étant trop petite de quelques centimètres. Malgré son sourire, elle ne paraissait pas rassurée. A sa place, je ne l'aurais pas été non plu, surtout avec Anan en face. Il était grand et bien en muscle, de stature assez carrée mais j'avais vite jeté un œil et il ne maîtrisait pas le lancer de couteau. Un mauvais départ pour April.
- Bon, April reste bien dans la cible et ne bouge pas. Si tu as peur ferme les yeux, taquina Quatre.
- Même pas peur ! assura April avec un grand sourire. Aller viens ex-fraternel, je t'attends.
Anan se plaça et lança un premier couteau qui atterrit bien au-dessus de la tête d'April. Je laissais échapper un soupir de soulagement et Sarine m'attrapa la main. Ensuite, il visa près de la main d'April, mais le couteau se retrouva à quelques mètres. C'était finalement une bonne chose qu'il n'y arrive pas.
- Bah alors, on ne s'est pas visé ? se moqua April.
- Tu vas voir ! cria Anan.
Il prit un couteau et le lança aussitôt, en regardant à peine. Sarine me pressa la main, fort très fort et moi je me figeais. Personne ne bougeait. Personne ne voyait le couteau. April avait baissé la tête, ses cheveux la cachaient. On vit le couteau tomber par terre et quand elle releva la tête, on put voir une entaille sur sa joue, du bas de son visage et presque en-dessous de l'œil.
- Tout va bien ? posa Tris inquiète.
- Je vais le tuer, éructa-t-elle.
Elle fut bien trop rapide pour que quiconque prévoit ce qu'elle allait faire. Elle se jeta sur Anan et le cloua au sol. Son poing s'apprêtait à frapper mais Quatre l'enleva avant. A se débattre ainsi, on aurait dit une vraie furie.
- Stop April! Stop! cria Quatre. Les combats ne sont pas pour maintenant, garde ça pour plus tard.
- Toi t'as de la chance qu'on me retienne, menaça-t-elle.
- April ça suffit ! gronda Quatre.
Elle comprit et arrêta de se débattre. Quatre l'observa ensuite, l'entaille ne paraissait pas profonde mais le sang coulait.
- Tu vas aller à l'infirmerie, Tris va t'accompagner.
April ne dit plus un mot, elle sortit avec Tris à ses côtés. Ensuite Quatre nous ordonna de nous remettre au travail. Tout le monde jetait des regards nerveux vers Anan sauf son amie Judy. Nos regards étaient hostiles, April était sympathique et c'était l'amie de la plupart des novices, lui faire du mal n'allait pas le faire entrer dans nos bonnes grâces.
- April est courageuse, tu ne trouves pas ? me glissa Sarine.
- Ou carrément folle, répondit Sora à ma place. Anan aussi est fou. Il aurait pu avoir un coup plus dangereux, tout ça parce qu'il a cédé à la colère.
- Je vous signale qu'April aussi a cédé à la colère, ajouta Kenny. Ils ne sont pas mieux l'un et l'autre.
- Tu es rabat-joie Kenny, soupira Sora.
- Non je suis juste sin...honnête avec la réalité.
On avait tous comprit qu'il avait failli dire "sincère" mais c'était comme proscrit de son vocabulaire. Un sincère qui disait être sincère chez les audacieux, ça pourrait être mal pris. Comme le mot altruiste, cet adjectif ne pouvait pas être utilisé par moi parce que je ne l'étais plus, ça aurait prêté à un quiproquo.
Nous retrouvâmes April à la cantine, elle nous attendait à une table et elle nous fit signe quand nous arrivèrent. A ses côtés se trouvaient Tris. Nous prîmes tous place avec nos plateau, heureux de voir qu'elle se portait bien. Anan et Judy se dirigèrent vers notre table mais le regard d'April n'avait rien d'engageant.
- Y'a pas de place pour vous, dit-elle froidement.
- Nous faisons ce que nous voulons, répliqua Judy. Ce n'est pas toi qui va nous empêcher de manger ici.
