CHAPITRE 30

Blablazone : Youpi ! Le chapitre arrive le bon jour ! Ça fait du bien non ? Sur ce, bonjour à tous ! Ça va vous ? Je ne vous ai pas trop traumatisé avec la mort de Sevy ? En tout cas je suis rassurée des retours que j'ai eu, ils étaient positifs malgré mon choix un peu radical. Certains pensent que Sevy n'est peut-être pas mort, je vais devoir anéantir vos espoirs, même si ça aurait pu. Mais c'était voulu d (avec le consentement du personnage… Ha… Ha…). Pour vous expliquer un peu plus, j'ai fait ce choix déjà pour surprendre, j'ai voulu qu'on ne s'y attende pas. Et aussi parce que ce n'est pas le premier qui nous vient à l'idée. En tant que lecteurs, vous n'avez peut-être jamais imaginé que Sevy allait mourir. Donc je pense que j'ai bien réussi mon coup. Sevy reste un mystère quand même. Était-elle au courant pour la divergence de sa sœur ? A-t-elle aidé les divergents au cours de son métier ? Quel geste a-t-elle eu pour Ivy ? La plupart de ces questions trouveront réponses dans les prochains chapitres. Je vous souhaite une bonne lecture et je vous dis à bientôt.

Réponses review :

Moni : Coucou ! Oui bon c'était mérité… Je suis quand même contente de t'avoir touchée. Ta théorie était très belle mais je voulais faire ce choix parce que je savais qu'il allait surprendre. En tant que telle, oui Sevy c'est fini mais Ivy va continuer à se battre pour savoir ce qui est arrivée à sa sœur. Haha ! Tu verras ce que j'ai prévu pour Éric. Pour ce qui est des parents, eh bien ce ne sera pas pour tout de suite.

J'ai beaucoup aimé ton expression « en état de décès » XD

Ps : j'espère que ta reprise s'est bien passée et que le Éric de te classe ne ressemble pas au personnage de Divergent, il peut être mignon cependant 😉

Merci beaucoup pour ta fidélité et tes compliments, je suis contente que l'histoire te plaise. Bonne lecture !

CourtneyAckles : Salut ! Pour ça Ivy ne va pas en rester là, c'est le début de son enquête. Et si, si Sevy est bien morte, désolée… Mais ça n'empêche pas qu'elle va continuer d'apparaître, disons en termes de souvenir. Merci de me répondre de là où tu es ! Merci pour tes review depuis le début. Bonne lecture !


Le cœur battant, j'allais frapper à la porte du bureau du leader de l'initiation. Au début je n'eus aucune réponse et pourtant j'entendais bien qu'il y avait quelqu'un. Je persistais et finalement la porte s'ouvrit. Éric ne ressemblait plus à rien. Yeux cernés, mal rasé, vêtements froissés et une forte odeur d'alcool. Cela faisait trois jours que Sevy était morte et j'étais fière de m'en sortir mieux que lui. Au début je crus apercevoir une brève lueur d'espoir lorsqu'il me vit, comme si j'avais pu être Sevy et que sa mort n'était qu'un affreux cauchemar. Mais son espoir disparut bien vite lorsqu'il me reconnut. Je n'aurais jamais de compassion à son égard, je ne lui sourirais jamais et je ne le regarderais jamais comme ma sœur avait pu le faire. Il se décala pour me laisser passer. Son bureau était dans un état lamentable. La seule fenêtre existante était fermée et le volet était baissé. J'ignorais les bouteilles d'alcool par terre et l'odeur de renfermé. Sans lui demander son avis, j'ouvris la fenêtre et j'amenais le jour dans la pièce. Il grimaça et se laissa tomber dans son fauteuil.

- Tu n'as pas à t'occuper de moi, râla-t-il.

- Détrompe-toi si tu penses que je suis là pour t'aider. Au contraire, je trouve ton attitude honteuse.

- Qu'est-ce que tu veux ? s'écria-t-il.

- Je veux savoir comment ma sœur est morte. Tu étais avec elle, dis-moi.

- Elle est morte. Pourquoi veux-tu ressasser tout ça ?

