CHAPITRE 9


Heda !

Le bâton s'était écrasé douloureusement sur le bras de Lexa, la désarmant, puis avait fauché ses jambes dans un mouvement circulaire, la faisant tomber lourdement sur le dos.

Elle se releva, jeta un dernier regard dépité vers les gradins vides, ignorant les remontrances d'Indra.

Heda, que se passe-t-il ? Cela fait deux fois que je te mets à terre aujourd'hui ! Tu n'es pas concentrée !

Non, elle n'était pas concentrée et elle se moquait éperdument de l'entraînement d'Indra, elle ne pensait qu'à Clarke et à la façon dont elle l'avait utilisée pour son plaisir, elle, la Commandante. Et à quel point elle avait aimé ça. Deux jours étaient passés depuis cette nuit qui ne lui ferait plus jamais voir son trône de la même façon, et elle ne l'avait pas revue.

Em pleni ! Assez ! dit-elle en secouant le sable qui s'était collé à ses vêtements.

Et elle s'en alla, laissant Indra perplexe et irritée.

Elle ne réfléchit pas et ses pas la menèrent directement devant la chambre de Clarke où les gardes lui apprirent que celle-ci n'était pas là. Heureusement pour eux, dans sa frustration, elle ne vit pas le petit sourire de connivence qu'ils échangèrent. Elle repartit, sa colère montant d'un cran.

Plus tard, dans la salle du trône, elle écoutait les doléances des différents clans, résolvant les conflits, accomplissant la justice. Mais elle n'en pouvait plus. Les images de ces deux nuits avec Clarke ne cessaient de s'imprimer dans son esprit et de la faire dévier de la réalité.

Heda, vous comprenez bien que c'est inadmissible ! Vous devez trancher ! lui demanda un de ses sujets.

Lexa, les yeux dans le vague, avait décroché. Elle ne savait absolument pas de quoi il parlait. Elle voulait juste qu'il disparaisse, lui et les autres. Et savoir où était Clarke. Revoir Clarke. La toucher.

— La journée a été difficile, Heda est fatiguée, nous ajournons la séance, Heda statuera demain, intervint Titus, visiblement déstabilisé.

La salle se vida, non sans des murmures de mécontentement.

Weron Klark kamp raun ? Où est Clarke ? demanda Lexa quand ils furent seuls.

Klark kom Skaikru est partie plusieurs jours avec les guérisseurs pour connaître et récolter les plantes médicinales que nous utilisons.

— Quand revient-elle ?

— Demain.

Un long silence s'installa entre eux, Titus observant avec un pincement au coeur le regard perdu de sa Commandante qui n'essayait même plus de faire semblant.

Heda, teik ai chich op klir ? Commandante, je peux vous parler librement ?

Sha. Oui.

— Cela doit cesser, Heda, vous n'êtes plus vous même. Indra me dit que vous n'arrivez plus à vous battre, je vous vois distraite, vous n'écoutez plus,vous n'êtes plus à ce que vous faites.

— De quoi parles-tu Titus ?

— Votre relation avec Clarke.

— Quelle relation ? cracha-t-elle.

Titus fit une pause, gêné par cette conversation qu'il ne voulait pas aborder, mais qu'il ne pouvait plus repousser.

— Nous ne sommes pas aveugles… Et les gardes ont des oreilles…

— Parle clair Titus !

Hodnes laik kwelnes. L'amour est une faiblesse, Heda, vous le savez. Vous ne pouvez pas vous permettre de reproduire la même erreur qu'avec… Costia… Vous devez éloigner Clarke, pour vous, pour elle…

Lexa faillit exploser à l'évocation de Costia et ses yeux foudroyèrent Titus qui se recroquevilla intérieurement. Pourtant, elle ne dit rien. Car elle savait qu'il avait raison, elle voyait bien que Clarke la perturbait, même s'il n'était pas question de sentiments. Le désir envahissant qui la submergeait quand elle pensait à elle l'empêchait d'être attentive à son rôle de commandante, la détournait de son devoir. Et depuis ces derniers jours, elle ne pensait plus qu'à elle.

— Etre Commandant, c'est être seul, Heda, même si c'est injuste et douloureux, vous avez été élue pour…

Ai get em in ! Je sais ! cria Lexa. Je sais quel est mon devoir ! Inutile de me rabâcher sans cesse que je n'aurai jamais le droit à une once de faiblesse ni à aucune forme d'attachement.

Lexa se détourna pour cacher les larmes qui commençaient à se former dans ses yeux. Elle pensait qu'elle avait accepté sa condition, elle pensait qu'elle avait tiré un trait sur Costia. Mais Clarke avait tout remis en question.

— Demain matin, au retour de l'Ambassadrice du peuple du ciel, réunis les Skaikru ici.


Quand Clarke revint de son expédition en forêt, on lui demanda de se rendre immédiatement dans la salle du Trône. A l'annonce de son nom, elle pénétra dans la salle, un petit sourire au coin des lèvres au souvenir de ce qui s'y était passé entre elle et Lexa.

Toute la délégation Skaikru était présente, et son sourire s'effaça instantanément quand elle perçut que Lexa évitait ostensiblement son regard.

Heda Markus kom Skaikru, il est temps pour vous de repartir, et de mettre en place notre collaboration. Nous souhaitons qu'Abby reste à Polis pour échanger ses connaissances avec nos guérisseurs, ainsi que Raven pour nous apprendre certaines de vos techniques. En contrepartie, nous vous fournissons les semis et notre savoir pour pouvoir cultiver sur votre camp, et Octavia vous enseignera nos techniques de combat.

— Mais... protesta Clarke, abasourdie.

— Oui, la coupa Marcus. Clarke est ambassadrice et aussi guérisseuse. Ne devrait-elle pas rester pour siéger au Conseil ?

C'est d'une voix glaciale et en ignorant le regard rempli d'incompréhension de Clarke que Lexa répondit.

— Sans vouloir vexer votre Ambassadrice, et malgré qu'elle m'ait sauvé la vie, la vraie guérisseuse expérimentée des Skaikru est Abby. Et vous avez besoin d'une guérisseuse dans votre clan. Si nous réunissons un Conseil, nous vous le ferons savoir.

— Bien, Heda. Nous vous remercions pour votre hospitalité et votre aide, et nous respectons vos ordres, concéda Marcus. Nous pourrons partir demain, quand nous aurons réglé les...

— Vous partez maintenant, trancha Lexa froidement. Tout est déjà prêt. Puissions-nous nous retrouver Heda Markus kom Skaikru.

— Puissions-nous nous retrouver, répondit rituellement Marcus, déstabilisé par le ton soudainement hostile de la Commandante.

Sur ces mots, la délégation sortit de la salle. Pas une fois le regard de Lexa n'avait croisé celui de Clarke. Ce même regard qui à présent contemplait Polis et s'emplissait de larmes.