CHAPITRE 21

Blablazone : Bonjour ! C'est toujours avec un immense plaisir que je vous livre ce nouveau chapitre, qui amène un peu de rebondissement. La semaine dernière je vous avais demandé quelque chose, comme l'un des peurs qui pourrait apparaître dans votre paysage des peurs, pour ma part ce sont les mouches. Je vous jure, j'en ai peur depuis que je suis petite et dès que j'en vois une, je m'enfuis et quand elle me tourne autour je me cache. Parfois on peut vraiment avoir des peurs étranges. Enfin bref, encore aujourd'hui des simulations ! Je vous souhaite une bonne lecture et je vous dit à la semaine prochaine.

Réponses review :

Momo : Salut ! Je suis terriblement contente que ça t'ait plu. Et j'avoue, si Ivy n'en a que quatre c'est parce que je n'en ai pas trouvé d'autres. J'ai préféré en faire peu pour qu'elles aient toutes du sens. Je suis vraiment désolée pour la longueur quant aux escapades de Sevy, on va dire que ça fait parties des points négatifs de cette histoire. Du coup, je peux te dire ce qu'elle fait si tu veux (tu me diras et la prochaine fois je te donne la réponse). J'ai aussi un peu le vertige, je comprends. Bonne lecture !

CourtneyAckles : Salut ! Je suis vraiment contente que ça t'ait plu ! Bonne lecture !


Si les combats nous éreintaient, la première séance de simulation avait commencé à nous briser. La nuit avait été dure à passer.

Sora avait crié toute la nuit. Sevy avait dormi contre moi, tremblante. Plusieurs fois j'avais entendu April et Tomas gémir puis ils se taisaient. J'avais vécu l'insomnie encore une fois. Hantée par le fait que ma sœur n'était pas vraiment là. Maintenant persistait un petit doute qui me disait que rien n'était réel. J'avais passé la nuit à réfléchir. A me dire que je donnerai n'importe quoi pour retourner aux combats et fuir mes peurs.

J'avais aussi réfléchi à ma divergence. Jusque-là elle ne m'avait pas causé de souci et j'avais laissé ma méfiance s'endormir. Mais elle se rappelait à moi trop brutalement. Un bref espoir était né, celui de vivre normalement sans que personne ne sache jamais mon secret. Être divergent ne me paraissait pas être si dangereux. Enfin jusqu'à aujourd'hui.

Sora fut la première à se réveiller. Elle mit quelques minutes avant de calmer sa respiration hachée puis elle alla prendre une douche. Sevy avait encore le sommeil agité et je décidais de la réveiller. Normalement le réveil ne devrait pas tarder. Elle ouvrit les yeux et rien qu'un instant son regard fut teinté de terreur. Il lui fallut du temps pour comprendre que c'était moi et qu'elle n'était pas totalement dans le noir.

- Bonjour, lui souris-je.

- Bonjour.

Elle se redressa et se frotta les yeux. Au même moment les lumières s'allumèrent provoquant un soupir de mécontentement d'April. Elle ouvrit les yeux et fusilla Quatre du regard.

- Avec ce qu'on a vécu hier, vous ne pouvez pas nous laisser dormir tranquille ! râla-t-elle.

- Le fait d'affronter tes peurs ne doit pas te rendre vulnérable. Vous êtes là pour progresser pas pour régresser, répliqua Quatre froidement. Dépêchez-vous !

April continua de la fixer d'un regard mauvais et rejoignit les douches. Tomas encore endormi vint s'asseoir à côté de moi.

- Sale nuit, n'est-ce pas ? bâilla-t-il.

- Oui.

- C'était intense ta séance ?

- Ça paraissait réel.

- Moi aussi. Mon ancienne faction est vraiment douée lorsqu'il s'agit de sérum de simulation. Je ne savais pas que c'était autant performant.

- Tu connaissais bien Hervé et Sarine ?

- Très peu, soupira-t-il. On se voyait à peine dans les couloirs de notre faction. Mais j'ai été vraiment étonné qu'ils se retrouvent là. Enfin Hervé pas trop, il a toujours eu un tempérament fort. Mais Sarine… Enfin bref. Allons manger, j'ai faim !