- C'est ma sœur et j'ai le droit de savoir. Tu devais la protéger, l'accusais-je. Moi aussi. Et nous avons échoué ! Tous les deux. Alors s'il te plaît, dis-moi comment elle est morte.

- Une balle dans la tête, cracha-t-il. Ces salauds l'ont descendu d'une balle dans la tête.

- Qui ?

- Les Sans-faction ! s'écria-t-il.

Secouant la tête, il soupira. Puis ouvrant un des tiroirs de son bureau, il me tendit un dossier.

- Compte-rendu de mission, m'annonça-t-il du bout des lèvres. Tu peux le prendre.

- Merci.

Ce mot m'arrachait la bouche mais je devais garder une certaine politesse à son égard. Je me levais avec mes réponses en main et je partis. Quelque chose me retint pourtant, un brin d'altruisme à son égard peut-être.

- Elle n'aimerait pas te voir comme ça, murmurais-je. Elle t'admirait pour ta force, ta volonté et l'amour que tu lui donnais. Fais honneur à sa mémoire.

Sur ces derniers mots je lui tournais le dos en espérant le croiser le moins possible. Parce que mon instinct me criait qu'il m'avait menti. Il me cachait quelque chose.

Je passais par l'infirmerie mais le dossier devant mes yeux me tentait. Une petite angoisse aussi de tomber sur quelque chose de terrible m'habitait. Pourtant je réussis à ne pas l'ouvrir. Même pendant mon repas avec Zack, j'y fis à peine allusion. Puis arriva le milieu de la nuit. Quittant notre lit, j'allumais une petite lampe et m'emparais du dossier. Une nuit me suffit pour le lire. Ma sœur était morte d'une balle dans la tête, tiré par un Sans-faction comme me l'avait dit Éric. Je persistais à croire que quelque chose clochait. Selon le rapport de mission, Éric et Sevy s'étaient éloignés. Ils étaient tous les deux seuls quand on avait tiré sur ma sœur. Après leurs camarades les avaient rejoints. Ma sœur était déjà morte. Et Cherry s'était prise une balle en voulant protéger Éric, effondré, au-dessus du corps de ma jumelle. Leur mission se passait dans le quartier des Sans-faction le plus au nord. Là où théoriquement se trouvait les habitations, pas le quartier des soldats. Cependant c'était logique que les Sans-faction défendent leur territoire. Pourtant je doutais. C'était possible que les Sans-faction aient tiré. Mais Éric était un être de vengeance. Le connaissant il se serait jeté dans une vendetta et à l'heure qu'il était, il serait en train d'anéantir les Sans-faction, pas de se saouler. Je m'arrêtais longuement sur les photos du corps mort de ma sœur. Et je me remis à pleurer. Ma jumelle ne se réveillerai pas et j'aurais à jamais cette image de cadavre pâle avec un trou dans le front.

Zack me surprit en se levant, c'était déjà le petit matin et je n'en avais même pas eu conscience.

- Bonjour, m'embrassa-t-il. Qu'est-ce que tu regardes ?

Son regard passa sur les photos de ma sœur et il eut un temps d'arrêt. Avec un soupir il m'enlaça et m'embrassa le sommet du crâne.

- Tu te fais du mal pour rien, chuchota-t-il.

- Je voulais savoir, murmurais-je.

Il hocha la tête, comprenant. Je fermais le dossier et le laissais sur la table.

Quelque chose me hantait. L'image de ma sœur peut-être. Une nuit encore je ne trouvais plus le sommeil. Lorsque je fermais les yeux, le cadavre de ma sœur m'accablait de reproche. Encore une fois je me réveillais en criant. A mes côtés Zack fit un bon prodigieux qui le fit tomber du lit. Il se releva aussitôt et vint prendre mon visage entre ses mains.

- C'était un cauchemar, dit-il en m'embrassant. Calme-toi.

- Je crois que je deviens folle, avouais-je.

- Bien sûr que non.

- Oh que si. Que se passe-t-il lorsqu'une peur se réalise ? Je parle des peurs de l'initiation.

