CHAPITRE 8
Leurs plaisirs consumés, Lexa était repartie comme elle était arrivée, dans un souffle de rage, laissant Clarke pantelante, adossée contre le mur, la sensation de ses doigts en elle encore prégnante, et l'envie se réveillant déjà au creux de son ventre.
De frustration, Clarke se retourna et frappa le mur pour que la douleur dissipe ce désir insupportable. Elle se résolut à s'effondrer dans le lit, mais ce n'est qu'après de longues heures à revoir l'intensité du regard de Lexa, à se remémorer son corps contre le sien, sa main la possédant, que Clarke réussit finalement à s'endormir.
Lexa n'avait pas fermé l'oeil de la nuit. Au matin, elle devrait affronter le Conseil des clans, et pourtant la seule chose à laquelle elle pensait était le regard de Clarke quand sa main l'avait pénétrée, et son cri quand elle s'était abandonnée au plaisir. Elle aurait voulu passer la nuit avec elle, mais elle ne pouvait pas. Clarke lui faisait perdre pied, et elle ne pouvait se le permettre.
— Gyon op gon Heda ! Levez-vous pour la Commandante ! annonça Titus.
Tous les Ambassadeurs se mirent debout, y compris Marcus Kane en tant que représentant du peuple du Ciel.
Lexa entra et traversa la salle d'un pas souverain, les yeux fixés sur son trône sur lequel elle prit place en ajustant son manteau et sa cape, camouflant derrière un regard inflexible l'angoisse d'un destin qu'elle ne maîtrisait plus. C'est pourtant avec une voix ferme qu'elle s'adressa au Conseil.
— La cérémonie des Mille Coupures ne s'est pas déroulée jusqu'à son terme, mais justice a été rendue. Le coupable a été puni. Ainsi je demande au Conseil d'accepter l'intégration provisoire des Skaikru comme treizième clan de la Coalition.
— Les traditions ont été bafouées, Heda, et tu le sais, accusa l'Ambassadeur des Azgeda. Néanmoins le peuple a apprécié l'intervention et l'abnégation de Klark kom Skaikru, le peuple qui sait aussi que c'est à elle que tu dois la vie et qui lui en est reconnaissant. En la présente circonstance, le Conseil, même si nous ne sommes pas tous d'accord, respecte le choix du peuple et accepte les termes de la reddition et de l'allégeance des Skaikru.
Lexa masqua sa surprise derrière son masque d'impassibilité. Elle n'aurait pas espéré une telle décision.
— Dans ce cas, la cérémonie d'allégeance aura lieu ce soir.
L'heure venue, la salle du trône était comble et l'atmosphère restait tendue. Les ambassadeurs, les généraux, la délégation Skaikru au complet, tous se pressait les uns contre les autres pour assister à la cérémonie. Lexa attendait debout devant son trône, vêtue d'une robe traditionnelle, un maquillage tribal autour des yeux. Elle essayait de ne pas se laisser dominer par l'anxiété à la fois de l'importance symbolique de cette cérémonie, mais aussi parce qu'elle n'avait pas revu Clarke depuis la veille, et qu'elle ne savait comment se comporter ou penser de ce qui s'était passé entre elles.
— Klark, bandrona kom Skaikru ! annonça Titus, d'une voix forte, faisant taire les conversations.
Les portes s'ouvrirent enfin sur l'Ambassadrice des Skaikru et Lexa dut faire appel à toutes ses compétences de commandante pour contenir son émotion quand elle vit apparaître Clarke, en tenue d'apparat, les yeux maquillés de peintures de guerre, les cheveux tressés à la mode Trikru, s'avancer majestueusement, le regard brillant, puis s'agenouiller devant elle, tête baissée.
— En tant qu'ambassadrice du peuple du Ciel, je prête allégeance à Heda Leksa kom Trigedakru, commandante suprême, et demande à intégrer la Coalition en tant que treizième clan dans le respect des règles et des coutumes ancestrales.
— Heda Markus kom Skaikru !
Marcus s'approcha à son tour, se mit à genoux aux côtés de Clarke, et répéta la phrase rituelle.
Tous deux gardèrent le regard fixé au sol, tandis que Titus apportait la tige de fer incandescente.
Lexa prit la main de Marcus et, tendant son avant-bras, le marqua au fer du sceau de la Coalition. Marcus serra les dents pour étouffer un cri de douleur alors que la brûlure était insupportable.
— Skaikru, yu laik ai kru nau. Peuple du Ciel, vous êtes mon peuple maintenant, déclama Lexa, sans jamais regarder Clarke. Skaikru ste gouthru ona ai bana nau. Du bilaik trana kot daun daun na kof em sonraun op! Le peuple du Ciel marche avec nous à présent. Ceux qui le remettront en question le payeront de leur vie !
Après la cérémonie, Lexa avait demandé à ce qu'on la laisse seule. Elle avait remis son armure, sa cape et son épaulière, ses vêtements de commandante dans lesquels elle se sentait plus à l'aise que dans cette robe qui la faisait se sentir vulnérable.
Assise sur son trône, elle réfléchissait aux événements qui s'étaient succédés. La décision du Conseil l'avait surprise tant elle s'était attendue à être destituée ou à être remise en question. Contre toute attente, le peuple avait finalement penché en sa faveur, touché par le geste de Clarke que beaucoup considéraient comme le véritable commandant des Skaikru. Les gens avaient su que Clarke avait sauvé la vie de Heda, et ils avaient estimé que ce qu'elle avait fait à Finn était une marque de courage et de responsabilité, l'accomplissement de son devoir en dépit de ses sentiments pour le jeune homme de son peuple. Et grâce à elle, la paix avait été instaurée avec le clan du Ciel.