- T'es sûre ? Tu veux goûter à mon poing toi aussi, menaça April.
- Tu ne me fais pas peur la sincère, répliqua Judy.
- Ça suffit, décréta Quatre. Asseyez-vous les novices et toi April remballe tes poings, les combats ce n'est pas encore pour maintenant.
- Donc ça aura lieu ? demanda April plein d'espoir.
Quatre ne répondit rien, il se contenta de sourire, ce qui fit glousser April de bonheur. Je jetais un œil à Sevy, ma sœur m'ignorait royalement. Si nous ne nous ressemblions pas autant, elle aurait été comme une étrangère avec moi. Mais elle ne pouvait pas me renier, je faisais partie de sa vie qu'elle le veuille ou non. J'étais désolée et je souffrais qu'elle soit si loin de moi. J'étais ici pour elle pas pour pleurer ou perdre ce que j'avais de plus chère. Elle discutait avec Tomas. Ce dernier me regarda et m'adressa un clin d'œil. Je le remerciai par un petit sourire. J'étais triste.
Le phénomène des jumeaux c'était complexe. Nous étions sœurs, mais nous étions très proche aussi, plus proche que des sœurs normales. Nous étions issues de la même cellule-souche. Sevy était une partie de moi. Si nous avions été séparées, nous en aurions souffert toutes les deux. Ça aurait créé un vide. C'est ce que je ressentais, un vide. J'aimais ma sœur et je donnerai ma vie pour elle. Je serai prête à tuer pour elle. C'est seulement dans ce cas-là que je dérogerai à tous mes principes altruistes.
- Tu es aussi une anti bœuf ? me parla April.
- Hein ?
- Je ne t'ai pas encore vu avec un morceau de bœuf dans ton assiette, donc je te demande si tu es anti bœuf ? sourit-elle.
- Non, je mange de la nourriture dont j'ai l'habitude.
- Crois-moi tu aurais bien besoin d'un coup de viande rouge, tu es toute pâle, me fit-elle remarquer.
- Tu crois que le bœuf va m'aider à prendre des couleurs ? souris-je.
- A voir !
Je n'en revenais pas que les gens soient aussi attentifs à ce que je mangeais. Ça m'amusait mais je ne voyais pas pourquoi je changerai mes habitudes alimentaires. Je mangeais normalement et sainement.
Nous dûmes reprendre les entraînements mais cette fois-ci se fut le tir à l'arme. Je n'étais pas vraiment douée et même si je touchais la cible, je n'atteignais jamais le centre. Plus loin, Sevy excellait. Je la voyais enchaîner les tirs et recharger comme si elle avait fait ça toute sa vie. La présence de ma sœur me manquait, je ressentais un vide en moi. A mes côtés, April s'amusait.
- Vous vous rendez compte ! Ma première blessure chez les audacieux ! s'esclaffa-t-elle. Vous croyez que je vais avoir une cicatrice à vie ? Ça serait trop cool. Quoi que j'ai peur que ça fasse moche sur moi.
- T'es fière d'avoir été blessée ? Espèce de folle ! Il aurait pu t'arriver pire ! déclara Kenny.
- Comme quoi trouillard ?
- Je n'en sais rien, il aurait pu te crever un œil.
- Même avec l'œil crevé j'aurais continué.
- Toi oui, mais est-ce que tu penses que les audacieux t'auraient laissé continuer ? ajouta Tomas.
April ne répondit pas et Kenny ne put retenir un ricanement. Si les audacieux supprimaient les faibles durant leur initiation, Tomas avait raison, April n'aurait pu continuer. Une personne blessée est faible par principe. Quand on voit quelqu'un qui boîte, on sait qu'il est faible. Alors si en plus, elle perdait la vue, elle serait recalée à coup sûre, il lui faillait ses deux yeux, ne serait-ce que pour tirer ou lancer un couteau.