- Ivy, c'est loin tout ça. Tu ne dois plus y penser.

- J'ai quelque chose à te montrer, habille-toi.

Ce dernier mois avait été rude puisqu'à nouveau je cauchemardais. Pour les éviter je renonçais à dormir et mon appétit s'était coupé. Je redevenais la fille maigre de l'initiation et ça me faisait peur. Je ne voulais pas retomber dans ce cercle vicieux. Depuis quelques jours je pensais que je glissais dans la folie. Enfin je le croyais vraiment et je n'en avais parlé à personne. Mais ce soir c'était la goutte de trop. Lorsque Zack fut prêt, je le guidais dans les couloirs jusqu'à une salle d'entraînement. Bien après l'initiation, j'avais appris qu'il existait une salle pour s'entraîner dans nos paysages des peurs. Deux ans et demi plus tôt, alors que je passais mon test final, je m'étais jurée de ne jamais retourner dans mes peurs. Selon les dire combattre nos peurs nous rendaient plus fort mais je n'y croyais pas. A mes yeux, les peurs détruisaient notre psychique. Et voilà que cette nuit, j'allais y retourner. Je remerciais la vie de n'en avoir que quatre. Je devais montrer à Zack ma dernière peur pour qu'il comprenne mon cheminement de pensée. Ce fut lui qui nous brancha afin qu'il soit dans mes peurs. Je m'injectais le sérum et soudain je me sentis tomber. Lorsque j'ouvris les yeux, nous étions tous les deux attachés.

Ça faisait si longtemps que mon cœur s'affola. Surtout lorsque je vis que Zack était attaché comme moi.

- Bienvenue dans mes peurs, souris-je. Tu vas bien ?

- Oui. C'est étrange comme sensation mais ça va. Ivy, je ne suis que spectateur, ne t'occupe pas de moi.

Je hochais la tête sachant très bien que je ne pourrais pas. L'Audacieux sans visage arriva mais je calmais mon rythme cardiaque avant qu'il ne puisse me noyer. Pour rien au monde je n'aurais voulu que Zack soit témoin de ça.

- Waouh ! La Ruche ! s'exclama-t-il. Qui sont ces personnes là-bas ?

- Mes parents, souris-je tristement.

Ces derniers me saluèrent et me tournèrent le dos. Zack me prit la main et je l'emmenais avec moi. Au moment où nous passâmes la porte, nous nous retrouvâmes dans le Chicago désert. Vide et silencieux, c'était étrange de trouver Zack près de moi.

- Tu as peur de la solitude, s'étonna-t-il.

- Peut-être.

Je n'avais jamais réussi à définir mes peurs parce que j'essayais d'y penser le moins possible. Fermant les yeux je me préparais à la peur suivante, la pire. Celle que je venais de subir dans la réalité. Pour une fois simulation et réalité se confondaient.

- La suite n'est pas… Je ne sais pas comment le dire, soupirais-je. Enfin tu verras.

- Je te fais confiance. N'oublie pas je ne suis qu'un observateur.

Un clignement de paupière et je me retrouvais retenu par des Audacieux. Mon instinct de survie me poussa à me débattre et la panique s'empara de moi. Je ne me souvenais plus de comment combattre cette peur. Tout ce que je voyais c'était ma sœur encore en vie en face de moi. J'appelais ma sœur, je voulais qu'elle me regarde et qu'elle me sourit, une dernière fois. Elle était vivante et rien qu'un instant, j'en oubliais qu'ailleurs elle était morte. Je faisais même abstraction de la présence de Zack. Puis ma sœur fut retenue par un groupe d'Audacieux. On pointa un pistolet sur son front. Elle tourna la tête vers moi pour me sourire.

- Ne me regarde pas, lui criais-je.

Le coup partit et son corps tomba. Son regard se fit vide mais il resta rivé vers moi. J'éclatais en sanglot et j'eus l'impression qu'on me relâchait. Lorsque deux bras m'enlacèrent je me débattis. Il suffisait que j'ouvre les yeux et que je me souvienne. Mais ma sœur paraissait tellement vivante dans cette peur.