Des coups frappés à la porte interrompirent ses pensées.
— Min yu op ! Entrez ! cria Lexa avec agacement.
— Moba, Heda, Désolé, Commandante, lança un des gardes d'une voix craintive en ouvrant la porte de la salle. Je sais que vous ne vouliez pas être dérangée, mais... Klark, bandrona kom Skaikru, souhaiterait vous parler en privé...
Lexa n'était pas sûre que cela fut une bonne idée. D'une certaine manière, elle avait honte de la rage avec laquelle elle avait parlé à Clarke, honte de cette colère qui avait failli la pousser à l'égorger dans la chambre étant donné le retournement de situation inespéré qui avait donné raison à Clarke. Elle ne savait pas comment affronter son regard, elle ne savait pas quoi lui dire, ni ce qu'elle voulait réellement. Tout était confus. Sauf le désir qu'elle ressentait pour cette femme.
— Fais-la entrer.
Lexa dut retenir son souffle quand elle vit approcher la jeune femme. Elle avait gardé sa tenue cérémoniale, et s'avançait avec une lenteur calculée, chaque pas faisant glisser les pans de sa robe et révélant ses jambes nues. Ses yeux, toujours cernés de maquillage tribal, la fixaient avec provocation.
— Clarke... murmura la Commandante, fascinée malgré elle, ses doigts se crispant sur les bras du trône.
Clarke s'arrêta à bonne distance et répétant la scène d'allégeance, s'agenouilla.
Un instant.
Sans attendre l'ordre habituel, elle se releva, un sourire énigmatique au coin des lèvres, et reprit sa marche lente et inexorable vers le trône.
— Clarke ?
La voix de Lexa s'étranglait presque, trahissant l'incompréhension et le désir sourd qui montait en elle inéluctablement, au fur et à mesure que Clarke avançait, franchissait la ligne invisible et interdite devant le trône, grimpait une marche, son regard enflammé planté dans le sien, une autre marche, défiant la femme la plus puissante, une dernière marche, à présent immobile, pétrifiée et plaquée dans son siège.
Lexa, comme hypnotisée, contemplait le corps de Clarke debout devant elle, elle observait la dilatation progressive de ses pupilles bleu acier, elle essayait de respirer, l'envie déchirant son ventre comme un poignard qu'on enfonce et qu'on tourne et retourne dans les entrailles.
Et puis Clarke s'assit sur elle, ses jambes nues de part et d'autre des siennes enserrées dans leur armure de cuir, et Lexa crut défaillir.
Et puis Clarke approcha ses lèvres des siennes sans jamais les toucher, et Lexa crut qu'elle allait mourir.
Et puis Clarke se releva légèrement, prit la main de la Commandante et enfonça ses doigts en elle, son regard enfiévré toujours arrimé au sien. Et Lexa crut qu'elle allait jouir.
Les mains accrochées au dossier du trône, Clarke se mit à bouger ses hanches doucement, chevauchant les doigts de Lexa qui suffoquait, subjuguée.
Enfin la guerrière se réveilla. De son autre main, Lexa parvint un instant à attirer Clarke vers elle et à lui soutirer un baiser brutal, sa langue affamée goûtant les soupirs de son plaisir jusqu'à ce que Clarke s'arrache à sa poigne, dans un feulement animal, et que ses hanches commencent à imprimer un rythme plus soutenu.
La distance que maintenait Clarke entre elles était insupportable, et Lexa se pencha encore une fois pour faire courir sa langue sur la peau que laissait entrevoir le décolleté de la robe, une seule seconde pendant laquelle elle put savourer l'odeur de sa peau, le sel de la sueur enivrante, avant que Clarke ne la repousse violemment en arrière.
Alors la guerrière rendit les armes, s'abandonnant à la volonté de l'autre femme, ne se concentrant que sur leur seul point de contact charnel, et sur son regard fiévreux qui la dominait, et découvrit la sensation troublante et infiniment excitante de ne plus rien contrôler.
Quand Clarke comprit qu'elle avait gagné ce combat, un sourire lascif se dessina sur ses lèvres, et elle accéléra ses mouvements, écrasant la main soumise, laissant échapper des gémissements presque douloureux. Clarke se cambrait progressivement, accentuant ses va-et-vient, de plus en plus frénétiques, les yeux voilés par le plaisir, quittant le regard de Lexa pour se laisser aller en arrière, les soupirs saccadés se mêlant au souffle haletant de la guerrière. Quand Lexa sentit la tension croissante entre les jambes contractées de l'autre femme, elle reprit soudain le contrôle de sa main, et s'enfonça plus violemment en elle, la délivrant dans un dernier cri spasmodique, la tête rejetée en arrière, les mains toujours agrippées au trône.
Lexa était au bord de l'orgasme, et elle savait que le moindre contact serait irrémédiable. Mais Clarke, dont la respiration redevenait plus régulière, le savait aussi, et c'est avec un demi-sourire pernicieux et le regard à nouveau plongé dans les yeux verts enfiévrés qu'elle libéra à regret la main de Lexa et pressa la sienne entre ses cuisses. Clarke appuya ses doigts contre le cuir, une fois, deux fois, et se délecta du grondement viscéral que Lexa laissa enfin échapper en s'affranchissant de son tourment, les yeux clos, et les mains serrant si fort les bras de son trône que ses phalanges blanchissaient. Asphyxiée, et tétanisée, elle mit de longues secondes avant de reprendre contenance et de rouvrir les yeux.
Elle était seule. Clarke avait disparu.