Pour finir les entraînements d'aujourd'hui, Tris et Quatre nous firent faire des pompes, des abdos et des étirements. Je dois dire que mon épaule douloureuse apprécia. Ensuite nous eûmes quartier libre. Je n'avais nulle part où aller et je ne voulais pas subir la froideur de ma jumelle alors je rejoignais le dortoir. Personne ne me suivit. J'en profitais pour aller prendre une douche, ne supportant plus mon odeur de sueur. J'aimais être propre.
Quand je ressortis, enroulée dans une serviette, je tombais nez à nez avec Anan. Je devins rouge pivoine, pas besoin de voir pour le savoir. Il haussa les sourcils face à ma réaction et se dirigea vers son lit. Honteuse d'avoir été vue avec rien qu'une serviette et en plus par un garçon, je m'habillais plus vite que je ne l'avais jamais fait. Je m'apprêtais à sortir mais sa voix me retint.
- Tu devrais aller à l'infirmerie pour ton épaule, me conseilla Anan.
Il ne me regardait pas, il préférait le plafond. Je hochais la tête sans lui répondre et je sortis. Mon épaule n'était pas belle à voir, j'avais un hématome violet qui s'étendait de plus en plus sur l'omoplate. Un petit tour à l'infirmerie était certes nécessaire mais j'ignorais où me diriger. Je commençais donc à marcher au hasard, peut-être tomberais-je sur un visage connu. Mes recherches portèrent ses fruits car je tombais sur la novice native brune et frêle. Je me dirigeais vers elle.
- Euh excuse-moi, chuchotais-je.
Elle se retourna et son regard s'illumina en me reconnaissant.
- Oui ?
Tout comme je m'y attendais, elle avait une petite voix fluette.
- Tu saurais où je peux trouver l'infirmerie.
- Bien sûr ! Tu veux y aller pour quoi ?
- Euh ça, dis-je en désignant mon épaule.
Elle fronça les sourcils et hocha la tête. Nous nous mîmes donc en marche vers l'infirmerie. C'était un peu gênant de se retrouver avec une inconnue et en plus le silence était plutôt pesant. Je ne savais pas quoi dire et je ne voulais pas parler inutilement. Qui c'est ce qu'elle serait pour moi dans l'avenir ! Peut-être personne ! On arriva enfin devant une porte, elle l'ouvrit et me laissa passer devant.
La salle était assez grande pour avoir trois lits en hauteur. Il y avait plusieurs placards, de haut en bas du mur, qui devaient contenir les médicaments et tout le matériel nécessaire. Il y avait aussi un bureau dans le fond de la pièce mais personne ne s'y trouvait.
- Bon, euh, l'infirmier n'est pas là, c'est habituel, soupira la brune à côté de moi.
- Tant pis.
- On peut peut-être regarder si on trouve quelque chose.
- Oui.
On ouvrit des placards et des tiroirs au hasard et je trouvais enfin ce que je cherchais. Une crème anti-inflammatoire. Je fis signe à la brune que j'avais ce qu'il me fallait.
- Tu retrouveras ton chemin ? me demanda-t-elle.
- Oui.
- Ok. A plus tard alors.
- A plus tard.
- Ah au fait je m'appelle Rita et toi ?
- Ivy.
Elle me sourit en répétant mon nom et me laissa seule. Je m'assis sur un des lits et commençais à me masser l'épaule avec la crème. J'aurais voulu emporter le tube mais je ne voulais pas passer pour une voleuse alors je le reposais à sa place.
Mon chemin s'arrêta quand j'atteignis le Gouffre. Cet endroit me fascinait. Il était frais, donnait sur le dehors mais pouvait être mortel. Le bruit de l'eau tapant sur le rocher faisait du bien à entendre, je trouvais ça apaisant.
- Tu vas sauter ? s'invita une voix.
- Non, j'observe, répliquais-je.
- Quoi donc ? L'eau n'est pas si attractive.
- Je profite de la fraîcheur.
Je me tournais vers Zack et vit qu'il souriait, pour ne pas changer. Il se tenait là devant moi et me regardait. C'était déstabilisant.
- Tu me suis ? posais-je.
