CHAPITRE 10


Après avoir dit au revoir à Abby et Raven, toutes les deux furibondes d'être obligées de rester, la délégation s'était mise en route accompagnée de guerriers Natifs et de quelques agriculteurs désignés pour les aider à mettre en place leurs propres cultures.

Octavia et Clarke chevauchaient en tête de cortège. Le silence régnait parmi eux, tout le monde s'interrogeant sur le comportement surprenant de la Commandante. Tous sauf Octavia, qui observait le visage décomposé de Clarke.

Clarke se demandait si elle avait poussé Lexa trop loin dans ses retranchements, si elle avait dépassé les bornes comme elle savait si bien le faire, ignorante des règles qui pouvaient bien régir les relations entre Trikru. Pourtant, Lexa ne l'avait pas repoussée, alors qu'elle aurait pu la tuer d'un claquement de doigt. Clarke ne comprenait pas, elle était furieuse, triste, et frustrée.

— Pourquoi elle a fait ça ?! finit-elle par lâcher à Octavia.

— Pourquoi elle a fait quoi ? Te jeter sans même un au revoir ni un regard ? demanda Octavia avec un petit sourire.

— Mais... non... je... balbutia Clarke.

— Tu crois vraiment que vos regards passeraient inaperçus ? Et les gardes parlent...

— Qui... qui est au courant ? dit Clarke en rougissant.

— A peu près tout Polis.

Le regard stupéfait et honteux de Clarke fit éclater de rire Octavia.

— Pour répondre à ta question, soit elle te fait comprendre que vous avez passé un bon moment mais que ça s'arrête là, mais au vu de sa froideur soudaine et des conversations que j'ai surprises entre Titus et Indra, c'est peu probable...

— Quelles conversations ?

— Apparemment tu fais tellement d'effet à Lexa qu'elle n'est plus à ce qu'elle fait, elle est trop distraite... et c'est dangereux pour un Commandant.

— C'est pour ça qu'elle m'a demandé de repartir ? interrogea Clarke, troublée par cette révélation.

— Pas seulement. Je pense qu'elle t'éloigne pour te protéger. Et se protéger.

— Pour quelle raison ?

Octavia poussa un soupir, avant de reprendre.

— Elle ne t'a jamais parlé de Costia ?

— Non. Qui est-ce ?

— Costia était sa compagne. A l'époque, les Clans n'étaient pas unifiés, et les Azgeda étaient en guerre contre les Trikru. La reine du peuple des Glaces, Nia, a enlevé Costia et l'a torturée pour obtenir des informations sur la Commandante. Puis ils l'ont décapitée et ont déposé sa tête au pied du lit de Lexa...

— Quelle horreur ! s'exclama Clarke, révulsée.

— Oui... Tout le monde pensait que Lexa ne s'en remettrait pas, mais elle a surmonté cette épreuve et a même invité les Azgeda dans la Coalition qu'elle a créée ensuite.

— Elle ne s'est pas vengée ?

— Non, elle a suivi le devoir de tout Commandant, privilégiant l'intérêt de son peuple à ses sentiments. Et depuis lors, on ne lui connaissait aucune relation intime, en tous cas aucune qui puisse mettre en péril son statut. Jusqu'à toi...

Clarke ne put s'empêcher de rougir tout en réfléchissant aux implications des propos d'Octavia. Elle comprenait mieux la décision de Lexa, mais n'en était pas moins attristée. Et cette tristesse lui révélait qu'elle ne ressentait pas que du désir pour l'autre femme.

— Je dois lui parler, je...

— Non, la coupa Octavia. Tu dois respecter son choix. Tu as aussi des obligations envers ton peuple, Clarke. Laisse les choses se tasser. Car si tout Polis est au courant, les ennemis de Lexa le seront aussi.