CHAPITRE 7
La nuit venue, la quasi totalité de la population de Polis était réunie sur la grand place au pied de la tour de commandement pour assister à la cérémonie de mise à mort. Au centre de la place illuminée par des torches avait été installé un pilier sur lequel serait attaché le condamné. Autour s'étaient disposés les Ambassadeurs, les généraux et la garde de Lexa, postée de chaque côté du trône qui avait été descendu de la tour, et sur lequel siégeait la Commandante, vêtue de son armure en cuir et de son manteau imposant, les yeux cernés du noir des peintures de guerre.
Lexa était nerveuse, ce qui n'était pas dans ses habitudes. Elle pouvait sentir la tension extrême qui envahissait la place et créait des murmures d'agitation dans la foule. On n'attendait plus que les Skaikru qui arrivèrent enfin avec le prisonnier. Lexa vit d'abord entrer Octavia qui chevauchait en tête du groupe et traversait la place. Elle s'arrêta à cinq mètres du trône et descendit de cheval.
— Heda, dit simplement Octavia en posant un genou à terre et en s'inclinant.
Elle se releva et présenta les membres importants de la délégation des Skaikru.
— Heda Markus Kane kom Skaikru, Marcus Kane, commandant du peuple du Ciel.
— Heureux de vous rencontrer enfin, Heda. Puissions-nous initier la paix entre nos deux peuples, lança Kane d'une voix forte, avant de s'incliner respectueusement, geste bientôt suivi par toute la délégation, comme leur avait enseigné Octavia.
— Bienvenue à Polis, Heda Markus kom Skaikru. Que votre geste cette nuit honore votre parole et votre volonté de paix, répondit Lexa.
Kane se plaça sur le côté et laissa Abby s'avancer.
— Abby Griffin, fisa kom Skaikru, guérisseuse du peuple du Ciel.
Lexa observa avec intérêt la mère de Clarke, dont l'hostilité était palpable.
— Abby kom Skaikru, c'est donc vous que je dois remercier pour avoir su transmettre vos dons de guérisseuse à votre fille, Klark kom Skaikru, sans laquelle je ne serais plus là aujourd'hui, et sans laquelle aucun espoir de paix n'aurait été possible, jeta Lexa avec un petit sourire malicieux.
Piquée au vif et ne sachant quoi répondre qui ne mettrait à mal le fragile accord que Clarke avait obtenu, Abby rejoignit Kane en silence, le plus dignement possible.
— Clarke Griffin... Octavia hésita une seconde, puis continua. Bandrona en fisa kom Skaikru, Ambassadrice et guérisseuse du peuple du Ciel.
Dans un autre contexte, Lexa aurait admiré l'habileté diplomatique d'Octavia dans sa présentation. Mais à cetinstant, elle essayait de lutter contre le trouble qui la submergeait au moment où le regard de Clarke rencontra à nouveau le sien, elle essayait de nier l'impatience incontrôlée qu'elle avait ressentie dans la journée à la seule idée de la revoir, elle essayait de rendre son visage impassible pour ne pas trahir aux yeux de son peuple et du Conseil ce que la seule vue d'un sourire sur les lèvres de Clarke faisait naître en elle, cette émotion animale qu'elle refusait de reconnaître et qui l'empêchait de réfléchir.
Rien n'avait transparu de cette émotion aux yeux des autres Skaikru présents, Kane, Abby, Bellamy, Murphy, Raven, Monty, Jasper, venus honorer leur camarade, ils ne voyaient que la Commandante terrible et impitoyable que leur avait conté Octavia et qui s'incarnait ce soir devant eux, ils ne pouvaient que sentir le pouvoir qui émanait d'elle et le respect craintif et dévoué des milliers de Natifs autour d'elle. Même Clarke s'était laissée berner par l'apparente impassibilité de la Commandante qui ne lui rendit pas le sourire qu'elle n'avait pu s'empêcher d'esquisser, malgré la tension et la gravité du moment. Mais elle n'eut pas le temps de s'interroger sur la déception qu'elle avait ressentie, car Lexa s'était levée pour annoncer le début de la cérémonie.