- Non ! Je suis tombée sur toi par hasard ! se défendit-il.
- Alors, l'initiation, ça se passe bien ?
- Ouais, super ! Et toi ?
- Un peu de mal pour le tir.
- Je pourrais t'aider si tu veux.
Je ne savais pas pourquoi j'avais lancé le sujet. C'était contraire à ce qu'il s'était passée avec Rita. On avait gardé silence parce qu'on n'avait rien à dire mais là, au contact de Zack, j'avais voulu parler, même pour dire n'importe quoi. Je ressentis même l'envie qu'il reste avec moi.
- Une séance de tir avec toi, c'est comme se jeter dans la gueule du loup, ironisais-je.
- Pourquoi me vois-tu comme un ennemi ? Je crie à l'injustice !
- Je me méfie, voilà tout.
- Pourquoi ?
- Tu es trop curieux.
- C'est une qualité !
Je ne répondis rien et lui accordais un maigre sourire. Être curieux était loin d'être une qualité à mes yeux. Puis je me m'éloignais, prête pour aller manger, il me suivit sans un mot.
- Tu ne souris pas souvent, fit-il remarquer.
Pour toute réponse, je haussai les épaules. J'avais assez parlé pour aujourd'hui. On entra et on fut accueilli par le bruit de la bonne humeur comme chaque jour. Je me servais et allais m'asseoir avec les autres. Zack me suivit et s'installa à côté de moi.
- Alors, on s'est perdu novice ? se moqua April vers Zack.
- Quoi ? Tu as trop de fierté pour manger avec moi, railla-t-il.
- Nan ! Bienvenue à cette table !
- T'as quoi sur la figure ? Tu t'es raté à l'entraînement ?
- Tu parles ! On a attenté à ma vie.
Ils continuèrent de discuter mais je ne les écoutais plus. J'observais ma sœur, en grande discussion avec Hervé et Tomas. Bizarrement, il n'avait pas Sarine à ses côtés. Eux aussi étaient-ils fâchés ? Non je ne pense pas. De toute ma vie, jusqu'à aujourd'hui, je n'avais jamais vu mes parents se disputer. Le fait qu'ils étaient altruistes en disaient long mais je connaissais d'autres familles altruistes où le conflit apparaissait parfois. Sevy ne me regardait pas, elle m'ignorait et elle paraissait plus heureuse comme ça. Je me mis à croire que c'était mieux. Après tout, j'avais l'allure d'une dépressive, je ne souriais pas, je ne parlais pas et j'étais renfermée. Fallait-il que je continue l'initiation ? Ou était-ce pour moi le moment de partir ? Je ne savais pas. Continuer ou abandonner. Devenir une audacieuse ou une sans-faction ?
Je quittais la table ne supportant plus mes questions sans réponse, ne supportant plus l'ignorance de ma sœur, ne supportant plus le bonheur dans cette salle. Je courus au hasard et m'arrêtais dans un couloir sombre afin de respirer. Si je devenais une sans-faction, je devrais trouver à manger, apprendre à vivre seule et avec rien, mais je pourrais voir ma famille. Sauf que c'était contraire à mes valeurs, si j'étais une sans-faction, j'obéirai toujours aux valeurs altruistes, alors je ne prendrai pas la nourriture que distribuait les altruistes, je ne me montrerai pas égoïste. C'était trop dur de choisir cette vie, trop facile d'abandonner.
Je décidais de retourner au dortoir. Alors que j'allais entrer, je vis Sarine arrivée en pleur. En me voyant, elle tomba dans mes bras. Je lui caressais les cheveux et fredonnais une mélodie au hasard afin de la calmer. Ça ne marcha pas. Ses pleurs redoublèrent et malheureusement, on ne pouvait pas rester au milieu du couloir. Je la reculais de moi et la fit entrer dans le dortoir. Il y avait seulement Judy et Anan. Ils tournèrent à peine la tête en nous entendant. Sarina alla s'asseoir sur son lit et je la rejoins. Aussitôt, elle cacha sa tête dans mon épaule et pleura.