- Est-ce que tu comprends ? m'exclamais-je. Ma peur est devenue réalité et elle me rend folle.

- Tu n'es pas folle Ivy, me rassura-t-il. Le poste de ta sœur était risqué et la mort faisait partie des risques.

Le prendre dans mes bras me rassuraient mais je n'osais pas encore tout lui avouer. Je ne croyais pas que ma sœur ait été tuée par des Sans-faction. Je ne l'expliquais pas, c'était instinctif comme impression.

D'un côté cette intrusion dans mon paysage des peurs m'avaient fait un certain bien. Ça représentait un moyen de revoir ma sœur, encore une fois, une dernière fois. Je savais que ça pouvait être dangereux si je prenais goûts à la peur de la mort de ma sœur, car c'était la dernière façon que j'avais de la voir. Heureusement une part de moi me poussait à prendre mes jambes à mon cou loin de mon paysage des peurs. Céder aux simulations aurait été d'une telle simplicité.

Je souffrais bien plus que je ne le croyais et me créer une nouvelle routine ne m'aidait pas à passer à autre chose. Ma sœur était morte trop tôt, elle ne vieillirait jamais auprès de l'homme qu'elle aimait. Elle n'avait même pas vécu le quart de sa vie.

- Très chère, debout ! me cria Ray. Les combats ont débuté et crois-moi les petits jeunes vont faire la queue.

- Ils sont peut-être assez doués pour ne pas se blesser.

- J'en doute. En tout cas ça ne s'est jamais vu mais celui qui parvient à ce record sera un héros, plaisanta-t-il.

Comme l'avait dit Ray, une heure plus tard nous accueillions des blessés à la pelle. S'ils n'arrivaient pas éviter les blessures, ils faisaient preuves d'une extrême violence. Nous soignâmes aussi des petites blessures et nous distribuâmes nombre de crème et d'antidouleur. A la fin de notre journée, nous avions trois personnes à surveiller toute la nuit, deux transferts et un novice. Nous restâmes tous les deux. Zack arriva avec de quoi manger et s'installa avec nous.

- Alors les niveaux ? s'intéressa Ray.

- Ils ne réfléchissent pas, soupira Zack. Ils se jettent sur une impulsion et bien sûr les coups sont imprécis. Et comme ils n'ont pas forcément de muscle et bien ça fait mal. Vous avez des fractures ?

- Aucune, répondis-je.

- Pour l'instant, ricana mon collègue. Ça fait si longtemps que les petits initiés ne se sont pas cassés quelque chose.

- Ne leur souhaite pas du malheur, répliquais-je.

- Ne t'y attache pas trop, défia-t-il. Ils sont trente et vingt vont quand même disparaître. Quelqu'un explique ce nombre énorme cette année ?

- A la Cérémonie du choix, les jeunes ont plus changé de faction qu'ils ne sont restés chez eux, expliqua Zack. Les Fraternels ont eu un nombre important de novices aussi. En ce moment c'est un peu le bordel dans l'initiation, Éric est complètement à l'ouest.

- Qui vous aide alors ? Qui gère ? s'étonna Ray.

- Quatre. Il est bon dans ce qu'il fait. Je n'ai jamais compris pourquoi il avait refusé la place de leader de l'initiation.

- Un des grands mystères de ces lieux ! déclara théâtralement Ray.

Derrière nous, l'un des initiés gémit de douleur. Avec un soupir Ray dégaina son aiguille et partit s'occuper de lui. Zack en profita pour m'attirer sur ses genoux.

- Tout va bien ? s'enquit-il. Tu ne parles pas beaucoup.

- J'écoute et j'apprends, lui dis-je. Mais ça va, aussi bien que ça peut aller.

- Tu es courageuse, dit-il en m'embrassant. Je me souviens la première fois que je t'ai vu, l'intrépide altruiste qui ne se laisse pas marcher dessus. Je me souviens aussi lorsque tu es montée sur l'estrade pour la Cérémonie du choix. J'espérais que tu choisirais les Audacieux comme ta sœur et tu l'as fait. Je crois que je n'ai jamais été aussi heureux.