De bonne humeur, il se leva et sortit du dortoir. J'attendis que les filles terminent et nous allâmes petit-déjeuner. Tomas se trouvait sur la même table que les natifs et c'est aussi là que nous prîmes place. On craignait tous pour la prochaine séance. Nous mettre face à nos peurs n'avaient rien de glorieux.

- Ça craint ! J'espère que je ne vais pas encore tomber sur Éric, se lamenta une native du nom de Cherry. Je vous jure c'est l'horreur.

- Pourquoi ? s'étonna Sora.

- Il ne laisse rien transparaître. Quand je suis sortie de la simulation, il avait l'air de se ficher de mon état et il m'a demandé de sortir. J'aurais presque préféré l'entendre crier. Sa froideur est juste… mortelle.

- Petite joueuse, la nargua Nico.

- On verra si tu passes avec lui ! répliqua Cherry. Petit chanceux, t'es tombé sur Tris. C'est l'instructrice parfaite pour cette épreuve. Je suis sûre qu'elle vous traite comme une maman.

- C'est faux ! rougit Nico.

- Tu n'as jamais su mentir Nico, se moqua Archi.

Les chamailleries d'Archi et Nico nous détendirent. Et ce fut plus heureux que nous rejoignîmes nos instructeurs. Cependant en approchant des portes les sourires retombèrent quelques peu. Comme la veille, ils nous attendaient. Sauf qu'à la place d'Éric se trouvait l'instructeur des natifs, Uriah.

- Vous êtes vraiment sûr qu'on ne peut pas choisir ? plaisanta Archi. Moi je veux passer avec Uriah !

- Je suis flatté Archi, sourit Uriah. Mais ça serait trop simple de te faciliter la tâche. Bon l'heureux élu est… Nico !

- Perdu mon pote ! le nargua le nommé.

- Uriah ! râla Archi.

- Ça suffit ! gronda Quatre. Ce n'est pas un jeu. Sevy avec moi, Zack avec Tris.

Je jetais un regard encourageant vers Sevy. Elle frissonnait déjà et je voulais qu'elle y aille rassurer. Je savais que l'une des plus grandes peurs de ma jumelle était le noir. Mais les autres ? Alors que le temps passait, une question me traversa l'esprit. Et si ma sœur était elle aussi divergente ? C'était une logique à ne pas ignorer vu que nous étions jumelles. Combien y avait-il de chance qu'elle le soit ? Si c'était le cas, elle m'en aurait parlé. Enfin peut-être. Avant j'aurais été sûre à cent pourcent mais depuis que nous étions chez les Audacieux, j'avais l'impression que je ne la connaissais pas si bien que ça. Il fallait aussi que je l'interroge au sujet d'Éric. Mais avec les simulations ce n'était pas encore le bon moment.

- Archi à toi, appela Uriah.

- Super ! Je suis avec toi !

- Tais-toi ! Quatre va encore nous gronder !

Avec un grand sourire Archi nous souhaita bonne chance et suivit Uriah. Peu après lui, Zack sortit et laissa sa place à April. Il se dirigea vers moi et se laissa tomber à mes côtés.

- C'était moins dur. Mais ça reste…

- Difficile.

- Oui.

Il hocha la tête plusieurs fois et son regard se perdit dans le vague. C'était la première fois que je trouvais qu'il manquait de vivacité. Je ne savais pas quoi faire pour le faire sourire, le réveiller de son mal parce que c'était l'impression qu'il me donnait, celle d'aller mal. J'ouvris la bouche et la refermait aussitôt alors que ma sœur sortait. Son regard d'animal égaré me dissuada de la toucher. Comme hier, elle se protégeait le ventre de ses deux bras.

- Sevy ?

- Ça va, ça va, me dit-elle. Je vais aller marcher un peu, m'aérer.

Elle secoua la tête et sortit. Sora fut la suivante. La veille j'étais passée la dernière avec Tris et plus les gens se faisaient appeler, plus je sentais que le schéma allait se répéter. Bientôt Zack et moi nous retrouvâmes seuls.

- Tu peux y aller, lui dis-je.

- Je n'ai rien à faire de toute façon.

- Je suis une grande fille, insistais-je.

- Je sais. Je sais aussi que tu es forte. Et malgré tout hier tu as fait une crise de panique. Alors je reste.

- Ivy, m'appela Tris. A toi.