Je ne savais pas quoi faire, alors je refis les mêmes gestes que tout à l'heure. Elle n'avait pas envie de parler, elle voulait juste pleurer et je pouvais comprendre. J'avais de plus en plus mal pour Sarine, si elle se montrait trop faible, elle échouerait. Mais pourquoi s'était-elle engagée dans cette faction ? Pourquoi ? J'espérais sincèrement que ce n'était pas par amour, car alors ça aurait été la plus idiote des raisons. Elle s'endormit et je posais sa tête sur mes genoux. Je la regardais, n'ayant pas d'autre chose à faire. Sarine était une personne douce, elle n'avait pas l'arrogance de ces congénères érudits. Peut-être qu'altruiste ou fraternel, auraient été des bons choix. Ou alors, peut-être aurait-elle dû rester chez les érudits près de sa famille. Hervé n'était sûrement pas l'amour de sa vie. Elle avait perdu la chance d'être dans une bonne faction et de trouver quelqu'un d'autre.
L'amour pour moi était un sentiment abstrait. A part ma famille, je n'avais jamais aimé, je ne connaissais pas ce sentiment. Mais je savais qu'il faisait faire du mal, qu'on souffrait à force d'aimer. Alors parfois, je concluais que c'était un sentiment négatif.
Tout le monde arriva en même temps. Hervé s'inquiéta en voyant Sarine dans cette position, il se précipita vers nous. Je regardais les autres. Ils faisaient à peine attention. Puis je m'arrêtais sur Sevy. Elle se tenait droite et me regardait. J'aurais dû être heureuse qu'elle m'accorde enfin un regard mais son regard n'était que noirceur pour moi. Elle me haïssait.
- Ivy, que s'est-il passé ? demanda Hervé après avoir couvert Sarine.
- Je ne sais pas. Elle s'est mise à pleurer sans pourvoir s'arrêter.
- Elle ne t'a rien dit ?
- Non. Elle a fini par s'endormir à force de pleurer.
- Hum.
Hervé ne m'écoutait plus, il gardait le regard fixé sur Sarine, qui dormait paisiblement à présent. Je décidais de les laisser pour rejoindre ma couche. Tomas s'approcha de moi. Il prit le bras de Sevy et l'obligea à s'asseoir.
- Toutes les deux vous ne pouvez pas rester ainsi, déclara-t-il. Ce n'est pas possible que vous restiez sur un conflit.
- Elle vient de trouver une autre sœur, cracha Sevy.
Je n'avais rien à dire. Sevy avait été jalouse en me voyant avec Sarine.
- Ivy, réagis, insista Tomas.
- Je déteste quand on se dispute. Je me suis sentie délaissée quand tu n'as pas mangé avec moi. Je me sentais seule face à ton ignorance. Je souffre Sevy. Et s'il n'y a aucune chance pour qu'on se réconcilie, j'abandonnerai l'initiation.
Tomas ouvrit de grands yeux. Sevy aussi réagit, elle se leva et se posta devant moi. Moi-même, je prenais conscience de ce que je venais d'avouer. Sora et April nous regardaient. Je n'en revenais pas, ces choses que je venais de dire. Personne n'aurait dû les savoir, elles n'étaient adressées qu'à ma jumelle, à ma moitié, pas à toutes les oreilles.
Contre tout ce que j'avais pu imaginer, Sevy se mit à ma hauteur et me prit dans ses bras. Elle me serra fort jusqu'à m'étouffer. Cette étreinte suffit à me donner du courage et de l'espoir.
- Jamais je n'accepterai que tu partes à cause de moi, chuchota-t-elle. Maintenant je vais te lâcher, avant que nous pleurions.
Elle me lâcha. Je savais que je souriais, car oui pour une fois j'étais heureuse. Ce soir j'étais sûre de dormir.
J'espère que ça vous a plu. N'hésitez pas à me donner votre avis, à me poser des questions. J'y répondrai du mieux que je peux. A bientôt !