- Et si je ne les avais pas choisis ?

- J'aurais été heureux de t'avoir parlé au moins une fois. Peut-être que ta sœur m'aurait rappelé que je ne te verrai plus jamais. Peut-être que je serai devenu soldat et que j'aurais fait des patrouilles dans le secteur Altruiste et alors je t'aurais cherché dans la foule. Peut-être même que je t'aurais croisé avec ton compagnon et mon cœur se serait brisé. Heureusement j'ai la chance de t'avoir aujourd'hui dans mes bras et je ne suis pas un Érudit pour imaginer les différents choix des « et si ».

- Je persiste à penser que tu es un peu trop romantique pour un Audacieux, le taquinais-je.

Il fit semblant de bouder et tourna la tête pour m'empêcher de l'embrasser. J'étais accroc à ses lèvres et j'avais vraiment de la chance d'être tombé sur un homme tel que lui. Peut-être que s'il n'avait pas été là je serai tombée amoureuse d'Éric. Ou alors je serai devenue vieille fille qui n'aurait vécu que grâce à sa sœur, par procuration.

- Rentez chez vous, nous lança Ray. Tu me revaudras ça plus tard.

- T'es sûr ? répondit Zack pour moi.

- A demain !

Je pris la main de Zack et je le tirai avant que mon collègue préféré et ami ne change d'avis. Pour une fois je prenais une petite décision sans réfléchir. Je profitais de ce qu'on m'offrait. J'étais déjà en sous-vêtements lorsqu'on toqua à la porte.

- Je vais le tuer, s'énerva Zack.

- Ignorons ce gêneur, souris-je.

Mais les coups redoublèrent. Avec un soupir, j'enfilais mon pantalon et mon t-shirt puis j'allais ouvrir. April se tenait devant ma porte avec un grand sourire.

- Tomas garde Adam ce soir et j'ai besoin d'une soirée entre filles. Tu n'as pas le choix, termina-t-elle.

- J'étais occupée, dis-je en rougissant. Plus tard ?

- Non, ce soir !

- C'est bon Ivy, lança Zack en m'enlaçant par derrière. Sors avec April et nous reprendrons quand tu rentreras.

- Sauf si tu dors, plaisantais-je.

- Merci ! Je te l'enlève !

April se mit à courir en me prenant la main. J'eus à peine le temps d'adresser un regard d'excuse à Zack. Vénéneuse était bondée mais Tris et Christina nous avait gardé une place. La jolie femme à la peau noire me planta deux baisers sur la joue avec chaleur. Ces temps-ci je promettais toujours de passer à sa boutique mais je n'en avais pas encore eu l'occasion.

- Une soirée entre fille ! s'enthousiasma April. C'est la meilleure idée que je n'ai jamais eue !

- Sans moi, tu ne l'aurais pas eu, répliqua Christina.

Tris se tourna vers moi, les laissant dans leur chamaillerie.

- J'ai envie de croire que ma sœur va ouvrir les portes et nous rejoindre, avouais-je. Aujourd'hui je n'ai pas eu l'impression qu'elle était morte.

- C'est que ta douleur s'apaise, me sourit Tris.

- Tu as un frère, n'est-ce pas ?

- Oui. Caleb, un Érudit.

- Il te manque ?

- Des fois. Mais j'ai ma vie ici et c'est ce qui compte.

- Penses-tu que la réalisation de nos peurs puisse amener à la folie ?

Elle comprit aussitôt de quoi je parlais et elle prit son air maternel qui était rassurant. Elle secoua la tête négativement.

- Combattre ses peurs peut être une forme de réalisation aussi et ça ne rend pas fou. Même quand elles deviennent réelles.

- Il y a autre chose. Je crois que ma sœur n'a pas été tuée par des Sans-faction.

- Par qui alors ?

- Par un de ses coéquipiers, supposais-je. Je ne sais pas…

- Ivy, ta sœur empiétait sur le territoire des Sans-faction. Là-bas les Audacieux ne sont guère appréciés. Ce soir pas de sujet de ce genre.

- D'accord, promis-je.