Enfin j'allais passer. Tout ce que je voulais c'était me débarrasser de cette séance de simulation. Tris me fit signe de m'asseoir sur le fauteuil et je m'exécutais. Hier tant bien que mal j'avais compris qu'elle était une divergente, comme moi. Pourtant ce fut seulement à ce moment-là que je me sentis moins seule.

- Bon, comment vas-tu ? commença-t-elle.

- Bien.

- Je vais mettre les choses au clair, tu ne peux pas agir de la même manière qu'hier lors de tes peurs. Le fait est que tu as conscience que ça n'est pas une réalité et du coup ton cerveau a la possibilité de créer des choses pour t'aider. Sauf que c'est propre au divergent.

- Qu'est-ce que je dois faire ?

- Tu dois penser comme une audacieuse. Toutes tes actions, tes gestes, tes expressions, tout doit être fait de façon audacieuse.

- Et si je n'y arrive pas ?

- Cette possibilité n'existe pas ! tonna Tris. Tu n'as pas le choix Ivy. Quatre et Uriah sont divergents mais Éric non et il se peut que tu passes avec lui. Pour l'instant il ne veut pas s'en occuper mais il change vite d'avis alors je vais te préparer. Ainsi le jour du test tout se passera bien.

- Comment fait-on ?

- Nous allons étudier chacune de tes peurs. Tu as peu de peur donc un temps court. Les autres ont en moyenne une dizaine de peur, si ce n'est plus. On leur apprend à combattre certaine peur et à réduire leur temps. Avec toi, l'apprentissage va être différent.

- Ok.

- Bien. Tu te souviens, pense en Audacieuse.

Et sans m'y préparer elle m'injecta le sérum. Le temps d'un battement de paupière et je me retrouvais attachée sur une chaise. Penser comme une audacieuse. Je parcourus la pièce des yeux à la recherche d'un outil qui me permettrait de couper les cordes autour de mes poignets. Mais la salle demeurait vide avec seulement la table et la bassine d'eau. Un moyen pour me détacher, je ne pensais plus qu'à ça. Et d'un coup un couteau apparut dans mes mains. Je venais de créer, donc l'exercice échouait pour cette peur. Le temps que je me détache, l'Audacieux sans visage était entré. Il mit quelques temps à réagir et au moment où il se jeta sur moi, je lui enfonçais le couteau dans le ventre. C'était la première fois que je tuais et j'étais répugnée. Pourtant une petite voix me disait que ce n'était qu'une simulation.

Seconde peur. La ville complètement déserte et ce besoin de trouver quelqu'un. Comment être audacieuse dans cette situation ? Je n'allais pas commencer à survivre alors que ce n'était pas réel. Tris avait dit autre chose hier, on pouvait calmer les battements de notre cœur. Je fermais les yeux et imaginais une situation qui me détendait. Ma mère me coupant les cheveux. Cela m'avait toujours apaisé. Quand je rouvris les yeux, j'étais dans la Ruche. Mes parents en haut des gradins me regardaient tristement, après m'avoir salué, ils me tournèrent le dos. Cette peur était celle que je comprenais le moins. Je ne savais pas comment interpréter leur réaction. Était-ce la peur de l'abandon ? De la perte ? Toujours la même question, comment réagir comme une audacieuse ?

- Ivy !

Je me retournais pour voir la petite Sevy se jeter dans mes bras. Je retrouvais l'odeur de ma sœur, son étreinte. Comme je l'aimais. Encore une fois je m'étais trompée. Sevy ne faisait pas partie de cette peur mais au moins sa présence me rassurait. Les yeux encore fermés, je sentis deux poignes fortes me maintenir. J'ouvris les yeux sur Sevy essayant de se débattre pour me rejoindre. Mais ils la ruaient de coup et elle tomba à genoux. Je voulais crier mais un sanglot se coinça dans ma gorge.

- Ne me regarde pas ! priais-je. Pitié, ne me regarde pas.

Sevy tourna ses yeux verts vers moi et reçut une balle dans la tête. Je laissais ma tête tomber contre mon torse et je me mis à pleurer. C'était fini, j'avais échoué à la sauver.

- Espèce de lâche.

Je relevais la tête, horrifiée face au canon de pistolet pointé sur mon front. La dernière fois ça ne s'était pas passé comme ça. Qu'est-ce qui avait changé ?

- Les lâches ne méritent pas de vivre.