— Peuples de la Coalition, nous sommes ce soir réunis pour la cérémonie de la Mort des Mille Coupures, ce soir où justice sera rendue selon nos traditions pour les villageois de TonDC. Amenez le prisonnier !
Finn fut escorté par deux gardes Trikru puis attaché au poteau central. Abby l'avait gavé de calmants pour qu'il ne se rende compte de rien.
Un silence glaçant se fit au moment où Lexa sortit sa dague et la tendit à l'Ambassadeur Azgeda. Celui-ci la prit et se dirigea lentement vers Finn.
— Jus drein, jus daun, dit-il avant de taillader la joue de Finn.
Il revint sur ses pas et donna la dague à l'Ambassadeur des Floukru. Qui s'approcha de Finn et planta la lame dans son épaule.
— Jus drein, jus daun.
Quand Clarke vit le représentant revenir et présenter la dague à un autre Ambassadeur, elle se rapprocha d'Octavia.
— Il se passe quoi ? La Mort aux Mille Coupures, dis-moi que ce n'est pas ce que je crois ?!
— Tais-toi, Clarke, justice doit être faite.
— Ils ne vont pas tous passer pour... lui planter le couteau... ?!
Elle regarda avec horreur une nouvelle estafilade se dessiner sur le front de Finn, et le sang couler sur son visage.
— Combien, Octavia ? Combien ?...
— Autant que de victimes.
Bellamy et les autres étaient devenus blêmes. Il y avait eu une cinquantaine de morts parmi les villageois. Clarke distinguait Kane qui retenait Abby, une main sur sa bouche pour l'empêcher de crier. Ils avaient tous compris la torture qui attendait Finn.
— Et s'il n'est pas mort, Heda donnera le coup ultime, acheva Octavia, l'air fasciné.
Clarke s'avança alors vers Lexa. Les gardes frémirent, mais la Commandante les arrêta d'un simple geste de la main.
— En tant qu'Ambassadrice, je réclame le droit du sang, improvisa Clarke.
Lexa s'étonna, mais fit signe à l'Ambassadeur qui venait de punir le prisonnier de lui donner la dague. Clarke s'en saisit et s'approcha lentement de Finn, des larmes plein les yeux.
Lexa ne comprit que trop tard qu'il se passait quelque chose d'anormal. Clarke avait posé son front contre celui de Finn, mêlant le sang à ses larmes, et lui murmurait des mots apaisants alors que la dague s'enfonçait lentement dans son coeur, mettant fin à son agonie. Les sanglots secouaient le corps de Clarke, tandis que la foule hurlait, partagée entre la frustration que la cérémonie ne soit pas respectée, et le symbole fort que donnait Clarke en faisant justice elle-même. Alors Clarke se redressa, et en redonnant la dague à Lexa, ses mains couvertes de sang, elle affronta une dernière fois le regard de la Commandante. Un regard empli de rage et d'incompréhension.
Bouleversée, Clarke s'était réfugiée sans réfléchir dans la chambre qu'elle avait occupé la première fois qu'elle était venue à Polis. Le garde devant la porte l'avait laissée passer comme si elle lui était toujours réservée.
Elle s'adossa contre un mur en gémissant, fixant ses mains ensanglantées, accablée par le remords et la culpabilité, écoutant la foule en bas qui criait, sans qu'elle sache quel sens elle devait donner à cette clameur persistante.
Et puis la porte s'ouvrit avec fracas, laissant apparaître Lexa dans toute sa fureur, et Clarke, dans sa détresse, crut revivre l'arrivée de la guerrière venue la tuer dans l'infirmerie, tant la colère déformait les traits de la Commandante, son regard brûlant de rage et sa dague menaçante dans sa main. Elle fondit sur Clarke, et la cloua au mur, sa main agrippant les cheveux blonds, son arme collée sur sa gorge, ses yeux fiévreux plongés dans les siens.
— Pourquoi, Clarke ?! cracha Lexa. Pourquoi m'avoir trahie devant tout mon peuple ?
— Je ne pouvais pas le laisser souffrir sans fin, je...