Sora venait d'arriver. La pétillante tatoueuse était un bourreau des cœurs et accumulait de plus en plus de charme en vieillissant. Ses tatouages devenaient célèbres dans le milieu et toute la faction reconnaissait son talent.

La soirée fut un moment de joie pure où j'appris à connaître un peu plus mes amies, où je m'essayais à imaginer un monde sans hommes. Bien que je n'eus pas bu, je me sentais ivre de bonheur. La mort de ma sœur était loin derrière moi jusqu'à ce que j'arrive devant la porte de mon appartement. J'entrais doucement par peur de réveiller Zack mais celui-ci m'attendait. Toujours torse nu, il termina sa bière et vint à ma rencontre.

- Tu m'as manqué.

J'avais oublié le compte-rendu de mission depuis un moment lorsqu'il se rappela à moi par hasard en tombant du comptoir. Je contemplais pendant un instant le corps de ma sœur. Une nouvelle fois je me remémorais ma discussion avec Éric et le mensonge que je croyais avoir perçu. Je pris le dossier pour le lire à nouveau.

- Tu vas être en retard et va me rendre ce dossier, déclara Zack en m'embrassant. A ce soir.

- Ne les martyrise pas trop.

- Jamais !

Je gardais le dossier avec moi-même au travail. Il ne voulait pas se sortir de mon esprit. Lorsque l'horloge afficha midi, je m'en emparais et je pris une décision qui pourrais me coûter cher. Je prévins Ray que je m'absentais pour une urgence et qu'il ne devait pas s'inquiéter.

Sortir de la faction s'avéra si simple qu'un instant je crus rêver. Le vent qui fouettait mon visage me revigora. J'avais appris à aimer les locaux de ma faction et j'avais été tellement prise que je ne sortais pas souvent à l'air libre. Je pris les escaliers extérieurs pour descendre et c'est avec une certaine appréhension que je m'éloignais. Le quartier des Sans-faction était un amoncellement de bâtiment à moitié détruit. Il n'existait aucune route menant à eux et passer par les décombres d'une catastrophe lointaine était dangereux. Pourtant je reconnus certains endroits. Aussi bizarre que cela soit, ils représentaient mon enfance. Le ciel gris poussait les habitants à rester couvert et il n'y avait donc personne dehors. J'hésitais à passer la bâche qui servait d'entrer. J'étais habillée en Audacieuse et je ne serai pas la bienvenue. Mais peut-être pourrais-je voir ma mère. Je franchissais la bâche et aussitôt plusieurs pistolets furent pointés vers moi. Je levais les mains en signe de soumission.

- Je ne suis pas armée et je ne viens pas en tant qu'Audacieuse, lançais-je.

Ils ricanèrent.

- Alors pourquoi es-tu ici ? me demanda quelqu'un.

Je n'avais pas de réponse à proprement parler et je ne pouvais pas leur demander de but en blanc s'il savait qui avait tué ma sœur. Encore en pleine réflexion quant à la formulation de ma réponse, je remarquais à peine la jeune femme qui s'approcha d'eux et qui leur demanda de baisser leurs armes.

- Ivy ! s'exclama-t-elle en me prenant dans ses bras.

La jeune femme se recula et son sourire édenté me parut familier. Puis une douce chaleur s'insinua en moi et je pris la jeune Sans-faction dans mes bras. Sarine était en vie et en bonne santé. Je sentais à travers ses vêtements qu'elle était un peu maigre mais rien d'alarmant.

- Sarine ! Tu es folle ! s'écria un homme.

J'eus du mal à reconnaître Hervé, qui en deux ans avait pris du muscle. Son visage s'illumina quand il me reconnut et il me donna une étreinte fraternelle.

- Nous prenons sa présence en responsabilité, annonça-t-il aux hommes armés.

Certains râlèrent mais ils s'exécutèrent. Sans que je comprenne comment, je me retrouvais, assise à une table, dans ce qui ressemblait à une chambre. Sarine virevoltait dans la pièce exiguë à la recherche d'un verre et de quelque chose à boire. J'avais envie de rester avec eux, de parler comme si nous étions de vieux amis. Mais je n'étais pas venue pour ça et Hervé l'avait compris.