Le coup partit et j'aurais juré que la sensation était réelle. Pourtant lorsque je repris connaissance, j'étais clouée sur le fauteuil en sueur. Celui qui m'avait tué était Éric. Je tournais la tête vers Tris et je me raidis encore plus lorsque je vis son regard en colère.

- C'était une catastrophe ! As-tu seulement écouté ce que je t'ai dit ?

- Bien sûr !

- Quand as-tu agi comme une audacieuse ? Ivy il va falloir te concentrer ! Tu ne peux pas créer.

- J'ai fait combien de temps ?

- Quatre minutes. Ne te réjouis pas. Maintenant sors d'ici et réfléchis pour la prochaine simulation.

C'était la première fois que je voyais Tris aussi en colère. Devant sa mine fermée, je m'éclipsais discrètement. Affronter ses peurs se révélaient plus compliqué que prévu. Je souris en voyant Zack encore en train d'attendre.

- Tout va bien ? s'enquit-il.

- Oui.

Tandis que je prenais le couloir il me suivit sans un mot. J'avais besoin de prendre l'air et de me poser pour réfléchir. La dernière fois que nous avions été sur le toit, j'avais mémorisé le chemin. Lorsque je franchis la porte, je pris une longue goulée d'air. Puis sans un mot, je m'assis par terre, les jambes croisées et je fermais les yeux.

- Quelle est ta peur la plus terrible ? me demanda-t-il.

- Je l'entendis s'asseoir près de moi.

- Voir ma sœur mourir et ne rien pouvoir faire. Et toi ?

- Je n'en sais rien. Mes peurs me font toutes peurs, rit-il. Mais je dirai que c'est celle lorsque je suis attaché sur une table d'opération et qu'on me plante des aiguilles partout. Dans cette peur j'ai conscience que je suis un cobaye.

- Combien as-tu de peur ?

- Onze mais je vais pouvoir en effacer une ou deux. Et toi ?

- Quatre.

Même les yeux fermés je sentis son effarement. Je le sentais s'écarter de moi et fixer son regard sur moi. Il ne me croyait pas, ou à moitié. Mais pourquoi lui mentirais-je ? J'ouvris les yeux et tournais ma tête vers lui. Il avait les sourcils froncés et le regard perdu.

- Tu peux croire ce que tu veux, lui dis-je.

- Si tu avais pu choisir une autre faction que les Audacieux, où aurais-tu été ?

- Je serai restée chez moi, souris-je tristement en détournant les yeux. Et toi ? Où aurais-tu été si les Audacieux n'existaient pas ?

- Chez les Fraternels, me dit-il avec un sourire. Ils ont le même esprit de famille que nous.

Je me mis à sourire avec lui. Les Fraternels n'étaient pas le pire des choix.

- Tu sais ce que tu vas faire après l'initiation ? Quel poste ?

- Qui sait ! Un moment Kravy avait presque réussi à ma convaincre de rejoindre le groupe de soldats qui travaillent avec les Erudits mais je crois que je vais tirer un trait dessus.

- Pourquoi ?

- Parce que ce groupe de soldat traque les divergents. Et qu'ils ont les Erudits pour partenaire. Autant te le dire, Jeanine Matthews n'a pas la côte dans ma famille et c'est hors de question que je travaille avec ces manipulateurs.

J'étais choquée par ce qu'il venait de m'avouer. Jamais les Altruistes n'avaient entendu parler de ce groupe spécial.

- Depuis quand existe-t-il ce groupe ?

- Éric l'a instauré lorsqu'il est devenu leader.

- Pourquoi les autres factions ne sont-elles pas au courant ?

- Elles sont au courant.

Vraiment ? Ça j'en doutais grandement. Éric, cela serait lui et toujours lui. Plus j'en entendais sur lui plus je l'avais en horreur. A mes yeux il ne serait jamais mon leader. Je voulais réfléchir sur une stratégie pour être moins divergente dans mes peurs mais cette nouvelle information me hanta. Un groupe de soldat traquant des divergents. Les tuaient-ils ? Avec le secret que j'avais, je devais encore plus me méfier. Les Audacieux avaient la loyauté dans le sang mais si ma divergence se révélait on me verrait comme une traîtresse et j'en paierai le prix. Les Erudits aussi cachaient bien leur jeu. Dire que tous les ans des discours avaient lieu sur l'unité des factions et notre système si parfait. Mais au fond il n'y avait que mensonge et manipulation. Plus les ans passaient, plus la faction altruiste menait sa petite guerre avec les érudits. Les alliances se formaient déjà. La preuve les audacieux étaient du côté érudit.