— Est-ce que tu te rends compte qu'en rompant la tradition, tu as rompu ta parole ?
Clarke regardait fascinée les lèvres de la Commandante crier chaque mot avec colère, captivée par cette légère contraction le long de sa mâchoire qu'elle aurait voulu suivre du bout des doigts.
— Est-ce que tu te rends compte qu'en voulant épargner ton ami, c'est moi que tu as condamnée ? Je me suis portée garante pour toi et le Conseil risque de me destituer, brisant ainsi tout espoir de paix !
Clarke venait de comprendre les conséquences catastrophiques de son geste impulsif de compassion pour Finn, mais à cet instant, elle réalisa que ce qui lui était le plus douloureux était la déception et la tristesse qu'elle pouvait déceler derrière la fureur des yeux de Lexa.
Et le désir indécent et incongru qu'avait fait naître en elle la main qui lui arrachait les cheveux et la maintenait à sa merci.
— Octavia m'avait prévenue que tu étais imprévisible, et je n'ai pas voulu la croire...
La voix de Lexa s'était mise à trembler, tout comme la main qui tenait la dague. A travers sa rage, et parce qu'elle prit brusquement conscience de la proximité entêtante de son corps contre celui de l'autre femme, Lexa sentit toutes ses émotions refoulées exploser soudainement dans son ventre et se libérer violemment en une seule et unique sensation, un désir impérieux, brutal et incoercible.
Elle lâcha la dague qui tomba à terre, raffermit sa prise dans les cheveux de Clarke et franchit les derniers centimètres qui les séparaient encore, délivrant cette pulsion qu'elle avait si longtemps contenue.
Son corps appuyé contre le sien, elle se jeta sur les lèvres de Clarke, forçant sa bouche, goûtant le sang et les larmes, un désir frénétique submergeant sa raison.
Clarke y répondit avec autant d'ardeur, et leur baiser se changea en un combat violent, leurs langues se cherchant avec avidité, leurs lèvres s'écorchant contre les dents, leur souffle devenant rauque.
De sa main libre, Lexa défit la ceinture de Clarke et regarda avec délectation son visage se crisper légèrement quand elle glissa sa main et entra en elle. Pressée contre la jambe de Clarke, elle essayait de ne pas perdre le contrôle, ses doigts suivant le rythme de ses soupirs qui se rapprochaient déjà, chacun d'entre eux l'électrisant, alimentant sa fureur, son envie de la posséder plus loin, plus profondément. Elle sentait les mains de Clarke s'accrocher à son dos, à sa nuque, l'attirant à elle, la guidant en elle. Elle s'abîmait dans le regard extatique de Clarke, dans le mouvement de son corps qui cognait contre le mur à chaque poussée de sa main, dans la douceur de ses lèvres qu'elle se retenait de mordre, dans la chaleur de sa bouche que sa langue profanait sans relâche.
Elles n'avaient pas le temps pour la douceur, elles n'avaient plus le temps, il n'y avait que l'exaltation de leur passion désespérée, la conscience de l'éphémère, la fusion inattendue de leurs similarités et de leurs différences dans ce corps à corps forcené.
Lexa perdait la raison, elle ne sentait plus que le contact de la jambe de Clarke entre les siennes, le plaisir qui y naissait et qui allait l'envahir, les soupirs grisants de l'autre femme, la tension douloureuse dans ses doigts qui accéléraient, de plus en plus fort, encore et encore, perdus dans la moiteur enivrante. La sueur coulait sur son front, sur ses yeux assombris par le désir viscéral, traçant de nouveaux dessins sur le noir de ses peintures de guerre, ce regard qui bouleversait Clarke dont la respiration se faisait haletante, empalée sur cette main puissante qui la faisait jouir, la faisait se sentir vivante.
Elles n'avaient pas le temps pour la patience, elles n'avaient plus le temps, alors Clarke rejeta la tête en arrière, criant enfin son plaisir ultime, son corps se cambrant violemment sous la force de son orgasme, bientôt rejointe par Lexa, qui ne put retenir un râle presque animal, submergée par la jouissance, dans un dernier mouvement compulsif de ses hanches contre le corps de Clarke.