- Ta mère nous a été d'une aide précieuse, m'expliqua Sarine. Elle a tout fait pour nous installer et pour nous aider à nous adapter. Sans elle, nous serions des affamés mendiants au coin d'une rue.

- Anan et Judy ? m'enquis-je.

Ils vont bien. Ils ne vivent pas ici mais disons avec ceux qui veulent…

- Sarine ! gronda Hervé.

- Je lui fais confiance ! rétorqua Sarine. Ils vivent parmi ceux qui veulent organiser une révolte. Ce qui pourrait s'apparenter aux soldats des Sans-faction, le côté militaire.

- D'accord, hochais-je la tête. Et Nico ?

- Idem, répondit Hervé mécontent. Nous l'avons aidé quand il est arrivé. Qu'est-ce que tu viens faire là ? Tu n'as ni arme, ni sac alors tu n'es pas ici pour rester.

- Sevy est morte, déclarais-je.

Hervé tiqua à peine mais Sarine eut un regard emplit de pitié. Sa petite main se posa sur mon épaule pour me consoler.

- Tu sais que ta sœur tuait des gens ? me lança Hervé.

- Oui.

- Elle méritait donc son sort.

- Hervé ! s'écria Sarine. Arrête.

- Bon ta sœur est morte. Et alors ?

- D'après Éric ce sont des Sans-faction qui l'ont tué. Mais je n'y crois pas. Je sais que les vôtres se défendent et qu'ils auraient très bien pu tirer mais je suis persuadée qu'Éric m'a menti. J'ai sa version, je veux votre version.

- Tu t'adresses aux mauvaises personnes, déclara Hervé. Ni Sarine, ni moi nous ne nous mêlons de ça.

- Qui alors ? Je suis ici parce que j'ai besoin de réponse. Sinon je vais vivre avec ce doute.

- Je peux t'arranger un rendez-vous avec notre représentante. Reviens dans trois jours.

- Merci Hervé.

Sarine me raccompagna jusqu'à la sortie. Elle ne ressemblait plus à la petite fille qui avait quitté l'initiation.

- Est-ce que tu vois encore ma mère ? demandais-je.

- Oui. Tu as un message à lui faire passer ?

- Non. S'il te plaît ne lui dis rien.

Ma mère n'avait pas besoin de savoir qu'un de ses enfants n'existaient plus, surtout par un intermédiaire. Ma première impulsion m'avait poussé à la retrouver pour lui dire mais à présent je trouvais que c'était une mauvaise idée.

J'observais une dernière fois ce bâtiment complètement détruit. Sarine avait les traits fatigués, elle paraissait plus vieille que son âge, plus mature. Je savais que je venais de franchir une frontière et lorsque j'arrivais sur le toit de ma faction, j'hésitais à y retourner. Je jetais un œil en bas en me demanda si le filet s'y trouvait toujours. Sans lui la chute serait mortelle. Serait-ce céder à la facilité de sauter ? Une chute rapide, d'à peine quelques secondes. Ray m'attendait sûrement, j'espérais qu'il n'y avait pas trop eu de blessé. Une pensée de quelques secondes me traversa l'esprit : choisir les Sans-faction avaient un jour existé dans mes éventualités.

Zack me retrouva en fin de soirée. Notre frigidaire vide nous emmena à nous restaurer à la cantine. L'endroit était toujours autant animé. J'hésitais à lui confier ma brève escapade et ce que j'avais appris. Bientôt les Sans-faction se révolteraient. C'était une information capitale que je n'étais prête à livrer à personne. Et pourtant cette révolution pouvait entraîner la chute de notre système. Leur faisais-je assez confiance pour garder ce secret ? Je n'allais pas trahir la parole de Sarine et je n'étais pas contre le fait d'un renversement. Mais si les Sans-faction se montraient pire que les Érudits, regretterais-je d'être restée silencieuse ?


Les choses avancent. Mais ce n'est pas encore la fin. Profitez, profitez… Et retrouvons-nous la semaine prochaine !