Nous restâmes toute la soirée sur le toit ensemble. Puis nous rejoignîmes les autres. J'étais la seule transfert pour l'instant mais les autres m'accueillirent avec la même joie que pour Zack. Je ne pouvais ignorer que je me sentais intégré et contre toute attente cela faisait du bien. J'avais perdu une famille mais rien ne m'empêchait d'en créer une nouvelle.

Bizarrement la cantine se fit silencieuse. Nous tournâmes la tête dans la même direction que les autres et nos souffles furent coupés. Sevy était magnifique. Elle portait un t-shirt sans manche dos nu, avec une jupe qui lui affinait la taille. Ses jambes étaient allongées par de hauts talons. Une véritable beauté fatale avec ses lèvres pourpres, une beauté audacieuse. A l'autre bout, Éric la dévorait des yeux. Derrière se tenait April et Christina. Lorsque ma jumelle s'assit à côté de moi j'eus une vue imprenable sur son dos orné de deux ailes d'ange. April arborait une toile d'araignée dans le cou. Quelques minutes après Tomas et Sora arrivèrent.

Tous les garçons de notre table avaient le rivé sur ma sœur. La belle audacieuse. Je faisais pâle figure à côté mais je compris qu'ils ne me voyaient pas. J'étais une ombre, presque invisible. Même Zack regardait ma sœur avec désir, je n'existais plus. Sevy avait toujours ce charisme, elle attirait les gens et ils étaient souvent surpris de son caractère. Ma sœur avait toujours été belle parce qu'elle le voulait. Je tournais la tête et je croisais le regard brûlant d'Éric. Il me toisa quelques secondes et détourna le regard. Les discussions se centrèrent sur les tatouages. Zack arbora son scorpion, assez fier. Soudain les portes s'ouvrirent dans un fracas monstrueux et un homme trébucha au milieu de la pièce. Décharné, le regard apeuré, il nous contempla perdu. Ses joues creuses étaient couvertes de barbe et il portait des habits déchirés. Certains Audacieux s'étaient levés mais personne ne s'était encore approché de lui.

- Aidez-moi ! supplia-t-il.

Je me levais et allais à sa rencontre, ignorant Sevy qui m'appelait. Apparemment mon geste décida les autres à réagir. J'étais agenouillée devant l'étranger.

- Que vous est-il arrivé ? lui demandais-je doucement.

- Ils m'ont enfermé, chuchota-t-il sous le ton de la confidence.

- On va vous aider, souris-je. Ne vous inquiétez pas…

- Je ne veux pas qu'il m'emmène encore.

- Très bien, très bien. Tout va bien se passer, je…

Une poigne puissante me redressa et me poussa loin de l'homme. Éric me lança un regard mauvais me dissuadant d'approcher encore.

- Il faut l'aider, lui dis-je.

- Cela ne te concerne pas novice ! s'écria-t-il.

- Mais…

- Ivy ! me coupa Quatre. Ne te mêle pas de ça.

Quatre m'attrapa par le bras tandis que deux audacieux soulevaient l'homme et le faisait sortir. Éric les suivit et cela n'avait rien de rassurant. Quatre fut obligé de me contraindre à me rasseoir mais il ne m'empêcha pas de guetter les portes. S'il ne m'avait pas retenu, j'aurais couru après cet étranger.

- Que va-t-il lui arriver ? insistais-je.

- Pas maintenant, gronda Quatre.

- Ils vont lui faire du mal ?

- Pas maintenant ! répéta mon instructeur.

Je ne mangeais pas, repoussant mon assiette.

- Tu n'as pas à t'en faire pour les autres Ivy, c'est fini cette époque, me lança ma sœur.

- Parce que tu crois que je veux que ça se termine ? Tu crois que ma charité ne s'applique plus ? Tu me connais mal.

Je quittais la table d'un pas précipité. Sevy parlait de notre enfance comme si c'était un poids. Elle ne comprenait que qu'aider les autres c'était en moi, ancré au plus profond et que je ne pourrais jamais faire disparaître. Je me mis en marche, scrutant les couloirs à la recherche de l'homme blessé. Mais devant les portes, je me décourageais. Si j'ouvrais ça pouvait mal se passer. Je débouchais finalement sur une série de porte avec des hublots. Sur la pointe des pieds, je scrutais par la petite ouverture. La plupart des pièces n'étaient pas éclairées. Enfin je tombais sur une salle éclairée. Au centre se trouvait l'homme de tout à l'heure. Attaché à une chaise et lui tournant autour un soldat audacieux. J'eus à peine le temps d'apercevoir l'éclat de l'arme qu'une balle fut tirée. Je criais mais personne n'entendit jamais rien. Une main se plaqua sur ma bouche et je fus tirée en arrière. Je me débattis, griffant les mains qui me coupaient le souffle. Puis lorsque l'étreinte se relâcha, je tombais à genoux et je posais une main sur le mur. Haletante je cherchais à reprendre mon souffle. Mon cœur battait trop vite. Je savais que je n'aurais jamais dû voir cette exécution et j'allais en payer le prix. Je relevais la tête et croisais le regard de Quatre et tout mon corps de relâcha. Je faisais confiance à Quatre et j'espérais ne pas avoir fait d'erreur.

- Je t'ai dit de ne pas t'en mêler, chuchota-t-il durement.

- Ils l'ont tué.

- Je sais.

- Pourquoi ?

- Tu as la réponse Ivy, soupira-t-il, résigné. Et nous ne pouvons rien faire.

J'éclatais en sanglot devant lui. J'étais terrorisée. Cet homme était mort parce qu'il était divergent. Peu importe qui il avait été, il était mort divergent. Si on découvrait que je l'étais aussi, je finirais comme lui. Quatre posa une main sur mon épaule dans un geste de consolation.

- Je vais mourir, lui dis-je apeurée.

- Non. Ni toi, ni Tris, ni Uriah, ni moi. Nous n'allons pas mourir.

- D'accord.

- Je vais te raccompagner.

- Surtout pas ! Je dois me débrouiller.

- Si tu as besoin, n'hésite pas.

Nous fîmes quelques pas ensemble, le temps de reprendre une bonne expression. Puis nos chemins divergèrent. Je me retrouvais dans le dortoir et tous les regards se posèrent sur moi quelques secondes. Ils discutaient tous les quatre à voix basse. Je m'allongeais et serrais les dents. Pleurer ça serait pour plus tard. Il y avait plus important, je venais de découvrir que les audacieux tuaient des divergents en partenariat avec les érudits. Des exécutions en bonnes et due forme dont les autres factions ne savaient rien. Et c'était un motif d'inégalité, une anomalie dans notre système soi-disant équilibré. Ma sœur me tira de ma rêverie en s'asseyant sur ma couchette.

- Je ne fais pas la charité Sevy et je n'ai jamais joué un rôle comme tu penses le croire, dis-je en prenant les devants. Je fais ce qui me paraît juste. Et à mes yeux il était juste de venir en aide à cet homme. Nous ne sommes plus chez les Altruistes mais les Audacieux sont aussi là pour venir en aide aux autres en protégeant les factions et leurs membres.

- Et s'il avait été un Sans-faction ?

- Il n'aurait pas survécu jusque-là. Et quand bien même s'il l'avait été, je l'aurais aidé.

- De nous deux, tu as toujours été la plus altruiste. La parfaite altruiste, sourit ma sœur amèrement.

- Et nos parents t'ont aimé aussi. Ils nous ont aimé de la même manière.

- Ils me manquent Ivy.

- A moi aussi.

Je pris ma sœur contre moi et lui caressais les cheveux.

- Tu es une parfaite audacieuse, lui chuchotais-je.

- Maman aussi me caressait les cheveux comme ça.

- Je sais.

L'étreinte entre deux sœurs était vraiment ressourçante. Ma sœur me donnait de la force.

Je ne connaissais plus le sommeil. Rêver ? Comment dans ce monde de simulation. Je pleurais silencieusement cet homme que j'avais laissé mourir. Sevy déserta au milieu de la nuit mais comme les dernières fois je ne bougeais pas. Si je voulais protéger ma sœur d'Éric, je devais réussir mes épreuves et survivre.


Hey ! Voici la non-fin de l'histoire, juste une fin de chapitre. La patience est de mise jusqu'au prochain mais rien ne vous empêche d'imaginer… See you soon !